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10 août, 2022

Fiction n°020 – Juillet 1955

Le fantastique et la science-fiction se partagent à parts égales le sommaire de ce numéro 20.

On colle, on gratouille, on clique…et hop ! Un epub !

Sommaire du Numéro 20 :

NOUVELLES

1 - Maurice RENARD, La Gloire du Comacchio, nouvelle

2 - Margot BENNETT, Réaction en chaîne (An old-fashioned poker for my uncle's head, 1954), nouvelle, trad. (non mentionné)

3 - Jack FINNEY, Le Fantôme à la fenêtre (There Is a Tide..., 1952), nouvelle, trad. (non mentionné)

4 - André PILJEAN, Cassandre, nouvelle

5 - Richard BROOKBANK, Le Mur invisible (The invisible wall, 1954),  nouvelle, trad. (non mentionné)

6 - Judith MERRIL, L'Homme de la Lune (Dead Center, 1954), nouvelle, trad. (non mentionné)

7 - T. P. CARAVAN, Spécimens pris au hasard (Random Sample, 1953), nouvelle, trad. (non mentionné)

 CHRONIQUES

 8 - Jean-Jacques BRIDENNE, Les Thèmes scientifiques chez Jules Verne, article

9 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, critique(s)

10 - F. HODA, Fantastique et merveilleux au festival de Cannes, article

COUVERTURE de Jacques Sternberg illustrant "La gloire du Comacchio".

 

Rapport du PreFeG (Juillet 2022)

  • Relecture
  • Corrections orthographiques et grammaticales
  • Ajout de la page de promotion de la collection Angoisse, reprise du scan d'origine.
  • Vérification des casses et remise en forme des pages de titre
  • Mise en gras des titres in "Revue des livres"
  • Notes (0), (0b), (3b) et (14b) ajoutées.
  • Vérification et mise à jour des liens internes
  • Mise au propre et noms des fichiers html
  • Mise à jour de la Table des matières
  • Mise à jour des métadonnées (auteurs, résumé, date d'édition, série, collection, étiquettes)


Côté fantastique : "La gloire du Comacchio" par Maurice RENARD  : Du Maurice Renard qui pourrait être du Jean-Louis BOUQUET à juger l'ambiance et orfèvrerie du style.

"Le fantôme à la fenêtre" (There is a tide…) par Jack FINNEY (1952) nous propose une histoire de destinées parallèles, oú la confrontation avec un fantôme n'est pas là où on la croit.

Avec "Cassandre" par André PILJEAN (1955), le tourment de Cassandre nous est ici gentiment détaillé dans le monde du 20ème siècle. On rappellera que dans la mythologie grecque, Cassandre, fille de Priam (roi de Troie), avait reçu d'Apollon le don de prédire l'avenir, mais comme elle se refusait au dieu, celui-ci la condamna à n'être jamais crue dans ses prédictions. C'est ainsi une figure hautement allégorique de bien des auteurs de Science-Fiction qui, bien que tirant des sonettes d'alarme sur les avanies à venir de nos dérives contemporaines, sont trop souvent relégués au rang d'amuseurs publics.

"Le mur invisible" (The invisible wall) par Richard BROOKBANK (1954) est un conte à la lisière du psychopathologique et du fantastique.

Pour la science-fiction : dans "Réaction en chaîne" (An old-fashioned poker for my uncle’s head) par Margot BENNETT (1954), on comprend que le comble de l'inventeur est de devoir tout réinventer. Ce sera la seule nouvelle de cette auteure écossaise à être traduite en France.

Un suspens qui va croissant pour une longue nouvelle bien cruelle mais néanmoins réaliste : "L’homme de la Lune" (Dead center) par Judith MERRIL (1954) (qui sera Mme Frederic Pohl).

"Spécimens pris au hasard" (Random sample) par T. P. CARAVAN (1953) nous propose une rencontre du troisième type, à l'opposé toutefois de celle détaillée dans "Dites-nous grand-mère" (de Mildred Clingerman, in Fiction n°18). Mystérieux auteur que T. P. (Tipee ?) Caravan ; Noosfere nous apprend qu'il s'agit du pseudonyme d'un certain Charles C. Munoz.

*

Malgré les efforts des Cassandres du monde occidental, en cette année 1955, où "programmation" n'était qu'un néologisme, il était impossible de se figurer , à quel point l'informatique - naissante - allait bouleverser les sociétés humaines du demi-siècle qui allait suivre. Il faudra attendre quasiment trente ans avant de voir s'introduire, dans les foyers, les premiers ordinateurs dits "domestiques". Pour l'heure, on commençait alors à peine à interroger ce qui différenciait - ou non - l'intelligence artificielle de celle de l'humanité. L'ordinateur n'était  perçu que comme épiphénomène de la technologie électronique - et il faut croire que les capacités accrues de calcul ne se posaient pas encore en clé de voûte de toute une civilisation, comme c'est déplorablement le cas en notre temps. Pour illustrer cette candeur d'alors, voici un extrait de ce Fiction n°20, un "glane interstellaire", qui rapportait un article du Figaro.

À travers la presse.

« Le Figaro » a publié, il y a quelque temps, un article de Pierre Devaux à propos de « L’homme à l’école du robot ». On y retrouve quelques-unes des vues particulièrement étonnantes que permet l’étude des plus récents « cerveaux électroniques », vues que des nouvelles de « Fiction » ont déjà utilisées, dans un but philosophique comme « L’androïde inspiré » (n°1), ou simplement humoristique comme « La machine à poésie » (n°3). À propos des « cerveaux » à performances… littéraires, profitons-en pour reproduire la description que donne Pierre Devaux de la « machine à traduire » déjà en service actuellement et qui n’est peut-être que le prélude à une série de réalisations encore plus extraordinaires :

Tout comme l’esprit humain, le cerveau électronique doit être doué de « mémoires » lui permettant d’enregistrer les questions posées et d’emmagasiner provisoirement les résultats partiels de son raisonnement, qui doivent être repris ensuite. Ces mémoires peuvent être constituées par des tubes à mercure dans lesquels circulent des ultrasons – extrêmement lents en comparaison du fonctionnement électronique. On emploie aussi des bandes de magnétophone, ou encore des tubes à « mosaïque cathodique », sur laquelle un pinceau d’électrons vient déposer des souvenirs, pour les récupérer quelques micro-secondes plus tard !

Pour travailler, la machine a besoin d’un programme qui lui indique la succession des calculs à opérer. Cette fonction de « programmation » – un néologisme qui a le mérite de la clarté – est confiée à des cartes perforées suivant un code. Pour éviter des erreurs, on exige périodiquement du cerveau des calculs particulièrement difficiles sous une tension électrique réduite de 40 %. Les erreurs produites permettent de localiser les lampes vieillissantes qui doivent être changées.

L’I.B.M. a équipé sa calculatrice 701 en traductrice internationale au moyen d’une bande-dictionnaire magnétophonique portant en regard tous les mots usuels russes et anglais. L’inscription n’est pas faite sous forme sonore, comme d’ordinaire, mais sous forme codée binaire, compréhensible pour les lampes.

Supposons que nous ayons proposé à la machine le mot anglais science, qui se trouve par conséquent « emmagasiné » dans les lampes-mémoires d’entrée. Au moment où le mot science, porté par la bande-dictionnaire, arrive sous la « tête liseuse », les lampes anglaises se trouvent mises au zéro. Il s’ensuit une impulsion électrique qui a pour effet de « déverrouiller » le côté russe, c’est-à-dire que le mot russe correspondant, nauka, s’imprime à la sortie.

Ainsi construite, la traductrice ne fournirait qu’un grossier « mot à mot ». Des trésors d’ingéniosité ont été dépensés pour lui « enseigner » la grammaire et les idiotismes indispensables ! Le résultat est obtenu au moyen de consignes que la machine explore très rapidement ; le Dr Dorsett, philologue américain, estime que cent consignes seraient suffisantes pour une traductrice universelle ; six consignes ont suffi pour obtenir de bonnes traductions du russe en anglais.

On conçoit, d’après ce qui précède, comment un cerveau électronique peut se livrer à la critique littéraire, disons plutôt à l’analyse d’un style. Chaque écrivain possède un « spectre » personnel, caractérisé par des tournures de phrases, son vocabulaire, etc. La machine électronique se charge d’analyser avec une extrême rapidité les textes les plus variés, de « chiffrer le style » et, finalement, de détecter les interpolations et les fraudes en identifiant les différents auteurs !

C’est ainsi que, en opérant sur l’Évangile selon saint Matthieu, un cerveau électronique, équipé « en littéraire », a pu retrouver des fragments de l’Urmarcus (Proto-Marc) et des logias grecques, qui n’étaient du reste pas inconnues des exégètes en chair et en os ! Demain, ce sont les problèmes généraux de la philosophie, la confrontation des témoignages historiques, la critique artistique et musicale, les recherches de la poésie pure, qui seront livrés à l’appétit sans limites des cerveaux-critiques artificiels !

Ainsi, tandis que l’homme est contraint de s’adapter aux méthodes de pensée de la machine électronique, la machine se hausse vers des fonctions d’« esprit de finesse » qui l’intronisent véritablement dans le domaine du cœur… Il y a là une double évolution convergente, dont il est impossible de prévoir les conséquences pour l’avenir immédiat de l’humanité.

16 mars, 2022

Fiction n°009 – Août 1954

Une très jolie moisson de textes, d’auteurs souvent peu connus en France, tels que Ward Moore ou Mack Reynolds, mais aussi de plus notoires comme Philip K. Dick ou Jean Ray. Nous revenons sur cet auteur remarquable dans cet article. 

Clic-clic ! Pour une fois,

la souris attrape le chat !


Sommaire du Numéro 9 :

NOUVELLES

1 - Eando BINDER, Avis aux forcenés (A Warning to the Furious, 1953) , pages 3 à 17, nouvelle, trad. (non mentionné)

2 - Philip K. DICK, Le Soulier qui trouva chaussure à son pied (The Short Happy Life of the Brown Oxford and Other Classic Stories, 1954) , pages 18 à 28, nouvelle, trad. (non mentionné)

3 - Jerome BARRY, Le « Lait du Paradis » (The milk of Paradise, 1953) , pages 29 à 41, nouvelle, trad. (non mentionné)

4 - Ward MOORE, Un homme jaugé (Measure of a Man, 1953) , pages 42 à 49, nouvelle, trad. (non mentionné)

5 - André PILJEAN, Le « Détachtout », pages 50 à 60, nouvelle

6 - Reginald BRETNOR, Langue de chat (Cat, 1953) , pages 61 à 76, nouvelle, trad. (non mentionné)

7 - Jean RAY, La Ruelle ténébreuse, pages 77 à 107, nouvelle

8 - Mack REYNOLDS, Celui qu'on n'attendait pas (The Other Alternative, 1954) , pages 108 à 115, nouvelle, trad. (non mentionné)

 

CHRONIQUES

 9 - SAMIVEL, Réalité du fantastique ?, pages 116 à 118, article

10 - Jacques BERGIER & Igor B. MASLOWSKI, Ici, on désintègre !, pages 119 à 121, critique(s)

11 - F. HODA, Timidité excessive, pages 122 à 123, article

12 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 125 à 126, courrier

 

Rapport du PReFeG :

  • Relecture, vérification orthographique et grammaticale
  • Mise au propre et noms des fichiers html
  • Ajout d'un sommaire (inexistant dans l'epub d'origine)
  • Ajout des notes 5b, 12 et 13.
  • Vérification et mise à jour des liens internes
  • Vérification des casses et remise en forme des pages de titre
  • Mise en gras les titres in Revue des Livres
  • Mise à jour de la Table des matières
  • Mise à jour des métadonnées (auteurs, résumé, date d'édition, série, collection, étiquettes)

Jean Ray, donc. Il fera l’objet d’un numéro spécial de Fiction, (la distinction est assez rare…), le n°126 de Mai 1964. Au moment de sa parution dans Fiction, l’auteur des plus belles enquêtes de Harry Dickson - et d’un nombre impressionnant de nouvelles fantastiques ou parfois de science-fiction – est pourtant bien près de sombrer dans l’oubli, faute d’éditeurs. C’est à Maurice Renault, directeur de publication de Fiction et de Mystère-Magazine, ainsi qu’à Roland Stragliati, que revient le mérite d’avoir relancé et popularisé Jean Ray en France, précédant de près d’une décennie sa réédition en poche chez Marabout.

De nos jours, de nombreux admirateurs de Jean Ray ont réuni et mis en partage pléthore d’articles, de témoignages, de bibliographies… Pour ce qui nous intéresse tout particulièrement ici, nous vous invitons à consulter « Jean Ray dans Fiction », encore une fois extrait de la mine d’or qu’est NooSFere.

Voici comment Jean Ray, et sa terrifiante nouvelle « La ruelle ténébreuse », sont présentés dans ce numéro 9 de Fiction :

Il y a longtemps – depuis le lancement de « Fiction », en réalité – que nous avions le désir spécial de publier une longue histoire de Jean Ray, une histoire qui, davantage encore que les deux contes courts jadis parus dans « Mystère-Magazine », [n°41 : « La main de Goetz von Berlichingen » ; n°57 : « Le dernier voyageur »] vous donnerait la mesure du talent de son auteur, un des plus extraordinaires écrivains fantastiques de notre temps. C’est donc aujourd’hui avec le plus vif plaisir que nous vous présentons « La ruelle ténébreuse » qui, parmi toutes ses nouvelles, est une de celles qui nous a toujours laissé l’impression la plus profonde. Nous ne l’avions pas eue sous les yeux depuis des années quand, en songeant à la reproduire ici, nous en avons à nouveau pris connaissance. Et nous avons retrouvé, en la relisant, aussi forte qu’au premier jour, cette étonnante et lente sensation d’un envoûtement inexplicable : cette sensation d’être soudain arraché aux limites rassurantes du réel, pour se voir placé au seuil de l’Inconnu, de l’Inconnaissable. De l’univers étonnant de Jean Ray, où s’interfèrent, s’abolissent ou se superposent les dimensions de l’espace et du temps, et où la faune d’un au-delà effrayant fait de profondes plongées dans notre monde à nous, « La ruelle ténébreuse » est une des manifestations les plus rares (avec quelques autres nouvelles comme « Le grand nocturne » ou, « Le psautier de Mayence », que nous espérons bien vous offrir également un jour). (Note du PReFeG : ce sera chose faite dans le in Fiction n° 18, daté de Mai 1958).

Pour la documentation sur l’auteur lui-même, nous renverrons les lecteurs de « Mystère-Magazine » à la biographie détaillée que nous y avons donnée de lui, dans le numéro 41, avec « La main de Goetz von Berlichingen ». Rappelons toutefois, à l’intention de nos autres lecteurs, que Jean Ray est belge, né à Gand en 1887, et que sa vie a tenu du roman d’aventures, quand son métier de marin le menait dans toutes les parties du monde. Son compatriote et ami Steeman a dit de lui qu’il était « un des derniers pirates ».

Une partie de son œuvre a été écrite en flamand, sous le nom de John Flanders ; ce n’est pas celle qui a trait au fantastique, mais plutôt à l’aventure. Les livres signés Jean Ray sont au nombre d’une dizaine et sont, pour la plupart, des recueils de contes. Publiés en Belgique, ils sont, sauf erreur, tous plus ou moins épuisés à l’heure actuelle. Le plus surprenant est que, traduits dans diverses langues, ils n’aient jamais paru au catalogue d’une maison d’édition proprement française. Leur ambiance très spéciale de cauchemar et d’irrationnel les empêcherait évidemment d’être des best-sellers, mais si l’on considère la médiocrité de toute une part de l’actuelle production littéraire, on ne peut s’empêcher de dénoncer une telle carence, qui fait de Jean Ray un auteur à peu près totalement méconnu dans notre pays. Puisse notre parole être entendue !

« La ruelle ténébreuse », qui parut en 1932 dans un recueil intitulé « La croisière des ombres », fut ensuite rééditée en 1943 dans « Le grand nocturne ». Gageons que son pouvoir sur les amateurs de fantastique n’est pas près de s’éteindre.

Et puisque il en est question, nous reproduisons ce texte de présentation de Jean Ray paru dans Mystère-Magazine (n°41, juin 1951). A noter que l’auteur (encore anonyme) des aventures de Harry Dickson n’avait pas encore été dévoilé comme tel…

 Grâce à l'aimable entremise d'un de nos lecteurs, M. Stragliati dont le goût prononcé pour la littérature policière fantastique et mystérieuse se renforce d'une solide érudition bibliographique, et qui connaît personnellement Jean Ray, nous avons été à même de réunir sur ce singulier personnage une intéressante documentation biographique dont nous sommes heureux de vous faire profiter.

       Comme Maurice Maeterlinck, Charles van Lerberghe, Grégoire Le Roy et Franz Hellens, Jean Ray est originaire de Gand. Il y est né le 8 juillet 1887.

       "Sous le signe noir du Cancer, de même que mon ami Thomas Owen", dit-il. Et aussi sous le signe irrécusable de l'Aventure : son grand-père paternel, - qui épousa une Indienne au cours de ses voyages, - son père, ses oncles, ses cousins étaient marins. Pour l'état-civil, Jean Ray porte un autre nom mais c'est de ses deux prénoms : Jean et Raymond qu'il a tiré son pseudonyme.

       A l'école, il fut, par excellence, - s'il faut l'en croire, - le type même du mauvais élève et du cancre. A dix ans, il sait à peine lire et écrire : il préfère courir les routes pieds -nus ou en sabots, nager comme un poisson, grimper aux arbres et aux mâts, ou bien encore livrer bataille aux autres garnements du Port.

        De guerre lasse, son père le met en pension à Pecq, dans le Tournaisis. Chose curieuse, ses maîtres wallons comprennent sa nature aventureuse de Flamand et ne la contrarient pas. Cependant, un beau jour, il leur fausse compagnie; et on le retrouve à Leith, en Ecosse. Il n'y a plus qu'à s'incliner : il sera marin, comme tous ceux de sa race. Et, dès lors, du voilier Este, en passant par l'Astrologer, - dont le capitaine Müller l'encouragea à écrire, - et par le Fulmar, commence pour Jean Ray une suite d'aventures étonnantes qui le mèneront sur tous les océans. S. A. Steeman, qui le connaît bien, a dit de lui qu'il était "un des derniers pirates" et qu'il ressemblait à "Trader Horn". J. H. Rosny aîné, qui l'aimait beaucoup, prétendait" qu'on s'entendait à peu près aussi bien avec lui qu'avec un tigre en colère". De fait, ses compagnons de bord anglais l'avaient surnomrné "Tiger Jack". On le vit, au temps de la Prohibition, faire la contrebande du rhum, sur la Rum-Row, au large des côtes américaines, et "fréquenter", a écrit Steeman, "les gangsters les plus célèbres". On dit même qu'il serait l'un des mystérieux personnages dont Jean Galmot a parlé dans ce curieux roman qu'est "Quelle étrange histoire..."

        Pourtant, si vous demandez à Jean Ray s'il a vécu, justement, d' "étranges histoires", il vous répondra sèchement : "non", en tirant de sa pipe en terre une bouffée d'âcre tabac de Hollande. Il aime, au reste, assez passer pour un "taiseux"... Mais, s'il se sent en confiance, il devient un éblouissant conteur d'histoires où les souvenirs de l'imagination se confondent, sans qu'il soit possible de discerner leur point de jonction. Et, pour peu que vous l'y poussiez, il vous mènera à la découverte d'un Gand secret, connu de lui seul ; d'un Gand spectral où l'énigmatique château des comtes de Flandre, peuplé d'instruments de torture et d'épées de justice, semble sorti tout entier d'un de ses récits ; d'un Gand où il s'est fixé (depuis qu'il ne navigue plus), qui a fortement influencé son oeuvre et dont il paraît impossible de le dissocier. En 1905, à dix-huit ans, il envoie aux Annales Politiques et Littéraires un conte : "Le diable est venu me chercher à bord". André Theuriet le lit et écrit à jean Ray. Il l'encourage et lui promet son appui. Mais il meurt deux ans plus tard. Depuis, Jean Ray s'est toujours tenu à l'écart du monde des lettres; et c'est le hasard seul qui lui fit rencontrer J. H. Rosny aîné, Pierre Goemaere, Hans Heinz Ewers et, plus tard, S. A. Steeman et Thomas Owen, dont il a préfacé "Les Chemins Etranges". Blaise Cendrars et Michel de Ghelderode l'estiment infiniment et il le leur rend bien ; mais ils ne se sont jamais vus.

        Ses premiers contes, écrits en flamand, paraissent dans des revues flamandes et hollandaises. Par la suite, il collabora également à plusieurs journaux et revues : "Le Journal de Gand", "Le Vingtième Siècle", "La Revue Franco-Belge", "Les Amis du Livre", "Le Mercure de Flandre", "Candide", "Wiener Journal", "Leipziger Tagblatt", "Weird Tales" (de Chicago). Après un premier roman, « Terre d'Aventures », dont lui-même avoue ne plus bien se souvenir, il publie, en 1925, « Contes du Whisky » qui le font connaître presque du jour au lendemain. Ils sont traduits en plusieurs langues : en flamand, par Clovis Baert; en anglais, Par R. T. House; en italien, par Mario Garrea; en japonais, par Fumiko Myata; et en allemand, par Rosa Richter. Cette dernière a publié en français, vers 1925, à Vienne, un opuscule d'environ 70 pages - aujourd'hui introuvable - consacré à "La vie prodigieuse de Jean Ray". Un des Contes du Whisky figure dans l'anthologie « Les Maîtres de la Peur », publiée chez Delagrave, en 1927, par André de Lorde et Albert Dubeux. Une nouvelle édition des « Contes du Whisky » (remaniée) a paru en 1946 à Bruxelles.

        Après un nouvel ouvrage, « La Croisière des Ombres », Jean Ray cède pour un temps la plume à John Flanders (dont nous parlerons plus loin) ; puis il la reprend, de 1942 à 1947, pour publier successivement : « Le Grand Nocturne », « Les Cercles de l'Epouvante », « Malpertuis », « La Cité de l'Indicible peur », « Les Derniers Contes de Canterbury » et « Le Livre des Fantômes ». Les Editions de "La Sixaine" (Paris et Bruxelles) ont également fait paraître il y a environ trois ans, « La Gerbe Noire », une anthologie de "contes noirs" publiée "sous la direction de Jean Ray". Seuls, « Terre d'Aventures », « Malpertuis » et « La Cité de l'Indicible peur » sont des romans.

        Tous les autres livres de Jean Ray sont des recueils de contes et de nouvelles. Quelques-uns de ses récits ont été publiés, traduits, aux Etats-Unis.

        Aujourd'hui, Jean Ray est redevenu l'écrivain flamand John Flanders. A ce titre, il collabore régulièrement au quotidien "Het Volk" et est attaché à "La Bonne Presse" d'Averbode, la grande maison flamande d'édition catholique. John Flanders a écrit, et écrit encore, un nombre incalculable de contes, de nouvelles et de petits romans. Presque tous ces ouvrages sont particulièrement destinés à la jeunesse flamande auprès de qui John Flanders jouit d'une très large popularité. De temps à autre, il donne également, en français, des contes à "Tintin", ce journal d'enfants qu'apprécie fort Thomas Owen. De plus, il s'est aussi adonné, avec succès, au reportage : "La Moisson de l'Abîme", "Le Péril Gris", "La Vie romancée des Bêtes", etc...

        John Flanders, qui s'est surtout spécialisé dans le récit d'aventures retrouve quelquefois son inspiration première, et certains de ses contes parus récemment dans l'hebdomadaire flamand " Spectator ", sont du meilleur Jean Ray. John Flanders a publié quelques-unes de ses oeuvres en français.

        Revenons à Jean Ray. Il est marié à Nini Balta, une Bruxelloise qui fut une vedette de music-hall connue. Il a eu une fille qui s'est essayée - comme lui - dans le reportage en publiant, en anglais, une suite d'impressions londoniennes : "City Iights and Dreams". Il parle et lit couramment, outre le flamand et le français, l'allemand, l'anglais et le danois. Il affirme qu'un fantôme, "l'homme au foulard rouge", lui est apparu cinq fois. Son chien - un dogue de Bordeaux - s'appelle Kim, en souvenir d'un puma qu'il aima beaucoup. Il estime fort les araignées et, au dire de Steeman, il eut autrefois un lion. Il dit ne rien entendre à la poésie, ni à la musique, ni à la peinture. Par contre, le calcul intégral n'a pas de secrets pour lui. Il écrivit un jour, à H. G. Wells afin de lui démontrer que son Homme invisible - s'il avait existé - aurait été aveugle. L'illustre écrivain lui répondit, le félicita et l'invita à venir le voir dans sa propriété de Sandgate. Mais Jean Ray - bien qu'étant souvent en Angleterre - n'y alla jamais. Il faut dire qu'il n'aime pas plus répondre aux invitations qu'aux lettres. Les éditeurs le craignent, car, de temps à autre, "Tiger Jack" réapparaît et il lui arrive d'employer avec eux la manière forte quand ils lui doivent de l'argent. Jean Ray lit peu ; - du moins il le dit : Shakespeare, Goethe, Dickens, le romantique bas allemand Fritz Reuter, la Bible et les ouvrages d'hagiographie.

        Tous ses livres ont été publiés en Belgique ou par des éditeurs franco-belges; ils sont pour la plupart épuisés et pratiquement introuvables; il est même curieux de constater qu'aucun éditeur français n'ait jamais songé à rééditer les oeuvres de cet extraordinaire écrivain.

        Un cinéaste parisien, ami de Jean Ray, a aussi adapté pour l'écran un de ses romans (« La Cité de l'Indicible peur ») qui, dialogué et découpé, n'attend plus que le bon vouloir des producteurs...

        Nous avons intentionnellement choisi parmi les récits qui composent « Les Cercles de l'Epouvante » : "la Main de Goetz von Berlichingen" car cette nouvelle nous apparaît comme particulièrement caractéristique de la "manière" de l'auteur.

        L' "Edgar Poe belge" dit qu'il se sent personnellement plus près d'Hoffmann que du grand Américain. Les lecteurs de "Mystère-Magazine" jugeront...

 

22 décembre, 2021

Fiction n°002 - Décembre 1953

Maurice Renard cotoyant Damon Knight ! Le ton de Fiction est bien donné dans ce numéro 2, qui accueille également André Piljean, auteur de polars plutôt habitué de "Mystère Magazine", la revue grande soeur chez OPTA,  ainsi que les imports outre-atlantique que sont Kris Neville (qu'on retrouvera régulièrement) ou Ann Warren Griffith (qu'on ne retrouvera jamais plus, malgré sa nouvelle très pertinente et souvent citée dans les numéros suivants...).


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Sommaire du Numéro 2 :

NOUVELLES

1 - H(enry) F(itzerald) HEARD, L'Antinéa des mers (The Collector, 1951) , pages 3 à 28, nouvelle, trad. (non mentionné)
2 - André PILJEAN, La Boîte de Pandore, pages 29 à 41, nouvelle
3 - Reginald BRETNOR & Kris Ottman NEVILLE, Reconnaissance garantie (Gratitude Guaranteed, 1953) , pages 42 à 64, nouvelle, trad. (non mentionné)
4 - Elisabeth SANXAY HOLDING, Le Vendredi 19 (Friday, the nineteenth, 1950) , pages 65 à 80, nouvelle, trad. (non mentionné)
5 - Damon KNIGHT, Sans éclat... (Not With a Bang, 1950) , pages 81 à 86, nouvelle, trad. (non mentionné)
6 - Maurice RENARD, La Cantatrice, pages 87 à 101, nouvelle
7 - Ann Warren GRIFFITH, Auditions forcées à perpétuité (Captive Audience, 1953) , pages 102 à 115, nouvelle, trad. (non mentionné)

CHRONIQUES


8 - Jacques BERGIER & Igor B. MASLOWSKI, Ici, on désintègre !, pages 116 à 119, critique(s)
9 - Fereydoun HOVEYDA, Fantômes à revendre, pages 121 à 123, article
10 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 125 à 126, courrier 

 

Rapport du PReFeG :

  • Relecture, corrections orthographiques et grammaticales 
  • Mise en gras des titres in "Revue des livres" 
  • Vérification et mise à jour des liens internes 
  • Mise au propre et noms des fichiers html 
  • Mise à jour de la Table des matières 
  • Mise à jour des métadonnées (auteurs, résumé, série, date d'édition)

Pour ce numéro, nous vous proposons la lettre de remerciements signée Maurice Renault qui ouvre ce numéro 2.

Remerciements

 

Nous adressons nos plus chaleureux remerciements à tous nos lecteurs – et ils sont nombreux ! – qui ont pris la peine de nous téléphoner ou de nous écrire pour nous dire tout le plaisir qu’ils avaient eu à lire le numéro 1 de « Fiction » et nous assurer de leur fidélité ultérieure. Un même vœu revient dans presque toutes les lettres : celui que nous devenions une publication mensuelle – comme nous l’avons prévu – aussi rapidement que possible. L’accueil fait à « Fiction » semble partout très favorable ; nous pensons donc pouvoir, d’ici peu, passer à la réalisation de ce vœu. Sachez, en tout cas, amis lecteurs, que nous avons été très sensibles à vos encouragements et que nous ferons tout dans l’avenir pour continuer à les mériter.

Nous devons un remerciement particulier à un groupe de lecteurs qui nous ont manifesté une très belle preuve de confiance qui nous a particulièrement touchés. C’est en effet la première fois, pensons-nous, qu’une publication périodique recueille autant d’abonnés avant même que son premier numéro ait été mis en vente, c’est-à-dire avant que le public ait pu juger de ce qu’allait être la publication. Et la plupart de ces abonnements étaient accompagnés de lettres fort élogieuses dans lesquelles nos correspondants nous disaient en termes à peu près semblables que la satisfaction qu’ils tiraient chaque mois de la lecture de « Mystère-Magazine » les incitait à souscrire, à l’avance et en toute confiance, un abonnement à « Fiction ».

Merci, chers amis de « Mystère-Magazine ». Nous voulons être dignes de cette confiance et nous veillerons à ce que – dans ce nouveau domaine – « Fiction » vous apporte les mêmes satisfactions que « Mystère-Magazine ».

 

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