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22 juillet, 2026

Galaxie (2eme série) n°025 – Mai 1966

Immortalité, glissades dans le temps, résurrections et affranchissements plus ou moins accomplis envers la machine, voilà la substance qui circule dans les veines de ce numéro du printemps 1966, dont une bonne partie des nouvelles resteront des publications exclusives.

Un glaçon ou deux dans votre scotch, Captain ?

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Sommaire du Numéro 25 :


1 - Robert F. YOUNG, Mars dans un verre de vin (A Glass of Mars, 1965), pages 4 à 34, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE, illustré par Gray MORROW *

2 - Fritz LEIBER, La Grande machine (The Big Engine, 1962), pages 35 à 39, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH *

3 - Theodore L. THOMAS, Le Solitaire (The Lonely Man, 1963), pages 40 à 59, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par JACKSON *

4 - C. C. MacAPP, Bienvenue sur Ganymède (A Guest of Ganymede, 1963), pages 60 à 85, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE, illustré par John GIUNTA *

5 - Cordwainer SMITH, Le Jour de la pluie humaine (When the People Fell, 1959), pages 86 à 97, nouvelle, trad. Michel DEMUTH

6 - Frederik POHL & Jack WILLIAMSON, L'Enfant des étoiles (3) (Starchild, 1965), pages 98 à 147, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par Gray MORROW

7 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 148 à 149, bibliographie

8 - (non mentionné) , Résultats du référendum sur le n° 23, pages 155 à 155, notes (page manquante dans l'epub proposé ici).

9 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 157 à 160, courrier (pages manquantes dans l'epub proposé ici).


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.



Mars dans un verre de vin nous propose une histoire de glissoire temporelle sur Mars, qui rappellera par son ton les sujets classiques du genre de ceux des épisodes de Twillight Zone. Mais ce qui aurait été simplement charmant est transcendé par la finesse de Robert F. Young, qui nous prévient au passage de nous méfier de l'idéalisme qui se superpose à l'attrait pour l'exotisme d'une situation, d'une autre époque, ou d'une civilisation martienne disparue.

Premier bonus numéro 1 !

Dans La grande machine, Fritz Leiber partage le sentiment d'absurde et de vacuité qui habite le narrateur de ce petit récit ; déploiement d'un point de vue : celui de percevoir le monde et les êtres qui le meuvent comme des mécaniques sans aucun libre-arbitre. On aurait peut-être aimé y trouver quelques contre-exemples et ne pas trouver ce discours aussi désespérant.
Il est à noter que cette nouvelle n'est pas à confondre avec le roman éponyme de Leiber paru chez Casterman en 1978 : "La grande machine" (dont le titre original est "You're all alone", et date de 1950). Nous vous proposons ce roman en Bonus ci-contre, au format epub comme à l'accoutumée, dont vous pouvez vous procurer une copie en cliquant sur la couverture. Pour plus d'informations sur l'ouvrage, vous pouvez consulter le site de Bruno Para hébergé sur NooSFere ici.


Après l'horreur de voir le Monde comme une mécanique sans pensée, les vertus de la pensée mécaniste ! Le solitaire est un chercheur, expert en chimie, qui a découvert un procédé pour rallonger considérablement la vie humaine. Mais ce procédé ne peut se faire que sur une planète colonisée dont l'atmosphère est riche en ozone. On retrouve l'idée déjà développée dans Les Seigneurs de l'Instrumentalité, et qui sera également à la base du célèbre cycle de Dune, d'une planète produisant une substance sur laquelle repose tout l'équilibre du pouvoir. Mais ici, Theodore Thomas va plus loin : qu'advient-il de cette colonie, et de la population engagée presque exclusivement à la production de la substance devenue essentielle, quand son procédé de fabrication devient synthétisable sur Terre… ? Le solitaire en question, ce brillant chimiste mélancolique, un peu à côté de la plaque tant son esprit est monopolisé par ses recherches, cet homme devenu un temps la clé de voûte de toute une civilisation galactique, pour ensuite perdre son exclusif prestige, ne risque-t-il pas de se désaffecter totalement ? Bien documentée, la nouvelle demeure toutefois légère et optimiste, surtout du fait de l'entourage vaillant, volontaire et sympathique de ce pauvre chercheur un peu lunaire.


Il est encore question de la quête d'un moyen de devenir immortel dans Bienvenue sur Ganymède. Il s'agit ici d'un virus, inoculé par des Ganymédiens à des fins thérapeutiques (cela soigne à peu près tout) et moyennant finances. Mais le malade ainsi soigné en est "nettoyé" une fois guéri, avant son retour. C'est pour déjouer ces précautions que l'aventurier Murdoch a échafaudé un plan pour voler un échantillon du virus et devenir ainsi le détenteur dans son sang d'une immortalité tant convoitée. Une bonne nouvelle de C. C. MacApp, avec un certain souci du détail qui rappelle les histoires d'arnaques parfaites, où l'on pressent comme toujours que tout ne se passera pas comme prévu.


Un nouveau chapitre du cycle de l'Instrumentalité (on notera d'ailleurs l'adoption définitive du terme dans cette traduction de Demuth), où il est question de la colonisation éclair de Vénus par le Gouvernement chinois, en misant sur l'écrasante supériorité en nombre du "matériel humain" - et l'astuce utilisée par Corwainer Smith d'user de la longévité du narrateur lie subtilement Le jour de la pluie humaine au reste du cycle de cette fascinante histoire de l'avenir de l'espèce humaine.


Bonus Second one !

Boysie Gann le falot reprend un peu de poil de la bête et tente de retrouver son libre-arbitre… Tente seulement. Car les éléments jugés "fantastiques" du début du roman, s'ils trouvent presque tous une justification, n'ont pas vraiment d'explications, et la liberté dont on aimerait les voir jouir, notre héros et toute l'espèce humaine, devient un affranchissement douteux et un ballottement d'une influence à l'autre. Inutile de préciser que les auteurs promettent un festival de supers pouvoirs à la van Vogt… pour un troisième volume - ce troisième opus, L'étoile sauvage, ne sera toutefois jamais repris dans Galaxie.
Comme c'est l'été et que vous êtes sensés avoir plus de temps pour lire, nous vous le proposons en second bonus ! Petits veinards !



Hé bé, vous n'avez pas perdu votre quart d'heure de visite chez nous, dirait-on !
Une petite annonce à présent de la part de notre correcteur venu du Centaure :
Si quelqu'un parmi vous possédait ce n° 25 en papier, et avait en retour la possibilité de nous photographier les pages 148 à 160 de ce numéro, nous ne manquerons pas de vous en remercier chaleureusement et d'augmenter à notre tour cet epub des résultats du referendum sur le n°23, et du Courrier des lecteurs. Faites-vous connaître via les commentaires si c'est le cas !

Pour terminer : grosse affluence chez nous ce mois-ci ; nous venons de dépasser les 140 000 vues ! Merci de votre intérêt (chaleureuses salutations à nos lecteurs vietnamiens et brésiliens) !

15 juillet, 2026

Galaxie (2eme série) n°024 – Avril 1966

Beaucoup de sociologie dans ce numéro, où l'on peut observer des hypothèses de sociétés futures dressées par des auteurs compétents : Brian Aldiss, James Blish, John Brunner (avec des publications françaises exclusives pour ces deux derniers auteurs) ; on poursuit également le feuilleton de Pohl et Williamson, et l'on pourra regretter la sortie de Alfred Coppel, mais saluer l'entrée de C. C. MacApp que l'on retrouvera régulièrement dans les numéros de Galaxie de cette époque charnière qu'est 1966-1974.

Bon c'hiench" bzittcrouic !

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Sommaire du Numéro 24 :


1 - Brian ALDISS, L'Autre jungle (Jungle substitute, 1964), pages 4 à 30, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par Jack GAUGHAN

2 - John BRUNNER, Capital jeunesse (Wasted on the Young, 1965), pages 31 à 43, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

3 - C. C. MacAPP, Un cimetière sur toute la Terre (And all the Earth a grave..., 1963), pages 44 à 51, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par Jack GAUGHAN

4 - James BLISH, Génies en vrac (The Genius Heap, 1956), pages 52 à 69, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par Jack GAUGHAN *

5 - Jack SHARKEY, Échec à la colonie (The Colony That Failed, 1964), pages 70 à 84, nouvelle, trad. Michel DEMUTH, illustré par Jack GAUGHAN *

6 - Robert BLOCH, In vino veritas (Sabbatical, 1959), pages 85 à 94, nouvelle, trad. Michel DEMUTH, illustré par Virgil FINLAY

7 - Alfred COPPEL, Les Collines de son enfance (The Hills of Home, 1956), pages 95 à 104, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE *

8 - Frederik POHL & Jack WILLIAMSON, L'Enfant des étoiles (2) (Starchild, 1965), pages 105 à 141, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par Gray MORROW

9 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 142 à 143, bibliographie

10 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 149 à 153, courrier

11 - (non mentionné) , Résultats du référendum sur le n° 22, pages 157 à 157, notes 


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.



(...) — « Les gens qui sont restés dans cette Cité sont incapables de pensée rationnelle. L’homme de raison l’a quittée depuis six siècles ! Il s’en est évadé quand il s’est aperçu qu’une machine pouvait penser à sa place. Il avait commis une grosse erreur, l’erreur de croire que ses machines étaient efficaces, de croire qu’il pouvait leur accorder plus de confiance qu’à lui-même. »
— « Et il ne le fallait pas ? »
— « Jamais, Robin ! La machine la plus complexe elle-même, le computeur, n’est rien de plus qu’une sorte d’outil spécialisé. Quand les hommes se sont modelés pour s’adapter à un monde placé sous le signe des computeurs, ils sont devenus de parfaits idiots, ils ont sombré dans cette espèce de barbarie urbaine, cet horrible mélange d’automation et de crânes ancestraux ! »

Comme dirait l'autre : "on ne pourra pas dire qu'on ne vous aura pas prévenus". Après Le monde vertBrian Aldiss nous propose L'autre jungle, et y inverse les perspectives généralement induites de cités mécanisées sous la "Surface de la planète", comme disait Daniel Drode. La Cité future de Aldiss, si elle est là encore dominée par des machines qui asservissent les hommes, est une jungle verticale d'acier et de béton qui se projettent dans la verticalité. Mais si les humains sont ignorants et superstitieux dans cet environnement régressé, sujet aux pannes et aux carences d'entretien, il existe d'autres cités ou le rapport de pouvoir humains-robots semble plus équilibré. C'est sur ce point que la nouvelle montre une faiblesse, un manque de développement qui laisse à imaginer qu'il y aura une suite. Bref : la cible est un peu manquée.

Société future d'opulence et de loisirs… on en rêverait presque si John Brunner, avec un ton très personnel, ne nous rappelait pas que "si jeunesses savait et si vieillesse pouvait…", la société jouirait d'une plus grande intelligence pratique. Ici, c'est le Capital jeunesse qui demeure la richesse la plus précieuse. Mais jeunesse ne sait pas et se révèle toujours dispendieuse et indolente, et hypothèque son avenir et sa vieillesse.


C. C. MacAPP est un nouveau "baroudeur" à faire son entrée dans l'écurie de Galaxie, et sera d'ailleurs quasiment exclusivement publié en France dans cette revue (sur ses sept romans, un seul est à ajouter à la liste de ses publications francophones : Les mondes du mur, en Galaxie Bis - n°60, décembre 1978). Il va proposer un ensemble de près d'une dizaine de nouvelles que l'on pourrait intituler : "Le cycle de Gree". Au détour de la réédition, dans l'anthologie Histoires de sociétés futures, de la nouvelle ici présentée, Un cimetière sur toute la Terre, nous pouvons lire : 

MACAPP (C. C.). – Pseudonyme de Carroll M. Capp (1917-1971), qui écrivit de la science-fiction au cours des douze dernières années de sa vie. Les plus notables de ses récits se fondaient sur des variantes ingénieusement développées du thème de l’invasion de la Terre.

Ajoutons à cela que Carroll Mathers Capps (source Wikipedia) fut longtemps champion d'échec à San Francisco.

Pour ce numéro, en suivant un soupçon de logique, MacCapp imagine que la mode soit aux cercueils, en s'appliquant à y mourir. Un cimetière sur toute la Terre parodie avec bonheur les récits de Fin du monde, et dirige une plaisante attaque en règle contre la société de consommation (en réalité société de production comme le rappellera Jacques Goimard dans l'anthologie Histoires de sociétés futures déjà citée).

Encore une belle proposition sociétale : une retraite organisée pour la crème des artistes et des intellectuels… mais lorsque cette retraite est installée sur un satellite de Jupiter et que ses bénéficiaires y sont momentanément stérilisés, il y a fort à parier que d'autres intentions se cachent derrière ce mécénat apparent. Un peu bavard, Génies en vrac, de James Blish a toutefois l'avantage de questionner en creux la place des artistes dans la société (et d'être une publication exclusive de la revue).


Toujours dans la série des raretés, Echec à la colonie est une nouvelle aventure de Norcriss le xénozoologue qui projette son esprit dans les créatures extraterrestres. Jack Sharkey continue d'explorer les potentiels cas extrêmes ; ici - et sans en dévoiler davantage - on atteint un point culminant. Rapide et concis, l'ensemble se lit avec plaisir, comme toujours chez cet auteur méconnu de notre côté de l'Atlantique.


L'herbe est-elle toujours plus verte ailleurs, et à fortiori si cet ailleurs est une autre époque ? Robert Bloch (qu'on retrouvera régulièrement en cette année 1966) s'en prend un peu aux réflexes réactionnaires qui nous font toujours juger le temps qui passe comme une marche vers la décadence, en comparant dans In vino veritas l'aube des années 60 (à travers un producteur de divertissements télévisés) et la pleine époque des Années Folles d'avant la Crise de 29 (par l'intermédiaire d'un "vieux" voyageur du temps). Et de conclure qu'on n'est finalement jamais aussi bien loti qu'en son propre présent.


Alfred Coppel rend hommage au cycle martien d'Edgar Rice Burroughs dans cette histoire d'un premier astronaute envoyé vers Mars, et qui revit ses émois d'enfant imaginatif et fasciné par les aventures de John Carter. Mais la littérature prépare-t-elle à l'effroi cosmique, bien réel celui-ci ? Les collines de son enfance (la traduction du titre est un peu malheureuse) est la dernière nouvelle que publieront les revues Fiction et Galaxie de cet auteur talentueux et toujours fin dans ses observations psychologiques. Tout juste réédité sporadiquement ensuite dans les volumes de la Grande Anthologie de la science-fiction, Coppel aurait bien mérité son propre recueil.


Un personnage balloté de bout en bout - à l'exception momentanée d'un audacieux combat contre des bêtes cosmiques surpuissantes, mais d'une audace qui frise l'inconscience et qui n'exige aucune ruse qui saurait nous rendre admiratifs… Cette deuxième partie de L'enfant des étoiles renforce l'impression que nous avons à faire avec un anti-héros falot et insipide. Reste à espérer qu'il ne s'agisse pas en vain de cruauté gratuite de la part de Frederik Pohl et Jack Williamson.

08 juillet, 2026

Galaxie (2eme série) n°023 – Mars1966

Galaxie mise toujours autant sur ses piliers, mais les points forts de ce numéro ne sont pas, ou pas encore, les vedettes. On appréciera davantage Philip Dick ou Jack Sharkey que Williamson ou McIntosh, avec tout le respect que nous devons pourtant à ces grands anciens.

Ah, enfin, la voilà cette foutue fusée !

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Sommaire du Numéro 23 :


1 - Frederik POHL Jack WILLIAMSON, L'Enfant des étoiles (1) (Starchild, 1965), pages 4 à 64, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par Gray MORROW

2 - Philip K. DICK, Simulacre (Precious Artifact, 1964), pages 65 à 80, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH

3 - Lester DEL REY, Le Dernier Terrien (The Last Earthman, 1965), pages 81 à 89, nouvelle, trad. René LATHIÈRE

4 - J. T. McINTOSH, Fric-frac sur Vokis (No Place for Crime, 1959), pages 90 à 123, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par Dick FRANCIS *

5 - Jack SHARKEY, Journal de bord (The Dope on Mars, 1960), pages 124 à 140, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par Wallace (Wally) WOOD *

6 - Keith LAUMER, Mort aux vermines ! (A bad day for vermin, 1964), pages 141 à 147, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

7 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 148 à 149, bibliographie

8 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 154 à 155, courrier

9 - (non mentionné) , Résultats du référendum sur le n° 21, pages 159 à 159, notes 


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.



Galaxie en annonce la fin au prochain numéro, mais il reste deux parties encore après cette première ouverture de L'enfant des étoiles. Curiosité de l'édition, ce roman fait suite aux Récifs de l'espace que Galaxie publia dans ses numéros 6, 7 et 8, mais sera le premier publié en volume (Le masque science-fiction n°44 - 1976) ; il faudra attendre 1978 pour voir le premier opus publié en volume, et chez un autre éditeur (Press Pocket), ce qui fera dire à Jean-Pierre Andrevon dans le Fiction n°276 : " … en l'absence du premier volet, l'action décrite dans le second (...) restera tout à fait incompréhensible à qui n'aurait pas eu connaissance du premier. "
En effet, non seulement ce deuxième mouvement reprend les éléments du premier (les décors principaux, les antagonismes entre Machine toute puissante et planificatrice et Rebelles vivant leur utopie collectiviste au-delà de son influence dans les récifs de l'espace), mais encore on ne découvre rien de très nouveau ici - le héros, par exemple, est de nouveau un bleu à déniaiser. Cependant, les auteurs ne se sont pas encombrés à rappeler les éléments d'explication du roman précédent (ce qui aurait alourdi la narration, vive et directe). Mais même avec la souvenance du premier opus, on sera tout de même surpris par l'incursion de quelques éléments d'appartenance plutôt fantastique : revenant, prophétie, apparition - disparition… Pas du meilleur cru, ainsi, pour Frederik Pohl et Jack Williamson, mais le scénario reste somme toute bien ficelé comme une petite série Star Wars ou une plaisante aventure solo de jeu de rôles.


Chaque nouvelle parution d'un récit de Philip K. Dick dans les pages de Galaxie peut aussi laisser ce sentiment de déjà-vu, mais force lui en est d'avoir été constant dans ses thématiques, que nous nous réjouissons de voir s'inventer et se préciser d'une histoire à l'autre sur cette période des années 60.

" (...) je suis sur Terra pour des raisons sérieuses. Mon intention est de démontrer que ce sont en réalité les Proxiens qui ont gagné la guerre et que nous, les quelques Terriens survivants, nous sommes les esclaves de Prox et nous travaillons pour…» Il se tut. Il n'y avait rien à faire. "

On retrouve par exemple dans cet extrait l'un des motifs favoris de Dick, celui-ci sera même l'amorce du Maître du Haut-Château. En voici un autre :
" L'écureuil l'entendit. Il dressa les oreilles ce qui évoqua aussitôt dans l'esprit de l'homme un chat avec lequel il s'amusait jadis, un vieux matou somnolent qui leur avait appartenu, à son frère et à lui, à l'époque où Terra n'était pas encore aussi surpeuplée et où l'on avait le droit de posséder de petits compagnons familiers. "

On retrouve ici l'un des éléments principaux de son célèbre Blade Runner / Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques : le danger de perdre notre rapport aux animaux, et aux petits animaux tout particulièrement, qu'ils soient ou non domestiques (et ce n'est pas notre fidèle Ludo le hérisson - qui fêtait lors de la sortie de ce numéro ses trois ans - qui nous contredira sur ce point, n'est-ce pas Ludo ?).

Enfin, pour faire la jonction avec le précédent extrait :

« Et les animaux terriens ? Ont-ils tous disparu ? Le chien et le chat ? »

Mary jeta un coup d'œil aux deux gardes. Sans avoir besoin de parler, ils se comprirent en un éclair. « Après tout, cela vaut peut-être mieux, » fit-elle.

— « Qu'est-ce qui vaut mieux ? »

— « Que vous voyiez. Nous ne pensions pas que vous tiendriez aussi bien le coup. Vous avez le droit de voir. » Elle ajouta : « Oui, Milt, le chien et le chat ont survécu. Ils se sont réfugiés dans les ruines. Venez avec moi. »

Il la suivit, le cerveau en ébullition. Mary ne se trompait-elle pas pour la première fois ? Avait-il vraiment envie de voir ? Pourrait-il supporter le spectacle réel de ce qu'on avait cru bon, jusque-là, de lui épargner ? 

Dick, on le voit, est très alerte pour illustrer les mouvement pendulaires de la paranoïa. Dans cette nouvelle intitulée Simulacre (ce terme sera grandement utilisé par les traducteurs de Dick, qui use ici du mot plus trouble d'artefact (artifact) et ne dévoile pas autant l'aspect mimétique des choses ainsi définies), on explore avec lui toute la complexité de la reconstruction d'une Terre dévastée non pas d'un point de vue technique, mais sur le plan psychologique. La motivation d'aller de l'avant repose sur des espoirs : métissage des cultures l'une à l'autre étrangères, survivance de quelques espèces animales qu'on pourrait conserver dans des réserves, compagnonnage et instinct de protection, et surtout : avoir à faire avec des êtres vivants et non point des robots. Bien entendu, la mélancolie qui accompagne ces espoirs n'est pas absente mais ne s'articule pas sur de la nostalgie - le "retour de la douleur" dans son sens premier - mais sur un espoir plus vaste qu'un nouveau monde vivant surgira de cette reconstruction - dusse-t-il dépendre à sa base d'un mensonge, mais un mensonge structurant. C'est toute la problématique du territoire américain souffrant du génocide amérindien, ou celle du territoire européen restructuré par les promesses d'abondance du Plan Marshall qui sont ici évoquées, peut-être inconsciemment chez Dick, mais qui témoignent tout de même de la sensibilité et de la lucidité rares dont nous fait profiter ce grand auteur.

Le dernier terrien de Lester del Rey est une jolie petite nouvelle qui nous démontre gentiment la préciosité de notre planète mère. Concis et émouvant.



On retrouve J. T. McINTOSH dans Fric-frac sur Vokis, une histoire policière d'arnaque et de vol, sur une planète dont l'opulence attire les escrocs, mais aux méthodes policières réputées infaillibles. Le plan du vol parfait est un peu alambiqué et repose sur une mutation psi (la téléportation), mais l'ensemble n'est finalement que peu SF.


Vient ensuite un Journal de bord tenu par un reporter chargé de couvrir la première expédition sur Mars ; on y découvre les martiens (et on retrouve le goût de Jack Sharkey pour les métabolismes extraterrestres), et l'on rit de la naïveté du ton, des mésaventures de l'équipage et de la grogne permanente qui sévit entre ses membres dont chacun méprise la spécialité de l'autre. 

Dans Mort aux vermines !, une délibération de justice doit faire état du statut de criminel ou non de l'homme qui a assassiné le premier extraterrestre venu visiter la Terre - et que son assassin a considéré comme "une vermine". Keith Laumer joue avec une cascade de dominos qui ébranlent tout le système pénal.



Dans le Courrier des lecteurs, nous retrouvons le fidèle Henri Michaux de Versailles (le poète vivait, lui, à Paris, mais sait-on jamais...). C'est toutefois en réponse à un autre lecteur que nous pouvons lire cette petite note de la rédaction qui nous éclaire sur les rapports entretenus entre Galaxie et Fiction (dont les équipes rédactionnelles sont sensiblement clonées) :

Nous l'avons déjà dit à plusieurs reprises : nos deux revues sont complémentaires. Les chroniques qui donnent un « ton » à Fiction seraient déplacées dans Galaxie. Fiction se veut plus sérieux, Galaxie plus distrayant. Mais l'une et l'autre des revues nous semblent faites pour satisfaire à la fois tout amateur de science-fiction un tant toit peu éclectique.


Nous voilà avoir dépassé ce mois de juin 2026 le cap des 130 000 vues. Nous ne sommes pas peu fiers d'être suivis par de si nombreux visiteurs. A vous toutes et tous : MERCI de votre intérêt.

21 juin, 2026

Cadeau bonus : Fiction Spécial n °8 : L'Âge d'or de la science-fiction - Astounding 1ère série, 1940-1947 (Décembre 1965)

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Prévu pour le mois de Novembre 1965, et donc mentionné comme un numéro 144 bis, c'est avec un petit mois de retard que parait le Fiction Spécial n°8. Quelle n'est pas notre surprise de constater un revirement dans la politique éditoriale, qui s'était déclarée vouloir développer le champ de publication d'une science-fiction européenne (et forte de 4 anthologies consacrées aux auteurs français ainsi qu'une aux auteurs italiens).
Car c'est la science-fiction à l'américaine, et celle datée des années 1940 qui plus est !, qui est mise à l'honneur, à travers un choix des nouvelles les plus marquantes parues dans la revue "Astounding", pionnière du genre, sous le titre "L'Âge d'Or de la science fiction".

On ne saurait jamais assez questionner la notion "d'Âge d'Or", toujours acoquinée d'une appartenance à "l'originel" (la faute à Hésiode !), comme si tous les développements ne valaient jamais l'original, n'arrivaient jamais à le surpasser, ni même l'égaler. Le 4ème de couverture évoque même "La science fiction à son sommet", signifiant par-là que tout le reste depuis n'est que dégénérescence ou descente dans les bas-fonds (de la qualité, sous entendu).
Argument publicitaire sans aucun doute, mais qui ne manque pas de jeter le trouble dans le rôle que désire afficher la revue dans la promotion d'un genre encore peu admis en tant que tel, en France du moins, dans les rangs de la littérature générale (et chez les grands éditeurs français). Un tant soit peu "réactionnaire" dans son choix, donc, ce numéro Spécial sera même le premier d'une longue série d'anthologies consacrées aux auteurs outre-atlantiques d'antan.

En réalité, les huit nouvelles qui constituent cette anthologie ne reflètent pas entièrement le choix de l'équipe française de Fiction. Il s'agit de la traduction d'une anthologie américaine célébrant la revue de John W. Campbell : "The first Astounding S. F. anthology". L'ensemble est traduit par un Pierre Billon qui a dû travailler d'arrache-pied pour livrer (presque) à temps la matière que voilà, et qui, avouons-le tout de même, est de bonne, voire de très bonne qualité.

Sommaire du Fiction Spécial n°8 :
1 - (non mentionné) , Introduction, pages 5 à 6, introduction
2 - Robert HEINLEIN, Il arrive que ça saute (Blowups Happen, 1940), pages 9 à 55, nouvelle, trad. Pierre BILLON
3 - Jack WILLIAMSON, Le Renégat (Hindsight, 1940), pages 56 à 75, nouvelle, trad. Pierre BILLON
4 - Alfred Elton VAN VOGT, Le Caveau de la bête (Vault of the Beast, 1940), pages 77 à 103, nouvelle, trad. Pierre BILLON
5 - Lyon Sprague DE CAMP, L'Exalté (The exalted, 1940), pages 105 à 128, nouvelle, trad. Pierre BILLON *
6 - Lewis PADGETT, Point de rupture (When the Bough Breaks, 1944), pages 129 à 155, nouvelle, trad. Pierre BILLON *
7 - Henry KUTTNER, Combat de nuit (Clash by Night, 1943), pages 157 à 217, nouvelle, trad. Pierre BILLON *
8 - Murray LEINSTER, Premier contact (First contact, 1945), pages 219 à 252, nouvelle, trad. Pierre BILLON
9 - Eric Frank RUSSELL, Violon d'Ingres (Hobbyist, 1947), pages 253 à 286, nouvelle, trad. Pierre BILLON

* Nouvelle restée sans publication postérieure à celle présentée ici.

FICTION présente son nouveau numéro Spécial :

L'introduction tout d'abord ...

Dans l’histoire de la science-fiction américaine, 1937 est une date déterminante : c’est celle à laquelle John W. Campbell devint rédacteur en chef de la revue Astounding Science Fiction. Celle-ci existait déjà depuis sept ans, mais c’est seulement sous l'impulsion de Campbell qu'elle devait prendre une importance capitale, et occuper la place qui fut la sienne entre 1940 et 1955 : celle de la meilleure revue américaine dans ce domaine.

Avant Campbell, il n’existait pas de magazine de science-fiction sérieux digne de ce nom. Avec lui, le nom même de Astounding devint le symbole d'une science-fiction adulte, cohérente, scientifiquement vraisemblable, empreinte d’un souci de réalisme : caractéristiques qui firent prendre au genre un tournant décisif et le marquèrent durablement.

Parmi les auteurs découverts par Campbell à cette époque et publiés en vedette par Astounding, figurent la plupart des grands maîtres de la science-fiction : Robert Heinlein, Isaac Asimov, A. E. van Vogt, Clifford D. Simak, Theodore Sturgeon, Henry Kuttner, etc. Sans compter ceux qui, tels Jack Williamson ou Murray Leinster, avaient fait leurs débuts auparavant mais écrivirent dans Astounding leurs œuvres les plus achevées.
On peut donc bien, en se référant à la carrière de ce magazine prestigieux, parler d'un Age d'Or de la science-fiction : l’époque où celle-ci s'affirma pour la première fois comme un genre littéraire.

De cet Age d'Or, une image est offerte pour la première fois par cette anthologie, où sont groupés huit grands récits publiés dans Astounding entre 1940 et 1947. (Une seconde anthologie, à paraître l’année prochaine, regroupera des récits publiés de 1947 à 1951.)

... et le quatrième de couverture :

LA SCIENCE FICTION A SON SOMMET

La science-fiction nous entraîne
vers des planètes étranges,
vers les merveilles d'un lointain futur,
vers les horreurs possibles de la vie
sur Terre dans un siècle d'ici.
Les bases de la science-fiction moderne
furent jetées aux Etats-Unis
par le magazine Astounding
qui dans les années 1940
servit de tremplin à tous
les grands auteurs d'aujourd'hui.
Dans cette anthologie, vous trouverez
huit grands récits appartenant
à cet Age d'Or de la science-fiction,
huit récits dont les thèmes ont fait date.
Vingt années plus tard,
ces œuvres restent mémorables.

Un merveilleux stimulant de l'imagination !

L'avis du PReFeG :

Une chose frappe de prime abord : l'éblouissante distraction des auteurs américains de cet autoproclamé "Âge d'Or" envers un conflit qui ravageait l'Europe. Les quatre premiers récits datent de 1940, dont celui de Heinlein, qui, s'il parle d'énergie atomique, celle-ci ne semble dépendre que de la seule exploitation américaine de l'uranium ; s'il parle de bombe, ce n'est que pour décrire le moteur de la centrale atomique dont on redoute l'instabilité conceptuelle.
Jack Williamson quant à lui évoque peut-être, en cette même année 1940, le nazisme triomphant lorsqu'il met en scène des hordes de pirates devenus plus puissantes que les planètes-états, et donc inévitablement tentées par l'impérialisme, mais le héros qui leur désobéira ne le fera pas par idéologie, mais par patriotisme.
Les nouvelles de Van Vogt et de Sprague de Camp datant de cette même année renforcent cette impression que l'Amérique, alors, regardait ailleurs, et que la science-fiction de cet Âge d'Or n'avait pas pour mission d'extrapoler l'avenir à partir des éléments du présent, mais bien au contraire de distraire du présent avec des éléments imaginés pour l'avenir - soit toute la différence entre spéculation et fantasme.

Placer la nouvelle de Robert Heinlein Il arrive que ça saute en toute première position est sans doute ce qui induit le plus cette impression d'une Amérique distraite. Le choix du thème de la nouvelle de Heinlein - l'énergie atomique - est pourtant au cœur des préoccupations militaires de cette seconde Guerre Mondiale qui n'est, en 1940, pas encore arrivée au bout de ses atrocités. Nous avons là une étrange SF d'avant-guerre où la puissance atomique n'est pas déjà envisagée comme une arme, même dissuasive. Heinlein nous dépeint un futur (à travers les cabines de métro individuelle et les super véhicules qui transporte les protagonistes en un éclair) dispendieuse en énergie par sa technologie, mais qui n'a pas dépassé le stade de la recherche sur la fission de l'uranium. S'ensuit un récit sans doute un peu naïf sur les dangers réels d'une centrale atomique, mais dont le risque de panne ou d'explosion ne résulterait que d'un défaut de surveillance humaine, ou de la névrose qui toucherait les ingénieurs, surveillants eux-mêmes surveillés par des psychiatres toujours sur leurs talons. Pas vraiment de la SF donc, du moins de nos jours, mais bien plutôt du retrofuturisme un peu trop didactique pour parvenir à nous emmener très loin dans les anticipations.
On pourrait reprocher aussi la morgue et le grand sérieux un peu naïf avec lequel Heinlein aborde son récit (on le connait heureusement plus léger, notamment dans ses récits adressés à un plus jeune public). Le passage suivant, par exemple, qu'on pourrait juger humoristique, du moins satyrique, ne l'est en fait pas du tout  :

Il leur exposa le schéma d’un projet de campagne de propagande à l’échelle nationale, telle qu’une grande firme de publicité en pouvait entreprendre couramment. Elle était complète jusqu’au moindre détail : émissions radiophoniques, tracts, publicité dans les journaux et les magazines avec éditoriaux de commande, « comités de citoyens » factices et – chose importante entre toutes – une campagne de bouche à oreille et une organisation de lettres au Congrès. Chaque homme d’affaires présent savait d’expérience comment tout cela fonctionnait.
On retrouvera ce type de plan de propagande souvent joliment moqué par Frederik Pohl et Cyril Kornbluth - dans Planète à gogos, par exemple.
Quoi qu'il en soit, Heinlein, malgré un style ici très bavard, connait déjà son métier et arrive tout de même à produire un texte agréable à suivre.

Le fait de pouvoir changer depuis l'avenir le cours du passé et ainsi remodeler des batailles perdues en victoire, cela serait une arme redoutable. Mais n'y a-t-il pas des facteurs qui échappent au jeu des causes et des conséquences ? Voilà la question posée par Jack Williamson, dans Le renégat, et qui semble rendre inéluctable la marche des événements…

Dans Le caveau de la bête, A. E. Van Vogt reprend à son compte l'idée de Campbell (in La chose d'un autre monde) d'un envahisseur métamorphe extraterrestre, et place le lecteur en témoin de son intimité intérieure. Comme toujours chez cet auteur, les enjeux sont énormes, toujours trop, et un seul homme parvient à déjouer tous les pièges. On adhère ou pas.

Dans la série des nouvelles "Moquons allègrement la morgue des grandes universités et leurs pompeux professeurs", après les écrits de Reginald Bretnor ou de Robert Abernathy, par exemple, Lyon Sprague de Camp et L'exalté proposent une jolie collection d'inventions farfelues mais qui pourraient toutes se prétendre sujet d'une nouvelle chacune. Inepte, on jugera même certains aspects de la traduction - comme le langage de l'ours parlant - un peu déplacés, mais l'ensemble demeure cocasse.

" L’humour n’est pas un sens inné, mais il se développe essentiellement sur le fond de cruauté qui existe chez la plupart des individus. Plus un intellect est primitif, plus son sens de l’humour est élémentaire. Il est probable qu’un cannibale s’amuserait prodigieusement de voir sa victime se débattre dans la marmite. Un homme glisse sur une peau de banane et se rompt le cou. À ce moment, l’adulte cesse de rire ; l’enfant, pas. Une situation embarrassante est tout aussi pénible pour un individu civilisé que la douleur physique. Un bébé, un enfant, un crétin sont incapables de pratiquer l'altruisme. Aucun d’eux ne peut s’identifier avec un autre individu. Il manifeste un regrettable égotisme ; son comportement est régi par des règles entièrement arbitraires et le contenu de la poubelle, répandu à travers la chambre à coucher, ne semblait nullement comique aux yeux de Myra et de Calderon. "
De l'humour, certes ; mais on retrouve aussi deux des thèmes de prédilection du couple Lewis Padgett : les enfants qui s'adonnent aux dangereuses expériences que leur alloue une intelligence hors-norme, ainsi que la machine infernale de la fatalité dont le ressort est remonté à bloc, mais qui n'empêche pas l'audace humaine de tenter d'en enrayer la marche et d'atteindre le Point de rupture.

A noter : cette nouvelle datée de 1941 par la revue, a été publiée originellement en novembre 1944, dans le même numéro d'Astounding qui édite "Killdozer" de Theodore Sturgeon.

On croirait lire du Poul Anderson : même application à rendre crédible un monde - ici celui des bases sous-marines de Vénus, même sens des péripéties aux enjeux croisés dans des batailles qui font rage d'une part entre armées, et d'autre part aux fins fonds d'un protagoniste encerclé par ses contradictions... Mais dans Combat de nuit, la guerre n'est pas perçue comme un élan vital, la victoire a l'amertume des vanités, et le combat ne vaut que par l'absurdité de sa cause. Une bonne novella de Henry Kuttner demeurée introuvable depuis.

Premier contact : une première rencontre entre terriens et extraterrestres a lieu dans les circonstances particulières d'explorations spatiales. Or, chaque corps de vaisseau se doit de ne rien révéler de son berceau d'origine avant que ne puisse s'installer une confiance réciproque et inconditionnelle, conditions éminemment rares et périlleuses. La nouvelle tourne et retourne ce problème dans tous les sens pour chercher à éviter l'inévitable conflit, jusqu'à... Un bel hymne à l'amitié entre les peuples du vétéran du genre Murray Leinster.

Tel Robinson Crusoé, un explorateur patenté se retrouve naufragé sur une planète étrangère, loin de toute route galactique, et sans pouvoir ni se localiser, ni repartir. Une première énigme s'impose à lui, puis une autre… Le récit suit des péripéties de raisonnements et de sang-froid extraordinaires, qui pourraient paraître un peu factuels et froids s'il n'y avait pas la présence cocasse de Laura, un beau perroquets ara au langage bien fleuri. Une belle nouvelle bien équilibrée d'Eric Frank Russell, dont la raison d'être du titre, Violon d’Ingres, ne se dévoile qu'à la toute fin.

On terminera sur une petite note de la rédaction à propos de cette nouvelle, écrite après-guerre, et qui semble faire état d'une science-fiction déjà différente de celle des années passées : " Son récit est l’un des plus curieux et des plus recherchés du présent numéro, et il annonce sans contredit un type nouveau de science-fiction à résonances psychologiques, tel qu’il commençait à se dessiner à la fin des années 1940. " Ceci annonce surtout le second volet de cette anthologie de la revue Astounding, et qui fera l'objet du Fiction Spécial n°9 (n°150 bis de mai 1966), mais où l'on verra aussi que les considérations littéraires seront axées sur un autre pôle : la Guerre Froide et la peur de l'extinction massive de l'espèce humaine...

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