Affichage des articles dont le libellé est J.J.Bridenne. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est J.J.Bridenne. Afficher tous les articles

31 juillet, 2024

Fiction n°073 – Décembre 1959

Dernier numéro des années 50 pour le PReFeG et la revue Fiction ; on pourra y lire une critique très particulière du Prix Jules Verne 1959, attribué à Daniel Drode et son roman "Surface de la planète". La dernière partie du roman de Nathalie Henneberg, "An premier ère spatiale" accompagne quelques autres longues nouvelles.

Clic droit Médor !
 

Sommaire du Numéro 73 :

NOUVELLES

 

1 - Robert F. YOUNG, L'Ascension de l'arbre (To Fell a Tree, 1959), pages 3 à 35, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH

2 - Julia VERLANGER, Le Cube, pages 36 à 45, nouvelle

3 - Gordon Rupert DICKSON, Noël sur Cidor (The Christmas Present, 1958), pages 46 à 53, nouvelle, trad. Elisabeth GILLE *

4 - Michel EHRWEIN, Mon ami de loin, pages 54 à 55, nouvelle *

5 - Jay WILLIAMS, Le Moindre mal (Operation Ladybird, 1959), pages 56 à 75, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH *

6 - Charles HENNEBERG, An premier, ère spatiale, pages 76 à 117, roman

7 - Michael FESSIER, Une vraie chatte (Bewitched, 1958), pages 118 à 129, nouvelle, trad. Catherine GRÉGOIRE *

 

CHRONIQUES


8 - Alain DORÉMIEUX & INTERIM & Igor B. MASLOWSKI, Ici, on désintègre !, pages 131 à 136, critique(s)

9 - Roland STRAGLIATI, Gaston Leroux au Théâtre Gramont ou Les mystères de la rue Gérando, pages 137 à 139, critique(s)

10 - COLLECTIF, Tribune Libre, pages 141 à 142, article

11 - (non mentionné), Table des récits parus dans "Fiction" - 2e trimestre 1959, pages 144 à 144, index


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

Avec L'ascension de l'arbre, Robert F. Young nous propose une novella sur un sujet très singulier, où la symbiose avec un arbre gigantesque et vénérable pose maintes questions.

Le cube révèle une petite chronique de la haine ordinaire, un peu gratuite cependant, malgré un bon style bien ambiancé de la part de Julia Verlanger

Une petite fable sur le don et sa gratuité qui pourrait être impossible à comprendre pour des espèces extraterrestres : c'est  Noël sur Cidor par un Gordon R. Dickson plus sérieux qu'à l'accoutumée.

Mon ami de loin est une petite histoire de vampire et de son emprise vécue depuis sa victime, transcrite par Michel Ehrwein.

Jusqu'où doit-on respecter le vivant ? Jay Williams propose avec Le moindre mal une nouvelle assez trépidante qui aurait pu être développée davantage.

Nous n'avons pas demandé à naître mutants, la nature nous a doués d'effrayantes facultés ; il est possible que, dans ce monde dévasté, nous soyons la relève d'une humanité mourante. Et vous cherchez à nous détruire, parce que vous avez peur… (An premier, ère spatiale - Chapitre XI, extrait)

Une troisième et dernière partie pour An premier, ère spatialeoù l'action s'avère guidée par un grand désespoir. Toujours du style, mais une fin peut-être un peu bâclée, par une Nathalie Henneberg soucieuse du sort de ses mutants atlantes.

Une vraie chatte, pour finir, est une petite romance drolatique et sans prétention, par Michael Fessier cette fois correctement orthographié dans la revue. 


Nous l'évoquions en préambule, le Prix Jules Verne 1959 décerné à "Surface de la planète" par le nouveau venu Daniel Drode est assez vertement critiqué (désintégré) dans la revue des livres. Nous vous proposons de lire cette critique :

ICI ON DÉSINTÈGRE !

SURFACE DE LA PLANÈTE, par Daniel Drode 

(Hachette, « Rayon Fantastique »).

 

Clic droit pour votre copie en epub.
Lorsque le lecteur en arrive à la page 254, poussé soit par l'amour de la science-fiction, soit par une névrose quelconque, en général il s'effondre, terrassé.

Cependant, malgré l'ennui profond, malgré la lecture difficultueuse, malgré le style « nouveau » que l'auteur à tenu à infliger au malheureux qui s'est égaré le long des pages, celui-ci ne pourra se défendre d'un certain complexe à l'égard de ce livre et ne saura jamais se libérer d'un doute quant à l'admiration ou à la terreur qu'il doit éprouver en définitive à son égard.

Dans tout jugement de valeur réside une part de subjectivité. Il est dommage que « Surface de la planète » ait obtenu le prix Jules Verne, car il aurait alors pu acquérir les suffrages d'admirateurs qui les lui refusent en raison du label de qualité entraîné par cette distinction.

Le fond de l'œuvre importe peu. Visiblement Daniel Drode est un homme à la mentalité lourdement chargée de pessimisme, ce dont il n'a pas voulu se disculper dans son premier ouvrage ; le visage humain lui est un insupportable affront, son contact lui lève le cœur, et « Surface de la planète » est tout imprégné de cette répulsion ; c'est une misanthropie-fiction.

La forme semble être la seule préoccupation de l'auteur. Le style, c'est l'homme, à la lecture, Drode apparaît comme un personnage aux multiples facettes, empruntées aux personnalités de Alain Robbe Grillet, Lewis Carroll, Raymond Queneau…

On ne peut en aucun cas reprocher à un écrivain les influences qu'il a subies au cours de ses lectures précédentes ; il n'est donc pas question de démonter systématiquement la mécanique littéraire de ce livre en accusant son auteur de plagiat. Il est cependant regrettable que Drode n'ait pas su intégrer plus intimement le style des écrivains dont il s'est fait le continuateur et qu'il ne nous ait livré qu'un pénible devoir de vacances, souvent truffé de barbarismes et de solécismes qu'il aurait pu éviter en se traduisant lui-même.

Le héros de l'histoire est le fruit d'une civilisation souterraine que les dirigeants de la Terre ont été amenés à fonder à la suite de la pollution atomique de la surface, civilisation où chaque homme est enfermé dans une cellule, isolé de ses congénères, n'ayant pour toute fenêtre sur l'extérieur que les « visions » – sorte de cinéma sensoriel –, pour tout moyen de communication que le « phone », pour toute nourriture que des tablettes. À la suite du dérèglement progressif du Système, les humains sont amenés à fuir leur prison et à gagner l'air libre dont la radioactivité est maintenant nulle.

Le héros est désormais décanté des contraintes extérieures que lui imposaient une société fondée sur la promiscuité ; il parle un langage concis, débarrassé des miasmes de la métaphore. Un jour, il rencontre un survivant des temps anciens, les deux hommes échangent quelques idées et l'ex-habitant du Système conclut : la nature peut donc souiller l'être humain à tel point qu'il pique son cerveau d'idées fixes et encrasse son langage de termes inutiles…

Par la suite, nous découvrons avec stupéfaction (l'histoire est contée par le héros) un texte farci d'images, quelquefois belles d'ailleurs, sans rapport avec les normes d'un langage basé sur la précision, jusqu'à la fin du livre qui prend la forme d'un poème, avec tous les désordres stylistiques de la confusion mentale que de nos jours ce terme implique.

Certes, « Surface de la planète » représente une tentative intéressante dans le domaine de la science-fiction ; c'est le premier essai d'une symbiose entre ce qu'il est convenu d'appeler la littérature d'avant-garde et le genre qui nous préoccupe. C'est également un ratage au niveau des ambitions de l'auteur. Non seulement ce langage, ce style nouveau, ne convainc pas une seule fois, non seulement son élaboration n'a pas été assez minutieusement préparée, mais le thème même du livre n'offre réellement aucun rapport original. Encore une fois nous assistons, après une brève introduction dans le monde souterrain, à une errance sans but sur la surface de la planète qui se traduit par des descriptions quasi préhistoriques. Les ingrédients qui auraient pu pimenter l'histoire sont extrêmement fades : les mutants, survivants superficiels des explosions nucléaires, n'offrent aucun pittoresque ; les êtres bidimensionnels qui apparaissent à la fin de l'ouvrage en sont rapidement évincés.

Il en est de même pour les problèmes que suggérait « Surface de la planète » ; ils sont escamotés. Et l'on pense en particulier aux relations entre hommes et femmes, aux buts du Système, aux interférences entre les mutants et les hommes, les hommes et les êtres bidimensionnels, etc. L'auteur esquisse des hypothèses, ne se livre jamais à la démonstration et refuse énergiquement de conclure.

Lorsque nous apprenons à la dernière ligne que toute cette histoire n'était que le fruit des « visions », nous comprenons enfin que Daniel Drode vient de rêver le livre qu'il aurait voulu faire et qu'il écrira peut être un jour, du moins nous l'espérons.

Intérim.

Voilà une bien mystérieuse signature (qui paraphera également la recension de la "Ville de sable" de Marcel Brion dans ce même numéro). A ce propos, lors de la réédition dans sa collection "Ailleurs et demain" chez Robert Laffont en 1976, Gérard Klein précisera ceci :

La revue Fiction qui défendait, souvent avec bonheur du reste, dans ses pages critiques, les couleurs de la Science-Fiction, du Fantastique et de l'Insolite, condamna sans réserves l'hérétique. Sans réserves, mais peut-être avec une angoisse teintée de lucidité quant à l'avenir, car le compte rendu qui parut dans le numéro 73, daté de décembre 1959, fut signé Intérim pour la seule fois, croyons-nous, dans l'histoire de Fiction. (…) Il est bien tentant pour l'historien scrupuleux de chercher qui se cacha sous cet Intérim précautionneux. Malgré mes recherches diligentes, je ne suis parvenu à aucun résultat concluant, le plus irritant étant que je l'ai presque certainement su mais que je l'ai complètement oublié. Quant à ceux qui parlent, selon le dicton, ils ne savent rien, et ceux qui savent se taisent.

Qui fut "Interim", nous ne le saurons donc guère. Une mention  de cet ouvrage, au passage, dans une plus tardive critique de Demètre Ioakimidis ("Le traitement, en revanche, pèche par la facilité : un style à la syntaxe torturée et à la ponctuation arbitraire qui risque de rappeler Surface de la planète à ceux qui n'ont pas eu la bonne fortune de bannir ce livre de leurs mémoires." - in Fiction n°135 - Février 1965, à propos du style expérimental d'une nouvelle du recueil Stimulus de John Brunner), et le fait qu'en ce mois de Décembre 1959, Ioakimidis soit un petit nouveau dans la revue, pourrait justifier qu'il signasse "Intérim" pour une toute première notule de ce genre. (note additionnelle du 26/01/2026)

Qui est Daniel Drode ? L'auteur lui-même publiera cette notice autobiographique : 

DANIEL DRODE

Naissance : le 31 octobre 1932, à Cambrai (Nord).

Quelques années plus tard, une découverte dans le grenier : Le Roi de la Cordillère, de Courteville – robots, rayon de la mort, etc. – Le point de départ est là, sans aucun doute.

Survient la guerre, l’exode (ILS arrivent toujours par le Nord).

Retour au grenier, qui contient d’autres merveilles : les Tallandier Bleus. Peu de goût pour les histoires d’Indiens, beaucoup pour La révolte des monstres, Le monde de l’abîme, La conquête de l’étoile…

Ensuite, place aux astronefs et aux dinosaures du Rayon U (et comme il y a Pim Pam Poum au verso, c’est le bonheur complet).

Là-dessus, les bombes. Le grenier en réchappe de justesse, et son contenu. Nouvelle évacuation en attendant la fin de la guerre.

Cinq ou six ans plus tard, invasion des Insurpassables : les Williamson, les Simak, les Asimov… Une idée : écrire de la S.F., mais pas de la même façon qu’eux. D’où Surface de la planète.

Pas très sérieux, ces histoires de Martiens et de soucoupes volantes. Par contre, la guerre d’Algérie…

Au retour, un peu d’écriture, épisodiquement : quatre nouvelles dans FICTION.

Et puis c’est le grand silence, pendant des années. (Prof d’histoire-géo au Havre).

À présent, plus moyen de dormir, avec le bruit que fait la S.F. dans ce pays, un bruit bien agréable du reste.

Biblio :

— Surface de la planète (RAYON FANTASTIQUE, Hachette), 1959.

— La rose des énervents (nouvelle, FICTION SPÉCIAL 2), 1960.

— Quatre-en-un (nouvelle dans AILLEURS 31, 1960, reprise dans FICTION 88 (mars 1961).

— Dedans (nouvelle, FICTION SPÉCIAL 4), 1963.

— Ce qui vient des profondeurs (nouvelle, FICTION SPÉCIAL 12), 1967.

En outre : articles sur la SF et poèmes, dans AILLEURS principalement. Plus : quelques contes et fantaisies dans des fanzines.

(notice rédigée par Daniel Drode lui-même pour l'anthologie "Retour à la terre" n°2, publiée chez Denoël - Présence du Futur n°216,  par Jean-Pierre Andrevon - 1976)

Dans son numéro 75, Fiction fera paraitre une réaction de Gérard Klein qui sera sans doute le seul à prendre la défense de Drode (et qui d'ailleurs le republiera dans sa collection "Ailleurs et demain").

TRIBUNE LIBRE 

À PROPOS DE « SURFACE DE LA PLANÈTE »

Une mise au point de Gérard Klein

Dans un article paru dans le numéro 73 de « Fiction », un certain Intérim s'en prenait au roman de Daniel Drode, « Surface de la planète », et sous couleur de traiter avec bienveillance ce livre, lui décernait quelques compliments d'une singulière ambiguïté.

Il reprochait notamment, dans la mesure où j'ai pu le comprendre, et son style et son pessimisme, à Daniel Drode. Il lui en voulait parce que son ton n'était point celui auquel Murray Leinster, Jimmy Guieu et Richard-Bessière nous ont habitués à force de prouesses littéraires, parce que son style avait fait quelques emprunts à celui de Raymond Queneau sinon à ce qu'il est convenu d'appeler le néo-roman.

Reproches considérables, on en conviendra. Car, comme chacun sait, les thèmes et le style de la science-fiction doivent être étroitement circonscrits. Il convient que tout roman de science-fiction soit écrit dans le style du XVIIIe siècle français et qu'il ne fasse jamais aucun emprunt à aucune mythologie moderne, sous peine de fatiguer intellectuellement un public épris de platitudes autant que d'habitudes.

Mais, toute ironie mise à part, le problème est grave. Il s'agit de savoir si la science-fiction est une littérature régionaliste comme la littérature provençale ou comme la poésie bretonne (contre lesquelles je n'ai rien), dotée d'un vocabulaire propre et d'un registre de thèmes limités. Il s'agit de savoir si les écrivains de science-fiction ont le droit de tenter certaines expériences, ou s'ils doivent se cantonner dans les voies certes éprouvées mais à coup sur peu glorieuses du roman populaire, ou de l'intrigue sentimentalo-technicienne.

Nous sommes quelques-uns à penser, Pierre Versins et Jacques Van Herp entre autres, que Daniel Drode a pris certains risques, mieux, qu'il a été le premier à les prendre en France. Comme le fait remarquer Stephen Spriel, Daniel Drode est le premier qui ait tenté de faire coïncider des idées et un style d'avant-garde.

Nul parmi les critiques ne considère que sa réussite a été totale. Mais certains, dont je suis, estiment qu'il y a un réel courage dans le fait de sortir des domaines soigneusement défrichés par les autres, et considèrent que ce courage comme l'intelligence dont a fait preuve Daniel Drode méritent, mieux que l'indulgence, une certaine admiration.

Nous vous proposons en bonus "Surface de la planète" au format epub, dans son édition de 1976 revue et corrigée par l'auteur, afin de vous en faire un avis personnel (le sempiternel clic droit sur la couverture située un peu plus haut). Pour notre part, le travail de Drode sur le langage a pu nous paraître un peu dépassé, après les "Orange mécanique" de Burgess ou les récits de J. G. Ballard, mais tous lui sont postérieurs. Pour ce qui est de la vision d'anticipation de ce monde souterrain coupé de la surface, nous vous renvoyons à un texte beaucoup plus ancien, plus court mais tout aussi extralucide : "La machine s'arrête" de E. M. Forster. 



Vous connaissez sans doute "L'ENCYCLOPEDIE DE L'UTOPIE, DES VOYAGES EXTRAORDINAIRES ET DE LA SCIENCE-FICTION", ouvrage monumental du passionné Pierre Versins. Son club de lecteurs, Futopia, en était le premier laboratoire. En témoigne cette note, émouvante à plus d'un titre :

Les activités du Club Futopia. 

Sous le titre de : « Les marges (fictions conjecturales d'expression française) » le Club Futopia commence la publication d'une Bio-bibliographie de la littérature fantastique française (comprenant toutes les formes du fantastique, y compris la science fiction et les œuvres préhistoriques). 

Cette bibliographie comportera mention détaillée de toutes les éditions de chaque œuvre (ceci s'appliquant aussi à chaque nouvelle parue en volume), les pseudonymes, des articles sur les collections et périodiques où a paru un pourcentage important d'œuvres intéressant le domaine envisagé, et sera suivie d'un Index par titres. 

Elle paraîtra sous forme de cahiers ronéotypés au format 29,5 X 21, chaque cahier étant affecté à une lettre de l'alphabet. La lettre A sortira en janvier 1960. Au fur et à mesure de la publication des lettres suivantes, paraîtront des Suppléments qui tiendront le lecteur au courant des dernières éditions, et comporteront les addenda et corrections inévitables. 

L'ensemble, étalé sur plusieurs années, formera un volume dont l'épaisseur est imprévisible, mais dont le prix, pour les membres du Club, ne dépassera pas : F suisses 25. – (F français 3 000 F.), chaque fascicule revenant à F suisse 1, – (F français 120.) Ce prix est doublé pour les non-membres. 

Les paiements s'effectueront à réception de chaque fascicule. On peut déjà s'inscrire sans aucuns frais, uniquement par carte postale adressée à Pierre Versins, Primerose 38, Lausanne (Suisse).

Oui, vous l'aurez compris, en cette fin d'année 1959, Versins prépare déjà son encyclopédie qui paraîtra en... 1972 !

21 février, 2024

Fiction n°060 – Novembre 1958

Jacques Sternberg et Nathalie Henneberg tiennent bien haut le niveau de ce numéro 60 de Fiction, avec quelques nouvelles bien concises et une déroutante novella de Jane Roberts.

 

Un clic droit post-apo?

Sommaire du Numéro 60 :


NOUVELLES

 

1 - Jane ROBERTS, Le Collier de marrons (The chestnut beads, 1957), pages 3 à 27, nouvelle, trad. Bruno MARTIN

2 - Jacques STERNBERG, Marée basse, pages 28 à 36, nouvelle

3 - Les COLE, Mystère en trois temps (Tripod, 1957), pages 37 à 44, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE *

4 - Theodore R. COGSWELL, Raccords (Thimgs, 1958), pages 45 à 56, nouvelle, trad. Roger DURAND *

5 - ARCADIUS, Les Naufrageurs, pages 57 à 70, nouvelle

6 - Robert ARTHUR, Un caractère négatif (Obstinate uncle Otis, 1958), pages 71 à 78, nouvelle, trad. Roger DURAND *

7 - Charles BEAUMONT, Le Quadriopticon (The Quadriopticon, 1954), pages 79 à 100, nouvelle, trad. CATHERINE

8 - John SHEPLEY, Le Physique de l'emploi (Gorilla suit, 1958), pages 101 à 108, nouvelle, trad. Roger DURAND *

9 - Charles HENNEBERG, La Fusée fantôme, pages 109 à 122, nouvelle

 

CHRONIQUES


10 - Jean-Jacques BRIDENNE, Théo Varlet, prophète cosmique, pages 123 à 127, article

11 - Alain DORÉMIEUX & Gérard KLEIN & Igor B. MASLOWSKI, Ici, on désintègre !, pages 129 à 135, critique(s)

12 - Alain DORÉMIEUX, La Critique des revues, pages 136 à 137, critique(s)

13 - Alain DORÉMIEUX & F. HODA, Décadence des classiques / Un mythe rénové, pages 139 à 141, article

14 - Jacques BERGIER & Alain DORÉMIEUX, Aux frontières du possible, pages 143 à 144, chronique 

* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

La sorcellerie à l'œuvre dans Le collier de marrons, une déroutante novella loin des sentiers battus de la moralité et des happy ending. Après un temps de mise en place des éléments de son récit, Jane Roberts mêle fantastique (l'emprise des sorcières) et science-fiction (l'apocalypse atomique).

On ne saurait dévoiler l'issue de cette Marée basse de Jacques Sternberg, récit plus conventionnel qu'à son habitude, mais très bien mené et mêlant habilement émoi amoureux et frisson psychologique.

Mystère en trois temps : une petite histoire de voyage dans l'espace et le temps par Les Cole, que Fiction nous présente comme un paradoxe sans qu'il n'en soit rien.

Comme dans "Un souhait de trop", (in Fiction n°38) Theodore R. Cogswell s'amuse dans Raccords à faire prendre au pied de la lettre les souhaits présentés à un génie. La nature ici du génie est originale, tout comme le contexte de polar noir est parodique. Plaisant.

Les naufrageurs, ou l'étude cernée de péripétie d'une espèce vénusienne, par Arcadius (qui avait signé une première nouvelle sous le pseudonyme d’Allan George dans le Galaxie n°54). Une aventure honorable au style très classique, qui rappellera les théories de Charles Fort sur les formes de vie transparentes et atmosphériques.

« Les prophètes avaient peut-être, jadis, une foi capable de déplacer des montagnes. Mais mon oncle Otis possédait quelque chose de bien plus remarquable, semblait-il… un manque de foi qui pouvait les faire rentrer sous terre. »

 

Un caractère négatif, par Robert Arthur, est une très habile nouvelle au fond terrifiant mais d'un postulat irréductiblement simple, qui fera repenser à « Escamotage » de Richard Matheson (in Fiction n°29).

Dans Le Quadriopticon, l'idée de base d'un cinéma immersif tourne malheureusement un peu court, et Charles Beaumont se perd à parodier de la mauvaise SF. On passera, sans oublier de noter toutefois que la rédaction de Fiction y reviendra en Mai 1959, dans son numéro 66, avec la note suivante :

Le cinéma à 360°.

Dans notre numéro de novembre 1958, nous avons publié une nouvelle de Charles Beaumont, « Le Quadriopticon », basée sur une expérience de « cinéma total », et nous citions en référence, dans notre introduction à cette nouvelle, le cinéma à 360° qui était en démonstration à l'Exposition de Bruxelles. À cette occasion, un chercheur français, M. Jean-Pierre Desty, nous a signalé que le « cinéma circulaire » avait été conçu en détail par lui en 1953, sous le nom de « phonorama » (la presse française à l'époque : « Science et Vie », « Tout Savoir », etc., avait fait écho à ce projet). Nous avons eu sous les yeux les maquettes et les plans réalisés à ce moment par M. Desty. Hélas ! les Américains, auxquels il avait soumis le principe de son invention, l'avaient assimilée à une utopie !…

A peine fantastique, Le physique de l’emploi, petite pochade au ton naïf bien travaillé de John Shepley, fera un sympathique petit intermède, qui rappellera l'histoire de Chaplin perdant un concours de sosies de Charlot.

Un bon morceau que La fusée fantôme, ou la légende du Hollandais Volant revisitée par Nathalie Henneberg (sous le nom de son mari Charles), avec son lot de piraterie et d'êtres impossibles tels que les Androïdes Supérieurs, machines biologiques dépourvues d'émotions, du moins à échelle humaine.

 

On aurait pu penser Alain Dorémieux et Gérard Klein bons camarades, car partageant les mêmes centres d’intérêts et les mêmes postes au sein de la rédaction de Fiction. On sera d’autant plus surpris avec cet extrait de la Critique des revues, rédigé par Alain Dorémieux.

" La revue « Arguments » a consacré son numéro de septembre à un ensemble d’articles sur la science-fiction. La revue « Arguments » est une revue intellectuelle. On sait ce que cela veut dire. C’est une revue faite par des intellectuels pour des intellectuels. C’est dans cette conjoncture que la tentation du délire verbal se fait le plus sentir. 
Ici, les résultats dépassent l’attente. La recette est simple : employer un jargon fumeux et ampoulé, susciter à chaque phrase de vastes problèmes où il n’est question que de l’homme et de l’humain, de l’absolu et du transcendental, affecter de les résoudre du haut d’une tour d’ivoire philosophique, et manifester en toute chose une prétention dogmatique et un pédantisme insupportables. 
En l’occurrence, la science-fiction a donc servi de tête de Turc, prétexte pour chacun des concurrents en lice à faire son petit numéro personnel de dissertation. Pour cet exercice, (…) le prix d’honneur (revient) à Gérard Klein, dont l’exposé a pour titre « Rêver l’avenir et le construire » (mais ne faut-il pas soupçonner Klein d’avoir fait exprès de se parodier lui-même ?)

(…) Dans le numéro d’octobre de « Ailleurs », Pierre Versins s’est amusé à dresser un petit florilège de citations extraites des discours de ces messieurs. Mais il y a tant à citer que je puis à mon tour choisir des citations sans qu’elles recoupent celles de Versins. Voici donc quelques échantillons de cette prose immortelle :

 
(…)

« Il ne suffit pas de considérer un certain avenir comme le résultat logique d’une histoire encore à écrire. Il est nécessaire de le considérer dans son devenir, tel qu’il est, immense et inépuisable, et de le scruter à la fois avec une grande humilité quant aux possibilités de le décrire et avec un grand orgueil quant à ses potentialités qui sont les nôtres. »

Gérard KLEIN. 

 

« Cela expliquerait sa longue survie en d’autres termes que ceux exprimant une sorte d’hystérésis sociale, dans ce monde moderne qui est tissé de transformations et au sein duquel les données humaines elles-mêmes apparaissent comme fluides. Mais à certains signes, il semble précisément que cette idée ne soit plus indiscutée, que l’immanence de certains traits du monde humain, par exemple, se trouve en ce moment mise en question. »

Gérard KLEIN.

(…)
La conclusion à tirer de tout cela, s’il en faut une, sera la suivante : le Ciel préserve la science-fiction des intellectuels !

29 novembre, 2023

Fiction n°053 – Avril 1958

Pour la première fois, Jean-Claude Forest marque de son inimitable patte la couverture de Fiction – ce mois-ci avec une novella originale signée Ivan Efremov.


On clique droit sur Forest !

Sommaire du Numéro 53 :


NOUVELLES

 

1 - Damon KNIGHT, En scène ! (You're Another, 1955), pages 3 à 31, nouvelle, trad. Roger DURAND

2 - Robert SILVERBERG, La Sangsue (Warm Man, 1957), pages 32 à 42, nouvelle, trad. Suzanne RONDARD

3 - Gérard KLEIN, Le Visiteur, pages 43 à 46, nouvelle

4 - Robert SHECKLEY, Amour & Cie (Pilgrimage to Earth / Love, Incorporated, 1956), pages 47 à 58, nouvelle, trad. Alain DORÉMIEUX

5 - Mildred CLINGERMAN, La Sève de l'arbre (The wild wood, 1957), pages 59 à 67, nouvelle, trad. Yves RIVIÈRE

6 - Michel EHRWEIN, La Harpe, pages 68 à 72, nouvelle *

7 - Arthur Bertram CHANDLER, En cage (The Cage, 1957), pages 73 à 83, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH *

8 - Ivan EFRÉMOV, L'Ombre du passé, pages 84 à 117, nouvelle, trad. Harald LUSTERNIK

CHRONIQUES


9 - M. POLETTI, Entretien avec Ivan Efremov, pages 120 à 121, entretien avec Ivan EFRÉMOV

10 - Jacques BERGIER, L'Anticipation en U.R.S.S., pages 122 à 123, article

11 - N. RAZGOVOROV, En style « marronnier », pages 124 à 126, article

12 - Jean-Jacques BRIDENNE, Du temps où les bébés-lunes étaient encore dans les choux, pages 127 à 129, article

13 - Forrest J. ACKERMAN, La Science-fiction américaine en deuil (Henry Kuttner Obit / Tragedy of 1958, 1958), pages 130 à 131, article

14 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 133 à 137, critique(s)

15 - F. HODA, Résurrection de Frankenstein, pages 139 à 140, article

16 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 141 à 142, article

 

* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

On pourra penser au "Truman show" avec En scène !, de Damon KNIGHT, nouvelle toutefois un peu trop longuette pour le propos défendu. Correct toutefois.

Robert SILVERBERG prodigieux, au vu de son jeune âge, et de la maturité de style qui l’accompagne, avec La sangsue, une très belle nouvelle qui renouvelle le thème du télépathe qu'il développera encore à l'avenir. Un classique.

Poésie en prose pour Gérard KLEIN qui s'amuse de et avec les mots, dans Le visiteur.

La Terre est différente, mes amis. Vous autres, vous êtes spécialisés dans l'agriculture ? Eh bien, la Terre, elle, est spécialisée dans des choses aussi merveilleusement inutiles que la folie, la beauté, la guerre, l'intoxication, l'horreur et tout le reste à l'avenant, et les gens viennent de partout dans l'espace pour avoir des échantillons de ces produits-là.

Après « Le langage de l’amour » (in Galaxie n°47), Robert SHECKLEY traite encore une fois de la nature de l'amour, dans Amour et Cie ; après l'avoir légiféré, il en fait un marché qui n'a d'authentique que sa courte temporalité. Bien mené.

Mildred CLINGERMAN nous étonne dans La sève de l’arbre, en explorant un des thèmes sans doute des plus intéressants du fantastique, mais si difficile à manier : la dépersonnalisation, ici en plus réhaussé par une l’unité d'un point de vue sidéré. Le tout dans un conte de Noël sans mièvrerie.

Un nouveau venu qui fera aussi partie de l’équipe d’auteurs de la revue Satellite : Michel EHRWEIN, qui visite les quinconces du temps en mouvement dans une bluette fantastique : La harpe. Délicat mais un peu creux.

Arthur BERTRAM CHANDLER nous propose dans En cage une sympathique histoire de naufragés qui pourra rappeler "Le péril bleu" de Maurice Renard, avec une chute rapide et inattendue, bien que parfaitement logique.

Le gros morceau de ce numéro réside dans L’ombre du passé, par le peu traduit Ivan EFREMOV. Une très belle novella, dans un style simple et efficace, riche en descriptions préhistoriques et en épisodes de franches camaraderies toutes soviétiques.



On aura su apprécier le talent particulier d’Henry KUTTNER, seul ou en binôme avec sa femme Catherine MOORE. Hélas, comme le dit l’adage,
ce sont es meilleurs qui partent les premiers, du moins leur départ souvent prématuré nous laisse un goût amer d’inachevé. C’est le critique et éditeur Forrest Ackermann qui lui rend ici hommage.

 

LA SCIENCE-FICTION AMÉRICAINE EN DEUIL.

par FORREST ACKERMANN.

 

L'un des plus riches et des plus féconds écrivains de la science-fiction américaine, Henry Kuttner, est mort le 3 février dernier. Henry Kuttner était un phénomène littéraire ; il écrivait sous près de vingt pseudonymes, tels que Lewis Padgett, Lawrence O'Donnell, C.H. Liddell, Paul Edmonds, Keith Hammond, Hudson Hastings, Kelvin Kent, etc. Les plus célèbres de ses ouvrages étaient « The fairy chessmen », « Tomorrow and tomorrow », « Robots have no tails », « A gnome there was », « Mutant », « Ahead of time ». Une partie de son œuvre fut écrite en collaboration avec sa femme, le grand auteur fantastique Catherine Moore. Ce fut lui qui eut l'honneur d'inaugurer la S.F. américaine dans notre pays, lorsque le « Mercure de France » publia dans son numéro de juin 1953 une de ses nouvelles les plus fameuses, signée Lewis Padgett : « Tout smouales étaient les borogoves » (précédemment reprise dans l'anthologie « Univers de la science-fiction », au Club des Libraires de France). « Fiction » avait publié, dans son numéro de janvier dernier, une remarquable nouvelle de Henry Kuttner et Catherine Moore : « La machine à deux mains ». Nous vous en présenterons une autre, peut-être plus exceptionnelle encore, dans notre numéro du mois prochain, en hommage à l'écrivain disparu. Il faut déplorer à cette occasion que l'œuvre de Kuttner soit à ce point inconnue des lecteurs français. On peut espérer – on doit espérer – que nos éditeurs de science-fiction s'aviseront de le découvrir et de le révéler définitivement auprès des amateurs de notre pays. 

 

Vous lirez ci-dessous l'article que Forrest Ackermann, le spécialiste numéro un de la science-fiction aux États-Unis, nous a câblé aussitôt après la mort d'Henry Kuttner, et que nous reproduisons en exclusivité.

 

 Nous avons assisté à l'événement, mais nous étions incapables d'y croire. Aucun de nous ne voulait y croire. Aucun de nous n'y croit vraiment encore. Vingt-quatre heures après cet enterrement qui nous parut inconcevable, le seul sentiment qui persiste en moi est qu'il s'agit là d'une des pires catastrophes qui aient frappé le monde de la science-fiction, du plus grand désastre qui s'y soit produit depuis la mort prématurée de Stanley Weinbaum. Kuttner avait à peine plus de quarante ans.

 

Nous tous, qui habitions comme lui sur la côte Ouest, avons sans doute été plus personnellement frappés encore que tous ceux qui l'admiraient dans le reste du pays. Cette mort soudaine nous laisse désemparés. En emmenant Ray Bradbury en voiture à l'enterrement, je le vis donner libre cours à son chagrin, tandis que l'emplissaient son admiration et sa gratitude envers Henry Kuttner. Ce dernier s'était montré d'une générosité immense à son égard, me confia-t-il, en venant en aide à l'écrivain débutant qu'il avait été. La réaction de Leigh Brackett au téléphone fut la même : elle exprima tout ce qu'elle devait depuis ses débuts à Kuttner.

 

C'est le 3 février que sa femme, Catherine Moore Kuttner, le découvrit au lit, où il avait succombé à une imprévisible crise cardiaque. Moins de quarante huit heures plus tard, se déroulait la cérémonie funèbre, à laquelle assistaient notamment Edmond Hamilton et sa femme Leigh Brackett, Ray Bradbury, Richard Matheson, A.E. Van Vogt, Charles Beaumont, William Campbell Gault, Stuart Palmer, ainsi que de nombreux amis et admirateurs de l'écrivain. Leur réaction à tous était unanime : un incroyable malheur s'était produit. 

 

Henry Kuttner était un homme modeste, qui fuyait la publicité. Il ne m'avait pas laissé lui rendre l'hommage qui lui était dû, jadis, quand j'avais voulu lui consacrer un de mes articles sur les « Maîtres du Fantastique » dans la revue « Famous Fantastic Mysteries ». Sa femme et lui, avec la réserve qui les caractérisait, avaient récemment refusé d'être Invités d'Honneur à la Convention Mondiale de la Science-Fiction qui devait se tenir en 1957 à Londres. Il y aurait des pages d'éloges à consacrer à Henry Kuttner, mais par respect pour sa personnalité et pour les volontés de sa femme, je me contenterai de dire ceci pour terminer :

 

« Merci, Henry Kuttner, en tant qu'amateur de S.F., pour les années de merveilleuses lectures que vous m'avez procurées et que vous me procurerez encore ; en tant qu'homme, vous me manquerez pour le restant de mes jours ; et vous, chère et unique Catherine, pleine de bonté et de dévouement, recevez de moi tout ce qui peut apporter le réconfort. »

20 septembre, 2023

Fiction n°048 – Novembre 1957

Un grand nombre de « baroudeurs » se retrouvent dans ces pages d’automne 1957, avec plusieurs textes qu’on ne retrouvera nulle part ailleurs…

 

Cliquez droit dans le cercle !

Sommaire du Numéro 48 :


NOUVELLES

 

1 - Richard MATHESON, Le Test (The Test, 1954), pages 3 à 20, nouvelle, trad. Roger DURAND

2 - Richard WILSON, Route déserte (Lonely Road, 1956), pages 21 à 30, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

3 - Mack REYNOLDS, Intérêt composé (Compounded Interest, 1956), pages 31 à 43, nouvelle, trad. Roger DURAND *

4 - Pierre VERSINS, Ma pomme, pages 44 à 48, nouvelle *

5 - Albert Compton FRIBORG, Amour et cybernétique (Careless love, 1954), pages 49 à 65, nouvelle, trad. Bruno MARTIN *

6 - Jean-Jacques OLIVIER, Le Miroir, pages 66 à 67, nouvelle *

7 – Robert A. HEINLEIN, Transfuge d’outre-ciel (II) (Star Lummox, 1954), pages 68 à 116, roman, trad. Régine VIVIER

8 – Jean RAY, Maison à vendre, pages 117 à 125, nouvelle

 

CHRONIQUES


9 – Anthony BOUCHER & Rémi RENARD, A propos de l’affaire Renard-Matheson : Enquête en forme de débat (suite et fin), pages 131 à 132, notes

10 – Jean-Jacques BRIDENNE, Hommage à Régis Messac, pages 133 à 135, article

11 – Jacques BERGIER & Igor B. MASLOWSKI, Ici, on désintègre !, pages 136 à 137, critique(s)

12 – Alain DORÉMIEUX, La Critique des revues, pages 138 à 138, critique(s)

13 – F. HODA, Un monstre britannique, pages 139 à 140, article

14 – COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 141 à 141, article

 

* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.



« Il se rappelait comment on avait utilisé tous les arguments possibles pour obtenir le vote de la loi par référendum : termes médicaux, graphiques montrant le déclin de la production agricole et l'abaissement du niveau de vie, la menace de famine, la dégradation de la santé. Et tout cela n'était que mensonges. Mensonges flagrants et inutiles, car la loi avait été votée parce que les gens voulaient être tranquilles, parce qu'ils voulaient vivre à leur guise. »

Voici en substance le ton de cette terrible nouvelle, Le test, de Richard Matheson, réflexion sur l'euthanasie systématique des plus âgés. Matheson signe ici une nouvelle un peu plus longue qu'à son habitude, au bénéfice des mouvements psychologiques détaillés de ses protagonistes.

Dans Route déserte, Richard Wilson signe une nouvelle d'un ton très « Twillight Zone », astucieuse et insolite. On tremble á l'évocation d'une expérience peu commune.

Intérêt composé est une sympathique histoire de boucle temporelle, où Mack Reynolds soulève la question des motivations de voyager dans le temps, et du grand pouvoir que cela offrirait.

On pensera inévitablement à l'ouvrage de Ward Moore "Encore un peu de verdure..." avec Ma pomme de Pierre Versins, histoire de pomme fantasque. Versins sait aussi y rappeler les impératifs de tous les affamés...

« ( …) la population n'avait en vérité pour le moment pas le moindre plaisir à sa disposition. Le commissaire rappelait au président que la majorité des gens étaient sous-alimentés, mal soignés, mal habillés ; la presque totalité de la production nationale allait aux armements, aux subventions de guerre et à Dinah ; et il devenait même de plus en plus difficile de prendre les plaisirs simples du grand air et de la verdure, puisque les Américains s'enfonçaient de plus en plus sous le sol et que les bactéries et la radioactivité tuaient de plus en plus de cerisiers. »

Amour et cybernétique, novella un peu bavarde mais d'un ton assez proche de l'humour de Sheckley comme en témoigne l’extrait précédent, nous renvoie aux développements autonomes d'une intelligence artificielle confrontée aux problématiques d'une guerre sans issue. On pourra penser au roman ultérieur "Colossus" de D. F. Jones (1966 VF 1969), avec ici de l'humour et de l'amour en plus. Son auteur, Albert Compton Friborg, de son vrai nom Irving Flint « Bud » Foote, fut professeur au Georgia Institute of Technology après des études à Princeton et à la Sorbonne, et l’auteur de plusieurs essais, sur Sartre, les dystopies chez Jules Verne, Clifford Simak, Stephen King, H. Beam Piper…

Le miroir, par Jean-Jacques Olivier, est une très courte et efficace histoire à chute qui joue sans duperie avec les clichés des histoires de fantômes à l'anglaise.

A propos de Transfuge d'outre-ciel, nous tenons à publier en rougissant un ERRATUM : contrairement à ce que nous avions annoncé dans notre article sur le n°47 de Fiction, « Transfuge d’outre-ciel » n’est pas un roman de Robert Heinlein resté sans publication ultérieure, bien qu’il aura fallu attendre vingt ans après 1957. Sous le titre anglais « Star beast », il s’agit en effet du roman maintes fois édité « L’enfant tombé des étoiles » (Robert Laffont – 1977 ; Pocket – 1983 ; Poussière d’étoiles – 2003 ; Livre de poche – 2010). Nous présentons nos excuses à tous les amateurs d’Heinlein qui auraient bondi de joie au plafond.

Quoi qu’il en soit, cette deuxième partie demeure trépidante même si bavarde, mais aux personnages bien attachants.

Jean Ray, à qui nous venons de rendre hommage dans notre précédent billet, est ici égal à lui-même dans Maison à vendre, histoire de nécromancie terrible et distanciée à la fois. 

Le PReFeG vous propose également