Affichage des articles dont le libellé est Charles Finney. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Charles Finney. Afficher tous les articles

08 décembre, 2025

Cadeau Bonus : 20 Fictions disparues - Le PReFeG a quatre ans !!!!

Proxima du Centaure, notre voisine de palier :
sa lumière met quatre ans à nous parvenir…
Quatre ans, et plus de 100 000 vues, ça y est ! Bon dieu de bois, notre messager venu du Centaure arrive à point nommé pour fêter ça ! Nous voyons déjà Ses yeux clignoter de plaisir, de cette façon si étrange qui n'appartient qu'à Lui, et qui à la fois nous inquiète et nous rassure : c'est Lui, par le ciel, c'est bien Lui !

Mais baste !

Le PReFeG est très heureux de fêter ses quatre ans d'existence en vous proposant un nouveau bonus exclusif : "20 Fictions disparues - domaine anglo-saxon", qui regroupe vingt nouvelles datées pour leurs publications américaines de la décade 1954-1963, et parues en France pour la majorité dans "Fiction" (une seule, la première, provient de "Galaxie - 1ère série"). Hormis l'une d'elle (de John Novotny dont nous n'avons pas désiré amputer le corpus francophone), ces nouvelles ont toutes en commun de n'avoir jamais été reprises ensuite ni en recueils, ni en anthologies.
Elles témoignent pourtant de la qualité de leurs auteurs, peu connus finalement en France, et souvent après un passage éclair ou disparate dans les pages de "Fiction". Nous vous proposons ici de les découvrir, ou de les retrouver si vous êtes déjà un lecteur assidu, ancien ou nouveau, de ces publications. Et comme toujours, vous pouvez télécharger le recueil concocté pour l'occasion au format epub en cliquant directement sur l'image de couverture.

20 Fictions disparues - domaine anglo-saxon

AU SOMMAIRE :

Un clic droit sur la couverture,
puis "enregistrer sous"
pour télécharger votre epub 
Franklin ABEL

1 - Omission capitale , 1956  (Nouvelle, Galaxy Science Fiction, mai 1952) Freudian slip, 1952 (paru dans Galaxie (1ère série) n° 29, NUIT ET JOUR 4/1956).

Omission capitale, par Franklin Abel, détonne par son aspect presque surréaliste et dans l'inventivité brillante de ses descriptions.


Charles G. FINNEY

Charles Finney, surtout connu en France pour son roman "Le cirque du Docteur Lao" (adapté au cinéma par Georges Pal en 1964).

2 - Le Vieil homme et le désert (Nouvelle, Harper's Magazine, juillet 1958) The Iowan's Curse, 1958 (paru dans Fiction n° 70, OPTA 9/1959).

Ambiance de voisinage hypocrite et d'Amérique un brin attardée, mâtinée de superstitions malsaines, dans Le vieil homme et le désert, par Charles G. Finney. Ici, c'est le désert de la Sonora et la frontière mexicaine qui lui sert de décor.

3 - Le Grand chien noir (Nouvelle, F&SF, octobre 1958) The Black Retriever, 1958 (paru dans Fiction n° 63, OPTA 2/1959).

Traduction par Alain Dorémieux sous pseudo et ambiance de voisinage pour Le grand chien noir, petite allégorie du danger pulsionnel qui menace les petites communautés paisibles.

4 - Les Petits monstres (Nouvelle, F&SF, octobre 1959) The Gilashrikes, 1959 (paru dans Fiction n° 96, OPTA 11/1961).

Les expérimentations animales qu'imagine Charles Finney dans Les petits monstres trouvent encore leur cadre dans une vie de quartier, comme dans "Le grand chien noir". Mais ici, l'animal n'est plus l'allégorie de la pulsion, mais bien plutôt celle d'un surmoi qui surveille et punit.

5 - Captivité (Nouvelle, F&SF, octobre 1961) The Captivity, 1961 (paru dans Fiction n° 103, OPTA 6/1962).

Là encore une histoire allégorique avec Captivité, de Charles Finney (dont ce sera la dernière publication dans Fiction). Un camp de prisonniers sans autres entraves qu'une haute barrière pour les empêcher de fuir. Pas d'autre privation ni de carence. Puis la captivité prend fin. On s'interroge sans cesse sur la nature réelle de ce camp, des pistes sont évoquées pour être abandonnées ensuite… Bien mené.



John NOVOTNY


6 - Transports de colère !(Nouvelle) The angry Peter Brindle, 1954 (paru dans Fiction n° 24, OPTA 11/1955).


Une nouvelle jugée loufoque mais qui ne l'est pas plus que ce qu'écrirait Fredric Brown : Transports de colère ! expose le thème du "télétransport", rappelant encore Alfred Bester et son roman "Terminus les étoiles" ; on pourra aussi se reporter à "L'homme qui se téléportait" de Joseph Satin (in Galaxie n°030).

7 - Un lac de whisky (Nouvelle) The Bourbon lake, 1954 (paru dans Fiction n° 105, OPTA 8/1962).


Bien que sans plus d'intérêt qu'une bonne blague, l'histoire divulgâchée par son titre se lit avec un plaisir un peu tourbe... euhh...hips.... Un peu trouble. Santé !


8 - L'Auréole de la vertu (Nouvelle) The tin halo, 1955 (paru dans Fiction n° 30, OPTA 5/1956).


Avec L’auréole de la vertu, le barbare devient le tentateur. Mais le civilisé vit-il de justes valeurs ? Une charmante nouvelle, qui rappelle un conte de Marcel Aymé.

9 - Le Second lot (Nouvelle) Second prize, 1957 (paru dans Fiction n° 80, OPTA 7/1960).


Des soldats antiques surnommés Toto et Doigts de Fer, tels les compagnons de Dorothy dans "Le magicien d'Oz" apportent Le second lot. Une histoire cocasse qui ravira les maris affublés d'une femme jalouse.


10 - A malin, malin et demi (Nouvelle) A trick or two, 1957 (paru dans Fiction n° 104, OPTA 7/1962).


Une autre potacherie, celle-ci traduite par Alain Dorémieux sous pseudonyme ; un poil machiste, si l'on ose le dire ainsi, mais l'honneur est sauf, dans À malin, malin et demi. Cette nouvelle sera la seule de John Novotny reprise dans une anthologie ("Histoires parapsychiques" - de la série de la Grande Anthologie de la Science-Fiction, volume sous la direction de Demètre Ioakimidis).




Jay WILLIAMS

Un auteur qui n'a cessé de se bonifier avec le temps.


11 - La Plaie de Mars (Nouvelle, The Magazine of Fantasy and Science Fiction, juin 1956) The Asa Rule, 1956 (paru dans Fiction n° 42, OPTA 5/1957).


La plaie de Mars est une charmante chronique martienne anthropologique, à la façon d'un Chad Oliver.


12 - Guerre froide (Nouvelle, The Magazine of Fantasy and Science Fiction, octobre 1956) Mr. Guthrie's Cold War, 1956 (paru dans Fiction n° 50, OPTA 1/1958).


Guerre froide est une petite histoire de sorcellerie sympathique, un peu creuse mais agréable à parcourir.


13 - Un dieu en boîte (Nouvelle, The Magazine of Fantasy and Science Fiction, janvier 1958) Little Tin God, 1958 (paru dans Fiction n° 56, OPTA 7/1958).


Un dieu en boite est une très bonne nouvelle avec un effet de chute bien amenée, sur l'exploitation animale - qu'elle soit extraterrestre ou pas ; cela réjouira particulièrement les lecteurs végans (pas ceux de Véga...).


14 - Le Moindre mal (Nouvelle, The Magazine of Fantasy and Science Fiction, août 1959) Operation Ladybird, 1959 (paru dans Fiction n° 73, OPTA 12/1959).


Jusqu'où doit-on respecter le vivant ? Jay Williams propose avec Le moindre mal une nouvelle assez trépidante, qui aurait même pu être développée davantage.


15 - Le Hanneton (Nouvelle, The Magazine of Fantasy and Science Fiction, mars 1961)The Beetle, 1961 (paru dans Fiction n° 93, OPTA 8/1961).


Le hanneton est une petite histoire de justice post-mortem comme on peut en trouver dans Mystère Magazine. Jay Williams a du métier et avance ses éléments sur un tempo croissant, et bien qu'on le sente venir, on s'y laisse prendre.


16 - Compagnon de jeu (Nouvelle, The Magazine of Fantasy and Science Fiction, mai 1961)Somebody to Play With 1961 (paru dans Fiction n° 98, OPTA 1/1962).


Le discours de fond de Compagnon de jeu est on ne peut plus clair. En témoigne cet extrait :


« Il se peut que la vraie raison de ce qui est arrivé à notre planète réside dans l'écologie, » avait-il déclaré, plutôt tristement. « Vous comprenez bien, mes enfants, que je parle de la planète Terre, non de cette planète-ci. L'humanité est une force explosive. Quand elle est menacée, elle éclate dans toutes les directions. Au fur et à mesure que ses structures sociales devenaient plus complexe, il lui est devenu impossible de coexister avec les prédateurs – ces animaux de proie qui menaçaient son cheptel. Il lui fallut détruire ces bêtes de proie. Puis vint le tour de tout ce qui avait des dents pointues, suspectes par conséquent. Le coyote, par exemple, capable éventuellement de manger un mouton, devait être éliminé, bien que les écologistes eussent montré que le coyote valait son poids d'or pour les fermiers, parce qu'il aidait la nature à conserver son équilibre naturel en mangeant les souris qui auraient pullulé autrement. Bien, entendu, une fois les coyotes disparus, les souris se multiplièrent. Cela conduisit à mener de grandes campagnes pour l'empoisonnement des rongeurs avec un bon petit poison non sélectif nommé le 1080, pour lequel il n'existait pas d'antidote. Beaucoup de souris périrent, et aussi beaucoup d'oiseaux qui se nourrissaient de souris, et puis tous les animaux – chats ou chiens – qui mangèrent les souris empoisonnées, et puis le gibier qui s'était nourri d'appâts empoisonnés, et même quelques hommes qui avaient mangé de ce gibier.

» L'humanité créa ainsi autour d'elle des cercles mortels. La crainte, la haine, un désir psychopathique de sécurité – comme si la sécurité faisait le bonheur – firent naître autour d'elle des zones dévastées, toujours plus étendues. Et cela se produisit aussi entre un groupe d'hommes et un autre groupe. Que l'on aperçut des dents trop pointues, et l'on croyait ne pouvoir se défendre que par des campagnes de destruction, par des massacres de plus en plus importants, jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien. Tout ça, au nom de la sacro-sainte sécurité ! »

Ecologie et sécurité, ou quand la considération de l'une devient le problème de l'autre. Nous avons là une bonne nouvelle concise et éloquente de Jay Williams, avec une belle traduction de surcroît.


17 - Les Présents des dieux (Nouvelle, The Magazine of Fantasy and Science Fiction, avril 1962)Gifts of the Gods, 1962 (paru dans Fiction n° 106, OPTA 9/1962).


Les présents des dieux est présentée ainsi : " le thème (...) des premiers extra-terrestres débarquant sur Terre (...) pour jeter les bases de quelque union galactique (...) est une des mamelles de la science-fiction. " La proposition est faite sur un plan plutôt "sociologique", voire anthropologique, comme en témoignent ces citation de la délégation extra-terrestre :

« Je crains, » dit le porte-parole, « que vous ne confondiez progrès avec changement. Il est exact que vous vivez dans une communauté sociale qui a changé profondément au cours des cent dernières années. Mais avez-vous progressé ? Vos citoyens sont-ils tous heureux, entièrement développés, intellectuellement mûrs ? » (...) « Vous estimez que le progrès consiste en procédés perfectionnés pour congeler les aliments, en moyens de transport plus confortables ou en méthodes nouvelles pour lutter contre les maladies. Ce n'est pas cela le progrès. Le progrès, c'est ce que vous faites avec les gens guéris, et où vous allez avec vos moyens de transport améliorés, et pourquoi vous y allez. Le progrès, c'est ce qui se passe dans votre cœur. La plupart d'entre vous sont bons, mais vous n'avez pas progressé d'un iota en cinq cents ans, ni même en mille. Si vous avez l'occasion d'un profit personnel, il n'y a pas un seul d'entre vous qui hésiterait à raser des forêts, à détruire toute vie sauvage, à tuer un millier d'autres êtres humains et à tourner le dos pour ne pas voir les souffrances de ses concitoyens. » 

En fait, un peu à la manière d'Howard Fast, Jay Williams interroge la notion de progrès à travers cette délégation extraterrestre censée apporter bienfaits et alliance.




John Womack VANDERCOOK
Un auteur rare, mais néanmoins excellent !

18 - La Masse (Nouvelle) The challenge, 1956 (paru dans Fiction n° 94, OPTA 9/1961).

La Masse, initialement parue dans le Mystère-Magazine » n°71 de décembre 1953, est une histoire de force invisible, mais qui ne se contente pas d'être un conte d'épouvante et s'affirme aussi dans sa vertu d'allégorie. L'ensemble est brillamment mené conjointement sur ces deux niveaux de lecture par John Womack Vandercook.

19 - Rencontre avec la peur (Nouvelle) Funk, 1960 (paru dans Fiction n° 109, OPTA 12/1962).

Rencontre avec la peur, et même la peur de la peur, qui rôde et qui tue… sans rien faire d'autre qu'être évoquée. Avec ce récit qui prend bien le temps de poser décor et caractères, dans la région colonisée du Nigéria, on retrouve les racines d'un sentiment qui "dépasse en âpreté toutes les autres épreuves" comme l'écrivait Montaigne. John W. Vandercoock signe ici sa deuxième et dernière contribution à Fiction. Dommage, on aurait aimé découvrir davantage de cet auteur fin et étonnant.


Ray NELSON

Illustrateur et auteur, Ray Nelson est par exemple l'inventeur de la casquette à hélice. On lui doit "Les machines à illusions" coécrit avec Philip K. Dick. Pour cette anthologie : un unique récit, mais quel chef-d'œuvre !

20 - Les Fascinateurs (Nouvelle) Eight o'clock in the morning, 1963 (paru dans Fiction n° 125, OPTA 4/1964).

La nouvelle Les Fascinateurs est excellente, tant par son thème, la lecture allégorique et même marxiste qui en est possible, que par sa concision. On peut aussi s'amuser à y retrouver les germes des séquences que John Carpenter utilisera pour le magnifique film qu'il en tirera "They live" ("Invasion Los Angeles" en VF). Assurément cette nouvelle est un sommet de la collection, mais est très étonnamment demeurée impubliée ailleurs depuis.


19 mars, 2025

Fiction n°103 – Juin 1962

Un quart de la collection Fiction ! Nous sommes tout d'abord très fiers d'avoir tenu cette échéance, en espérant que les moyens techniques continueront d'être fiables à l'avenir pour les 309 numéros restants !

Ce numéro 103 poursuit les métamorphoses éditoriales, ici avec la parution d'un roman dans son intégralité, et quel roman ! Il s'agit de "L'invention de Morel", de l'argentin Adolfo Bioy Casarès. Le thème en est unique. Nous retrouvons aussi "Le monde vert" de Brian Aldiss, toujours en feuilleton quant à lui, ce qui laisse peu de place aux autres nouvelles : deux seulement d'auteurs de langue anglaise, Kris Neville et Evelyn E. Smith. 

Un clic droit mademoiselle ?

Comme pour toutes nos publications, un clic droit sur la couverture

vous invitera à télécharger le livre au format epub.

Sommaire du Numéro 103 :


1 - (non mentionné), Nouvelles des auteurs de ce numéro, pages 2 à 2, bibliographie

NOUVELLES

2 - Adolfo BIOY CASARES, L'Invention de Morel (La invención de Morel, 1940), pages 3 à 63, roman, trad. Armand PIERHAL

3 - Charles FINNEY, Captivité (The Captivity, 1961), pages 64 à 71, nouvelle, trad. Elisabeth GILLE *

4 - Evelyn E. SMITH, Une journée en banlieue (A Day in the Suburbs, 1960), pages 72 à 79, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM

5 - Kris Ottman NEVILLE, Encore deux heures ? (Closing Time, 1961), pages 80 à 85, nouvelle, trad. Régine VIVIER *

6 - Brian ALDISS, Le Monde vert - Du côté de la nuit (Timberline, 1961), pages 86 à 114, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH 

CHRONIQUES

7 - Jacques GOIMARD, L'Œuvre exemplaire d'A. E. Van Vogt (1), pages 115 à 121, article

8 - COLLECTIF, Ici on désintègre !, pages 122 à 135, critique(s)

9 - (non mentionné), Tribune Libre, pages 137 à 137, article

10 - Jacques GOIMARD, Un fantastique peu nocturne, pages 139 à 143, article

11 - (non mentionné), Table des récits parus dans "Fiction", pages 143 à 144, index


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

Jorge Luis Borgès tenait L'invention de Morel de son ami Adolfo Bioy Casarès pour un roman parfait. Il est vrai que le récit est fort bien mené dans sa progression et dans l'ultime allégorie de sa fin. Car, sans dévoiler l'intrigue, l'invention de Bioy Casarès est hautement allégorique, métaphysique de manière intelligente, sensible et subtile. Mais le plus remarquable est son propos sur l'écriture et la lecture, sur les moyens d'écrire et de lire, et sur ce qui nous écrit et nous lit. Situation ultime de l'art romanesque, ce récit nous propose sans intellectualisme tous les plaisir du lecteur : mener l'enquête, comprendre avant le narrateur pour nous conforter dans notre intelligence, nous évader (puisque le narrateur est un fugitif), nous projeter littéralement à la fois dans l'hédonisme et l'inquiétude, et se saisir, à la fin, au plaisir délectable de relire. Magistral. On notera que la revue aurait pu publier comme à son habitude ce roman en plusieurs parties, mais que cela aurait chevauché le feuilleton de Brian Aldiss. On se félicitera de l'entorse faite à cette règle de publier des récits au mieux moyennement longs, et de la qualité du récit choisi. L'enjeu vaut bien l'écart.

Là encore une histoire allégorique avec Captivité, de Charles Finney (dont ce sera la dernière publication dans Fiction). Un camp de prisonniers sans autres entraves qu'une haute barrière pour les empêcher de fuir. Pas d'autre privation ni de carence. Puis la captivité prend fin. On s'interroge sans cesse sur la nature rélle de ce camp, des pistes sont évoquées pour être abandonnées ensuite... Bien mené.

Lutte des classes ici de manière concrète, pour Une journée en banlieue. La banlieue, en expansion et en pleine mutation urbaine durant ces années 60, représente le terrain quasi somatique de la compétition sociale. Si Evelyn E. Smith spécule, elle a vu juste. Et toujours avec humour.

Kris Neville s'amuse d'un paradoxe mathématique en partant du postulat de la célèbre formule d'Einstein, E=Mc2. Les conclusions de Encore deux heures ? donnent un peu froid dans le dos...

Avant-dernière partie pour Le monde vert, de Brian Aldiss, peut-être un peu plus essoufflée que les précédentes, où l'on découvre l'orée du côté nuit de la Terre qui ne tourne plus rond du tout. Une face sombre forcément (?) moins vivante.




A propos de L'œuvre exemplaire d'A. E. van Vogt, article annoncé en deux parties qui sera finalement scindé en trois, par Jacques Goimard, prolifique nouvel intervenant dans l'équipe de Fiction.

L'article - le démontage, même - de Damon Knight sur l'œuvre de van Vogt parue dans le numéro précédent y trouve un rebondissement. Mais la mauvaise foi et l'attaque à charges que Jacques Goimard reproche à Damon Knight pourrait tout autant lui être retournée. Quoi qu'il en soit, la polémique, faussée par des temps d'expressions différents, (Goimard critiquant en 1962 un article datant de la jeunesse de Knight), montre que la S.F. n'a pas de style ou de thématique uniques, et qu'elle a la complexité de sa diversité - quitte à avoir aussi ses chapelles.

Nous ne résistons pas à l'envie de partager à la fois ce faire-part de naissance, et une copie numérique (pour une fois au format pdf) d'un nouveau fanzine (en 1962)  de très grande qualité, qui marquera durablement les esprits dans le domaine du fantastique et de la science-fiction. (Attention : Gros fichier de 255Mo).

Un clic droit sur l'image pour obtenir votre copie numérique.

 Une revue du cinéma fantastique.

À l'intention des cinéphiles amateurs d'étrange, signalons la parution d'une nouvelle revue : « Midi-Minuit Fantastique », spécialisée dans le cinéma fantastique sous toutes ses formes (éditions Le Terrain Vague). 

Le numéro 1 (mai 1962) est consacré à Terence Fisher, metteur en scène de « Frankenstein s'est échappé », « Le cauchemar de Dracula », « Les maîtresses de Dracula », « La nuit du loup-garou ». etc.

Le numéro 2 (juillet 1962) aura pour thème : les vamps fantastiques (femmes-chats, femmes-panthères, femmes-vampires, femmes-insectes, femmes-oiseaux et sirènes).

Quatre-vingts pages dont trente pages d'illustrations soigneusement imprimées sur papier couché.

Pour terminer ce tour de revue, nous vous proposons les très intéressants propos de Jean Ray au sujet de son œuvre maîtresse, Malpertuis, que cite ce numéro (extrait d'un entretien, sans doute avec Jacques Van Herp) :

« Ce roman a été composé au fil des années, dix ou douze ans peut-être, au fil des nuits et des voyages, par toute la terre. J'écrivais, jetais, brûlais, puis les ciseaux et le pot de colle entraient en jeu sur les survivants. C'est un vrai costume d'arlequin, car je suis incapable de donner un premier jet.

» Le cadre est venu d'abord, comme toujours chez moi. Malpertuis est une grande, vieille, sinistre maison de la paroisse Saint-Jacques, à Gand, et à côté d'elle, rue du Vieux-Chantier, une boutique de couleurs et vernis, tout à fait curieuse, tenue par un bonhomme tout aussi curieux, surnommé la Chèvre. Les autres cadres se situent un peu partout, les uns dans le vieux Gand, pas mal dans le Hanovre, à Hambourg et Hildesheim. L'abbaye est celle d'Averbode, en Campine.

» Nancy est ma sœur, une jolie fille qui se foutait du tiers comme du quart. Élodie, c'est la servante qui m'a élevé, me rossant trois ou quatre fois par jour, et que j'aimais bien. Les Euménides sont trois vieilles demoiselles, dont la plus jeune n'était pas mal du tout, qui tenaient une petite confiserie. Elles devenaient terrifiantes quand les gamins venaient les ennuyer. On les appelait les Choutz. Philarète, ou plutôt Philariaan de son vrai nom, était un taxidermiste habitant près du Ham, au milieu d'une sorte de jachère, une épouvantable maison en bois.

» Puis j'ai rassemblé tous ces éléments, épars dans l'espace et le temps, dans « Malpertuis », et pour les faire revivre j'ai fait appel au fantastique. Les Barbusquins sont une invention d'Élodie pour nous faire peur, mais je ne sais trop s'ils n'ont pas réellement existé. L'abbé Doucedamme, je le vois très bien, il n'avait rien d'un prêtre maudit, c'était un vieux petit conventuel, gourmand et amusant.

» Voilà les éléments de « Malpertuis ». Je n'ai pas d'imagination, quoi qu'on en dise. Si mon imagination n'est pas sollicitée par un fait, je reste impuissant. »

Jean Ray sans imagination ! Allons donc !

On découvre aussi, dans cette recension, l'air de rien, une note qui dévoile quelque peu le mystère de la paternité de Harry Dickson, comme s'il s'agissait d'un secret de polichinelle. (Comment ? On ne vous l'avait pas dit ?)

"L'effrayant mystère de la mort des dieux donne toute son ampleur cosmique au récit, car il trouve son écho dans bien d'autres œuvres de Jean Ray : « La vérité sur l'oncle Thimotheus », « L'aventure mexicaine » (John Flanders), « La résurrection de la gorgone » (Harry Dickson). La mort des dieux, traînant jour après jour les lambeaux d'une puissance rongée par le temps, pliant la nuque sous la verge de fer de Moïra, le Destin, dont la puissance leur est supérieure, obsède Jean Ray. Et « Malpertuis » résume tout l'univers de Jean Ray le voyant (Jean Ray le Mutant, disait de lui Ghelderode, qui projetait avant sa mort de lui consacrer un livre)." 

29 janvier, 2025

Fiction n°096 – Novembre 1961

Avec la dernière nouvelle de William Morrison à paraître dans les pages de Fiction (ou même Galaxie), écrite en collaboration avec Frederick Pohl, et demeurée inédite depuis, on retrouve les valeurs sûres de Fiction, comme Julia Verlanger ou Jean-Louis Bouquet (dans une nouvelle de jeunesse), ainsi que Clifford D. Simak et Robert F. Young. En résumé, il n'y a pas de quoi bouder son plaisir ! 

Clic droit vers la rive gauche…

Sommaire du Numéro 96 :

NOUVELLES


1 - William MORRISON & Frederik POHL, Une situation d'avenir (Stepping Stone, 1957), pages 3 à 26, nouvelle, trad. Richard CHOMET *

2 - ARCADIUS, Deux heures de sursis, pages 27 à 31, nouvelle *

3 - Robert F. YOUNG, Les Sables bleus de la Terre (Hopsoil, 1961), pages 32 à 37, nouvelle, trad. Elisabeth GILLE

4 - Julia VERLANGER, Une caisse de pruneaux, pages 38 à 44, nouvelle

5 - Clifford D. SIMAK, La Fin des maux (Shotgun Cure, 1961), pages 45 à 58, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE

6 - Jean-Louis BOUQUET, Asmodaï ou le piège aux âmes, pages 59 à 95, nouvelle

7 - Charles FINNEY, Les Petits monstres (The Gilashrikes, 1959), pages 96 à 100, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE *

8 - Francis CARSAC, Une fenêtre sur le passé, pages 101 à 106, nouvelle

CHRONIQUES



9 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 108 à 119, critique(s)

10 - Demètre IOAKIMIDIS, Critique des revues, pages 121 à 121, critique(s)

11 - Demètre IOAKIMIDIS, Notes de lectures, pages 121 à 123, critique(s)

12 - Alain DORÉMIEUX, Un film labyrinthe : "L'année dernière à Marienbad", pages 125 à 129, article

13 - F. HODA, Le Père et le Fils, pages 129 à 130, article

14 - COLLECTIF, Tribune libre, pages 131 à 131, article

15 - Isaac ASIMOV, Jusqu'à la moelle (1957), pages 132 à 140, article, trad. (non mentionné) *

16 - Pierre VERSINSDamon KNIGHT et la quête aux merveilles, pages 141 à 143, article *


* Nouvelle / article resté(e) sans publication ultérieure à ce numéro.

 " L'ancien mode de vie se désintégrait et les mœurs du monde changeaient tous les jours – tout du moins les journaux l'affirmaient – car tout ce qui était permis était pratiquement obligatoire et presque tout ce qui n'était pas obligatoire était verboten. Les artistes devaient abandonner leur métier, celui-ci étant considéré comme « non-essentiel », et les musiciens se voyaient contraints de renoncer à la musique, jugée en haut lieu comme une « vaine dissipation d'énergie », et tout cela pour aller travailler dans les projets du vice-roi. "

On ne sera pas surpris, à la lecture de cet extrait de Une situation d'avenir, de constater que le discours sur "l'essentiel" ne date pas d'hier.

Cette nouvelle demeurée inédite depuis, démontre que toute tyrannie repose sur l'exercice de la peur, ainsi de la crainte d'être dénoncé arbitrairement aux autorités, ce qui mène les citoyens à l'usage sans scrupule de la corruption. Car l'argent est "un solvant universel", et tout pouvoir qui ne repose sur aucune autre valeur que la Terreur est voué à être dévoré de l'intérieur, comme un cancer, par ses propres agents. On retrouve l'aspect "idiocratique" que dénonce toujours Frederick Pohl, et la menée en droite ligne des agissements des personnages de William Morrison.

Dernière nouvelle traduite en français de William Morrison, on le retrouvera tout de même dans le numéro 305 de Fiction, avec une nouvelle traduction de "Les envoûtés" (parue dans Galaxie 1ère série n°26), sous le titre "Les drogués". On pourrait déplorer que cet auteur ne fut pas mieux connu dans l'espace francophone ; restées pour la plupart inédites après leurs parutions dans Galaxie et Fiction, il y a pourtant de quoi constituer un recueil avec les nouvelles de William Morrison, tant elles développent leurs sujets propres - bien souvent les confrontations d'échelles. Nous vous proposons ce recueil des nouvelles de William Morrison traduites en français en Bonus ICI.

" Il comprenait maintenant ce qui était arrivé à cette fameuse planète transmartienne, qui n'était plus que des météorites plus ou moins gros tournant autour du Soleil. La même chose qui allait se passer pour la Terre. "

Dans Deux heures de sursis, Arcadius part de cette hypothèse - à propos de l'origine de la ceinture d'astéroïdes entre les orbites de Mars et de Jupiter - qu'il aurait pu s'agir des débris d'une planète qu'on a nommée Phaeton. Cette hypothèse est depuis tombé en désuétude, au bénéfice d'une autre explication proposant qu'il s'agit plutôt d'un vestige de la formation des planètes du système solaire, ces astéroïdes ne parvenant pas à s'agglomérer du fait de la relative proximité de l'imposante Jupiter - une sorte de nasse gravitationnelle en somme.

Malgré ce présupposé erroné, Arcadius pointe qu'aux instants qui précèdent la fin du monde, tout devient absurde, car pour accomplir ne serait-ce qu'un dernier caprice inassouvi, il faut un minimum de temps. Alors ne demeure plus qu'une écrasante résignation, à la façon d'un personnage des nouvelles de Sternberg, robots écœurés.

Parodie de Bradbury, Les sables bleus de la terre de Robert F. Young prend la peine de créer en miroir une Terre imaginée par les martiens, et même par un auteur de SF martienne ! Léger de ton, cette nouvelle n'en déborde pas moins du pathétique sentiment d'aigreur de celui qui n'est plus capable de s'émerveiller - thème semble-t-il transversal dans l'œuvre singulière de Young.

On retrouve dans Une caisse de pruneaux le ton populaire que Julia Verlanger affectionne dans ses récits à la première personne. Ici, l'autrice s'accorde une petite récréation légère loin de sa cruauté coutumière. Appréciable, bien qu'un peu gratuit.

Que faire d'un don littéralement tombé du ciel comme celui-ci: un remède unique à toutes les maladies ? À l'aube d'une vaccination de masse, un médecin s'interroge. Sans tout dévoiler, La fin des maux, par Clifford D. Simakrappellera sans doute "Servir l'homme" de Damon Knight. 

Asmodaï ou Le piège aux âmes est une novella sur un pacte faustien, une histoire de sorcellerie dans le Morvan. Il s'agit d'une œuvre de jeunesse de Jean-Louis Bouquet qui ne manque pas de style pour autant. Dans le recueil "Le visage de feu", Bouquet écrira à propos de cette nouvelle :

" Pour moi, tout en étant très satisfait de ce conte, je vois, en tant qu’auteur, fort peu de choses à souligner, parce que c’est la plus exotérique de mes affabulations, celle qui nécessite le moins d’éclaircissements d’auteur. À noter que c’est une « somme » de traditions, de croyances morvandelles. Le Morvan a relativement peu inspiré les littérateurs. Je crois que c’est le tableau le plus « poussé » qui en ait été fait dans ce sens (folklorique-mystique). À noter aussi que le Morvan, berceau d’une partie de ma famille, est l’une de mes sources d’inspiration, bien qu’à vrai dire je n’aime guère ce pays. " 

Les expérimentations animales qu'imagine Charles Finney dans Les petits monstres trouvent encore leur cadre dans une vie de quartier, comme dans "Le grand chien noir". Mais ici, l'animal n'est plus l'allégorie de la pulsion, mais bien plutôt celle d'un surmoi qui surveille et punit.  

Une fenêtre sur le passé rappellera, dans une version très courte, la novella "L'ombre du passé" de Ivan Efremov (in Fiction 53). Un archéologue y entrevoit, comme dans une sorte de prémonition inversée, les habitants d'une caverne dont il étudie les artefacts. On retrouve un Francis Carsac très à l'aise dans son élément professionnel.

Dans l'article Jusqu'à la moelle, Isaac Asimov nous alerte sur l'empoisonnement radioactif de l'atmosphère du fait des essais de bombes H. 

Pour terminer ce petit tour, notons que Pierre Versins propose un article sur Damon KnightDamon Knight et la quête aux merveilles, considéré non plus en tant qu'auteur, mais en tant que critique. Versins traduira en effet quelques uns de ses articles, qui paraîtront dans Fiction les mois suivants. Vous pouvez retrouver l'intégralité de ce texte sur notre page dédiée à Damon Knight.

Nous vous proposons en guise d'extrait, de lire la critique une fois de plus pertinente et fort bien documentée, de Demètre Ioakimidis, sur la parution du dernier recueil de nouvelles de James Blish (que nous vous proposons de surcroît en bonus !). 

Clic droit, "enregistrer sous"
James Blish : Terre, il faut mourir. 

James Blish est un homme aux talents multiples. Il commença par étudier la biologie avant de se mettre à écrire, et cette dernière occupation le conduisit dans le domaine de la poésie aussi bien que dans celui de la science-fiction. Il s'occupa de « public relations », et il lui arriva également de composer de la musique. À quarante ans, il compte indubitablement au nombre des écrivains les plus brillants de la science-fiction actuelle. S'il n'est pas exclusivement composé de chefs-d'œuvre, le présent recueil est néanmoins d'un niveau très élevé, et il donne au lecteur une idée de la diversité des cordes composant l'arc littéraire de James Blish.

Les moins réussies de ces nouvelles sont « L'affaire du VS-1 » et « Le joueur de flûte ». Ce sont cependant des récits construits avec adresse – le premier utilise le suspense créé par un militaire dément qui, seul sur un satellite artificiel, croit devoir bombarder Washington, alors que le second brosse un décor plausible de vie souterraine, rendue nécessaire par les conséquences d'une guerre bactériologique – et c'est surtout par comparaison avec les autres nouvelles du livre qu'ils semblent quelconques. 

« Sautes de temps », « Les étoiles sont des prisons » et « Terre, il faut mourir » racontent trois épisodes d'une histoire commune, celle de la conquête de l'espace intersidéral. Dans le premier de ces récits, James Blish évoque avec une vraisemblance hallucinante les sensations d'un pilote pour lequel le temps paraît se dilater puis se contracter ; le second combine avec une ingéniosité considérable les thèmes du voyage intersidéral, de l'exploration de l'infiniment petit et de la communication télépathique, tandis que le troisième montre l'humanité en présence d'une race qui, tout en étant dépourvue d'intelligence, règne sur la plus grande partie de la Galaxie. Dans chacune de ces histoires, le dosage des divers éléments demeure à peu près constant, et donne une idée des préoccupations dominantes de l'auteur. La situation scientifique est minutieusement évoquée, rendue perceptible au lecteur par l'abondance et la précision des détails ; les personnages demeurent assez sommairement esquissés, et leur caractère n'a pas d'influence directe sur l'évolution de l'action ; enfin, le problème à résoudre – problème d'ordre scientifique – est énoncé avec clarté, de même que les raisons qui justifient le choix de la solution. Cette dernière, en revanche, n'intéresse que très modérément l'auteur : dans le second et le troisième de ces récits, James Blish se contente d'indiquer comment ses personnages s'y prendront pour se tirer d'affaire ; il ne montre pas en détail le processus de l'opération. C'est là l'attitude d'un homme qui fait confiance à l'humanité, et qui s'intéresse davantage aux grands mouvements par lesquels celle-ci progresse, plutôt qu'aux exploits individuels de ses héros. Dans sa trilogie (« Year 2018 », « Earthman come home » et « The triumph of time ») qu'on souhaiterait voir traduite en français dans son ensemble, on assiste à un phénomène analogue, sur une plus grande échelle : Blish ne s'attache aux personnages que dans la mesure où ils jouent un rôle – positif ou négatif – dans le progrès de l'ensemble.

Il ne faut cependant pas s'exagérer la simplicité des personnages créés par James Blish : « Œuvre d'art », par exemple, est un véritable chef-d'œuvre dans lequel l'auteur imagine ce que seraient les impressions et les réflexions de Richard Strauss s'il revenait à l'existence au XXIIe siècle. Le portrait qui nous est présenté du compositeur de « Till Eulenspiegel » est extrêmement vivant, et Blish témoigne de connaissances musicales solides. On se demandera peut-être où est la place de la science-fiction dans un tel récit ; il est difficile de répondre précisément à une telle question sans dévoiler l'excellent effet de chute ménagé par l'auteur. Mais que l'on veuille bien croire que « Œuvre d'art » se rattache, indubitablement, au genre littéraire qui nous occupe – et même que ce récit mérite d'en devenir un classique. 

Des deux récits restants, le premier, « Les pompe-cervelles », est un tableau assez sinistre, mais construit avec art : on y voit des savants s'efforçant, très littéralement, de pomper les cervelles des morts, en vue d'en extirper les connaissances qui pourront servir les intérêts de leur pays. Sans verser dans le grand-guignolesque, James Blish traite ce sujet étrange avec dextérité, et évite d'exagérer le caractère sinistre du fond devant lequel ses héros évoluent.

« Bip », enfin, constitue une variation extrêmement ingénieuse sur le thème de l'homme qui connaît l'avenir. James Blish ne recourt aucunement au fantastique, mais exploite uniquement un certain nombre de données scientifiques. Il possède à un haut degré l'art de mener insensiblement son lecteur des faits réels aux extrapolations imaginaires, et l'angle par lequel il aborde son récit n'est pas moins original que la teneur de celui-ci.

La diversité des thèmes présentés dans ces nouvelles, ainsi que la variété de leurs traitements, montrent que James Blish est une sorte de caméléon parmi les auteurs de science-fiction. Parti d'une conception assez van vogtienne – celle du héros qui ignore les limites exactes de ses pouvoirs, comme aussi la situation précise du conflit dans lequel il doit intervenir – qu'il développa dans un de ses premiers romans importants, « The warriors of day » - il en vint à une vision dans laquelle la science conditionnait la plupart des relations, et dictait l'optique du narrateur. Il en est parfois résulté une certaine froideur à l'égard des protagonistes ; non certes que ceux-ci fussent tenus pour négligeables, mais leurs destinées étaient considérées dans la limite où elles contribuaient à régler celles de leurs semblables.

Tel est le cas, dans ce recueil, de Garrard, le héros de « Sautes de temps » : il est le premier homme à revenir après un voyage qui l'a emmené dans un autre système planétaire (et, à ce propos, il faut féliciter Michel Deutsch pour l'intelligence avec laquelle il a traduit la syntaxe et les néologismes introduits par James Blish en marge de ce séjour sur le monde lointain), il a donc toutes les chances de laisser son nom dans l'Histoire. Or, que savons-nous de lui ? À part la lucidité de son esprit et son intégrité foncière, bien peu de chose en vérité. Garrard est typique d'une optique particulière, qui serait celle de Blish-le-philosophe : ce qui importe le plus à ce dernier, c'est que l'humanité aille de l'avant, et les actes de ses protagonistes l'intéressent principalement en fonction de leur rôle dans ce progrès.

Mais il y a aussi, en James Blish, un homme sensible que nous montre « Œuvre d'art » : ce n'est pas seulement l'amateur de musique qui obtient la sympathie du lecteur, mais bien l'écrivain qui réussit à décrire d'émouvante manière les pensées d'une grande intelligence créatrice perdue loin de son époque. Et dans les plus récentes des nouvelles réunies ici – comme « Les étoiles sont des prisons » et « Terre, il faut mourir » – on sent une préoccupation croissante à l'égard de l'individualité des protagonistes. Ceux-ci sont encore assez monolithiques, mais leurs réactions sont parfaitement plausibles, compte tenu d'événements que l'auteur leur fait affronter. 

Cet approfondissement progressif des émotions humaines constitue une preuve de l'évolution constante dont l'art de James Blish est en quelque sorte le théâtre. Sans égaler l'hallucination épique de van Vogt, l'assurant de témoin oculaire d'Arthur C. Clarke, ou le réalisme scientifique de Robert Heinlein, James Blish combine certaines qualités de ces trois auteurs, et possède en outre une lucidité qui n'appartient qu'à lui. Il est sans doute un des auteurs de science-fiction dont l'avenir semble le plus brillant : il possède en effet de la maturité, du métier et de l'individualité, en même temps que le désir d'aller de l'avant en enrichissant son registre d'expression. Le présent recueil en témoigne. 

Demètre Ioakimidis

Le PReFeG vous propose également