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25 décembre, 2023

Cadeau bonus : « Les Imaginox » - Raymond F. Jones 1951 (VF 1955)

En ce Noël 2023, rendons hommage au "Père Joujou", à savoir le "Toymaker" que l'écrivain américain Raymond F. Jones décrivait dans son recueil de nouvelles éponyme, récits initialement publiés entre 1944 et 1947 dans la revue "Astounding Science Fiction" (à l'exception de la dernière nouvelle publiée dans "Fantastic adventures"), puis regroupés en recueil en 1951 chez Fantasy Publishing Company, sous le nom "The toymaker" (dans une collection où l'on pouvait trouver aussi Lyon Sprague de Camp ou John Taine).

En France, il ne faudra (pour une fois) pas attendre très longtemps sa traduction : les Editions Métal, connues pour leur "Série 2000" aux couvertures métallisées, éditeront cet ouvrage en 1955, en hors-série, avant de disparaître définitivement.

Ce seront finalement les éditions NéO qui rééditeront ce livre, fidèles à leur "intelligente politique de réimpression d'ouvrages introuvables" (dixit la rubrique Flash Fiction du Fiction n°315 de janvier 1981) - et c'est cette éditions datant de septembre 1980 que nous vous proposons de découvrir ici (accédez à une copie de l'ebook en cliquant sur la couverture).

Nous avons déjà partagé notre goût pour l'œuvre de Raymond F. Jones il y a un peu moins d'un an avec le partage de son plus célèbre roman : "Les survivants de l'infini". D'autres ouvrages tels que "Risques calculés", "J'ai d'autres brebis" (co-écrit avec Lester DEL REY) ou "Renaissance" restent encore à (re)découvrir, et feront certainement l'objet de prochains bonus au sein des pages du PReFeG. 

Le destin d'une coquille :

Voyons tout d'abord la recension qu'Igor B. Maslowski proposait dans le Fiction n°27 en février 1956.

" Meilleur A. S. du mois : « Les imaginos » – la couverture porte imaginox, mais ce n’est sans doute qu’une coquille – (The toymaker), de Raymond F. Jones (Ed. Métal), recueil de six longues nouvelles dont la première donne son titre au volume. Sans être d’égale valeur, toutes sont très bonnes et deux excellentes. J’ai particulièrement aimé celle du début, où l’on voit un groupe de savants tenter d’empêcher le dictateur de l’époque de déclencher une guerre intergalactique en hypnotisant les enfants au moyen de jouets baptisés « imaginos ». Autre récit de qualité : « La salle des enfants », où l’on assiste à la lutte qui se livre dans le cœur d’un père dont l’enfant est mutant. Aura-t-il le courage de s’en séparer pour le bien de l’humanité ? Nouvelle extrêmement poétique et émouvante, dont la fin est assez inattendue. « Météo » s’inscrit à mi-chemin de la S.-F. et du policier, « Modèles perfectionnés » est de caractère psychologique, « Les parasites » possède une forte tendance au « suspense », « Inventions », enfin, n’est pas dénuée d’un certain humour sardonique. Comme on voit, la variété n’est pas l’une des moindres qualités de Jones dont l’imagination, par ailleurs, est étincelante. Seule ombre au tableau, la traduction qui laisse nettement à désirer."

"... la couverture porte imaginox, mais ce n’est sans doute qu’une coquille " écrit I. B. Maslowski. En effet, la nouvelle dans sa version originale parle d'imaginos pour nommer ces jouets particuliers, et, bien qu'il nous a été impossible de retrouver un exemplaire ou un scan de l'édition française de 1956 aux Editions Métal, il semble bien que la nouvelle (malgré le titre) s'intitulait alors "Les imaginos" (comme le corrobore la note de Jacques Sadoul citée plus loin). C'est toutefois sous ce titre d’Imaginox peut-être fallacieux - à moins que les Editions Métal aient voulu évoquer l'inox, procédé de renforcement de l'acier connu depuis l'antiquité mais réellement industrialisé à partir de 1925 - que sera repris l'ouvrage chez NéO, et les imaginos seront rebaptisés imaginox jusque dans la nouvelle proprement dite (les éditions NéO furent parfois critiquées pour la refonte de certaines coquilles qui n'en étaient pas, comme dans la série des Harry Dickson de Jean Ray). Malgré cela, la traduction restera la même qu'en 1956.

Imaginox, donc. Et avouons-le, cela sonne moins hispanique, et ajoute un peu de mystère quant à leur origine (puisque c'est là le cœur de la nouvelle).

Astuce et déjà-vu :

La critique de la réédition NéO de septembre 1980, bien que tout de suite recensée par Francis Valéry dans les parutions du domaine anglo-saxon, se fera attendre, et ne sera pas très tendre envers les éditions Néo. C'est en avril 1981, dans le Fiction n°317, que se prononcera Stéphane Nicot (future Stéphanie Nicot, rédactrice en chef de la revue Galaxies entre 1996 et 2007):

" L'importance croissante d'un public disposé à lire de la science-fiction amène les éditeurs à piller les collections des années cinquante et soixante.

Dans ce domaine, les Nouvelles Éditions Oswald ont en général la main plutôt heureuse. Avec Les Imaginox, nous avons en revanche une réédition qui ne s'imposait peut-être pas. Oh ! pas de quoi crier au scandale ! Ce recueil de six nouvelles n'est pas plus mauvais qu'une notable partie de la production annuelle du genre ; il s'agit simplement d'une SF fort classique pour ne pas dire archaïque, sans surprise, souvent naïve, parfois exaspérante. 

Dans l'histoire qui donne son titre au volume, le « père joujou », professeur-de-paix reconverti dans le petit commerce, parvient à éviter une guerre intergalactique entre la Terre et Médral. Son gadget miracle ? La diffusion massive de jouets pacificateurs ! Le second texte marquant n'est qu'une banale affaire de mutants ; van Vogt a fait beaucoup mieux dans la même veine.

Les nostalgiques impénitents de « l'âge d'or » aimeront probablement. Sadoul, lui, a déjà aimé…

Il n'en reste pas moins que les Nouvelles Éditions Oswald font d'habitude de bien meilleurs choix.

"... Sadoul, lui, a déjà aimé..." . On reviendra sur l'inimitié des représentants des éditions Opta pour le "monsieur J'ai Lu", concurrent éditorial évident, qu'était Jacques Sadoul. Pour ce qui est d'évoquer l'ouvrage de Jones, c'est en ces termes que l'anthologiste recensera la nouvelle-titre dans son "Histoire de la science-fiction moderne " - Tome 1 :

[Dans le numéro d'Astounding science fiction de septembre 1946], Raymond F. Jones nous donne une excellente nouvelle, The Toymaker (Les Imaginos, in Les Imaginox, éditions Métal, 1955.). Le thème en est très astucieux : devant la menace d’une guerre qui risque de ravager le système solaire, le PT Theorn, surnommé The Toymaker, c’est-à-dire le fabricant de jouets, répand partout des sortes de petites poupées, les Imaginos. Or, ces jouets ont une action pacifiante qui s’exerce d’abord sur les enfants, pour finir par provoquer la modification des plans des chefs d’État. Ils font naître une doctrine de paix qui sera plus forte que les forces de la guerre.

Pierre VERSIN, dans sa célèbre Encyclopédie, évoque Les imaginox à la rubrique « Jeu ». Il propose également un avis sur Jones et son œuvre.

Chez Raymond F. JONES (Les Imaginox, 1946), les jouets dont le monde est inondé sont si envoûtants dans leur représentation de la réalité que les enfants contraignent leurs parents à la paix perpétuelle, car la guerre détruirait cet univers analogique.  ("Jeu", p.469)

JONES (Raymond F.) : Ecrivain américain (1915- ) surtout connu pour son roman Les survivants de l'infini (1949-50 ; en volume: 1952) dont on a tiré un film remarquable en 1954. En fait, un autre de ses romans, Renaissance (1944 ; en volume : 1951), est beaucoup plus intéressant en ce qu'il invente un monde, expérience de cité close après une guerre atomique, peuplée de savants uniquement, et remarque l'éclosion du tabou dans toute société fermée, fût-elle intellectuelle au suprême degré. La sclérose d’invention guette un peuple coupé de la « nature », donc de l’expérimentation et de la contrainte. Ce récit tend à démontrer la vanité de la quête de l’absolu.

JONES a aussi écrit de nombreuses nouvelles dont six ont été réunies en 1951 dans Les Imaginox. Un autre de ses contes est important, Une pierre et un épieu (1950), dans lequel des hommes d’un futur torturé par notre inconscience viennent nous demander des comptes. Car «je ne sais pas avec quelles armes se fera la prochaine guerre, a écrit EINSTEIN, mais je suis certain que celle qui suivra se fera à coups de pierres et d’épieux ». ( "Raymond F. Jones" p.472)

La quatrième dimension des couvertures :

  • Quatrième de couverture des Editions METAL (1955)

Raymond F. JONES, l'auteur de cette remarquable série de récits, naquit à Salt Lake-City il y a trente-cinq ans. Ses études le spécialisèrent à la fois en électricité (il est ingénieur) et en anglais. Il est détenteur d'une licence d'opérateur radiophonique, et pendant la guerre travailla au service des ingénieurs de radio BENDIX. Depuis dix ans, il est employé au ser­vice météorologique des Etats-Unis.

Mr. Jones est l'un des membres d'un petit groupe d'écrivains distingués dont la nouvelle intervention en tant qu'auteur de contes de science-fiction a véritablement propulsé le magazine Astounding Science Fiction à la position de leader qu'il occupe présentement. Raymond F. Jones a l'habileté, que peu d'autres écrivains du genre possèdent, de rendre les personnages de ses histoires absolument réels et son éducation scientifique lui permet de les bâtir sur une base authentique.

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Les Imaginox nous conte l'histoire pas­sionnante de la lutte des deux principales civilisations du système solaire pour l'hégé­monie économique et politique. C'est aussi une étude prenante et fouillée de la psycho­logie opposée de deux hommes : Le pro­fesseur Rold Theorn, à la recherche d'une solution pacifique des problèmes de la galaxie, et le sénateur Callimus, qui utilise les res­sources de la super-science pour entraîner le peuple vers un climat de guerre totale. Callimus dispose de tous les moyens de propagande et avec la dextérité d'un montreur de ma­rionnettes, il tire les ficellles pour effrayer, séduire et menacer. Mais le professeur Theorn, le « Père Joujou », crée les mysté­rieux IMAGINOX, et grâce aux enfants complètement ensorcelés par les étranges jouets sans forme, il répand sa doctrine de paix. Les résultats incroyables obtenus par les IMAGINOX, et la menace proche de la destruction totale du système solaire, font du Toymaker, une histoire que vous n'êtes pas près d'oublier.

Les modèles perfectionnés nous entraî­nent à la suite des techniciens des Labora­toires du Nord dans des aventures tumul­tueuses où ceux-ci, complètement abasourdis, trouvent leurs plans quelque peu changés par des visiteurs inattendus d'une époque in­connue.

Dans les Parasites, nous découvrons que d'étranges insectes de la planète mécanisée de SIAN envahissent la terre, entraînant au désastre les villes populeuses.

Inventions est une curieuse légende de l'époque du commerce inter-planétaire et du mythe brutal des compagnies qui trafiquent avec d'étranges indigènes à travers le cosmos.

Météo est une captivante description des épouvantables problèmes rencontrés dans le monde de demain par les hommes intré­pides qui assument la responsabilité du con­trôle climatique.

La nouvelle concluant cet ouvrage : La Salle des Enfants, est un conte puissant et inoubliable où un homme et une femme sont forcés de prendre une décision capitale con­cernant le bonheur FUTUR de l'humanité.

Tous ceux qui apprécient des histoires ra­pides et passionnantes de gens courageux et d'exploits extraordinaires, seront captivés par ce volume de moderne science-fiction.
  • Quatrième de couverture des Editions NéO (1980)

Les Imaginox nous conte l'histoire passionnante de la lutte des deux principales civilisations du système solaire pour l'hégémonie économique et politique. C'est aussi une étude prenante de la psychologie de deux hommes : le professeur Rold Theorn, à la recherche d'une solution pacifique des problèmes de la galaxie et le sénateur Callimus, qui utilise les ressources de la super-science pour entrainer le peuple dans un climat de guerre totale. Callimus dispose de tous les moyens de propagande et avec la dextérité d'un montreur de marionnettes, il tire les ficelles pour effrayer, abattre et menacer. Mais le professeur Theorn, le "Père Joujou", crée les mystérieux Imaginox et, grâce aux enfants complètement ensorcelés par les étranges jouets sans forme, il répand sa doctrine de paix.

Paru en 1955 dans l'éphémère série 2000 des Éditions Métal, ce livre était non seulement introuvable, mais à peu près totalement inconnu du public français, si l'on excepte le petit nombre d'amateurs de science-fiction de cette époque, aujourd'hui relativement âgés.

Né en 1915 à Salt Lake City (U.S.A.), Raymond F. Jones est surtout connu pour son roman Les survivants de l'infini (Le Rayon fantastique) dont a été tiré un film remarquable en 1954.

Il a aussi écrit de nombreuses nouvelles dont 6 sont réunies dans Les Imaginox, mais est resté peu connu du public français. Son autre roman, tout aussi remarquable, Renaissance, vient en effet seulement de paraitre en librairie cette année (Éditions J'ai lu), soit 25 ans après Les Survivants de l'infini et Les Imaginox. Il s'agit pourtant d'une des voix les plus originales de la science-fiction américaine de la grande époque.

  • Sommaire

1 - Les Imaginox (The Toymaker, 1946), pages 7 à 50, nouvelle, trad. Maurice POULAIN & Cécile SAY

2 - Modèles perfectionnés (The Model Shop, 1947), pages 51 à 77, nouvelle, trad. Maurice POULAIN & Cécile SAY

3 - Les Parasites (The Deadly Host, 1945), pages 79 à 104, nouvelle, trad. Maurice POULAIN & Cécile SAY

4 - Inventions (Utility, 1944), pages 105 à 132, nouvelle, trad. Maurice POULAIN & Cécile SAY

5 - Météo (Forecast, 1946), pages 133 à 182, nouvelle, trad. Maurice POULAIN & Cécile SAY

6 - La Salle des enfants (The children's room, 1947), pages 183 à 218, nouvelle, trad. Maurice POULAIN & Cécile SAY

    L'avis du PReFeG :

    On ne s'attend donc pas à un chef d'œuvre oublié de l'âge d'or de la SF. Mais le recueil a toutefois un charme évident pour qui accepte que les ouvrages écrits à une certaine époque ne puissent pas bénéficier des progrès thématiques ou formels des décennies suivantes. Même si certains aspects peuvent questionner (la problématique des mutants, et l'utilisation un peu abusive du mot "race" les concernant), l'ensemble des nouvelles est éclectique et préfigure complètement le roman qui suivra dans la bibliographie de Jones (Les survivants des l'infini).

    Les imaginox : 

    La nouvelle part d'un inoffensif marchand de jouets, surnommé infantilement le Père Joujou, dont la boutique se situe dans une rue qui pourrait être sortie tout droit d'un conte fantastique à la Jean Ray - une rue difficile à trouver si l'on n'est pas guidé par son cœur d'enfant. Les jouets eux-mêmes sont fantastiques ; en plâtre, qualifiés de hideux, comme mal dégrossis, par les adultes, ils émerveillent toutefois les enfants qui ont encore en eux la capacité de croire. Cette crédulité est à la base même du récit, qui n'est pas un conte de Noël fantastique, mais bel et bien un récit de SF, dans laquelle nous basculons en comprenant que l'histoire se déroule sur Jemal, un monde belliqueux qui voit d'un très mauvais œil les progrès de sa voisine Medral. Car c'est bien de l'ombre de la guerre qu'il s'agit au fond, et du secret combat des faiseurs de guerre contre les pacificateurs.

    Modèles perfectionnés – (The model shop) :

    Une nouvelle qui rappelle fortement la première partie des "survivants de l'infini", que Jones rédigera l'année suivante. On y retrouve en effet ses talentueux ingénieurs en électronique dépassés par un savoir nettement supérieur, et la tentation de jouer aux apprentis sorciers.

    Les parasites – (The deadly host) :

    Après les fabricants de jouets qui cachent leur jeu et les ingénieurs confrontés à une technologie avancée, les inventeurs découvrant l'existence d'une forme de vie électronique. On peut se perdre un peu dans les considérations techniques - et Jones connait manifestement bien son affaire - mais il en ressort (sic) toutefois de vieux automatismes : construire des pièges, tester et observer, démonter et disséquer…

    Inventions – (Utility) :

    Après les inventeurs humains, les inventeurs extraterrestres et leur façon de dévoyer la technologue humaine pour faire arme de tout. On s'attache également à un explorateur hydrophobe, sorte de Monte Cristo. 

    Météo – (Forecast) :

    Prévoir a toujours été la velléité des hommes de pouvoir. Alors, quand prévoir le temps cède le pas à contrôler le temps, un tel pouvoir ne peut qu'engendre des confrontations monstrueuses. La nouvelle fonctionne sur des rouages policiers mais demeure de la hard science-fiction.

    La salle des enfants – (The children’s room) :

    Les histoires de mutant sont souvent empreintes de portraits d'êtres inadaptés à leurs sociétés. Ici, il est plutôt question de constituer une élite, et l'idéologie sous-entendue pourrait fort bien dériver en fanatisme sectaire, politique, religieux, ou même racial (qu'on se rappelle "L'apparition des surhommes" de B. R. Bruss pour s'en convaincre). Jones centre plutôt son récit - qui n'ignore rien de ces dérives déplaisantes - sur la résignation des géniteurs du mutant, qui doivent bien composer avec les particularités de leur enfant. Pas de super pouvoirs ici, et c'est ce qui rend d'autant plus suspecte l'institution chargée de recruter les mutants, mais une forme d'intelligence précoce que nous nommerions á notre époque "hpi". Comme dans "Les survivants de l'infini", la nouvelle laisse le sentiment que, face à des espèces mutantes ou extraterrestres plus évoluées, l'humanité part vaincue d'avance.

    24 janvier, 2023

    Cadeau bonus : « Les survivants de l’infini » - Raymond F. Jones 1952 (VF 1956)

    Le 24 Janvier 1994 disparaissait un auteur peu traduit en France, assez discret, mais emblématique des tendances philosophiques qu’abordait quelque peu la S.F. américaine dans les années d’après-guerre : Raymond F. JONES. En hommage à cet auteur, nous vous proposons le plus célèbre de ses romans, hélas resté ensuite dans les tiroirs, « Les survivants de l’infini », n°37 de la série Le Rayon Fantastique que se partageaient Hachette et Gallimard.

    Cliquez sur la couverture pour votre epub.
    Texte du 4ème de couverture : « L'Univers est déchiré depuis des siècles par une guerre implacable que se livrent les deux grandes confédérations de planètes : Llanan et Guarra, dont les savants et les ingénieurs sont parvenus à d'incroyables réalisations scientifiques et technologiques.

    Bien que la Terre ne fasse partie d'aucune confédération universelle, elle est bien connue des Llanan et des Guarra. Les uns et les autres décident-ils de disséminer par toute la Terre des usines qui fabriqueront en secret les armements nécessaires à leur guerre, et singulièrement « l'Interocitor », prodigieuse machine de télécommunication et de transmission de pensée, de volonté et d'énergie. L'une de ces usines est située en Arizona et emploie un jeune électronicien, Cal Meacham, et sa femme Ruth en qualité de psychiatre. Lorsque les Guarra attaquent les installations Llanan sur la Terre, ceux-ci décident d'abandonner notre planète à leur adversaire acharné. Meacham s'est rendu avec sa femme, par avion interstellaire, au Quartier Général des Llanan ; il réussira à convaincre ceux-ci de défendre la Terre, et leur apportera des éléments de victoire que leur progrès scientifique incessant leur avait fait perdre peu à peu : l'imagination et l'enthousiasme. »

    La Revue des livres du n°32 de Fiction en établit cette recension (sous la plume d’Igor B. Maslowski) :

    Dans « Les survivants de l'infini » (This island Earth) (Rayon Fantastique-Gallimard), Raymond F. Jones nous apprend que la Terre n'est qu'un minuscule pion sur l'échiquier de la guerre que se livrent, depuis des générations, deux puissantes confédérations inter-galactiques, Llanan et Guarra. Notre planète, en fait, n'est que l'usine où se fabriquent certaines pièces de rechange pour des machines compliquées dont les Llananiens ont besoin pour se défendre. Ces derniers, comme leurs adversaires, ne font qu'appliquer, sur le plan militaire, les décisions de leurs computeurs électroniques. Mais alors que les généraux de Guarra font également intervenir le hasard, ceux de Llanan s'en rapportent totalement aux machines, ce qui les amène au bord de la catastrophe. Il faudra, pour rétablir la situation, l'intervention d'un élément humain, sous l'aspect d'un ingénieur terrien, Cal Meacham, et de sa femme, Ruth, qui expliqueront à leurs alliés llananiens les causes de leurs récentes défaites et, par là même, sauveront notre planète, menacée d'abandon et d'anéantissement. La morale de l'histoire, « Méfiez-vous d'une science trop absolue ! » n'apparaît que dans les derniers chapitres, mais le roman tout entier est fort intéressant. Véritable œuvre de suspense, il se lit avec un intérêt soutenu et, bien qu'on se doute d'avance de la fin, cet intérêt ne faiblit à aucun moment.

    Si ne pas souscrire aveuglément aux attraits d’une science absolue fait partie de ses moralités possibles, l’ouvrage dépasse tout de même allègrement son sujet, qui rappellera celui de « Ombres sur le Soleil » de Chad Oliver évoqué dans nos pages le 1er janvier dernier. Il y est aussi question d’une race d’extraterrestres plus avancés technologiquement et secrètement basés sur notre bonne vieille Terre, et de l’intronisation d’un terrien dans le club très fermé de ceux qui savent.

    Mais il est surtout question des problèmes éthiques soulevés par la colonisation : sentiment de supériorité des « espèces » colonisatrices sur les autochtones, rapports étroits entre Guerre de longue durée et Paix durable… Si les péripéties intergalactiques et l’exotisme extraterrestre ne manquent pas, elles ne font que rythmer un ensemble de réflexions qui continuent d’être profondes et actuelles.


    On s’amusera aussi à découvrir la page de présentation de la collection « Le rayon Fantastique », intitulée : « Qu’est-ce que la Science-Fiction ? »

    LE RAYON FANTASTIQUE vous présente LA SCIENCE-FICTION

    QU’EST-CE QUE LA SCIENCE-FICTION ?

    Comme son nom l’indique un mélange de réalité et imagination. C’est l’aventure de demain…

    DEPUIS QUAND EXISTE LA SCIENCE-FICTION ?

    Personne ne peut le dire. Elle est aussi ancienne que la fantaisie. Platon, Cyrano de Bergerac, Voltaire, Edgar Poe, Jules Verne en ont fait bien avant que le mot soit inventé en 1926, par l’Américain Hugo Gernsback.

    À QUI S’ADRESSE LA SCIENCE-FICTION ?

    À tous les lecteurs curieux de nouveau et d’évasion intelligente. Ce qui ne l’empêche pas de compter de grands savants parmi ses fidèles lecteurs.

    LA SCIENCE-FICTION EST INSTRUCTIVE.

    On peut même dire que c’est le plus instructif des genres littéraires. Ses lecteurs apprennent bien des choses qu’ils n’auraient jamais sues sans elle.

    LA SCIENCE-FICTION DÉVELOPPE L’IMAGINATION.

    En entraînant ses lecteurs dans un domaine sans limite où l’esprit peut vagabonder à travers l’espace, le temps et les dimensions. Elle ne connaît pas d’« impossible ». Elle prévoit la réalité toute proche, peut-être.

    LA SCIENCE-FICTION EST DISTRAYANTE.

    Elle ne manque jamais ni d’action, ni d’aventures, ni même d’émotions fortes. Plus que tout autre genre, elle absorbe le lecteur par ses récits si éloignés des choses de tous les jours et des événements conventionnels.

    LA SCIENCE-FICTION EST VARIÉE.

    L’une de ses principales vertus est son infinie variété, son renouvellement incessant. Alors que les autres genres sont limités à notre Monde, elle a l’Univers entier.

    LA SCIENCE-FICTION est une fenêtre ouverte sur l’avenir.


    Mais ce roman qui n'a plus été édité depuis 1956, est surtout connu pour son adaptation au cinéma : « This Island Earth », réalisé par Jack Arnold et Joseph Newman en 1955 (et l’on peut supposer que l’édition française a « surfé sur la vague » de cette diffusion de l’œuvre de Jones).

    F. Hoda en parle en ces termes laconiques dans le Fiction n°31 :

    « Les survivants de l'infini » est le titre choisi par Universal-International pour distribuer en France « This island Earth », qui fit pas mal de bruit lors de sa projection aux États-Unis, l'année dernière. Technicolor de budget normal, cette bande, tournée d'après un scénario de Franklin Coen et Edward G. O'Callaghan, adapte un roman célèbre de Raymond F. Jones. Je n'ai pas encore eu l'occasion de voir le film, mais si j'en crois mon ami Forrest J. Ackermann, critique de films de science-fiction à Hollywood, il s'agit d'une œuvre intéressante, très bien réalisée par Joseph Newman. Le sujet est quelque peu abracadabrant : un homme venu de la planète Metaluna tente d'enlever un savant nucléaire américain et une jeune terrienne. La suite de leurs aventures se déroule sur la planète précitée. J'attendrai de voir le film pour vous les raconter.

     Puis dans le n°36 deFiction (extraits choisis pour ne pas trop divulguer l’intrigue, ce que F. Hoda s’autorise allègrement !)

    " Je me suis beaucoup amusé à la projection de « This island earth » (traduit par « Les survivants de l'infini »). Les décors de la planète Metaluna sont admirables et constituent ce qui a été fait de mieux jusqu'ici dans le genre. Malheureusement ils n'apparaissent que dans les dernières minutes du film. Un parti pris de représentation systématique du fantastique (l'intérieur de la soucoupe, la télévision, les laboratoires, l'appareil compliqué qui se désintègre, etc.) rend l'entreprise sympathique et insolite, malgré un côté infantile et assez linéaire dans le récit. Le film rappelle en même temps le cinéma allemand des années 20 et le « serial » des beaux jours. Le poste de pilotage de la soucoupe reproduit à quelques détails près certains décors de « Flash Gordon », ce fameux serial de 1936, qui avait jadis fait mon délice. Mais la désolation de la planète Métaluna, attaquée par des ennemis de l'espace, atteint à une réelle grandeur. Cependant les événements extraordinaires, les monstres, les guerres galactiques, les désintégrations sont multipliés comme dans les sérials. Pourquoi avoir affublé les Métaluniens de ces immenses fronts qui les confondent tous en en faisant des robots de série ?

    (…) Ce qui manque au film, c'est un ton de fantaisie. Joseph Newman, qui apparemment n'aime guère la science-fiction, introduit sans arrêt, et dans les meilleurs moments, un sérieux grandiloquent. Le dialogue utilise les clichés habituels sortis sans doute du fameux « Memento du dialoguiste hollywoodien » traduit par Chabrol dans le numéro spécial des « Cahiers du Cinéma » consacré au cinéma américain. Ainsi, l'assistant du savant-héros dit à son patron : « Cet Exeter ne me dit rien qui vaille. » Toutes les conversations sont de cette veine. Les réparties incisives sont extrêmement rares. J'en ai relevé une seule. Dans la soucoupe qui les emporte vers Métaluna, le savant-héros reproche à Exeter de vouloir faire travailler des hommes de science pour la guerre. Exeter lui répond : « J'ai appris cela sur terre. »


    Un seul moment on a vraiment peur : la jeune Faith montre à son amoureux de collègue le laboratoire qui va lui être réservé. Ils ouvrent tous deux la porte et dans la pénombre un cri déchirant glace le spectateur. La lumière nous montre un chat qui saute vers la porte. Curieux que le seul élément d'épouvante soit emprunté à l'arsenal classique du policier.
    « This island earth » débute par le meilleur générique de science-fiction que je connaisse : les titres se déroulent sur un paysage galactique impressionnant. On assiste à un strip-tease étonnant qui nous conduit, comme me l'a dit l'ami Thirard, au-delà même du strip-tease. En effet, dans l'appareil de transformation du métabolisme, Faith Domergue et son ami le savant subissent des transformations qui rendent visibles non seulement leur peau, mais aussi l'intérieur de leur corps. Arrivé à ce point le spectateur constate avec étonnement que nos Terriens sont asexués et qu'aucun élément organique ne permet de différencier la femme de l'homme. Est-ce l'effet du voyage interplanétaire ? Ou bien la censure arrive-t-elle, par quelque effet de magie, à transformer le corps humain ? Voilà un problème que les savants seront appelés un jour à trancher. (…) Que dire de plus. Je ne me sens pas en mesure de juger définitivement un tel film. Il atteint par moments à une certaine grandeur. À d'autres, il sombre dans l'infantilisme. Mais ce qui est sûr, c'est qu'à aucun moment il n'ennuie."

    Nous n’atténuerons pas la critique de F. Hoda en vous proposant la nôtre. Comme trop souvent dans le travail d’adaptation d’un roman à l’écran, certains choix se posent pour accélérer l’action ou rendre plus vivante à l’écran la force de la littérature qui est de pouvoir passer de la description à la réflexion en toute fluidité. De même, les héros de l’écran ont toujours dans leur cahier des charges d’être un tant soit peu exceptionnels, pour rehausser l’enjeu et forcer une identification béate chez le public. L'adaptation de « This island Earth » n’échappe bien entendu pas à ces règles.

    Aussi, il n’est plus question ici d’un modeste chercheur en électronique, mais d’un savant réputé travaillant sur l’énergie contenue dans les matières inertes (comme le plomb). Il est attifé d’un assistant dans toute la première partie du film (la mise en place de « l’Interocitor »), procédé commode pour la mise en dialogue, mais ce sont là deux éléments, deux entorses au roman de Jones, qui font du secret entourant la base extraterrestre un mystère bien mal protégé – d’autant que l’assistant, certes faire-valoir, disparait de la suite de l’histoire.

    Exit aussi le personnage du traitre (nous ne divulguerons pas son identité ici), tandis que Ruth, le personnage féminin, passe de la profession de psychiatre chez Jones à celle de chercheuse en physique nucléaire dans le film. Les « Ingénieurs de la Paix », à leur tour, n’y sont plus que de simples ingénieurs d’élite, ce qui fait de Carl Meachum, notre héros, l’équivalent d’une recrue potentielle de la Silicon Valley.

    L’Ingénieur de la Paix en chef s’appelle ici Exeter, et transpire un paternalisme sympathique, là où son adjoint Brack est plus énigmatique (et donc plus intéressant).

    On quitte définitivement le livre et ses péripéties lorsque les extraterrestres font sauter leur base terrienne, un peu dans l’urgence et dans un enjeu mal motivé par le scénario. Le film se termine par un aller-retour Terre-Metaluna, en proie à une destruction massive à coup de météorites ennemies – la planète évoque alors Hiroshima ou Berlin en 1945. Mais surtout, à défaut pour nos deux héros d’être les derniers humains, c’est Exeter qui devient le dernier de sa race ; il a été blessé par un « mutant », l’espèce de monstre à tête hypercéphale bien connu (voir notre photo), et qui sert ici d’élément de séquence à sensation plutôt que de réel élément de l’intrigue.

    Bref, nous voilà loin du discours philosophique de Jones sur les rapports étroits entre la Paix et la Guerre, sur la colonisation et le sentiment de hiérarchisation des civilisations selon leurs avancées uniquement technologiques. On pressent surtout dans cette production hollywoodienne à fort budget une forme de propos pro-nucléaire et pro-électronique, alors mamelles du progrès à l’américaine. On pense finalement à l’essor japonais à venir – nul doute d’ailleurs que ce film aura grandement influencé le cinéma de genre nippon.

    Les effets spéciaux sont très bons (et rappellent les solarisations du célèbre feuilleton « Les envahisseurs »), et ont sûrement été novateurs pour leur époque. Quelques séquences aussi, dans la base secrète des Ingénieurs de la Paix, donneront l’impression de se situer dans le Village de la série « Le prisonnier » - Sophia Antipolis avant l’heure !


    Vous pouvez retrouver ce film en partage sur le site de nos fabuleux cinéphiles de l’Univers Étrange et Merveilleux du Fantastique et de la Science-Fiction, sur cette page !

    26 janvier, 2022

    Galaxie (1ère série) n°002 – Janvier 1954

    Des auteurs plus « mineurs » pour ce deuxième numéro, comparé au feu d’artifice du premier. On retrouve la suite de « Dans le torrent des siècles », de Simak, et Fritz Leiber avec sa première nouvelle publiée en France (« Les cinq maris de Loïse », qui deviendra « Les cinq maris de Loïs » dans sa traduction de 1974 - et on notera les petites manies de traduction qui « francisent » à outrance les noms propres des personnages ; c’était la mode en cette époque – où John Smith devenait Jean Lefebvre.)

    On notera également les mentions « d’après… », qui trahissent des versions condensées des œuvres originales. On comprend mieux en quoi Fiction pouvait mettre en avant « Rien que des récits complets et non abrégés… » sur ses couvertures.


    Cliquez sur le sol de Mercure pour une jolie prospection…

    Sommaire du Numéro 2 :


    1 - Fritz LEIBER, Les Cinq maris de Loïse (Nice Girl With Five Husbands, 1951) , pages 7 à 21, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Phil BADR

    2 - Clifford Donald SIMAK, Dans le torrent des siècles (2ème partie) (Time Quarry (magazine, 1950) / Time and Again (volume, 1951), 1950/1951) , pages 22 à 61, roman, trad. (non mentionné), illustré par David STONE

    3 - Sam Jr. MERWIN, Le Bélier-Judas (Judas Ram, 1950) , pages 62 à 81, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par James VINCENT

    4 - James Henry SCHMITZ, La Seconde nuit de l'été (The Second Night of Summer, 1950) , pages 82 à 105, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Don HUNTER

    5 - Raymond F. JONES, Une pierre et un épieu (A Stone and a Spear, 1950) , pages 106 à 126, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par (non mentionné)

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