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25 juin, 2025

Fiction n°117 – Août 1963

Evelyn E. Smith, Frederick Pohl… nous avons l'impression de retrouver le ton des Galaxie 1ère série ! La reprise de cette défunte revue se prépare d'ailleurs chez Opta. Par ailleurs, nous noterons l'entrée de John Brunner parmi les baroudeurs du PReFeG.

Côté graphisme, ce numéro sera le dernier avec le logo Fiction originel (dans le triangle, forme abandonnée depuis le numéro 105 - un an auparavant - et qui faisait des allers et retours depuis le numéro 86). A observer le dessin, il aurait fort bien pu convenir au numéro 112, qui éditait "Le jardin du temps" de Ballard. C'est à croire que la rédaction a attendu la prochaine nouvelle de Ballard pour se servir de cette couverture, avec l'ancien logo intégré par Forest.

Mignonne allons voir si le clic droit...

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Sommaire du Numéro 117 :


1 - (non mentionné), Nouvelles des auteurs de ce numéro, pages 2 à 3, bibliographie


NOUVELLES


2 - Evelyn E. SMITH, De tout pour faire un monde (They Also Serve, 1962), pages 6 à 28, nouvelle, trad. Régine VIVIER

3 - Frederik POHL, Pour des canards sauvages ! (Punch, 1961), pages 29 à 33, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

4 - John BRUNNER, Rêve par procuration (Such Stuff, 1962), pages 34 à 49, nouvelle, trad. Elisabeth GILLE

5 - Roland TOPOR, La Douceur de vivre, pages 50 à 53, nouvelle *

6 - G. C. EDMONDSON, Statu quo (The Status Quo Peddlers, 1957), pages 54 à 60, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

7 - Brian ALDISS, Échardes (Shards, 1962), pages 61 à 69, nouvelle, trad. Elisabeth GILLE

8 - Jean-Jacques OLIVIER, Message pour le futur, pages 70 à 88, nouvelle *

9 - J. G. BALLARD, Le Sel de la terre (Now Wakes the Sea, 1963), pages 89 à 98, nouvelle, trad. Christine RENARD

10 - Mario SOLDATI, La Balle de tennis (La palla da tennis, 1962), pages 99 à 110, nouvelle, trad. Roland STRAGLIATI

11 - Christine RENARD, Les Naufrageurs, pages 111 à 116, nouvelle

12 - Jacques STERNBERG, Le Reste est silence, pages 117 à 134, nouvelle

13 - Jacques LOB, Humour : Lob, pages 135 à 140, bande dessinée

 

CHRONIQUES


14 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 141 à 156, critique(s)

15 - Jacques GOIMARD, L'Écran à quatre dimensions, pages 157 à 163, article

16 - Demètre IOAKIMIDIS, Des Voyages Extraordinaires considérés comme autoportrait vernien, pages 164 à 167, article

17 - Jacques GOIMARD, Quintessence du space-opera, pages 168 à 171, critique(s)

18 - Maxim JAKUBOWSKI, Échos d'Angleterre, pages 172 à 176, article



* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


L'avis du PReFeG :

Dans De tout pour faire un mondeEvelyn E. Smith nous sert de ses utopies humoristiques dont elle a le secret (ici : Un monde où "les choses appartiennent à ceux qui leur ont donné la beauté"). Peut-être un peu longuet, mais il ne faudrait pas bouder notre plaisir.

Pour des canards sauvages fera inévitablement repenser à "Comment servir l'homme" de Damon Knight (in Galaxie 1ère série n°1); Frederik Pohl nous y laisse pressentir en les suggérant habilement tout un tas de chutes possibles, car on sent bien venir l'histoire à chute… un peu éventée par le passable traducteur René Lathière.


John Brunner, encore jeune mais aussi barbu, pourvu d'un flegme tout à fait anglais. En ce moment, il semble faire irruption absolument partout dans les revues d'outre-Atlantique, et compte une douzaine de romans sous son nom ou son pseudonyme de Keith Woodcott. 
(Maxim Jakubowski in "Échos d'Angleterre")

Une fois de plus la traduction du titre (Rêve par procurationen révèle un peu trop. Le titre orignal, "Such stuff" - "une étoffe pareille", ou "une telle étoffe" - fait référence aux vers de Shakespeare dans "La tempête" : "Nous sommes faits de l'étoffe des songes…" Dans cette première nouvelle, à paraître dans Fictionde ce jeune auteur de moins de trente ans, John Brunner,  un protocole expérimental sur le sommeil tente de circonvenir l'importance de rêver dans le maintien de l'équilibre psychique. Ceux qui en sont empêchés développent des troubles de l'humeur… Sauf une personne. On n'est pas encore dans les grands thèmes politiques et sociaux qui feront la notoriété de Brunner, plutôt dans ceux que Ballard appelle de tous ses vœux (voir plus loin), mais l'ensemble se parcourt avec plaisir.

Roland Topor débusque l'indolence qui couve dans toute situation dénuée de drame ou d'adversité - comme quoi le bonheur, ou La douceur de vivre, pourrait être déprimants. Mais le docteur détient le remède à la mélancolie !

Statu quopetite histoire post-apocalyptique, laisse entendre que la fin du monde ne saurait se décliner au singulier, et que tout ne prend pas fin de la même manière, ni à la même vitesse. Ce qui prend réellement fin, c'est la cohésion des territoires entre eux.  Par G. C. Edmondson.

Il faut peut-être lire Échardes une seconde fois pour apprécier le flot d'images surréalistes qui en constitue les trois quart. Brian Aldiss audacieux et somme toute concis.


Message pour le futur propose de l'aventure et des péripéties, certes. Mais demeure l'impression que l'auteur, Jean-Jacques Olivier, découvre par lui-même la science-fiction et ses grands thèmes, comme si le texte datait de 1953. Un passage au sujet de la publication rappellera les petites facéties de Jean Lec …  

« Pourquoi vous êtes-vous adressé à moi ? »

— « Parce que vous êtes écrivain et que vous allez écrire cette histoire. Vous l'appellerez « Message pour le futur » et elle paraîtra dans le n° 117 du mois d'août de l'année 1963 de la revue « Fiction ». Tout est venu de la découverte dans nos archives de ce numéro de « Fiction ». Ceci nous permettait de vous situer dans le temps et de vous contacter. »

(…) en mai 1962, vient [le] tour [de J. G. Ballard] d'écrire l'éditorial d'honneur pour « New Worlds SF », la meilleure revue anglaise, tâche que Carnell offrait à tour de rôle à ses meilleurs auteurs pour que ceux-ci y reflètent leurs vues sur l'état de la SF moderne. L'article de Ballard était intitulé « Which way to inner space ? » (Quel chemin pour l'espace intérieur ?) ; de façon catégorique, Ballard y annonçait un déclin de la SF si celle-ci n'abandonnait immédiatement la solution space-opéra et tout recours au voyage dans l'espace. La révolution était de taille ! À partir de là, il prêchait une reconquête de la psychologie humaine par le biais de l'insolite, et jurait publiquement de ne plus illustrer que ce thème dans ses écrits.

(Maxim Jakubowski in "Échos d'Angleterre")

J. G. Ballard joue avec Le sel de la terre et les réminiscences de l'espèce humaine, à moins qu'il ne s'agisse de prémonition sur l'inexorable montée des eaux de l'océan. Quoi qu'il en soit, encore un de ses récits de décompensation psychotique.

La balle de tennis de Mario Soldati nous décrit une ambiance de villégiature en déréliction qui rappellera celle de "L'invention de Morel" de Bioy Casarès (in Fiction n°103), ou "L'année dernière à Marienbad" de Alain Resnais. Avec un enjeu moindre toutefois, et du fantastique à posteriori. 

Une ambiance encore dans Les naufrageurs, ici labyrinthique. Le ton de Christine Renard rappellerait du Topor au féminin, étrange mais sans cruauté.

Toujours cette désespérante vacuité de vivre chez Jacques Sternberg, dans Le reste est silenceune variation sur l'amour et la mort assez similaire à sa "Marée basse" (voir Fiction n°60). Un peu longuet avant le motif final, dont voici un extrait (attention au divulgâchage) :

Elle avait oublié son agenda sur la table. Je le pris, je le feuilletai machinalement. Puis, immédiatement, mon attention fut alertée, quelque chose se figea en moi. Je le feuilletai très lentement, sans comprendre.

Sur chaque page correspondant à deux jours, il y avait deux noms. Un nom par jour. Toujours des noms différents, pour chaque jour. Toujours un prénom, un nom de famille. Parfois un nom de femme, parfois un nom d'homme. En dessous de ces noms, des chiffres dont je ne comprenais pas le sens. Comme s'il s'agissait d'un code. Et derrière chaque nom un gros point noir, bien dessiné, bien net.

Les amateurs de mangas seront surpris de constater que Jacques Sternberg a inventé le "Death Note" en 1963 ! 


Une fois n'est pas coutume, mais coutume n'est pas règle non plus, nous vous proposons en bonus cette semaine un ouvrage de "vulgarisation" scientifique, qui, à en croire la critique qu'en fait Demètre Ioakimidis, mérite l'intérêt.

Jean Charon. Du temps, de l'espace et des hommes. 

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Voici un ouvrage qui fait, en quelque sorte, pendant à l'excellente Connaissance de l'univers, du même auteur. Jean Charon s'est attaché, en ces 170 pages, à montrer les directions dans lesquelles l'horizon de la science se confond avec celui de la philosophie, de la métaphysique et de la religion. Le contact de l'homme avec l'univers exige la reconnaissance de ces vastes points d'interrogation, auxquels la science s'efforce de substituer une explication, mais que les autres domaines du savoir ont également abordés. Disciple convaincu de Teilhard de Chardin, Jean Charon estime que la notion de psychisme peut permettre de lever les incompatibilités qui semblent opposer sur certains points les explications scientifiques aux convictions religieuses. Il invoque également l'inconscient collectif de Jung, et propose une esquisse de synthèse qui mérite d'être méditée.

Le courage de l'auteur est grand, d'aborder des problèmes tels que ceux de la vie et de la mort, après avoir choisi comme point de départ ceux de l'espace, du temps et de la matière, fort simples, et pour ainsi dire prosaïques, par comparaison. Mais son exposé est fait avec un sens très aigu de la gradation, gradation évoquant les démarches de ce qu'on pourrait appeler la curiosité scientifique collective de l'humanité : au fur et à mesure qu'une réponse est acquise, elle prend sa place dans une vision plus complexe dont il s'agit de dégager le plan d'ensemble. N'est-ce pas là une façon d'interpréter les progrès du savoir scientifique au cours des trois cent cinquante dernières années ? 

L'exposé de Jean Charon demande de l'attention et une certaine capacité de concentration, plutôt qu'il ne fait appel à des connaissances scientifiques profondes. S'il résume diverses acquisitions de la science contemporaine (et comment faire autrement, devant le but qu'il s'est fixé ?), l'auteur suppose surtout, chez son lecteur, la faculté de raisonner, celle d'embrasser un horizon scientifique vaste, et aussi celle d'abandonner certaines acquisitions de l'enseignement officiel. Par exemple, il insiste sur le fait que la géométrie euclidienne, parfaitement valable en sa qualité d'approximation dans le cas de l'univers limité auquel le collégien doit l'appliquer, n'est point valable lorsqu'il s'agit d'embrasser des galaxies. Il insiste de même sur tout ce qu'il y a de relatif dans la notion de simultanéité dès que l'on se place sur le plan cosmique : le signal le plus rapide dont nous disposons – la lumière – ne transmet des informations qu'à une vitesse finie, et ce temps de transmission doit être pris en considération lorsqu'on envisage des distances à l'échelle du parsec.

On peut résumer le plan de l'exposé de la façon suivante : Jean Charon commence par évoquer la soif de connaissance qui anime l'élite de l'espèce humaine, puis il aborde les constituants de notre univers – l'espace, le temps, la matière – pour se demander si cet univers nous sera totalement accessible, s'il a des limites dans le temps ou dans l'espace, et s'il peut abriter d'autres êtres intelligents. Il s'agit des questions qui formaient la substance des quatre fameux livres de l'Abbé Moreux – « D'où venons-nous », « Où sommes-nous », « Qui sommes-nous », « Où allons-nous » – mais elles sont abordées avec une largeur d'esprit et une capacité de synthèse beaucoup plus grandes. C'est dans la seconde moitié de son ouvrage que Jean Charon expose la notion de psychisme, ce qui l'amène à considérer des problèmes tels que la vie et la mort, la situation de la science comparée à celle de la religion, ou l'évolution cosmique.

Il y a lieu de relever un point mineur, mais qui semblerait indiquer chez Jean Charon l'existence d'un côté pince-sans-rire. Les chapitres de son livre portent en épigraphe des citations empruntées à la science et à la littérature, et dont les auteurs sont successivement Einstein, Hugo, Merleau-Ponty, Thalès, Camus, et plusieurs autres. Le dernier chapitre est précédé d'un paragraphe signé… Louis Pauwels. Le texte qui suit demeure cependant fidèle à l'esprit d'exposition lucide, scientifique et critique qui anime le reste du livre. Écrit dans une langue simple et claire, qui reste précise sans devenir sèche, et fluide sans sacrifier à la facilité, l'ouvrage de Jean Charon mérite l'attention de tous ceux qui cherchent à mieux connaître cet univers qui constitue le cadre ultime de notre existence.

Demètre Ioakimidis

21 mai, 2025

Fiction n°112 – Mars 1963

Peu d'auteurs francophone mais beaucoup de valeurs montantes anglo-saxonnes de ces années 60 pour ce numéro : Ballard, Dickson ou Budrys, accompagnant un classique de Montague Rhodes James.

Cataclic cataclop !

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Sommaire du Numéro 112 :


1 - (non mentionné), Nouvelles des auteurs de ce numéro, pages 2 à 2, bibliographie


NOUVELLES


2 - Algis BUDRYS, Menace dans le ciel (Rogue Moon, 1960), pages 7 à 52, roman, trad. Elisabeth GILLE

3 - G. C. EDMONDSON, Le Porteur de germes (The Misfit, 1959), pages 53 à 61, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

4 - Ron GOULART, Dialogues avec Katy (The Katy Dialogues, 1958), pages 62 à 69, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE

5 - Michel DEMUTH, Les Huit fontaines, pages 70 à 74, nouvelle *

6 - Gordon R. DICKSON, Le Village hanté (The Haunted Village, 1961), pages 75 à 91, nouvelle, trad. Elisabeth GILLE *

7 - Evelyn E. SMITH, La Jeune fille et le vampire (Softly While You're Sleeping, 1961), pages 92 à 108, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

8 - J. G. BALLARD, Le Jardin du temps (The Garden of Time, 1962), pages 109 à 116, nouvelle, trad. Elisabeth GILLE

9 - Montague Rhodes JAMES, Le Comte Magnus (Count Magnus, 1904), pages 117 à 130, nouvelle, trad. Françoise MARTENON & Roland STRAGLIATI 

CHRONIQUES


10 - Gérard KLEIN, « Le navire-étoile » : une émission de télévision, pages 132 à 133, article

11 - Pierre BOIRON, Une nouvelle « cosmétique » : Bassard et Forest, pages 134 à 135, critique(s)

12 - Pierre VERSINS, Qui est parmi qui ?, pages 136 à 137, article

13 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 139 à 153, critique(s)

14 - Jacques GOIMARD & F. HODA, L'Écran à quatre dimensions, pages 155 à 169, article

15 - (non mentionné), En bref, pages 170 à 171, article

16 - COLLECTIF, Tribune libre, pages 172 à 175, article



* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Note éditoriale du n°112 :

Parmi les jeunes auteurs américains de science-fiction, Algis Budrys est l'un des plus prometteurs, et son talent s'est déjà vu consacré grâce à son roman « Rogue Moon », prix du meilleur roman de SF aux États-Unis en 1961. C'est de cet ouvrage (dans sa version écourtée, destinée à la publication en magazine) que nous vous offrons ce mois-ci la première partie, sous le titre « Menace dans le ciel ». Sur un sujet à la fois étonnamment simple et imprévisiblement complexe, les données technologiques et les réactions humaines y sont en même temps mises en jeu, dans une trame dont l'extrême réalisme fait mieux ressortir le fantastique de la situation de base.

« Le porteur de germes », de G. C. Edmondson, nous montre une fois de plus la faculté que posède cet auteur d'exposer de vastes thèmes en des raccourcis saisissants. On retrouve dans « Dialogues avec Katy » le sens de l'inattendu et du fantasque qui caractérise Ron Goulart. Et avec « Les huit fontaines », Michel Demuth ajoute une nouvelle corde à son arc, en s'orientant cette fois vers la fable poétique.

Dans le domaine du fantastique, « Le village hanté », de Gordon R. Dickson, est un récit marquant ; il faut le lire lentement, en se laissant gagner par son ambiance de long cauchemar peu à peu oppressant. Evelyn E. Smith, en revanche, ne désire guère nous faire prendre au sérieux « La jeune fille et le vampire » – ce qui nous repose de toutes les histoires de vampires trop sérieuses que nous avons pu lire dans le passé. 

« Le jardin du temps », de J. G. Ballard, est une nouvelle qu'on ne saurait définir de peur d'en ternir le charme ; peut-être, pour en apprécier le symbolisme, faut-il se souvenir d'avoir été jadis ému par les contes de fées.

Enfin, le classique du mois est un inédit en France de Montague James : « Le comte Magnus », où l'on rencontre tous les éléments qui ont fait la réputation de ce maître du surnaturel.


Si Fiction indique dans sa note éditoriale que "Menace dans le ciel" (en VO : Rogue Moon) a obtenu le "prix du meilleur roman de SF aux États-Unis en 1961", c'est sans doute pour justifier un peu sa parution dans ces pages. En réalité, le roman était en effet nominé, mais c'est "Un cantique pour Leibowitz" de W. M. Miller qui a emporté le Prix Hugo 1961.

"Rogue moon" bénéficiera d'une nouvelle traduction de l'incomparable Jean-Patrick Manchette en 1975, sous le titre "Lune fourbe" (n°4 de la collection Futurama aux Presses de la Cité). Loin de nous l'idée de fustiger le travail présent ici d'Elisabeth Gille, grande dame de la S.F. en France qui dirigera la collection "Présence du Futur" chez Denoël, de 1976 à 1986.

Une autre indication des notes éditoriales ne manquera pas de faire sursauter les lecteurs assidus de Fiction. En lisant "dans sa version écourtée, destinée à la publication en magazine", on ne peut se rappeler de la petite polémique qui agita Fiction et la collection Fleuve Noir Anticipation à propos de "Les triffides" (aka "La révolte des triffides") de John Wyndham. (Voir Fiction 32 et Fiction 35).

Pour introduire l'intrigue de cette Menace dans le ciel : un transmetteur de matière qui duplique le vivant et annihile l'original, et un artefact sur la Lune qui détruit ceux qui veulent percer son mystère, voilà les ingrédients qu'Algis Budrys met un temps un peu long à nous exposer, mais une fois qu'on y est, une fois que l'ingénieur en chef a trouvé le trompe-la-mort qui tentera la mission suicide, nous voilà bien embarqués dans cette novella dont l'artefact pourra rappeler la fameuse "Sentinelle" d'Arthur C. Clarke (1951) - nouvelle qui sera à la base du film "2001, l'Odyssée de l'espace" de Stanley Kubrick (1968).

Le porteur de germes propose une théorie sur les voyageurs qui apportent avec eux des germes d'épidémie... Surtout s'il s'agit de voyageurs temporels. On y retrouve bien le ton acerbe de G. C. Edmondson.

Dans Dialogues avec Katy, un naufragé a pour seule compagnie un automate résolument optimiste. Ron Goulart s'y amuse à nous proposer une petite astuce de variations autour de dialogues à sens unique, qui rappelleront la stratégie du mensonge consenti de "L'invention de Morel", mais rien de plus.

Les huit fontaines est un petit conte, qui manque peut-être d'un enjeu plus humaniste pour emporter l'adhésion du lecteur. Michel Demuth a du style cependant.

A l'instar d'une planète piège, un village coupé du reste du monde peut s'avérer redoutable pour qui y fouinerait un peu. Le village hanté de Gordon R. Dickson referme son étau peu à peu sur un protagoniste sujet à caution.

Encore une nouvelle un peu divulgâchée par son titre français, La jeune fille et le vampire, sans aucune poésie (quand en anglais il s'agit d'un vers d'une comptine). Quoi qu'il en soit, Evelyn E. Smith propose une nouvelle d'émancipation, l'inscrit encore une fois dans le tissu urbain, et semble avoir abandonné pour de bon le space-opera pour le fantastique.

J. G. Ballard, encore jeune auteur, s'essaie à une prose poétique dans Le jardin du tempset décline les effets de stase d'un temps presque à l'arrêt. Délicat.


"Le troisième et dernier cercueil qui, de toute évidence, était celui du comte Magnus montrait, lui, au lieu et place du crucifix, une effigie gravée de grandeur naturelle ; et les nombreux bandeaux qui décoraient ses bords représentaient des scènes variées. L'une d'elles figurait une bataille, avec des canons qui crachaient le feu, des villes fortifiées et des régiments de hallebardiers. Une autre montrait une exécution capitale. Et dans une troisième, un homme courait à perdre haleine entre des arbres, les cheveux au vent, les bras étendus devant lui. Une forme étrange le pourchassait ; et il aurait été difficile de démêler si l'artiste avait eu l'intention de représenter un homme, sans toutefois parvenir à la ressemblance désirée, ou bien s'il avait volontairement donné à son modèle l'aspect épouvantable et monstrueux qu'on lui voyait. Compte tenu de l'habileté avec laquelle avaient été gravées les autres scènes, Wraxall était plutôt enclin à admettre la seconde hypothèse. Le personnage était extraordinairement petit, et presque entièrement enveloppé dans une sorte de plaid à capuchon qui traînait jusqu'à terre. La seule partie de ce curieux individu qui émergeait de ce vêtement n'évoquait en rien ni main ni bras. Wraxall la compare au tentacule d'un poulpe infernal et poursuit : « C'est sûrement là une sorte de représentation allégorique – un démon pourchassant un damné – laquelle est sans aucun doute à l'origine de la légende du comte Magnus et de son mystérieux compagnon."

Voilà qui a dû impressionner Lovecraft, comme en témoigne sa note sur Le comte Magnus de Montague Rhodes James dans son essai "Épouvante et surnaturel en littérature" : "Count Magnus est l’un des meilleurs certainement, formant un véritable Golconda de suspense et d’insinuation."

Nous ajouterons que le thème très particulier de ce comte Magnus est la souillure. Apprécions le plaisir à lire ce style limpide à l'ancienne, et une angoisse du lecteur orchestrée peu à peu vers les mélodies de la répulsion et les contrepoints de la fascination, le tout dans une économie de moyens fort habile.

Côté rubriques, Gérard Klein se propose d'émettre un avis très constructif sur cette première émission française de pure science-fiction  : « Le navire-étoile », qui avait été évoquée "En bref" dans le numéro précédent. Nous vous proposons ici l'article complet :

Le mardi 11 décembre 1962, la science-fiction a fait son entrée à la télévision par la grande porte. Mais une porte qui finalement s'est juste entrebâillée, qui n'a guère dévoilé les grands horizons que l'on était en droit d'attendre. Il n'en demeure pas moins que « Le navire-étoile », en un sens, a fait date.

Adapté par Michel Subiela, réalisé par Alain Boudet, le roman de E.C. Tubb, précédemment publié par les éditions du Fleuve Noir, était un bon sujet pour la télévision. L'histoire, pleine de bruit et de fureur, de ce navire croisant entre les étoiles, où des hommes sont enfermés pour des générations, le temps que le voyage s'achève, où s'instaure un conformisme étouffant qu'il devient temps de rompre lorsque la croisière tire à sa fin, accordait aux réalisateurs de la télévision les avantages de l'unité de lieu et l'espèce d'intimité qui sied au petit écran. D'où vient-il que « Le navire-étoile » n'ait pas été la réussite qu'on pouvait espérer ?

Un premier défaut tient à l'adaptation. Trop compliquée, trop confuse, chargée de nombreux bavardages souvent mélodramatiques, elle rendait l'action difficile à suivre même pour un spectateur ayant lu le livre. Sa qualité dramatique, à l'exception de certaines scènes bien nouées, était discutable. Le dialogue eût pu être plus sobre, les explications avantageusement remplacées par des idées de mise en scène.

L'adaptation elle-même était mal servie par une réalisation pleine de bonne volonté mais très souvent d'une extrême naïveté. Les costumes n'étaient pas une réussite. Je retiendrai en particulier que les bonnets dont étaient affublés les acteurs, et qui les rendaient interchangeables, ajoutaient encore à la confusion d'une affaire peu claire. Le costume du capitaine survenant sur la fin frisait le meilleur grotesque de l'opéra fin de siècle. Les gadgets en général mal dessinés défiaient la vraisemblance : ainsi ces interphones composés d'un seul microphone et apparemment dépourvus d'écouteurs, mais dans lesquels le héros, sans doute télépathe, entretenait d'imperturbables conversations. Faut-il ajouter que les acteurs flottaient beaucoup dans leur texte, que les mouvements d'ensemble sentaient quelque peu la pagaille, et que les gardes à la porte de la salle du conseil, dont on eût attendu un comportement robotique, donnaient tous les signes d'une décontraction généralement réservée aux troupiers de comédie. Autre insuffisance, celle de la séquence filmée qui symbolise l'entraînement au combat du héros : elle se voulait brève et violente, elle ne fut guère que chaotique. De même, les scènes de lutte dans l'arène, qui auraient dû être réglées avec la précision d'un ballet, fleuraient singulièrement l'impromptu.

Il est certain qu'à l'origine de ces faiblesses qu'il ne convient certes pas d'exagérer, se trouve une absence de moyens. Mais tout aussi bien un défaut d'intention, une certaine incapacité à choisir, à trier, à éliminer, à ne conserver que l'essentiel, dont ont fait preuve réalisateur et adaptateur. Avec la meilleure volonté du monde, ils ont réuni les éléments d'un bric-à-brac de science-fiction, sans jamais se soucier de la nécessité de chacune de leurs inventions. Ils n'ont pas vu, semble-t-il, comment l'économie d'un monde clos, comme celui qu'ils se proposaient de décrire, devait être étroitement structurée, et partant étouffante. Ils ont sacrifié le mythe au superflu, l'essentiel à l'accessoire, mais sans parvenir au spectaculaire.

Ces sévères réserves faites, il convient de saluer le courage d'Alain Boudet, qui nous valut tout de même quelques belles images et une tentative insolite dans le cadre d'une télévision qui croule le plus souvent sous le poids du conformisme. Je retiendrai en particulier la séquence où les deux héros fuient entre les deux coques du navire, dans la soufflerie.

De cette tentative, on peut tirer quelques considérations générales. La plus nette est sans doute qu'une pièce de science-fiction ne peut pas tirer son intérêt, sa signification, sa réalité, du décor et des effets spéciaux, mais qu'au contraire il convient de recourir le moins possible au fantastique de l'apparence et de travailler le fantastique de situation. La seconde est que le genre ne souffre pas la médiocrité, fût-ce dans le plus infime des détails. Il est extrêmement vraisemblable que la réalisation d'une pièce de science-fiction à la télévision pose le même genre de problèmes qu'une pièce historique, et que seule une série assez longue permettrait à une équipe de se roder suffisamment pour nous offrir des spectacles indiscutables.

Gérard Klein.

On saluera la lucidité de Klein sur l'apparition de la SF à la télé française. Rappelons pour comparer que le premier épisode de la formidable série "Twillight Zone" (La quatrième dimension) date d'octobre 1959.

Côté avancées et innovations, après que Jean-Claude Forest ait "poussé le bouchon" pour faire parler de bande-dessinées dans Fiction, et alors qu'on peut se réjouir de lire dans la rubrique "En bref" : "Nous présenterons bientôt d'autres jeunes dessinateurs œuvrant dans de tels domaines : Topor, Lob et Gébé."nous noterons cette belle citation dans l'article Une nouvelle « cosméthique » : Bassard et Forest :

La spontanéité, écrit Dotremont, porte-parole du groupe, « relève des chocs originels, qui ont une harmonie, alors que l'époque, extrêmement organisatrice, aboutit à des chaos ».


Pour ajouter ensuite une pierre à l'édifice "ce que peut la science-fiction", citons Pierre Versins réagissant à la conférence "Ils sont parmi nous" déjà commentée par Fereydoun Hoveyda.

Qui est parmi qui ? (extrait)

Je pensais, dans ma candeur naïve, que nous allions traiter le sujet. J'avais été invité, parce que je suis, dit-on, un spécialiste, pour établir un schéma de l'apparition du thème « Ils sont parmi nous » dans la croyance et la fiction, et je pensais pouvoir aboutir assez vite à la question principale que posait le sujet : pourquoi diable, depuis qu'il existe des moyens d'expression, le thème « Ils sont parmi nous » existe-t-il et se perpétue-t-il, sous des formes diverses mais sans changer de fond ? J'avais même une hypothèse de travail à proposer : à savoir que penser qu'« Ils sont parmi nous » est une façon de refuser notre responsabilité dans ce qui nous arrive de désagréable : rappelez-vous simplement, pour prendre un exemple connu, « Guerre aux Invisibles » d'Eric Frank Russel (Rayon Fantastique) ; là, vous avez le thème à l'état pur : s'il y a des guerres, des accidents, des meurtres, etc., ce n'est pas parce que nous sommes des lâches, des inconscients, des brutes, mais parce que les Vitons se nourrissent d'émotions humaines, et donc sont la cause de ces guerres, accidents, meurtres, etc. ; en somme, ils cultivent leurs champs, ils élèvent leur bétail. Bon, c'est une fort belle idée : mais c'est aussi et surtout un exemple de refus de nos responsabilités. Hypothèse, bien entendu, je n'y tiens pas plus que cela, j'attends qu'on m'en propose une meilleure, mais n'était-ce pas plus intéressant et important de discuter cela que de dire que Bergier est un extra-terrestre (car il n'y a pas eu qu'Hoveyda pour le dire, s'il est celui qui l'a dit avec le plus d'humour), ou qu'on ne peut expliquer l'œuvre de Vinci ou de Boskowitch sans recourir au voyage dans le temps ou à la présence d'extra-terrestres parmi nous. On oublie trop que, des solutions de facilité semblables, il y en a toujours eu et que les dieux de toutes les religions sont parmi nous depuis bien longtemps, pour la même raison… 

Mais, pour en arriver là, et franchir ce point, il fallait d'abord poser la question ; or, la question n'a pas été posée, « Ils étaient parmi nous », un point, c'est tout. J'ai eu l'impression d'assister à l'une de ces séances organisées par des mages au petit pied comme il en existe un peu partout, où l'on est prié d'avaler ce qu'on vous dit ou de sortir.

La science-fiction, en bref, aujourd'hui, et de quelque façon qu'on la prenne, il n'y a pas plus bel organe d'aliénation, et dans tous les sens du mot. Si j'avais encore eu besoin de preuves, la soirée de l'UNESCO et l'article d'Hoveyda me les auraient fournies.

Pierre Versins.

(Pour faire une spéciale dédicace : Qui est parmi qui en ce mois de Mars 1963 ? Notre ami Ludo Le Hérisson est parmi nous depuis ce moment-là. Longue vie à toi !)


Pour terminer, la polémique au sujet de "la bergère Henneberg" comme l'avait surnommée Marcel Battin, et qui avait soulevé tant de tollé, semble trouver son mot de la fin avec cette réaction publiée en "Tribune libre" :

Moi, Marcel Battin,

— ancien terrassier,

— ancien docker,

— ancien matelot,

moi qui ai hanté tous les mauvais lieux du monde, et qui sais jurer en guarani, en volof, en thaï, en patahuek, en urdu et en serbocroate, j'ignorais jusqu'à la parution de la Tribune Libre de « Fiction » que deux mots de ma langue maternelle, « bergère » et « horripilante », étaient des termes grossiers. 

Je suis effondré !

Marcel Battin

10 avril, 2024

Fiction n°062 – Janvier 1959

Entrée du 26ème pilier dans le panthéon du PReFeG en la personne de Brian Aldiss, qui plus est avec une nouvelle exclusivement parue dans Fiction ! Parmi les nouveaux auteurs, on peut aussi remarquer Claude-François Cheinisse, qui deviendra le mari de la regrettée Christine Renard.

Un clic droit, grand-mère !

Sommaire du Numéro 62 :

NOUVELLES

 

1 - Martine THOMÉ & Pierre VERSINS, Ceux d'Argos, pages 3 à 15, nouvelle

2 - Brian ALDISS, Le Nouveau Père Noël (The New Father Christmas, 1958), pages 16 à 21, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH *

3 - G.C. EDMONDSON, Le Rescapé (Rescue, 1957), pages 22 à 30, nouvelle, trad. Roger DURAND *

4 - Charles FRITCH, Aux yeux de l'enfant... (Big, Wide, Wonderful World, 1958), pages 31 à 34, nouvelle, trad. CATHERINE

5 - Maurice RENARD, L'Homme au corps subtil, pages 35 à 50, nouvelle

6 - John COLLIER, Un chat sachant chapitrer (A word to the wise, 1940), pages 51 à 54, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

7 - Alfred BESTER, Qui a tué Mahomet ? (The Men Who Murdered Mohammed, 1958), pages 55 à 66, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE

8 - Claude-François CHEINISSE, Juliette, pages 67 à 70, nouvelle

9 - Robert A. HEINLEIN, Une porte sur l'été (II) (The Door Into Summer, 1956), pages 71 à 112, roman, trad. Régine VIVIER

10 - Gerald KERSH, Les Plantes en folie (The terribly wild flowers, 1958), pages 113 à 123, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

 

CHRONIQUES


11 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 125 à 134, critique(s)

12 - COLLECTIF, Tribune libre, pages 135 à 139, article

13 - Jacques BERGIER & Alain DORÉMIEUX, Aux frontières du possible, pages 141 à 142, chronique

14 - (non mentionné), Notre référendum - Résultats du mois de novembre, pages 143 à 143, chronique


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

 

Ceux d'Argos, de Martine Thomé et de son mari Pierre Versins, est un récit au ton bien original, et au sujet bien particulier - fruit d'une élaboration sans doute longtemps mûrie - une relation amoureuse entre un terrien et une extraterrestre de la déroutante et énigmatique planète Argos.

"Le Nouveau Père Noël est tout en métal et en verre et, au lieu de laisser des jouets neufs, il emporte les vieilles gens et les vieilles machines." Une première nouvelle de Brian Aldiss publiée en France - courte et efficace.

Une existence d'ermite sur Mars, une fois passée la lutte contre l'adversité et les conditions de vie assurées, ne vaudrait-elle pas mieux que la vie vulgaire de la population terrestre abrutie de sensations et de plaisirs ineptes. Le rescapé, par G. C. Edmondson, est une histoire profondément misanthrope.
 
Stanislas Lem déploiera à l'échelle du roman le postulat de
Aux yeux de l'enfant… : la réalité n'est perçue comme telle que sous l'effet d'une drogue. On retrouvera cette paranoïa latente dans l'ensemble de l’œuvre de Philip K. Dick, et Charles Fritch nous en propose une courte et efficace quintessence.
 
L'homme au corps subtil est une histoire d'expérience scientifique comme Maurice Renard aime à en produire, avec toujours les écueils soulevés par la modifications des lois et des états physiques - ici : le champs intrinsèque de la matière.

Une petite boutade de John Collier, Un chat sachant chapitrer, pas des plus trépidantes. On repensera à "Langue de chat" de Reginald Bretnor (in Fiction n°9).

Avec Qui a tué Mahomet ?, Alfred Bester résout avec humour le problème des paradoxes temporels, dans une sorte d'Université de Pataphysique.

Aaaah, Juliette ! Une bien belle nouvelle par Claude-François Cheinisse, nouveau venu qui fera son bout de chemin dans Fiction durant les années 60. On y traite ici de cet amour particulier qui ne manquerait pas de se mettre en jeu avec des machines douées d'une personnalité de synthèse, qui plus est cette machine-là (ne divulgâchons pas...).

Nous reviendrons dans un article ultérieur sur les trajectoires entremêlées de Claude-François Cheinisse et de Christine Renard. Tout ce que nous pouvons d'ores et déjà annoncer est que leur belle histoire d'amour se terminera en tragédie.

Suite de Une porte sur l'été ; cette deuxième partie manque un peu de l'adversité propre à la première, et de la présence de Pete le chat si plaisante. Mais la découverte des années 70 du futur demeure bien menée. Notons par exemple comment Robert Heinlein pressent la fin de l'indexation sur l'étalon-or (le 15 août 1971, fin des accords de Bretton Woods (1944), demandé par Richard Nixon).

Je glissai sur la Panique de 1987 ; la seule utilité de l'or, à mes yeux, était de constituer une matière première merveilleuse pour certains usages techniques ; je ne trouvais pas tragique qu'il fût à présent trop bon marché pour servir davantage d'étalon-monnaie ; peu m'importait le nombre de gens ruinés dans la transaction. (Chapitre 5).
Avec un peu plus de variété dans les formes que le "Encore un peu de verdure" de Ward Moore, Les plantes en folie en reprend le thème avec concision, humour et un petit soupçon horrifique. Son auteur, Gerald Kersh, avait remporté en 1958 le Prix Edgar Allan Poe de la nouvelle - et sera publiée en France dans le recueil "Histoires à faire peur" (Robert Laffont 1965).

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