25 mars, 2026

Cadeau bonus : Fiction Spécial n °7 : Histoires de terreur (Mai 1965)

On connait la préférence d'Alain Dorémieux pour la littérature fantastique ; néanmoins, les numéros spéciaux de Fiction avaient jusqu'ici rendu hommage à la science-fiction. Peut-être le rédacteur en chef  a-t-il jugé qu'il serait temps de ne se consacrer qu'au seul fantastique, et un fantastique de choc en choisissant des récits invoquant la "terreur". C'est l'objet de cette anthologie parue en Mai 1965, dans laquelle on sent bien les prémices de la série d'anthologie que Dorémieux concoctera par la suite pour les éditions Casterman.


Sommaire du Fiction Spécial n°7 :
1 - Roland STRAGLIATI, Avant-propos, pages 3 à 3, introduction
2 - William Fryer HARVEY, Chaleur d'août (August Heat, 1910), pages 4 à 9, nouvelle, trad. Françoise MARTENON & Roland STRAGLIATI
3 - Henry S. WHITEHEAD, Les Lèvres (The Lips, 1929), pages 10 à 19, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH
4 - Leslie Poles HARTLEY, Quelqu'un dans l'ascenseur (Someone in the Lift, 1955), pages 20 à 25, nouvelle, trad. Pierre BILLON
5 - A. M. BURRAGE, La Maison de personne (Nobody's house, 1927), pages 26 à 36, nouvelle, trad. Christine RENARD *
6 - Peter FLEMING, Le Bâtard (The Kill, 1931), pages 37 à 47, nouvelle, trad. Simone MILLOT-JACQUIN
7 - Rosemary TIMPERLEY, Harry (Harry, 1955), pages 48 à 60, nouvelle, trad. Pierre BILLON
8 - Anthony VERCOE, Les Mouches (Flies), pages 61 à 68, nouvelle, trad. Simone MILLOT-JACQUIN
9 - Herbert Russel WAKEFIELD, Les Gardes-frontière (The frontier guards, 1929), pages 69 à 74, nouvelle, trad. Françoise MARTENON & Roland STRAGLIATI
10 - Muriel SPARK, Portobello Road (The Portobello Road, 1956), pages 75 à 95, nouvelle, trad. Simone MILLOT-JACQUIN
11 - Hugh WALPOLE, Le Tarnhelm (Tarnhelm, 1929), pages 96 à 110, nouvelle, trad. Simone MILLOT-JACQUIN
12 - Anthony MORE, Cinq boucles de cheveux blonds (Five strands of yellow hair, 1936), pages 111 à 121, nouvelle, trad. Christine RENARD
13 - Edith WHARTON, La Proie d'une ombre (Pomegranate seed, 1931), pages 122 à 150, nouvelle, trad. Denise HERSANT *
14 - Nancy SPAIN, La Dernière aventure du Snake (The bewilderment of Snake McKoy, 1952), pages 151 à 161, nouvelle, trad. Christine RENARD *
15 - Edward Frederic BENSON, Les Chenilles (Caterpillars, 1912), pages 162 à 169, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH
16 - Collin BROOKS, Mrs Smiff (Mrs Smiff), pages 170 à 182, nouvelle, trad. Pierre BILLON *
17 - Shirley JACKSON, De l'autre côté de la porte (The demon lover, 1949), pages 183 à 195, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH
18 - Mary FITT, Le Docteur (The Doctor, 1954), pages 196 à 201, nouvelle, trad. Pierre BILLON *
19 - Arthur MACHEN, Un grand vide (Opening the Door, 1931), pages 202 à 213, nouvelle, trad. Denise HERSANT
20 - Cynthia ASQUITH, Qui est Sylvia ? (Who is Sylvia ?, 1955), pages 214 à 228, nouvelle, trad. Pierre BILLON
21 - Hester HOLLAND, La Bibliothèque (The library, 1959), pages 229 à 240, nouvelle, trad. Roland STRAGLIATI
22 - (non mentionné) , Les Auteurs de ce numéro, pages 241 à 247, dictionnaire d'auteurs

L'avis du PReFeG : Publiées entre 1910 et 1955 au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis, ces nouvelles ne sont donc ni de première fraîcheur, ni francophones. Et c'est ce que l'on sent très vite au fur et à mesure qu'on avance dans cette anthologie : hommage est rendu aux histoires de fantômes à l'anglo-saxonne, certes, mais l'ensemble détonne un peu au regard des précédents numéros spéciaux de Fiction, qui avaient pour vocation déclarée de faire reconnaître un mouvement moderne et "local" - tout du moins français ou européen. Ce mouvement régressif (non pas concernant la qualité mais bien plutôt la modernité éditoriale) se poursuivra encore sur les quatre "Fiction Spécial" suivants (deux concerneront une anthologie des meilleurs récits d'Astounding Science Fiction, l'un des classiques parus dans Weird Tales, et un autre reprendra une anthologie de Sam Moskowitz). Il faudra donc attendre le "Fiction Spécial n°12 : SF made in France" (novembre 1967) pour retrouver une volonté de créer des anthologies originales et s'affranchissant de l'influence anglo-saxonne.

Comme nous l'avons dit, la qualité n'en souffre tout de même pas. Cependant, ce recueil "Histoires de Terreur" n'est pas si terrifiant, et c'est peut-être ce qui pourra décevoir les lecteurs. Ne nous attendons pas à blêmir d'effroi ni à trembler d'épouvante, comme avec de futurs Graham Masterton ou Graham Joyce, par exemple, ou même un Clive Barker ou un Stephen King. Ce recueil, s'il s'était intitulé plus prosaïquement "Histoires de fantômes", ou "Histoires de l'au-delà", voire "Histoires de hantises", aurait été plus fidèle à ce qu'il propose réellement. Vous pourrez le constater dans les lignes qui suivent, notre avis à chaud témoigne quelques fois de cette déconvenue. Passé cette petite déception, et sitôt le deuil fait de la chair de poule qu'on serait en droit d'attendre, les nouvelles rassemblées ici se lisent avec plaisir et sont bel et bien, pour la plupart, de bonne qualité.

Les avis qui suivent sont comme à l'accoutumée de notre cru. Les textes de présentations des auteurs sont tels qu'ils apparaissent dans cette anthologie.

Chaleur d’août : W. F. HARVEY (1910)
Si les fantômes existent, nous serons tous potentiellement des fantômes à l'avenir (comme dans la nouvelle "Le fantôme à la fenêtre" de Jack Finney - in Fiction n°20). Ici, on y découvre surtout la marche vers un destin inéluctable, et le constat que nous ne serions que marionnettes. Mais les circonstances sont trop invraisemblables pour vraiment terrifier.

W.F. HARVEY. – Auteur anglais, né à Leeds (Yorkshire) en 1885 d’une famille de Quakers. Après des études classiques faites au Balliol College d’Oxford, il revient à Leeds et y passe avec succès un doctorat en médecine. Lors de la première guerre mondiale, il sert dans la Royal Navy, avec le grade de lieutenant, à titre de chirurgien de marine. Puis il se marie et devient en 1920 directeur du Fircroft Working Men’s College, à Bournville. Mais son mauvais état de santé le contraint à démissionner de ce poste en 1925. Il vit alors quelque temps en Suisse, puis rentre en Angleterre, s’installe à Weybridge et, finalement, à Letchworth où il meurt à la fin du printemps de 1937. Cet homme calme, modeste, affable, avait un talent tout particulier pour imaginer et composer des récits fantastiques singulièrement efficaces. Il les a réunis dans quatre ou cinq volumes dont les plus connus sont son premier livre, Midnight house (1912) et The beast with five fingers qui établit définitivement sa réputation en 1928. Robert Florey s’est inspiré assez librement du récit qui donne son titre à ce dernier recueil pour en tirer un film plutôt médiocre, qu’il réalisa à Hollywood en 1947, et qui fut projeté à Paris sous le titre de La bête à cinq doigts. W. F. Harvey a également publié un ou deux romans et des souvenirs d’enfance, We are seven (1936), qu’il a abondamment illustrés de sa main.

Les lèvres : HENRY S. WHITEHEAD (1929)
Bien que l'on souhaite tout le mal possible à ce marchand d'esclaves cruel et autoritaire, on peine à s'effrayer réellement de son châtiment grand-guignolesque, et de fait notre attention de lecteur du XXIème Siècle se reporte sur la condescendance du Révérend Whitehead à user du mot "nègre" ; bien que l'on pressente que l'auteur condamne l'esclavagisme, la vision un peu grotesque d'êtres humains de couleur de peau différente demeure condescendante, voire "animalière". On appréciera le style et la progression, sans bondir toutefois.

HENRY S. WHITEHEAD. – Auteur américain, né en 1882. Débute en 1909 comme reporter et éditorialiste d’un journal démocrate. Puis, après des études de théologie faites à la Berkeley Divinity School de Middleton (Connecticut), il devient pasteur de l’Eglise Episcopale en 1912. Il exerce dès lors principalement son ministère aux Iles Vierges (Petites Antilles), en Nouvelle-Angleterre et en Floride, à Dunedin où – quoique « costaud » et grand sportif – il meurt prématurément en 1932, après une douloureuse maladie. Très attiré par la littérature fantastique, ayant lu Bram Stoker, W. W. Jacobs, William Hope Hodgson et quelques autres, il écrit son premier récit de ce genre dès 1905. Mais ce n’est qu’en 1923 qu’il se verra enfin publié dans Weird Tales, le fameux magazine spécialisé auquel il ne cessera jamais de collaborer. Bientôt, sa signature figurera également aux sommaires de Strange Tales et Aventure. En 1930, il entre en correspondance avec Lovecraft ; et l’auteur de La couleur tombée du ciel vient le voir à Dunedin durant l’été de l’année suivante. Les nombreuses lettres échangées par les deux amis ont malheureusement été détruites. La plupart des nouvelles de Whitehead se retrouvent dans deux volumes posthumes : Jumbee and other uncanny tales (1944) et West India lights (1946). Quelques-unes sont encore inédites. Toutes témoignent d’un talent assez exceptionnel et d’une rigueur qui fait parfois songer à Mérimée. Elles nous offrent très souvent, au surplus, un tableau vivant et coloré des Antilles du début de ce siècle.


Quelqu’un dans l’ascenseur : L. P. HARTLEY (1955)
En s'amusant à passer d'un point de vue à l'autre, comme l'imagination d'un enfant, les bien-pensances éducatives des parents, les impressions plus ou moins formulées, ou encore le rêve, et rarement le simple récit des faits, on suit cette histoire de Père Noël avec la sensation croissante d'une ultime cruauté à venir. On se rappellera le récit de Noël dans le film Gremlins de Joe Dante...

L. P. HARTLEY. – Auteur anglais, né en 1895. Études à Harrow et Oxford. Débute comme critique littéraire en 1923 et collabore, à ce titre, aux revues les plus réputées. Il n’a d’ailleurs jamais abandonné cette activité. Son premier livre, Night fears (1924), est un recueil d’histoires fantastiques et de terreur. Paraissent ensuite trois ou quatre volumes à peu près du même genre – dont The killing bottle (1932) ; The travelling grave (1951) ; The white wand (1954) ; – et d’assez nombreux romans : Simonetta Perkins (1925) ; The shrimp and the anemone (1944) ; The sixth heaven (1946) ; A perfect woman (1955) ; The hireling (1957) ; etc. L. P. Hartley, dont l’œuvre est d’importance et de qualité, est un « fantastiqueur » inné, des plus convaincants. Il vit, en célibataire, dans le Somerset, où la marche, l’aviron et la natation demeurent ses passe-temps favoris, encore qu’il ne soit plus tout jeune. Plusieurs de ses œuvres ont été traduites en français. Elles sont malheureusement épuisées ; sauf La crevette et l’anémone (Hachette, éd.) et Aventure à Venise (La Palatine, éd.)


La maison de personne : A. M. BURRAGE (1927)
Un récit d'anamnèse, celle d'un crime dont le présumé coupable ignore s'il l'est réellement ou non. Ici encore, difficile d'être gagné par la rerreur si l'on ne s'identifie pas aux protagonistes.

A. M. BURRAGE. – Auteur anglais, né en 1889. Quelques-unes de ses œuvres ont été publiées sous la signature d’un soi-disant « Ex-Private X ». Les titres suivants sont presque toujours ceux d’excellents recueils de nouvelles : Some ghost stories (1927) ; Someone in the room (1931) ; Seeker to dead (1943) ; Don’t break the seal (1947). Rappelons que A. M. Burrage s’est tout particulièrement distingué dans le fantastique classique, et qu’on le trouve déjà, avec ses Figures de cire, au sommaire des Histoires abominables présentées par Alfred Hitchcock (Robert Laffont, éd.). Alain Dorémieux a dit de ce récit célèbre (voir Fiction n°81) « qu’il a l’air d’un scénario pour film d’épouvante en technicolor et qu’il est à ne pas lire la nuit. » C’est là, sans ironie aucune, un très beau compliment.


Le bâtard : PETER FLEMING (1931)
Des récits enchâssés nous permettent de pressentir l'issue, mais nous distraient finalement de l'effet de chute tout en soulignant les enjeux. Habile.

PETER FLEMING. – Auteur anglais, né en 1907. Après des études faites à Eton et à Oxford, voyage longuement en Europe et en Asie centrale comme correspondant du Times, Plus tard, en 1940, la guerre le mène en Norvège, en Grèce et dans nombre d’autres pays. Demeuré dans l’armée après la cessation des hostilités, il est promu colonel en 1954. Tout cela ne l’empêche pas d’écrire d’assez nombreux ouvrages divers (romans, nouvelles, études d’histoire contemporaine, récits de voyages) : Brazillan adventure ; One’s company ; News from Tartary ; Invasion 1940 ; The fate of admiral Kolchak ; etc. Depuis sa retraite. Peter Fleming vit le plus souvent en gentleman farmer dans sa propriété de Nettlebed (Oxfordshire) et y pratique, à ses moments perdus, l’équitation et le tir sous toutes ses formes.
(Note du PReFeG : il est le frère de Ian Fleming, créateur de James Bond).

Harry : ROSEMARY TIMPERLEY (1955)
Le récit est trop naïf pour emporter notre adhésion, et les explications trop concrètes pour nous induire ce sentiment d'étrangeté du fantastique. Bref, une histoire qui aurait pu être bonne si elle avait été composée avec moins de complaisance pour ses protagonistes, et plus de cruauté, sans doute.
ROSEMARY TIMPERLEY. – Femme de lettres anglaise, née en 1920. Une quinzaine de volumes (romans et nouvelles) où dominent le mystère et la sensibilité : Child in the dark (1956) ; Dread of burning (1956) ; Shadow of a woman (1960) ; Dreamers in the dark (1960) ; Yesterday’s voices (1961) ; Across a crowd room (1962) ; The bitter friendship (1963) ; etc.


Les mouches : ANTHONY VERCOE (?)
Une progression constante vers la révélation de l'horreur triviale et réelle dont nous tairons le nom aurait pu suffire si l'auteur ne gâchât pas tout par un paragraphe final d'explicitation inutile. Dommage.
ANTHONY VERCOE. – Nom de plume d’un citoyen britannique aux activités diverses : chargé de relations publiques ; auteur dramatique ; comédien. Et aussi, chose qui nous intéresse plus spécialement, auteur – sous différents pseudonymes – d’un certain nombre de nouvelles fantastico-horrifiantes. Il continue, au reste, à en donner régulièrement aux anthologies anglo-saxonnes spécialisées.


Les gardes-frontière : H. RUSSELL WAKEFIELD (1929)
Courte, efficace, avec ce dosage inévitable de récit des événements passés et de défi de parvenir mieux que ses prédécesseurs, une bonne histoire de maison hantée dont toute la raison d'être ne repose en paix que dans le titre.

H. RUSSELL WAKEFIELD. – Auteur anglais (1889-1964). A laissé une quinzaine de volumes dont plusieurs sont des recueils de récits fantastiques. Notamment : They return at evening (1928) ; Other who returned (1929) ; Imagine a man in a box (1931) ; The dock strikes twelve (1939) ; Strayers from Sheol (1947). On a souvent rapproché la manière de cet amateur de fantômes de celle de M. R. James. Cela peut se discuter ; mais – quoi qu’il en soit – la puissance de suggestion de H. R. Wakefield ne le cède en rien à celle de l’auteur du Comte Magnus (voir Fiction n°112). Ajoutons qu’il a consacré un curieux petit ouvrage – Landru ; the French Bluebard (1936) – à l’un de nos compatriotes qui eut son heure de célébrité ; qu’il semble avoir fort aimé le golf et, enfin, que Lovecraft qui l’estimait beaucoup a parlé de lui, en termes élogieux, dans son essai Supernatural horror in literature.


Portobello Road : MURIEL SPARK (1956)
Un ton tout en simplicité, de jeunes gens attachants et bien singularisés, des récits de vie entrecroisées, voilà les qualités de cette nouvelle qui - malgré qu'elle soit racontée par une morte - n'a rien de terrifiant et détonne un peu, par sa longueur et son sujet dans cette anthologie de l'horreur.

MURIEL SPARK. – Femme de lettres écossaise, née à Edimbourg en 1919. Elle y achève ses études, se marie et part pour l’Afrique du Sud – laquelle sera souvent présente dans quelques-unes de ses œuvres. Elle ne regagne l’Angleterre qu’après 1940, entre alors au Political Intelligence Department et, plus tard, au Foreign Office. Puis elle s’occupe de deux revues de poésie. Et, après différents travaux littéraires – qui lui font « fréquenter » Wordsworth, Emily Brontë, Mary Shelley, John Masefield, etc. – elle publie un volume de vers en 1952. Son premier roman, The comforters (1957), remporte un succès immédiat. D’autres suivent : Robinson (1958) ; Memento mori (1959) ; The ballad of Peckham Rye (1960) ; The bachelors (1960) ; The prime of Miss Jean Brodie (1961) ; etc. Plus une pièce de théâtre, Doctors of philosophy, représentée à Londres en 1962, et un recueil de nouvelles : The go-away bird (1958). Mrs Spark, dans l’œuvre de qui se retrouve toujours quelque reflet de surnaturel ou, pour le moins, d’insolite, est fort estimée par Evelyn Waugh, par Graham Greene et par la critique qui, tous, la considèrent comme l’un des auteurs anglais les plus originaux de l’après-guerre. Séparée de son mari, convertie au catholicisme, mère d’un garçon de vingt-cinq ans, elle vit à Londres dans ce faubourg de Camberwell que Jean Ray célébra « abominablement » dans ses Contes du whisky. Deux de ses romans les plus remarquables. Le bel âge de Miss Brodie et Memento mori, ont été traduits en français et figurent dans la collection « Pavillons » (Robert Laffont, éd.)

Le Tarnhelm : HUGH WALPOLE (1929)
De l'ambiance, du style, des caractères, des légendes nordiques… Oui, mais aucun enjeu dans ce récit qui en deviendrait parodique, comme un "à la manière de…". On se demande bien avec quoi l'auteur a-t-il voulu nous effrayer.

HUGH WALPOLE. – Auteur anglais, né à Auckland (Nouvelle-Zélande) en 1884. Fils d’un évêque d’Edimbourg de l’Église Épiscopale écossaise. Étudie à Cambridge, puis s’essaye à deux ou trois métiers avant de débuter dans les lettres avec The wooden horse (1909) que suivent Maradick at forty (1910) et Fortitude (1913). La première guerre mondiale le voit s’engager dans la Croix-Rouge russe où il sert de 1914 à 1916. Cette expérience lui inspirera trois ouvrages des plus intéressants : The dark forest (1916) ; The green mirror (1918) ; The secret city (1919). Son œuvre est fort abondante : elle comprend des romans (The duchess of Wrexe, 1914 ; The cathedral, 1922 ; Harmer John, 1926 ; Captain Nicholas, 1934 ; The blind man’s house, 1941 ; etc.) ; des nouvelles (The silver thorn, 1928) ; des récits pour la jeunesse ; des études littéraires ; des pièces de théâtre et d’innombrables préfaces. On a dit de ses romans vigoureux, foisonnant de personnages, qu’ils étaient une immense fresque. Cela vaut tout particulièrement pour une série historico-sociale en quatre forts volumes. Rogue Herries (1930) ; Judith Paris (1931) ; The fortress (1932) et Vanessa (1933). Plusieurs de ses œuvres (La cité secrète, La cathédrale, Rogue Herries et sa suite) ont été traduites en français. Mais leurs éditeurs ont aujourd’hui disparu. D’autres encore, publiées par Hachette, sont actuellement épuisées. On a pu lire de lui une histoire fort extraordinaire, Le masque d’argent, dans le n°167 de Mystère-Magazine. Annobli en 1937 « pour services rendus à la littérature », Sir Hugh Walpole est mort en 1941 près de Keswick, dans ce farouche Cumberland qu’il a si souvent décrit.


Cinq boucles de cheveux blonds : ANTHONY MORE (1946) 
La vie rêvée rend celle réelle aussi aliénante qu'un cauchemar. La distinction entre la réalité et l'irréel tient ici sur l'irruption du prodige ponctuel mais inexplicable. Mais la crédulité du rapporteur de ce récit passe tout de même un peu pour de la naïveté. Il y manque un léger grain de sel. 

ANTHONY MORE (pseudonyme d’Edwin M. CLINTON). – Auteur américain, né en 1926. On ne connaît de lui qu’un mince recueil de six nouvelles fantastiques et de science-fiction : Puzzle box (1946). Ce petit ouvrage a été publié à San Francisco, alors qu’Anthony More n’avait que vingt ans, par les soins d’une maison d’édition qu’il venait tout juste de fonder avec le concours d’un ami, et qui semble bien n’avoir eu qu’une existence éphémère.



La proie d’une ombre : EDITH WHARTON (1931) 
Que de longueurs, de circonvolutions et de mystères éculés pour un scénario fantastique à peine ébauché… On a la sensation que Wharton joue à faire du Henry James, sans avoir l'analyse fine des péripéties. Car ici, il ne se passe rien et la terreur nous parait… fantôme. 

EDITH WHARTON. – Femme de lettres américaine, née en 1862. Issue de la meilleure société new-yorkaise, elle reçoit une éducation très européenne. Mariée en 1885 à un banquier de Boston – dont elle se séparera plus tard, – elle fait de fréquents voyages en France, en Angleterre, en Allemagne, en Italie. Bien qu’ayant donné des nouvelles à plusieurs magazines dès 1889, elle ne connait vraiment la notoriété qu’en 1905 avec The house of mirth, un roman « mondain » où elle se révèle plus et mieux qu’un simple disciple d’Henry James. Ses œuvres complètes comptent près de cinquante volumes (romans, nouvelles, poésies, impressions d’art et de voyage, etc). Voici les titres de quelques-uns de ses meilleurs ouvrages : The greater inclination (1889) ; The custom of the country (1913) ; Summer (1917) ; The age of innocence (1920) ; Certain people (1930) ; auxquels il faut naturellement ajouter The house of mirth déjà cité. Beaucoup ont été traduits en français, qui sont présentement épuisés ; sauf Les beaux mariages (The custom of the country) que nous n’avons pu lire que l’année dernière. Mrs Wharton, dont le talent est indiscutable – et pas aussi « démodé » qu’on veut bien le dire, – a également publié deux remarquables recueils de récits fantastiques, Tales of men and ghosts (1910) et Ghosts (1937) qui, à peu de chose près, semblent bien n’être qu’un seul et même ouvrage. Fixée en France depuis 1906, elle y est morte, à Versailles, en 1937.



La dernière aventure du Snake : NANCY SPAIN (1952) 
Par petites touches successives, l'auteur parvient à faire grimper le fantastique vers l'effroi du désaisissement. Et le fantôme retrouve sa chair. 

NANCY SPAIN. – Femme de lettres anglaise, née en 1917. A publié une vingtaine de volumes, dont beaucoup de romans policiers et quelques recueils de nouvelles fantastiques et policières : Thank you (1945) ; Death before wicket (1946) ; Poison in play (1946) ; Murder, bless it (1948) ; Cinderella goes to the morgue (1950) ; Poison for teacher (1951) ; etc. Tout cela – y compris une autobiographie : Why I’m not a millionaire (1956) – constamment saupoudré d’un humour très personnel. Douée d’un joli coup de crayon, Nancy Spain a illustré certains de ses ouvrages. Deux ou trois de ses romans ont été traduits en français et sont présentement épuisés. L’un d’eux, Racket... de tennis, a figuré dans une collection policière aujourd’hui disparue et que dirigeait Germaine Beaumont.


Les chenilles : E. F. BENSON (1912) 
Ce qui grouille, et notablement l'allégorie qui devient réelle. 

E. F. BENSON. – Auteur anglais, né à Cambridge en 1867. Troisième fils d’un archevêque de Canterbury, il écrivit beaucoup ; et deux de ses frères se firent également un nom estimé dans les lettres britanniques. Après de brillantes études faites principalement dans les meilleurs collèges de sa ville natale – et qu’il achève bardé de titres universitaires, – il effectue des recherches archéologiques à Athènes, de 1892 à 1895, pour le compte de la British Archeological School, et en Égypte, en 1895, pour celui de l’Hellenic Society. Puis on le voit souvent en Italie et en Algérie. Malgré cela, il trouve encore le temps d’écrire des romans (Dodo, 1893 ; The Capsina, 1899 ; The blotting book, 1908 ; Mammon and C° 1910 ; Mrs Ames, 1912, Paying guests, 1929 ; etc.) ; des biographies de la reine Victoria, de Magellan, de Charlotte Brontë, de sir Francis Drake, d’Edouard VII et, même, d’Alcibiade ! Mais les amateurs de littérature fantastique lui sont surtout redevables de quatre très bons recueils déjà classiques d’histoires de fantômes et d’horreur : The room in the tower (1912) ; Visible and invisible (1923) ; Spook stories (1933) ; More spook stories (1934). E. F. Benson est mort à Londres au début de 1940.

Mrs Smiff : COLLIN BROOKS (?) 
Cette histoire, bien écrite, avec ses diverses ambiances de villages écossais et l'inévitable taverne, et l'ancien presbytère qui sert de lieu de thébaïde d'été à un intellectuel un peu blasé, ne nous sort pas de clichés assez habituels, sauf en une chose : la sorcière présumée est douce, serviable, séduisante et discrète. Bref, toute possibilité de terreur en est vidée.

COLLIN BROOKS. – Auteur anglais, né en 1893. Une œuvre abondante et variée – trente volumes – dont une bonne partie a été publiée sous le pseudonyme de Barnaby BROOK. On y trouve un peu de tout : des romans policiers et autres ; des nouvelles fantastiques ; des poèmes ; des souvenirs ; une histoire de l’École Polytechnique de Woolwich et, surtout, de nombreuses études financières. Citons quelques titres : Ghost hunters (1928) ; Theory and pratice of finance (1929) ; This tariff question (1931) ; Three yards of cord (1931) ; Concise dictionary of finance (1934) ; Devil’s decade ; Portraits of the nineteen-thirties (1948) ; More tavern talk (1952) ; etc. La trace de ce fécond écrivain se perd – bibliographiquement parlant – après 1955. 

De l’autre côté de la porte : SHIRLEY JACKSON (1949) 
Shirley Jackson, toujours cruelle avec ses personnages qui font pourtant tout pour se maintenir dans la norme et la bienséance, n'explore pas la terreur mais une panique sourde, qui ne s'avoue pas : celle de la femme sur le point de se marier sur un coup de tête, et qui se retrouve délaissée sans raison. Mais c'est par le langage, la syntaxe, que Shirley Jackson fait intervenir en tout dernier recours le fantastique implicite dans le titre en vo. ("Demon lover", que l'on peut comprendre comme "le joli coeur" avant d'en saisir tout l'implicite surnaturel). Michel Deutsch a choisi de ne pas trop dévoiler le pot-aux-roses dans son titre français, et c'est heureux. 

SHIRLEY JACKSON. – Femme de lettres américaine, née à San Francisco en 1919. Une dizaine de volumes, dans plusieurs desquels figurent des récits fantastiques ou insolites : The road through the wall (1948) ; The lottery (1949) ; The bird’s nest (1954) ; The witchcraft of Salem village (1956) ; The haunting of Hill House (1959) ; We have always lived in the castle (1962) ; etc. Collabore à d’assez nombreux magazines. Quelques-unes de ses nouvelles ont été adaptées pour la radio et la télévision des U.S.A. Fiction, pour sa part, en a déjà publié trois où se reconnaît un vrai talent, tout d’imagination et de sensibilité. Mrs Jackson vit, avec son mari et ses quatre enfants, à North Bennington, une petite ville du Vermont pittoresquement campagnarde.


Le docteur : MARY FITT (1954) 
Quand les fantômes ne nous convoquent que pour assister une fois de plus à leurs crimes resassés sans fin, le mieux peut-être est de finir par en rire. C'est ce que nous propose cette nouvelle pas vraiment terrifiante. 

MARY FITT (pseudonyme de Kathleen FREEMAN). – Femme de lettres anglaise (1897-1959). À écrit de nombreux et excellents romans policiers : Three sisters flew home (1936) ; Bulls like death (1937) ; The three hunting horns (1937) ; Mizmaze (1959) ; etc. Les traductions françaises de deux d’entre eux, au moins, ont été publiées – sous les titres suivants : La mort et Mary Dazill et Le mystère des chocolats – par des éditeurs aujourd’hui disparus. Mary Fitt est également l’auteur d’une série de récits, généralement fantastiques, qui se retrouvent dans Man who shot birds (1954), et où apparaît toujours une pittoresque vieille demoiselle, Dorothea Hornwinder. Elle a, par ailleurs, beaucoup voyagé : la France ; l’Italie ; l’Allemagne ; l’Espagne ; la Turquie ; la Hongrie ; le cercle polaire arctique. La Grèce, surtout, dont elle a traduit le Philoctète de Sophocle et à laquelle elle a consacré, sous son véritable nom, plusieurs ouvrages « sérieux ».


Un grand vide : ARTHUR MACHEN (1931) 
L'histoire commence Fort, comprenez : à la manière d'un Charles Fort qui, sur un ton journalistique faussement détaché, rapporte des faits divers qui sont autant de petites incursions de l'étrange dans la morne banalité de la réalité. Puis l'on se concentre sur un cas de disparition, un cas d'Escamotage pour reprendre le terme de la nouvelle éponyme de Matheson. Ici, l'escamotage est graduel, parfois provisoire, parfois définitif… Encore qu'on ne peut jamais savoir quand une disparition saurait prendre fin, ce qui rend par exemple le deuil souvent impossible pour l'entourage de gens qui disparaissent sans laisser de traces. Et c'est en cela une fin plus terrifiante que la Mort elle-même.
Nous ne résistons pas à l'envie de partager le petit extrait suivant, qui illustre bien le fait que tout progrès génère de la peur chez les "réactionnaires" :

« J’ai cherché à mettre la population en garde contre les dangers certains qui nous attendent. Pendant quelques semaines, j’ai cru avoir réussi. Et puis, les gens se sont désintéressés de la question. La plupart d’entre eux sont de véritables somnambules : ils marchent comme dans un rêve, niant tous les faits, toutes les réalités de l’existence. Ils sont au bord d’un précipice et ils le savent ; mais ils se comportent comme s’ils marchaient dans un jardin, aussi en sécurité que s’ils se trouvaient dans cette allée que vous voyez là-bas et qui mène à la porte dérobée que vous apercevez d’ici. »
ARTHUR MACHEN. – Auteur anglais, né en 1863 à Caerleon-on-Usk (Pays de Galles). Fils d’un homme d’église protestant, il fait ses études à la Cathedral School d’Hereford et vient à Londres en 1880. Il y exerce différents métiers (édition et professorat), traduit quelques ouvrages du français (L’Heptaméron, de la reine de Navarre ; Le moyen de parvenir, de Béroalde de Verville ; Les mémoires de Casanova) et débute dans les lettres – vers quoi l’a poussé la lecture de Swinburne – avec une Anatomy of tobacco (1884). En 1894 paraissent, en un seul volume, deux de ses œuvres majeures : The great god Pan et The inmost light. La première de celles-ci, Le grand dieu Pan, a été admirablement traduite dans notre langue, et dès le début de ce siècle, par P.-J. Toulet, ami personnel de Machen et auteur des Contrerimes. Ce charmant poète subit alors à ce point l’influence du texte en question qu’on en retrouve un peu plus que des réminiscences dans l’un de ses propres romans, Monsieur du Paur. D’autres écrivains encore, Borges, Lovecraft, Bromfield, Blackwood, lui doivent aussi beaucoup, et n’ont point hésité à le reconnaître. Parallèlement à ses récits proprement dits (Hieroglyphics ; The house of souls ; The hill of dreams ; The terror ; etc.), Machen a également donné des essais et publié des souvenirs autobiographiques d’un grand intérêt. Notons encore qu’il fut aussi comédien et qu’il fit partie de la rédaction de l’Evening News de 1910 à 1921. Il est mort en 1947 à Beaconsfield, dans le Buckinghamshire. L’excellent spécialiste espagnol Rafaël Llopis Paret a très justement écrit à son propos, dans sa récente anthologie Cuentos de terror : « C’est le grand révolutionnaire du récit de terreur. Attiré par les mystères païens de sa Galles natale – où subsistent encore de nombreuses traces de la domination romaine, – passionné de mythologie classique et de merveilleux, il a tiré de tout cela la matière première de ses nouvelles fantastiques. Son art, à l’exemple de celui de M. R. James, consiste plus à suggérer obscurément qu’à trop dire. »
(Note du PReFeG : cette nouvelle de Arthur Machen sera la seule jamais publiée par la revue… curieusement, tant Machen correspond bien à la ligne éditoriale et a tout pour séduire un Dorémieux).

Qui est Sylvia ? CYNTHIA ASQUITH (1955)

De bons éléments fantastiques : la simplicité apparente d'un sortilège léthal de magie noire, et la revanche de la victime par-delà la mort. On assiste au cortège inlassable du doute, du remords, d'un entendement peu à peu grignoté… Habile, si ce n'était l'aspect un peu auto-suffisant d'une petite bourgeoisie (voire d'une aristocratie) empêtrée dans ses petites considérations parfois un peu condescendantes.

CYNTHIA ASQUITH (1887-1960). – Cette grande dame anglaise a beaucoup écrit et dans bien des genres ; romans ; nouvelles fantastiques et autres ; théâtres ; ouvrages pour la jeunesse ; souvenirs ; biographies de divers auteurs célèbres et des membres de la famille royale d’Angleterre ; etc. Pourtant, elle doit avant tout sa notoriété à la publication de sept anthologies de récits fantastiques dont les plus connues sont les suivantes : The ghost book (1927) ; Shudders (1929) ; When churchyards yawn (1921) ; Not long fort this world (1936) ; The second ghost book (1952) ; The third ghost book (1955). Une de ses propres œuvres, qui se recommandent toutes par une authentique distinction, figure dans chacun de ces recueils. Rappelons, pour la petite histoire, que Lady Asquith fut belle, et que le préraphaélite Burne-Jones fit son portrait alors qu’elle n’était encore qu’une toute petite fille.
(Note du PReFeG : Cynthia Asquith fut également la secrétaire de J. M. Barrie, l'auteur de Peter Pan. Les amateurs de musique un peu en marge la connaissent peut-être comme étant l'autrice d'un recueil intitulé "This Mortal coil".).

La bibliothèque : HESTER HOLLAND (1959)
La maison est l'un des personnages récurrents des histoires fantastiques. Mais les demeures ne sont rarement plus qu'un décor pour l'effroi. En S.F., on connait les planètes pièges. Nous voici ici au seuil d'une maison piège.

HESTER HOLLAND. – Femme de lettres anglaise, mariée à un avocat célèbre. À débuté il y a une trentaine d’années. On lui doit divers ouvrages (romans policiers et autres) : Man must live (1938) ; There is always one-self (1940) ; Under the circumstances (1944) ; Week-ends for Henry (1947) ; etc. Mais elle est surtout connue pour ses nombreuses, ses impressionnantes horror stories publiées par le défunt magazine Colour et dans plusieurs anthologies. Mrs Holland est également un sculpteur de talent.

18 mars, 2026

Fiction n°138 – Mai 1965

Avec la figure du "Réfractaire" développée par Floyd L. Wallace, ce numéro de Fiction nous propose tout un ensemble de nouvelles sur des êtres mis au ban de leur société ou rechignant à se joindre au mouvement d'ensemble, ceux d'ailleurs, les "outsiders", les "hommes en dehors" comme dira plus tard l'essayiste et romancier Colin Wilson.

Une Belle signée Yvonne Sassinot.

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Sommaire du Numéro 138 :


1 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 10 à 10, bibliographie

NOUVELLES


2 - Floyd L. WALLACE, Le Réfractaire (Privates All, 1961), pages 11 à 59, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

3 - Gérard KLEIN & Luc VIGAN, La Tunique de Nessa, pages 60 à 73, nouvelle

4 - Jean-Michel FERRER, Fin de contact, pages 74 à 75, nouvelle

5 - Joanna RUSS, La Jeune fille en noir ("I Had Vacantly Crumpled It Into My Pocket ... But by God, Eliot, It Was a Photograph from Life!", 1964), pages 76 à 86, nouvelle, trad. Denise HERSANT *

6 - Avram DAVIDSON, Aussi longtemps que le soleil (Or the Grasses Grow, 1958), pages 87 à 95, nouvelle, trad. Michèle SANTOIRE

7 - Michel MARDORE, Le Portrait de Belle, pages 96 à 126, nouvelle *

8 - Alexandro JODOROWSKY, Les Frères siamois (Los hermanos siameses, 1965), pages 127 à 132, nouvelle, trad. Josette CHAMBELLAND

 

CHRONIQUES


9 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 133 à 141, critique(s)

10 - COLLECTIF, L'Écran à quatre dimensions, pages 143 à 153, article

11 - Anne TRONCHE, Revue des arts, pages 154 à 155, critique(s)

12 - Alain DORÉMIEUX, La Science-fiction dépassée ?, pages 156 à 157, article

13 - Michel FRAINIER & Pierre STRINATI, Premier salon des bandes dessinées, pages 158 à 159, critique(s)

* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


" (...) le lit s'écria : « Dormez ! » Cette pensée ne cessait pas de l'agiter et il poursuivit ses méditations pendant les dix minutes qui lui étaient allouées pour s'endormir d'un sommeil naturel. Il n'avait atteint aucune conclusion et il se trouvait encore éveillé lorsque le lit prit la parole pour la seconde fois et dit : « Dormez. » Cette fois, tout nouveau délai de grâce lui fut refusé. "

Floyd L. Wallace dresse, avec Le réfractaire, un remarquable portrait d'une dystopie où tout a été simplifié en secteurs commerciaux nommées Générales. Au premier abord, on pourrait penser à une critique du bloc de l'est, avec ses planifications quinquennales et nationales. Mais tout est dit dans le titre en V.O. : "Privates, all". Tout est en réalité privatisé, et il n'appartient pas au citoyen de mener une vie en dehors d'une de ces Générales, qui organisent la vie sociale autour du seul travail (et on retrouve cette idée dans les romans de Alain Damasio). La famille est un gouffre de solitudes partagées, les amis ne le sont que dans la mesure où ils jouissent des avantages des autres, chacun dans sa Générale avec ses appointements et ses privilèges mesquins. Le réfractaire qui anime ce récit lutte pour retrouver un semblant de libre-arbitre et pour déroger à l'insatisfaction qu'il sent naître en lui. Mais plus il lutte pour sa liberté, plus sa situation se détériore, l'amenant même au chômage - avant-dernière humiliation sociale - et devient l'esclave de la Générale pour l'Emploi... Mais n'y a-t-il pas une force qui génère de tels citoyens réfractaires ? A qui, finalement, ou à quoi profite le crime ? Une très intéressante nouvelle, assez subversive quand on pense au programme France Simplification par exemple, et qui mériterait sa place dans une anthologie.

Le réfractaire sera la dernière nouvelle originalement publiée en France de Floyd L. Wallace, après dix ans de loyaux services, et d'une qualité croissante.


Luc Vigan de nouveau : on peut certainement parier sur un pseudonyme d'André Ruellan et Gérard Klein, cette fois-ci, voire Klein tout seul... 

Quoi qu'il en soit, on reconnait bien le goût pour le lyrisme de Klein et l'horreur sourde chère à Ruellan, mais on y détecte aussi ces pièges que sont les femmes chez Dorémieux. Encore une fois avec Luc Vigan, il faut en attendre une réédition en recueil pour retracer la paternité de la nouvelle. C'est Gérard Klein qui reconnait l'enfant en ces termes dans la réédition chez NéO de ses Histoires comme si... : "La tunique de Nessa fut ébauchée en compagnie de Kurt Steiner et d’André Ruellan, d’une plume fortement trempée dans l’alcool. Puis, comme Kurt André, requis par d’autres tâches, ne rédigeait pas sa partie, je l’achevai, la publiai d’abord sous le pseudonyme collectif de Luc Vigan et la repris à mon compte enfin.". Cette tunique n'a toutefois pas la portée tragique de son homologue mythique qui provoqua la mort du dem-dieu Hercule et le suicide de sa femme Déjanire, mais vaut plus par son ambiance sableuse d'une planète Mars léthargique et presque hantée que par la trouvaille d'un vêtement vivant. L'ambiance est assez similaire, la complète peut-être, à celle de La planète aux sept masques (in Fiction Spécial n°2).

Toujours chez les français et l'équipe pilier de Fiction, Jean-Michel Ferrer - comprenez Michel Demuth - arrive dans Fin de contact, à nous surprendre en peu de mots, surtout parmi des mots qui font écran à d'autres. On aurait presque envie de souhaiter que le sujet de ce contact entre deux télépathes soit un peu plus développé et soigné, comme si Demuth abandonnait ses ébauches à son alter-ego Ferrer.


" Irvin était amoureux de sa jeune fille. Il en était obsédé et parlait d'elle à miss Kramer d'une façon tout à fait inhabituelle chez lui, un peu (me dit-elle) comme s'il avait été frappé d'une crainte mystérieuse. On aurait dit qu'il était effrayé de la supériorité de son amie, de son élégance, de sa pâleur distinguée et surtout de la façon dont elle le supportait sans rien dire, dont elle l'écoutait, comme s'il avait eu le droit de lui adresser la parole, de l'accompagner dans ses promenades et de lui déclarer avec ferveur qu'Howard Phillips Lovecraft était le plus grand écrivain du monde. "

La jeune fille en noir développe un récit de seconde main qui permet de jouer avec la distanciation comme avec la focale d'un appareil photo, les choses et surtout les gens deviennent flous à force de chercher à faire la mise au pont sur les détails (en témoigne le titre en VO : "I Had Vacantly Crumpled It Into My Pocket ... But by God, Eliot, It Was a Photograph from Life!" ). Joanna Russ manie cette histoire d'emprise (?), de fantôme (?), de fantasme devenu chair (?), d'outsider quoi qu'il en soit, avec sûreté et nous pique dans notre désir de romance et notre ambivalence à désirer lire des histoires fantastiques.

" (...) j'en ai marre d'être un Indien. Un Indien n'a ni présent ni futur. Je ne peux pas être un blanc, ils ne m'accepteraient pas. Tout ce que je peux espérer, c'est : « Salut Grand Chef, Salut Face de Rat. » Peut-être que, par mon apparence, je pourrais passer pour un Mexicain, mais les Mexicains ne m'accepteront pas non plus. Les gens de couleur m'accepteront.

» Ils sont des millions et des millions et, quel que soit le prix qu'ils payent, ils ne se sentent jamais seuls. Et puis ce bon mépris, bien amer, qu'ils éprouvent pour les blancs me convient parfaitement. "

On ne connait que peu cet aspect démographique des Etats-Unis, mais c'est un fait vérifiable que les communautés amérindiennes, surtout celles des Etats de Sud, se sont étroitement mêlées aux communautés afro-américaines ; l'étude musicologique des racines du blues, ou l'observation des influences vestimentaires des costumes des carnavals de Louisiane, par exemple, en témoignent très largement.

La revanche indienne, avec cet esprit qui peut paraître naïf de prendre "au pied de la lettre" les termes d'un contrat - comme ici les accords centenaires passés entre "blancs" et "rouges" pour les droits de propriété des réserves - est un désir de justice presque uchronique. Quoi qu'il en soit, d'un point de vue symbolique, dans Aussi longtemps que le soleil..., Avram Davidson n'a pas tort de fustiger l'instinct de propriété du colon et de pointer son ignorance des lois naturelles des territoires. Une nouvelle aussi concise qu'à l'accoutumée avec cet auteur toujours aussi étonnant.

Il y a de l'énigme dans Le portrait de Belle, récit que Fiction exhume d'un ancien numéro de Mystère Magazine. Il y a de la rêverie et son lot d'étrangeté, et aussi la cruelle emprise d'un être merveilleux, c'est à dire beau et terrifiant à la fois. On pourrait toutefois déplorer un manque de rigueur dans le style recherché par Michel Mardore, une fin un peu bâclée, du beau verbiage parfois usé en inutiles ornements, et qui concourent à cet effet d'énigme dont on pourrait souhaiter moins de circonvolutions. Bref, un conte intéressant par sa double interprétation possible (policière ou fantastique), mais qui aurait gagné à plus de concision et de rigueur dans sa construction.

Très original (on en attendait pas moins de Alexandro Jodorowsky dit "Jodo"), Les frères siamois déclinent, par leurs pensées, les sensations singulières d'un être double affublé d'un seul corps mais dédoublé lui aussi. Pour ceux qui connaissent la bd de Jodo et Moebius, L'Incal, on repensera à ce personnage de l'Imperoratriz, mais ici nous en avons une version primitive et opprimée, mise au ban. Efficace et subtil.


Fiction nous révèle toujours ce bonheur de lire des avis éclairés sur les roman de SF que nous avons pu lire par le passé. Un auteur souvent suivi, car tout de même assez édité en son temps, et jusqu'au nôtre grâce à l'infatigable travail de reprise en intégrales par les éditions Mnemos, répond au nom de James Blish. On pourra lui reprocher quelques faiblesses, comme sa difficulté à constituer un ensemble de personnages complexes, mais on ne lui ôtera pas l'audace de son imagination ni de son intérêt pour la spéculation scientifique.

Avec son engouement habituel et la finesse de ses observations, Demètre Ioakimidis nous donne, une fois de plus, l'envie de découvrir un livre - et que nous avons la joie de vous proposer en Bonus.


James Blish. Aux hommes, les étoiles. 


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Aux hommes les epubs !

Ce roman fut d'abord publié en Angleterre en 1956 sous le titre de They shall have stars puis l'année suivante aux États-Unis, sous celui de Year 2018. Il constitue la première page de la vaste épopée du futur à laquelle James Blish a travaillé durant une bonne douzaine d'années. Les œuvres suivantes de ce ce vaste ensemble portent les titres que voici (dans l'ordre dans lequel elles se situent chronologiquement, et non dans celui de leur parution) : A life for the stars, Earthman come home (alias A clash of cymbals) et The triumph of time. (Note du PReFeG : Iokamidis fait une petite erreur, car c'est The triumph of time qui porte aussi le titre A clash of cymbals.) Sans doute est-ce faire preuve d'un optimisme excessif et candide que de former le vœu de voir ces autres ouvrages offerts prochainement aux lecteurs français ? Si cet optimisme devait s'avérer fondé, pourrait-on espérer voir ces romans paraître dans leur ordre logique (A life for the stars, qui est court, et Earthman come home, qui est long, pourraient former ensemble la matière d'un double volume…). Mais assez d'anticipation, laquelle n'a d'ailleurs de scientifique que son sujet. Ouvrons plutôt ce volume. Il est suffisamment intéressant par lui-même pour qu'on s'y plonge sans regret, même sans être assuré de connaître les épisodes ultérieurs de l'histoire future imaginée par James Blish. 


Ce que l'auteur raconte ici, ce sont les circonstances des deux découvertes scientifiques qui rendront possible l'avenir tel qu'il l'a imaginé. L'une de celles-ci permettra le contrôle de la gravitation, l'autre prolongera immensément la durée de la vie humaine : aux hommes, donc, les étoiles James Blish a situé ces découvertes sur un fond social inquiétant, celui des États-Unis devenus en fait une nation policière Au début de ce vingt-et-unième siècle, les méthodes d'inquisition politique sont à peu près les mêmes, raconte Blish, que l'on soit derrière l'Atlantique ou derrière le rideau de fer. Il faut savoir que l'auteur a travaillé à ce roman alors que le sénateur Joseph McCarthy faisait, ô combien, parler de lui. La rédaction de ces pages est contemporaine de cette « chasse aux sorcières » qui fit en fin de compte plus de mal à la réputation internationale des États-Unis qu'aux infiltrations communistes dans les hautes sphères de Washington. C'est pourquoi on voit, dans ces pages, le F.B.I. fourrant son nez – par l'intermédiaire de celui de son chef – dans de nombreux endroits où son intervention ne produit, dans les cas les plus favorables, qu'une perte de temps pour tout le monde. Considérées avec le recul du temps, les enquêtes dirigées par McCarthy apparaissent grand-guignolesques et naïves ; à l'époque, elles étaient inquiétantes, et Blish a su mettre dans ses pages le reflet de l'inquiétude que devaient éprouver bien des Américains au moment où il écrivait son roman. 


Il y a trois décors principaux. Deux sont aux États-Unis : ils reflètent les milieux industriels et politiques respectivement, New York et Washington. Le troisième se place sur Jupiter V, le satellite le plus proche de la planète géante, qui porte le nom d'Amalthée. Du sol de ce petit astre, des hommes dirigent un appareillage télécommandé grâce auquel un pont se construit sur Jupiter.


L'énormité de cette idée est tout à la gloire de James Blish, car elle symbolise clairement la confiance qu'il place en la science et en ses possibilités. Il faut souligner ici que la planète Jupiter sur laquelle les techniciens de Blish construisent un pont, par machines interposées, en cette deuxième décennie du vingt-et-unième siècle, est bel et bien l'enfer de méthane et d'ammoniac que nous découvre la science, et non quelque planète habitable grâce à un artifice d'écrivain de science-fiction. C'est dans ce monde ravagé par des tempêtes dont chacune concernerait un continent aux dimensions de l'Asie, c'est dans cette atmosphère destructrice, que des hommes érigent un pont. Pourquoi ? Pour vérifier la justesse d'une théorie scientifique. Même dans son Amérique mac-carthysée, Blish laisse leur chance aux idéalistes et aux rêveurs qui sont simplement des réalistes, avec une génération d'avance. Les descriptions de l'enfer jovien, de son influence sur la psychologie et les nerfs des techniciens, sont parmi les pages les plus réussies, du point de vue strictement littéraire, que Blish ait jamais placées dans un roman.


Mais ce roman a aussi ses faiblesses, et la plus apparente de celles-ci tient à ce défaut qui est le plus grave de l'écrivain : l'incapacité foncière de James Blish de dessiner des personnages qui s'écartent de quelques types stéréotypés. Sans doute est-ce là la cause du manichéisme assez simple qui anime ses protagonistes ?


James Blish campe d'autant plus clairement ces protagonistes que ceux-ci s'identifient plus complètement au bien ou au mal (tel est du moins le cas dans ce livre, qui date de plus de dix ans ; l'écrivain a assoupli ses ressources entre-temps). Le mal – ou, plus exactement, le côté négatif : rien ne permet de croire que l'homme n'est pas, au fond de lui-même, convaincu de la justice de sa cause – le mal, donc, est personnifié par François Xavier MacHinery, chef héréditaire du F.B.I. Monolithique dans sa détermination et dans sa ténacité, l'homme ne manque pas d'une certaine puissance – ni d'une vraisemblance certaine : qu'on se rappelle, à nouveau, la date de rédaction de ces pages. Les commissions de contrôle et les enquêtes qu'il déclenche pour un oui, pour un non ou pour un peut-être, font de lui un des personnages les plus puissants des États-Unis. Il symbolise, en fait, le danger de l'obscurantisme administratif. Son nom ne prête aucunement au doute : en lui s'incarne toute la machinerie de l'État, dans ce qu'elle a de plus nuisible. Pour ne laisser aucune hésitation à cet égard, Blish a pris soin d'écrire MacHinery et non McHinery, qui eût été également plausible. 


En face de lui, l'homme qui est au centre des forces du bien – ou du progrès, ou de l'avance humaine, comme on veut – est le sénateur Bliss Wagoner (démocrate, Alaska ; élu en 2012 et réélu en 2018). Ce n'est pas seulement les hommes politiques voyant plus loin que le bout de leur nez que Blish a entrepris de résumer en sa personne, mais bien les organisateurs clairvoyants, ces constructeurs d'avenir pour lesquels il a une vive admiration. Ceux que Bliss Wagoner guide – Charity Dillon, Helmuth, Russell, le physicien Giuseppe Corsi lui-même – ne sont, en fin de compte, que des comparses : estimables, mais non indispensables.


L'opposition MacHinery-Wagoner et la grandeur de l'entreprise scientifique évoquée ne suffiraient pas à faire de ce roman une œuvre marquante de la science-fiction contemporaine. Les autres mérites du roman sont au nombre de quatre, principalement.


Tout d'abord, James Blish a abandonné l'idéologie stéréotypée qui consiste à opposer l'U.R.S.S. aux États-Unis, opposition dans laquelle s'enlisent deux sur trois des auteurs de science-fiction en mal de résonances politiques. Blish suppose une évolution dans les caractères des deux blocs politiques, ce en quoi les dix années écoulées depuis l'achèvement de son roman lui ont donné raison (bien que l'évolution réelle ne soit pas celle qu'il a prévue). Il présente donc une nation américaine se soviétisant progressivement, dans le sens du contrôle de l'État, de telle sorte que lorsque l'U.R.S.S. arrive à l'hégémonie mondiale, peu après l'époque décrite dans ce roman, elle y accède sans coup férir. Mais sans profit aussi : ce qu'il y avait de plus valable aux États-Unis a entre-temps quitté la Terre pour l'espace.


En deuxième lieu, Blish connaît et respecte suffisamment la science pour s'en servir valablement lorsqu'il affabule : il extrapole à partie d'éléments connus, existant depuis plusieurs années, et évoque les noms de Blackett et de Dirac en sachant de qui il parle. Cependant, les chapitres comprenant des développements scientifiques ont été assez mal traduits en français par Michel Chrestien, dont le travail est, quant au reste, convenable.


Un troisième élément louable est le sens de la vision cosmique qui distingue ces pages. Les étoiles ne sont pas encore atteintes lorsque le rideau se baisse, mais on sent qu'elles sont proches, qu'elles joueront un rôle dans les chapitres ultérieurs. Blish, ici, ne fait que préparer son épopée : celle-ci aura pour héros John Amalfi, le maire de la future de New York – cette New York du troisième millénaire et des suivants, qui voyagera parmi les galaxies. Mais John Amalfi ne naîtra qu'en 2998, et le lecteur n'a pas droit, ici, à toute l'épopée suggérée par le titre. 


Enfin, James Blish compense sa faiblesse dans la peinture des caractères par une grande clarté dans l'évocation des idées, et des mouvements d'idées. N'est-ce pas ainsi que l'on devrait écrire l'Histoire ? Bien sûr, l'Histoire n'est pas un roman, et ces pages n'ont rien du space-opera, et pas grand-chose du récit d'aventures. Mais elles possèdent en revanche un indéniable cachet de vraisemblance, et une cohésion qui dépasse celle du simple travail bien fait. Ceci est un roman qui pourra convertir à la science-fiction une certaine catégorie d'intellectuels (ceux qui s'interrogent sur le sens de l'Histoire et sur le rôle qu'y jouent les courants d'idées) et qui mérite l'attention de tous les « initiés ». Il n'est pas absolument équilibré, car le facteur humain ne joue pas tout le rôle que l'on en attend, mais il possède plusieurs des meilleures qualités du genre.


Demètre IOAKIMIDIS.


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