04 mars, 2026

Fiction n°136 – Mars 1965

Dernières apparitions des auteurs français que sont Gali Nosek et Henri Damonti ; Fiction va devoir renouveler son cheptel francophone, dans un pays et une époque frileux en matière de publications des littératures de l'imaginaire. Fort heureusement, le corpus anglo-saxon présenté ici est de très bonne qualité, même si porté parfois par de parfaits inconnus de notre côté de l'Atlantique. Adjoignons leur Robert Silverberg et Jorge Luis Borgès, et le tour est joué !


" Tu vois bien qu'il fallait cliquer à droite, Léon ! "

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Sommaire du Numéro 136 :


NOUVELLES


1 - Algis BUDRYS, La Fin de l'hiver (The End of Winter, 1958), pages 5 à 17, nouvelle, trad. GERSAINT

2 - Simon BAGLEY, Tous Américains ! (Welcome, Comrade, 1964), pages 18 à 37, nouvelle, trad. Claude CARME

3 - Harry HARRISON, Portrait de l'artiste par lui-même (Portrait of the Artist, 1964), pages 38 à 46, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE

4 - Robert SILVERBERG, Eve et les vingt-trois Adams (Eve and the Twenty-Three Adams, 1958), pages 47 à 62, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE

5 - Terry CARR, La Pierre de touche (Touchstone, 1964), pages 63 à 75, nouvelle, trad. Denise HERSANT *

6 - John SHEPLEY Le Kit-Katt-Klub (The Kit-Katt Klub, 1962), pages 76 à 88, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

7 - Gali NOSEK, Les Prisonniers, pages 89 à 92, nouvelle *

8 - Gordon R. DICKSON, Le Remplaçant (The Amulet, 1959), pages 93 à 108, nouvelle, trad. Christine RENARD *

9 - Jorge Luis BORGES, Tlön Uqbar Orbis Tertius (Tlön Uqbar Orbis Tertius, 1940), pages 109 à 122, nouvelle, trad. Paul VERDEVOYE

10 - Henri DAMONTI, Un jeu très amusant, pages 123 à 127, nouvelle *

 

CHRONIQUES

11 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 129 à 129, bibliographie

12 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 131 à 151, critique(s)

13 - Alain DORÉMIEUX, Un Bava sans bavures, pages 153 à 154, article

14 - Bertrand TAVERNIER, Wells affadi, pages 154 à 155, article

15 - Anne TRONCHE, Le Musée Gustave Moreau : un héritage fantastique, pages 157 à 159, critique(s)


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Une opération de sauvetage fait découvrir à ceux qui la mènent un petit astéroïde qui ne comporte pas en astre mort, mais en une machine à recréer des images de la vie. Algis Budrys ne livre aucune réponse, ni aucun indice, pour pouvoir déterminer la raison d'être de cette sorte de mirage cosmique qui joue La fin de l'hiver.


« Tout ce que nous autres, Américains, nous avons, nous l'avons obtenu grâce à notre façon de penser. Tout ce que nous sommes en train de faire dans ce Projet Américain, c'est de donner cette façon de penser à tous les hommes. Le monde connaîtra vraiment un essor extraordinaire quand ce projet aura été réalisé. »

De la colonisation dite culturelle à celle des mœurs et des mentalités, il pourrait n'y avoir qu'un pas, mais le chemin demeure hasardeux, ainsi que l'hégémonie présupposée pour résultat. A moins que la technique ne se colle au problème d'une indiscutable efficacité et de l'assurance d'un résultat permanent, pour l'accomplissement d'une forme "d'impérialisme mental". Sans en dévoiler davantage, Tous Américains ! est une nouvelle fort réjouissante sur les rouages des mises en place de techniques révolutionnaires… et ses travers. Son auteur, Simon Bagley, signe ici sa seule incursion dans le domaine de la science-fiction, et sera surtout connu sous son (pré)nom véritable de Desmond Bagley comme auteur de romans d'espionnage.

Continuons avec un questionnement fort actuel, comme l'ignorait encore l'équipe de rédaction de Fiction en 1965, quand ils écrivaient à propos de Portrait de l'artiste par lui-même de Harry Harrison : " un temps futur où les comics sont exécutés à la chaîne par des robots, capables de reproduire sur commande le style de n'importe quel grand dessinateur de l'âge d'or ! " En témoigne cet extrait :

Pachs regarda l'image et ne put en détacher les yeux : il avait peur de se trouver mal. Non seulement la couverture était bonne, mais c'était de l'excellent Milton Caniff. Elle était telle que le maître aurait pu la dessiner lui-même. Mais le plus horrible de la chose, c'est que c'était la couverture de Pachs, sa propre composition. Améliorée ! Il n'avait jamais été ce que l'on peut appeler un dessinateur formidable, mais il n'était pas un mauvais dessinateur. Il avait bien réussi dans les bandes dessinées et, pendant les bonnes années, il était en tête du peloton. Mais le métier était devenu de plus en plus difficile et, après l'apparition des premières machines, ce fut le marasme.

" La machine soulage l'homme de son labeur et détourne l'artiste de son œuvre " ; ce bon mot du poète Michael Shiloh correspond tout à fait à cette belle nouvelle délicate et faussement désespérée. Quelques indices nous donne en effet à penser que rien ne se passera aussi simplement que prévu avec la machine, à l'instar de l'épisode de "Charley-les-dames" dans "Le pianiste déchaîné" de Kurt Vonnegut.

On se souvient des échanges d'articles entre Poul Anderson et Robert R. Richardson concernant, durant un voyage spatial au long cours (comme le chemin Terre-Mars, par exemple) la présence nécessaire à bord, parmi un équipage d'hommes, de "filles compréhensives" - pour reprendre l'expression machiste de Richardson (voir Fiction n°37 et n°38 de décembre 1956 et janvier 1957) ; cela pour justifier l'appétit sexuel du mâle censé ne pas pouvoir y déroger. Robert Silverberg s'amuse dans Ève et les vingt-trois Adams à imaginer le poste de "fille d'équipage" rendu officiel, et le cas d'une jeune femme qui usurpe ses "compétences" et son abnégation. Quel recours sinon le viol ? Bien entendu, l'inhumanité du viol ni celle de la prostitution n'échappent à Silverberg qui saura faire un pied de nez à tous ceux qui n'y entendrait pas raison (comme l'eut fait trois ans auparavant Randall Garrett dans sa nouvelle "Relations spatiales", voir Fiction n°113, ou encore Lester Del Rey dès 1958 dans "La fille de l'espace",  voir Fiction n°76, mais signalons tout de même que la nouvelle de Silverberg date également de 1958 dans sa parution originale américaine). Par ailleurs, sans dévoiler le ferment de la nouvelle, gageons que l'expédient utilisé résonnera terriblement avec une affaire judiciaire récente et d'une actualité, hélas, toujours brûlante.


Nous venons d'évoquer Lester Del Rey ; celui-ci était connu comme l'anthologiste des "Best Science Fiction of the year" à partir de 1972, en compagnie d'un jeune homme talentueux et issu du fandom : Terry Carr. Ses romans et ses nouvelles seront plus rares cependant. Carr propose ici une histoire d'envoûtement, d'"entoûchement" serait un mot plus approprié pour La pierre de touche, un peu à la manière d'un Avram Davidson, à petits pas, de la réalité vers une zone plus crépusculaire. Carr n'a pas, pas encore ?, la velléité sadique de ses pairs de faire souffrir trop longtemps ses personnages, (comme le préconisait dans ses "master class" un Kurt Vonnegut, par exemple) mais la nouvelle et le rendu de l'ambiance de Greenwich Village sont toutefois appréciables.


Le Kit Cat Club fut un cercle d'influence anglais du 17e Siècle, d'orientation politique dite "whig", prônant une monarchie parlementaire, et sans doute très active dans la prise de pouvoir de Guillaume d'Orange lors de la "Glorieuse Révolution" de 1689, qui conforta l'assise protestante en Grande-Bretagne. On notera aussi qu'ici, Le Kit-Katt-Klub peut se réduire au même acronyme que le sinistre Ku-Klux-Klan. Passés ces détails, qui n'interfèrent pas dans la compréhension de son contexte, John Shepley signe une histoire insolite (et encore une fois animalière) somme toute assez bavarde, mais sans qu'on sache trop de quoi il en retourne.


Les amateurs des légendes de la forêt de Brocéliande s'y retrouveront dans Les prisonniers, petite histoire qui reprend à son compte les légendes locales. Du style, qu'on reconnait à Gali Nosek, mais peu d'invention, hélas, pour sa dernière publication dans Fiction.


On sait que les sorcières aiment s'acoquiner d'un "familier", un animal qui les sert et les protège. Mais sait-on seulement comment elles les recrutent ? Gordon Dickson, maîtrisant toujours bien ses ambiances, nous dévoile des circonstances de cet obscur pacte dans Le remplaçant.


Dans l'énigmatique Tlön Uqbar Orbis Tertius, Jorge Luis Borgès évoque en plein le pouvoir réformateur de la fiction, et le piège du présupposé savoir que l'on prête à certaines formes les plus éloignées par nature de la fiction, telles les encyclopédies. Borgès signale bien dans son récit que la production d'un faux ne saurait l'imposer comme immédiatement authentique, mais que son appréciation comme plausible, puis vraisemblable, puis avéré, véridique et enfin réel, est le fruit d'une lente dérive s'étalant sur plusieurs générations, comme le font les rumeurs. Toujours en consciencieux bibliothécaire de Babel, Borgès amène ici la falsification lente du réel par le biais d'un volume d'une encyclopédie exhaustive, et d'un article sur Uqbar, une ville inexistante qui figure à la fin de ce seul volume (les autres éditions ne mentionnent pas Uqbar). A partir de là, Borgès peut très bien lui aussi faire diffuser l'existence de son lieu imaginaire. Le vertige du mensonge, de la fiction, de la crédulité, de l'importance du discours qui présente un artefact archéologique… font de cette nouvelle un condensé impressionnant du pouvoir de la chose écrite.


La bonne idée insolite de départ, inviter à une soirée cinq personnes choisies presque au hasard (dans un annuaire, dont l'usage est de nos jours devenu obsolète), provoque Un jeu très amusant, mais ne se poursuit que trop peu pour prendre vraiment corps, comme avec un rêve plaisant dont on serait tiré trop tôt. Cela laisse un goût d'inachevé qui questionne la publication de cette nouvelle, qui sera d'ailleurs la dernière parution de Henri Damonti dans Fiction. Nous en retiendrons un auteur pas toujours constant, avec de fulgurantes inspirations hélas pas toujours servies au mieux par les péripéties ou les développements proposés.


Parmi les nombreux ouvrages proposés dans La revue des livres, on notera "La république des savants"  d'Arno Schmidt, demeuré sans publication ultérieure à celle chez Julliard en 1964. Gageons que les éditions Tristram, qui ont initié récemment une retraduction de l'œuvre d'Arno Schmidt, nous en proposera bientôt une nouvelle parution.
On notera aussi, une fois n'est pas coutume, que Jean-Louis Bouquet signe la critique de "Satan, Franc-Maçon (La mystification de Léo Taxil)", de Eugen Weber.

Rattrapons-nous côté bonus avec le grand conteur qu'est Claude Seignolle, et son ouvrage encyclopédique intitulé "Les évangiles du Diable". Jacques Van Herp ne cache pas sa délectation !

Claude Seignolle. Les évangiles du Diable. 

Un livre de poids, aux deux sens du mot : d'abord 3 kilos et 900 pages, ensuite une exploration exhaustive du folklore français.


L'analyser de façon un tant soit peu complète demanderait presque un autre volume. C'est qu'il s'agit de 819 notes, petits articles, contes populaires, dictons, légendes et traditions orales, ou encore récits littéraires plus élaborés, ayant tous trait au diable et son train de sorciers, loups-garous et vampires, sans omettre les lieux maudits.

Le livre est ordonné en quatre « brasiers » : Présentation du Diable, Les suppôts du Diable, Damnation et enfer, Le chemin de croix du diable. On ne peut dire qu'on le parcourt comme un roman. Le poids d'abord l'interdit : c'est de ces ouvrages qu'on lit penché sur le bureau. La masse aussi écrase au premier abord, nourriture si riche, si abondante, si variée, qu'il la faut déguster à petites bouchées, depuis les mets grossiers, un peu desséchés par combien de siècles de tradition, jusqu'aux plats raffinés de nos jours.

Les traditions vivantes n'ont pas été oubliées, car les superstitions relatées restent vivaces, et ne sont pas près de mourir, loin de là. J'en ai surpris de semblables en Campine et dans ces vieux quartiers de Bruxelles que l'on se hâte de raser.

Rien n'est omis, tout est dénombré : les apparences et déguisements du Diable, ses goûts, ses colères, où le rencontrer, comment conclure le pacte, comment devenir sorcier, envoûter et lutter contre l'envoûtement ; nous apprenons où se niche l'enfer sur cette terre, quels sont les arbres maudits et les mœurs des loups-garous, les présages de mort et comment se garder de l'enfer ; comment mystifier et posséder le Diable. C'est une somme, une mine, un océan de documents. 

C'est déjà beaucoup, mais Les évangiles du Diable sont bien plus que cela. Trop souvent, les enquêtes folkloriques sont ouvrages savants, fruit d'un travail de bénédictin que l'on admire… de loin, tant la prose en est grise, indigeste et lourde. Et c'est en bâillant que l'on se détourne de tels brouets. Rien à craindre avec Seignolle qui sait « écrire » ce qu'il a recueilli, et rapporte avec une constante bonne humeur, sachant retenir entre diverses versions la plus caractéristique, épingler dans une note le détail cocasse.

Mais il y a plus encore : Seignolle a semé le texte de contes personnels, inédits, comme Le millième cierge, et cela par dizaines. Et, page 867, Jean Ray apporte également sa contribution.

Aussi Les évangiles du Diable méritent, au-delà des spécialistes, d'intéresser tous les amateurs de fantastique. S'ils doivent n'acheter qu'un livre cette année, que ce soit celui-là.

Jacques VAN HERP.

Les évangiles du Diable par Claude Seignolle : Éditions G. P. Maisonneuve (un volume 16 x 25, de 929 pages, relié pleine toile.)

Cette édition étant depuis un certain temps épuisée, nous vous proposons en bonus l'édition un peu plus récente (1998) dans la collection Bouquins, chez Robert Laffont, au format pdf - au vu du nombre impressionnant de pages, on comprend que le travail de reconnaissance de caractère par la machine reste encore à accomplir… (obtenez votre copie en cliquant sur la couverture, chers amis !)

25 février, 2026

Galaxie (2eme série) n°015 – Juillet 1965

Une nouvelle restée inédite depuis de Frederik Pohl, une novella de Keith Laumer toute aussi rare, et les valeurs sûres que représentent William Tenn, Robert Sheckley, Robert F. Young, et l'incontournable Cordwainer Smith, on aurait du mal à bouder notre plaisir pour ce numéro de juillet 1965.


L'art de coincer sa bulle
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Sommaire du Numéro 15 :


1 - Keith LAUMER, La Nuit des Trolls (The Night of the Trolls, 1963), pages 5 à 53, nouvelle, trad. Michel DEMUTH, illustré par Norman NODEL *

2 - Frederik POHL, Le Semeur de discorde (I Plinglot — Who You?, 1959), pages 54 à 77, nouvelle, trad. Michel DEMUTH, illustré par Wallace (Wally) WOOD *

3 - William TENN, Le Tout et la partie (Party of the Two Parts, 1954), pages 78 à 100, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH

4 - Robert SHECKLEY, La Septième victime (Seventh Victim, 1953), pages 101 à 115, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH

5 - Robert F. YOUNG, Les Mangeurs de voitures (Sweet Tooth, 1963), pages 116 à 128, nouvelle, trad. Pierre BILLON

6 - Cordwainer SMITH, La Dame aux étoiles (The Lady who Sailed the Soul, 1960), pages 129 à 150, nouvelle, trad. Michel DEMUTH

7 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 152 à 153, bibliographie

8 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 154 à 155, courrier

9 - (non mentionné) , Table des récits parus dans « Galaxie » : janvier-juin 1965, pages 159 à 159, index (manquant dans cet epub)

* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.



Un réveil post-hibernation, une mission d'exploration spatiale avortée, et... des trolls ; ainsi que les appellent les survivants abêtis d'un conflit nucléaire, alors que ces trolls ne sont que des machines de défense. Ce que Keith Laumer invente un peu dans La nuit des Trolls, ce sont ces machines pareilles à des tanks anthropomorphisés, qui nous rappellerons nos Goldorak, Mazinger et autres Transformers. Par ailleurs, la novella hésite à élire un vrai sujet et en mixe plusieurs sans vraiment harmoniser l'impression d'ensemble.


Toujours aussi sarcastique avec les clichés de la bureaucratie, Frederick Pohl nous surprend toutefois avec Le semeur de discorde, où le narrateur s'amuse méchamment à se moquer de l'espèce humaine… Jusqu'à la revanche.


Là où un Philip José Farmer explore les possibles érotismes de relations interespèces, William Tenn pose, dans Le tout et la partie, la question de ce qui est pornographique et le demeure ou non d'une espèce à l'autre. Bien entendu, nous avons là encore à faire avec un extraterrestre roublard et bien déterminé à pousser dans ses retranchements le Droit Intergalactique. Et tout cela ne se fait pas sans humour.

Dans La septième victime, Robert Sheckley imagine comment mettre fin à la guerre, qui devient si fatalement périlleuse à mesure de l'efficacité des armes de destruction, et ce non pas en éradiquant la violence et le meurtre, mais en les légiférant comme un jeu mortel. Alors Chasseurs et Victimes s'adonnent à un jeu de cache-cache dialectique. Une belle concision pour une nouvelle qui inspirera d'autres situations du même genre à l'auteur, notamment dans Le prix du danger qu'il publiera cinq ans après celle-ci.


Pour le plaisir de s'en prendre aux voitures, semble-t-il, Robert F. Young nous déploie une petite histoire sans moralité, ni dénouement. Gratuit, en somme ; avec une fois encore des extraterrestres sans scrupule ni altruisme ; mais très gourmands… puisqu'ils sont Les mangeurs de voiture !

Cordwainer Smith extrapole sur les conditions de travail des premiers "astrogateurs" au long cours et en solitaire, avec leurs cargaisons de colons congelés : et bien sûr, toujours en mêlant aux spéculations scientifiques un profond goût pour l'humanisme, avec La dame aux étoiles. On y notera le qualificatif "Les Instruments" qui sera retraduit par la suite par "L'Instrumentalité".

On retrouvera dans Le courrier des lecteurs l'homonyme (?) du célèbre poète Henri Michaux, qui défendra Cordwainer Smith, mais on y trouvera surtout l'annonce officielle de la création de la collection Galaxie Bis dont nous traitions dans nos précédents billets.

" La parution d'un numéro spécial de Galaxie, vers la fin de l'année, est d'ores et déjà décidée, et sans doute présentera-t-il un roman inédit du tandem Frederik Pohl-C.M. Kornbluth. La question est : devons-nous pour cela renoncer à la publication de romans à suivre dans les numéros normaux ? "
Sans doute cela préservera-t-il de bévue éditoriale dont la rédaction fait part avec cette allusion à la publication du roman de Fritz Leiber : Nous ne nous consolons pas d'avoir passé Guerre dans le néant en deux fois ! Qu'en pensent nos autres lecteurs ?

18 février, 2026

Galaxie (2eme série) n°014 – Juin 1965

Féodalité de l'Heroic Fantasy naissante pour ce numéro, largement occupé par une novella de Jack Vance, et allègrement servi par de plus courtes nouvelles de très bonne qualité, dont la dernière parution en revue de Allen Kim Lang qui aura su se faire remarquer en seulement trois récits.

Clique droit, Jaggernaud ! Droit !

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Sommaire du Numéro 14 :


1 - Robert SILVERBERG, Les Voisins (Neighbor, 1964), pages 6 à 21, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par Norman NODEL

2 - Jack VANCE, Les Maîtres des dragons (The Dragon Masters, 1962), pages 22 à 112, roman, trad. Michel DEUTSCH, illustré par Jack GAUGHAN

3 - Daniel F. GALOUYE, Le Meilleur des équipages (Homey Atmosphere, 1961), pages 113 à 126, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH

4 - Allen Kim LANG, Cuisine spatiale (Gourmet, 1962), pages 127 à 139, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

5 - Margaret SAINT-CLAIR, La Mézon de l'orreure (Horrer Howce, 1956), pages 140 à 152, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par SMITH

6 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 155 à 155, bibliographie

7 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 157 à 158, courrier


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.



Les maîtres des dragons, Prix Hugo de la nouvelle en 1963, sera étoffé ensuite (parution en France en 1979 chez Pocket) dans une traduction révisée par Alain Garsault (qui rejoindra l'écurie Opta dans quelques années). Avec un souffle épique qu'on prêtera plus tard à l'Heroic Fantasy, Jack Vancedécrit l'un des derniers vestiges d'une diaspora humaine galactique, en proie aux agissements belliqueux d'une race extraterrestre, reptilienne et esclavagiste, issue du même patrimoine génétique que les dragons, que ces derniers hommes ont aussi asservis de leur côté. Avec ses personnages tout d'une pièce, Vance nous embarque au milieu des Maîtres des dragons, en un mélange de SF et de féodalité toute médiévale. Maintes fois copié, son style ne défend rien d'autre qu'un souffle qui rappellera aux joueurs de "Warhammer 40 000" leurs plus belles soirées. 

Très bonne côte pour Robert Silverberg, qui voit une autre de ses nouvelles paraitre ce même mois de juin 1965 dans Fiction. Dans un contexte là encore suant de féodalité, deux Seigneurs mitoyens se vouent une détestation de toujours. Le pouvoir et une longévité exceptionnelle leur sont à chacun assurés - mais quoi d'autre… Sans trace d'amitié, sans avoir développé d'amour, le seul altruisme possible n'est que haine. Les voisins est une nouvelle simple mais savamment orchestrée par le jeune Silverberg en passe de devenir un des auteurs phare de son époque. 


Le meilleur des équipages est formé par des comportements de synthèse somme toute fascinants d'humanité et de servitude, et deux astronautes se retrouvent livrés au dilemme de périr dans leur vaisseau en perdition ou de quitter dans la nacelle de secours cet équipage si absurdement attachant. Daniel F. Galouye manie bien ses effets ; sans rien en dire de plus, HAL n'est pas loin… 


Le cuisinier du bord, l’homme qui accomplit le miracle quotidien de transformer en nourriture présentable les déchets de toutes sortes est, sous bien des aspects, celui dont l’importance est la plus vitale à bord d’un astronef. Il peut soutenir le moral ou déclencher une mutinerie. 
Très intéressante problématique resituée dans son contexte, avec Cuisine spatiale : comment nourrir des voyageurs au long cours quand on est limité dans la variété des ingrédients et par leur encombrement. Et si "on est ce que l'on mange", que deviennent les astrogateurs faisant route vers Mars après des mois de nourriture hydroponique. Entre récit intelligemment mené, problématique vitale et culturelle, et récit à chute, voici encore un très bon récit de Allen Kim Lang dont on déplorera qu'il soit le dernier paru (dans Fiction et Galaxie), tant il est un auteur appréciable et d'une intelligence scientifique et humaine certaine. Les amateurs pourront le retrouver dans les recueil "Histoires angoissantes", "Histoires riches en surprises", de la série d'anthologies "Hitchcock présente" (Livre de Poche), et "Histoires à claquer des dents" dans la même série version Bibliothèque Verte (Hachette).


Comme le précise la rédaction de Galaxie (et nous voyons émerger ici la "rubrique" Un classique en reprise, La méson de l'orreure avait initialement été publiée dans le Galaxie n°44 (1ère série - Juillet 1957). Dans les parcs d'attractions, nous sommes prêts à affronter des sensations fortes - et impensables autrement - car nous savons que nous en sortirons intacts. Mais ici, Margaret Saint-Clair nous emmène visiter des prototypes. Sommes-nous toujours bien sûrs que tout s'y passera bien ? Sinistre lisière de "l'orreure" consentie... 



On ne saurait dire si le Courrier des Lecteurs a l'honneur de publier la lettre d'un poète fort renommé, Henri Michaux, ou s'il s'agit d'un homonyme. Toujours est-il que la rédaction semble continuer de provoquer l'émergence de la série Galaxie Bis (dont nous traitions dans notre précédent billet).

Ayant suivi depuis le n° 1 votre revue, je tiens à vous dire que j’y constate un progrès constant. Dans les derniers numéros, en particulier, aucun texte ne m’a déçu. Progrès également sur les couvertures, avec un sommet : celle du n° 10 (illustrant Le Prince des Étoiles), à la fois inquiétante et belle. Emsh me semble être le meilleur dessinateur avec Finlay. Parmi vos auteurs, à part les grands noms, j’apprécie particulièrement Keith Laumer et Jack Sharkey, qui me semblent être les deux révélations les plus intéressantes de votre nouvelle édition, et dont j’espère que vous continuerez à les publier régulièrement. Le Prince des Étoiles de Vance m’a paru moins percutant que Les Récifs de l’Espace, mais il contient quand même tous les ingrédients propres à satisfaire l’amateur de science-fiction, et j’ai été heureux de les y retrouver. Pour terminer, je voudrais davantage de Sheckley, si du moins il écrit toujours, et j’espère que vous n’abandonnerez pas votre formule de romans à suivre. La paresse des éditeurs est telle que l’état de famine de l’amateur de SF est en train de le faire complètement dépérir. Il faut donc bien que, grâce à vous, on ait au moins un bon roman de temps en temps à se mettre sous la dent. Mais qu’attendez-vous pour lancer aussi des romans complets en numéros spéciaux ?

Monsieur Henri MICHAUX

VERSAILLES

11 février, 2026

Galaxie (2eme série) n°013 – Mai 1965

Galaxie entend poursuivre ses parutions dans une démarche plus large que celle d'une simple revue, d'une part en publiant des (presque) romans, ici une novella plutôt romantique, et d'autre part en réhabilitant des nouvelles qui avaient été coupées et desservies par des traduction approximatives lors de leur précédentes parution quelques années plus tôt. Après Floyd L. Wallace, et avant Margaret Saint-Clair, Robert Sheckley ou Theodore Sturgeon (et même plus tard Mark Clifton, James E. Gunn, Christopher Grimm, Walter Michael Miller ou Theodore R. Cogswell), c'est Richard Matheson qui bénéficie d'une remise à neuf pour ce numéro 13.

Traces de scotch à gauche, traces de clic à droite !

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Sommaire du Numéro 13 :


1 - Christopher GRIMM, L'Ombre gardienne (Someone to Watch Over Me, 1959), pages 6 à 65, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par Dick FRANCIS *

2 - Jack SHARKEY, Les Trois vies d'Arcturus (Arcturus Times Three, 1961), pages 67 à 99, nouvelle, trad. Michel DEMUTH, illustré par George SCHELLING *

3 - Daniel F. GALOUYE, Les Chasseurs (The Chasers, 1961), pages 101 à 113, nouvelle, trad. Michel DEMUTH

4 - Richard MATHESON, Une maison dernier cri (Shipshape Home, 1952), pages 114 à 133, nouvelle, trad. Pierre BILLON

5 - Philip K. DICK, Jeu de guerre (War Game, 1959), pages 134 à 153, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par Wallace (Wally) WOOD

6 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 155 à 155, bibliographie

7 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 157 à 157, courrier 


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Bien que la novella soit un peu sans surprise, mais tout de même de bonne qualité, le reste des nouvelles est d'un très bon niveau - même si un peu daté.

" ... tu ne t’es pas contenté de faire du commerce avec les hyperspatiens ! Tu es leur associé – et ils sont encore pire que les extra-terrestres parce qu’ils sont tellement plus… extra-terrestres ! "
L'ombre gardienne est une romance qui prend forme dans un dilemme : l'hyperespace par lequel passent les vaisseaux pour aller d'une planète à l'autre n'est pas un espace où l'on se déplace plus rapidement, mais un espace parallèle qui fait courir le risque à celui qui s'y arrête d'être confronté à son antimatière, et donc de se dissoudre, voire de créer une brèche qui dissoudrait les univers… Mis à part ça, cet enjeu écarté par l'audace ou la manipulation, le récit ressemble plus à une aventure romantique qu'à de la SF, et l'on y voit bien que, sous son pseudonyme de Christopher Grimm,  H. L. Gold - fondateur et éditeur originel de Galaxy (jusqu'en 1959) - commence, en 1965, à faire partie d'une arrière-garde. Mais il est vrai que la novella date en réalité de 1959.
Notons aussi que "Someone to watch over me", le titre de la version originale de cette novella, fait référence à celui d'une chanson de George et Ira Gerschwin composée pour la comédie musicale "Oh Kay !" (1926) et immortalisée par Ella Fitzgerald.

Après un "Avant-propos" intitulé "Zoologie 2097" (et que l'Encyclopédie en ligne NooSFere a identifié comme une nouvelle à part entière sans nom d'auteur), qui explicite le rôle essentiel des xenobiologistes du récit, Les trois vies d'Arcturus composées par Jack Sharkey développent - comme dans les précédentes nouvelles des aventures du xenobiologiste Jerry Norcriss - trois exemples de métabolismes extraterrestres, avec les doutes et les questionnements de rigueur. Et Sharkey de rappeler que le but de tout ceci demeure la colonisation - et sans doute l'extermination d'espèces jugées dangereuses ou indésirables. Vertige de celui qui respecte la vie pour la comprendre mais qui se soumet à celui qui lui permet techniquement cette connaissance, mais qui place cette connaissance au-dessus du respect de la vie.


Les chasseurs ne sont jamais ceux que l'on croit, surtout sur une planète piège sans autre péril que la tentation de plaisirs ineptes. Daniel F. Galouye nous interroge ici sur notre intelligence, notre technologie et notre désir de nous élever au-dessus de l'instinct somme toute animal.


Galaxie poursuit sa "retraduction" des nouvelles de la 1ère série : une précédente traduction de Une maison dernier cri était antérieurement parue dans l’ancienne édition de GALAXIE (n° 12, novembre 1954), sous le titre Le bon marché coûte cher. L'histoire de Richard Matheson passe tout de même de 16 à 20 pages, et bénéficie de quelques précisions (comme celle concernant l'illustrateur Chas Addams, le créateur de la célèbre famille du même nom, et qui avait été renommé Charles dans la précédente traduction). On appréciera tout autant cette bonne histoire qui frise le sentiment complotiste, et pourra même rappeler certains passages de Un bébé pour Rosemary de Ira Levin, ainsi que dans une moindre mesure le thème du Péril Bleu de Maurice Renard.


Pour terminer : Philip K. Dick nous allèche avec son goût pour les jeux - ici Jeu de guerre - pour les "games" dont les règles se substituent à celle de la réalité, souvent dans un but éducatif. Ici, le jeu provient d'une colonie étrangère soupçonnée de n'être pas aussi commerçante qu'elle s'accorde à le dire. Car une chose n'est jamais à sous-estimer en matière d'importations, c'est qu'il s'agit toujours, au fond, de guerre économique. On repensera à Raymond F. Jones et à ses Imaginox, et avec cette nouvelle écrite en 1959, l'on attendra patiemment que Dick compose (en 1963) sa nouvelle "Au temps de Poupée Pat" (si chère à notre centaurien) qui lui fera marquer un cran supplémentaire dans l'adversité paranoïde à l'œuvre dans l'ensemble de ses récits.


Galaxie s'adonne au plaisir du Courrier des lecteurs, et la première lettre de ce numéro est sans doute de la plume d'un "érudit" :

J’ai lu avec quelque méfiance les premiers numéros de Galaxie, nouvelle série : la façon quelque peu bruyante dont la nouvelle rédaction, dans sa publicité, se comparaît à l’ancienne, m’avait fait craindre – à tort, je dois le dire – quelque mauvais goût de sa part.

La revue sollicitant des avis, j’aimerais en donner brièvement quelques-uns. Par exemple : les feuilletons sont à ne découper en tranches que si, d’un mois à l’autre, on peut se souvenir de la trame de l’histoire ; donc il faut un space opéra plutôt qu’un roman du type Guerre dans le néant de Leiber, qui nécessitait une attention soutenue et dont la mise en tranches a été un vrai massacre. Ou faut-il mettre Galaxie 3 mois sous son matelas avant de la lire ?

J’aimerais terminer sur une remarqua générale. Il y avait 3 collections de S.F. : l’une étant un peu Tintin et Milou dans l’espace, l’autre éditant trop souvent des recueils de nouvelles, la troisième désintégrée. [Note du PReFeG : l'auteur de la lettre fait sans doute respectivement référence au Fleuve Noir - Anticipation, à Présence du Futur, et au Rayon Fantastique.] Il est donc indispensable que Galaxie continue de publier des romans, bien que ce ne soit guère la vocation d’une revue. Mais sinon, où les lirait-on ? Peut-être même serait il possible de « mettre aux voix » par référendum (la Constitution le permet) un certain nombre de romans à éditer en numéros spéciaux ?
Docteur André BARDIN
DIJON

Bien que l'on sache que la majorité des lettres publiées par les revues sont souvent des "faux" écrit par les équipes même de leurs rédactions, on ne peut que saluer l'intuition du bon Docteur Bardin qui prévoit les "numéros spéciaux" de Galaxie à venir, qui prendront la forme d'une collection de romans intitulée : "Galaxie-Bis" (cette dénomination ne sera définitivement adoptée qu'à partir de son numéro 5), au format poche, six mois en avant dans le temps, soit dès novembre 1965. Le numéro Spécial 1- ou numéro 20 bis, sera "L'Ere des gladiateurs" de Frederik Pohl et Cyril M. Kornbluth, que nous vous proposons en Bonus en cliquant sur la couverture ci-contre (avec six mois d'avance sur les lecteurs de Mai 1965, petits veinards de futuriens !)







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