Pas de petit artisan, rien que des valeurs sûres, qu'elles soient établies (vanVogt, Simak ou Clarke) ou en passe de l'être (Silverberg et Cordwainer Smith). Galaxie appuie sur le champignon de la SF à l'américaine, et semble s'être fait un choix définitif de cette ligne, bien que le débat sur la mixité des continents d'origine des auteurs continue de faire vibrer les pages du Courrier des lecteurs.
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Sommaire du Numéro 27 :
1 - James Henry SCHMITZ & Alfred Elton VAN VOGT, Point Oméga (Research Alpha, 1965), pages 5 à 69, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par Jack GAUGHAN
2 - Clifford D. SIMAK, Du petit gibier (Small Deer, 1965), pages 70 à 83, nouvelle, trad. Frank STRASCHITZ
3 - Robert SILVERBERG, Le Feu bleu (Blue Fire, 1965), pages 84 à 112, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM, illustré par Jack GAUGHAN
4 - Arthur C. CLARKE, Le Chien de lune (Moondog / Dog Star, 1962), pages 113 à 120, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE, illustré par Dick FRANCIS
5 - Cordwainer SMITH, Une étoile pour trois (Three to a Given Star, 1965), pages 121 à 147, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par Gray MORROW
6 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 148 à 153, courrier
7 - (non mentionné) , Résultats des référendums sur les n°s 24 et 25, pages 159 à 159, notes (manque à l'epub).

" Elle vit les gens tels qu'ils étaient en réalité… d'un côté les dupes, les simulateurs et les êtres sans caractère ; de l'autre, les forcenés et les dépravés, les habiles et les cyniques. Elle reconnaissait qu'il y avait de par le monde des individus forts, animés de bonnes intentions, mais, en cet instant, c'était surtout aux destructeurs qu'elle était sensible… à la multitude des filous et des parjures – qui avaient tous bonne conscience, elle le voyait maintenant. Mais elle se rendait également compte qu'ils se trompaient sur leur amère expérience. Parce qu'ils étaient cupides et sensuels ; parce qu'ils avaient perdu la crainte du châtiment en ce monde ou en l'autre ; parce qu'ils n'admettaient pas que soient contrecarrés leurs plus futiles caprices ; parce que…
Un souvenir personnel qu'elle avait oublié fulgura dans sa mémoire, celui d'un petit chef de service qui l'avait mise à la porte – c'était son premier emploi – parce qu'elle avait refusé d'aller chez lui.
Toute sa vie, on lui avait appris à ne pas s'apercevoir de ce genre de choses et elle avait essayé de suivre cet enseignement. Mais, à présent, elle laissait le computeur qui fonctionnait quelque part dans son subconscient calculer toutes ces données qui venaient alimenter sa lucidité. "
On pourrait bien entendu apprécier ce passage de "Point Oméga" de Alfred Elton van Vogt et James Henry Schmitz, ne serait-ce que parce qu'un héros ne le devient que lorsqu'il prend conscience de la primauté de la vertu en ce bas monde. Mais ici, ce sursaut qui n'en appelle finalement qu'à la morale (et un tantinet à la crainte du Dies Irae) n'est pas le fruit d'un jeu de situations ou d'expériences, mais est lié à un saut évolutif… artificiel et provoqué en accéléré par un expédient chimique (un peu comme la souris Algernon dans le roman de Daniel Keyes). Les auteurs considèrent bien ce saut comme une progression, mais le plus, au final, est assimilé au travail que ferait un "computer". Voici encore un exemple de la fascination pour cette mécanisation :
"Elle savait que c'était une chose que ce nouveau mécanisme cérébral devait chercher à atteindre en vertu de sa programmation interne."
Bref, pour les amateurs d'histoires de super-mutants évolutifs, comme vanVogt sait les écrire et reproduire à merci, peut-être ce récit sera-t-il distrayant. Mais comme le chemin vers un stade supérieur de l'être humain (tant au niveau de la pensée que de ses capacités physiques) n'est ici que mécanisme, on n'en tire finalement, une fois l'attrait et la curiosité passés, aucun enseignement, avant que l'histoire s'annule d'elle-même. Ennuyeux.
Toujours avec les vieux de la vieille, Clifford D. Simak nous propose par contre un bon petit récit, Du petit gibier, en style direct, sur l'extinction des dinosaures vu par un voyageur amateur dans le temps. Et une fin à la Wells qui pourrait faire frémir.

Kirby se demandait bien où chercher. Une communicabine se présenta au coin de la rue suivante ; il s'y engouffra, opacifiant les écrans. Il enfonça sa plaque d'identité dans la fente et appela la Sûreté des N.U.
Ah, les joies des cabines téléphoniques !… Sans que Robert Silverberg le sache lui-même, Le feu bleu - racontant comment un agent terrien reçoit un "ambassadeur" martien avide de goûter aux paradis artificiels de la Terre - cette histoire, donc, aurait perdu tout le sel de ses péripéties si nos protagonistes avaient eu chacun sur eux un bon vieux smartphone…
Voici pour suivre un paragraphe typique regroupant les thèmes qu'explorera avec prédilection Silverberg par la suite. On y retrouve aussi les tentatives de spiritualisme moderne propre aux années 60, avec leurs syncrétismes théosophiques, qui fera le ferment de la vague New Age dans les années suivantes.
" Kirby ne savait pas au juste si le culte vorster était une ineptie, une sinistre conspiration contre le bien-être général, ou encore une croyance profonde et sincèrement idéaliste, à moins que ce ne fût un peu des trois.
Il pensait avoir compris l'idée générale. Vorst avait combiné une religion éclectique, empruntant au catholicisme le système du confessionnal, adoptant une partie de l'athéisme de l'ur-bouddhisme, ajoutant une dose de réincarnation hindoue, et assaisonnant le tout à la sauce moderne, avec des réacteurs nucléaires à chaque autel et une quantité de boniments sur l'électron sacré. Mais il était aussi question de capter les âmes des espers pour donner l'énergie nécessaire à une course aux astres ; d'une communion même des esprits non espers et – ce qui était le plus étonnant de tout, la grande idée de l'affaire – d'immortalité personnelle, non pas de réincarnation ; non pas l'espérance du Nirvana mais la vie éternelle pour tous les vivants. Étant donné la surpopulation de la Terre, l'immortalité était loin d'être la préoccupation première de tout homme sain d'esprit. L'immortalité des autres en tout cas ; on est toujours disposé à envisager la prolongation de sa propre vie, n'est-ce pas ? Vorst prêchait la vie éternelle du corps, et les gens marchaient. En huit ans, le culte avait passé d'une cellule à un millier, de cinquante adeptes à des millions. Les vieilles religions faisaient faillite. Vorst distribuait des pièces de bel or brillant, et si ce n'étaient que des pièces factices ses fidèles mettraient un certain temps à s'en apercevoir. "
Voilà donc une nouvelle bien menée par un jeune Silverberg qui commence à aguerrir ses thèmes et son style. La nouvelle ouvre un cycle de cinq récits, qui seront à l'avenir réunies dans le roman "Le chemin de l'espace" (J'ai Lu - 1983).

Arthur C. Clarke nous propose de son côté une tendre histoire d'amitié d'un astronome et de son chien, Le chien de lune ; petite nouvelle plaisante et sans prétention sur un ton assez proche de celui de Simak.

Pour conclure, l'infaillible Instrumentalité envoie ses créations interstellaires, en fait des pilotes humains fondus en leurs vaisseaux de guerre, pour répandre la terreur de l'Homme et coloniser en paix la galaxie. On sent toutefois derrière la grande naïveté du ton d'Une étoile pour trois une ironie douce-amère, parcimonieusement semée par Cordwainer Smith.

Un petit mot pour conclure : nous notons un record absolu de fréquentation du PReFeG en ce mois de Septembre 2026 (plus de 25 000 vues, soit plus de 10 % des consultations totales !). Les Etats-Unis, le Brésil, Singapour, tiennent le haut du pavé. Nous espérons que ce n'est pas là le signe d'une vidange clandestine, d'une récupération éhontée et commerciale, ou d'un algorithme de synthèse qui ferait ses courses (bien qu'il les fasse quoi qu'on en dise, et avec ce que l'on en dit aussi…). Nous saluons donc avec optimisme nos lecteurs américains du nord et du sud, et nos lecteurs d'Asie du sud-est. Faites nous signe via les commentaires !