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15 décembre, 2024

Cadeau Bonus : Les disparus de Galaxie - le PReFeG a trois ans !!!



POUR FÊTER LE TROISIEME ANNIVERSAIRE
du PReFeG

Parue de novembre 1953 à avril 1959, la revue Galaxie a eu le mérite de donner la possibilité à quelques auteurs français de faire leurs premières armes. On pensera à Gérard Klein, à Michel Demuth, qui rejoindrons vite Fiction, mais l'on aura sans doute oublié une bonne partie de ces auteurs qui n'auront pas eu la chance d'être réédités ensuite. 
C'est ainsi 12 auteurs français que le PReFeG souhaite réexhumer, tant à travers des nouvelles qui n'auront été publiées que dans Galaxie 1ère série, que parce que l'on pourra apprécier leurs bonnes qualités d'ensemble.

C'est ainsi sous la forme d'une anthologie inédite (au format epub) concoctée par nos soins que nous souhaitons partager avec vous ces (re)découvertes. Comme à l'accoutumée, après un clic droit sur la couverture ci-contre, "enregistrez (votre ebook) sous..." le dossier de votre choix pour en profiter pleinement.

Bonne lecture et vive le partage !


Dans cette publication, vous pourrez apprécier :

Bernard DEVAUX : Hypnose musicale (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 57, NUIT ET JOUR 8/1958)

A l'heure actuelle où composer des petites musiques pré formatées est rendu possible et automatique, Hypnose musicale met l'accent sur ce qu'on voyait peu venir encore à l'époque : le rapport direct au "client" individualisé en masse (le "dividu" de Deleuze). Une bien bonne nouvelle par Bernard Devaux, un auteur qui ne signera que deux autres nouvelles en parution dans la revue Satellite.

Jacques DROIT : Malheureux Ulysse , 1956 (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 29, NUIT ET JOUR 4/1956)

Une belle et audacieuse leçon d'uchronie, qui place déjà les bases du multivers.

Albert FERLIN :

- Télépathie (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 46, NUIT ET JOUR 9/1957)
- Un commando de Mars (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 50, NUIT ET JOUR 1/1958)

Albert Ferlin, s'il fait ses débuts dans Galaxie, sera ensuite publié dans Fiction (et ne sera pas pour autant réédité ensuite). Le n°64 de cette revue écrira à son sujet :

"Albert Ferlin, dont voici la première nouvelle dans « Fiction », fit le barreau et le journalisme – et est aujourd'hui fonctionnaire. À ses moments perdus, il est peintre, photographe et écrivain. Attiré particulièrement par l'étrange et l'anticipation, il a déjà publié plusieurs nouvelles dans le genre (notamment chez notre confrère « Galaxie »). Il aime les œuvres ayant une portée sociale ou révélant une psychologie particulière. Ses auteurs favoris sont Borges, Lovecraft et Bradbury. "

Télépathie est une très intéressante nouvelle qui pose le débat ontologique de la conscience indivisible du sentiment de souffrance. On ne pourrait en dévoiler davantage sans divulgâcher la lecture.
Depuis plus de quatre ans, combien en ai-je lu de ces entrefilets : « Les habitants de… ont aperçu vers minuit moins le quart une lueur se déplaçant au-dessus de l’horizon, à très grande vitesse. Étant donné le lieu d’apparition et le sens de déplacement du mobile, il ne pouvait s’agir d’un aérolithe…» etc…

De plus, toute une littérature s’est construite sur le sujet, et les gens s’y complaisent.

— Qu’est-ce que cela peut bien vous faire ? disait Torrie.

Évidemment ! Les gens ont le droit d’écrire des bouquins stupides, que d’autres ont le droit de lire.

Un philosophe n’a-t-il pas dit, au surplus, que cette histoire de soucoupes volantes était nécessaire pour remplacer les vieilles légendes impuissantes, de nos jours, à contenir l’angoisse métaphysique qui nous étreint. Tous les moyens sont bons pour y échapper : le whisky pour les uns ; pour d’autres, les histoires idiotes…
Outre cet l’incipit de la nouvelle qui fait un sacré clin d'œil à ce sacré Jimmy (Guieu) - et tout en évoquant au passage un texte remarquable de Roland Barthes (publié dans sa rubrique "Petite mythologie du mois" dans les Lettres Nouvelles) - Albert Ferlin propose dans le jubilatoire Un commando de Mars le récit d’une résistance à l'envahisseur, avec des cotés "hard science" fort intéressants.



Léon GROC
 : Le Suprême exode (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 27, NUIT ET JOUR 2/1956)

Un exemple de SF à l'ancienne, pétrie de références bibliques : Le suprême exode par Léon Groc, une nouvelle inédite, pour les collectionneurs de merveilleux scientifique à la française.




Bernard GUILLEMAIN
 : Holopherne (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 28, NUIT ET JOUR 3/1956 )

Holopherne, par Bernard Guillemain, second lauréat du concours de nouvelles de Galaxie après Michel Lacre paru en février 1956, est une amusante histoire de parole animale. Qu'est-ce qui nous distinguerait de l'animal si nous perdions ce monopole ?

Georges-Louis LASSIAZ : C'est demain le 21 mars (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 8, NUIT ET JOUR 7/1954 )

Nous n’avons rien découvert sur Georges-Louis Lassiaz. Sa nouvelle dénote pourtant un certain talent.



Michel LECLER
: Téléchrone (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 30, NUIT ET JOUR 5/1956)

Le double d'un individu dans un monde parallèle est-il identique ? Téléchrone rappellera "Malheureux Ulysse" de Jacques Droit. Michel Lecler, auteur venu de la Série 2000, sera ensuite plus connu comme scénariste, traducteur et grand spécialiste de littérature policière sous le nom de Michel Lebrun.



Daniel MAUROC : Les Télécrates (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 43, NUIT ET JOUR 6/1957)

Avec Les télécrates, de Daniel Mauroc (qui sera plus connu en sa qualité de traducteur de, entre autres, Jerome Charyn ou de Oscar Wilde, ou encore comme éditeur), nous voilà en plein spectaculaire intégré et diffus, comme disent les situationnistes. Une très efficace nouvelle sur la fascination que ne manque pas d'exercer (de nos jours) les aventures sans fin de nos héros de séries télévisées interchangeables et conçues pour tous les goûts... Mauroc pose surtout en creux la question de l'assise d'un pouvoir qui repose sur un peuple passif. Pour le regard spéculatif que l’on peut y apporter aujourd’hui, il n’y manque que la gestion de la productivité.

Jacques RAMEAU : Le Commencement de la fin (Nouvelle,  Galaxie (1ère série) n° 63, NUIT ET JOUR 2/1959 )

"HUGH fut ravi de ne pas trouver de trottoirs roulants dans cette partie de la ville : il allait pouvoir un peu marcher. Les commodités du « modernisme » lui faisaient horreur. Tout lui faisait horreur, et, au rythme de quelques enjambées, la nausée le prit d’être un homme, un de ces hommes qui enserrent l’humanité dans le corset du progrès, en le poursuivant, en le dépistant systématiquement avec une sorte de joie masochiste. Tout, pour lui, sonnait faux dans cet univers ; faux, ce décor où les hommes semblaient heureux de vivre. Allons donc ! Heureux de vivre dans un esclavage de la machine dont ils dépendaient entièrement ! Il lui revenait à l’esprit cette ancienne théorie que l’homme n’est pas fait pour le progrès, mais qu’il doit être fait par le progrès. Et lui, une créature humaine, il croyait ses semblables indignes d’apprécier, de comprendre, et surtout de s’allier ce « modernisme », alors qu’ils ne faisaient que le subir…"
Telle est l'humeur un peu grognonne pour Le commencement de la fin. La problématique du mutant, qui fait un saut évolutif individuel et spontané, face à l'évolution naturelle graduelle et tâtonnante, est ici clairement exposée dans une très bonne et simple nouvelle, par un mystérieux Jacques Rameau.

Jeannine RAYLAMBERT :
 - La Planète maudite (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 37, NUIT ET JOUR 12/1956)
 - Les Sept couleurs de son âme (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 40, NUIT ET JOUR 3/1957)
 - Le Partage de minuit (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 53, NUIT ET JOUR 4/1958)
 - Le Message de Neptunia (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 58, NUIT ET JOUR 9/1958
 - Demain, il fera jour (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 61, NUIT ET JOUR 12/1958)

On retrouvera Jeannine Raylambert dans Galaxie entre 1956 et 1958. Une page complète lui est dédiée sur le site consacré à son père, illustrateur et peintre.

La planète maudite rappelle "La naissance des dieux" de Henneberg, mais comme vue depuis le versant naïf de l'Olympe. A noter toutefois que Jeannine Raylambert a su pressentir cette « singularité » que nous pourrions sentir advenir en ce début de 21ème Siècle :
Ils vivaient parce qu’on leur avait donné la vie, mais ils ignoraient leur raison d’être. Les facultés fabuleuses qui leur permettaient des prouesses que, cent siècles plus tôt, on aurait baptisées « miracles » n’aboutissaient, en fin de compte, qu’à un effroyable néant. Plus ils savaient comment sont et vont les choses, en vertu de quelles lois, moins ils comprenaient pourquoi elles étaient telles dans leur univers mécanisé et métallisé à l’excès, où il fallait trimer comme des esclaves pour ne pas laisser les machines prendre le pas sur leurs créateurs.

Ah ! on en avait vu, de ces machines trop intelligentes, se mettre tout à coup à prendre des initiatives personnelles ! L’automation, les cerveaux électroniques des Terriens se trouvaient dépassés depuis longtemps… Quand une machine à composer des discours ministériels s’était avisée brusquement de donner des ordres ahurissants, capables de paralyser tout un pays en un quart d’heure, on avait compris que si ces « bécanes » restaient condamnées à effectuer tout le travail des êtres vivants, il n’en faudrait pas moins ne plus les quitter d’une semelle pour éviter les pires catastrophes.

Dans Les sept couleurs de son âme, un savant est confronté scientifiquement à toutes ses vies antérieures. Une nouvelle peut-être un peu bavarde.

Le partage de minuit s’amorce avec une bonne trouvaille, même si elle demande une forte suspension de l'incrédulité, dans un style très français, parfois même un peu mièvre, sur notre planète littéralement coupée en deux.

Bonne construction pour Le message de Neptunia, qui décrit une civilisation sous-marine, et laisse une part d'irrésolution assez présente pour laisser spéculer le lecteur.

Demain, il fera jour ! est sans doute la plus belle de ses nouvelles, sur la toute puissance scientifique et l'orgueil qui l'accompagne. Jeannine Raylambert analyse avec doigté le chapelet de sentiments qui se succèdent chez un homme qui se ferait l'égal d'un dieu.

Charles L. SOUVELIER : La Fin du monde en 2003 (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 22, NUIT ET JOUR 9/1955)

Cassandre avait reçu d'un Dieu sa prescience de l'avenir ; ici, le témoin du futur tire ses visions d'une machine… Mais comme la devineresse antique, il n'y pourra rien. Un scénario un peu simpliste parfois, mais de belles séquences de décadence dans La fin du monde en 2003, par Charles-L. Souvelier (instituteur à Bruxelles).

Jean LEC :

- Les Cinq étoiles (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 27, NUIT ET JOUR 2/1956)

- Grains de sable (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 28, NUIT ET JOUR 3/1956)

- La Pieuvre saturnienne (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 31, NUIT ET JOUR 6/1956)

- Une journée sur Deû (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 32, NUIT ET JOUR 7/1956)

- Retour à zéro (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 33, NUIT ET JOUR 8/1956)

- Aranéa (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 38, NUIT ET JOUR 1/1957)

- L'invasion des boules (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 43, NUIT ET JOUR 6/1957)

- Les transports de M. Signet (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 52, NUIT ET JOUR 3/1958)

- La danseuse volante (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 59, NUIT ET JOUR 10/1958)

- Ma poule et moi (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 60, NUIT ET JOUR 11/1958)

- Les baudruches vertes (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 64, NUIT ET JOUR 3/1959)

On le constate, Jean Lec sera maintes fois publié dans Galaxie à partir de février 1956. On aurait pu imaginer qu’une prometteuse carrière d’auteur de science-fiction commençât ici – très malheureusement, Jean Lec sera victime d’un accident vasculaire cérébral en 1958, qui le laissera paralysé jusqu’à sa mort en 1964.

A l’origine peintre et illustrateur, directeur avant-guerre d’une agence de publicité, ce touche-à-tout était réputé être un anarchiste convaincu et généreux. Jean Lec était surtout publiquement connu en tant que chansonnier, et fut producteur d’une des toutes premières émissions satyriques de la télévision française : « Le grenier de Montmartre ». Les premiers lecteurs de science-fiction de cette époque auront pu apprécier dans la série 2000 des Éditions Métal deux romans : « L’être multiple » et « La machine à franchir la mort ». 

Un roman érotique de sa plume, « Mine de rien », porte en couverture une illustration dont le style rappelle fortement celui du mystérieux L.G. Keller, illustrateur de l’édition de luxe de « La tentation cosmique » du non moins mystérieux Roger Sorez dans la sus-citée Série 2000. Lec (Fernand Henri François Gustave Lecoublet) serait-il L.G. Keller sous pseudonyme ? A détailler le style fleuri de Lec, on y retrouve même un peu celui de Sorez, ouvrage fortement conseillé pour ses qualités narratives.

Une fois n’est pas coutume, Galaxie se fendra même pour Jean Lec d'un texte de présentation de l'auteur dans son numéro 31 (illustrant le mouvement - voulu ou non - de cette revue de se rapprocher de la forme éditoriale de sa rivale Fiction.) 
JEAN LEC, l’un de nos meilleurs chansonniers, a fait les beaux soirs des théâtres spécialisés de la capitale (Noctambules, Dix-Heures, Lune Rousse, etc.), et sa fameuse émission du Grenier de Montmartre demeure, depuis qu’il l’a créée (en1945), l’une des plus populaires de la radio.

Ce chansonnier fécond – 273 sketches, à ce jour, sans compter toutes ses chansons ! – est aussi un auteur fécond d’ouvrages d’anticipation. Ses deux premiers romans : L’Être multiple et La machine à franchir la mort ont paru récemment. Il vient d’en terminer deux autres : Les mutants mauves et Moi en triplicata, ainsi que plusieurs récits plus courts. GALAXIE, qui a déjà publié deux contes excellents de Jean Lec – Grains de sable et Les cinq étoiles – présente aujourd’hui La pieuvre saturnienne, une nouvelle étrange de ce brillant auteur où le présent et un futur peut-être proche se rejoignent…
Notons que les romans évoqués ("Les mutants mauves" et "Moi en triplicata") n'ont jamais vu le jour.

Les cinq étoiles demeure une nouvelle fantastique sur la métempsychose, empreinte d’un argot bien fleuri. 

Grains de sable est à ranger dans la série : « faut-il explorer seul les exoplanètes ? », 

La pieuvre saturnienne est bien menée, et décline le thème de l'invasion par l'esprit. Jean Lec maîtrise bien ses effets et ses péripéties. 

Une journée sur Deû, habile et courte nouvelle, nous rappelle la relativité de tout exotisme.

Dans Retour à zéro, on peut lire : « la planète Kcrapanul lors de mes expéditions dans la constellation Noiprocs… » Un lecteur attentif lira Lunaparck et Scorpion ; voilà bien l’humour à la française sur l’exotisme souvent exagéré du champ sémantique des space-opéras américains. Bref : une bonne et sympathique petite nouvelle où la condescendance des êtres supérieurs se prend les pieds dans le tapis.

Aranéa, une sympathique autofiction.

En lisant L’invasion des boules, on repensera au roman "La sortie est au fond de l’espace" de Jacques Sternberg, bien que le pourquoi de l'affaire y soit très différent. Jean Lec postule ici l'existence d'un niveau pangéen d'organisation de la vie, c'est à dire à celui de la planète elle-même. C'est surtout l'occasion d'un discours « œcologique » (comme on le balbutiait alors) encore assez rare à cette époque.

A la lecture de Les transports de M. Signet, on imagine que Jean Lec a peut-être lu "Terminus les étoiles" de Alfred Bester en voie de parution (avril 1958). Voilà en tous les cas une nouvelle très sympathique, sur le ton d'un Marcel Aymé.

La danseuse volante expose la force d'anti gravitation, et pour le coup la nouvelle demeure légère.

Ma poule et moi est une petite nouvelle sympathique et sans prétention ; on sent bien, encore une fois, l'influence de Marcel Aymé dans ce récit de métempsychose symbiotique.

Illustration de M. BOILEAU
Pour la dernière nouvelle de Jean Lec parue, Galaxie au bord de sa propre disparition publiera la seule et unique illustration originale (c'est à dire non issue de l'édition américaine) de toute la série. 
Dans Les baudruches vertes, Jean Lecqui s'octroie au passage une sacrée audace toute journalistique ("Mais n’anticipons pas, bien que Galaxie soit une revue d’anticipation." y écrit-il) - évoque non seulement "Alien" - avec ce suspens d'une chasse à l'homme en huis clos - mais préfigure aussi et surtout le premier jet cinématographique de ce classique, avec cette forme volontairement ridicule de l'assaillant extraterrestre : le film de John Carpenter "Dark star", scénarisé, comme "Alien", par Dan O'Bannon. 



08 mai, 2024

Galaxie (1ère série) n°061 – Décembre 1958

Dernière fournée de cinq numéros pour Galaxie (qu'on nommera par la suite 1ère série après la parution de sa reprise par les éditions OPTA en 1964). De beaux morceaux, par Robert Bloch et Damon Knight notamment, et les français ne sont pas en reste grâce à la prose sensible de Jeannine Raylambert.

Clic droit vers l'infini !

Sommaire du Numéro 61 :

NOUVELLES

 

1 - Damon KNIGHT, Une belle invention (Thing of Beauty, 1958), pages 2 à 28, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Wallace (Wally) WOOD

2 - Robert BLOCH, Vœu tragique (Block That Metaphor, 1958), pages 29 à 39, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par MARTINEZ

3 - Clifford Donald SIMAK, Pour sauver la guerre (The Civilization Game, 1958), pages 40 à 59, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Dick FRANCIS

4 - Frederik POHL, Les Magiciens de Pung (The Wizards of Pung's Corners, 1958), pages 60 à 83, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Wallace (Wally) WOOD

5 - Jeannine RAYLAMBERT, Demain, il fera jour, pages 84 à 105, nouvelle *

6 - William TENN, Conflits interplanétaires (Lisbon Cubed, 1958), pages 106 à 134, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Wallace (Wally) WOOD *

8 - Maurice LIMAT, Planètes à vendre, pages 137 à 140, nouvelle *

 

CHRONIQUES


7 - COLLECTIF, Votre courrier, pages 135 à 136, courrier

9 - Jimmy GUIEU, La Rubrique de l'étrange, pages 141 à 142, chronique

10 - Claude VAUZIÈRE, Livres d'aujourd'hui et de demain, pages 143 à 144, notes.


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


" VERS 1 heure de l’après-midi, il y eut un décalage temporel en Californie du sud. M. Gordon Fish crut qu’il était dû à un tremblement de terre."

Dès l'incipit de Une belle invention, on repensera à "Tremblement de temps" de Kurt Vonnegut. Mais ici l'idée en reste là. Damon Knight part d'un accident temporel non expliqué pour développer l'idée de sa machine à dessiner. 

" Je présume que vous pensez à une machine qui créerait les dessins, qui ne se contenterait pas d’exécuter ce qu’on lui inculquerait d’avance. En premier lieu, il faudrait lui donner une « mémoire », une réserve extraordinairement riche. Par exemple, si on voulait que la machine dessinât un cheval, il faudrait qu’elle sût comment est fait un cheval, sous tous les angles et dans toutes les positions. Il faudrait ensuite qu’elle choisît celui qui conviendrait le mieux ; puis qu’elle le dessinât en proportion avec le reste du dessin, et ainsi de suite. Alors, bon sang ! s’il vous faut la beauté en plus, j’imagine que la machine devrait étudier les rapports entre les diverses parties, selon un principe esthétique quelconque.(…) Je pense que les physiciens resteront en dehors de l’art pendant encore un ou deux siècles."

Si cela prête à sourire (à considérer surtout que des progrès techniques n'aient pas été accompagnés par un souci de miniaturisation), cette nouvelle nous emporte toutefois dans une histoire du type "peau de chagrin". Efficace.

Avec Vœu tragique, et dans une situation unique, Robert Bloch parvient à évoquer et articuler ensemble les thèmes des extraterrestres, des robots, de la subtilité non mécanique de la pensée, de la pantropie, ou du vœu fait à un génie, avec une chute sinistre à souhait.

Puisque "La guerre constituait, elle aussi, une partie de la culture humaine, il convenait donc de l’entretenir, comme toutes les autres institutions, en vue d’une utilisation future." Ce prétendu jeu des traditions humaines, sauvegardé en temps de diaspora sur d'autres planètes de la galaxie, s'appelle , dans Pour sauver la guerre, chez Clifford D. Simak  : "Continuité". Une nouvelle un peu bavarde mais aux concepts fort intéressants.

" c’était un des triomphes de l’époque que la désuétude voulue ; le constant renouvellement des T.V. ou des voitures de Détroit s’étendit aux carabines et aux bazookas. C’était à la fois surprenant et inquiétant."

Les magiciens de Pung est un récit un peu embrouillé par une traduction sans grande inventivité, qui reprend les poncifs de Frederik Pohl déjà déployés dans "Planète à gogos" : les ravages de la publicité et de l'autopersuasion de son bien-fondé.

Demain, il fera jour ! est une belle nouvelle sur la toute puissance scientifique et l'orgueil qui l'accompagne. Jeannine Raylambert analyse avec doigté le chapelet de sentiments qui se succèdent chez un homme qui se ferait l'égal d'un dieu.

On attendrait un William Tenn plus inspiré dans Conflits interplanétaires, embrouillamini d'espionnage, bavard, et qui perd en force par des circonvolutions évitables.

On savait Maurice Limat loin de la qualité de bien des auteurs français. Planètes à vendre est une nouvelle simpliste et de peu d'intérêt, dont le titre n'évoque même pas le contenu.

Quant à la Rubrique de l'étrange, ce sacré Jimmy Guieu n'ayant plus rien à dévoiler se rabat sur les classiques et paraphrase Charles Fort. Allez ! Raccroche, Jimmy !


Dans la série : "Alors là, mon cher, vous êtes en pleine science-fiction !", la rubrique SAVIEZ-VOUS QUE… nous demande si nous savions que :

… une fusée-capsule mise au point par la Thiokol Chemical Corporation de Denville, et déclenchée par la pression du doigt, permettrait au fantassin des guerres futures d’accomplir des bonds de plusieurs mètres ?

LES premiers soldats ayant essayé cette invention (qui n’en est encore qu’à son stade expérimental) en sont enthousiasmés. Ils proclament que l’usage de cet engin leur donne l’impression de devenir des oiseaux. Plusieurs fusées, successivement mises en action, permettraient de franchir en quelques bonds des distances appréciables.

 Dans Votre courier, Galaxie nous amuse beaucoup par la non-pertinence de sa réponse. Voyez plutôt :

Pourriez vous me préciser les caractéristiques et l’adresse du fabricant du cérébrogramme 7 ? (M. PITOL.)

LES caractéristiques de ce genre d’appareil ont déjà été exposées dans une réponse donnée à un autre de nos lecteurs dans notre numéro de mai 1957. Pour obtenir d’autres précisions, notamment en ce qui concerne le cérébrogramme 7, vous pourriez vous adresser au Secrétariat permanent de l’Association Internationale de Cybernétique, 13, rue Basse-Marcelle, à Namur (Belgique), dont le président est M. Georges R. Boulanger, professeur à la Faculté Polytechnique de Mons et à l’Université de Bruxelles.

Vérifications faites, nulle trace de ce cérébrogramme dans ce numéro là, bien qu'on y évoque plutôt l'électrostyl.

13 mars, 2024

Galaxie (1ère série) n°058 – Septembre 1958

Outre une nouvelle inédite (depuis) de Theodore Sturgeon, une autre de Poul Anderson à quatre mains avec sa femme, une troisième de Frederic Pohl sous pseudonyme, l'ensemble est de bonne facture et promet une petite dizaine d'heures d'une lecture hors de notre monde.


Clic droit dans l'eau, mais sans tomber (à l'eau...)

Sommaire du Numéro 58 :

 

1 - Karen ANDERSON & Poul ANDERSON, Un naïf en liberté (Innocent at Large, 1958), pages 2 à 17, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Wallace (Wally) WOOD *

2 - Paul FLEHR, Mars par clair de lune (Mars by Moonlight, 1958), pages 18 à 42, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Wallace (Wally) WOOD *

3 - Arthur SELLINGS, Une forme vague (Blank Form, 1958), pages 43 à 54, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par MARTINEZ

4 - COLLECTIF, Votre courrier, pages 55 à 56, courrier

5 - L.-J. Jr STECHER, Une seule question (Perfect answer, 1958), pages 57 à 66, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Dick FRANCIS *

6 - John W. ASHTON, Le Compagnon de l'espace (Companion, 1958), pages 67 à 74, nouvelle, trad. (non mentionné) *

7 - Miriam Allen DEFORD, Le Voleur impuni (The Eel, 1958), pages 75 à 82, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par DILLON *

8 - Jeannine RAYLAMBERT, Le Message de Neptunia, pages 83 à 100, nouvelle *

9 - Theodore STURGEON, Le Choix de la Méduse (To marry Medusa, 1958), pages 101 à 126, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par DILLON *

10 - Willy LEY, En marge de l'année géophysique, pages 127 à 134, article, trad. (non mentionné)

11 - Fritz LEIBER, Le Sommeil du martien (What's He Doing in There?, 1957), pages 135 à 138, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Peter BOWMAN

12 - Jimmy GUIEU, La Rubrique de l'étrange, pages 139 à 140, chronique

13 - Maurice-Bernard ENDRÈBE & Claude VAUZIÈRE, Livres d'aujourd'hui et de demain, pages 141 à 143, notes


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

Un Poul Anderson (en collaboration avec sa femme Karen Anderson), demeuré inédit depuis... et pour cause : à l'exception d'un très léger décalage martien, on ne trouvera rien de SF dans Un naïf en liberté, histoire de maîtres chanteurs et d'escroquerie un peu confuse.

Mars par clair de lune, en revanche, est une bonne nouvelle pleine de rebondissements, qui semble toutefois avoir été coupée à la fin, abrupte. Le style est sec, efficace, et on aurait bien envie de découvrir la suite (et fin) de cette aventure d'évasion d'une pseudo planète Mars, signée Frederic Pohl sous son pseudonyme de Paul Flehr.

Arthur Sellings signe, avec Une forme vague, une nouvelle où les protagonistes suspendent encore une fois et totalement leur incrédulité, ce qui permet une intrigue intelligente et raffinée. Ici, il est question du don de métamorphose.

On ne comprendra pas forcément le raisonnement de L. J. Stecher dans Une seule question,  qui démarre sur un ton léger à la Sheckley pour devenir ensuite plus grave et dramatique, avec une fin du type "nouvelle à chute", mais qui rate un peu son effet.

Un questionnement métaphysique fondamental - sommes-nous seuls dans l'univers ? - sous-tend Le compagnon de l’espace, qui pourrait rappeler "Les montagnes hallucinées" ou "Dans l'abîme du temps" de Lovecraft, mais sans le sentiment d'horreur cosmique. La résolution va un peu vite en besogne et John W. Ashton nous laisse un peu sur notre faim.

 Comment organiser une justice interplanétaire ? Voilà une bien intéressante question que soulève la "tout-terrain" Miriam Allen De Ford avec Le voleur impuni.

Bonne construction de Jeannine Raylambert pour Le message de Neptunia, qui décrit une civilisation sous-marine, et laisse une part d'irrésolution assez présente pour laisser spéculer le lecteur.

Le Gestalt, l'esprit de ruche, sont des thèmes récurrents chez Theodore Sturgeon. Ici, dans Le choix de la Méduse, une forme de vie parasitaire ne peut concevoir autrement que sous cette forme de ruche l'harmonie d'une espèce civilisée, mais pour l'humanité il en ira autrement. Une nouvelle restée sans publication francophone ultérieure, ce qui peut paraître étonnant.

Le sommeil du martien est une petite nouvelle proche de la bonne blague (ce pourrait être du Fredric Brown), d'un ton étonnant pour Fritz Leiber.

Dans La rubrique de l’étrange, ce sacré Jimmy Guieu pique sans vergogne l'exergue de la revue Fiction pour justifier sa démarche un peu fumeuse (tandis que Fiction lance aussi de son côté une rubrique de faits insolites...) La provocation est tout de même assez gonflée – jugez plutôt :

Prosper Mérimée, dans son Essai sur Nicolas Gogol, a écrit : « Du bizarre au merveilleux, la transition est insensible, et le lecteur se trouvera en plein fantastique avant qu’il se soit aperçu que le monde est loin derrière lui. ». Cette pensée ne détonnera pas en exergue des cas étranges que nous allons commenter.
 


En 1884, Edwin Abbott Abbott publiait un roman allégorique intitulé Flatland, qui décrivait la vie d'êtres à deux dimensions. Il semblerait que son intuition ne fut pas que de la fiction :

SAVIEZ-VOUS QUE…

… les futurs astronautes devraient se préparer à rencontrer des êtres à deux ; peut-être, même, à une dimension ?

C’est, du moins, ce que déclare M. Haley, président de la Fédération Astronautique Internationale. Il est bien évident que l’être humain, habitué aux trois dimensions de son univers, peut difficilement concevoir des « individus » dépourvus de l’une de ces dimensions. Pourtant, l’excellent et regretté romancier Léon Groc avait déjà eu l’audace de mettre en scène de tels personnages, dépourvus de toute épaisseur, dans l’un de ses plus curieux ouvrages d’anticipation : « La planète de cristal ».

De leur côté, les mathématiciens et physiciens semblent assez bien s’accommoder d’un nombre inusité de dimensions, ainsi qu’en témoigne encore la dernière « explication » de la gravitation émanant de Burkhard Heim, basée sur une théorie mathématique à six dimensions.

Dans la série : ces fabuleuses inventions des années 50, voici l’ancêtre du Fax, que plus personne n’utilise à présent

SAVIEZ-VOUS QUE…

…il serait prochainement possible de recevoir son journal par télévision ?

Ce projet, qui semble appartenir à la science-fiction, vient, cependant, d'être sérieusement mis à l’étude par cinquante éditeurs de journaux d’Allemagne Occidentale réunis à Francfort.

L’ingénieur Scholz a précisé que la réalisation dudit projet était très possible, du point de vue technique. Du reste, un système Ultrafax, mis au point aux États-Unis, avait déjà permis, au lendemain de la guerre, de reproduire en deux minutes et vingt et une seconde les 1 049 pages du roman Autant en Emporte le Vent. Mais cet appareil était trop compliqué pour qu’on pût songer à le généraliser.

Le procédé actuellement en cause – et qui pourrait devenir courant d’ici cinq ans – est beaucoup plus simple, et déjà assez répandu en Allemagne. Il consiste, en gros, à appliquer sur l’écran de télévision une feuille de papier sensible qui reproduit instantanément l’image projetée. On obtiendrait ainsi, en quelques minutes, grâce au développement photographique à sec, un journal que l’on pourrait conserver pour le lire au moment voulu. Des éditions multiples seraient émises au cours d’une même journée, selon les besoins de l’information.

Seuls resteraient à régler des problèmes économiques pour la mise en pratique de ce nouveau moyen de diffusion des nouvelles. Déjà, une Société de Presse pour l’Exploitation de Nouveaux Procédés (y compris l’utilisation des ondes) a été fondée pour étudier les nouveaux droits ainsi créés.

03 janvier, 2024

Galaxie (1ère série) n°053 – Avril 1958

Galaxie change de maquette pour ses couvertures, et mise sur la quantité d’auteurs et de nouvelles. On trouvera dans ce numéro 53 une flopée de raretés, dont une nouvelle de Robert Sheckley et une de Frederic Pohl, toutes deux sous pseudonymes, sans compter J. T. McIntosh, le remarqué Lloyd Biggle ou encore William Morrison, et quelques productions françaises.

Clic droit sur la nouvelle maquette !

Sommaire du Numéro 53 :


1 - Lloyd Jr BIGGLE, Les Leçons du robot (Spare the Rod, 1958), pages 2 à 22, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Wallace (Wally) WOOD *

2 - Finn O'DONNEVAN, Idylles sur commande (Grey flannel armor, 1957), pages 23 à 31, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par DILLON *

3 - Walter S. TEVIS, La Balle choisit la liberté (The Big Bounce, 1958), pages 33 à 40, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par JOHNSON

4 - Vargo STATTEN, Marche arrière (Reverse Action, 1954), pages 41 à 55, nouvelle, trad. (non mentionné)

5 - William MORRISON, Glissoire transtemporelle (The Sly Bungerhop, 1957), pages 56 à 68, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Don MARTIN

6 - Maurice LIMAT, La Colère des Martiens, pages 69 à 74, nouvelle

7 - COLLECTIF, Votre courrier, pages 75 à 76, courrier

8 - Michael SHAARA, Un maillon de la chaîne (Wainer, 1954), pages 77 à 84, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par ASHMAN *

9 - Jeannine RAYLAMBERT, Le Partage de minuit, pages 85 à 98, nouvelle *

10 - Jim HARMON, Contempteur du progrès (Confidence game, 1957), pages 99 à 108, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par EPSTEIN *

11 - Jimmy GUIEU, Les Soucoupes volantes, pages 109 à 110, chronique

12 - J. T. McINTOSH, Voyage sans retour (You Were Right, Joe, 1957), pages 111 à 118, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Dick FRANCIS *

13 - Roger DEE, Sur une île perdue (Traders Risk, 1958), pages 119 à 128, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Don MARTIN

14 - Paul FLEHR, Compagnons de la haine (The Hated, 1958), pages 129 à 136, nouvelle, trad. (non mentionné) *

15 - John BOLAND, L'Ère chicha (Doat age, 1957), pages 137 à 144, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Peter BOWMAN *

 

* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

Kurt Vonnegut, dans Le pianiste déchaîné, rapportait une anecdote similaire avec une machine à jouer aux dames. Dans Les leçons du robot, Lloyd Biggle confond sciemment enseignement technique et étayage mécanique, confusion d'autant plus flagrante qu'il s'agit d'un enseignement artistique, impossible à réduire à une simple action mécanique.

Robert Sheckley sous le pseudonyme de Finn O’Donnevan, poursuit son étude du sentiment amoureux dans Idylles sur commande, en imaginant un mélange de ce que nous appellerons plus tard "site de rencontre" et "flash mob". L'idée de jeunes gens en déroute prêts à se laisser scénariser leurs vies est toutefois grinçante.

Comme dans sa nouvelle précédemment publiée (« L'ixe de l'i grec », in Galaxie n°51), Walter S. Tevis imagine des inventeurs dépassés par leur trouvaille. Bien que La balle choisit la liberté s'arrête là où elle pourrait commencer, elle ne manque pas de rebonds à défaut de rebondissements.

Marche arrière,  par Vargo Statten, possède un rythme trépidant, une ambiance de huis-clos policier, et des trouvailles d'auteur, mais ce récit tourne court. Dommage...

Glissoire transtemporelle met en scène le monde éditorial des revues et des collections, et sur un accès provisoire au futur. On a connu meilleur William Morrison, mais ici tout est décrit dans un flou artistique qui parlera aux plus myopes d'entre nous. De fait, plutôt que décrire visuellement un monde futuriste, Morrison concentre ses efforts sur les sonorités, et donc le langage, et compose une langue future comme le fera plus tard Daniel Drode dans "Surface de la planète".

Quand les auteurs parlent d'eux-mêmes et "s'auto-fictionnent" : dans La colère des Martiens, Maurice Limat livre un récit un peu facile et ficelé à la hâte. Max Milton, Yves d’Anvers, Peter Sisney… auteurs inventés respectivement de Tempête sur Mars, Les révoltés de l’autre monde, et L’étoile sanglante, pourraient évoquer les compagnons du Fleuve Noir de Maurice Limat : Max-André Rayjean et Peter Randa, ou peut-être encore Yves Dermèze (?). Quoi qu’il en soit, on sait que les auteurs de SF n’étaient pas avares d’imagination en matière de pseudonymes. Quoi qu’il en soit, ce récit évoque sans le savoir la crise à venir de la science-fiction française : déperdition éditoriale, manque d'auteurs français en quantité et de qualité, obsolescence des thèmes de l'âge d'or de la SF à l'américaine…

Dans Un maillon de la chaîne, Michael Shaara fait confiance, plutôt qu'à la pantropie, en une évolution naturelle de l'espèce qui la mènera vers l'espace. Mais il s’agit ici d’une mutation individuelle, et qui ferait donc d'un seul mutant le père de toute la "race" suivante. Un point de vue un peu paternaliste.

Le partage de minuit, par Jeannine Raylambert, s’amorce avec une bonne trouvaille, même si elle demande une forte suspension de l'incrédulité, dans un style très français, parfois même un peu mièvre, sur notre planète littéralement coupée en deux.

Très bonne ambiance un peu post-apocalyptique pour deux vagabonds qui ne paient pas de mine, mais qui pourtant sont prêts à diffuser un savoir interdit de longue date... ou pas. Contempteur du progrès, de Jim Harmon, tourne malheureusement un peu court (au point de se demander s’il a été coupé pour sa publication). On notera des références à des livres maudits lovecraftiens, qui pourraient faire entrer cette nouvelle dans les apocryphes du Mythe de Cthulhu, même de façon quasi-parodique.

Dans sa rubrique Les soucoupes volantes, ce sacré Jimmy Guieu laisse la parole à un témoin "digne de foi" : un journaliste. Avec une occurrence répétée à « Pamplemousse », nous avons à notre tour poursuivi notre enquête entamée avec le numéro 52 : « Pamplemousse » est le nom moqueur donné au premier essai de lancement d'un satellite orbital américain en décembre 1957 - essai raté et aussi qualifié de "flopnik". 

Pour tout vous dire, nous étions de nombreux limiers sur la piste du Pamplemousse ; l'un de nos lecteurs (appelé Vanguard pour protéger l'intégrité de son identité, comme dirait ce sacré Jimmy) nous rapporte des éclaircissements en commentaire du Galaxie 52, avec un lien en prime : https://air-cosmos.com/article/il-y-a-65-ans-vanguard-1-le-deuxieme-satellite-artificiel-americain-64574. Merci Vanguard ! On pourra également trouver dans le numéro 54 de Galaxie un article de Willy Ley au sujet de "Vanguard" (le satellite, pas le contributeur…)

Sans transition (quoique...), Voyage sans retour est une petite nouvelle intrigante, qui elle aussi donne la sensation d'avoir été coupée. J.T McIntosh y évoque les voyages dans le temps, avec le non-dit d'un tabou à ne pas franchir.

Productions monopolisées par la planète colonisatrice, espèces sauvages déportées d'un monde à l'autre, et extraterrestres d'un niveau technologique supérieur qui voit les autres en barbares... Dans Sur une île perdue, Roger Dee aligne les clichés pour un récit qui distrait mais qui n'instruit pas. On y notera la présence d’un consul Satterfield, nom qui a aussi servi de pseudonyme à Frederik Pohl.

Paul Flehr est aussi un pseudonyme de Frederik Pohl. Dans Compagnons de la haine, il soulève la problématique du voyage interplanétaire vécu comme un trauma, et générateur d'une haine tenace envers les coéquipiers.

Pour terminer, avec L’ère chicha de John Boland, chien et chat sont réunis en « chicha » de synthèse ; on croirait à un beau rêve - si ce n'était la sempiternelle leçon qu'il est périlleux de faire intervenir soudainement une nouvelle espèce dans un milieu naturel sans qu'elle ne devienne invasive.


Un lancer de nain... dans l'espace ! Et on ne s’arrête pas là dans l’outrance, avec une condescendance envers les pygmées en prime.

SAVIEZ-VOUS QUE…

…les spécialistes de voyages interplanétaires préconisaient d’utiliser des naines comme astronautes ?

 

Des psychologues américains récemment réunis à New York pour étudier les conditions des futurs voyages interplanétaires sont arrivés à la conclusion que le poids et le volume du « matériel humain » devrait être limité à bord des astronefs, tout comme celui de l’équipement.

L’idéal, selon le docteur Pepinsky, serait une naine, ingénieur, physicienne, et assez nerveuse pour apprécier l’isolement dans l’espace…

Les Russes feraient, actuellement, des expériences dans ce sens, mais ils pensent que chacun des sexes possédant ses talents propres, il serait préférable d’utiliser des couples plutôt que des équipes composées de deux hommes ou de deux femmes.

À ce compte, les Pygmées paraissent bien placés pour devenir les conquérants des planètes voisines… à condition, bien entendu, qu’ils soient capables d’assimiler les connaissances techniques nécessaires pour tenter l’aventure.

Un « pseudo-scientifique », c'est-à-dire un penseur de génie qui n’est pas à même de pouvoir expérimenter ses théories, ni les démontrer concrètement, fait-il la différence avec un auteur de Science-Fiction ? Il n’y a que le pas de la crédulité qui coûte… En voici un exemple :

SAVIEZ-VOUS QUE…

…il se pourrait qu’un super-spoutnik allemand mû par l’énergie solaire fût lancé prochainement pour un voyage Terre-Lune aller et retour en quatorze heures ?

 

L’engin a été conçu par un jeune physicien allemand autodidacte, grand invalide (aveugle, privé des deux mains et presque sourd) nommé Burkhard Heim, qui, au cours d’un récent congrès de physique astrale, à Francfort-sur-le-Mein, a déclaré que l’emploi des fusées pour les explorations interplanétaires se révélerait toujours insuffisant, faute d’une énergie propulsive assez puissante. Celle-ci doit être trouvée dans l’espace, et ne peut être que celle de la lumière.

 

Burkhard Heim affirme qu’il a résolu théoriquement le problème et qu’il est sur le point de le résoudre pratiquement. Il a ajouté que sa théorie ne connaît pas seulement quatre dimensions, comme dans Einstein et Planck, mais six et même huit !

 

Le modèle de son navire interplanétaire à propulsion solaire ressemble à un casque médiéval (dit « salade ») à double visière. Mais le moyen de captation de l’énergie solaire et de sa transformation en énergie propulsive, n’a pas été révélé.

 

Toutefois, on sait que l’engin devrait se soulever du sol comme un ballon, et atteindre la Lune en sept heures. 

05 juillet, 2023

Galaxie (1ère série) n°040 – Mars 1957

Entre les piliers de ce Galaxie du Printemps 1957 se rendent visibles de nombreux textes qui resteront sans publication ultérieure. De bonnes occasions de les (re)découvrir.

 

On ne sait plus où donner du clic, mais qu’importe !

 Sommaire du Numéro 40 :


1 - Isaac ASIMOV, Sept hommes dans l'espace (The C-Chute, 1951), pages 2 à 35, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Ed EMSH

2 - Kris Ottman NEVILLE, De bonne guerre* (Moral Equivalent, 1957), pages 36 à 56, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Dick FRANCIS

3 - Dean EVANS, Partout, rien que des morts !* (Not a Creature Was Stirring, 1951), pages 57 à 63, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par David STONE

4 - Robert SHECKLEY, Rien n'est simple dans la galaxie ! (Milk Run, 1954), pages 65 à 79, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Dick FRANCIS

5 - Donald KEITH, Trafic d'esclaves* (Butterfly 9, 1957), pages 81 à 100, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Jack GAUGHAN

6 - COLLECTIF, Votre courrier, pages 101 à 102, courrier

7 - Jeannine RAYLAMBERT, Les Sept couleurs de son âme*, pages 103 à 115, nouvelle

8 - (non mentionné), Saviez-vous que..., pages 116 à 116, notes

9 - Jimmy GUIEU, Les Soucoupes volantes, pages 117 à 119, chronique

10 - Richard MATHESON, « Allô, miss Eva !... » (Sorry, Right Number, 1953), pages 120 à 128, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par SOSSMAN (ou SUSSMAN)

11 - Ross ROCKLYNNE, Passagère clandestine pour la Lune* (Jaywalker, 1950), pages 129 à 138, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Don SIBLEY

12 - Michael SHAARA, Un homme distingué* (Man of Distinction, 1956), pages 139 à 144, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Dick FRANCIS

* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Un bon récit sur l'héroïsme et ses motivations qu’est Sept hommes dans l’espace, par Isaac Asimov. Un peu bavard au début, comme souvent chez Asimov, mais agréablement contrebalancé ensuite par une phase d'action pleine de suspens.

De bonne guerre, par Kris Neville est une nouvelle qui porte bien son titre... Un peu "mégalanthropique" toutefois.

"Je suis vivant et vous êtes morts" écrira Philip K. Dick dans son futur "Ubik". Partout, rien que des morts !, par Dean Evans, au ton très "Twillight zone" illustre bien ce point de vue. On pensera également à "L'invention de Morel" de Bioy Casares.

Le retour de Cergue et Arnaud, les « décontaminateurs » de monde, et leurs casse-têtes habituels, avec Rien n’est simple dans la Galaxie !, par Robert Sheckley. Une nouvelle drôle et légère.

Trafic d’esclaves, par Donald Keith, est une bonne nouvelle assez trépidante et qui nous offre un bel exposé sur les lois temporelles. Sous ce nom d’auteur se cachent le doublon Donald et Keith Monroe, qui se feront connaître aux Etats Unis avec leur série « Time Machine » dans les années soixante.

Dans Les sept couleurs de son âme, par Jeannine Raylambert, un savant est confronté scientifiquement à toutes ses vies antérieures. Un peu bavard.

"Allô, miss Eva !…" , par Richard Matheson, fera penser au "Témoignage de Randolph Carter" de Lovecraft ; mais ici Matheson traite surtout de l'ennui de la fin de vie. Une adaptation télévisuelle dans la série Twillight zone (La quatrième dimension)  est consultable en ligne ICI (grâce aux bons soins de nos infatigables archivistes de l’UFSF). On y remarquera une extension scénaristique plus cruelle que la nouvelle d’origine.


Passagère clandestine pour la Lune, par Ross Rocklynne est une bluette un peu mièvre et légèrement sexiste. On y notera toutefois un exposé qui explicite ce que la nouvelle de Sheckley évoquait, et l'expression "chute libre", employée en aéronautique, à laquelle on préférera plus tard le terme d’"apesanteur". 

Dans Un homme distingué, par Michael Shaara, on retrouve le projet utopique des mormons d'établir le preuve impossible d'un couple adamique originel, et on y notera une bien curieuse spéculation sur la "désolation originelle de l’Allemagne du Nord." Bref : un fatras de phallocratie adamique qu’on oubliera.

Nos avancées technologiques d'aujourd'hui ne sont qu'une mise à disposition publique des trouvailles d'hier. Voici pour exemple un extrait de la rubrique « SAVIEZ-VOUS QUE… ».

SAVIEZ-VOUS QUE…

…Un cerveau électronique avait composé un quatuor ?

Avec, comme éléments, les régies de composition de base, traduites en symboles mathématiques, le cerveau électronique Illiac a écrit une « suite » en trois mouvements pour instruments à corde. Quatre musiciens, humains ceux-ci, l’ont exécutée devant un auditoire de deux cents personnes, en Illinois.

 

Il parait que le résultat n’a pas fait oublier Beethoven, ni Mozart…

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