09 septembre, 2026

Fiction n°149 – Avril 1966

Dix autrices et auteurs, et une parité absolument respectée - ce qui n'est pas un moindre challenge encore en 1966, et bien que les temps y soient bien en train de changer. Quoi qu'il en soit, Fiction mise ici sur plus de diversité, avec un léger accent sur le fantastique - peut-être du fait de la parution imminente du numéro spécial exclusivement réservé à la science-fiction dite "de l'âge d'or".

Anagramme visuel de Pierre Bassard
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Sommaire du Numéro 149 :


1 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 6 à 6, bibliographie

NOUVELLES


2 - Jack VANCE, Le Monde supérieur (The Overworld, 1965), pages 7 à 38, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE

3 - Zenna HENDERSON, La Petite fille et les collines (And a Little Child..., 1959), pages 39 à 59, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

4 - Roland TOPOR, Quatre roses pour Lucienne, pages 60 à 64, nouvelle

5 - Otis Kidwell BURGER, L'Enfant de l'amour (Love Child, 1962), pages 65 à 76, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE *

6 - Robert LORY, Dangereuse étoile (The Star Party, 1964), pages 77 à 85, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

7 - Jacqueline H. OSTERRATH, Lorelei, pages 86 à 97, nouvelle

8 - Miriam Allen DEFORD, Un système infaillible (The Absolutely Perfect Murder, 1965), pages 98 à 106, nouvelle, trad. Yves HERSANT

9 - Guy SCOVEL, Chronoléthite, pages 107 à 110, nouvelle

10 - Terry CARR, Amitié sur Mars (Hop-Friend, 1962), pages 111 à 122, nouvelle, trad. Michèle SANTOIRE *

11 - Sydney VAN SCYOC, À quoi rêve le moribond (One Man's Dream, 1964), pages 123 à 134, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE *

CHRONIQUES


12 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 135 à 144, critique(s)

13 - Philippe CURVAL & Alain DORÉMIEUX, L'Écran à quatre dimensions, pages 146 à 147, article

14 - (non mentionné) , En bref, pages 148 à 149, article

15 - Gérard KLEIN, De quelques images fantastiques, pages 151 à 154, article

16 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 155 à 157, courrier

17 - Anne TRONCHE, Revue des arts, pages 158 à 159, critique(s)

* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Le monde supérieur marque le début des aventures de Cugel l'astucieux, avec le lot habituel de déboires, de péripéties et d'humour que l'on apprécie tant chez Jack Vance.

Notons au passage cette appréciation de la rédaction sur un genre encore inconnu (parce qu'innommé) du public francophone :

" Nous sommes ici en présence d'un genre particulier, peu répandu en France mais très populaire chez les Américains, qui le nomment heroic fantasy ou encore sword and sorcery : un mélange pittoresque d'aventure et de magie, de conte de fées pour grandes personnes et de fresque épique. Dans ce genre, se sont illustrés (avec des œuvres inconnues en France) des auteurs comme Fritz Leiber ou Poul Anderson. "


Fidèle à ses thèmes (l'enfant doué d'un pouvoir indéfinissable, la perception enfantine du monde et l'adulte qui y est confronté), Zenna Henderson enchante une petite histoire de vacances, intitulée La petite fille et les collines, comme si ce hors-du-temps-quotidien, que sont les congés, était aussi un monde parallèle.


Comme le rapporte la rédaction, voici un Roland Topor fleur bleue… Qui n'en n'est pas moins drôle. Et pour ces Quatre roses pour Lucienne (qui paraitra ensuite sous le titre "Four roses for Lucienne"), à nous d'y ajouter l'adage : "la beauté n'existe que dans l'œil de son admirateur".


Une nouvelle autrice, Otis Kidwell Burger, fait une entrée discrète. Figure militante de Greenwich Village, son grand-père était même l'un des premiers militants abolitionnistes, elle jouit d'une petite notoriété de poète, que n'a pas manqué de remarquer Kurt Vonnegut.
Malgré ces bons augures, nous sommes toutefois un peu déçus par L'enfant de l'amour. Après la simplicité de Zenna Henderson, cette histoire d'enfant étrange qui questionne ceux qui le recueillent parait bien alourdie par des considérations d'adultes autocentrés, dans un style inutilement psychologique.


Une bonne petite nouvelle, par contre, pour suivre, Dangereuse étoile prend pour cadre l'ambiance superficielle des réceptions un peu balourdes liées au monde du travail. La chute, dans tous les sens du terme, qui est concoctée par Robert Lory, y est… renversante !


Lorelei nous propose l'énigme d'une planète au développement accéléré : une petite enquête s'impose. Jacqueline Osterrath est ici un peu mièvre, mais le ton saura nous rappeler les histoires courtes de Valérian et Laureline qu'écrira bientôt Pierre Christin.

Miriam Allen deFord explore Un système infaillible et se pique au jeu de la possibilité de changer le cours des événements en en modifiant les causes dans le passé. Mais bien entendu, elle nous confronte aussi au constat de l'immuabilité du cours du temps. Classique mais bien mené.

Guy Scovel poursuit sa recherche du temps perdu ; après la remontée aux origines, c'est la descente à l'aval pour le Chronoléthite, en mettant mots et sensations sur la perception d'un temps qui s'accélère dans un espace immobile. L'auteur britannique Alan Moore, dans sa recherche de dérégler consciemment les perceptions de l'espace et du temps, apprécierait…

Où il est question de la sacro-sainte liberté d'entreprise à l'américaine et de sa transposition sur le sol de Mars : conquête du terrain et premiers contacts avec les martiens, des autochtones solitaires et versatiles, dans une communication interespèces loin d'être évidente, malgré la réelle volonté d'Amitié sur Mars qu'espère Terry Carr.


Encore une autrice pour les nouvelles recrues : Sydney Joyce Van Scyoc. Autrice de peu de nouvelles et d'un seul roman paru en Galaxie Bis (Fleurs de sel) - pour ce qui est des traductions en France - elle a publié quelques nouvelles et romans, jusque dans les années 70, avant de se consacrer à la conception et à la fabrication de bijoux, qu'elle vendait à San Francisco. Elle a un peu retrouvé le goût de la plume à la fin de sa vie.

Une autrice donc fort peu traduite, et uniquement par les soins des revues de chez Opta, que nous découvrirons ainsi au compte-goutte. Pour cette première nouvelle, A quoi rêve le moribondle fantasme de l'hibernation, d'une vie suspendue avant la mort en attendant d'avoir les moyens d'en guérir, trouve ici son expression pathétique, mâtinée d'une croyance en la fiction plus forte que la réalité. Assez habile.



Toujours avec intelligence, Demètre Ioakidimis nous propose sa recension de "Bonne nuit, Sophia" de l'auteur italien Lino Aldani, que nous avons pu découvrir avec sa nouvelle éponyme dans le Fiction Spécial n°6 de novembre 1964, consacré à la littérature de genre italienne.

On notera au détour de cet article un très juste avis sur la particularité de la traduction de la science-fiction, qui demande au traducteur une connaissance des autres œuvres du genre, et comme dirait Gérard Klein : de façon extradiégétique (c'est à dire au-delà de la connaissance de l'œuvre elle-même), ou quoi qu'il en soit de fréquenter ses arcanes.

Nous vous proposons, en plus de parcourir cet article, la version numérique de ce recueil de nouvelles qui ne connaîtra pas d'autre édition en français.


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Lino Aldani : Bonne nuit, Sophia

Par le plus grand romancier Italien de science-fiction : douze nouvelles aux thèmes suggestifs et inquiétants, etc. Voilà ce qu'on lit sur la quatrième page de couverture du présent volume. Il y a là une légère exagération, qu'il eût été facile d'éviter – en consultant simplement la table des matières. Ce livre ne comprend en effet que dix des douze récits de l'édition originale.
Lino Aldani n'est peut-être pas le plus grand romancier italien de science-fiction ; mais il appartient assurément, avec Sandro Sandrelli, à l'élite de ceux qui cultivent le genre dans son pays. C'est un remarquable auteur de science-fiction, comparable aux meilleurs spécialistes continentaux, et à bien des anglo-saxons réputés. Son apparition dans la collection Présence du Futur (qui élargit encore ainsi son éventail international) ne sera pas une révélation pour les lecteurs de Fiction : en effet, un de ces récits (celui, précisément, qui donne son titre au recueil) avait été inclus dans le numéro spécial 132 bis, consacré à la science-fiction italienne.
Il convient à ce point de remarquer que la traduction faite par Roland Stragliati pour Fiction est bien supérieure à celle effectuée par Jean-Claude Mangematin pour Denoël. D'une manière générale, le travail de celui-ci paraît avoir été fait avec bonne volonté et application, mais avec une connaissance de l'italien qui doit plus à la consultation du dictionnaire qu'à la pratique effective de la langue. Trop souvent. Jean-Claude Mangematin s'en tient au sens littéral, au mot-à-mot, ignorant les nuances et les précisions. Il parle par exemple (Canis sapiens, page 20) de l'ampoule de la raison, alors qu'il s'agit clairement de la lampe de la raison. Il traduit (Le kraken, page 73) dita inesperte par doigt expérimenté, ce qui signifie juste le contraire. Le mot italien groviglio (Bonne nuit Sophia, page 186) l'amène à parler d'un grouillement de lasciveté insatisfaite ; pour Fiction, Roland Stragliati avait écrit, beaucoup plus justement, tournoiement. Et, dans la même nouvelle, il avait rendu le mot tuta par combinaison (il s'agit du vêtement simplifié que l'on rencontre souvent en science-fiction), plutôt que de s'en tenir, ainsi que le fait Jean-Claude Mangematin, à la salopette du dictionnaire.
Évidemment. Où allons-nous, si on demande aux traducteurs non seulement la connaissance des deux langues nécessaires à leur travail, mais encore une certaine habitude de la science-fiction…
Dans le cas présent, le traducteur a terni la clarté du style de Lino Aldani, ce qui affaiblit dans une certaine mesure l'unité de ces récits. Aldani possède en effet un style d'une grande netteté, grâce auquel il s'efforce de présenter à son lecteur les moindres détails des scènes que vivent ses héros – ou des pensées qui leur viennent. On peut lui reprocher, dans les moins favorables des cas, une certaine pesanteur, et aussi de dévoiler involontairement un peu à l'avance l'effet de chute par lequel il espéra conclure. Cela est particulièrement net dans Les ordres ne se discutent pas, variante transparente mais amusante tout de même du Dernier Martien de Fredric Brown.
Contrairement à Sandro Sandrelli, Lino Aldani ne recherche guère l'allusion dans ces récits. Cela pourrait entraîner une certaine monotonie, mais l'auteur évite adroitement cet obstacle grâce à l'extrême variété des sujets qu'il aborde, et également parce qu'il sait modifier en conséquence le point de vue selon lequel il entreprend sa narration.
Le volume s'ouvre sur Canis sapiens, nouvelle dans laquelle l'infortuné narrateur et son chien effectuent un échange de corps. Le thème n'est peut-être pas original (Horace Gold en avait tiré un parti brillant en 1936 avec A matter of form, qui devint une sorte de classique) mais Aldani lui donne une résonance supplémentaire : ce transfert psychique, qui vaut au narrateur sa mésaventure, est une arme que les chiens se réservent d'employer tous ensemble pour prendre définitivement la place des hommes. On comprend les frissons de l'infortuné humain qui en a un avant-goût. Ce qu'on comprend moins bien, en revanche, c'est les raisons qui poussent le chien à dévoiler si prématurément une arme secrète redoutable. On veut bien admettre qu'il était amoureux de sa patronne, mais cela suffit-il pour faire courir un risque à tous ses congénères ? Peut-être que les mentalités humaines et canines sont, en fin de compte, moins éloignées que les personnages le pensent. 
Technocratie intégrale est une très bonne charge contre l'éducation à outrance. Les affres du candidat aux examens, et les énoncés des problèmes qui lui sont soumis, sont présentés avec une égale vraisemblance, il est recommandé à ceux qui auraient entre les mains le « prière d'insérer » du livre d'éviter de le lire avant d'aborder cette nouvelle, la jolie chute de celle-ci s'y trouvant maladroitement dévoilée. Une rousse authentique représente une variation sentimentale – sans excès – sur le thème Ils-sont-parmi-nous. Les Curieux et Korok mettent scène des humains en contact avec les Autres, et c'est également là le sujet du Kraken. Mais cette dernière nouvelle possède en outre l'intérêt d'un développement psychologique : le kraken, c'est le croquemitaine qu'un cosmonaute traîne depuis son enfance dans son inconscient ; que se passe-t-il, lorsqu'il rencontre véritablement un tel monstre ? 
L'ultime vérité ménage une surprise qui n'est pas trop difficile à devancer par le lecteur attentif, mais les connaissances scientifiques de Lino Aldani lui ont permis de planter son décor avec minutie et précision. La nouvelle curieusement intitulée La lune des vingt bras (n'eût-il pas mieux valu écrire en français La lune aux vingt bras ?) commence pianissimo, pour s'achever en une scène où l'héroïque et l'atroce se mêlent : le titre est à prendre littéralement. Le mérite d'Aldani consiste ici à avoir évité un ton grand-guignolesque dans un sujet qui s'y prêtait. Bonne nuit Sophia, enfin, est la plus longue nouvelle du recueil. Ceux qui ont lu le numéro spécial de Fiction mentionné plus haut ne sont pas près d'oublier cette satire mordante – et parfaitement vraisemblable, hélas ! – de l'esclavage dans lequel l'industrie du spectacle peut entraîner le « consommateur » moyen. Avec elle, le volume s'achève en beauté. 
Peut-on dire, après avoir lu ces pages, que Lino Aldani considère la science-fiction surtout comme une « littérature de dénonciation » ? Non, sans doute. Il y a bien un avertissement dans Technocratie intégrale et dans Bonne nuit Sophia, mais Aldani possède un registre suffisamment étendu pour ne pas se spécialiser dans un seul ton. L'aisance qu'il manifeste tout au long de ces récits fait souhaiter que Denoël lui consacre prochainement un nouveau volume. Il parle sans le moindre accent la langue universelle de la science-fiction.
Demètre IOAKIMIDIS

 

Bonne nuit, Sophia (Quarta dimensione) par Lino Aldani : Denoël, « Présence du Futur ».


02 septembre, 2026

Cadeau bonus : Fiction Spécial n °9 : L'Âge d'or de la science-fiction - Astounding 2ème série, 1947-1951 (Mai 1966)

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Poursuivant la publication de la manne offerte par la revue américaine Astounding (car Fiction ne se contente plus depuis quelques temps de traduire en français l'unique revue Fantasy & Science Fiction), Fiction nous propose en ce printemps 1966 non pas un florilège choisi par sa rédaction, mais la traduction d'un second recueil américain consacré aux "meilleurs morceaux" de la revue de John W. Campbell.
Nous en apprécierons une très large partie, mais nous ne manquerons pas de nous souvenir que les années 1947 à 1951 étaient marquées par les tambours battants de la Guerre Froide ; la production américaine de l'époque s'en ressent grandement, malgré le vœu pieu de ce genre de littérature de nous permettre de quitter les temps actuels ou passés pour nous plonger dans les émerveillements ou les cauchemars de l'avenir.

La peur de l'anéantissement global de l'espèce humaine, aveuglée par son "instinct belliqueux", n'en est qu'un aspect. Si certains auteurs extrapolent davantage sur les reconstructions possibles de l'après-guerre totale, comme Theodore Sturgeon, ou si d'autres imaginent des alternatives à la bipolarité d'un conflit mondial à venir, comme Lester del Rey, cette anthologie nous propose également quelques morceaux de propagande à l'américaine, l'anti communisme primaire poussé à toute berzingue, qui demeurent intéressants dans l'après coup pour nous donner un aperçu de l'état d'esprit d'alors, bien qu'ils ne brillent pas par l'intelligence de leur propos.
Mais au moment de sa publication en France, nous voilà non plus en 1951, mais en 1965, et de tels "pamphlets" (faute de mieux les définir) peuvent déjà à ce moment passer non plus pour des récits d'un "âge d'or", mais plutôt pour ceux de "l'âge de fer" (voire de "l'âge de l'os de tibia fracassant un crâne de singe").
Nous reviendrons plus avant, exemples à l'appui, sur cette réserve, mais nous pouvons déjà admettre que le travail de Pierre Billon à la traduction est honorable, malgré un choix de nouvelles qui aurait pu, pour certaines, être un peu plus éclairé pour une publication plus tardive, en France.

Sommaire du Fiction Spécial n°9 :
1 - (non mentionné) , Introduction, pages 5 à 6, introduction
2 - Thomas L. SHERRED, Une fenêtre sur l'histoire (E for Effort, 1947), pages 9 à 59, nouvelle, trad. Pierre BILLON
3 - William TENN, Jeu d'enfant (Child's Play, 1947), pages 61 à 87, nouvelle, trad. Pierre BILLON
4 - Theodore STURGEON, Et la foudre et les roses (Thunder and roses, 1947), pages 89 à 109, nouvelle, trad. Pierre BILLON
5 - Eric Frank RUSSELL, La Fin du voyage au bout de la nuit (Late Night Final, 1948), pages 113 à 146, nouvelle, trad. Pierre BILLON *
6 - Kris Ottman NEVILLE, Guerre froide (Cold War, 1949), pages 147 à 157, nouvelle, trad. Pierre BILLON *
7 - Clifford D. SIMAK, Éternité perdue (Eternity Lost, 1949), pages 159 à 183, nouvelle, trad. Pierre BILLON *
8 - Lester DEL REY, Par-dessus bord (Over the Top, 1949), pages 185 à 198, nouvelle, trad. Pierre BILLON *
9 - Henry BEAM PIPER, Le Dernier ennemi (Last Enemy, 1950), pages 199 à 256, nouvelle, trad. Pierre BILLON *
10 - Murray LEINSTER, Note historique (Historical Note, 1951), pages 257 à 267, nouvelle, trad. Pierre BILLON * 
* Nouvelle restée sans publication postérieure à celle présentée ici.

FICTION présente son nouveau numéro Spécial :

L'introduction tout d'abord :

" Le genre qu’il est convenu d’appeler science-fiction connaît aujourd’hui une vogue sans pareille. Mais ses origines sont lointaines, et son « Âge d’Or » remonte à une vingtaine d’années.

De cet Âge d’Or, une première physionomie fut offerte en décembre 1965 par le précédent tome de cette anthologie, qui rassemblait huit récits recensant la période 1940-1947.

Tous ces récits provenaient de la célèbre revue américaine Astounding, la plus prestigieuse revue de science-fiction des années quarante.

Avant Astounding et son rédacteur en chef John W. Campbell, il n’existait pas de magazine de science-fiction sérieux digne de ce nom. Après lui, le nom même d’Astounding devint le symbole d’une science-fiction adulte, cohérente, scientifiquement vraisemblable, empreinte d’un souci de réalisme : caractéristiques qui firent prendre au genre un tournant décisif et le marquèrent durablement.

Parmi les auteurs découverts par Campbell à cette époque et publiés en vedette par Astounding, figurent la plupart des grands maîtres de la science-fiction : Robert Heinlein, Isaac Asimov, A. E. van Vogt, Clifford D. Simak, Theodore Sturgeon, Henry Kuttner, etc. Sans compter ceux qui, tels Jack Williamson ou Murray Leinster, avaient fait leurs débuts auparavant mais écrivirent dans Astounding leurs œuvres les plus achevées.

Dans le premier tome, nous avons assisté à l’éclosion et l’élaboration de la science-fiction moderne, à travers quelques textes mémorables. Aujourd’hui, un second tome s’imposait. La période qu’il embrasse est celle de l’épanouissement, et dès le premier texte présenté, cette science-fiction moderne apparaît déjà à son point culminant.

Cette anthologie s’achève en 1951. Par la suite, c’est le boom que l’on connaît, l’expansion de la science-fiction et son développement, sa diffusion dans les principaux pays d’Europe, mais son cheminement antérieur restait encore mal connu, surtout dans le domaine de la nouvelle. D’où l’intérêt historique de ce recueil et de celui qui l’a précédé, et l’importance qu’ils garderont aux yeux des amateurs. "

Et le quatrième de couverture pour faire la réclame à tout ceci :

9 CHEFS-D'ŒUVRE DE LA SCIENCE-FICTION

      « La science-fiction est la littérature de l'ère scientifique.

     Contrairement aux autres littératures, elle pense que le changement est l'ordre naturel des choses, que l'Homme a des buts à atteindre, bien plus vastes que tous ceux qu'il envisage aujourd'hui » :

     Ainsi s'exprime John W. Campbell, rédacteur en chef de Astounding, le plus grand magazine américain de science-fiction entre 1940 et 1955.

     La présente anthologie rassemble neuf passionnants récits issus de ce magazine, neufs récits qui sont des jalons dans l'Age d'Or de la science-fiction.

     Chacun d'eux représente un point d'achèvement et un sommet.

Un livre qui vous ouvre les portes du futur !

Comme nous le voyons, le but déclaré serait pour Campbell non pas de réfléchir à la technologie galopante et aux changements radicaux qu'elle impose après-guerre, mais bel et bien de préparer les mentalités à accepter "l'ère scientifique", dénommée telle comme pour affirmer son inéluctabilité, voire son infaillibilité et la grande Lumière de Vérité qu'elle irradie devant elle. Encore, à cette époque, le "progrès" représentait-il une promesse, un bienfait à saisir, presque une offre promotionnelle. Le discours dominant de nos jours nous imposerait plutôt une injonction à nous y adapter. La machine et son utilisation diffuse à tous les échelons de notre vie sociale a , semble-t-il, pris le pas sur le devenir de l'espèce humaine ou ses projets de société.

Venons-en aux nouvelles proprement dites.

Une fenêtre sur l’Histoire (1947), signée T. L SHERRED est une nouvelle remarquable par sa construction, dans un style dynamique et très plaisant, qui repose sur le postulat de pure science-fiction d'une machine permettant de visualiser n'importe quel moment du passé sans restriction d'espace. Un miracle technique qui pourrait, comme on s'y attend, tout bouleverser, principalement sur les divers "récits nationaux" et les couleuvres que l'Histoire officielle nous aura fait avaler. Les protagonistes sont fort rusés, mais les Etats, inquiets d'être malmenés, conservent leur toute puissance. Le style est dynamique, enlevé, intelligent, et il est très étonnant que cette nouvelle n'ait jamais été reprise en anthologie, du moins francophone (son unique republication ultérieure sera pour le sixième volume de l'éphémère collection Etoile Double chez Denoël), car c'est un véritable bijou qui n'a pas pris une ride, et qui trouve même une seconde lecture contemporaine réactualisée de par nos capacités techniques actuelles à pouvoir fabriquer de fausses images présentant toutes les apparences du vrai. Un choix, donc, bien justifié, qui transcende son contexte temporel.

" Avait-il vraiment envie de dédoubler Tina ? Oui, en dépit de tout. Elle était toujours la femme qu’il désirait plus qu’aucune autre. Et lorsque l’original aurait épousé Lew, la réplique n’aurait d’autre ressource que de se rabattre sur lui-même. Seulement… la jumelle posséderait les caractéristiques de Tina à l’instant où seraient prises les mensurations ; et rien ne disait qu’elle n’exigerait pas d’épouser Lew, elle aussi.
On pourrait reconnaître là l'intrigue du Triangle à quatre côté de William Temple fraichement résumée (voir notre article ICI). En réalité, Temple écrira son roman deux ans après ce Jeu d'enfant (1947) qu'a produit William Tenn. Celui-ci rapporte dans une interview qu'il n'est pas précisément fier de cette nouvelle, mais qu'elle lui valut un grand nombre de publications dans des anthologies, grâce aux bons soins de son agent littéraire... Theodore Sturgeon, excusez du peu. Le propos - un kit de production d'êtres humains modélisés, arrivé par erreur du futur au mauvais destinataire - rappellera Tout smouales étaient les borogoves, de Lewis Padgett (à savoir Henry Kuttner et Catherine L. Moore). Tenn pensait en effet écrire une nouvelle à la manière de Henry Kuttner, sans savoir qu'il était aussi l'auteur de Tout smouales étaient les borogoves, et sans même connaître cette nouvelle sensiblement proche de la sienne. D'un William à l'autre, que Tenn inspirât à son tour Temple, rien n'est moins sûr, mais ce Jeu d'enfant a toutefois le mérite d'être bien équilibré, et d'annoncer déjà l'humour cruel des nouvelles à venir de William Tenn.

Theodore STURGEON, qui bien entendu n'était pas qu'agent littéraire, et ce pour notre plus grand bonheur, propose avec Et la foudre et les roses (1947) une vision assez réaliste de ce qui pourrait s'organiser après une guerre atomique. Retenons-en surtout que le message de Sturgeon, véhiculé - comme toujours - par une belle poésie, est de ne pas céder à l'esprit de revanche qui ne ferait que tout achever de détruire. Une belle nouvelle à relire par temps de guerre, en souhaitant ne pas avoir à s'y référer trop vite. 

Toujours sur le registre séminal des influences, peut-être que Marion Zimmer Bradley avait-elle lu La Fin du voyage au bout de la nuit (1948) en composant en 1955 son Marée montante. On y retrouve ici les mêmes germes subversifs d'une société débarrassée du souci de la production, bien que cette histoire traite surtout du changement de mentalité qui s'opère chez des colons extraterrestres guerriers et rigides, confrontés à une vie libre et pastorale. Son auteur, Eric Frank RUSSELL, est  - rappelons-le - un auteur d'un humanisme charmant, malheureusement trop rare (même s'il figurait déjà dans l'anthologie Astounding précédente).

Theodore Sturgeon nous en avait donné un avant-goût : nous entrons maintenant dans les récits préoccupés par la Guerre Froide qui a marqué la production américaine de cet "Âge d'Or de la science-fiction". Kris Neville imagine dès 1949 - en pleine prise de conscience de la Guerre Froide et dans l'anxiété qui régnait alors - ce qu'on appellera plus tard la "Guerre des étoiles", non pas le film, mais le système de défense et d'attaque des deux grandes nations adverses déplacé dans l'espace, avec un réseau de stations spatiales armées de missiles atomiques. Curieusement, Neville ne va pas encore jusqu'à l'automatisation et la transmission radio, mais nous figure ces stations comme habitées, chacune par son gardien propre, le doigt potentiellement sur le gros bouton rouge. On le constate avec l'auteur, et comme l'écrira Ward Moore deux ans après dans Le vaisseau-fantôme, il faudra bien prévoir des pousse-boutons pour les pousse-boutons … 
 
Quittons un instant le contexte de guerre larvée pour nos intéresser à un sujet universel (et même sans doute le premier sujet de la littérature) : la quête d'immortalité. Clifford D. SIMAK explore dans Éternité perdue (1949) la possibilité de la vie prolongée scientifiquement, et ainsi de l'immortalité potentielle, en rappelant qu'il ne pourra s'agir que d'un privilège maquillé en salaire dû au mérite. Accorder une fois ce privilège n'est pas pour autant le renouveler tacitement, et le bail pour la vie éternelle ne saurait être alloué qu'à certaines conditions précises. Sans compter que la peur infantile de la mort gagne du terrain à mesure que se prolonge la vie, et infantilise les immortels… La fable est habile, et même étonnamment grinçante au regard du ton habituel de Simak, plutôt tendre dans ses autres récits. 

" Déjà, les nations commençaient à se retrancher chacune dans son isolement, ce qui signifiait que le monde courait de nouveau vers une crise. La peste qui, quatre ans auparavant, avait soudain éclaté en Chine avait mis fin à la crise précédente, toutes les nations s’étant solidarisées, soit par altruisme, soit par intérêt, et ayant été contraintes de travailler en commun. Mais cela n’avait pas duré. Un traitement avait été découvert, après que deux millions de personnes eurent péri ; ensuite, il ne restait plus rien qui pût maintenir la coopération internationale que la catastrophe avait soudain suscitée. "
La Guerre Froide, donc, et la conquête spatiale vue non pas comme indice de compétition comme ce sera le cas avec Vanguard et Spoutnik, mais plutôt comme contrepoint, comme motivation suffisamment essentielle pourr couper l'herbe sous le pied à la course à l'armement. Dans Par-dessus bord (1949), le ton employé par Lester del REY est iconoclaste, et n'est pas l'expression de l'état d'esprit d'un militaire qui "pèterait un boulon", mais bien celui du ras-le-bol d'un homme particulier, recruté dans la population civile justement pour sa particularité d'être un homme de petite taille. On se souvient que durant un temps, le bruit a circulé que les astronautes seraient sélectionnés selon ce critère (de taille et de poids) pour optimiser le tonnage et la surface habitable minimum dans une capsule spatiale (voir en cela Le saviez-vous du Galaxie 1ère Série n°53 d'Avril 1958). Pour la petite histoire, Lester del Rey sera l'époux de Judy-Linn Benjamin, atteinte de nanisme, avec qui il fondera la célèbre maison d'édition delRey books. Judy-Linn sera, quant à elle, l'autrice de la première novellisation de Star Wars.

On aimerait pouvoir passer sur l'anti communisme primaire de Henry BEAM PIPER, tel qu'allègrement déployé dans Le dernier ennemi (1950). L'extrait suivant pourrait être légitime (bien que gratuit) :
" Je me souviens de quelques histoires que me racontait mon grand-père lorsqu’il était représentant paratemporel dans le Quatrième Niveau, il y a de cela quatre cents ans ; il avait, disait-il, échappé de justesse à plusieurs reprises, aux foudres de la Sainte Inquisition. Je crois que cette redoutable institution opère encore actuellement dans le secteur américano-européen, sous le nom de NKVD. "
H. BEAM PIPER ne s'arrête pas là. Son récit pourtant mêle assez habilement mondes parallèles et civilisations extraterrestres usant de leur influence avec délicatesse pour ne pas provoquer d'ingérence brutale dans les sociétés moins "avancées". Et là encore, il est question d'immortalité, ou plutôt du contrôle scientifique de la réincarnation, volant à l'immanence du "Karma" son sens de la justice et de la morale. Voyons par exemple l'extrait suivant :
" (...) puisque les Statisticalistes soutiennent que la réincarnation se produit purement au hasard, ils visent à créer une société entièrement sans classes, dans laquelle, en théorie, chaque individualité possédera le maximum de chances de se réincarner dans les meilleures conditions d’égalité avec le reste de la population. Le programme politique implique en conséquence la complète socialisation de tous les moyens de production et de distribution, l’abolition des titres héréditaires, la suppression de la transmission des richesses par voie d’héritage – voire la suppression pure et simple de la propriété individuelle – et le contrôle total par le gouvernement de toutes les activités économiques, sociales et culturelles. Bien entendu, » dit le Dr Harnosh, « la politique n’est pas du tout de mon ressort et je ne me permettrais pas de juger, par avance, quel serait le fonctionnement d’un tel régime. » 
— « J’aurais moins de scrupules que vous, docteur, » répondit Verkan Vall, pensant à toutes les lignes temporelles où il avait pu voir de tels systèmes en application. « Vous n’en seriez certainement pas édifié, docteur. "
On le comprend, le modèle politique incriminé est transparent, mais la critique véritable ne va pas plus loin et manque définitivement d'arguments politiques. Et le ton est sentencieusement donné dans l'extrait suivant :
" Cinq hommes étaient assis à une table proche. Ils étaient entrés avant que les étoiles n’aient commencé de pâlir, et les serveurs leur apportaient à peine les premiers plats. Deux d’entre eux étaient des Assassins, et les trois autres d’une race que Verkan Vall avait appris à reconnaître sur toutes les lignes temporelles – celle des politiciens gauchistes arrogants, sûrs d’eux-mêmes, ambitieux, qui savent ce qui convient à chacun, mieux que les intéressés eux-mêmes, convaincus qu’ils sont de posséder la Vérité en tout, ceux qui professent une opinion différente de la leur étant, par conséquent, non seulement des êtres ignares, mais encore des coquins vénaux. "
Pour apprécier la critique en creux, quelle est donc, pourrait-on se demander, la société idéale, l'utopie à la H. Beam Piper ?
" Il n’ignorait pas que ses yeux parcouraient l’une des cités provinciales mineures d’une civilisation respectablement évoluée. Une civilisation qui construisait ses cités verticalement puisqu’elle avait appris à contrebalancer l’effet de la gravitation. Une civilisation qui dépendait encore des céréales naturelles pour sa nourriture, mais qui avait appris à tirer le maximum de rendement de son sol. Le réseau de barrages et de canaux d’irrigation, qu’il apercevait au-dessous de lui, rivalisait avec ce qu’il y avait de mieux dans le genre sur son propre niveau paratemporel. "
Réponse : une utopie de monades urbaines et de monoculture. En bref : les U.S.A. des années 50. 
On le constate, Le dernier ennemi est un exemple frappant de ce que la S .F. américaine pouvait produire en plein "Âge d'Or" de la Guerre Froide. 

De façon, heureusement, plus potache, Murray LEINSTER dans Note historique (1951) se moque aussi de l'U.R.S.S., avec l'histoire de l'invention d'un appareil volant portatif. Malheureusement, le style en est absent et, de fait, la démonstration de l'absurde bureaucratique qu'on aurait aimé trouver tombe un peu à plat.

Après avoir visité la S.F., le prochain Fiction Spécial donnera la part belle au fantastique et à l'épouvante avec un florilège de la revue "Veird Tales" (sic !)

12 août, 2026

Fiction n°148 – Mars 1966

Avant de nous éclipser pour les vacances... 
Fin de la novella en trois parties de Poul Anderson entamée avec "Corsaire de l'espace" ; profitons de cette publication exclusive avant de ranger ce récit dans les écrits mineurs de cet auteur de métier, et apprécions un défi littéraire lancé par Theodore Cogswell auquel répondront, rien de moins, Isaac Asimov et Miriam Allen "tout-terrain" deFord.


Un coup de main est demandé en bas à droite…

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Sommaire du Numéro 148 :


1 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 6 à 7, bibliographie


NOUVELLES


2 - Poul ANDERSON, Amirauté (Admiralty, 1965), pages 9 à 83, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

3 - James BLISH, Les Chats des dunes (No Jokes on Mars, 1965), pages 84 à 93, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE

4 - Marcel BATTIN, Conversation sous l'arbre, pages 94 à 97, nouvelle

5 - Isaac ASIMOV, La Chambre d'airain (Gimmicks Three / The Brazen Locked Room, 1956), pages 98 à 105, nouvelle, trad. Roger DURAND *

6 - Miriam Allen DEFORD, L'Avenant (Time Trammel, 1956), pages 106 à 112, nouvelle, trad. Roger DURAND

7 - Theodore R. COGSWELL, Noir sur noir (Impact with the Devil, 1956), pages 113 à 123, nouvelle, trad. Roger DURAND *

8 - Roland TOPOR, Le Coup du téléphone, pages 124 à 130, nouvelle

9 - Fereydoun HOVEYDA, La Cendre, pages 131 à 132, nouvelle


CHRONIQUES


10 - Gérard KLEIN, "La maison de rendez-vous", un roman de science-fiction ?, pages 133 à 139, article

11 - COLLECTIF, L'Écran à quatre dimensions, pages 141 à 147, article

12 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 148 à 149, courrier

13 - Anne TRONCHE, Revue des arts, pages 151 à 151, critique(s)

14 - (non mentionné) , En bref, pages 153 à 155, article

15 - Gérard KLEIN, Chronique théâtrale : L'opéra du monde de Jacques Audiberti, pages 156 à 156, critique(s).

* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Poul Anderson commence Amirauté par résumer la situation sans évoquer du tout la 2ème partie (Arsenal in Fiction 146). Il commence cette 3ème partie après des événements (des batailles stellaires principalement) qui auraient fort bien pu être développés avant. Voici donc une dernière partie qui se veut plus riche en péripéties - mais de grandes plages bavardes freinent un peu l'action, et l'action elle-même est trop souvent bridée et éludée par des ellipses du récit. Poul Anderson semble pris entre deux feux : celui d'une belle inspiration qui le pousserait à développer son récit ainsi que la psychologie de ses personnages, et celui d'un temps court, tant dans l'écriture que dans celui alloué aux péripéties par une limitation du nombre de pages. En bref : un récit soit trop court, soit trop long pour le cadre difficile de la novella.


Les colons de Mars se comportent en envahisseurs aux velléités génocidaires. James Blish suit le modèle de l'histoire des Amériques, mais la fin abrupte de Les chats des dunes laisse un peu perplexe sur ce qu'il voudrait dire implicitement.


Le texte de présentation de la rédaction divulgâche un peu Conversation sous l'arbre de Marcel Battin, au ton plaisant et léger mais une nouvelle un peu trop creuse pour résister à la relecture qu'elle implique.


Un monstre à trois têtes pour suivre. Voici ce qu'en dit la rédaction : 

" Cette nouvelle et les deux qui la suivent forment à elles trois un curieux triptyque – un phénomène unique dans le domaine de la collaboration entre plusieurs auteurs, ainsi que dans celui de l'exercice de virtuosité.
Tout commença à la suite d'une remarque émise par Theodore Cogswell, auteur autrefois publié à plusieurs reprises dans Fiction, et qui est précisément le troisième à figurer dans notre triptyque. Cogswell, envoyant un jour à la rédaction de notre édition américaine une histoire de pacte avec le diable, l'accompagnait d'une lettre où il écrivait notamment : « J'adore le thème du pacte avec le diable, parce que c'est un poncif tellement éculé qu'il est toujours amusant d'essayer d'en tirer une astuce nouvelle. C'est la même chose pour la chambre close et le paradoxe temporel. Si un jour j'arrivais à combiner ces trois thèmes en une seule histoire en leur donnant une solution satisfaisante, je pourrais mourir heureux. »
L'éditeur américain publia l'histoire de Cogswell, en citant cet extrait dans les commentaires de présentation. Il y avait là quelque chose comme un défi lancé à l'imagination des confrères de Cogswell. Défi tel qu'il fut relevé, presque simultanément, par Isaac Asimov et Miriam Allen DeFord, qui chacun écrivirent une nouvelle où ils combinaient, délibérément, les trois « poncifs » énumérés par Cogswell : le pacte avec le diable, la chambre close, le paradoxe temporel.

Pour commencer, Isaac Asimov se sort bien du défi dans La chambre d'airain, bien qu'il rende un peu accessoires certains éléments. Sa vision du pacte avec le démon, et surtout l'argument qu'il donne pour tenter d'y résister, vaut le détour. 

 

" (il) était sur le point d'inventer une machine à voyager dans le temps et il avait signé un pacte avec le diable. » — « Curieuse combinaison : science-fiction contemporaine et superstition médiévale. » "

Miriam Allen deFord relève bien dans L'avenant le fond du défi de Cogswell : mélanger science-fiction et fantastique ; ajoutons que la chambre close est l'un des ingrédients les plus intéressant du polar. Les genres dits "mineurs" sont donc réunis par la proposition de Cogswell. Mais Miriam Allen deFord aussi accessoirise les éléments de ce défi, et se concentre surtout sur la façon d'éviter le pacte. On comprend bien toutefois avec elle combien mêler ces éléments revient à mêler les genres.


Theodore Cogswell, dont la nouvelle Noir sur noir fut la première écrite des trois, ne se contente pas, lui, d'une seule chambre close, mais de deux, tout comme il rappelle que le pacte contient deux partis et deux exigences, chacune l'un pour l'autre. C'est peut-être le paradoxe temporel qui serait le plus gratuit dans cette nouvelle, voire dans l'ensemble des trois, car sous ses aspects de voyage dans le temps, il ne fait que transformer le temps en espace, et sous ses principes d'inversion de la chaîne de la causalité, il ne fait que la renforcer comme un courant alternatif, alors que le paradoxe doit soulever la possibilité d'une impossibilité. Nous pouvons ainsi considérer que le défi reste ouvert : avis aux challengers !


" À l'époque, je travaillais chez un imprimeur. J'étais quelque chose comme correcteur. C'était un travail minutieux, exigeant une attention de tous les instants… "
Notre Centaurien a particulièrement apprécié cette nouvelle, qui entre dans son catalogue personnel des histoires de correcteurs. Mais Le coup du téléphone entre aussi dans une autre catégorie : "La peur des nouvelles technologies", série qui regroupe des histoires concernant les nouveaux usages techniques et domestiques, et qui extrapole sur les dérives possibles - graves ou meurtrières le plus souvent. On a pu lire par exemple des nouvelles sur l'entrée de la télévision dans les foyers. Toutes les histoires qui développent ce qu'on a ensuite appelé "la singularité", et qui traite du moment où la machine prend des initiatives pour gouverner le destin de l'espèce humaine, entrent aussi dans cette catégorie. Pour la nouvelle qui nous occupe actuellement, les plus jeunes d'entre nous ne peuvent se rappeler de l'entrée progressive du téléphone (fixe) dans les foyers, ni du bottin, qui n'était pas qu'une arme blanche à l'usage dans les commissariats. Roland Topor nous dresse un petit inventaire des dérives du téléphone : canulars, quiproquos sur l'interlocuteur qui se fait passer pour un autre, vente forcée ou sondage intrusif, informations capitales données par un interlocuteur à qui manque le courage de dire les choses déplaisantes en face, calomniateurs et maître chanteurs bien à l'abri sous le couvert de l'anonymat… Ce que le téléphone portable et internet ont apportés depuis n'ont pas rendu cette liste obsolète, et certains aspects s'y sont même développés, voire banalisés. C'est que la technologie implique un bon usage, du moins correct ou conforme, pour n'être pas dévoyée. Mais la recherche de la ruse, de la tromperie, de l'escroquerie semble avoir toujours été profondément enracinée dans l'être humain, et la technologie n'y peut mais. Ici et avec talent, Topor en rajoute même une couche psychopathologique qui réhausse Le coup du téléphone au niveau fantastique.

Un peu gratuite, La cendre de Fereydoun Hoveyda (de retour d'Iran, mais qui n'écrira plus dans Fiction par la suite) traite des pouvoirs de l'imagination et des rêveries d'un lecteur. Téléphoné, comme dirait Topor.



Plus de 10 000 vues sur ce site en moins d'un mois (nous venons de passer le cap des 150 000) - en concluerons-nous que nous avons plus de temps pour "surfer" en août ? Singapour, l'Allemagne et le Brésil (encore) tiennent le haut du pavé ; bonjour à vous, lecteurs non-francophones !

Aujourd'hui 12 août 2026, une éclipse presque totale va assombrir le crépuscule français. L'Espagne jouira, elle, du Soleil Noir. L'astre solaire ne va pas être le seul à s'éclipser, puisque quelques courtes semaines de vacances nous attendent à présent. Nous vous donnons rendez-vous le 02 septembre 2026 pour notre prochaine parution  : le Fiction Spécial n°9, deuxième volume de l'anthologie "Astounding stories", avant d'ouvrir une nouvelle année de publications en partage qui couvrira la globalité des parutions de 1967 et entamera 1968 ! Ca va chauffer !

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