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09 juillet, 2025

Fiction n°119 – Octobre 1963

Beaucoup d'histoire d'êtres humains exploités par des forces hostiles ou non, qu'elles soient démoniaques ou extraterrestres; et surtout : beaucoup de nouvelles restées depuis inédites en recueil, par des grandes vedettes du calibre de Poul Anderson, Fritz Leiber, ou Robert Silverberg, excusez du peu !

Un clic avec la pince de droite, chère amie ?

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Sommaire du Numéro 119 :


1 - (non mentionné), Nouvelles des auteurs de ce numéro, pages 2 à 3, bibliographie

NOUVELLES

2 - Poul ANDERSON, Que succombe l'incube ! (Operation Incubus, 1959), pages 4 à 21, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE *

3 - F.K.B., Lessivage, pages 22 à 29, nouvelle *

4 - Robert SILVERBERG, Le Vents de Siros (The Winds of Siros, 1957), pages 30 à 54, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE *

5 - Alain DORÉMIEUX, Les Bêtes, pages 55 à 57, nouvelle

6 - Fritz LEIBER, Petite planète de vacances (Game for Motel Room, 1963), pages 58 à 66, nouvelle, trad. Christine RENARD *

7 - ARCADIUS, Chronique des rapaces, pages 67 à 83, nouvelle

8 - John COLLIER, Un match difficile (After the Ball, 1933), pages 84 à 102, nouvelle, trad. René LATHIÈRE

9 - Bernard MANIER, L'Intrus, pages 103 à 107, nouvelle *

10 - Avram DAVIDSON, Je ne vous entends pas... (I Do Not Hear You, Sir, 1958), pages 108 à 118, nouvelle, trad. René LATHIÈRE

11 - Daniel MEAUROIX, Seuls toi et moi, mon amour, pages 119 à 127, nouvelle

12 - Kit REED, Le Nid vide (Empty Nest, 1959), pages 128 à 135, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE *

13 - GÉBÉ, La Ville, pages 137 à 141, portfolio 

CHRONIQUES


14 - Pierre STRINATI, Le Festival de SF de Trieste, pages 142 à 144, article

15 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 145 à 153, critique(s)

16 - Alain DORÉMIEUX & Jacques GOIMARD, Notules, pages 155 à 159, article


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Dans Que succombe l'incube !, on retrouve le couple sorcière - loup-garou Matuchek, en prise avec la tentation d'un incube. Une aventure conjugale sympathique mais sans plus de la part de Poul Anderson.

Le mystère reste entier au sujet de l'auteur F.K.B. La rédaction de Fiction s'amuse à nous berner d'indices peu diserts ("Ajoutons qu'il a choisi ces initiales mystérieuses parce que son vrai nom est l'homonyme de celui d'un auteur qu'il déteste.") qui nous ferait presque penser que notre acronyme anonyme n'apprécie pas Frantz Kafka (!!??). Pour ce qui est du sujet, la nouvelle l'expose clairement :

Plus de 60 ans auparavant, quelqu'un avait calculé que, si la consommation mondiale de détergents continuait à croître sur sa lancée, la proportion de produits moussants dans l'eau des océans atteindrait vers 2040 le seuil critique permettant aux mers de se mettre à mousser. 

Le récit reprend les modèles de Ward Moore ("Encore un peu de verdure"), de Jacques Sternberg ("La sortie est au fond de l'espace") ou de John Wyndham ("Le péril vient de la mer"), ou plus directement encore Alan Nelson et sa nouvelle "Les conséquences d'un savon" (in Fiction n°8) pour brosser une fin du monde détergente. Rien de très original, mais ce Lessivage est plaisant à parcourir.

Deux hommes et deux femmes en huis clos (Sartre est même cité), entourés par Les vents de Siroset une histoire d'implantation coloniale sur une planète étrangère somme toute assez accessoire, car l'essentiel de la nouvelle de Robert Silverberg n'est pas là, mais bien plutôt dans la révélation des oppressions qui les dominent, et qui ne prendraient fin qu'en les dépassant. Silverberg, assurément, a encore mûri.

La domestication vue de l'autre versant, celui de l'animal exploité... Mais ici l'animal a un langage humain qui témoigne de son plaisir coupable de servir de nourriture à un exploitant bien étrange, qu'il dénomme Les bêtes. On retrouve bien les thèmes vampiriques et hédonistes de Alain Dorémieux, qui s'octroie le luxe de publier deux de ses nouvelles dans un même numéro (à la manière de Galaxie 1ère série, en masquant le doublon sous un pseudonyme).

Une délicieuse histoire d'amour partagé entre un homme qui réalise son machisme banal et une femme aimante mais... Fritz Leiber nous entraîne pas à pas dans un dédale policier aux enjeux cosmiques, et (pour une fois) avec beaucoup de tendresse pour cette Petite planète de vacances et ses habitants.

"Nous nous préparons un moyen âge où la barbarie sera servie par la technique". Arcadius cite ici Nietzsche (nous n'avons pas retrouvé la source de cette citation, avis aux amateurs !). Pour illustrer cet aphorisme, et après le danger qui vient de l'humain lui-même (dans la nouvelle de Silverberg notamment), un autre danger qui vient de l'intérieur : du pouvoir dictatorial, qui repose par définition sur une extrême violence et une grande arrogance, et finit par créer de lui-même les conditions de sa propre chute. Dans ces Chronique des rapaces, la démonstration d'Arcadius est efficace.

Un fieffé incorruptible s'entiche de réformer un démon. John Collier s'amuse à brosser la liste des hypocrisies de la "bonne société" dans Un match difficile ; un peu gratuit toutefois.


Le destin cruel d'un couple qui ne se sait pas mal assorti... et sa résolution par le biais d'un cliché. L'intrus est une correcte nouvelle suffisamment concise pour ne pas ennuyer, mais l'écriture de Bernard Manier manque un peu de style.

Pas du meilleur Avram Davidson non plus - on a du mal à mettre en valeur l'enjeu du protagoniste de Je ne vous entends pas… On retrouve toutefois son goût pour les objets mystérieux et précurseurs de technologie à venir : ici, un téléphone du XVIIIè siècle.

A propos de l'auteur, le numéro 120 de Fiction déclarera au détour d'un tout autre sujet : "Avram Davidson, rédacteur en chef de notre édition américaine", soit le magazine américain "The magazine of Fantasy and Science Fiction". Sans remettre en question le talent de cet auteur, les lecteurs français comprendront mieux la grande diffusion de ses nouvelles dans Fiction.

Alain Dorémieux sous pseudonyme (donc), fait la jonction entre l'histoire de John Collier, où il est brièvement question d'un mannequin, et une autre histoire, celle de la Vénus d'Ille de Prosper Mérimée. En effet, il s'agit ici aussi de la jalousie d'un objet aimé, suscitée lorsqu'il se sait supplanté par une forme semblable, même plus vulgaire, mais toutefois douée de vie. C'est Seuls toi et moi, mon amour par Daniel Meauroix.

Comme toujours chez cette autrice, beaucoup d'ironie de la part de Kit Reed sur son personnage de bienfaitrice égocentrée, qui nous distrait du péril fantastique qui, construit comme Le nid vide, s'inscrit peu à peu comme une évidence tout au long du récit. Bien mené, même si gratuit.


Fiction omet, par modestie ?, de signaler ses 10 ans d'existence. Le fait est pourtant notable.

Une petite note à l'occasion de la sortie du dernier A. E. van Vogt nous éclaire sur le champ éditorial des romans de SF anglo-saxons en ce début des années 60.

Ici, on désintègre !


Voici le dixième roman de Van Vogt traduit en français : score qui fait de cet auteur le champion toutes catégories de la science-fiction anglo-saxonne, avant Heinlein (9 traductions), Bradbury et Williamson (7 chacun). Faut-il le dire ? Nous croyons que c'est là une première place largement méritée, et que la faveur du public consacre en Van Vogt un talent exceptionnel.


Et pour terminer, L'écran à quatre dimensions nous rapporte la sortie d'un film de Ray Milland, Panic in year zero, qui rappellera certainement une nouvelle de Ward Moore (encore lui) aux lecteurs de la première heure de Fiction. Vous pouvez vous reporter au Fiction n°23 pour lire ou relire "L'aube des nouveaux jours".

Mise à jour du 15 Octobre 2025 : 

Le numéro 126 de Fiction fait état de quelques coquilles, du moins de déroutages : Michel Demuth devient Michel Deutsch (tous les deux traducteurs, on comprend la bévue), et Pierre Bassard, jeune illustrateur, se voit voler la vedette par Jean-Claude Forest (qui n'y est pour rien).

Errata

C’est par erreur que la couverture de notre dernier numéro était, dans la page du sommaire, attribuée à Jean-Claude Forest. Elle était l’œuvre de Pierre Bassard, jeune dessinateur dont nous avions déjà choisi une composition pour illustrer notre numéro 119, et auprès de qui nous nous excusons.

Dans le même numéro, Demètre Ioakimidis, rendant compte de Loin de Terra, attribuait à Michel Deutsch la paternité de la traduction des nouvelles La cage de sable et Les proies. Cette traduction était due en fait (confusion sémantique…) à Michel Demuth.

24 janvier, 2024

Fiction n°056 – Juillet 1958

Baroudeurs et piliers de la galaxie, français comme étrangers, font honneur à ce numéro de l’été 1958, dont on appréciera l’étude sur l’œuvre en cours d’Arthur C. Clarke, signée Gérard Klein.

Clic-clic sur le petit chariot dans la tête !

Sommaire du Numéro 56 :


NOUVELLES

 

1 - Charles HENNEBERG, Les Non-humains, pages 3 à 18, nouvelle

2 - Jane ROBERTS, Le Chariot rouge (The red wagon, 1956), pages 19 à 26, nouvelle, trad. Bruno MARTIN *

3 - Chad OLIVER, Départ en beauté (Didn't He Ramble, 1957), pages 27 à 37, nouvelle, trad. Bruno MARTIN *

4 - Jay WILLIAMS, Un dieu en boîte (Little Tin God, 1958), pages 38 à 46, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

5 - Bernard MANIER, La Carte, pages 47 à 50, nouvelle *

6 - Winston K. MARKS, Conférence préliminaire (Call Me Adam, 1954), pages 51 à 65, nouvelle, trad. Yves RIVIÈRE *

7 - Theodore STURGEON, Un rien d'étrange (A touch of strange, 1958), pages 66 à 77, nouvelle, trad. Bruno MARTIN

8 - Francis CARSAC, L'Homme qui parlait aux Martiens, pages 78 à 81, nouvelle

9 - Douglas ANGUS, Rage de dents (About time to go south, 1957), pages 82 à 88, nouvelle, trad. Suzanne RONDARD *

10 - Bob OTTUM, Programme secret (The Girls on Channel N, 1957), pages 89 à 96, nouvelle, trad. Roger DURAND *

11 - Poul ANDERSON, Souvenir lointain (The Long Remembering, 1957), pages 97 à 107, nouvelle, trad. Francis CARSAC

12 - Mack REYNOLDS, L'Ère du Gladiateur (Gladiator, 1958), pages 108 à 121, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

CHRONIQUES


13 - Gérard KLEIN, La Lyre électronique d'Arthur C. Clarke, pages 122 à 131, article *

14 - Jacques BERGIER & Alain DORÉMIEUX & Gérard KLEIN, Ici, on désintègre !, pages 133 à 139, critique(s)

15 - Jacques BERGIER, Deux réactions russes à la science-fiction américaine, pages 140 à 141, article

16 - F. HODA, Un fantastique intellectuel, pages 142 à 143, article 


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

Les non-humains, en plus de nous présenter un protagoniste appelé Al-Hazreh (et le rapprochement avec le Al-Azred de Lovecraft n’est certainement pas fortuit), propose dans un style épique et foisonnant d'images une très belle nouvelle située à la lisière du fantastique et de la science-fiction. Bref : Nathalie Henneberg (toujours sous le nom de son mari) est très en forme, malgré une chute un peu attendue.

Comme emprisonné en un autre - voilà le ressenti des âmes réincarnées dans Le chariot rouge, par Jane Roberts. Bien mené.

On n'ose imaginer le prix d'une prestation comme celle-ci: un microcosme à usage privé donnant l'illusion de se plonger (jusqu’à la mort !) dans un espace et un temps choisis. Chad Oliver fait de ces "terres truquées" des hommages au jazz new orleans et à des mœurs révolues (pour le pire et le meilleur...) dans Départ en beauté.

Un dieu en boite, par Jay Williams, est une très bonne nouvelle avec un effet de chute bien amenée, sur l'exploitation animale - qu'elle soit extraterrestre ou pas ; cela réjouira particulièrement les lecteurs végans (pas ceux de Véga...).

Confondre La carte et le territoire... À ses dépends. Une nouvelle de Bernard Manier qui n'apporte pas grand chose.

Conférence préliminaire, au contraire, est un excellent récit de la genèse d'un individu à partir de l'état d'amibe cellulaire, qui ne manque pas d'humour, ni d'acidité de la part de son auteur, Winston K . Marks.

Theodore Sturgeon propose une romance qui parle surtout de l'insatisfaction qui peut traverser le commun des mortels - surtout lorsqu'il a été enchanté par Un rien d'étrange qui décale à tout jamais la vision du monde et sa façon d'y être.

L'homme qui parlait aux Martiens est une nouvelle un peu légère de Francis Carsac, qui a le mérite d'être courte et d'un style oral dynamique.

Rage de dents, par Douglas Angus, nous présente un aspect quotidien de l'adversité dans un contexte post apocalyptique. On appréciera surtout d'avoir encore notre confort actuel...

Bob Ottum, journaliste sportif, fait ici une unique apparition dans les pages de Fiction, avec Programme secret. On appréciera son ton humoristique, et sa propension à se moquer gentiment des clichés de la SF comme le ferait un Fredric Brown ; ici : la soi-disant supériorité technologique des espèces d'outre-monde, qu'elles soient d'un autre temps, d'une autre planète ou d'un monde parallèle.

Souvenir lointain propose une nouvelle façon d'explorer le temps, par un Poul Anderson, spécialiste de la chose.

L'ère du gladiateur, c’est remplacer la guerre par le sport. Si le vœu pieu pourrait être honorable, la confusion des enjeux est terrifiante. Mack Reynolds, avec finesse et malice, démonte ainsi le cliché du sport comme résolution de tous les conflits.

On appréciera pour finir La lyre électronique d’Arthur C. Clarke, article de Gérard Klein que vous pouvez retrouver sur notre page dédiée à l’auteur britannique, ici.

28 septembre, 2022

Fiction n°022 – Septembre 1955

L'on passe des marchés et l'on signe des pactes avec l'adversaire - fusse-t-il le Diable en personne, ou encore la machine faite aussi avide qu'un démon - dans ce 22ème numéro de Fiction.

 

Pour un epub en sol mineur

suffit d'un doigt pour cliquer

 
Sommaire du Numéro 22 :


NOUVELLES

1 - Edmond HAMILTON, Matériel humain (Sacrifice Hit, 1954), pages 3 à 25, nouvelle, trad. (non mentionné)

2 - Clifford D. SIMAK, Spectacle d'ombres (Shadow Show, 1953), pages 26 à 58, nouvelle, trad. (non mentionné)

3 - Bernard MANIER, La Beauté du Diable, pages 59 à 70, nouvelle

4 - Edward LEE, Kalato (Kalato, 1954), pages 71 à 86, nouvelle, trad. (non mentionné)

5 - William MORRISON, Gammes à tous les étages (Music of the Sphere, 1954), pages 87 à 109, nouvelle, trad. (non mentionné)

6 - Marcel SCHWOB, L'Homme voilé, pages 110 à 113, nouvelle

 

CHRONIQUES

7 - Jean-Jacques BRIDENNE, Hommage à Marcel Schwob, pages 113 à 116, article

8 - F. HODA, Un monstre inédit, pages 117 à 119, article

9 - Jacques BERGIER & Alain DORÉMIEUX & Igor B. MASLOWSKI, Ici, on désintègre !, pages 121 à 124, critique(s)

Rapport du PreFeG (Septembre 2022)

  • Relecture
  • Corrections orthographiques et grammaticales
  • Vérification du sommaire
  • Vérification des casses et remise en forme des pages de titre
  • Mise en gras des titres in "Revue des livres"
  • Notes (2b), (3b) et (5b) ajoutées.
  • Ajout de la note (6b) (Erratum publié dans le Fiction n°23)
  • Vérification et mise à jour des liens internes
  • Mise au propre et noms des fichiers html
  • Mise à jour de la Table des matières
  • Mise à jour des métadonnées (auteurs, résumé, date d'édition, série, collection, étiquettes)

Matériel humain, par Edmond HAMILTON, pose un cas de conscience militaire. Comme annoncé dans la présentation quel lui accorde Fiction, le style en est très proche de celui de J. T. McINTOSH. Il faut préciser qu'Edmond HAMILTON figure parmi les grands précurseurs de la science-fiction américaine. Il publie ses premières nouvelles très jeune, dès le milieu des années 20. Pionnier du space-opéra, on lui doit la série de romans et de nouvelles mettant en action le personnage de Capitaine Futur, adapté en dessin animé par la Toei Animation en 1978-1979 et connu en France sous le nom de Capitaine Flam. HAMILTON scénarise aussi des épisodes de Superman pour DC Comics dès les années 40. Il est l'époux de Leigh Brackett.

On notera sans doute un petit paradoxe éditorial : si l'on considère Fiction comme une revue bien décidée à favoriser le développement de l'édition de la S.F. française (encore bien timide car aliénée à un champ éditorial bien menu), ou encore à sensibiliser le lectorat français à des formes de SF plus diverses que le "space-opera", et si l'on compare cette ligne éditoriale à celle de Galaxie où ne paraissent que très rarement des auteurs français, mais bien plutôt des piliers de "l'âge d'or" de la SF américaine, Edmond Hamilton, qui trouverait naturellement sa place dans cette seconde revue, n'y sera pourtant jamais publié.

Spectacle d’ombres, par Clifford D. SIMAK, est une intéressante nouvelle, en cela qu'elle préfigure par son thème (s'en remettre à une machine qui se nourrit de la vie pour en créer un   ersatz) une autre nouvelle : "Au temps de poupée Pat" de Philip K. Dick (1963), qui servira à son tour de creuset originel à son célèbre "Dieu venu du Centaure" (1965).

Regagner sa jeunesse pour la perdre dix fois plus vite qu'avant, voilà un marché faustien qui parait des plus classiques dans La beauté du Diable du belge Bernard MANIER.

Kalato, par Edward LEE, est, comme annoncé dans l'introduction, une très belle nouvelle qui aurait pu faire partie des "Chroniques martiennes" de Bradbury. Une course de dupe mue par l'activité humaine.

L'intrigue bien menée de la nouvelle Gammes à tous les étages, par William MORRISON, et son humour toujours un peu sardonique, renvoie à la guerre éternelle qu'est la guerre économique ; l'adversaire est démasqué mais laissé libre d'agir…

L’homme voilé, par le "mort-trop-jeune" Marcel SCHWOB, est un court cauchemar, où la mise en place des éléments fantastiques, et leur "acceptabilité", est habile.  Mais Schwob ne laisse aucun choix à son protagoniste, nul marché, sinon peut-être celui passé avec le lecteur, et la fascination qu'exerceraient sur ce dernier le mal et la mort.

*

En guise d'extrait de ce numéro, une petite note, d'un temps où les départements "Recherches et développements" n'étaient pas encore dénommés ainsi :

"Le premier laboratoire d’anticipation.

Il est parfois nécessaire de laisser vieillir une découverte pendant plusieurs années, sinon plusieurs dizaines d’années, avant de pouvoir en tirer la pleine utilisation. Partant de ce principe, les Américains viennent d’installer un « bureau d’anticipation », destiné à prévoir quelles seront les inventions rentables d’ici dix, vingt-cinq ou même cinquante ans. Des savants, choisis parmi les plus qualifiés dans toutes les branches, se basent sur les données actuelles et le rythme probable des innovations pour imaginer ce que pourront être, dans x années, un carburateur d’auto, par exemple, ou une fibre textile, ou encore les aliments synthétiques en vue dans l’avenir, etc. Nous avons là un nouveau mode d’anticipation « dans la vie » : l’anticipation scientifico-industrielle. Les démarches en sont complexes, mais, a priori, les résultats doivent atteindre à une grande part de probabilités."

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