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15 août, 2025

Cadeau Bonus : Recueil Robert Abernathy (exclusivité du PReFeG)

Dans la série : "Les auteurs qui méritent leur recueil", après William Morrison qui a fait l'objet d'un précédent bonus, on peut citer Robert ABERNATHY (1924-1990), dont les nouvelles ont fleuri durant "l'âge d'or" de la science-fiction américaine, entre 1942 et 1956 plus exactement, tout d'abord dans "Planet stories", puis dans "The magazine of fantasy and science fiction" (la version d'origine dont Fiction n'est qu'une franchise française, mais qui a su prendre son indépendance éditoriale).
Peu intéressé par sa republication en recueil, il se désintéressera de sa propre production littéraire pour se consacrer pleinement à sa chaire de linguistique - spécialisé dans les langues slaves - à l'Université du Colorado.
En France, hormis dans l'anthologie "Histoires de Cosmonautes" (Livre de poche - 1974) plusieurs fois rééditée, il est devenu difficile de pouvoir apprécier la prose bien menée, sensible et ciselée sans être ampoulée, de ce météore de la SF américaine.
C'est encore une fois par le biais des revues Fiction et Galaxie que le public francophone aura pu effleurer quelques unes des 38 nouvelles à son actif. C'est l'ensemble de ces quelques nouvelles que nous vous proposons de découvrir dans cette publication au format epub, exclusivement destinée aux lecteurs du PReFeG.
Comme à l'accoutumée, un clic droit pour "enregistrer sous" sur l'image de couverture vous permettra de télécharger votre copie.

Ce recueil contient les 9 nouvelles suivantes :

  • Le Professeur et son phantasme (Nouvelle, The Magazine of Fantasy and Science Fiction, novembre 1953) Professor Schlucker's Fallacy, 1953, initialement parue dans Fiction n° 99 (février 1962). 

On pourra penser au piège qu'Yves Pagès avait tendu au philosophe Bernard-Henri Lévy en faisant croire à un corpus de textes critiques sur Kant signé d'un certain Botul, tant ces batailles intellectuelles au sein d'une prestigieuse université semblent sans merci : Le professeur et son phantasme est une drôle d'histoire absurde, où les sophismes ont autant d'existence et de personnalité que les professeurs d'université qui les forgent, où il suffit d'invalider une théorie jusqu'alors admise pour transformer la réalité autour de soi, bref : où la vision intellectuelle du monde en fait sa réalité - du moins celle qui est prise en compte. On a la sensation que Robert Abernathy règle des comptes avec le monde universitaire, mais l'ensemble reste agréablement fantaisiste, à la façon d'un Lewis Carroll. Plus ancienne nouvelle, ce sera paradoxalement sa dernière à paraître dans Fiction (ou Galaxie).

  • L'Axolotl (Nouvelle, The Magazine of Fantasy and Science Fiction, janvier 1954) Axolotl / Deep Space, 1954, initialement parue dans Fiction n° 13 (décembre 1954).


Robert Abernathy développe avec L’axolotl l’hypothèse, certes un peu naïve mais intéressante, de la nécessaire transformation physiologique de l’explorateur spatial – on retrouvera ce thème dans le « Demain les chiens » de Simak, et le concept en sera repris et dénommé "pantropie" par James Blish en 1957 (voir à ce propos le recueil  de Blish : "Semailles humaines" - Galaxie Bis, 1968).

Cette nouvelle sera reprise dans l'anthologie "Histoires de Cosmonautes".

  • L'Ennemi du feu (Nouvelle, The Magazine of Fantasy and Science Fiction, mars 1954) The Firefighter, 1954, initialement parue dans Fiction n° 11 (octobre 1954).


Un récit préhistorique sur la résistance à l'inconnu, et au progrès, en la figure de l'ennemi du feu, un cro-magnon sous-évolué comparé à ses congénères, et qui impose sa brutalité barbare - mais qui inaugure malgré lui la longue série de croque-mitaines.


  • Recommencement (Nouvelle, The Magazine of Fantasy and Science Fiction, juin 1954) Heirs Apparent, 1954, initialement parue dans Fiction n° 18 (mai 1955).


Dans Recommencement, la civilisation, se détruisant elle-même, laisse la place vacante à la barbarie - ou à un simple nomadisme comme l'imagine Abernathy. On pensera à "Terre brûlée" de John Christopher, qui viendra quelques années plus tard.


  • Les Pêcheurs (Nouvelle, The Magazine of Fantasy and Science Fiction, décembre 1954) The Fishers, 1954 initialement parue dans Fiction n° 35 (octobre 1956).


Les pêcheurs propose une intéressante suite d'introspections sur fond de colonisation mentale (qui rappelle aussi les nouvelles de Richard Wilson). On suppute une suite possible… qui ne sera pas venue.

Comme pour "L'axolotl", cette nouvelle sera reprise dans l'anthologie "Histoires de Cosmonautes".


  • Un homme contre la ville (Nouvelle, The Magazine of Fantasy and Science Fiction, janvier 1955) Single Combat, 1955, initialement pare dans Fiction n° 25 (décembre 1955).

" Elle s’était graduellement pourvue d’un système nerveux central de fils aériens et de câbles souterrains, d’un système circulatoire fait de pompes et de réservoirs, d’un système excrétoire. D’une énormité invertébrée et parasite, elle s’était développée en une créature supérieure dotée des attributs tangibles qui accompagnent les concepts subjectifs de volonté, de dessein et de conscience…"

Ce pourrait être paranoïaque, mais la démonstration d'une allégorie qui non seulement ordonne ses métaphores, mais qui prend vie, qui s'anime et manifeste une volonté réelle, est assez terrifiante., 

Cette nouvelle sera la plus connue d'Abernathy, car souvent reprise dans les anthologies ("Univers de la science-fiction" - Club des Libraires 1957 ; "Les 20 meilleurs récits de science-fiction" - Marabout 1964 ; "Un homme contre la ville et autres récits sur la ville" - Folio Junior SF 1981 ; "Histoires mécaniques" - Livre de poche 1985 ; et "L'âge d'or 1938-1957" - Librio 2000).

  • L'An 2000 (Nouvelle, The Magazine of Fantasy and Science Fiction, janvier 1956) The Year 2000, 1956, initialement parue dans Fiction n° 38 (janvier 1957).


L'an 2000 prend à contrepied les grands espoirs et les terribles craintes, projetés par la S.F. sur l’an 2000. On appréciera la concision de cette jolie petite fable.



Les révoltés entretient sciemment la confusion entre androïde et être vivant de synthèse, comme pour insister sur l'aspect mécanique de la fabrication du vivant. Bien entendu, on sent qu’il y manque quelque chose ; sans doute Abernathy qualifierait-il d'âme cette part sensible qui échappe à l'ingénierie - comme l'atteste une très pertinente référence au livre de Job – mais plutôt que de verser dans un catéchisme, il nous laisse plus subtilement entendre que cette part d'humanité consiste finalement à donner une histoire à l'individu, à l’individuer par sa « fiction » personnelle. Une des plus touchantes de ses nouvelles (et c'est Galaxie qui avait emporté ce morceau.)


  • Heure sans gloire (Nouvelle, The Magazine of Fantasy and Science Fiction, juillet 1956) Hour Without Glory, 1956, initialement parue dans Fiction n° 42 (mai 1957).


Heure sans gloire pourrait être le chapitre d'un plus long roman, amer et grinçant comme la guerre civile qu’il décrit d’un peu loin. Pour approfondir le sujet, on se reportera à Ward Moore et son "Autant en emporte le temps", comme au tout récent Douglas Kennedy "Et c'est ainsi que nous vivrons" (ou encore, dans une moindre mesure, à "L’orbite déchiquetée" de John Brunner.)



Le PReFeG ne détient pas le monopole d'avoir produit un tel recueil. En effet, il existe un recueil imprimé en 25 exemplaires (!) : L'Intégrale Robert Abernathy, par Yama Otoko (Bordeaux, France), coll. Le Grand Vingtième n° 2 (Dépôt légal : août 2004, Achevé d'imprimer : août 2004).

Il est en fait fabriqué à la main par l'incontournable érudit Francis Valéry, et contient 12 nouvelles et quelques textes sur l'auteur: 

1 - À mourir de peur (Righteous Plague, 1951), pages 6 à 29, nouvelle, trad. H.G. DEVELAY, illustré par Peter POULTON
- in Satellite n° 37 (SATELLITE / EDITIONS SCIENTIFIQUES ET..., 1961)
2 - Le Professeur et son phantasme (Professor Schlucker's Fallacy, 1953), pages 30 à 36, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE
- in Fiction n° 99, OPTA 2/1962)
3 - L'Axolotl (Axolotl / Deep Space, 1954), pages 37 à 49, nouvelle, trad. (non mentionné)
- in Fiction n° 13, OPTA 12/1954
- in Histoires de cosmonautes (LIVRE DE POCHE, 1974)
4 - L'Ennemi du feu (The Firefighter, 1954), pages 50 à 52, nouvelle, trad. (non mentionné)
- in Fiction n° 11, OPTA 10/1954
5 - Recommencement (Heirs Apparent, 1954), pages 53 à 72, nouvelle, trad. (non mentionné)
- in Fiction n° 18, OPTA 5/1955)
6 - Un cinéma fabuleux (The Marvelous Movie, 1954), pages 73 à 87, nouvelle, trad. Denise CATOZZI
- in Satellite n° 21 (SATELLITE / EDITIONS SCIENTIFIQUES ET..., 1959)
7 - Les Pêcheurs (The Fishers, 1954), pages 88 à 125, nouvelle, trad. Régine VIVIER
- in Fiction n° 35, OPTA 10/1956
- in Histoires de cosmonautes (LIVRE DE POCHE, 1974)
8 - Un homme contre la ville (Single Combat, 1955), pages 126 à 135, nouvelle, trad. (non mentionné)
- in Fiction n° 25, OPTA 12/1955 
- in Univers de la science-fiction (CLUB DES LIBRAIRES DE FRANCE, 1957)
- in Les 20 meilleurs récits de science-fiction (MARABOUT - GÉRARD, 1964)
- in Fiction spécial n° 23 : Futurs d'Antan (OPTA, 1974)
- in Un homme contre la ville, et autres récits sur la ville (GALLIMARD Jeunesse, 1981)
- in Histoires mécaniques (LIVRE DE POCHE, 1985) sous le titre Combat singulier
- in 1938-1957, l'âge d'or (LIBRIO, 2000)
9 - Le Dévoreur (The Guzzler, 1955), pages 137 à 145, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Amedeo GIGLI
- in Au-delà du ciel - 5 (SILVESTRI, 1958)
10 - L'An 2000 (The Year 2000, 1956), pages 146 à 149, nouvelle, trad. Roger DURAND
- in Fiction n° 38, OPTA1/1957
11 - Les Révoltés (One of Them?, 1956), pages 150 à 158, nouvelle, trad. (non mentionné)
- in Galaxie (1ère série) n° 50, NUIT ET JOUR 1/1958
12 - Heure sans gloire (Hour Without Glory, 1956), pages 159 à 168, nouvelle, trad. Roger DURAND
- in Fiction n° 42, OPTA 5/1957
13 - Francis VALÉRY, Portfolio, pages 169 à 172, portfolio, illustré par Ed EMSH & Robert Gibson JONES & Rod RUTH
Inédit.
14 - Francis VALÉRY, La Science Fiction américaine "classique", un univers largement méconnu, pages 173 à 175, article
Inédit.
15 - Francis VALÉRY, Robert Abernathy un auteur inclassable, pages 176 à 179, article
Inédit.
16 - Francis VALÉRY, Bibliographie de Robert Abernathy, pages 180 à 184, bibliographie
Inédit.


Robert ABERNATHY


01 mai, 2025

Cadeau Bonus : Recueil William Morrison (exclusivité PReFeG)

Après "Les disparus de Galaxie" qui reprenait les nouvelles d'auteurs français introuvables ailleurs que dans cette revue, nous vous proposons un recueil des nouvelles de William Morrison traduites en français, et essentiellement parues dans les revues Galaxie et Fiction, et malheureusement jamais reprises en recueil.

Un clic droit dans le cercle !

Le recueil que nous vous proposons, "fait maison", vous est ainsi exclusivement adressé. Comme d'accoutumée, un clic droit sur la couverture ci-contre, puis "enregistrer sous", vous permettra de télécharger votre exemplaire au format epub.

Quelques mots à propos de William Morrison, pour commencer.

William MORRISON, de son vrai nom Joseph SAMACHSON, est né à Trenton, New Jersey, le 13 octobre 1906. Diplômé de l'Université Rutgers, il a obtenu un doctorat en chimie à Yale à l'âge de 23 ans. Il a été professeur adjoint à la Faculté de médecine à l'Université de l'Illinois et a également dirigé un laboratoire de recherche sur le métabolisme à Veterans Administration Hospital à Hines, Illinois.
Auteur de publications scientifiques et de livres jeunesse, il fut responsable de la rubrique scientifique de The magazine of science fiction and fantasy vers la fin des années 50. Il écrivit également des scénarios de spectacles télévisés pour enfants et, en collaboration avec sa femme Dorothy, quelques ouvrages sur la chorégraphie et le théâtre. Il a également travaillé, comme Alfred Bester, dans l’industrie du comics américain, entre autre pour l’univers de Batman, dans les revues Adventures comics, Action comics, World’s finest comics et Detective comics.

Il meurt le 2 juin 1980 à Chicago.

William MORRISON
On pourrait déplorer que William MORRISON ne soit pas mieux connu dans l'espace francophone ; aucun de ses cinq romans n’a été traduit en français, et ses nouvelles de science-fiction sont nombreuses à être restées inédites après leurs parutions dans Galaxie – 1ère série et Fiction, entre 1953 et 1961. Quelques autres ont bénéficié d’une republication et d’une nouvelle traduction (que nous privilégions dans ce recueil) dans la revue Marginal - projet de Michel Demuth de redonner une seconde chance à des nouvelles qui avaient initialement été coupées et traduites approximativement lors de leur publications dans Galaxie – 1ère série ; cette « marginale » revue n’a pas eu toutefois les moyens de grands tirages, et n’a connu que 16 numéros, entre 1973 et 1977.

D’un style pourtant précis et appréciable, les  nouvelles de William Morrison développent leurs sujets propres – principalement les confrontations d'échelles créatrices de situations inédites, où il met à contribution son métier de biochimiste. Avec bien souvent des enfants comme protagonistes principaux, le ton n’en est que plus rafraîchissant et sans préjugé, sans pour autant devenir mièvre ou infantile.

25 décembre, 2023

Cadeau bonus : « Les Imaginox » - Raymond F. Jones 1951 (VF 1955)

En ce Noël 2023, rendons hommage au "Père Joujou", à savoir le "Toymaker" que l'écrivain américain Raymond F. Jones décrivait dans son recueil de nouvelles éponyme, récits initialement publiés entre 1944 et 1947 dans la revue "Astounding Science Fiction" (à l'exception de la dernière nouvelle publiée dans "Fantastic adventures"), puis regroupés en recueil en 1951 chez Fantasy Publishing Company, sous le nom "The toymaker" (dans une collection où l'on pouvait trouver aussi Lyon Sprague de Camp ou John Taine).

En France, il ne faudra (pour une fois) pas attendre très longtemps sa traduction : les Editions Métal, connues pour leur "Série 2000" aux couvertures métallisées, éditeront cet ouvrage en 1955, en hors-série, avant de disparaître définitivement.

Ce seront finalement les éditions NéO qui rééditeront ce livre, fidèles à leur "intelligente politique de réimpression d'ouvrages introuvables" (dixit la rubrique Flash Fiction du Fiction n°315 de janvier 1981) - et c'est cette éditions datant de septembre 1980 que nous vous proposons de découvrir ici (accédez à une copie de l'ebook en cliquant sur la couverture).

Nous avons déjà partagé notre goût pour l'œuvre de Raymond F. Jones il y a un peu moins d'un an avec le partage de son plus célèbre roman : "Les survivants de l'infini". D'autres ouvrages tels que "Risques calculés", "J'ai d'autres brebis" (co-écrit avec Lester DEL REY) ou "Renaissance" restent encore à (re)découvrir, et feront certainement l'objet de prochains bonus au sein des pages du PReFeG. 

Le destin d'une coquille :

Voyons tout d'abord la recension qu'Igor B. Maslowski proposait dans le Fiction n°27 en février 1956.

" Meilleur A. S. du mois : « Les imaginos » – la couverture porte imaginox, mais ce n’est sans doute qu’une coquille – (The toymaker), de Raymond F. Jones (Ed. Métal), recueil de six longues nouvelles dont la première donne son titre au volume. Sans être d’égale valeur, toutes sont très bonnes et deux excellentes. J’ai particulièrement aimé celle du début, où l’on voit un groupe de savants tenter d’empêcher le dictateur de l’époque de déclencher une guerre intergalactique en hypnotisant les enfants au moyen de jouets baptisés « imaginos ». Autre récit de qualité : « La salle des enfants », où l’on assiste à la lutte qui se livre dans le cœur d’un père dont l’enfant est mutant. Aura-t-il le courage de s’en séparer pour le bien de l’humanité ? Nouvelle extrêmement poétique et émouvante, dont la fin est assez inattendue. « Météo » s’inscrit à mi-chemin de la S.-F. et du policier, « Modèles perfectionnés » est de caractère psychologique, « Les parasites » possède une forte tendance au « suspense », « Inventions », enfin, n’est pas dénuée d’un certain humour sardonique. Comme on voit, la variété n’est pas l’une des moindres qualités de Jones dont l’imagination, par ailleurs, est étincelante. Seule ombre au tableau, la traduction qui laisse nettement à désirer."

"... la couverture porte imaginox, mais ce n’est sans doute qu’une coquille " écrit I. B. Maslowski. En effet, la nouvelle dans sa version originale parle d'imaginos pour nommer ces jouets particuliers, et, bien qu'il nous a été impossible de retrouver un exemplaire ou un scan de l'édition française de 1956 aux Editions Métal, il semble bien que la nouvelle (malgré le titre) s'intitulait alors "Les imaginos" (comme le corrobore la note de Jacques Sadoul citée plus loin). C'est toutefois sous ce titre d’Imaginox peut-être fallacieux - à moins que les Editions Métal aient voulu évoquer l'inox, procédé de renforcement de l'acier connu depuis l'antiquité mais réellement industrialisé à partir de 1925 - que sera repris l'ouvrage chez NéO, et les imaginos seront rebaptisés imaginox jusque dans la nouvelle proprement dite (les éditions NéO furent parfois critiquées pour la refonte de certaines coquilles qui n'en étaient pas, comme dans la série des Harry Dickson de Jean Ray). Malgré cela, la traduction restera la même qu'en 1956.

Imaginox, donc. Et avouons-le, cela sonne moins hispanique, et ajoute un peu de mystère quant à leur origine (puisque c'est là le cœur de la nouvelle).

Astuce et déjà-vu :

La critique de la réédition NéO de septembre 1980, bien que tout de suite recensée par Francis Valéry dans les parutions du domaine anglo-saxon, se fera attendre, et ne sera pas très tendre envers les éditions Néo. C'est en avril 1981, dans le Fiction n°317, que se prononcera Stéphane Nicot (future Stéphanie Nicot, rédactrice en chef de la revue Galaxies entre 1996 et 2007):

" L'importance croissante d'un public disposé à lire de la science-fiction amène les éditeurs à piller les collections des années cinquante et soixante.

Dans ce domaine, les Nouvelles Éditions Oswald ont en général la main plutôt heureuse. Avec Les Imaginox, nous avons en revanche une réédition qui ne s'imposait peut-être pas. Oh ! pas de quoi crier au scandale ! Ce recueil de six nouvelles n'est pas plus mauvais qu'une notable partie de la production annuelle du genre ; il s'agit simplement d'une SF fort classique pour ne pas dire archaïque, sans surprise, souvent naïve, parfois exaspérante. 

Dans l'histoire qui donne son titre au volume, le « père joujou », professeur-de-paix reconverti dans le petit commerce, parvient à éviter une guerre intergalactique entre la Terre et Médral. Son gadget miracle ? La diffusion massive de jouets pacificateurs ! Le second texte marquant n'est qu'une banale affaire de mutants ; van Vogt a fait beaucoup mieux dans la même veine.

Les nostalgiques impénitents de « l'âge d'or » aimeront probablement. Sadoul, lui, a déjà aimé…

Il n'en reste pas moins que les Nouvelles Éditions Oswald font d'habitude de bien meilleurs choix.

"... Sadoul, lui, a déjà aimé..." . On reviendra sur l'inimitié des représentants des éditions Opta pour le "monsieur J'ai Lu", concurrent éditorial évident, qu'était Jacques Sadoul. Pour ce qui est d'évoquer l'ouvrage de Jones, c'est en ces termes que l'anthologiste recensera la nouvelle-titre dans son "Histoire de la science-fiction moderne " - Tome 1 :

[Dans le numéro d'Astounding science fiction de septembre 1946], Raymond F. Jones nous donne une excellente nouvelle, The Toymaker (Les Imaginos, in Les Imaginox, éditions Métal, 1955.). Le thème en est très astucieux : devant la menace d’une guerre qui risque de ravager le système solaire, le PT Theorn, surnommé The Toymaker, c’est-à-dire le fabricant de jouets, répand partout des sortes de petites poupées, les Imaginos. Or, ces jouets ont une action pacifiante qui s’exerce d’abord sur les enfants, pour finir par provoquer la modification des plans des chefs d’État. Ils font naître une doctrine de paix qui sera plus forte que les forces de la guerre.

Pierre VERSIN, dans sa célèbre Encyclopédie, évoque Les imaginox à la rubrique « Jeu ». Il propose également un avis sur Jones et son œuvre.

Chez Raymond F. JONES (Les Imaginox, 1946), les jouets dont le monde est inondé sont si envoûtants dans leur représentation de la réalité que les enfants contraignent leurs parents à la paix perpétuelle, car la guerre détruirait cet univers analogique.  ("Jeu", p.469)

JONES (Raymond F.) : Ecrivain américain (1915- ) surtout connu pour son roman Les survivants de l'infini (1949-50 ; en volume: 1952) dont on a tiré un film remarquable en 1954. En fait, un autre de ses romans, Renaissance (1944 ; en volume : 1951), est beaucoup plus intéressant en ce qu'il invente un monde, expérience de cité close après une guerre atomique, peuplée de savants uniquement, et remarque l'éclosion du tabou dans toute société fermée, fût-elle intellectuelle au suprême degré. La sclérose d’invention guette un peuple coupé de la « nature », donc de l’expérimentation et de la contrainte. Ce récit tend à démontrer la vanité de la quête de l’absolu.

JONES a aussi écrit de nombreuses nouvelles dont six ont été réunies en 1951 dans Les Imaginox. Un autre de ses contes est important, Une pierre et un épieu (1950), dans lequel des hommes d’un futur torturé par notre inconscience viennent nous demander des comptes. Car «je ne sais pas avec quelles armes se fera la prochaine guerre, a écrit EINSTEIN, mais je suis certain que celle qui suivra se fera à coups de pierres et d’épieux ». ( "Raymond F. Jones" p.472)

La quatrième dimension des couvertures :

  • Quatrième de couverture des Editions METAL (1955)

Raymond F. JONES, l'auteur de cette remarquable série de récits, naquit à Salt Lake-City il y a trente-cinq ans. Ses études le spécialisèrent à la fois en électricité (il est ingénieur) et en anglais. Il est détenteur d'une licence d'opérateur radiophonique, et pendant la guerre travailla au service des ingénieurs de radio BENDIX. Depuis dix ans, il est employé au ser­vice météorologique des Etats-Unis.

Mr. Jones est l'un des membres d'un petit groupe d'écrivains distingués dont la nouvelle intervention en tant qu'auteur de contes de science-fiction a véritablement propulsé le magazine Astounding Science Fiction à la position de leader qu'il occupe présentement. Raymond F. Jones a l'habileté, que peu d'autres écrivains du genre possèdent, de rendre les personnages de ses histoires absolument réels et son éducation scientifique lui permet de les bâtir sur une base authentique.

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Les Imaginox nous conte l'histoire pas­sionnante de la lutte des deux principales civilisations du système solaire pour l'hégé­monie économique et politique. C'est aussi une étude prenante et fouillée de la psycho­logie opposée de deux hommes : Le pro­fesseur Rold Theorn, à la recherche d'une solution pacifique des problèmes de la galaxie, et le sénateur Callimus, qui utilise les res­sources de la super-science pour entraîner le peuple vers un climat de guerre totale. Callimus dispose de tous les moyens de propagande et avec la dextérité d'un montreur de ma­rionnettes, il tire les ficellles pour effrayer, séduire et menacer. Mais le professeur Theorn, le « Père Joujou », crée les mysté­rieux IMAGINOX, et grâce aux enfants complètement ensorcelés par les étranges jouets sans forme, il répand sa doctrine de paix. Les résultats incroyables obtenus par les IMAGINOX, et la menace proche de la destruction totale du système solaire, font du Toymaker, une histoire que vous n'êtes pas près d'oublier.

Les modèles perfectionnés nous entraî­nent à la suite des techniciens des Labora­toires du Nord dans des aventures tumul­tueuses où ceux-ci, complètement abasourdis, trouvent leurs plans quelque peu changés par des visiteurs inattendus d'une époque in­connue.

Dans les Parasites, nous découvrons que d'étranges insectes de la planète mécanisée de SIAN envahissent la terre, entraînant au désastre les villes populeuses.

Inventions est une curieuse légende de l'époque du commerce inter-planétaire et du mythe brutal des compagnies qui trafiquent avec d'étranges indigènes à travers le cosmos.

Météo est une captivante description des épouvantables problèmes rencontrés dans le monde de demain par les hommes intré­pides qui assument la responsabilité du con­trôle climatique.

La nouvelle concluant cet ouvrage : La Salle des Enfants, est un conte puissant et inoubliable où un homme et une femme sont forcés de prendre une décision capitale con­cernant le bonheur FUTUR de l'humanité.

Tous ceux qui apprécient des histoires ra­pides et passionnantes de gens courageux et d'exploits extraordinaires, seront captivés par ce volume de moderne science-fiction.
  • Quatrième de couverture des Editions NéO (1980)

Les Imaginox nous conte l'histoire passionnante de la lutte des deux principales civilisations du système solaire pour l'hégémonie économique et politique. C'est aussi une étude prenante de la psychologie de deux hommes : le professeur Rold Theorn, à la recherche d'une solution pacifique des problèmes de la galaxie et le sénateur Callimus, qui utilise les ressources de la super-science pour entrainer le peuple dans un climat de guerre totale. Callimus dispose de tous les moyens de propagande et avec la dextérité d'un montreur de marionnettes, il tire les ficelles pour effrayer, abattre et menacer. Mais le professeur Theorn, le "Père Joujou", crée les mystérieux Imaginox et, grâce aux enfants complètement ensorcelés par les étranges jouets sans forme, il répand sa doctrine de paix.

Paru en 1955 dans l'éphémère série 2000 des Éditions Métal, ce livre était non seulement introuvable, mais à peu près totalement inconnu du public français, si l'on excepte le petit nombre d'amateurs de science-fiction de cette époque, aujourd'hui relativement âgés.

Né en 1915 à Salt Lake City (U.S.A.), Raymond F. Jones est surtout connu pour son roman Les survivants de l'infini (Le Rayon fantastique) dont a été tiré un film remarquable en 1954.

Il a aussi écrit de nombreuses nouvelles dont 6 sont réunies dans Les Imaginox, mais est resté peu connu du public français. Son autre roman, tout aussi remarquable, Renaissance, vient en effet seulement de paraitre en librairie cette année (Éditions J'ai lu), soit 25 ans après Les Survivants de l'infini et Les Imaginox. Il s'agit pourtant d'une des voix les plus originales de la science-fiction américaine de la grande époque.

  • Sommaire

1 - Les Imaginox (The Toymaker, 1946), pages 7 à 50, nouvelle, trad. Maurice POULAIN & Cécile SAY

2 - Modèles perfectionnés (The Model Shop, 1947), pages 51 à 77, nouvelle, trad. Maurice POULAIN & Cécile SAY

3 - Les Parasites (The Deadly Host, 1945), pages 79 à 104, nouvelle, trad. Maurice POULAIN & Cécile SAY

4 - Inventions (Utility, 1944), pages 105 à 132, nouvelle, trad. Maurice POULAIN & Cécile SAY

5 - Météo (Forecast, 1946), pages 133 à 182, nouvelle, trad. Maurice POULAIN & Cécile SAY

6 - La Salle des enfants (The children's room, 1947), pages 183 à 218, nouvelle, trad. Maurice POULAIN & Cécile SAY

    L'avis du PReFeG :

    On ne s'attend donc pas à un chef d'œuvre oublié de l'âge d'or de la SF. Mais le recueil a toutefois un charme évident pour qui accepte que les ouvrages écrits à une certaine époque ne puissent pas bénéficier des progrès thématiques ou formels des décennies suivantes. Même si certains aspects peuvent questionner (la problématique des mutants, et l'utilisation un peu abusive du mot "race" les concernant), l'ensemble des nouvelles est éclectique et préfigure complètement le roman qui suivra dans la bibliographie de Jones (Les survivants des l'infini).

    Les imaginox : 

    La nouvelle part d'un inoffensif marchand de jouets, surnommé infantilement le Père Joujou, dont la boutique se situe dans une rue qui pourrait être sortie tout droit d'un conte fantastique à la Jean Ray - une rue difficile à trouver si l'on n'est pas guidé par son cœur d'enfant. Les jouets eux-mêmes sont fantastiques ; en plâtre, qualifiés de hideux, comme mal dégrossis, par les adultes, ils émerveillent toutefois les enfants qui ont encore en eux la capacité de croire. Cette crédulité est à la base même du récit, qui n'est pas un conte de Noël fantastique, mais bel et bien un récit de SF, dans laquelle nous basculons en comprenant que l'histoire se déroule sur Jemal, un monde belliqueux qui voit d'un très mauvais œil les progrès de sa voisine Medral. Car c'est bien de l'ombre de la guerre qu'il s'agit au fond, et du secret combat des faiseurs de guerre contre les pacificateurs.

    Modèles perfectionnés – (The model shop) :

    Une nouvelle qui rappelle fortement la première partie des "survivants de l'infini", que Jones rédigera l'année suivante. On y retrouve en effet ses talentueux ingénieurs en électronique dépassés par un savoir nettement supérieur, et la tentation de jouer aux apprentis sorciers.

    Les parasites – (The deadly host) :

    Après les fabricants de jouets qui cachent leur jeu et les ingénieurs confrontés à une technologie avancée, les inventeurs découvrant l'existence d'une forme de vie électronique. On peut se perdre un peu dans les considérations techniques - et Jones connait manifestement bien son affaire - mais il en ressort (sic) toutefois de vieux automatismes : construire des pièges, tester et observer, démonter et disséquer…

    Inventions – (Utility) :

    Après les inventeurs humains, les inventeurs extraterrestres et leur façon de dévoyer la technologue humaine pour faire arme de tout. On s'attache également à un explorateur hydrophobe, sorte de Monte Cristo. 

    Météo – (Forecast) :

    Prévoir a toujours été la velléité des hommes de pouvoir. Alors, quand prévoir le temps cède le pas à contrôler le temps, un tel pouvoir ne peut qu'engendre des confrontations monstrueuses. La nouvelle fonctionne sur des rouages policiers mais demeure de la hard science-fiction.

    La salle des enfants – (The children’s room) :

    Les histoires de mutant sont souvent empreintes de portraits d'êtres inadaptés à leurs sociétés. Ici, il est plutôt question de constituer une élite, et l'idéologie sous-entendue pourrait fort bien dériver en fanatisme sectaire, politique, religieux, ou même racial (qu'on se rappelle "L'apparition des surhommes" de B. R. Bruss pour s'en convaincre). Jones centre plutôt son récit - qui n'ignore rien de ces dérives déplaisantes - sur la résignation des géniteurs du mutant, qui doivent bien composer avec les particularités de leur enfant. Pas de super pouvoirs ici, et c'est ce qui rend d'autant plus suspecte l'institution chargée de recruter les mutants, mais une forme d'intelligence précoce que nous nommerions á notre époque "hpi". Comme dans "Les survivants de l'infini", la nouvelle laisse le sentiment que, face à des espèces mutantes ou extraterrestres plus évoluées, l'humanité part vaincue d'avance.

    14 février, 2023

    Cadeau bonus : « Tamerlan des cœurs » - René de Obaldia 1955

    Il est toujours plus difficile de trouver un ouvrage en relation avec notre sujet quand il s’agit de romance – là où les candidats pour Hallowe’en s’érigent en légions. Quoi qu’il en soit, rendons grâce à l’ouverture d’esprit de l’équipe de critiques de la revue Fiction pour savoir toujours faire un petit pas de côté et débusquer aussi de la littérature de l’imaginaire dans les collections dites « blanches ».

    C’est le cas d’Alain Dorémieux quand il rapporte sa critique de l’ouvrage d’un tout « jeune » auteur franco-panaméen, René de Obaldia, futur Académicien encore au seuil de sa grande carrière de dramaturge. Cet ouvrage, c’est « Tamerlan des cœurs », paru aux éditions Plon en 1955, dont nous vous proposons ici la version reprise par Grasset en 1986 (avec une postface de Maurice Nadeau).  

    Comme à l’accoutumée, un clic droit sur la couverture ci-contre vous ouvre le lien vers le livre au format epub.

    Il ne s’agit pas de science-fiction, il s’agit à peine de littérature fantastique, mais il s’agit pleinement d’un genre poétique qui hybride toutes les formes de l’imagination. En vérité, nous ne formulerions pas meilleure critique que celle de Dorémieux lui-même pour séduire un éventuel lectorat. Voyons ainsi la critique de « Tamerlan des cœurs » qu’il proposait dans le numéro 23 de Fiction, en octobre 1955.

    Amateurs d’insolite, voici la perle fine, la pierre précieuse, le bijou de prix à enchâsser dans votre bibliothèque : le singulier, l’incomparable « Tamerlan des cœurs » (joaillier : René de Obaldia, bijouterie Plon). Il y a des livres qui sont source de joie : il y eut « Au château d’Argol », de Gracq – il y a « Tamerlan ». Le propre d’une source est d’être souterraine. Il faut creuser pour l’atteindre. De tels trésors ne se livrent pas au premier venu, ni à la première fouille. Lisez « Tamerlan ». Lisez-le trois fois s’il le faut, comme on doit prononcer trois fois la formule cabalistique. Vous serez décontenancés, irrités, ébahis peut-être à la première, selon votre humeur du moment. La deuxième vous apprivoisera, vous décontractera. À la troisième, vous serez mûrs pour le « Sésame ouvre-toi ». À moins que, comme les privilégiés, vous ayez capté d’un seul coup de sonde l’eau de la source.

    « Tamerlan des cœurs » est un livre-sphinx, un livre-rêve, sans commencement ni fin, se retournant sur lui-même comme un serpent qui se mord la queue. C’est un livre qui se crée à mesure qu’on le lit (et qu’on le vit), comme si l’on était soi-même le dormeur en train de le rêver. Un livre sans limites et sans dimensions, hors de l’espace, hors de la durée.

    Sa scène est le monde ; son « temps » est un gigantesque présent éternisé, éparpillé sur tous les plans du passé. « Unanimisme de l’espace-temps » prétexte à une dislocation extrême du cours de l’Histoire. En un raccourci fulgurant, les siècles, se juxtaposent et se confondent, les lieux de la terre se surimpriment les uns aux autres. L’histoire de tous les peuples ; à toutes les époques, est exposée simultanément, comme l’expression d’une seule réalité permanente. Et cette réalité est la pourpre et le sang. Le sang coule en même temps à tous les tournants de l’Histoire. Toutes les guerres, tous les massacres, tous les combats, sont ramassés dans cette « durée » intemporelle où les âges se chevauchent, dans ce panorama démesuré, ce cinémascope cosmique.

    À ce thème cyclique, s’en superpose un autre en contrepoint. Il y a dans notre présent à nous un homme seul, qui semble placé au confluent de l’Histoire et des siècles : Jaime Salvador. Don Juan moderne, bourreau des cœurs comme Tamerlan le conquérant, au XIVe siècle, est celui des corps et le symbole de la cruauté. Il fait couler le sang de l’amour. Il s’affirme à travers chaque femme, cherche à se dépasser, cherche par l’amour à donner une signification à son destin. Et en même temps il ressent, en aperçus fugitifs, des bribes éparses, des motifs de la grande symphonie qui se joue dans le passé, au long des temps rassemblés. Il a des visions, perçoit des signes. Il est traqué par l’Histoire, par le poids de cette horreur éternisée et concentrée dans ses multiples manifestations. Son sort final est l’échec ; il cause le suicide de la seule femme qu’il aime réellement et désormais l’identification est close : il est, lui aussi, conquérant et sacrificateur. Comme par ricochet, l’Histoire alors se referme sur lui, le prend au piège : c’est la guerre. Les deux thèmes jusqu’ici distincts se réunissent. Jaime est pris par l’immense machinerie sanglante dont le fonctionnement s’étale à travers les époques. Il en devient partie intégrante. La période où il est plongé se raccroche à son tour à la grande roue où tournent toutes les périodes du passé. Et ce tournoiement le rejoint, éclate en lui. Il meurt au son du cor de Roland, leitmotiv de l’angoisse de l’humanité, et face aux éléphants d’Hannibal.

    Cet extraordinaire resserrement dans le temps donne des résultats baroques et grandioses, une suite de poèmes de l’absurde, avec lesquels le mot « surréalisme », si galvaudé, reprend un sens vierge, défait des acceptions diverses auxquelles on l’a soumis. Un surréalisme sans ficelles, sans tics, sans clichés, sans procédés. Si Obaldia est surréaliste, c’est à la façon de Julien Gracq : comme on respire. Il ne se rattache ni à un genre ni à une école. Il ignore l’artifice.

    On ne peut qualifier de « roman » cet ouvrage hors de la norme, hors des limites et des règles, de tout ce qui est commun, de tout ce qui est convenu. Il n’est rien et il est tout : épopée, poème, apocalypse, cauchemar. Il est tragique, burlesque, énigmatique (et d’un baroque tout espagnol). On ne peut l’enfermer dans des définitions ni dans des cadres. Une seule chose certaine : il existe. Et son existence s’impose. Il est le pavé dans la mare aux canards littéraire, le météore tombé de l’espace sidéral, l’animal fabuleux rejeté sur le rivage.

    En voilà sans doute assez pour allécher les lecteurs qui m’entendent et faire fuir les autres. Je n’insisterai pas. Sinon pour souligner, toutefois, que tout le livre est écrit dans une langue pure comme de l’eau vive, et qu’on y rencontre en outre quelques-uns des plus beaux morceaux de style de la littérature moderne. Les amours de Jaime (amour fou : toujours le surréalisme) sont dépeints par l’auteur avec le même lyrisme « Universel » qu’il emploie pour saisir et immobiliser dans l’instantané la perpétuité de l’Histoire. En découlent des splendeurs, avec un rien de gongorisme qui ne fait qu’en rehausser l’éclat. La voilà bien, l’alchimie du verbe.

    Alain DORÉMIEUX.

    Accordons-nous avec cet avis sur les passages presque uchroniques que recèle l’ouvrage. On a bien affaire ici à une forme d’Histoire mythifiée, comme elle pourrait le devenir dans quelques milliers d’années pour une espèce humaine ivre de sa longévité. Avec Obaldia, nous voilà entre Flaubert et Cordwainer Smith (auteur du cycle de nouvelles « Les seigneurs de l’instrumentalité », sur lesquelles nous reviendrons dans nos futurs billets sur l’été 1964).

    Tout de même : on aura plus souvent connu Dorémieux plus caustique ou sévère dans ses recensions, et le voilà ici extasié… Faut-il dire que le héros de ce « non-roman » est, à l’instar du jeune Alain, lui aussi critique littéraire ? Voici ce qu’écrit Obaldia :

    A trente ans, Jaime se classait comme le plus écouté des critiques littéraires. Nul mieux que lui ne pénétrait d'emblée l'esprit d'une œuvre, n'en démontait les rouages secrets. Là où la précipitation criait aux richesses, il dénonçait des manques; où le vulgaire haussait les épaules, des trésors. Il fustigeait les qualités qui ne flattaient que trop, pressait l'auteur d'approfondir ses faiblesses, le menant toujours à une plus haute exigence de soi. La sûreté de son goût, l'acuité de ses vues, le trompaient rarement; il faisait autorité. Que les salons se disputassent son commerce, nous le croirons volontiers. A sa séduction naturelle s'ajoutaient une noblesse de sentiments, une vivacité d'esprit peu communes. L'on redoutait ses compliments. Hasardait-il des mots banals? L'assemblée se délectait du sens caché qu'elle ne manquait d'y trouver. Ah! que Jaime n'était-il romancier! Le risque de l'écriture l'avait naturellement tenté, mais il y renonça rapidement : trop d'intelligence le gâtait. Il lui manquait cette dose de naïveté, sinon de bêtise, sans laquelle toute grande œuvre est vouée à l'échec.

    On pourra aisément s'imaginer un Dorémieux séduit par identification (sinon par identifiction).

    Pour conclure, en ce jour faisant fête aux amoureux, nous proposons avec « Tamerlan des cœurs » de nous sortir pour une fois d’un cercle restreint par le genre pour nous laisser séduire par une littérature qui a pour seul crédo l’amour des mots, et la poésie pour seule loi.

    Rapport du PReFeG :

    • Relecture
    • Corrections orthographiques (peu nombreuses)
    • Mise au propre et noms des fichiers html
    • Mise à jour des métadonnées (auteurs, résumé, date d'édition, série, collection, étiquettes)

    On trouvera une bibliographie très complète de René de Obaldia sur la page Wikipédia qui lui est consacrée ici.


    Prochain bonus : Encore un peu de verdure.

    28 décembre, 2022

    Galaxie (1ère série) n°025 – Décembre 1955

    Trois nouvelles déclinant le thème du passager clandestin dans ce numéro : Double apparence de Alfred Coppel, Le clandestin de Robert Sheckley, et le plus subtil Compagnon du long parcours, un Théodore Sturgeon inédit ! Notons aussi deux écrits de Frederik Pohl (dont un roman resté depuis inédit, écrit à quatre mains avec Lester Del Rey).

     

    Un roman inédit de

    Frederik Pohl et Lester Del Rey

    est en bout de clic !

    Sommaire du Numéro 25 :

    1 - Edson McCANN, Assurances sur l'éternité (Preferred risk, 1955), pages 2 à 40, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par KOSSIN

    2 - Robert SHECKLEY, Le Clandestin (Deadhead, 1955), pages 41 à 49, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Dick FRANCIS

    3 - Lyon Sprague DE CAMP, Les Jardiniers imprudents (Property of Venus, 1955), pages 50 à 66, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Mel HUNTER

    4 - William MORRISON, Le Survivant (Spoken For, 1955), pages 67 à 74, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Ed EMSH

    5 - Alan COGAN, Morts sur commande (The Amateurs, 1955), pages 75 à 83, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par DIEHL

    6 - Frederik POHL, Les Naufragés de la Galaxie (The Mapmakers, 1955), pages 84 à 104, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par ASHMAN

    7 - James CAUSEY, Le Bouquet infernal (Competition, 1955), pages 105 à 111, nouvelle, trad. (non mentionné)

    8 - Theodore STURGEON, Compagnon du long parcours (Who ?, 1955), pages 112 à 135, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par ASHMAN

    9 - Alfred COPPEL, La Double apparence (Double Standard, 1952), pages 137 à 140, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par MacLELLAN

    10 - COLLECTIF, Votre courrier, pages 141 à 143, courrier

     

    « Galaxie science-fiction » devient « Galaxie anticipation ». Fait curieux, alors même que la dénomination Science-fiction – issue de l’idiome américain - est plutôt chère aux progressistes de la question, et que le terme d’anticipation est plutôt jugé galvaudé et ancien, même s’il continue de faire la préférence de certains (comme le critique I. B. Maslowski dans Fiction).

    Le mois suivant, la revue Fiction,pour son numéro 26, abandonnera sa description un peu longuette du genre (des genres, plutôt), et fera désormais figurer sur ses couvertures : « La revue littéraire de l’étrange – fantastique et science-fiction ». Curieux jeu des plateaux d’une balance ? Rien n’est dit à ce sujet dans l’une ou l’autre de ces revues, mais peut-être faut-il voir une explication dans le « Grand Prix du Roman d’Anticipation » qu’aurait lancé la revue Galaxie (ou plutôt son avatar originel américain).

    On se souvient l’année précédente d’un Grand prix Rosny-aîné du roman d’Anticipation, lancé par Jean Birgé pour promouvoir sa collection « Série 2000 » - éditions Métal. Le prix fut décerné à Charles Henneberg pour « La naissance des dieux », mais n’eût pas de suite. Mais voici ce qu’on peut lire dans le texte de présentation du roman publié en feuilleton dans ce numéro 25 de Galaxie :

    Nous commençons ce mois-ci la publication d'une œuvre passionnante qui a obtenu le Grand Prix du Roman d’Anticipation (2.330.000 francs) et qui répond à cette question paradoxale : « Peut-on vivre sans danger dans un monde d’où tout risque est exclu ? »

    La revue Galaxie aurait-elle voulu lancer son propre concours ? Il est permis d’en douter. Le roman, séparé en trois parties, « Assurances sur l’éternité », signé de l’énigmatique Edson McCann, s’avère être en réalité un roman écrit à quatre mains par Frederik Pohl, qui deviendra en 1959 directeur littéraire de la revue Galaxy, et Lester Del Rey. Si tous deux sont des auteurs confirmés, il y a tout de même fort à parier que ce Grand Prix du Roman d’Anticipation soit, à l’instar de celui initié et avorté par les Editions Métal, feu de paille…

    Pour une mise en contexte plus internationale, voir notre note sur Lester Del Rey dans notre publication autour du numéro 18 de Galaxie.


    Mais c’est donc sous le pseudonyme collectif d’Edson McCann que Frederick Pohl et Lester Del Rey signent Assurances sur l’éternité. Le style de Pohl - ses thèmes de prédilection surtout - est reconnaissable entre tous : les pouvoirs privés se substituent aux pouvoirs publics. Ici, toute l'organisation civile et mondiale est entretenue par une société d'assurances. Ce roman sera publié en trois parties, et restera malheureusement inédit par la suite.

    Le clandestin, par Robert Sheckley, daté de 1955, n'est pas sans rappeler « Terminus...les étoiles » de Alfred Bester, paru en 1956. Toute l’armada de principes pour contrer les migrations est ici clairement développée.

    Les jardiniers imprudents, par Lyon Sprague De Camp, narre les dangers de l'horticulture extraterrestre... avec, toujours, cette candide naïveté de faire coexister voyages spatiaux et société traditionnelle américaine (comme, par exemple, dans « L'animal » de Leigh Brackett, in Fiction 30.)

    Le survivant, par William Morrison est un drame spatial.

    Dans Morts sur commande, Alan Cogan, pose une des problématiques de l'euthanasie, et de son aspect volontaire.

    Les naufragés de la Galaxie, second texte de Frederik Pohl dans ce numéro, est une nouvelle sans doute un peu longue pour un sujet qui nous apparait de nos jours assez conventionnel : le handicap qui devient un atout dans le voyage spatial.

    Le bouquet infernal, par James Causey, nous présente une planète piège. Le style journal de bord traduit bien la progression du piège.

    Une très belle nouvelle de Théodore Sturgeon, demeurée par la suite inédite : Compagnon du long parcours. La narration à la 2eme personne rend l'ensemble d'autant plus poignant.

    La double apparence par Alfred Coppel est une courte nouvelle à clé, toujours sur le sujet du passager clandestin.

    Le PReFeG vous propose également