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11 mars, 2026

Fiction n°137 – Avril 1965

Un beau numéro varié, qui met en vedettes Philip José Farmer et Dino Buzzati, mais aussi Philip K. Dick. On y trouve également un article de fond sur la bd "Barbarella" de Jean-Claude Forest, et d'un coup, c'est le printemps !

Magnifique et bucolique quelque chose
de Lucien Lepiez.

Comme pour toutes nos publications, un clic droit sur la couverture
vous invitera à télécharger le livre au format epub.
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Un simple clic suffit sur les liseuses.

Sommaire du Numéro 137 :


1 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 6 à 6, bibliographie


NOUVELLES

2 - Philip José FARMER, L'Homme des allées (The Alley Man, 1959), pages 7 à 55, nouvelle, trad. Pierre BILLON

3 - Philip K. DICK, Le Retour des explorateurs (Explorers We, 1959), pages 56 à 67, nouvelle, trad. Pierre BILLON

4 - Bryce WALTON, L'Ultime décision (Final Exam, 1964), pages 68 à 81, nouvelle, trad. GERSAINT *

5 - Claude-François CHEINISSE, Le Déphaseur, pages 82 à 88, nouvelle *

6 - Jack SHARKEY, Le Dernier ingrédient (The Final Ingredient, 1960), pages 89 à 98, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

7 - Luc VIGAN, Un jour, une nuit, pages 99 à 102, nouvelle

8 - Dino BUZZATI, Panique à la Scala (Paura alla Scala, 1948), pages 103 à 141, nouvelle, trad. Roland STRAGLIATI

CHRONIQUES


9 - Alain LOURRIÈRE, L'Écran à quatre dimensions, pages 142 à 143, article

10 - (non mentionné) , En bref, pages 143 à 143, article

11 - COLLECTIF, Le Conseil des spécialistes, pages 144 à 145, critique(s)

12 - Anne TRONCHE, Exposition Mouvement : Une fugue vers le futur, pages 147 à 149, critique(s)

13 - Jacques GOIMARD & Pierre HALIN, Chronique des bandes dessinées, pages 152 à 157, critique(s)

* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Dans L'homme des allées, une novella de Philip José Farmer, il y a la réalité de l'american way of life vue comme depuis les coulisses, ces allées qui longent les arrières des pavillons et qui sont à la fois le ban des rebuts et le dernier abri de trésors dénigrés. Il y a une grande circulation de symboles, entrelacés dans un récit mythique de façon cohérente, sur la confrontation de peuplades différentes, soit contraintes de migrer, soit résolues à étendre leurs territoires, comme Homo Sapiens rencontrant Néanderthal. Il y a aussi une grande dose d'imaginaire pour éclairer des péripéties somme toute très banales et quotidiennes d'un ressenti merveilleux, comme savent le faire les enfants, en superposant un fantasme épique sur un décor ou une connaissance familière. Il y a peut-être aussi, dans ces U.S.A. de 1959 qui peinaient à quitter une politique et des mœurs ségrégationnistes, ce qui échappe à l'homme blanc Farmer - encore que son roman "Fire and the night" (jamais traduit en France) traite aussi d'amour "interracial" (et voilà un mot bien équivoque). En somme, dans les justifications, toujours de mauvaise foi, du rejet de l'autre, perçu comme étranger puis étrange, puis monstrueux, il semble n'y avoir que quelques petits pas : de petits pas pour l'homme, et qui l'éloignent de son humanité, car demeurent les désir d'oppression et de domination.

Le retour des explorateurs est une histoire digne de constituer un épisode de Twillight Zone ; comme à l'accoutumée, Philip K. Dick joue avec les faux-semblants et les apparences, mais en nous plaçant du point de vue de ceux qui véhiculent ces simulacres. S'ensuivent des situations qui vont croissant en cruauté. Sans trop le dévoiler davantage, le sujet ne manquera pas de rappeler le Prix Goncourt 2020 : L'anomalie de Hervé Le Tellier.
Cette nouvelle de Dick sera reprise en novembre 1981 dans "Les classiques de Fiction" (in Fiction n°323).

L'ultime décision, c'est celle d'un dernier homme sur Terre qui rencontre une dernière femme… On s'attendrait à une suite logique de tentative de repeuplement endogamique de la planète, mais la logique n'est-elle pas aussi un ferment du passé ? Pour une fois avec Bryce Walton, la nouvelle est assez bonne.


" (…) d'un camion arrêté juste sous le Labo, devant l'entrepôt d'un concessionnaire de vins fins, on débarquait, avec des précautions infinies, des caisses marquées au fer de noms à rêver : Meursault, Montrachet, Beaune…
J'ai haussé les épaules, supputé tristement le montant du virement mensuel que nous allions recevoir de la Faculté (avec deux mois de retard, comme d'habitude) et – pour la cinquantième fois peut-être – j'ai ronchonné : « Ce n'est toujours pas avec nos traitements d'assistants qu'on pourra se les offrir, ces pétroles. Tu ferais mieux de ne pas regarder, cela va encore te flanquer le cafard, et tu vas encore vouloir, pendant une demi-journée, passer dans l'industrie privée…» "
Petit clin d'œil à tous les fonctionnaires, et plus précisément à ceux qui travaillent dans la recherche. Sur le ton badin de la conversation, Claude-François Cheinisse s'amuse dans Le déphaseur avec les lois du temps considérées comme celles de l'espace. Ici, il choisit pour illustrer un ersatz de la théorie des cordes les bouteilles de vieux vin. Dommage qu'il n'en use que comme trésor à capter, car il laisse ainsi de côté l'aspect "coffre temporel" que représente toute bouteille qu'on laisse vieillir. Mais cela reste une autre histoire à écrire, sans doute.

Le dernier ingrédient est une bien bonne histoire de sorcière, et plus précisément d'initiation de sorcière, teintée d'un humour macabre qui rappellerait celui d'un Jerome Bixby. Elle est signée du déjà remarqué Jack Sharkey.


A propos de Un jour, une nuit, la rédaction de Fiction rapporte : "À noter que ce conte s'inscrit dans la tendance au « refus de la chute » qui caractérise un certain nombre d'auteurs modernes." L'effet de chute soit disant refusé n'y est pas pour autant absent : il n'est qu'implicite, et de fait cela constitue une bonne chute. L'état d'effroi qui s'y installe rappelle certains textes de Thomas Owen. Mais la nouvelle est signée par le mystérieux Luc Vigan (un anagramme d'un goût douteux concocté par Klein et Dorémieux un soir de cuite). On sait combien ce pseudonyme servira de paravent à plusieurs auteurs français. On aurait même pu parier que ce Luc Vigan-là fut de Gérard Klein, comme celui du numéro suivant. Pour confirmer la paternité de chacune des nouvelles viganiennes, force nous est d'attendre les reprises en recueil. Aussi apprend-on qu'il s'agit ici d'une nouvelle d'André Ruellan, qui sera reprise dans le recueil "De flamme et d'ombres" (Fleuve Noir - 1999).

L'on peut en effet gager qu'il s'agit bien d'un texte de Ruellan, qui est aussi un auteur de roman d'épouvante un peu "gore", même si ici le dégoût coutumier de ce genre soit en deçà de ce que l'on pouvait trouver au Fleuve Noir - dans la collection "Angoisse", par exemple. L'histoire est simple : comme le Meursault de Camus, le protagoniste est saisi par d'étranges sensations décalées suite au décès de sa mère. On pourrait même imaginer qu'il s'agit là des premiers instants d'une décompensation psychotique.


Après Borgès dans le précédent numéro, Fiction nous gâte avec Dino Buzzati. On ne peut que reconnaître le grand savoir-faire de ce maître italien de l'inquiétante étrangeté. Dans Panique à la Scala, que Fiction présente à juste titre comme un mélange des ambiances du Désert des Tartares et de Il était arrivé quelque chose (voir Fiction 80), Buzzati n'omet pas de faire rire avec une histoire où les classes dominantes de la société milanaise se prennent seules au pièges des rumeurs concernant un mouvement révolutionnaire imminent. Jouissif !




Au vu de l'intérêt de la revue Fiction pour la bande-dessinée, et considérant que le talentueux Jean-Claude Forest avait pour elle produit un certains nombre de magnifiques couvertures originales, on ne pouvait que s'étonner que rien ne fut dit de la parution en 1964 de sa bande-dessinée Barbarella. C'est que, semble-t-il, l'hommage avait voulu se voir considérable, en témoigne cette note de la rédaction : " N'ayant pas, au moment de préparer ce numéro, reçu assez de critiques de livres marquants, nous reportons au mois prochain notre rubrique ICI, ON DÉSINTÈGRE. Nous y suppléons en partie par le RAYON DES NOUVEAUTÉS ci-dessus. Et nous en profitons pour publier, page suivante, un important article sur le BARBARELLA de Jean-Claude Forest, qui mérite, à tous égard, d'être le seul « livre du mois ». "
C'est donc dans ce numéro d'Avril 1965 que Fiction fait enfin paraître ses impressions sur ce comics à la française, et qui deviendra très vite un classique (propulsé par l'adaptation en film que Roger Vadim en fera en 1968). C'est Jacques Goimard qui s'y colle, avec un article assez poussé, toujours dans le ton propre à Goimard de lycéen latiniste et érudit pris en faute de conserver des revues licencieuses sous son matelas. L'article s'intitule "La déesse-fille", mais demeure un peu trop copieux pour être repris ici.

Nous aurions aimé de même vous proposer une version numérique de cette bd, mais nous n'avons trouvé que des versions en anglais. Avis aux contributeurs, si quelqu'un parmi vous aimerait la partager dans son français d'origine !


Dans la rubrique "En bref", on pourra lire :

Théâtre de l'Étrange.

France-Inter diffuse désormais chaque dimanche une série dramatique consacrée à la science-fiction et au fantastique, et intitulée Théâtre de l'Étrange. Heure de l'émission : de 23 h 03 à 23 h 33. La série a débuté le 21 février avec La musique d'Eric Zann, d'après Lovecraft. Ont suivi, notamment, des adaptations de Bradbury et Arthur Porges. Diffusions prévues pour avril : L'exception, de Claude Aveline, le 4 ; Le cimetière de Marlyweck, d'après Jean Ray, le 11 ; L'hôte de Bessarlon, de Gérard Klein, le 18 ; Ce que me raconta Jacob, de Claude Seignolle, le 25 (en stéréo avec France-Musique). 


Ne résistons pas au partage, de généreux usagers de la toile ont fait ce travail ici pour "La musique d'Eric Zann" (et pour bien d'autres !) :




20 novembre, 2024

Fiction n°086 – Janvier 1961

Une majorité d'auteurs français contrebalance la seconde partie du "Jeune homme et l'espace" de Robert Heinlein, ainsi qu'une polémique interrogeant le sérieux de l'ouvrage de Pauwels et Bergier "Le matin des magiciens" ; tout cela fait de ce numéro un témoignage fort intéressant de son époque. 

Un clic droit dans ce passage obscur...

Sommaire du Numéro 86 :

NOUVELLES
 


1 - Robert HEINLEIN, Le Jeune homme et l'espace (II) (Have Space Suit — Will Travel, 1958), pages 3 à 67, roman, trad. Michel DEUTSCH

2 - Nathalie HENNEBERG, Ysolde, pages 68 à 83, nouvelle

3 - ARCADIUS, Le Bal, pages 84 à 86, nouvelle

4 - Pierre VERSINS, Le Feu, pages 87 à 88, nouvelle *

5 - Edgar Allan POE, La Vérité sur le cas de M. Valdemar (The Facts in the Case of Mr Valdemar, 1844), pages 89 à 96, nouvelle, trad. (non mentionné)

6 - André PIEYRE de MANDIARGUES, Le Passage Pommeraye, pages 97 à 107, nouvelle

7 - Dino BUZZATI, Ils n'attendaient rien d'autre (Non aspettavano altro, 1954), pages 108 à 118, nouvelle, trad. (non mentionné)

8 - Jean-Jacques OLIVIER, Nuits d'enfer, pages 119 à 120, nouvelle *

CHRONIQUES


9 - Roland STRAGLIATI, Sur un amateur de fantômes, pages 123 à 126, article

10 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 127 à 137, critique(s)

11 - Alain DORÉMIEUX, Critique des revues, pages 139 à 140, critique(s)

12 - COLLECTIF, Le Conseil des spécialistes, pages 140 à 141, critique(s)

13 - Patrick SCHUPP, Lettre d'Amérique, pages 143 à 144, article


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

Une randonnée sur la Lune, une autre sur Pluton, une évasion d'une cellule extraterrestre... la question de cette seconde partie du jeune homme et l'espace demeure "comment s'en sortir ?". Un travail de Robert Heinlein toutefois un peu redondant, à force. 

Comme dans "La naissance des dieux", Nathalie Henneberg dessine dans Ysolde un monde qui involue vers sa genèse, et repasse par les mythes anciens : ici Tristan et Yseult, voire (un peu) la Vénus d'Ille. 

Le bal est une courte nouvelle d'Arcadius, bien menée dans sa concision et son aspect d'allégorie.

Avec Le feu, Pierre Versins propose une petite histoire sur les atrocités militaires coloniales. Son postulat, qui fait s'enflammer une atmosphère constituée presque exclusivement d'hydrogène, soulèvera les remarques de lecteurs dans le n°88. Les voici, accompagnées de la réponse de Pierre Versins :

Et pourtant, il brûle !…

Dans votre numéro 86, page 87, la chute du conte ultra-bref de Pierre Versins : « Le feu », me paraît un regrettable lapsus. Où l'auteur a-t-il appris que l'hydrogène pur brûle ? S'il consulte un manuel de chimie élémentaire, il apprendra (ce qui est du niveau du bac lere partie) que non seulement ce gaz ne brûle pas, mais qu'il n'entretient pas la combustion ; une allumette enflammée s'y éteindrait aussitôt. La combustion ne se produit qu'au contact d'oxygène (par exemple, car il peut y avoir combustion avec d'autres gaz comme le chlore ou le fluor) et les habitants de Mira Cetis n'avaient rien à craindre des jeux solitaires du pilote de l'astronef. Il est impossible de rattraper la chose en remarquant que l'atmosphère était de l'hydrogène presque pur, car, même en supposant que l'impureté était susceptible de réagir (en comprenant par exemple de l'oxygène), de deux choses l'une : ou elle aurait été en proportion trop faible, et dans ce cas rien ne se serait passé non plus – ou elle aurait été en proportion suffisante, et dans ce cas tout aurait brûlé, ou sauté, bien avant qu'une vie intelligente ait eu le temps de se développer, car le moindre météorite, la moindre étincelle naturelle aurait suffi, et l'hydrogène, comme sur la Terre, aurait formé des océans si la quantité d'oxygène combinable avait été assez grande.

M. Dévelotte, Chantilly.

*

* *

RÉUNION EXTRAORDINAIRE ACADÉMIE DES SCIENCES SECTION CHIMIE DÉCIDE POSER QUESTION ULTRA-BRÈVE P. VERSINS STOP DEPUIS LAVOISIER CROYIONS OXYGÈNE NÉCESSAIRE À COMBUSTION HYDROGÈNE PUR16 STOP PRIÈRE SOIT ENVOYER DÉTAILS EXPÉRIMENTAUX SOIT RELIRE COURS CHIMIE ÉCOLE PRIMAIRE STOP LE SECRÉTAIRE PERPÉTUEL.

p.o.o. :

Legault-Démare, Montlhéry.

*

* *

Réponse de Pierre Versins.

La section Chimie de l'Académie des Sciences n'a-t-elle donc plus aucun problème à résoudre, pour s'intéresser à d'autres domaines que le sien ? Et la section Astrophysique plus de dignité, pour permettre à la section Chimie d'empiéter ainsi sur sa discipline ?

Il ne s'agit en effet pas de combustion, mais d'un cycle de fusion thermonucléaire induite par le jet de la tuyère expulsant des protons d'énergie supérieure au MeV. Les mots mêmes employés, « une étoile nouvelle qui mit longtemps à s'éteindre », étaient là pour guider le lecteur. La poésie est une belle chose, mais la précision aussi, et une étoile nouvelle est très exactement une nova, non pas une bougie. Voyons, pour plus de sûreté, la notice que l'Encyclopedia Galactica, édition 2960, consacre à ce sujet (MF 720.C.43) : 

« L'auteur décrit l'incendie de la planète Mira Cetis V comme la formation d'une « étoile nouvelle qui mit longtemps à s'éteindre ». C'était pécher par modestie, car Mira Cetis V n'est pas encore éteinte et ce système jadis double est aujourd'hui un système triple. Ce qui, entre parenthèses, a rendu l'exploration de Mira Cetis IV infiniment plus difficile et a bouleversé complètement l'équilibre planétaire (voir MF 6012.BR.4). Bien qu'il n'ait pas spécifié, il n'y a aucun doute, ni ambiguïté possible : le jet de la tuyère a entamé un cycle de réactions thermonucléaires analogues au cycle de Bethe, le cycle qui utilise le carbone en plus de la réaction hydrogène-hydrogène. Les impuretés indiquées par le « presque pur » du texte étaient vraisemblablement du gaz carbonique CO2, plus, naturellement, un catalyseur à la réaction de fusion, puisqu'il manquait – Mira Cetis V n'étant pas alors une étoile – la pression énorme qui caractérise les centres stellaires. On peut regretter l'absence de ces précisions textuelles, mais on ne peut pas plus la reprocher à un romancier de ne pas inclure une grammaire dans son œuvre. Il y a pourtant, dans le texte, un mot qui fait tiquer : « flammèches ». Cela provient sans doute de ce que le vocabulaire astronautique était très restreint à l'époque. Il est en effet exclu que l'auteur, qu'on s'accordait à l'époque même pour considérer comme « pas complètement idiot », ait donné à un astronef à propulsion chimique mission de croiser à l'échelle galactique. Il a donc certainement voulu dire, maladroitement, par ce mot, que le jet des tuyères n'était pas à pleine puissance, ce qui découle par ailleurs du contexte. Après tout, nous continuons, en 2960 à « faire diligence ». n'est-ce pas ? » 

Mourir en état d'hypnose, tel est le terrible postulat de La vérité sur le cas de Monsieur Valdemarclassique nouvelle d'Edgar Poe.

Comment la mère des monstres engendre-t-elle ses petits ? Dans Le passage Pommerayerécit formé par des rêveries le long des rues, passages et places d'un quartier de Nantes, André Pieyre de Mandiargues nous fait ressentir en bon poète hallucinations, désirs et aversions, curiosité malsaine et émerveillement enfantin.

Nos amis nantais pourront s'amuser à en refaire le périple : Passage Pommeraye / Place de la Bourse / Rue Neuve des Capucins / Quai de la fosse, et chercher cette demeure : "Au fond d'une impasse, qui revient en demi-cercle se terminer dans la direction du quai, se trouve une maison qui paraît haute parce qu'elle est très étroite, et parce qu'elle n'a qu'une seule fenêtre par étage au-dessus d'une porte qui est étroite en proportion de la maison et qui est encadrée par deux harpies de pierre". Nous sommes même preneurs de photos ou d'une adresse !

Ils n'attendaient rien d'autre est un nouveau cauchemar signé Dino Buzzati, semé de pertes et de déchéances, mais qui tourne peut-être un peu court.

Le format court pour le cauchemar suivant est toutefois plutôt efficace, dans Nuit d'enfer de Jean-Jacques Olivier.

Dans la rubrique Ici, on désintègre !, Fiction s'autorise enfin à évoquer sa défunte consœur Galaxie, sous la plume de Alain Dorémieux. Il faut dire qu'il y recense Robert Sheckley, pilier de l'ex revue concurrente. Voici l'article :

PÉLERINAGE À LA TERRE (Pilgrimage to Earth) par Robert Sheckley (Denoël, « Présence du Futur »). 

Parmi les auteurs attitrés de la défunte revue « Galaxie », l'un des plus doués, l'un des plus personnels aussi, était Robert Sheckley. Il fut un temps où chaque numéro ou presque de cette revue nous apportait le Sheckley traditionnel, et c'était un régal constant pour les amateurs. La productivité de Sheckley à cette époque était intense, puisque de 1953 à 1959, sur un total de 65 numéros, trente-sept nouvelles de lui (ainsi qu'un roman) parurent dans « Galaxie ». Puis le magazine disparut, mais aujourd'hui Sheckley continue d'écrire régulièrement dans le « Galaxy » américain.

Les textes originaux de la plupart de ces récits, joints à certains provenant d'autres revues, ont alimenté quatre recueils aux U.S.A. : « Untouched by human hands » (1954), « Citizen in space » (1955), « Pilgrimage to Earth » (1957) et « Notions : unlimited » (1960). C'est du troisième d'entre eux que Denoël nous offre aujourd'hui une traduction. Sur les quinze nouvelles qu'il comporte, il en est assez peu qui soient inédites. Le nombre de celles antérieurement parues dans « Galaxie » est en effet de huit, auxquelles il convient d'ajouter une neuvième, publiée par nous-mêmes dans « Fiction ». À titre documentaire, voici les références exactes de publication :

« Pèlerinage à la Terre » (« Fiction » n° 53, sous le titre « Amour et Cie ») ;

« Tout ce que nous sommes » (« Galaxie » n° 41, même titre) ;

« Le corps » (« Galaxie » n° 30, sous le titre « Métamorphose de Meyer ») ;

« Modèle expérimental » (« Galaxie » n° 36, sous le titre « La dernière découverte du Professeur Sliggert ») ;

« Le fardeau des humains » (« Galaxie » n° 37, même titre) ;

« Protection » (« Galaxie » n° 46, sous le titre « Défense de sinuriser ! ») ;

« Le clandestin » (« Galaxie » n° 25, même titre) ;

« Une tournée de laitier » (« Galaxie » n° 40, sous le titre « Rien n'est simple dans la Galaxie ! ») ; 

« La révolte du bateau de sauvetage » (« Galaxie » n° 19, sous le titre « Le vieux rafiot trop zélé ») ;

Restent six histoires présentées pour la première fois en français : « Piège », « Service de débarras », « Peur dans la nuit », « La terre, l'air, l'eau et le feu », « L'Académie » et « Les grands remèdes ». Six nouveautés sur seize récits, c'est une relativement faible proportion, et c'est là le seul reproche que l'on pourrait faire au volume. Reconnaissons qu'il était difficile à l'éditeur français d'éviter de l'encourir, la situation étant la même pour chacun des recueils. Tout au plus peut-on regretter qu'il n'ait pas choisi de publier « Untouched by human hands », qui reste sans doute le meilleur ouvrage de Sheckley (quoique le niveau des autres soit de peu inférieur).

Cela dit, faut-il rappeler que les récits de Sheckley se distinguent par une originalité de facture, une fantaisie imaginative, un charme et une saveur qui n'appartiennent qu'à eux ? Ce sont des fables des temps futurs, à la moralité doucement ironique, et dans le déroulement desquelles abondent les trouvailles de détails, les petits gags dont Sheckley a le secret et que personne d'autre n'a su imiter. C'est une place à part que Sheckley occupe dans la science-fiction américaine. Auteur mineur, certes, et rarement profond, fait pour la nouvelle plutôt que pour le roman, enclin à la longue à certaines facilités, mais qui possède le don d'insuffler de la fraîcheur aux sujets les plus anodins, et de tirer parti de chaque situation en l'envisageant sous un angle cocasse.

La philosophie de Sheckley, s'il en a une, peut se résumer ainsi : le progrès ne servira pas l'humanité. Ce n'est pas une vue très originale. Mais elle n'est pour lui qu'un prétexte à se livrer à son divertissement favori : nous montrer des hommes de l'avenir, des hommes moyens à la mentalité banale, aux prises avec des machines que leur perfection technique n'empêche pas de se détraquer, ou avec des problèmes extra-terrestres pour lesquels ils ne sont pas adaptés. La vision de Sheckley participe du merveilleux ; il ne s'embarrasse pas de justifications scientifiques, ses machines et ses planètes sont purement imaginaires et fantaisistes. Elles représentent l'irruption d'un fantastique loufoque dans un univers futur au fond bien quotidien. L'admirable, c'est que ce thème assez simpliste ait pu être exploité par Sheckley sous tant de variations inattendues et toujours renouvelées.

La lecture – ou la relecture – des nouvelles réunies dans ce recueil est donc vivement recommandée, En outre, la version française qui nous est ici donnée a l'avantage d'être débarrassée de certaines absurdités de traduction, dont « Galaxie » avait le triste privilège. Cela mis à part, il faut signaler que le texte en est souvent identique, à quelques variantes près, à celui de « Galaxie ». Flemme du traducteur ou surprenante coïncidence ?

Alain Dorémieux.

Dans le n°87 de Fiction, on pourra lire cet erratum :

Précision bibliographique.

En rendant compte de « Pèlerinage à la Terre » de Robert Sheckley dans notre dernier numéro (page 131), Alain Dorémieux signalait que huit nouvelles de ce recueil avaient paru antérieurement dans la revue « Galaxie ».

Un de nos lecteurs (à l'œil de lynx et à la mémoire d'éléphant) nous apporte un surcroît de renseignements. Ce ne sont pas huit, mais dix nouvelles de ce volume qu'on avait pu lire déjà dans « Galaxie ». Deux autres en effet y avaient également paru, sous la signature de Finn O'Donnevan, pseudonyme de Sheckley. Ce sont : « Piège » (« Galaxie » n° 31, sous le titre « La souricière ») et « Les grands remèdes » (« Galaxie » n° 36, sous le titre « Erreur de traitement »).

Le nombre des inédits dans le volume de Denoël n'est donc plus que de quatre.

 

Pour terminer sur ce que nous évoquions en préambule, les avis sont contrastés à propos de l'ouvrage de Pauwels et Bergier "Le matin des magiciens". On pourra lire en Tribune libre du pour (Thomas Narcejac) et du contre (Gérard Klein). Mais l'influence et la polémique perdureront - Lepiez fera même la couverture du Fiction 87 d'après cet ouvrage, un poil trop tard...

09 octobre, 2024

Fiction n°080 – Juillet 1960

Un numéro bien pratique si vous êtes en proie à un "génie aux trois souhaits", bien agréable pour découvrir une petite nouvelle inédite de Robert F. Young, et bien instructive sur les sources de Kurt Vonnegut… Nous noterons également avoir atteint le quart de notre projet global de mise en ligne des revues Fiction et Galaxie.

 

Clic clic droit bzzzt crouic !

Sommaire du Numéro 80 :


NOUVELLES

1 - Joseph-Henri ROSNY aîné, Un autre monde, pages 3 à 25, nouvelle

2 - Dino BUZZATI, Il était arrivé quelque chose (Qualcosa era successo, 1954), pages 26 à 29, nouvelle, trad. (non mentionné)

3 - Gérard KLEIN, Rencontre, pages 30 à 37, nouvelle

4 - Jane RICE, Le Saule (The willow tree, 1959), pages 38 à 45, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE *

5 - John NOVOTNY, Le Second lot (Second prize, 1957), pages 46 à 56, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

6 - Robert MARNER, D'une route à une autre (There ain't no other roads, 1958), pages 57 à 68, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE *

7 - Robert F. YOUNG, Écrit dans le ciel (Written in the Stars, 1957), pages 69 à 73, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

8 - Theodore STURGEON, Épitaphe (Like young, 1960), pages 74 à 81, nouvelle, trad. René LATHIÈRE

9 - Alain DORÉMIEUX, L'Habitant des étoiles, pages 82 à 102, nouvelle

10 - Idris SEABRIGHT, Son et lumières (Stawdust, 1956), pages 103 à 112, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE

11 - Anthony BOUCHER, Pour vous servir... (Nellthu, 1955), pages 113 à 113, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

12 - Jean-Louis M. MONOD, Le But, pages 114 à 114, nouvelle *

13 - Jean-Louis M. MONOD, Double vue, pages 114 à 114, nouvelle *

14 - Jean-Louis M. MONOD, Signe de mort, pages 115 à 115, nouvelle  *

CHRONIQUES

15 - (non mentionné), Notre référendum 1960, pages 117 à 118, chronique

16 - Aimé MICHEL, Faut-il brûler les auteurs de space-opera ?, pages 121 à 125, article

17 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 126 à 135, critique(s)

18 - F. HODA, Fantastique et mise en scène, pages 136 à 137, article

19 - COLLECTIF, Tribune libre, pages 138 à 142, article

20 - (non mentionné), Aux frontières du possible, pages 144 à 144, chronique

* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

On ouvre ce numéro par un "classique" : Un autre monde, de Joseph-Henri Rosny-aîné, qui nous dévoile tout un monde inconnu à nos yeux - et l'idée d'une faune évoluant dans un plan juxtaposé au nôtre sans réelle interaction sera reprise plus tard par Lovecraft dans sa nouvelle "De l'au-delà". Mais surtout, Rosny "invente" le mutant, non pas surhomme, mais être "organisé" différemment. Reste pour cet individu isolé à trouver sa place… Un style agréable pour un texte réconfortant de tolérance. 

Autre auteur de forte renommée, Dino Buzzati fait ici son entrée dans la revue avec Il était arrivé quelque choseBuzatti n'explique rien, et se contente d'exprimer l'agencement de faits et d'intuitions d'étrangeté forcément inquiétante. Kafka n'est pas loin… 

Dans Rencontre, Gérard Klein tourne un peu en rond dans une histoire d'éternel retour - un comble ! Plus fantastique que SF, quoiqu'en dise la présentation de Fiction.

Toujours mêlant fantastique et science-fiction, Le saule de Jane Rice fait se juxtaposer les méandres du temps, dans une histoire d'enfance, et les fait tracer des courbes et des boucles et s'interpénétrer, telles les pages d'un livre coexistantes mais ne relevant pas de la même temporalité. On retrouvera cette idée dans le "récent" ouvrage d'Alan Moore : "Jerusalem".

Des soldats antiques surnommés Toto et Doigts de Fer, tels les compagnons de Dorothy dans "Le magicien d'Oz" apportent Le second lotUne histoire cocasse de John Novotny qui ravira les maris affublés d'une femme jalouse.

Spécificité américaine, les "tramps", voyageurs permanents et travailleurs saisonniers et occasionnels, comptent parmi eux leur lot de psychotiques légers, ou bien alors "d'outsiders", venus d'ailleurs. Dans D'une route à une autre signé Algis Budrys sous le pseudonyme de Robert Marner, il faut parvenir à lire entre les lignes et percevoir le rapport ambigu à l'étranger que cultivent certaines bourgades américaines.

Écrit dans le ciel, c'est l'ordonnancement du chaos et du hasard par une pensée consciente, qui fixe des symboles et des allégories dans les cieux étoilés. L'espace est alors perçu comme un plan (dans toutes les acceptations du terme). Robert F. Young traite ici de voyageurs stellaires qui découvriraient la profondeur, la troisième dimension, et les surprises d'un nouvel ordonnancement stellaire. Un peu de philologie au passage, un brin d'astronomie, dans une concision fort habile.

Le marsouin vu comme le successeur logique de l'espèce humaine. Kurt Vonnegut reprendra cette idée globale dans son roman "Galapagòs", mais nous découvrons que c'est bien dans cette Épitaphe de l'espèce humaine que Theodore Sturgeon a posé le premier ce postulat. On repensera aussi à la condescendance des psycho historiens de "Fondation", d'Isaac Asimov, à la lecture de cet extrait :

" Quant aux secrets fondamentaux – ceux dont découlaient la morale et les progrès de l'intelligence comme de la technique – il importait de les enfouir plutôt trois fois qu'une : il fallait qu'ils se présentent ultérieurement comme autant de révélations successives, chacune laissant pressentir la suivante. Nous devions mettre tous nos moyens en œuvre pour acquérir la certitude que la Nouvelle Race ne les exhumerait pas trop tôt – mais aussi qu'elle ne risquait pas de ne jamais découvrir des plaques trop bien cachées. "

On disait souvent que le personnage fétiche de Kurt Vonnegut, l'écrivain imaginaire de Science-fiction Kilgore Trout (c'est à dire "truite" en anglais) lui avait été inspiré par Sturgeon ("esturgeon", en anglais). Quoi qu'il en soit, Sturgeon partage bien cet humour désabusé avec Vonnegut. Ici, le seul commentaire sur la somme du savoir humain et qui lui survivra tient en deux mots - que nous vous laissons découvrir…

Avec L'habitant des étoiles, Alain Dorémieux continue d'élaborer ses thèmes de prédilection ; ici le vampirisme avec un être extraterrestre. Mais il dépeint aussi une forme de réaction d'individus mal compris de leur entourage, et qui n'ont d'autre alternative que de se réfugier dans une interprétation du Monde qui leur est propre.

Autre interprétation du monde, ici un monde forclos : celui des navires interstellaires pratiquant la croisière d'agrément. Son et lumières pourra faire repenser à la dernière séquence du film de John Carpenter, "The thing", quand les deux derniers rescapés d'une épidémie de transformations se toisent l'un l'autre. Ici, la métamorphose est grotesque, délibérément, avec cet humour sarcastique qu'emprunte parfois Idris Seabright, et renvoie l'héroïne à la vacuité de la vie quotidienne lors d'une croisière au long cours.

La sempiternelle histoire des trois vœux fait à un génie est, dans Pour vous servir…, peut-être définitivement résolue par Anthony Boucher. À garder, donc, dans le fond de son esprit au cas où…

Le Banc d'essai aux jeunes auteurs fait la place à trois courts récits de Jean-Louis M. Monod, qui joue sur les mots pour créer des situations. Un exercice quasi oulipien.

Côté chroniques, dans l'article intitulé Faut-il brûler les auteurs de space-operas ? on pourra lire :

" la science (...) est en train d'engager l'humanité dans une mue irréversible dont certains résultats déjà visibles à l'œil nu auront pour conséquence de rayer l'espèce humaine de la surface terrestre. Les hommes sont en train de vivre leurs dernières générations. S'il en existe encore quelques spécimens dans deux ou trois siècles, ce sera dans les musées. "

Evoque-t-on déjà la sixième extinction de masse ? Qu'on se rassure, l'écrivain et ufologue Aimé Michel traite ici des (nouvelles) expériences sur les génomes des espèces vivantes (auxquelles on ne demande pas leur avis). Un brin catastrophiste, il écrit par exemple à propos de l'ADN modifié (on parle maintenant de transgénique): " Rien ne pourra plus, par la suite, en changer le moindre détail, fût-ce le moindre grain de beauté. " Bien que les plus récentes études nuancent ce point de vue, et en fait d'extinction, c'est celle de l'espèce à son stade actuel dont il est question. comme dirait James Blish : la conquête d'autres mondes implique la pantropie.



Dans la série : " On l'a échappé belle ! ", la rubrique AUX FRONTIÈRES DU POSSIBLE évoque une recherche étonnante :

LE JOUR ÉTERNEL.

Un jeune savant russe, Valentin Tcherenkov, vient de déposer un projet qui, s'il était exécuté, bouleverserait le monde. À la surprise de nombreux savants, l'Académie des Sciences de l'U.R.S.S. a décidé de le patronner. Il ne s'agit rien de moins que de supprimer la nuit, en créant un jour artificiel et éternel sur toute la planète.

La Lune constituant, à 380 000 kilomètres de la Terre, un miroir capable d'éclairer nos nuits, Tcherenkov envisage de construire un réflecteur artificiel entourant notre planète comme un anneau de Saturne. Techniquement il s'agirait d'envoyer à 1 200 km d'altitude mille fusées cosmiques emportant 500 000 tonnes de poussière blanche, de la craie ou du plâtre. Tournant autour de la Terre, ces mille fusées, grâce à une soufflerie d'air comprimé installée à leur bord, expulseraient leur charge de poussière, tissant un ruban de cent kilomètres de large, capable de réfléchir en pleine nuit une quantité de chaleur et de lumière solaire de 270 milliards de kilowatts (plus de dix mille fois la puissance totale des centrales électriques françaises). L'intensité de la lumière ainsi diffusée autour du globe pourrait aller jusqu'à 200 lux, alors qu'il suffit de 50 lux pour lire normalement un livre, en plein jour. 

Ce ruban solaire, satellite de notre Terre, pourrait durer des milliers d'années. En cas de « déchirure » du ruban, des fusées chargées de nouvelles provisions de poussière pourraient le « raccommoder » aisément.

 

Pour finir, un peu de légèreté dans ce monde de brutes, les lecteurs de Fiction prennent leurs plumes pour défendre les charmes des dessins de Jean-Claude Forest qui fleurissaient les numéros de cette époque :

LES FEMMES DE FOREST SONT CHARMANTES…

s'il faut en croire de multiples lecteurs.

J'aime énormément les dessins de Forest. Dans vos commentaires, page 120 du numéro 78, vous disiez que certains lui reprochaient ses « jeunes femmes dévêtues ». J'en ai été ahuri, car enfin, le cinéma ou d'autres lieux, sans compter moult journaux, offrent pire à nos yeux.

(M. Beaucarne, Châlons-sur-Marne.)

Je ne comprends pas ces reproches envers les jeunes femmes dévêtues de Forest. C'est ridicule.

(M. Guéraud, Perpignan.)

J'aime beaucoup les couvertures de Forest, qui n'ont rien de choquant. Qu'il continue !

(M. Poncet, Suresnes.)

Attention : ne devenez pas des Pères-la-Pudeur à cause de quelques imbéciles, et ne censurez pas Forest.

(M. Develotte, Chantilly, Oise.)

Je trouve stupide le reproche adressé à Forest au sujet des « jeunes femmes dévêtues » !

(M. Jezequel, Tréboul, Finistère.)

Vos femmes dévêtues ne sont pas désagréables à voir ; habillez plutôt vos Insectes !

(M. Gouguenheim, Paris.)

Les femmes dévêtues de J.-C. Forest en couverture ne me paraissent nullement choquantes, mais agréables. Tout est pur pour les purs !

(M. Pelletier, Paris.)

Questionnaire à proposer aux adversaires de Forest : peau : …. % ; sous-vêtements : …. % ; sein droit : …. % ; etc. Pour parler sérieusement : ne pas tenir compte de l'avis des imbéciles.

(M. Fritsch, Strasbourg.)

Les esprits chagrins, étroits même, qui reprochent à Forest ses silhouettes trop peu vêtues, qu'ont-ils donc à déplorer ? J'ai repris une pile de vos derniers numéros : aucun dessin de Forest n'est indécent. La plupart sont d'une esthétique très sûre et souvent d'une grande poésie. Je crois que l'indécence n'existe en fait que dans le jugement de certains de vos lecteurs.

(M. Fruehard, Poitiers.)

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