15 avril, 2026

Galaxie (2eme série) n°016 – Août 1965

Des raretés de nos piliers (McIntosh, et Tenn), et une reprise dans une meilleure traduction d'une bonne nouvelle de Sheckley, au programme pour ce numéro d'Août, marqué par une novella de Jack Williamson peut-être un peu surclassée par la rédaction.

"2S16, contre-torpilleur touché !"

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Sommaire du Numéro 16 :


1 - J. T. McINTOSH, Grand-mère la Terre (Grandmother Earth, 1964), pages 4 à 31, nouvelle, trad. Michel DEMUTH, illustré par Virgil FINLAY *

2 - Jack WILLIAMSON, Une planète à piller (A Planet for Plundering, 1962), pages 32 à 74, nouvelle, trad. Michel DEMUTH, illustré par Virgil FINLAY *

3 - Bill DOEDE, Le Dieu de sable (The God Next Door, 1961), pages 75 à 92, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par Larry IVIE *

4 - William TENN, Un monde en chocolat (The Malted Milk Monster, 1959), pages 93 à 113, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH *

5 - Robert SHECKLEY, Les Quatre éléments (Join Now / The Humours, 1958), pages 114 à 156, nouvelle, trad. Pierre BILLON

6 - (non mentionné) , Résultats du référendum sur le n° 14, pages 158 à 158, notes

7 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 160 à 160, bibliographie


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.



J. T. McIntosh pose dans Grand-mère la Terre le souci de l'instinct de survie s'il n'est pas lié au désir ou à l'adversité, sur une Terre vieillissante délaissée par les colonies essaimées dans la galaxie. 


Que de bavardages dans Une planète à pillernovella longue comme un jour de négociations de paix entre les deux Corées… La traduction y est peut-être en partie responsable, bien que Demuth nous ait habitués à mieux, mais les intérêts particuliers du protagoniste principal éveillent indifférence et ennui, et passent malheureusement devant des enjeux galactiques et civilisationnels plus palpitants. Là où l'on aurait pu y voir de l'ironie mordante, ne demeure qu'une immoralité douteuse et une complaisance pour le corruptible et la tricherie. Pour en venir au sujet proprement dit : une civilisation galactique humaine considère notre Terre pour trancher entre deux destinées : son entrée dans l'empire galactique ou sa destruction au bénéfice d'un plan de signalisation interstellaire (en gros, le coup de l'autoroute qui va passer à la place de votre maison). La soudaineté d'une telle alternative, et la naïveté de laisser la décision finale au seul jugement d'un agent unique rend toute cette construction un peu vaine. On aura lu sans hésiter du bien meilleur Jack Williamson.

Il faut dire que Jack Williamson bénéficie encore à cette époque en France d'une aura particulière, puisqu'il a été sans doute le premier auteur dudit "Age d'or" à être traduit en France, par son roman : "Les humanoïdes", chez Stock, et cela dès 1950 - dans une collection prometteuse (Science-fiction, le roman des temps futurs - n°1) mais qui n'aura vu paraître que ce seul titre. Sans doute ce livre a-t-il été lu et dévoré par toute la jeune génération qui fondera Fiction trois ans plus tard. Ce roman est honnête, c'est vrai, mais n'a rien d'exceptionnel non plus.


Devenir un pur esprit pourrait séduire des êtres civilisés, mais être une malédiction pour un être qui n'a pas terminé son éducation. Un tantinet naïf, Le dieu de sable n'échappe pas à des clichés paternalistes ou masculinistes ; on attend de voir les quelques autres nouvelles qui paraîtront dans Galaxie de ce nouvel auteur nommé Bill Doede.

 
Dans Le magicien d'Oz, la petite Dorothy imagine les personnes réelles de son entourage projetées dans son univers imaginaire et leur assigne inconsciemment d'autres rôles et fonctions symboliques. William Tenn reprend cette idée dans Un monde en chocolat, en le déclinant du point de vue des ces gens projetés malgré eux ; une nouvelle intéressante par ce qu'elle propose de fantaisie, et aussi d'aversion face à la tyrannie d'une petite fille pétrie de frustrations.


" (…) vous habitez un corps Durier dont l’existence n’excède guère quarante ans. Si vous ne Réintégrez pas, il vous reste au maximum cinq années à vivre. "
Habile levier de persuasion, (et on retrouvera cette idée dans le célèbre "Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques / Blade Runner " de Philip K. Dick), les "corps Durier" sont en réalité des androïdes animés par un extrait de personnalité humaine. Robert Sheckley traite de l'incomplétude de l'être amputé de parts de lui-même pour palier une schizophrénie supposée virale par un corps scientifique qui n'en est pas à son premier exploit. Les parties de l'être sont symboliquement représentatives des quatre éléments, eau, feu, air et terre, chacun d'un aspect monolithique et dépourvu de toute velléité de se réformer.
On pensera à John Difool dans L'incal de Moebius et Jodorowsky, dont les parties de l'être le dominent tour à tour.
Ici, c'est d'un grand tourment pour un héros au début bien moqué mais qui prend son courage à deux puis quatre mains, et la quête rebondit sans cesse sur de nouvelles péripéties. Très plaisant.

On notera que cette nouvelle entre dans la démarche de proposer de nouvelles traductions (sans les coupes drastiques) à celles publiées dans la première série de Galaxie. On passe de 36 pages dans le Galaxie 63 à 42 dans cette nouvelle version, tout de même !

08 avril, 2026

Fiction n°140 – Juillet 1965

Que de raretés pour ce numéro de Juillet ! Hormis la nouvelle de Michel Demuth qui inaugure le cycle si salué des "Galaxiales" (et une autre signée sous pseudonyme initialement parue dans un autre fanzine l'année d'avant), la totalité n'a jamais bénéficié d'une republication par la suite. Nous retrouvons les noms de ces grands oubliés des collections de SF françaises que sont Chad Oliver et son anthropologie spéculative si charmante, et Avram Davidson ici acoquiné avec Randall Garrett, ou encore dans une moindre mesure Harry Harrison ; ainsi que de micro-auteurs français qui ont dû espérer un temps entrer au cénacle des écrivais publiés - où l'on retrouve le jeune comédien Bernard Haller qui fit ensuite une carrière beaucoup plus remarquée à l'écran qu'à la plume.


Illustration bien allumée de Jean Lauthe

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Sommaire du Numéro 140 :


1 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 9 à 9, bibliographie


NOUVELLES


2 - Chad OLIVER, La Fin du voyage (End of the Line, 1965), pages 10 à 45, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

3 - Michel DEMUTH, L'Été étranger (2020), pages 46 à 68, nouvelle

4 - Terry CARR, Le Saut dans le vide (Brown Robert, 1962), pages 69 à 76, nouvelle, trad. Jean LAUSTENNE *

5 - Jean-Michel FERRER, Une vie alternative, pages 77 à 78, nouvelle

6 - Avram DAVIDSON & Randall GARRETT, L'Appel des sirènes (Something Rich and Strange, 1961), pages 79 à 103, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

7 - Sophie CATHALA, Les Rencontres, pages 104 à 111, nouvelle *

8 - Harry HARRISON, Les Mystères du métro (Incident in the IND, 1964), pages 112 à 120, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

9 - Jean DEMAS, La Femme truquée, pages 121 à 121, nouvelle *

10 - Bernard HALLER, La Jambe, pages 121 à 123, nouvelle *

11 - Marcelle PROVENS, L'Arbre-main, pages 123 à 124, nouvelle *

12 - Jean-Claude PIGUET, La Règle du jeu, pages 124 à 125, nouvelle *


CHRONIQUES

13 - Pierre VERSINS, Une porte peut être ouverte et fermée, pages 126 à 133, article

14 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 134 à 143, critique(s)

15 - COLLECTIF, Le Conseil des spécialistes, pages 144 à 145, critique(s)

16 - COLLECTIF, L'Écran à quatre dimensions, pages 146 à 153, article

17 - COLLECTIF, L'Argus du film étrange, pages 154 à 155, article

18 - Anne TRONCHE, Revue des arts, pages 157 à 159, critique(s)


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


" Il savait qu'il jouait les don Quichotte, et il se souvint d'avoir pensé que le plus grand malheur des hommes venait du fait qu'ils ne jouaient que trop rarement les don Quichotte. "

Chad Oliver, peut-être un peu plus - un peu trop ? - didactique que dans ses nouvelles précédentes, évoque dans La fin du voyage, toujours avec humanité et intelligence, l'impasse évolutive que l'espèce humaine a prise en s'enfermant dans les cités. Comme avec T. J. Bass quelques années plus tard et son Humanité et demie, Oliver imagine que "le primitif est la grande quête de la modernité".


 « Cela passera, » se dit-il. « Dans quelques minutes, le petit Gregory sera en forme…»

Non, il ne s'agit pas de l'affaire criminelle qui défraya les chroniques judiciaires des années 80, mais bel et bien d'un premier départ pour ces Galaxiales de Michel Demuth. L'on commence par L'été étranger et par le fiasco d'un naufrage. Un robinson, surarmé et conditionné aux plus extrêmes conditions de survie, mène son exploration désespérée. Sans en dévoiler davantage - car il s'agit d'un récit à chute - on peut dire que Demuth commence son exploration du futur par un ratage... Mais un ratage assumé. Gonflé !
On y notera au passage cette phrase assez anodine : " Au détour de la piste, c'était comme un monolithe noir placé en sentinelle ". Un monolithe dites-vous ? Une sentinelle ? N'est-ce pas sans rappeler 2001, l'odyssée de l'espace, que Demuth lui-même traduira moins de cinq ans plus tard ? On se souviendra que La sentinelle, nouvelle de Arthur C. Clarke, qui sera à la base du film de Kubrick, a été écrite en 1951, mais ne sera traduite qu'en 1967 par Brigitte André (Planète n°32 - janvier 1967). Sans doute Demuth l'a-t-il déjà lue en sa version originale. A moins qu'il n'y ait une curieuse affaire de paradoxe temporel dans tout ceci...

A propos de paradoxe temporel, voire spatial : la Terre, et ainsi en va-t-il de tout le système solaire et des astres en général, se déplace dans l'espace. Aussi un voyageur du temps doit-il prendre en compte ce facteur pour parvenir sain et sauf à destination. Cette idée simple est, dans Le saut dans le vide de Terry Carr, contenue en germe et sera la base du roman de Gregory Benford : Un paysage du temps, traduit en 1983 par, non pas Gregory... (ni le grand, ni le petit), mais par Michel Demuth.


Continuons sur la lancée avec l'ami Michel : comme déjà observé, Demuth sous son pseudonyme de Jean-Michel Ferrer semble nous délaisser ses ébauches de nouvelles, ses brouillons. Une vie alternative toutefois gagne par sa concision à véhiculer un sentiment cosmique intéressant.


Dans L'appel des sirènes, signée à quatre mains par Avram Davidson et Randall Garrett, la gastronomie l'emporte sur le fantastique ou la mythologie, et en fait, dans un style foisonnant et empanaché, une parodie de quête. Très plaisant. On y notera au passage la traduction francisée de Miskatonic ("Miskatonique", sic !, Monsieur Pierre Billon) et par cette allusion l'appartenance au Mythe lovecraftien de cette nouvelle, qui entre dans la série : "Ceux des profondeurs".

On parle en psychologie de tests projectifs, des images où l'esprit projette comme en rêve des élaborations allégoriques ou narratives, qui trahissent des mouvements inconscient, tout comme le font les rêves. Dans Les rencontres, par Sophie Cathala, c'est sur une jeune femme que des hommes projettent leurs relations passées et regrettées, l'obligeant par mimétisme à se conformer à une autre qu'elle-même. On repensera au Locataire de Roland Topor, au Zelig de Woody Allen, ou encore au détective privé Tem de Roland C. Wagner. Et l'on plaindra cette pauvre jeune fille de subir plutôt que de se jouer d'un tel talent.


" Ils se trouvaient seuls, isolés dans cette solitude étrange que connaissent les habitants des grandes villes, avec des milliers de gens qui les entourent, et dont ils sont néanmoins toujours séparés. "

Harry Harrison traite une fois encore ce malaise des villes, qui " réunissent le séparé, mais le réunissent en tant que séparé ".
Dans Le modèle de Pickmann de Lovecraft, on évoque les travaux de construction du métro de Boston et les créatures humanoïdes et anthropophages qui y furent découvertes, dans un monde souterrain. Avec Les mystères du métro, Harrison reprend cette idée à son compte, et en fait presque le bras armé d'une justice immanente, s'en prenant aux orgueilleux, aux vaniteux et aux ingrats. Quoi qu'il en soit, ça donne envie de s'éloigner de la bordure du quai.

Retour de la Rubrique " Banc d'essai ", avec La femme truquée de Jean Demas. La fille qui s'y effeuille aurait pu s'appeler Marguerite, mais ce strip-tease organique aurait mérité davantage de sensualité.


Anatomie - Anna Tommy ! - toujours, avec La jambeOn reconnait bien le style de Bernard Haller, qui s'essayait encore à cette époque à faire carrière en tant que chansonnier (nous dirions maintenant stand-up). On le retrouvera quelques années plus tard dans un numéro similaire à cette nouvelle comme agent de contrôle dans "Je sais rien mais je dirai tout" de Pierre Richard.


Après la jambe, la main ; la vie végétale devient, en acquérant la mobilité, un agent persécuteur et assassin, dans L'arbre main, de Marcelle Provens. Ce que l'on y jugera étrange ou insolite, c'est l'absence de bascule quand on passe de la séduction à la persécution.


En 1965, et en réalité pendant une bonne vingtaine d'année encore, les numéros de téléphone ne comportait que 7 chiffres, les trois premiers servant d'indicatif local (et correspondant aux trois premières lettres d'une ville, d'un quartier ou d'une rue). La dernière nouvelle du numéro signée Jean-Claude Piguet, propose d'expliquer La règle du jeu, la procédure à suivre, sur le mode des guides pratiques qui fleurissaient à tout sujet en ces années 60, pour contacter Le Fondateur, soit Dieu... au téléphone. Amusant.


On n'a pas fini de voir se lever Le matin des magiciens, mais en l'absence de Jacques Bergier dans la revue pour défendre son co-auteur, Gérard Klein cloue allègrement Louis Pauwels au pilori. En témoigne ce petit extrait de la Revue des livres :

Le propre d'un concept est de renvoyer à autre chose qu'à une collection arbitraire d'objets ou d'œuvres, et il me semble parfaitement évident que la notion de réalisme fantastique a précisément failli, au moins pour l'instant, à cette tâche. Elle s'élève néanmoins à la dignité d'une ronflante platitude qui dispense à l'occasion le critique et son lecteur des fatigues de l'analyse.

Ouch !




Pour terminer ce tour d'horizon du numéro 140, on appréciera de voir Pierre Versins nous dispenser déjà les premiers jets de sa future Encyclopédie de l'Utopie, des voyages extraordinaires et de la science-fiction, avec cet article en deux partie sur les voyages dans le temps : Une porte peut-être ouverte et fermée. L'article est même peut-être plus développé que l'article "Temps" de l'Encyclopédie.

01 avril, 2026

Fiction n°139 – Juin 1965

Dans ce numéro d'été de Fiction, il est beaucoup question, sans la nommer toutefois explicitement, de pantropie - concept traitant de l'adaptation de l'humain aux conditions de l'exploration spatiale, développé par James Blish en 1957 - à travers principalement le court roman de James Gunn présenté ici, ainsi qu'un texte très court d'Isaac Asimov qui était tout frais et encore inédit à l'époque. L'autre récit conséquent est signé Fritz Leiber, qui nous régale de sa connaissance intime de la vie des troupes de théâtre itinérantes.

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Sommaire du Numéro 139 :


1 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 10 à 10, bibliographie

NOUVELLES

2 - James E. GUNN, Voir Mars et mourir (Space is a Lonely Place, 1957), pages 11 à 65, nouvelle, trad. Pierre BILLON

3 - Isaac ASIMOV, Souvenir perdu (Eyes Do More Than See, 1965), pages 66 à 69, nouvelle, trad. Pierre BILLON

4 - Arthur C. CLARKE, Casanova cosmique (Cosmic Casanova, 1958), pages 70 à 77, nouvelle, trad. Christine RENARD

5 - Fritz LEIBER, Quatre fantômes dans "Hamlet" (Four Ghosts in Hamlet, 1965), pages 78 à 117, nouvelle, trad. Pierre BILLON

6 - Suzanne MALAVAL, La Maison d'à côté, pages 118 à 126, nouvelle

7 - Robert SILVERBERG, La Nature de l'enfer (The Nature of the Place, 1963), pages 127 à 129, nouvelle, trad. Christine RENARD *

8 - Thomas OWEN, La Dame de Saint-Pétersbourg, pages 130 à 133, nouvelle

CHRONIQUES

9 - Demètre IOAKIMIDIS, Isaac Asimov et la Fondation, pages 135 à 139, article

10 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 141 à 145, critique(s)

11 - COLLECTIF, L'Écran à quatre dimensions, pages 147 à 151, article

12 - Jacques VAN HERP, Tout Flash Gordon, pages 153 à 157, critique(s)

13 - (non mentionné) , Table des récits parus dans « Fiction » : premier semestre 1965, pages 158 à 159, index

* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


"La deuxième suit la première", comme dit la comptine. Les premières expéditions vers Mars exigent des hommes de l'espace aguerris à un isolement de près de trois ans. Mais la précarité psychologique de l'humain demeure un facteur très difficile à mesurer. Voir Mars et mourir, si elle explicite ce sujet, demeure un peu difficile à suivre tant la confusion des personnages est maintenue par le scénario même, par des psychologies mal individuées, et par des dialogues souvent trop bavards. On imagine ce récit plus aisément adapté pour l'écran, et James Gunn sans doute plus à l'aise avec l'audio visuel qu'avec la littérature.


Dans Souvenir perdu, et comme dans la nouvelle précédente, il est question de la forme qui sera la plus adaptée à la conquête de l'espace pour l'humanité. Isaac Asimov imagine que la forme ultime serait pur esprit, mais que cela ne lui ôtera pas sa nostalgie de l'incarnation.

Avec Casanova cosmique, on repensera sans doute à la nouvelle de Pierre Boulle L'amour et la pesanteur sur la difficulté d'échanges érotiques dans l'espace : Arthur C. Clarke s'amuse avec un autre aspect des variations que provoque la pantropie. Plaisant.

" Il m'arrive parfois de penser qu'il s'agit là de la plus belle histoire de fantôme du monde – mais le mérite en revient certainement moins à mes talents de conteur qu'au caractère essentiellement merveilleux de l'événement. "
Voilà le "pitch" bien amusant qu'on pourrait faire de Quatre fantômes dans "Hamlet" de Fritz LeiberThe show must go on, a-t-on coutume de déclarer en coulisses s'il arrive un malheur incapacitant à un comédien ou à tout autre artiste d'art vivant. Voilà la lisière du fantastique atteinte chez Leiber, selon qu'on prenne au sérieux ou non, qu'on applique ou non, cette maxime. Le portrait d'une troupe itinérante rendant gloire à l'incomparable Shakespeare y est de plus très touchante et fort bien rendue.
Nous revenons sur Fritz Leiber à la fin de ce billet.


La maison d'à côté sera la dernière nouvelle publiée de Suzanne Malaval, et c'est bien dommage : son ton et ses histoires, déjà si particuliers, prennent ici une assurance et une maîtrise qui présageait le travail d'une grande autrice.

Dans La nature de l'enfer, Robert Silverberg nous livre, de façon courte et concise, une petite réflexion sur la vie et l'art de savoir la prendre comme elle vient... Ou pas.


La persistance des impressions d'un rêve une fois recouvré l'état de veille peut-elle mener à sa permanence en boucle ? La dame de Saint-Pétersbourg est une nouvelle un peu gratuite de Thomas Owen, mais qu'on peut s'amuser à lire une seconde fois pour en sentir tout le sel répandu cruellement sur les plaies.


 
Allez Fritz, fais pas la gu... !

Revenons-en à Fritz Leiber. Nous nous souvenons que la parution en deux épisodes dans Galaxie de 
"Guerre dans le néant" (in Galaxie  2ème série n°4 et n°5aura dérouté les lecteurs, et les aura peut-être refroidis quant à ce très singulier auteur. La rédaction de Fiction tente sans doute de "réparer" cette mise en feuilleton, en développant dans sa présentation de la nouvelle le parcours de Leiber jusqu'en 1965. Le texte qui suit fait en effet son travail de compréhension de l'auteur :

Parmi les auteurs de science-fiction américains, Fritz Leiber est un de ceux qui ont reçu le plus d'hommages de la part de leurs pairs. Il fut invité d'honneur à la 9e Convention Mondiale de la Science-Fiction, tenue en 1951 à La Nouvelle-Orléans ; reçut le prix du meilleur roman SF de l'année en 1958 pour The big time ; vit un numéro entier de la revue Fantastic Stories consacré, en 1959, à une série de nouvelles inédites de lui ; eut une quarantaine d'autres nouvelles sélectionnées pour des anthologies. Si on ajoute que sa carrière remonte à plus de vingt-cinq ans, on mesurera à quel point l'ignorance du public français vis-à-vis de son œuvre est une grave lacune.
Né en 1910 à Chicago, Leiber est d'origine allemande par son grand-père. Son père était acteur shakespearien et avait rencontré sa mère, actrice également, au cours d'une tournée. L'enfance du jeune Leiber s'écoula dans ce milieu d'une troupe théâtrale itinérante, précisément décrit dans la nouvelle que nous publions ci-dessous. Il était, raconte-t-il, extrêmement impressionnable durant son jeune âge, avait peur du noir et même de son ombre, et croyait fermement au surnaturel.
En 1926, il devint un lecteur assidu de Amazing Stories, la première en date des revues de science-fiction, tout en poursuivant des études qui le menèrent à un doctorat de philosophie. Il s'intéressa ensuite à l'étude des religions comparées et, après s'être converti au catholicisme, devint même prédicateur pour le compte d'un organisme théologique, fonction qu'il abandonna en ne se sentant pas suffisamment la foi. En 1934, il rejoignit la troupe de son père et joua en tournée les rôles d'Edgar dans Le roi Lear et de Malcom dans Macbeth. « C'était alors l'époque qui suivait la crise économique ; les acteurs jouaient dans des théâtres vétustes et délaissés, où avaient élu domicile les chauves-souris, » raconte-t-il. (Autres détails qui éclairent l'aspect autobiographique de la nouvelle qui suit.)
Leiber tenta ensuite sa chance comme acteur à Hollywood, se maria en 1936 avec une jeune Anglaise qui partageait ses goûts en littérature surnaturelle, et revint finalement à Chicago après l'échec de ses tentatives hollywoodiennes. Tout en étant appointé pour travailler à une encyclopédie, il décida de se lancer dans la littérature. L'entreprise se solda d'abord par une série d'insuccès, jusqu'au jour où le magazine Unknown, spécialisé dans le fantastique, retint pour la première fois un texte de Leiber : Two sought adventure  
(1), qui y parut dans le numéro d'août 1939.
Ce fut le début d'une collaboration suivie de Leiber avec Unknown, collaboration qui s'étendit l'année suivante à Weird Tales, autre grand magazine fantastique. Dans ces deux revues, il publia à l'époque uns série de nouvelles qui commencèrent à établir sa réputation : Bleak shore, the howling tower, The sunken land, Thieves house, The automatic pistol, Smoke ghost, The hound, etc(2) Les unes relevaient du genre appelé par les Américains sword-and-sorcery ou heroic fantasy (et qu'on pourrait traduire par « mélange de surnaturel et de cape et d'épée » ou par « fantastique épique ») ; les autres acclimataient au contraire le fantastique dans la vie de tous les jours et les décors du monde normal.
En 1942, Leiber entama une carrière d'écrivain à plein temps, et son premier roman. Conjure wife (3) (où l'on voit la sorcellerie enseignée à l'université), parut en 1943. L'année suivante, il faisait ses premières armes dans la science-fiction avec Gather darkness (4), où pourtant il n'abandonnait pas ses thèmes favoris : religion et sorcellerie, qui se voyaient ici transposés dans les temps futurs. C'est à partir de ce livre que le renom de Leiber commença de s'accroître. Il devint un auteur au talent reconnu, dont les meilleures revues s'assuraient la signature. Dans son roman suivant, Destiny times three (1945) (5), apparaît pour la première fois le thème du Temps modifié, qui intervint souvent par la suite dans son œuvre (notamment dans The big time (13)). 
Avec ce livre prit fin la première phase de la carrière de Leiber, lequel cessa ensuite d'écrire pour trois ans, tout en devenant rédacteur en chef de la revue Science Digest. Il revint à la littérature en 1950, en se plaçant cette fois ouvertement sous le signe de la science-fiction. Les histoires qu'il écrivit alors procèdent principalement de deux veines. Dans les unes, il dénonce les tabous sexuels en les transposant dans le monde de demain : c'est le cas par exemple de Nice girl with five husbands (6), Coming attraction (7), A deskful of girls (8), Femmequin  973 (9). Dans les autres, il se fait le poète du monde d'après la guerre atomique, comme dans The moon is green (10), A bad day for sales (11), The silence game (12)Entre 1953 et 1957, une nouvelle interruption se fit dans la production de Leiber, et c'est en 1958 qu'il fit une seconde fois sa rentrée avec The big time (13), le roman déjà cité qui lui valut le prix du meilleur livre de l'année. Depuis, sa production est restée régulière et d'un niveau de qualité constant. Son dernier et copieux roman, The wanderer (1964) (14), est un essai convaincant pour exposer de façon sérieuse le thème de la fin du monde due à la rencontre de la Terre avec un météore : le désastre y est raconté alternativement selon le point de vue des diverses races et civilisations de la Terre.
Âgé aujourd'hui de 5ans, Leiber est à un point culminant et évolutif de sa carrière dans un genre littéraire où l'imagination s'épuise vite et où les écrivains, même ayant brillamment débuté, sont souvent à cours d'idées après 35 ans. C'est là un privilège qu'il partage avec Simak et quelques autres « vétérans ». Il est à noter aussi qu'il est un des rares auteurs américains à avoir réussi aussi bien dans la science-fiction que dans le fantastique (ou dans la combinaison des deux). En tant qu'écrivain, enfin, il est un de ceux dont le style est le plus savoureux et le plus personnel. Toutes ces raisons font qu'on peut le considérer aujourd'hui comme un des cinq ou six Grands de la science-fiction américaine.

Notes de la rédaction de Fiction et du PReFeG relatives à cette présentation :

1 : Les bijoux dans la forêt paraîtra en 1972 chez OPTA dans Le livre de Lankhmar (collection Aventures fantastiques n°9) (Note du PReFeG).

2 : The bleak shoreThe howling towerThe sunken landThieves' house figurent aussi dans Le livre de Lankhmar (op. cit.), sous les titres repectifs de : Le rivage isoléLa tour qui hurleLe pays qui coule et La maison des voleursThe automatic pistol et Smoke ghost figureront dans l'anthologie Les lubies lunatiques (Casterman - 1980) sous les titres respectifs de : Le pistolet automatique et Fantôme de fuméeThe hound devra attendre 1992 pour être traduite sous le titre Le chien dans le rare recueil chez Encrage Le pouvoir des marionnettes. (Note du PReFeG).

3 : Ballet de sorcières, Le masque fantastique n°7 (Librarie des Champs-Elysées - 1976). (Note du PReFeG).

4 : À l'aube des ténèbres, au Rayon Fantastique.

5 : Alternatives, Collection Futurama n°26 (Presses de la cité - 1979). (Note du PReFeG).

6 : Les cinq maris de Lorie (dans Galaxie ancienne édition, n° 2)

7 : Amoureuse de son bourreau (Ibid., n° 54).

8 : Des filles à pleins tiroirs (dans Fiction n° 66).

9 : La femmequin n° 973 (dans Satellite n° 17). 

10 : La lune était verte (dans Galaxie ancienne édition, n° 13).

11 : Pas d'amateurs aujourd'hui (Ibid., n° 24).

12 : Le jeu du silence (dans Fiction n° 11).

13 : Guerre dans le néant (dans Galaxie nouvelle édition, nos 4 et 5) 

14 : Le vagabond, collection Ailleurs et demain (Robert Laffont - 1969). (Note du PReFeG).

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