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09 avril, 2025

Fiction n°106 – Septembre 1962

Fiction mise sur ses valeurs sûres dans ce numéro, mais non sur les vedettes. Pas de Poul Anderson ni d'Asimov ou Bradbury, mais Farmer, Blish et le méconnu Jay Williams qui signe ici sa dernière publication dans la revue. Il en va de même pour le remarqué Jean-Claude Passegand, qui aura publié  six nouvelles en quatre ans (et deux de plus dans la revue Satellite), toutes de bonne, voire très bonne facture. Du reste, les auteurs français y sont bien servis.

 

On n'est pas des bleus, on clique droit !

Comme pour toutes nos publications, un clic droit sur la couverture

vous invitera à télécharger le livre au format epub.

Sommaire du Numéro 106 :

1 - (non mentionné), Nouvelles des auteurs de ce numéro, pages 2 à 3, bibliographie

NOUVELLES

2 - Philip José FARMER, Prométhée (Prometheus, 1961), pages 5 à 45, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM

3 - Jay WILLIAMS, Les Présents des dieux (Gifts of the Gods, 1962), pages 46 à 59, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM

4 - Gérard KLEIN, Le Dernier moustique de l'été, pages 60 à 63, nouvelle

5 - James BLISH, L'Ordre des choses (Who's in Charge Here?, 1962), pages 64 à 68, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

6 - Michel EHRWEIN, En voyage, pages 69 à 71, nouvelle *

7 - Jean-Claude PASSEGAND, Le Fil d'Ariane, pages 72 à 83, nouvelle *

8 - Mildred CLINGERMAN, La Prophétie (The Last Prophet, 1955), pages 84 à 90, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

9 - Fernand FRANCOIS, Plat du jour, pages 91 à 102, nouvelle *

10 - Henri DAMONTI, Le Notaire et la conspiration, pages 103 à 111, nouvelle *

CHRONIQUES

11 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 113 à 124, critique(s)

12 - Alfred BESTER, Livres d'Amérique, pages 125 à 129, chronique, trad. Demètre IOAKIMIDIS

13 - (non mentionné), Clarke couronné / Souscriptions du club Futopia, pages 130 à 131, article

14 - COLLECTIF, Tribune libre, pages 131 à 133, article

15 - Jacques GOIMARD & F. HODA, L'Écran à quatre dimensions, pages 135 à 141, article



* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

Philip José Farmer pose avec Prométhée la base d'un thème qui traversera toute son oeuvre : celui des démiurges, qui ne sont pas des dieux mais s'en arroge la puissance. Suite de "L'oeuf" (Fiction n°105), on pourra dorénavant (re)lire l'intégrale des aventures du Père John Carmody, avec "La nuit de la lumière" (Fiction n°82), "La planète du Dieu" (Fiction n° 33 et 34), et "Attitudes" (Fiction n°5).

Les présents des dieux de Jay Williams est présenté ainsi : " le thème (...) des premiers extra-terrestres débarquant sur Terre (...) pour jeter les bases de quelque union galactique (...) est une des mamelles de la science-fiction. " C'est aussi, et presque, le thème de la nouvelle de Farmer. Mais la proposition est faite sur un plan plus "sociologique", voire anthropologique, comme en témoignenet ces citation de la délégation extra-terrestre :
« Je crains, » dit le porte-parole, « que vous ne confondiez progrès avec changement. Il est exact que vous vivez dans une communauté sociale qui a changé profondément au cours des cent dernières années. Mais avez-vous progressé ? Vos citoyens sont-ils tous heureux, entièrement développés, intellectuellement mûrs ? » (...) « Vous estimez que le progrès consiste en procédés perfectionnés pour congeler les aliments, en moyens de transport plus confortables ou en méthodes nouvelles pour lutter contre les maladies. Ce n'est pas cela le progrès. Le progrès, c'est ce que vous faites avec les gens guéris, et où vous allez avec vos moyens de transport améliorés, et pourquoi vous y allez. Le progrès, c'est ce qui se passe dans votre cœur. La plupart d'entre vous sont bons, mais vous n'avez pas progressé d'un iota en cinq cents ans, ni même en mille. Si vous avez l'occasion d'un profit personnel, il n'y a pas un seul d'entre vous qui hésiterait à raser des forêts, à détruire toute vie sauvage, à tuer un millier d'autres êtres humains et à tourner le dos pour ne pas voir les souffrances de ses concitoyens. » 
En fait, un peu à la manière d'Howard Fast, Jay Williams interroge la notion de progrès à travers cette délégation extraterrestre censée apporter bienfaits et alliance. Nous sommes au final à l'antithèse de la nouvelle précédente.

On se souvient de l'avis, sans doute écrit par Dorémieux, sur l'évolution du style de Gérard Klein. En réalité, Le dernier moustique de l'été semble invoquer une forme plutôt ancienne chez l'auteur, la forme bradburyenne :
Est-ce en guise de coup de chapeau à ses années passées (aujourd'hui que sa manière a évolué) qu'il a décidé d'écrire ce conte symptomatique d'une mode datant d'hier ?
A bien y regarder, il s'agit plutôt du dernier été et non du dernier moustique dans cette nouvelle où, contrairement à l'indolence nostalgique d'un Bradbury, Klein nous dépeint ici la noirceur d'une inquiétude admise. On n'est cependant loin de notre éco-anxiété quant au réchauffement climatique, puisqu'il s'agit ici d'un refroidissement...

Avec L'ordre des choses, James Blish évoque ce curieux mélange d'intranquillité et de quotidien répétitif désabusé qui fut le lot de la Guerre Froide, et qui pourrait devenir le nôtre, tout en le contrastant avec des figures de mendiants roublards et faux aveugles menés par des chiens (dogs) et simulant leur foi envers dieu (god).

En voyage, Michel Ehrwein nous propose un nouveau récit dont l'ambiance est bien menée - le refuge imposé du voyageur de commerce - mais qui rend un son un peu creux (on aurait aimé qu'il s'y passe quelque chose).

A partir de la pratique de l'escalade (et les férus des rochers de Fontainebleau s'y retrouveront), Jean-Claude Passegand déploie Le fil d'Ariane en une allégorie initiatique... Mais une initiation à quoi ? La chute en est, comme le précise le texte de présentation, assez lovecraftienne.

La prophétie, de Mildred Clingerman, est un étrange récit, presque un conte, qui traite de la grande solitude de qui détient une prophétie et qui n'est pas en verve de la révéler.


Un peu comme ces lieux mystérieux qui n'apparaissent qu'à la faveur d'une impénétrable conjonction, il est de ces personnes ni fantômes ni rêves que nous savons destinées à n'habiter qu'un bonheur fugitif. Fernand François mêle dans Plat du jour son autofiction à une apparition de la sorte, qui cousinerait Jean Ray (malgré un style bien différent).

On se souvient de "Vocation de Reine" de Evelyn E. Smith (Fiction n°99) où les voyages dans le temps se font en incarnant quelqu'un du passé. Henri Damonti reprend pour lui ce stratagème narratif dans Le notaire et la conspiration, mais hormis un jeu de va et vient tourbillonnant, il ne pousse pas la proposition plus loin.


On connait Pierre Versins pour sa phénoménale "Encyclopédie de l'Utopie, des Voyages Extraordinares et de la Science-Fiction", parue en 1972. Nous assistons au fur et à mesure des annonces parues dans Fiction, à la création de cette phénoménale Encyclopédie, comme en témoigne cette parution du club que Versins fonda, le Club Futopia :


Souscriptions du Club Futopia
"Le Club Futopia met en souscription les deux premiers volumes de la Collection Denebienne, consacrée aux études conjecturales :
1) Régis Messac : « Esquisse d’une Chrono-Bibliographie des Utopies ; Avertissement de Ralph Messac ; 111 notes de Pierre Versins ».
Cet ouvrage qui comportera 80 pages ronéotypées au format 29,5 x 21 indique et commente plus de 550 utopies et romans de science-fiction de 1502 à 1940. Les 94 premiers exemplaires comprendront chacun une page du manuscrit original ; il sera tiré à petit nombre sur papier bleu, avec 10 % au plus d’exemplaires sur papier blanc toilé, plus 15 exemplaires H. C. réservés à Ralph Messac dont la générosité a permis cette édition." 

Connaissez-vous quelqu'un qui ait l'un de ces 94 premiers exemplaires, et donc une page du manuscrit original ??? Mazette !

05 février, 2025

Fiction n°097 – Décembre 1961

Michel Demuth imite Robert Sheckley dans un numéro très orienté "space opéra", sans mièvrerie et de qualité cependant, chez Poul Anderson et Anne McCaffrey notamment. On appréciera aussi de retrouver Claude-François Cheinisse, qui adresse ses clins d'œil tant aux lecteurs qu'à la rédaction de la revue. 

Le vaisseau qui chante enregistre sous le clic droit.

Sommaire du Numéro 97 :


NOUVELLES

 

1 - Poul ANDERSON, Autant en apporte le temps (Time Lag, 1961), pages 3 à 34, nouvelle, trad. (non mentionné)

2 - Nathalie HENNEBERG, Les Anges de Colère, pages 35 à 52, nouvelle

3 - Claude-François CHEINISSE, L'Amateur d'armes, pages 53 à 55, nouvelle *

4 - Anne McCAFFREY, Le Vaisseau qui chantait (The Ship Who Sang, 1961), pages 56 à 73, nouvelle, trad. Elisabeth GILLE

5 - Miriam Allen DEFORD, Tremblement de temps (Timequake, 1958), pages 74 à 81, nouvelle, trad. René LATHIÈRE

6 - Michel DEMUTH, La Route de Driegho, pages 82 à 120, nouvelle

7 - Mildred CLINGERMAN, La Gare (Mr. Sakrison's halt, 1956), pages 121 à 127, nouvelle, trad. Anne MERLIN *

 

CHRONIQUES



8 - Damon KNIGHT, Asimov et son empire (Asimov and Empire, 1956), pages 129 à 133, article, trad. (non mentionné)

9 - Alain DORÉMIEUX & Demètre IOAKIMIDIS & Jacques VAN HERP, Ici, on désintègre !, pages 135 à 143, critique(s)

10 - (non mentionné), Table des récits parus dans "Fiction" : 2ème semestre 1961, pages 144 à 144, index


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

Poul Anderson, avec le talent qu'on lui connait pour les péripéties, construit dans Autant en apporte le temps un récit en trois parties, les trois assauts d'une colonisation interplanétaire ponctuée par les distorsions temporelles que les distances, et le voyage à vitesse lumière, impliquent. Joe Haldeman explorera plus tard ce postulat avec plus de détails, dans son roman "La guerre éternelle" (Prix Nebula 1975, Prix Hugo et Prix Locus 1976).

Toujours dans sa ré-écriture des mythes selon l'angle "ils ont été parmi nous", Nathalie Henneberg s'attaque, dans Les Anges de Colèreà Sodome et Gomorrhe. Le mythe n'est pas des plus trépidants, et Henneberg s'enlise un peu dans la condescendance de ses anges extraterrestres. On pourra lui préférer les nouvelles de Ward Moore "L'aube des nouveaux jours" et "Les nouveaux jours" (in Fiction 23 et 24).

Le transhumanisme trouve son parangon dans Le vaisseau qui chantaithistoire de vaisseau spatial bio mécanique. Bien que le sujet puisse paraître aride, l'ensemble est rendu avec beaucoup d'humanité et de goût pour la relation par Anne McCaffrey.

" Mais non, pas de science-fiction… ces choses là, on les lit une fois par mois, on en écrit de temps à autre, mais elles n'arrivent pas dans la vie de tous les jours. (…) Comme j'en suis au septième verre, je reste optimiste et je lui dis en riant pâteusement d'aller dire de ma part à Dorémieux que sa blague est ratée, que les Rrschenckx ce n'est pas mal trouvé, d'accord, mais qu'il aurait pu convertir les dollars en crédits, comme tout le monde. Et que si Tempo ça veut dire Police Temporelle, il a trouvé cela dans Poul Anderson.

Il me dit en vidant le huitième qu'il ne connaît ni Dorémieux ni Anderson mais qu'il vaut mieux que je le prenne comme ça. Que les Rrschenckx ce n'est pas beau à voir et que cela ne tient pas le whisky, mais que pour la Tempo je suis tombé juste, c'est bien cela que ça veut dire et ils sont encore plus vaches que la Galapo. "

Claude-François Cheinisse s'autorise ce clin d'œil appuyé pour ménager son autofiction ; rappelons qu'après s'être vu reprocher de politiser son propos (voir Tribune libre in Fiction 96, où Cheinisse déclare non sans humour : "Le client a toujours raison… et je promets (…) que ma prochaine nouvelle se placera hors de toute possibilité de controverse politique."), le voilà qui fait donc "machine arrière" avec L'amateur d'armesune nouvelle qui parait bien conventionnelle ; c'est toutefois à travers la violence latente de la SF, toujours prompte à imaginer des armes plus destructrices les unes des autres, qu'il va provoquer le lectorat. La violence banalisée et intégrée vaut elle mieux que la politisation ?

" Le lundi 16 avril 1979, à 20 heures 4 minutes 30 secondes, un tremblement de temps secoua l'ensemble du système solaire. "

Tel est le point de départ fort original de Tremblement de temps, par Miriam Allen DeFordKurt Vonnegut reprendra en 1997 (sciemment ou non) ce principe et ce titre pour son dernier roman. On ne lui reprochera pas ; en effet, il y avait de quoi multiplier les récits avec ce concept de tremblement de temps. Il est question ici de pouvoir refaire les douze dernières heures de sa vie, et M. A. DeFord en use pour une petite histoire de mœurs sans envergure. On aurait pu s'attendre à mieux ou, du moins, plus conséquent. 

Nouvelle dédiée à Robert Sheckley, La route de Driegho rappelle en effet le ton des nouvelles mettant en scène les deux nettoyeurs interplanétaires Arnaud et Cergue. Ici, ce sont des corporations de colons, de flibustiers et de marchands qui s'affrontent pour s'enrichir aux dépends d'une planète isolée. Léger et trépidant, moins grave que les précédentes nouvelles de Michel Demuth, assurément talentueux dans la digestion des codes d'outre-atlantique en matière "d'école française de la SF".

Pour terminer, La gare de Mildred Clingerman nous propose un fantastique feutré, plutôt allégorique, sur le Sud des Etats-Unis et ses racines esclavagistes.


24 juillet, 2024

Fiction n°072 – Novembre 1959

Parité respectée pour ce numéro qui accueille autant d'autrices que d'auteurs, bien que Nathalie Henneberg signasse toujours sous le nom de son défunt mari (pour le moment...). Un très bonne qualité d'ensemble, avec des récits très bien élaborés.

 

Clic droit selon un angle impeccable, Captain !

Sommaire du Numéro 72 :


NOUVELLES

 

1 - Charles HENNEBERG, An premier, ère spatiale, pages 3 à 45, roman

2 - Carol EMSHWILLER, Un jour à la plage (Day at the beach, 1959), pages 46 à 54, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH *

3 - Howard FAST, Ad vitam aeternam (The cold, cold box, 1959), pages 55 à 65, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH

4 - BELEN, Quarante siècles nous contemplent, pages 66 à 68, nouvelle

5 - Damon KNIGHT, Tout avoir... (A for Anything, 1957), pages 69 à 103, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE

6 - Mildred CLINGERMAN, Le Manteau couleur du temps (The day of the green velvet cloak, 1958), pages 104 à 114, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

7 - Raymond E. BANKS, L'Homme sans squelette (Rabbits to the Moon, 1959), pages 115 à 127, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH *

 

CHRONIQUES


8 - Jean JACQUES, Espace et Temps, pages 128 à 131, article

9 - Michel EHRWEIN, Un opéra de l'espace, pages 132 à 134, article

10 - Jacques BERGIER & Igor B. MASLOWSKI, Ici, on désintègre !, pages 136 à 139, critique(s)

11 - COLLECTIF, Le Conseil des spécialistes, pages 140 à 141, critique(s)

12 - F. HODA, Amérique, année zéro, pages 143 à 144, article


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

On bascule dans une enquête au huis-clos du vaisseau en route pour Andromède ; de l'action et des rebondissements pour cette seconde partie plaisante de An premier, ère spatiale, par Nathalie Henneberg.

Avec sa vision de la vie quotidienne post-apocalyptique, Un jour à la plage propose un sujet terrible et presque désespéré. Par Carol Emshwiller.

On retrouve Howard Fast dans Ad vitam aeternam, où un prédateur libéral, affairiste et insatiable, est pris au piège de sa volonté d'être seul au sommet. Sans en dévoiler davantage que ne le fait déjà Fiction dans son texte de présentation, on se surprend à rêver, avec la même naïveté (feinte) que Howard Fast, à un pouvoir centralisé et absolu qui lutterait contre la famine, la misère, la guerre et la mort.

Illustration de Milan Trenc : "A night at the museum" (1993)
 Une nuit au musée, l'album pour enfants de Milan Trenc, n'a pas d'autre postulat que de prêter une âme aux objets inanimés. L'enjeu n'est alors pas de les réanimer pour le prouver (et l'on rejoint ici la nouvelle précédente d'Howard Fast), mais d'être tenté de rejoindre l'inanimé sans y perdre son âme (équivalant dans Quarante siècles nous contemplent, proposé par Belenà la capacité d'aimer).




Damon Knight développe dans Tout avoir... l'idée du réplicateur de matière, et surtout les implications et les transformations sociales qu'entraîne sa diffusion gratuite, pour le meilleur sur un plan théorique, et le pire sur le plan pratique. Glaçant.

Le manteau couleur du temps est une très belle romance d'émancipation d'une femme et de relativité du temps, celui du lecteur comme celui d'une époque, sur un tempo fort bien mené par Mildred Clingerman.

Après le réplicateur, L’homme sans squelette se révèle être une sympathique nouvelle sur le thème du transmetteur de matière, par Raymond E. Banks.

17 juillet, 2024

Fiction n°071 – Octobre 1959

Une grosse majorité de textes restés inédits depuis (dont un de Poul Anderson) accompagnent la première partie d'un roman de Nathalie Henneberg, "An premier ère spatiale", qui paraîtra à l'avenir sous le titre "Le mur de la lumière" en 1974.

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Sommaire du Numéro 71 :


NOUVELLES
 


1 - Charles HENNEBERG, An premier, ère spatiale, pages 3 à 58, roman

2 - Lester DEL REY, La Déesse vierge (Seat of Judgment, 1957), pages 59 à 77, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH *

3 - Marcel BATTIN, Le Lépreux, pages 78 à 80, nouvelle

4 - Poul ANDERSON, Triste victoire (Cold Victory, 1957), pages 81 à 96, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE *

5 - Julia VERLANGER, La Fille interdite, pages 97 à 98, nouvelle *

6 - Mildred CLINGERMAN, Un jour où soufflait comme un vent d'adieu (A day for waving, 1957), pages 99 à 109, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

7 - Michael FESSIER, Le Crack aux yeux bleus (The blue-eyed horse, 1958), pages 110 à 123, nouvelle, trad. Roger DURAND *

8 - Mark VAN DOREN, Le Nez à la fenêtre (A great deal of weather, 1957), pages 124 à 128, nouvelle, trad. Roger DURAND *

CHRONIQUES


9 - Jacques BERGIER & Alain DORÉMIEUX & Gérard KLEIN, Ici, on désintègre !, pages 131 à 137, critique(s)

10 - F. HODA, Deux navets et un nouveau Frankenstein, pages 138 à 140, article

11 - COLLECTIF, Tribune libre, pages 141 à 144, article


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

 

" Pendant des nuits, je fis de la musique que j'essayai de vendre et un bouquin de souvenirs sur la Ceinture Astrale. J'adoptai l'onde particulière d'Andromède et l'enregistrai, telle qu'elle était, avec l'angoisse pesant sur son globe, son isolement, la lutte des hommes perdus dans le néant, leurs désirs démesurés et leurs défaillances. C'était dur et cru, c'était un lambeau de chair, vivant, arraché à l'humanité. Le manuscrit fut, naturellement, refusé par une centaine d'éditeurs. « On n'a jamais écrit ça ! » – « De telles choses ne sont pas possibles – c'est trop réaliste, trop affreux ! » – « C'est trop romancé ! » Je demandai les comptes rendus des comités de lecture et fis une collection d'inepties ahurissantes.

Chez le cinquantième éditeur, un lecteur blanchi sous le harnais et qui avait composé jadis un « Manuel de savoir-vivre sur les planètes » me proposa carrément d'apporter quelques retouches à mon manuscrit. « Nous signerions ensemble. Moi le premier, bien sûr, j'ai un nom – vous en retrait, mais vous signeriez aussi…»

J'avais quinze ans, je refusai. Je m'en suis repentie plus d'une fois. D'autres propositions furent plus directes…

Et partout la même antienne : « Vous dites que vous avez écrit cela ? Toute seule ? C'est impossible – voyons…»

Je participai à un concours qui garantissait l'anonymat des candidats, pour un drame stellaire. Le prix était d'un million de crédits… Un beau matin, je faillis m'évanouir de joie en achetant un journal : mon manuscrit était primé, son style évoquant celui d'une sommité mondiale avait induit en erreur le jury. Mais le même soir, les jurés avaient appris leur bévue et ils se ravisaient : je ne reçus rien du tout. Un secrétaire caustique, qui fut chargé de m'éconduire, m'expliqua très bien la chose. « Vous comprenez, dit-il, si vous commencez à fabriquer du Shakespeare ou du Faulkner, vous êtes un danger public. Nous ne pouvons pas nous permettre des chefs-d'œuvre par fournée. D'ailleurs, vous êtes trop jeune, la réussite parfaite est le propre des vieux ou des morts. » "

Nathalie Henneberg in "An premier, ère spatiale" - CHAPITRE IV « CES TERRIENS SI BONS…»

Nathalie Henneberg, dans cet extrait, s'inspire d'un élément autobiographique. Il ne s'agit pas de la publication, sous le pseudonyme de son mari Charles, du roman primé "La naissance des dieux", mais d'une tentative autobiographique passée, relatant sa fuite de Russie alors qu'elle n'était encore qu'une jeune enfant.

An premier, ère spatiale, dont nous découvrons ici la première partie sur trois, et dans la droite ligne des "pêcheurs de lune" publié dans le Fiction spécial n°1, est considéré comme le chef d'œuvre de Nathalie Henneberg, nonobstant qu'elle signe encore sous le pseudonyme de son défunt mari subitement disparu en cette année 1959. Le style est en effet moins ampoulé tout en conservant son souffle épique. Quant à l'histoire proprement dite, elle parait calquée sur les nombreux exils et le mariage rapide de Nathalie Henneberg elle-même, très singulière autrice ayant fait de la langue française son terrain de jeu. 


Il faut demeurer attentif dans sa lecture pour suivre La déesse vierge, et les méandres d'une histoire très bien ficelée, aux références transparentes en surface, mais en surface seulement. Car Lester Del Rey a su aussi semer des allusions qui méritent une lecture plus fouillée. 


Dans Le lépreux, on a l'impression que Marcel Battin veut signifier quelque chose de singulier, sans bien comprendre quoi, peut-être par excès de concision ou de simplicité.


Poul Anderson joue les professeurs d'Histoire avec Triste victoirenouvelle bavarde et docte, mais qui manque un peu de passion. 


La fille interdite, par Julia Verlanger est comme pour celle de Battin une histoire concise et simple, mais un peu plus univoque aussi.


Un jour ou soufflait comme un vent d’adieu bénéficie d'une ambiance particulière, entre les rêveries de l'enfance et les solitudes figées des cimetières, et du savoir-faire de Mildred Clingerman.


Le crack aux yeux bleus, de Michael Fessier, orthographié dans la revue "Fesser", est une sympathique nouvelle baignant dans l'absurde d'une métamorphose (ici en cheval de course).


Sorcellerie et enfance, comme pour sa précédente nouvelle, Mark Van Doren nous emmène Le nez à la fenêtre dans des régions faites de décalages et de mystères. On aurait aimé en découvrir davantage de cet auteur, qui ne publiera que ces deux nouvelles dans la revue.

01 mai, 2024

Fiction n°065 - Avril 1959

De nombreux textes restés inédits depuis, signés Leigh Brackett, Damon Knight, ou encore Poul Anderson, excusez du peu ! Et une nouvelle de Robert Bloch primé au Prix Hugo 1959 de la nouvelle en mignardise de choix...

Un clic de baguette magique sur la salamandre, un !

 Sommaire du Numéro 65 :


NOUVELLES

 

1 - Leigh BRACKETT, Les Immigrants (The Queer Ones, 1957), pages 3 à 37, nouvelle, trad. Roger DURAND *
2 - Robert BLOCH, Le Train pour l'Enfer (That Hell-Bound Train, 1958), pages 38 à 50, nouvelle, trad. Roger DURAND
3 - Kenneth BULMER & Damon KNIGHT, Le Jour où tout s'écroula... (The Day Everything Fell Down, 1957), pages 51 à 56, nouvelle, trad. CATHERINE *
4 - DODY, Réflexion, pages 57 à 61, nouvelle *
5 - Mildred CLINGERMAN, La Petite sorcière (The little witch of Elm Street, 1957), pages 62 à 70, nouvelle, trad. Régine VIVIER *
6 - Gérard KLEIN, Le Condamné, pages 71 à 72, nouvelle
7 - Chad OLIVER, Culbute dans le temps (Pilgrimage, 1958), pages 73 à 88, nouvelle, trad. Roger DURAND
8 - Thomas OWEN, Et la vie s'arrêta..., pages 89 à 94, nouvelle
9 - Poul ANDERSON, Sus à la salamandre ! (Operation Salamander, 1957), pages 95 à 119, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE *

 

CHRONIQUES


10 - Aimé MICHEL, Les Laboratoires battus par les colliers magiques, pages 121 à 123, article
11 - (non mentionné), Notre référendum - Résultats du mois de février, pages 123 à 123, chronique
12 - Gérard KLEIN & Igor B. MASLOWSKI, Ici, on désintègre !, pages 125 à 129, critique(s)
13 - Jacques BERGIER & Serge HUTIN & Gérard KLEIN, Vu et lu..., pages 130 à 132, article
14 - F. HODA, Monstres et vampires, pages 133 à 135, article
15 - COLLECTIF, Tribune libre, pages 138 à 144, article

 

* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


De nombreuses péripéties pour Les immigrants, histoire de Leigh Brackett qui fera écho avec notre monde contemporain, les USA forclos à l'immigration et les clandestins malgré eux embarqués dans un odieux trafic. Ici, l'invasion extraterrestre qui cache une malheureuse xenophobie devient un plan de malfrats à l'échelle interplanétaire.

On pourrait croire à une nouvelle histoire de pacte avec le diable, et son lot d'entourloupes, mais dans Le Train pour l'Enfer, mais le véritable sujet de cette bonne nouvelle de Robert Bloch est "la poursuite du bonheur".

Le jour ou tout s'écroula porte le constat que les femmes sont le mortier intime de toutes les constructions humaines... Avec beaucoup d'humour absurde de la part de Kenneth Bulmer et Damon Knight.

"(...)de l'autre côté du miroir, on trouve toujours le pays dont on rêve inconsciemment et que, dans ce pays, on se voit et on vit tel qu'on est réellement dans son essence propre." Un bon petit récit que Réflexion, par Dodysur les êtres contrariés par la banalité du quotidien.

Pour plus d'info sur l'artiste peintre Dody : https://www.coollibri.com/bibliotheque-en-ligne/veronique-luu/dody_179686

Une histoire au ton très enlevé, La petite sorcière, par Mildred Clingermanau sujet là aussi de la nature profonde des êtres entravée parfois par la scérosante vie quotidienne. Mais ici, c'est un démon qui joue les anges libérateurs.

On se rappelle l'histoire du soldat combattant métaphysiquement des puissances morbides (signée Albert Ferlin dans n°64). Gérard Klein décrit dans Le condamné un autre type de combat, tout autant métaphysique, mais voué à l'échec.

Chad Oliver, qui reprend la loi d'équivalence déjà rencontrée chez Poul Anderson ("Un travail de romain" - Fiction n°52) ou William Tenn ("Winthrop aimait trop le XXVème siècle" - Galaxie n°50) comme quoi "certains contemporains devaient alors être expédiés pour remplacer [les voyageurs du temps], en remontant le cours du Temps.", traite dans Culbute dans le temps du leurre de croire en un âge d'or révolu. Chad Oliver fait la démonstration qu'on ne peut justifier les choix pour le présent à l'aune des représentations du passé.

De l'ambiance, quelques portraits, mais rien de plus dans Et la vie s'arrêta,  texte mineur de Thomas Owen.

On pourrait imaginer J. K. Rowling lire Sus à la Salamandre ! de Poul Anderson et imaginer l'école des sorciers de Harry Potter ainsi que les matches de Quidditch. Quoi qu'il en soit, cette histoire est un peu plus futile que les autres, et malgré beaucoup d'action peut être un peu lassante.



On ne présente plus Pierre Versins et son impressionnante volonté de constituer un musée de la science-fiction. L'endroit existe bel et bien grâce à lui et à sa femme Martine Thomé, mais avant de se constituer en lieu ouvert, la collection Versins faisait déjà parler d'elle. Voici le témoignage de Gérard Klein à ce propos :

LA SCIENCE-FICTION
À LAUSANNE

Gérard Klein

 

 

Au cours d'un bref voyage à Lausanne, j'ai eu l'occasion de voir, d'admirer, de consulter l'admirable bibliothèque de SF de langue française que Pierre Versins a patiemment réunie. Les ouvrages des plus anciens aux plus récents, les revues, y compris celles d'avant-guerre qui publièrent tant d'œuvres malheureusement oubliées, y sont dûment catalogués, analysés. Le catalogue contient plus de dix mille fiches ; il constitue pour l'historien de la SF et pour le critique un outil de travail extraordinaire.

Quelques-uns l'ont compris, qui, de tous les coins du monde, envoient à Pierre Versins des ouvrages épuisés, difficiles à trouver, mais combien passionnants souvent pour le spécialiste.

Ainsi subsistent des livres qui eussent peut-être autrement disparu et qui apportent un témoignage précieux et parfois décisif. Ainsi peut-on lire des œuvres comme « l'Arche », d'André Arnyvelde, totalement oublié ou presque, et qui préfigure splendidement, pourtant, le thème du mutant qui surgit en notre époque. Il faudra bien qu'un éditeur ait un jour le courage de rééditer de tels romans aux titres parfois naïfs et souvent enchanteurs, dont une bonne proportion a conservé toute sa fraîcheur.

Mais Pierre Versins ne s'est pas contenté, on le sait, de cette tâche nécessaire de conservateur des utopies. Le club qu'il a créé, Futopia, international par essence, est en pleine expansion. Sa bibliothèque comporte un grand nombre d'ouvrages français et étrangers qui peuvent être prêtés aux membres, en quelque pays qu'ils habitent. Inutile de dire qu'ils voyagent beaucoup.

L'aspect le plus intéressant de l'activité du club est sans doute la revue « Ailleurs », dont le service est fait aux membres du club et qui semble avoir trouvé, après quelques tâtonnements, une heureuse formule dans son numéro 16. Les prochains numéros contiendront, d'après les projets que j'ai vus, divers contes et articles de quelques auteurs français et étrangers de renom. L'avantage d'un magazine de cette sorte est évidemment que son faible tirage le destine à une petite élite d'amateurs éclairés, et lui permet ainsi de faire paraître des textes remarquables, mais dont s'accommode mal la formule des revues professionnelles comme « Fiction ».

Les tentatives de Pierre Versins se sont transformées sur tous les plans en un acquit solide. Peut-être n'est-il pas inutile de signaler enfin qu'il collabore régulièrement, avec Roland Sassi, à une émission de science-fiction et de fantastique que transmet Radio-Genève en modulation de fréquence, et qui est infiniment supérieure à tout ce que j'ai pu entendre sur ce thème en France (quelques rares exceptions mises à part), à commencer par les insipides jérémiades de Jean Nocher.

Je souhaite qu'à la suite d'un accord, nous puissions entendre en France au moins une adaptation de Roland Sassi. Voilà un homme qui sait effrayer avec des sons. Je ne vois pas de meilleur compliment à lui adresser.

Pour tous renseignements, s'adresser à Pierre Versins, Primerose 80, Lausanne (Suisse). 


La nouvelle rubrique "Tribune libre" donne la parole à un jeune homme qui marquera profondément l'histoire de l'édition de la SF en France : Jacques Goimard. La revue Bifrost n°62, en Avril 2011, présentera l'homme sous ces termes :

"Normalien et agrégé d'histoire, spécialiste du cinéma américain, créateur de la « Grande anthologie de la science-fiction » au Livre de Poche avec Gérard Klein et Demètre loakimidis, initiateur du « Livre d'or » et directeur de collection chez Pocket pendant plus de vingt-cinq ans (remplacé depuis 2003 par Bénédicte Lombardo), Jacques Goimard est à l'instar d'un Gérard Klein, d'un Philippe Curval ou d'un Michel Demuth, de ceux qui ont fait le genre en France au tournant des années 60 et 70, de ceux qui l'ont d'une certaine façon, cristallisé. Dernier des « grands pionniers » à qui nous n'avions pas donné la parole dans nos pages (si l'on excepte un autre Jacques, dont il sera d'ailleurs ici beaucoup question, mais qui s'est déjà confié au sein de ses propres mémoires disponibles chez J'ai Lu - Jacques Sadoul), (...)  une carrière exceptionnelle en tant qu'éditeur (avec toutefois une spécificité de taille : il oeuvra principalement dans le domaine du poche), bien sûr, mais aussi, et peut-être même surtout en tant qu'essayiste et critique - il fut ainsi et par exemple critique littéraire au Monde dans les années 70."

 A noter pour finir qu'en ce mois de Mai 2024, Galaxie 2ème série fête ses soixante ans ! Rendez-vous le 10 Septembre 2025 (croisons les doigts) pour commencer à en apprécier la publication dans les pages du PReFeG !

 

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