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05 août, 2026

Fiction n°147 – Février 1966

Après Daniel Walther en décembre 1965, c'est au tour d'un nouvel auteur, considérable par son influence sur le "petit" monde de la science-fiction française, de faire son entrée dans les pages de Fiction : Jean-Pierre Fontana - une entrée toutefois discrète par le banc d'essai, et sous un pseudonyme. Et sans la présence d'un texte conséquent pour occuper la moitié des pages, c'est une myriade de nouvelles bien concises qui nous est proposée ici, presque toutes restées sans publications ultérieures.


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Sommaire du Numéro 147 :


1 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 8 à 8, bibliographie


NOUVELLES


2 - Gordon R. DICKSON, Fido (Fido, 1957), pages 9 à 27, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH *

3 - Dean MacLAUGHLIN, Le Retour des pionniers (One Hundred Days from Home, 1964), pages 28 à 45, nouvelle, trad. Claude CARME *

4 - Jack SHARKEY, Escale sur la Glorieuse (The Glorious fourth, 1965), pages 46 à 63, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE *

5 - Ron GOULART, Les Vivres coupés (Nobody Starves, 1964), pages 64 à 77, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

6 - Fredric BROWN, Petite musique de nuit (Eine kleine Nachtmusik, 1965), pages 78 à 94, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE

7 - Thomas OWEN, Le Chasseur, pages 95 à 97, nouvelle

8 - Russell KIRK, Le Pays des souches (Behind the stumps, 1962), pages 98 à 115, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

9 - Edgar PANGBORN, La Voglebête (Wogglebeast, 1965), pages 116 à 125, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

10 - Guy SCOVEL, Meurtre : facteur infini, pages 126 à 127, nouvelle *

11 - Sophie DARIA, La Révolte des femmes, pages 127 à 130, nouvelle *

12 - Colette DRION, Rossalid, pages 130 à 132, nouvelle *

13 - Gabriel DEBLANDER, Les Murs, pages 132 à 134, nouvelle *

CHRONIQUES


14 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 136 à 145, critique(s)

15 - Bertrand TAVERNIER, Faites vous-même votre scénario, pages 146 à 147, article

16 - COLLECTIF, L'Argus du Film étranger, pages 148 à 149, article

17 - Roland STRAGLIATI, Notes de lecture, pages 150 à 152, critique(s)

18 - (non mentionné) , En bref, pages 153 à 153, article

19 - Anne TRONCHE, Revue des arts, pages 154 à 156, critique(s)

20 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 157 à 158, courrier

21 - Gérard KLEIN, Chronique Théâtrale : L'Esclave de LeRoi Jones, pages 158 à 159, critique(s)

* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Trois histoires de navigateurs de l'espace pour commencer. Comme le rappelle la rédaction en présentant la nouvelle de Dean MacLaughlin : " À présent que le vol spatial est devenu une réalité, on pourrait s'attendre à voir augmenter le nombre d'histoires qui en traitent. Mais ce serait méconnaître la vocation foncière de la science-fiction, qui est de toujours dépasser l'actuel. C'est pourquoi, au contraire, l'utilisation de ce thème va en diminuant. Et pourtant, il y a encore des choses intéressantes et émouvantes à dire à ce propos ". On repensera en effet à la Visite à la NASA de Pierre Strinati dans le numéro précédent. Les trois premières nouvelles de ce numéro en sont le pendant.

Dans FIDOGordon R. Dickson prolonge les péril d'une planète piège en imaginant un virus d'intelligence qui s'attaque à un équipage d'astrogateurs sur le chemin du retour. Cela commence avec un chat qui se met à parler… Bien menée jusqu'à une conclusion logique mais surprenante.


"N'importe qui pourrait aller dans l'espace." Voilà la problématique à laquelle est exposé cet autre équipage d'astronautes, de retour de la première expédition sur Mars. Durant les deux ans qu'a duré leur voyage, les vols spatiaux ont bénéficié de progrès gigantesques, mettant les distances interplanétaires à la portée de presque n'importe qui. Frappés d'obsolescence avant même la fin de leur mission, ces astronautes accepteront-ils d'être rapatriés sous de nouvelles conditions techniques ? C'est l'enjeu qui concerne Le retour des pionniers de Dean MacLaughlin, auteur dont le n°292 de Fiction (juillet-août 1978) dira : " Dean McLaughlin a fait ses débuts dans Astounding en juillet 1951 avec une nouvelle intitulée For those who follow after. Diplômé en littérature de l’Université du Michigan, mais passionné par tout ce qui touche à la science depuis son plus jeune âge, il n’écrit que de la science-fiction. McLaughlin est aujourd’hui libraire, ce qui lui laisse assez peu de temps pour écrire, hélas, mais il passe pour un homme d’une culture phénoménale pouvant parler en connaisseur de pratiquement n’importe quel sujet avec n’importe qui… ".

" des armes (…) consistaient en pistolets dont la technologie terrienne avait modifié le rayon laser classique pour en faire une mortelle épée dévastatrice, véritable arme absolue. Avec un seul de ces engins un homme isolé pouvait pourfendre, abattre et même décapiter une horde d'assaillants ennemis en quelques secondes. "
Jack Sharkey invente l'épée laser ! Dans Escale sur la Glorieuse, un troisième équipage, un peu plus réduit celui-ci, se destine lui aussi à revenir sur Terre après un séjour sur Vega IV ; à moins qu'il ne se décide à y rester, tant l'endroit semble paradisiaque. Jack Sharkey, très habile pour individuer ses protagonistes, nous propose lui aussi sa vision d'une planète piège.

Sans transition : la mécanisation des services de recherche d'emploi, et de ceux destinés aux minima sociaux, est censée les rendre infaillibles. Tous les habitués de ces services le savent : des complications peuvent survenir à tout moment, et les chaînes de conséquences fâcheuses durer au-delà du supportable. Il n'y a pas là d'injustice, car il n'y a pas de volonté propre, ni de juge humain, derrière cela, mais un simple dysfonctionnement peut bouleverser des destins déjà précaires. Voilà ce que Ron Goulart nous décrit dans Les vivres coupés - et malgré le rire provoqué par l'absurde, et par des androïdes servant leçons de morale et soupe populaire, il ne s'agit malheureusement pas de science-fiction. "Nul n'est affamé", son titre original, est bien la promesse difficilement tenue d'un état qui se veut protecteur ; et la faim de devenir le salaire de la marginalisation. Mais puisque la machine est infaillible, les marginaux doivent bien avoir mérité leur sort quelque part, n'est-ce pas ? Grinçant.


Avant-dernière parution du formidable Fredric Brown (dont la revue a souvent regretté qu'il délaissât la nouvelle pour le roman), et très bien construite comme cet auteur sait toujours le faire, Petite musique de nuit a le ton étonnant d'une nouvelle de Jean Ray, avec ses rues et ses maisons abandonnées et le parfum de soufre qui les accompagne. Jubilatoire.


Thomas Owen propose Le chasseur : une inversion des rôles de la proie et du chasseur dans une histoire de vampire courte et sans prétention.


On en dévoilerait presque trop si l'on comparait Le pays des souches avec L'abomination de Dunwich de H. P. Lovecraft. Même ambiance de coins reculés de Nouvelle Angleterre, même genre de famille encore plus isolée, et un agent de recrutement fédéral tenace et pragmatique pour pousser les portes interdites. L'épouvante y monte marche après marche vers un abrupt paroxysme signé Russell Kirk.


Bien construite, La Voglebête se rattache aux légendes du petit peuple, qui parfois s'empare des nourrissons. La confrontation avec le monde moderne et la morne vie de monsieur et madame tout-le-monde en fait une allégorie du désir, voire d'une amère mélancolie, comme souvent et toujours de façon appréciable chez Edgar Pangborn.


Un autre nouvel auteur publié ici en banc d'essai, mais qui comptera immanquablement dans le rayonnement de la SF française, et au sein des revues Fiction et Galaxie : Jean-Pierre Fontana, ici sous le pseudonyme de Guy Scovel. En 1966, Jean-Pierre Fontana est l'initiateur du fanzine Mercury ; il s'occupera plus tard du Festival de la Science-Fiction de Clermont-Ferrand (ses pénates), puis de la Convention nationale de la Science-fiction. On lui doit une intense participation à l'actuelle revue Galaxies. Pour les revues qui nous intéressent, il y publiera plusieurs articles et critiques à partir de 1970, et sera l'anthologiste du Fiction Spécial n°30 : Demain l'Italie (mai 1979).
En attendant… Meurtre : facteur infini pousse sans surprise et à son extrême le paradoxe du Voyageur imprudent déjà formulé par René Barjavel.


Sophie Daria, autrice d'un ouvrage sur Le Corbusier (Seghers, 1956), et d'un roman intitulé Adieu Docteur Petersen (Amiot-Dumont, 1956), déploie La révolte des femmes, et imagine un tournant social : celui du jour où les machines prennent (enfin !) le relai de toutes les tâches ménagères et offre une liberté totale aux femmes au foyer. Si l'enjeu est bien la femme libérée, Sophie Daria s'imagine, naïvement aussi, que ces femmes n'ont ni aspirations, ni désirs, ni imagination pour combler leur temps devenu loisir. Une victoire à la Pyrrhus, pourrait-on dire ; et l'époque allait encore signifiant qu'il y avait une place, et une seule, pour les femmes…


Rossalid, de l'inconnue Colette Drion, est une petite histoire conventionnelle de marche fatale vers un destin.



Gabriel Deblander, par contre, connaîtra une petite renommée d'écrivain en Belgique et y sera salué par une bonne poignée de Prix Littéraires. Ce sera d'ailleurs Jean-Pierre Fontana (encore lui) qui le publiera le premier dans son fanzine Mercury (n°1-2, janvier 1965), avec Les murs, la nouvelle ici présentée. Et dans un autre célèbre fanzine, Lunatique (n°58, novembre 1970), on pourra lire à son propos : " Il aime la science-fiction française quand elle a une certaine tenue (comme dans Fiction). Il la préfère alors aux productions anglo-saxonnes. C'est, croit-il, essentiellement une question d'approche. " Nous avons Jean-Pierre Andrevon, Philippe Curval, Gérard Klein, Guy Scovel, Daniel Walther..., et j'en oublie certainement, " dit-il.".
Les murs est une histoire stylisée, un peu énigmatique, pétrie d'angoisse à la mort. On en attend de plus conséquentes sur les promesses de celle-ci.



A l'occasion de la réédition de La cité de l'indicible peur de Jean Ray chez Marabout (qui poursuit son grand travail de réédition du maître gantois au format poche), c'est Francis Lacassin lui-même qui en fournit la recension, et nous éclaire sur le cas particulier de ce roman et sa filiation avec l'ensemble des aventures de Harry Dickson.

" (...) La cité de l'indicible peur a pour intérêt majeur de rassembler les thèmes, les décors, les archétypes et les obsessions qui font tout le charme de l'œuvre méconnue de Jean Ray œuvre contenue dans une centaine de brochures dont le héros, Harry Dickson, se meut dans un univers situé entre l'Olympique et le 221 B Baker Street. Ces cent brochures constituent autant d'esquisses ou d'arpèges de l'œuvre accessible de Jean Ray. (Peut-être s'apercevra-t-on que certaines esquisses s'affirment plus belles encore que l'œuvre achevée.)
Ainsi la mercerie et son déploiement de rubans, d'épingles, de chapeaux et de bonbons au miel, moderne caverne d'Ali Baba sur laquelle règnent de fausses vieilles filles aux instincts criminels, elle est apparue d'abord dans Le jardin des furies et Les yeux de la lune. La petite ville, la communauté paisible et respectable dont le calme est aussi trompeur que celui des eaux dormantes, Jean Ray les a déjà peintes dans Ce paradis de Flower Dale, Le monstre dans la neige, La statue assassinée, L'homme au masque d'argent, Les sept villas
Quant aux personnages de La cité de l'indicible peur, M. Triggs s'est d'abord manifesté aux côtés de Harry Dickson dans Les idées de M. Triggs, et l'archiviste libertin et faux monnayeur ne sont pas sans ressemblance avec son confrère des Yeux de la lune. Quant aux vieilles filles meurtrières, leur première apparition s'est produite dans La cité de l'étrange peur qui, en dépit de son titre, est d'un sujet différent de La cité de l'indicible peur mais qui lui a prêté quelques personnages : Lady Honnybingle (prénommée Florence dans la première version) et déjà favorisée d'un fauteuil de velours rouge.
Si l'on doutait de la dette que ce roman doit à l'épopée de Harry Dickson, il suffirait de comparer quelques textes. La scène du dîner offert par les sœurs Pumpkins à MM Dopner et Triggs a été reprise mot pour mot dans La cité de l'étrange peur. On y retrouve la même servante Molly, le même menu (augmenté il est vrai d'un pâté de pigeon) et les mêmes convives (moins M Triggs) portant les mêmes noms. Seul un échange d'état civil s'est produit entre l'hôtesse, Deborah Hasslop, et une invitée, Miss Pumpkins. Enfin l'aventure de l'Ombre de minuit quarante-cinq a été reprise mot pour mot, ici encore, dans une aventure de Harry Dickson de même titre, au nom du célèbre détective a été substitué celui de Maple Repington.
On le voit, La cité de l'indicible peur s'avère féconde en exégèses. La nouvelle édition qu'en offre la collection Marabout possède un attrait supplémentaire en la postface de Jacques van Herp, à qui nous devons la meilleure étude de l'œuvre de Jean Ray et d'autres articles sur lui dans le numéro spécial de Fiction qui lui était consacré . On ne peut lire sans émotion ce texte de van Herp, car l'auteur, cédant la parole à Jean Ray, reproduit des confidences enregistrées au magnétophone peu avant sa disparition. Jusqu'ici peu loquace sur lui-même, Ray nous conte son enfance, ses fugues, son passé peu connu de dompteur de fauves, l'histoire de sa grand-mère, une indienne Sioux. Et comme si le sort avait voulu ménager la pudeur du vieil écrivain, ces révélations intimes nous parviennent maintenant qu'il est mort.

Francis LACASSIN.


Cette postface, document précieux s'il en est puisqu'il reprend les propres dires du maître gantois, est repris à la fin de notre page dédiée à Jean Ray, et c'est ICI.

10 juin, 2026

Fiction n°144 – Novembre 1965

Première partie d'un roman resté inédit depuis de Poul Anderson, sur des actes de pirateries des temps galactiques - et non sans un certain romantisme peut-être un peu suspect ; suite des aventures de Davy, le jeune héros "post-apo" d'Edgar Pangborn ; et de petites mignardises qui ne sont pas les moins intéressantes.

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Sommaire du Numéro 144 :


1 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 8 à 8, bibliographie

NOUVELLES


2 - Poul ANDERSON, Corsaire de l'espace (Marque and Reprisal, 1965), pages 9 à 88, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

3 - Gérard TORCK, De topaze et d'azur, pages 89 à 94, nouvelle *

4 - Jean-Michel FERRER, Blanchitude, pages 95 à 95, nouvelle *

5 - Edgar PANGBORN, Une guerre sans importance (A War of No Consequence, 1962), pages 96 à 123, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

6 - Randall GARRETT, Le Mustang (Mustang, 1961), pages 124 à 130, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

7 - Fritz LEIBER, Le Héros (Success, 1963), pages 131 à 133, nouvelle, trad. Christine RENARD *

CHRONIQUES

8 - Francis LACASSIN, Rider Haggard ou le poisson et les étoiles, pages 134 à 140, article

9 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 141 à 148, critique(s)

10 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 149 à 151, courrier

11 - Guy ALLOMBERT, Fantastique à la télévision. La Quatrième Dimension, pages 153 à 157, article


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Un roman inédit de Poul Anderson (annoncé en trois parties), mais curieusement très bavard, parfois inutilement, et dont les péripéties ne reposent que sur des échanges diplomatiques entre Terriens, colons abandonnés à leur sort, et extraterrestres fourbes. Le héros de l'aventure se joue des tentatives de paix jugées lâches et irresponsables, et prend quasi seul la décision d'une mission de sauvetage de colons laissés pour morts. On retrouve bien la mentalité un peu viking de Anderson, dans ce Corsaire de l'espace, et sa façon de tourner les situations à l'avantage d'un héroïsme un peu fanatique. Ici, l'action ne démarre qu'à la fin, et l'on espère une seconde partie plus trépidante.

Ajoutons, pour la petite histoire, qu'elle eut une genèse amusante. C'est en effet Francis Carsac qui en fut l'inspirateur, lors d'un voyage aux États-Unis où il rencontra Poul Anderson, avec lequel il correspondait déjà depuis des années. Carsac s'était plaint à Anderson de ce que, dans la science-fiction américaine, la colonisation des planètes soit toujours le fait des Anglo-Saxons. Anderson lui promit en retour de montrer un jour une planète colonisée par les Français. Ce qu'il a fait ici avec la planète Nouvelle-Europe, où il est même question d'une rivière appelée Carsac !

Et la rédaction d'enchaîner :

Reste l'angle politique ou, si l'on veut, idéologique. Sur ce plan, Anderson manifeste une fois de plus (comme dans Pas de trêve) des positions quelque peu réactionnaires. 

Pour Gérard Torck, Mars est une planète piège De topaze et d'azur. Belle concision.


Un brouillon de Jean-Michel Ferrer, intitulé Blanchitude, où l'on voit que ce n'est pas suffisant d'inverser noir et blanc pour sensibiliser à la lutte contre la ségrégation. Le langage mérite d'être questionné.


Suite des aventures de Davy témoin d'Une guerre sans importance, par Edgar Pangborn. Il n'y a plus rien de SF dans cet épisode, juste les répétitives tentatives de fugue de Davy et un plaidoyer simple contre la guerre et pour l'initiative individuelle. On sent toutefois qu'une suite est à venir.


Après le Pégase génétiquement modifié, Le mustang mutant… À moins qu'il ne s'agisse d'autre chose, dont nous laisserons la surprise, mais qu'il nécessite d'avoir "le cœur pur" pour daigner l'approcher. Randall Garrett écrit sa nouvelle en creux, ce qui est assez habile.


Une petite fable de Fritz Leiber qui démonte gentiment les appétits de puissance d'un Héros allégorique. Plaisant et concis.



On notera un petit tour d'horizon de la première diffusion en France de "La quatrième dimension". Pour la petite histoire, alors qu'aux Etats-Unis la série vient d'achever sa cinquième et dernière saison (avec son 156ème  et ultime épisode), il semblerait que le public français n'était pas prêt pour ce type de divertissement. Sur les douze (ou treize ?) épisodes achetés par l'ORTF, la diffusion de la série sera interrompue après le dixième épisode, et une vague de protestation de la part des téléspectateurs (qui s'exprimaient alors par courrier).

Il faudra attendre 1984 et l'initiative des frères Bogdanoff (notre photo ci-contre) pour retrouver une grande partie des épisodes dans leur émission "Temps X". A noter que le doublage français effectué en 1965 ayant disparu, les versions françaises, à dater de 1984, seront toutes des créations originales pour l'occasion.


20 mai, 2026

Fiction n°141 – Août 1965

Pas de supernovae pour ce numéro, mais de bons astres tout de même, dont on peut apprécier la constance de rayonnement : Michel Demuth qui tâtonne encore dans ses Galaxiales, et la "tout terrain" Miriam Allen deFord, le pulsar Thomas Owen et le méconnu mais brillant Jack Sharkey, accompagnent le trop rare Edgar Pangborn déjà détecté comme un astre hélas trop ignoré mais d'une belle magnitude.


Un des dernier dessins
de Lucien Lepiez pour Fiction.


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Sommaire du Numéro 141 :


1 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 5 à 5, bibliographie


NOUVELLES


2 - Michel DEMUTH, Le Fief du félon, pages 6 à 30, nouvelle

3 - Jack SHARKEY, Le Cerveau assassiné (Breakthrough, 1964), pages 31 à 40, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE *

4 - Miriam Allen deFORD, Le Passage de Vénus (The Transit of Venus, 1962), pages 41 à 52, nouvelle, trad. GERSAINT

5 - Edgar PANGBORN, La Corne d'or (The Golden Horn, 1962), pages 53 à 94, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

6 - Thomas OWEN, Un beau petit garçon, pages 95 à 100, nouvelle

7 - Wade MILLER, Passe-passe (I know a good hand trick, 1959), pages 101 à 107, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

8 - Alain MARK, La Machine, pages 108 à 111, nouvelle *

9 - Octave BELIARD, La Découverte de Paris, pages 112 à 128, nouvelle


CHRONIQUES


10 - Pierre VERSINS, Une porte peut être ouverte et fermée (suite), pages 130 à 139, article

11 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 140 à 147, critique(s)

12 - Jacques GOIMARD & Bertrand TAVERNIER, Un film crépusculaire / Notules, pages 149 à 153, article

13 - (non mentionné) , En bref, pages 155 à 155, article


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Pour son nouvel épisode des Galaxiales (dont Fiction nous révèle même le maître plan), Michel Demuth évoque la conquête de l'espace encore une fois "en creux", à travers les pérégrinations et les atermoiements de ceux restés en arrière. Il installe son récit Le fief du félon  dans une Provence arriérée qui vit comme au XVIIIème Siècle, dans une France à la traîne déchirée par des guerres civiles entre Royalistes et Républicains. Étonnant de sa part quand on le sait capable d'inventer des modes de vie et des cités futuristes tout à fait convaincantes, et tout autant d'un sens cosmique de la poésie.


C'est la crainte qu'advienne le point de singularité qui est au coeur de Le cerveau assassiné, récit d'un programmeur confronté sans coup férir à l'humour de son super calculateur. Non sans humour de la part de Jack Sharkey


A travers Le passage de Vénus, histoire d'un concours de beauté de l'avenir vu depuis un plus lointain avenir encore, Miriam Allen DeFord nous parle d'une civilisation humaine mécanisée et rendue puissante par son culte à l'efficacité - eugénisme, désignation des voies de reproduction optimum pour le métissage des gènes les plus souhaités, et relégation massive de l'indésirable… Mais elle nous évoque aussi la revanche des marginalisés et des refuges que leur offre les réserves curieusement tolérées des primitifs et des natifs des mondes colonisés. 


(...) une voix comme celle de ma corne d'or, je dis qu'il n'en existe pas. Et plus je vais, moins je me sens capable de vous expliquer la musique, sinon dans son propre langage. Les mots ? Pauvres mots, oui ! Sauriez-vous décrire les couleurs à un aveugle de naissance ? Ai-je compris l'océan avant le jour où je me suis trouvé sur une plage, avant le jour où j'ai vu de mes propres yeux l'azur et l'or du ciel, la blancheur de l'écume, le vert profond des vagues qui s'estompe progressivement jusqu'à l'horizon ? 

On se rappelle le goût particulier d'Edgar Pangborn pour la musique et tenter de mettre des mots sur ses enchantements. Ici, dans ce monde futur régressé en un stade médiéval, le jeune et naïf Davy rêve d'aventures, et accomplit ce qu'il peut en fantasmant sur les potentialités de son destin. Un style bien travaillé et équilibré au service de péripéties initiatiques. 

La corne d'orainsi que "Une guerre sans importance" (in Fiction n°144) seront reprises sous le titre "Davy", dans une nouvelle traduction de Christine Chabrier, dans la collection C.L.A. (comme à l'accoutumée dans cette collection doublé d'un autre roman, ici avec "Un miroir pour les observateurs" (Opta - 1973) que vous pouvez retrouver ici.


Thomas Owen nous propose un petit récit de démonologie à faire froid dans le dos, à propos d'un enfant, Un beau petit garçon à qui on "donnerait le bon dieu sans confession". 


On frôle toujours la démonologie avec Passe-passe de Wade Miller (un auteur à quatre mains). Sans que l'on sache comment il s'y prend, voilà un représentant de commerce qui exerce une irrésistible emprise sur celles qu'il ensorcelle - littéralement. Très "american way of life", mais plaisant. 


Un petit conte à la Kafka (l'image du gardien l'évoque plus que de raison), qui pose la question de la fascination que peut exercer une technologie que l'on ne comprend pas, et l'absurde situation que sa sacralisation provoque. On avait déjà pu apprécier sa nouvelle précédente, on trouvera bien construite La machine de Alain Mark.


Au temps de la mort de la Terre, une époque glaciaire à peine vivifiée par un Soleil moribond, quelques explorateurs audacieux, issus d'une humanité refugiée entre de mornes tropiques, se lancent à la recherche des vestiges d'une ville mythique, à La découverte de Paris. L'hiver, la faim et la rigueur de la glaciation y règne en maîtresse. On peut reconnaître à Octave Beliard d'être un des rares auteurs à emboîter le pas à Rosny Aîné, dans un même mélange d'avenir lointain et de posthistoire sauvage et périlleuse, redevenue primitive. Mais l'exotisme d'un Paris transformé et déliquescent ne suffit pas, la visite est un peu touristique et les péripéties peinent à émerger. Et quand enfin se révèle un peu d'adversité, le récit s'interrompt en plein décollage. Dommage car le style y est pourtant bien agréable et présent (même si quelque peu ampoulé).



Parmi les valeurs montantes de ces années 60, il est des auteurs qui marqueront durablement l'histoire du genre littéraire qui nous occupe le plus ici. C'est le cas de James George Ballard, un écrivain réellement singulier, et subversif non pas par mode, mais du fait de cette singularité.

Nous vous proposons de parcourir la recension de Démètre Ioakimidis à propos d'un de ses premiers recueil de nouvelles, que nous vous proposons de surcroit en bonus (en cliquant sur la couverture).

J. G. Ballard. Cauchemar à quatre dimensions. 


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Maintenant que Ray Bradbury se contente d'être un Écrivain Réputé et qu'il lui suffit de caricaturer sa première manière pour recueillir les acclamations et les chèques, Jim Ballard est probablement le seul auteur de science-fiction chez lequel on retrouve quelque chose de la poésie qui distingua si admirablement les Chroniques martiennes et L'homme illustré. Mais le rapprochement ne doit pas être exagéré : il se justifie essentiellement par la qualité du style, son originalité, sa richesse en images et son pouvoir d'évocation. La nature même des styles est différente. Ballard n'a rien de la simplicité colorée de Bradbury ; il procède au contraire par traits sinueux, par phrases chargées de comparaisons dont les aspérités reflètent souvent la complexité gothique des images. Et ; surtout, l'inspiration poétique est différente. Chez Bradbury, elle était puisée dans un pessimisme profond et une méfiance instinctive à l'égard de la science. Chez Ballard, elle traduit une inquiétude, mêlée de nostalgie parfois, à l'égard des images et des aspirations de l'inconscient.

De ce fait, la science que l'on trouvera dans ces nouvelles est généralement assez invraisemblable, sinon franchement absurde. Les plantes musicales de Prima Belladonna (cet excellent titre est celui de l'original anglais, heureusement respecté dans la version française), les dépôts sonores du Ramone-son, le transcripteur de poèmes de Studio 5, les étoiles, tout cela appartient, à des degrés divers, au fantastique pur beaucoup plus qu'à la science-fiction. Fantastiques également, ces Tours de guet desquelles d'invisibles observateurs paraissent contrôler la vie d'une petite ville. Mais existent-elles seulement, ces redoutables tours ? Ne s'agirait-il pas plutôt d'objets de l'imagination, de barrières que l'inconscient dresse devant la volonté d'action ? L'auteur laisse la porte ouverte à plusieurs conclusions possibles, après avoir évoqué de manière assez hallucinante l'obsession provoquée par ces énigmatiques sentinelles.

N'est-elle pas aussi la personnification d'une image de l'inconscient, l'étrange héroïne de Studio 5, les étoiles ? Cette déesse d'une imaginaire mythologie venant jeter le trouble dans un milieu de poètes symbolise assez bien les aspirations sur lesquelles Ballard développe plusieurs de ses narrations – cette nostalgie un peu craintive pour un monde Imaginaire, ce mélange d'impatience et d'inquiétude devant les interpénétrations de cet univers imaginaire avec le nôtre. Et ce lieu de séjour nommé Vermillon Sands, où se déroule l'action de Studio 5 et de Prima Belladonna – ainsi que celle d'autres récits du même auteur – concrétise, avec son atmosphère d'oisiveté contemplative, la disponibilité pour le merveilleux : les obligations quotidiennes paraissent abolies, le rythme de l'existence subit un ralentissement, et la porte est ouverte sur l'insolite.

Comparé au Monde englouti du même auteur, ce Cauchemar à quatre dimensions représente un net progrès. Sans doute les dimensions de la nouvelle conviennent-elles mieux à J.G. Ballard que celles du roman : dans ce dernier, son invention s'épuise relativement vite, et l'accumulation d'épisodes successifs affaiblit l'élément de fatalité dont Ballard imprègne ses mondes.

Le récit étonnamment poétique intitulé Le jardin du temps [antérieurement publié dans le n° 112 de Fictionmontre que cette fatalité peut être retardée, mais non détournée. Ce message pessimiste est transmis à travers une image extrêmement originale : celle de fleurs temporelles qui préservent, tant qu'elles sont fraîches, le temps où vivent les propriétaires du jardin dans lequel elles poussent. Lorsque la dernière fleur sera fanée, les envahisseurs qui menaçaient, à l'horizon, atteindront le jardin, et ils n'y trouveront que deux statues… Rapprochée de Prima Belladonna, cette nouvelle montre une curieuse attirance envers le monde végétal : celle-ci n'était-elle pas perceptible aussi dans le Monde englouti ?

Dans Les voix du temps, l'inquiétude se fonde plus strictement sur la science, et le thème des mutations est traité d'une façon indubitablement originale. Cependant, la poésie du style ne peut manquer de frapper le lecteur, en particulier dans la phrase qui termine le récit. La traduction de Laure Casseau ne représente certes pas la perfection ; mais la tâche était malaisée, à cause de la syntaxe compliquée qu'affectionne l'auteur, et la version française a du moins le mérite de stimuler l'imagination, comme le faisait l'original anglais :

À demi endormi, il se redressait périodiquement pour régler le flot de la lumière à travers le store, pensant, comme il allait le faire pendant les mois à venir, à Powers et à son mandala, aux Sept et à leur voyage dans les jardins blancs de la Lune, aux gens bleus qui étaient venus d'Orion pour parler dans la langue de la poésie de la beauté des anciens mondes sous les soleils dorés des grandes galaxies, disparus pour toujours dans les myriades de morts du cosmos.

Ce que Bradbury paraît désormais bien incapable d'apporter, ses admirateurs pourront décidément le trouver chez Ballard, sous une forme légèrement différente mais également attachante.
Demètre IOAKIMIDIS.

Cauchemar à quatre dimensions (The four-dimensional nightmare) par J.G. Ballard : Denoël, « Présence du Futur ».


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