29 avril, 2026

Galaxie (2eme série) n°018 – Octobre 1965

Commençons par citer la présentation que Galaxie faisait de son numéro 18 : "les femmes sont à l’honneur dans ce numéro, puisque trois d’entre elles, parmi les plus réputées dans le domaine de la S.F., s’y trouvent réunies : MARGARET ST. CLAIR, MIRIAM ALLEN DeFORD, et JUDITH MERRIL."  En réalité, ce sera la dernière parution de Judith MERRIL au sein de ce magazine et même de Fiction (6 de ses nouvelles ont parues depuis 1955). Margaret SAINT-CLAIR (connue aussi sous le pseudonyme Idris SEABRIGHT) s'éclipse quant à elle pendant 5 ans (et on ne la retrouvera que peu ensuite…). Miriam ALLEN DeFORD verra encore quelques une de ses nouvelles publiées jusqu'en 1968, puis il faudra attendre qu'elle soit redécouverte dans les années 80 pour découvrir deux nouvelles de plus…
Nous n'assistons donc pas là à un réel tournant féminin de la science-fiction publiée en France. Mais le niveau est toutefois honorable, avec une majorité de raretés.

"C'est bien compris les amies ? Juste un clic droit…"

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Sommaire du Numéro 18 :


1 - Clifford D. SIMAK, Alerte aux horlas (No Life of Their Own, 1959), pages 4 à 46, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par Wallace (Wally) WOOD

2 - Judith MERRIL, Le Dragon des profondeurs (The Deep Down Dragon, 1961), pages 47 à 59, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

3 - Keith LAUMER, Ces féroces Qornts (Mightiest Qorn, 1963), pages 60 à 81, nouvelle, trad. Marcel BATTIN, illustré par Jack GAUGHAN *

4 - Miriam Allen DEFORD, Faits comme des rats (Oh, Rats!, 1961), pages 82 à 91, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par Wallace (Wally) WOOD *

5 - Margaret SAINT-CLAIR, La Croisade des ténèbres (An Old-Fashioned Bird Christmas, 1961), pages 92 à 111, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par Virgil FINLAY

6 - Willy LEY, Trois mystères, pages 112 à 122, article, trad. Pierre BILLON

7 - David DUNCAN, Les Immortels (The Immortals, 1960), pages 124 à 152, nouvelle, trad. Michel DEMUTH, illustré par Dick FRANCIS *

8 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 153 à 153, bibliographie 


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Alerte aux horlas est une novella trépidante et enfantine, sur la xénophobie latente au sein des petites communautés agricoles américaines. Clifford D. Simak brosse au passage sa bonté altruiste et lui redonne un goût d'innocence. Il évoque également une opinion sur le divertissement individuel - comme l'est la télévision, mais Simak imagine plutôt un casque de réalité augmentée - qui dissout le besoin de se constituer en tribu ou en corps social.


Une expérience projective, un récit de preux chevalier pourfendeur de dragon… Judith Merril nous donne, dans Dragon des profondeurs, les clés avant d'indiquer la serrure. Astucieux.


Un brin parodique, Ces féroces Qornts raconte des tentatives d'apaisement diplomatique entre deux espèces. Mais le récit tourne un peu court, et l'on aurait pu s'attendre à mieux de la part de Keith Laumer. Mais l'aventure est au rendez-vous.


Un anti Algernon, dans une acceptation courte et cruelle. La fin de Faits comme des rats est un peu abrupte, mais l'ensemble fonctionne bien grâce au métier de Miriam Allen DeFord.


Un univers très original que développe, dans La croisade des ténèbresMargaret Saint-Clair, empli de paganisme druidique et mazdéiste, mâtiné de science se servant autant de la prière que de l'électricité comme énergie. On repensera, à l'énoncé progressif des règles de ce monde parallèle au nôtre, aux histoires mi-fantastiques mi-SF que développera bien plus tard Tim Powers.

Amusante trouvaille que cette machine à calculer les probabilités de ce qui arrivera à l'avenir et à les visualiser. Bien que David Duncan ne soit pas très rigoureux dans le traitement concret de cette machine, l'idée de pouvoir aussi se projeter dans le monde simulé et calculé rappellera inévitablement le Simulacron 3 de Daniel F. Galouye, ou la plus récente Matrix. Ici, toutefois, il ne s'agit que de mesurer les effets d'une autre invention : une hormone de jeunesse éternelle. Les immortels est une nouvelle un peu légère mais plutôt plaisante à lire, du fait de multiples péripéties.


22 avril, 2026

Galaxie (2eme série) n°017 – Septembre 1965

Le retour de Ray Bradbury (avec une histoire d'envahisseurs bien paranoïde!) et les fidèles auteurs de Galaxie : Robert Sheckley en tête, le rare Robert F. Young et la petite dernière de Cordwainer Smith, ainsi que dans le rôle du tonton de retour de terres lointaines : Lester Del Rey… Une très jolie réunion de famille en somme pour un numéro qui privilégie les publications américaines "récentes" (1962 et 1964 pour la plupart).


Un clic droit et attachez vos ceintures !

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Sommaire du Numéro 17 :


1 - Cordwainer SMITH, La Ballade de C'mell (The Ballad of Lost C'mell, 1962), pages 4 à 25, nouvelle, trad. Michel DEMUTH, illustré par Virgil FINLAY

2 - Harry HARRISON, L'Oiseau de malheur (Unto My Manifold Dooms / The Many Dooms, 1964), pages 26 à 42, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par Norman NODEL *

3 - Ray BRADBURY, Viens dans la cave... (Boys! Raise Giant Mushrooms in Your Cellar! / Come Into My Cellar, 1962), pages 43 à 58, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH

4 - Margaret SAINT-CLAIR, Roberta (Roberta, 1962), pages 59 à 65, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

5 - Robert F. YOUNG, Petit chien perdu (Little Dog Gone, 1964), pages 66 à 99, nouvelle, trad. Michel DEMUTH, illustré par Gray MORROW

6 - Lester DEL REY, Le Robot vengeur (To Avenge Man, 1964), pages 100 à 137, nouvelle, trad. Michel DEMUTH, illustré par Gray MORROW

7 - Robert SHECKLEY, La Vie de pionnier (Subsistence Level, 1954), pages 138 à 152, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH

8 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 153 à 153, bibliographie

9 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs de Galaxie (2ème série), pages 154 à 155, courrier (manque à notre epub)


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.



Pleine d'ellipses et de temps élastique, La ballade de C'Mell permet à Cordwainer Smith d'asseoir avec assurance la construction de son cycle de l'Instrumentalité, en jouant davantage à y semer les allusions à d'autres récits, pour la plupart pas encore publiés. Son style demeure irréprochable et son fond moral toujours empreint d'une grande tendresse. Ici, il s'agit de la fin de l'ostracisation des hommes animaux - c'est à dire d'animaux génétiquement modifiés pour qu'ils ressemblent à des hommes mais qui néanmoins demeurent asservis - et du mouvement un peu mystique qui les libèrera.


La prospection d'une exoplanète au climat hostile - mortel même - demande une rigueur et une discipline qui ne se discutent pas. Ainsi pour des questions de survie pour l'équipage, un gaffeur ou un distrait, un maladroit, devient un danger mortel pour tous, qui l'appellent L'oiseau de malheur. Harry Harrison soulève la question du profil acceptable pour devenir spationaute, mais aussi la discipline militaire qui prévaut.


Ray Bradbury est un scénariste efficace, à condition d'abandonner ses postures poétiques qui à force deviennent un peu creuses et n'ont d'utilité qu'en tant que "trucs qui marchent". En témoigne par exemple cette phrase, absolument gratuite dans le récit : "Il entendait la voix claire de Mrs. Goodbody retentir dans l’air du matin – un matin vieux d’un million d’années. Il entendait la voix de Roger pareil à un nuage assombrissant le soleil de midi." Quoi qu'il en soit, nous voici avec Viens dans la cave… plongés dans une bonne histoire d'envahisseurs tendue par le terrible vecteur du "trop tard!" qui rend le tout bien terrible.


Roberta pourrait ne pas être de la SF, puisque c'est une histoire de transition sexuelle. Bien que médicalement déjà possible en 1965, cela restait encore très marginal, et ne manquait pas de soulever des préjugés, comme on pourrait se le demander ici dans cette histoire qui tourne au délire paranoïaque. Margaret Saint-Clair cependant est toujours alerte à provoquer de l'aversion.

Un acteur, Nicholas Hayes, devenu las, se noie dans l'alcool, jusqu'à être adopté par deux compagnons de route : une de ses admiratrices nommée Moira - le nom que l'on donne aux Parques du destin - et Le  petit chien perdu, plus exactement "chienperdu" - pendant extraterrestre de nos si fidèles compagnons. Commence pour Nicholas un chemin de reconstruction de l'amour propre, et de l'amour tout simplement. Comme toujours avec Robert F. Young, ce chemin passe par la poésie et ici par… William Shakespeare.

"Ils étaient venus avec le feu et le poison. Il faudrait les retrouver et les vaincre. Sam avait cru que l’on ne trouvait le Mal que dans la fiction. Mais, maintenant, le Mal dominait l’univers. Il devrait l’affronter, comme dans la fiction. Le mal devrait être éliminé avec une souffrance aussi grande que celle qu’il avait provoquée. Mais une telle justice était apparemment le seul grand mensonge de la fiction."

A l'heure de l'extinction massive de l'Homme, un dernier robot, fidèle et devenu plus qu'une machine, découvre les livres qui lui avaient jusqu'alors été interdits, mais peine à distinguer fiction et document formel. Il devient Le robot vengeurLester Del Rey interroge la place de la fiction dans la culture, et principalement la plus fondatrice de toutes : le mythe et son corolaire la religion. On repensera à l'héritage de la terre, laissé par les hommes aux robots et aux chiens, dans Demain les chiens de Clifford Simak, mais ici le robot doit composer avec un sentiment d'injustice et une volonté de la réparer par la vengeance.


"Amelia avait été élevée dans un foyer suburbain classique où toutes les tâches domestiques étaient programmées à l’avance. Ici, chaque fonction était assumée par une machine spécialisée, et l’on n’avait pas le temps de les ranger dans les niches murales prévues à cet effet : elles traînaient partout, gâchant le décor, et la maison ressemblait à une quincaillerie."
Robert Sheckley moque très gentiment l'espèce humaine qui rend héroïque les colon en les appelant Les pionniers, alors que pour tout labeur ils doivent vivre dans l'isolement et faire travailler durement des robots ; d'autant que le pionnier qui aime tant la vie "à la dure" ne fait réellement que préparer le terrain pour tout l'humanité et sa civilisation de confort et de marchandises à écouler.
A propos des robots qui travaillent dur, on pourra y lire :
"Les robots travailleurs sont stupides et grossiers. Ils sont obstinés et acariâtres. Il convient d’employer la manière forte pour se faire obéir d’eux. Si besoin en est, n’hésitez pas à leur flanquer des coups de pied dans les fesses.
Phillips haussa les sourcils.
« Maltraiter un robot ?
— Il convient de leur faire voir qui, de vous ou de lui, est l’humain.
— Mais, à l’École Coloniale, on nous a enseigné à respecter leur dignité, protesta l’autre.
— Un certain nombre de notions terriennes n’ont pas cours ici, répliqua sèchement Dirk. Écoutez ce que je vous dis. J’ai été élevé par des robots et quelques-uns de mes meilleurs amis sont des robots. Je sais de quoi je parle. Si vous voulez qu’ils vous respectent, il n’y a pas d’autre moyen."
La réalité de l'esclavagisme n'est qu'à peine voilée. Cette problématique du robot ayant remplacé l'esclave est un grand thème de la SF. Comme du temps de la traite d'êtres humains, le dominateur se trouve toujours de bonnes raisons d'agir ainsi, et justifie sa douteuse moralité par un exercice de la violence comme "forcé", comme s'il n'y avait pas le choix, et considère le dominé comme ne faisant pas (ou "pas tout à fait") partie de l'humanité véritable. Dans Blade runner / Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? de Philip K. Dick, c'est la conscience d'être (et d'être mortel) qui humanise l'androïde, à savoir : le robot à l'image de l'homme. Bien entendu, du temps de la "traite négrière", les esclaves se savaient déjà faire partie de l'humanité. Mais on leur refusait ce statut. On retrouve, nous l'avons vu, cette malheureuse ostracisation dans La ballade de C'Mell dans ce numéro.

Finalement, la problématique serait : "Peut-on moralement hiérarchiser des degrés à la conscience d'être ?" Vous avez quatre heures.


Et maintenant, une PETITE ANNONCE :

Notre Centaurien a eu beau faire cligner trois fois ses yeux, chercher dans les méandres parfois occultes de la toile, le miracle ne s'est pas produit : il n'a pas retrouvé le texte original du Courrier des lecteurs de ce numéro 17 de Galaxie.

Si parmi nos lecteurs quelqu'un possède ce numéro au format papier, le Centaurien serait très heureux de recevoir ne serait-ce qu'une photo des pages 154 et 155 de cette revue. Si vous désirez lui rendre ce service, vous pouvez laisser en commentaire le moyen de vous contacter. Bien évidemment, ce commentaire ne sera pas publié, mais votre contribution sera hautement considérée.

15 avril, 2026

Galaxie (2eme série) n°016 – Août 1965

Des raretés de nos piliers (McIntosh, et Tenn), et une reprise dans une meilleure traduction d'une bonne nouvelle de Sheckley, au programme pour ce numéro d'Août, marqué par une novella de Jack Williamson peut-être un peu surclassée par la rédaction.

"2S16, contre-torpilleur touché !"

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Sommaire du Numéro 16 :


1 - J. T. McINTOSH, Grand-mère la Terre (Grandmother Earth, 1964), pages 4 à 31, nouvelle, trad. Michel DEMUTH, illustré par Virgil FINLAY *

2 - Jack WILLIAMSON, Une planète à piller (A Planet for Plundering, 1962), pages 32 à 74, nouvelle, trad. Michel DEMUTH, illustré par Virgil FINLAY *

3 - Bill DOEDE, Le Dieu de sable (The God Next Door, 1961), pages 75 à 92, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par Larry IVIE *

4 - William TENN, Un monde en chocolat (The Malted Milk Monster, 1959), pages 93 à 113, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH *

5 - Robert SHECKLEY, Les Quatre éléments (Join Now / The Humours, 1958), pages 114 à 156, nouvelle, trad. Pierre BILLON

6 - (non mentionné) , Résultats du référendum sur le n° 14, pages 158 à 158, notes

7 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 160 à 160, bibliographie


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.



J. T. McIntosh pose dans Grand-mère la Terre le souci de l'instinct de survie s'il n'est pas lié au désir ou à l'adversité, sur une Terre vieillissante délaissée par les colonies essaimées dans la galaxie. 


Que de bavardages dans Une planète à pillernovella longue comme un jour de négociations de paix entre les deux Corées… La traduction y est peut-être en partie responsable, bien que Demuth nous ait habitués à mieux, mais les intérêts particuliers du protagoniste principal éveillent indifférence et ennui, et passent malheureusement devant des enjeux galactiques et civilisationnels plus palpitants. Là où l'on aurait pu y voir de l'ironie mordante, ne demeure qu'une immoralité douteuse et une complaisance pour le corruptible et la tricherie. Pour en venir au sujet proprement dit : une civilisation galactique humaine considère notre Terre pour trancher entre deux destinées : son entrée dans l'empire galactique ou sa destruction au bénéfice d'un plan de signalisation interstellaire (en gros, le coup de l'autoroute qui va passer à la place de votre maison). La soudaineté d'une telle alternative, et la naïveté de laisser la décision finale au seul jugement d'un agent unique rend toute cette construction un peu vaine. On aura lu sans hésiter du bien meilleur Jack Williamson.

Il faut dire que Jack Williamson bénéficie encore à cette époque en France d'une aura particulière, puisqu'il a été sans doute le premier auteur dudit "Age d'or" à être traduit en France, par son roman : "Les humanoïdes", chez Stock, et cela dès 1950 - dans une collection prometteuse (Science-fiction, le roman des temps futurs - n°1) mais qui n'aura vu paraître que ce seul titre. Sans doute ce livre a-t-il été lu et dévoré par toute la jeune génération qui fondera Fiction trois ans plus tard. Ce roman est honnête, c'est vrai, mais n'a rien d'exceptionnel non plus.


Devenir un pur esprit pourrait séduire des êtres civilisés, mais être une malédiction pour un être qui n'a pas terminé son éducation. Un tantinet naïf, Le dieu de sable n'échappe pas à des clichés paternalistes ou masculinistes ; on attend de voir les quelques autres nouvelles qui paraîtront dans Galaxie de ce nouvel auteur nommé Bill Doede.

 
Dans Le magicien d'Oz, la petite Dorothy imagine les personnes réelles de son entourage projetées dans son univers imaginaire et leur assigne inconsciemment d'autres rôles et fonctions symboliques. William Tenn reprend cette idée dans Un monde en chocolat, en le déclinant du point de vue des ces gens projetés malgré eux ; une nouvelle intéressante par ce qu'elle propose de fantaisie, et aussi d'aversion face à la tyrannie d'une petite fille pétrie de frustrations.


" (…) vous habitez un corps Durier dont l’existence n’excède guère quarante ans. Si vous ne Réintégrez pas, il vous reste au maximum cinq années à vivre. "
Habile levier de persuasion, (et on retrouvera cette idée dans le célèbre "Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques / Blade Runner " de Philip K. Dick), les "corps Durier" sont en réalité des androïdes animés par un extrait de personnalité humaine. Robert Sheckley traite de l'incomplétude de l'être amputé de parts de lui-même pour palier une schizophrénie supposée virale par un corps scientifique qui n'en est pas à son premier exploit. Les parties de l'être sont symboliquement représentatives des quatre éléments, eau, feu, air et terre, chacun d'un aspect monolithique et dépourvu de toute velléité de se réformer.
On pensera à John Difool dans L'incal de Moebius et Jodorowsky, dont les parties de l'être le dominent tour à tour.
Ici, c'est d'un grand tourment pour un héros au début bien moqué mais qui prend son courage à deux puis quatre mains, et la quête rebondit sans cesse sur de nouvelles péripéties. Très plaisant.

On notera que cette nouvelle entre dans la démarche de proposer de nouvelles traductions (sans les coupes drastiques) à celles publiées dans la première série de Galaxie. On passe de 36 pages dans le Galaxie 63 à 42 dans cette nouvelle version, tout de même !

08 avril, 2026

Fiction n°140 – Juillet 1965

Que de raretés pour ce numéro de Juillet ! Hormis la nouvelle de Michel Demuth qui inaugure le cycle si salué des "Galaxiales" (et une autre signée sous pseudonyme initialement parue dans un autre fanzine l'année d'avant), la totalité n'a jamais bénéficié d'une republication par la suite. Nous retrouvons les noms de ces grands oubliés des collections de SF françaises que sont Chad Oliver et son anthropologie spéculative si charmante, et Avram Davidson ici acoquiné avec Randall Garrett, ou encore dans une moindre mesure Harry Harrison ; ainsi que de micro-auteurs français qui ont dû espérer un temps entrer au cénacle des écrivais publiés - où l'on retrouve le jeune comédien Bernard Haller qui fit ensuite une carrière beaucoup plus remarquée à l'écran qu'à la plume.


Illustration bien allumée de Jean Lauthe

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Sommaire du Numéro 140 :


1 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 9 à 9, bibliographie


NOUVELLES


2 - Chad OLIVER, La Fin du voyage (End of the Line, 1965), pages 10 à 45, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

3 - Michel DEMUTH, L'Été étranger (2020), pages 46 à 68, nouvelle

4 - Terry CARR, Le Saut dans le vide (Brown Robert, 1962), pages 69 à 76, nouvelle, trad. Jean LAUSTENNE *

5 - Jean-Michel FERRER, Une vie alternative, pages 77 à 78, nouvelle

6 - Avram DAVIDSON & Randall GARRETT, L'Appel des sirènes (Something Rich and Strange, 1961), pages 79 à 103, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

7 - Sophie CATHALA, Les Rencontres, pages 104 à 111, nouvelle *

8 - Harry HARRISON, Les Mystères du métro (Incident in the IND, 1964), pages 112 à 120, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

9 - Jean DEMAS, La Femme truquée, pages 121 à 121, nouvelle *

10 - Bernard HALLER, La Jambe, pages 121 à 123, nouvelle *

11 - Marcelle PROVENS, L'Arbre-main, pages 123 à 124, nouvelle *

12 - Jean-Claude PIGUET, La Règle du jeu, pages 124 à 125, nouvelle *


CHRONIQUES

13 - Pierre VERSINS, Une porte peut être ouverte et fermée, pages 126 à 133, article

14 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 134 à 143, critique(s)

15 - COLLECTIF, Le Conseil des spécialistes, pages 144 à 145, critique(s)

16 - COLLECTIF, L'Écran à quatre dimensions, pages 146 à 153, article

17 - COLLECTIF, L'Argus du film étrange, pages 154 à 155, article

18 - Anne TRONCHE, Revue des arts, pages 157 à 159, critique(s)


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


" Il savait qu'il jouait les don Quichotte, et il se souvint d'avoir pensé que le plus grand malheur des hommes venait du fait qu'ils ne jouaient que trop rarement les don Quichotte. "

Chad Oliver, peut-être un peu plus - un peu trop ? - didactique que dans ses nouvelles précédentes, évoque dans La fin du voyage, toujours avec humanité et intelligence, l'impasse évolutive que l'espèce humaine a prise en s'enfermant dans les cités. Comme avec T. J. Bass quelques années plus tard et son Humanité et demie, Oliver imagine que "le primitif est la grande quête de la modernité".


 « Cela passera, » se dit-il. « Dans quelques minutes, le petit Gregory sera en forme…»

Non, il ne s'agit pas de l'affaire criminelle qui défraya les chroniques judiciaires des années 80, mais bel et bien d'un premier départ pour ces Galaxiales de Michel Demuth. L'on commence par L'été étranger et par le fiasco d'un naufrage. Un robinson, surarmé et conditionné aux plus extrêmes conditions de survie, mène son exploration désespérée. Sans en dévoiler davantage - car il s'agit d'un récit à chute - on peut dire que Demuth commence son exploration du futur par un ratage... Mais un ratage assumé. Gonflé !
On y notera au passage cette phrase assez anodine : " Au détour de la piste, c'était comme un monolithe noir placé en sentinelle ". Un monolithe dites-vous ? Une sentinelle ? N'est-ce pas sans rappeler 2001, l'odyssée de l'espace, que Demuth lui-même traduira moins de cinq ans plus tard ? On se souviendra que La sentinelle, nouvelle de Arthur C. Clarke, qui sera à la base du film de Kubrick, a été écrite en 1951, mais ne sera traduite qu'en 1967 par Brigitte André (Planète n°32 - janvier 1967). Sans doute Demuth l'a-t-il déjà lue en sa version originale. A moins qu'il n'y ait une curieuse affaire de paradoxe temporel dans tout ceci...

A propos de paradoxe temporel, voire spatial : la Terre, et ainsi en va-t-il de tout le système solaire et des astres en général, se déplace dans l'espace. Aussi un voyageur du temps doit-il prendre en compte ce facteur pour parvenir sain et sauf à destination. Cette idée simple est, dans Le saut dans le vide de Terry Carr, contenue en germe et sera la base du roman de Gregory Benford : Un paysage du temps, traduit en 1983 par, non pas Gregory... (ni le grand, ni le petit), mais par Michel Demuth.


Continuons sur la lancée avec l'ami Michel : comme déjà observé, Demuth sous son pseudonyme de Jean-Michel Ferrer semble nous délaisser ses ébauches de nouvelles, ses brouillons. Une vie alternative toutefois gagne par sa concision à véhiculer un sentiment cosmique intéressant.


Dans L'appel des sirènes, signée à quatre mains par Avram Davidson et Randall Garrett, la gastronomie l'emporte sur le fantastique ou la mythologie, et en fait, dans un style foisonnant et empanaché, une parodie de quête. Très plaisant. On y notera au passage la traduction francisée de Miskatonic ("Miskatonique", sic !, Monsieur Pierre Billon) et par cette allusion l'appartenance au Mythe lovecraftien de cette nouvelle, qui entre dans la série : "Ceux des profondeurs".

On parle en psychologie de tests projectifs, des images où l'esprit projette comme en rêve des élaborations allégoriques ou narratives, qui trahissent des mouvements inconscient, tout comme le font les rêves. Dans Les rencontres, par Sophie Cathala, c'est sur une jeune femme que des hommes projettent leurs relations passées et regrettées, l'obligeant par mimétisme à se conformer à une autre qu'elle-même. On repensera au Locataire de Roland Topor, au Zelig de Woody Allen, ou encore au détective privé Tem de Roland C. Wagner. Et l'on plaindra cette pauvre jeune fille de subir plutôt que de se jouer d'un tel talent.


" Ils se trouvaient seuls, isolés dans cette solitude étrange que connaissent les habitants des grandes villes, avec des milliers de gens qui les entourent, et dont ils sont néanmoins toujours séparés. "

Harry Harrison traite une fois encore ce malaise des villes, qui " réunissent le séparé, mais le réunissent en tant que séparé ".
Dans Le modèle de Pickmann de Lovecraft, on évoque les travaux de construction du métro de Boston et les créatures humanoïdes et anthropophages qui y furent découvertes, dans un monde souterrain. Avec Les mystères du métro, Harrison reprend cette idée à son compte, et en fait presque le bras armé d'une justice immanente, s'en prenant aux orgueilleux, aux vaniteux et aux ingrats. Quoi qu'il en soit, ça donne envie de s'éloigner de la bordure du quai.

Retour de la Rubrique " Banc d'essai ", avec La femme truquée de Jean Demas. La fille qui s'y effeuille aurait pu s'appeler Marguerite, mais ce strip-tease organique aurait mérité davantage de sensualité.


Anatomie - Anna Tommy ! - toujours, avec La jambeOn reconnait bien le style de Bernard Haller, qui s'essayait encore à cette époque à faire carrière en tant que chansonnier (nous dirions maintenant stand-up). On le retrouvera quelques années plus tard dans un numéro similaire à cette nouvelle comme agent de contrôle dans "Je sais rien mais je dirai tout" de Pierre Richard.


Après la jambe, la main ; la vie végétale devient, en acquérant la mobilité, un agent persécuteur et assassin, dans L'arbre main, de Marcelle Provens. Ce que l'on y jugera étrange ou insolite, c'est l'absence de bascule quand on passe de la séduction à la persécution.


En 1965, et en réalité pendant une bonne vingtaine d'année encore, les numéros de téléphone ne comportait que 7 chiffres, les trois premiers servant d'indicatif local (et correspondant aux trois premières lettres d'une ville, d'un quartier ou d'une rue). La dernière nouvelle du numéro signée Jean-Claude Piguet, propose d'expliquer La règle du jeu, la procédure à suivre, sur le mode des guides pratiques qui fleurissaient à tout sujet en ces années 60, pour contacter Le Fondateur, soit Dieu... au téléphone. Amusant.


On n'a pas fini de voir se lever Le matin des magiciens, mais en l'absence de Jacques Bergier dans la revue pour défendre son co-auteur, Gérard Klein cloue allègrement Louis Pauwels au pilori. En témoigne ce petit extrait de la Revue des livres :

Le propre d'un concept est de renvoyer à autre chose qu'à une collection arbitraire d'objets ou d'œuvres, et il me semble parfaitement évident que la notion de réalisme fantastique a précisément failli, au moins pour l'instant, à cette tâche. Elle s'élève néanmoins à la dignité d'une ronflante platitude qui dispense à l'occasion le critique et son lecteur des fatigues de l'analyse.

Ouch !




Pour terminer ce tour d'horizon du numéro 140, on appréciera de voir Pierre Versins nous dispenser déjà les premiers jets de sa future Encyclopédie de l'Utopie, des voyages extraordinaires et de la science-fiction, avec cet article en deux partie sur les voyages dans le temps : Une porte peut-être ouverte et fermée. L'article est même peut-être plus développé que l'article "Temps" de l'Encyclopédie.

Le PReFeG vous propose également