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10 juin, 2026

Fiction n°144 – Novembre 1965

Première partie d'un roman resté inédit depuis de Poul Anderson, sur des actes de pirateries des temps galactiques - et non sans un certain romantisme peut-être un peu suspect ; suite des aventures de Davy, le jeune héros "post-apo" d'Edgar Pangborn ; et de petites mignardises qui ne sont pas les moins intéressantes.

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Sommaire du Numéro 144 :


1 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 8 à 8, bibliographie

NOUVELLES


2 - Poul ANDERSON, Corsaire de l'espace (Marque and Reprisal, 1965), pages 9 à 88, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

3 - Gérard TORCK, De topaze et d'azur, pages 89 à 94, nouvelle *

4 - Jean-Michel FERRER, Blanchitude, pages 95 à 95, nouvelle *

5 - Edgar PANGBORN, Une guerre sans importance (A War of No Consequence, 1962), pages 96 à 123, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

6 - Randall GARRETT, Le Mustang (Mustang, 1961), pages 124 à 130, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

7 - Fritz LEIBER, Le Héros (Success, 1963), pages 131 à 133, nouvelle, trad. Christine RENARD *

CHRONIQUES

8 - Francis LACASSIN, Rider Haggard ou le poisson et les étoiles, pages 134 à 140, article

9 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 141 à 148, critique(s)

10 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 149 à 151, courrier

11 - Guy ALLOMBERT, Fantastique à la télévision. La Quatrième Dimension, pages 153 à 157, article


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Un roman inédit de Poul Anderson (annoncé en trois parties), mais curieusement très bavard, parfois inutilement, et dont les péripéties ne reposent que sur des échanges diplomatiques entre Terriens, colons abandonnés à leur sort, et extraterrestres fourbes. Le héros de l'aventure se joue des tentatives de paix jugées lâches et irresponsables, et prend quasi seul la décision d'une mission de sauvetage de colons laissés pour morts. On retrouve bien la mentalité un peu viking de Anderson, dans ce Corsaire de l'espace, et sa façon de tourner les situations à l'avantage d'un héroïsme un peu fanatique. Ici, l'action ne démarre qu'à la fin, et l'on espère une seconde partie plus trépidante.

Ajoutons, pour la petite histoire, qu'elle eut une genèse amusante. C'est en effet Francis Carsac qui en fut l'inspirateur, lors d'un voyage aux États-Unis où il rencontra Poul Anderson, avec lequel il correspondait déjà depuis des années. Carsac s'était plaint à Anderson de ce que, dans la science-fiction américaine, la colonisation des planètes soit toujours le fait des Anglo-Saxons. Anderson lui promit en retour de montrer un jour une planète colonisée par les Français. Ce qu'il a fait ici avec la planète Nouvelle-Europe, où il est même question d'une rivière appelée Carsac !

Et la rédaction d'enchaîner :

Reste l'angle politique ou, si l'on veut, idéologique. Sur ce plan, Anderson manifeste une fois de plus (comme dans Pas de trêve) des positions quelque peu réactionnaires. 

Pour Gérard Torck, Mars est une planète piège De topaze et d'azur. Belle concision.


Un brouillon de Jean-Michel Ferrer, intitulé Blanchitude, où l'on voit que ce n'est pas suffisant d'inverser noir et blanc pour sensibiliser à la lutte contre la ségrégation. Le langage mérite d'être questionné.


Suite des aventures de Davy témoin d'Une guerre sans importance, par Edgar Pangborn. Il n'y a plus rien de SF dans cet épisode, juste les répétitives tentatives de fugue de Davy et un plaidoyer simple contre la guerre et pour l'initiative individuelle. On sent toutefois qu'une suite est à venir.


Après le Pégase génétiquement modifié, Le mustang mutant… À moins qu'il ne s'agisse d'autre chose, dont nous laisserons la surprise, mais qu'il nécessite d'avoir "le cœur pur" pour daigner l'approcher. Randall Garrett écrit sa nouvelle en creux, ce qui est assez habile.


Une petite fable de Fritz Leiber qui démonte gentiment les appétits de puissance d'un Héros allégorique. Plaisant et concis.



On notera un petit tour d'horizon de la première diffusion en France de "La quatrième dimension". Pour la petite histoire, alors qu'aux Etats-Unis la série vient d'achever sa cinquième et dernière saison (avec son 156ème  et ultime épisode), il semblerait que le public français n'était pas prêt pour ce type de divertissement. Sur les douze (ou treize ?) épisodes achetés par l'ORTF, la diffusion de la série sera interrompue après le dixième épisode, et une vague de protestation de la part des téléspectateurs (qui s'exprimaient alors par courrier).

Il faudra attendre 1984 et l'initiative des frères Bogdanoff (notre photo ci-contre) pour retrouver une grande partie des épisodes dans leur émission "Temps X". A noter que le doublage français effectué en 1965 ayant disparu, les versions françaises, à dater de 1984, seront toutes des créations originales pour l'occasion.


08 avril, 2026

Fiction n°140 – Juillet 1965

Que de raretés pour ce numéro de Juillet ! Hormis la nouvelle de Michel Demuth qui inaugure le cycle si salué des "Galaxiales" (et une autre signée sous pseudonyme initialement parue dans un autre fanzine l'année d'avant), la totalité n'a jamais bénéficié d'une republication par la suite. Nous retrouvons les noms de ces grands oubliés des collections de SF françaises que sont Chad Oliver et son anthropologie spéculative si charmante, et Avram Davidson ici acoquiné avec Randall Garrett, ou encore dans une moindre mesure Harry Harrison ; ainsi que de micro-auteurs français qui ont dû espérer un temps entrer au cénacle des écrivais publiés - où l'on retrouve le jeune comédien Bernard Haller qui fit ensuite une carrière beaucoup plus remarquée à l'écran qu'à la plume, malgré son talent.


Illustration bien allumée de Jean Lauthe

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Sommaire du Numéro 140 :


1 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 9 à 9, bibliographie


NOUVELLES


2 - Chad OLIVER, La Fin du voyage (End of the Line, 1965), pages 10 à 45, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

3 - Michel DEMUTH, L'Été étranger (2020), pages 46 à 68, nouvelle

4 - Terry CARR, Le Saut dans le vide (Brown Robert, 1962), pages 69 à 76, nouvelle, trad. Jean LAUSTENNE *

5 - Jean-Michel FERRER, Une vie alternative, pages 77 à 78, nouvelle

6 - Avram DAVIDSON & Randall GARRETT, L'Appel des sirènes (Something Rich and Strange, 1961), pages 79 à 103, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

7 - Sophie CATHALA, Les Rencontres, pages 104 à 111, nouvelle *

8 - Harry HARRISON, Les Mystères du métro (Incident in the IND, 1964), pages 112 à 120, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

9 - Jean DEMAS, La Femme truquée, pages 121 à 121, nouvelle *

10 - Bernard HALLER, La Jambe, pages 121 à 123, nouvelle *

11 - Marcelle PROVENS, L'Arbre-main, pages 123 à 124, nouvelle *

12 - Jean-Claude PIGUET, La Règle du jeu, pages 124 à 125, nouvelle *


CHRONIQUES

13 - Pierre VERSINS, Une porte peut être ouverte et fermée, pages 126 à 133, article

14 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 134 à 143, critique(s)

15 - COLLECTIF, Le Conseil des spécialistes, pages 144 à 145, critique(s)

16 - COLLECTIF, L'Écran à quatre dimensions, pages 146 à 153, article

17 - COLLECTIF, L'Argus du film étrange, pages 154 à 155, article

18 - Anne TRONCHE, Revue des arts, pages 157 à 159, critique(s)


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


" Il savait qu'il jouait les don Quichotte, et il se souvint d'avoir pensé que le plus grand malheur des hommes venait du fait qu'ils ne jouaient que trop rarement les don Quichotte. "

Chad Oliver, peut-être un peu plus - un peu trop ? - didactique que dans ses nouvelles précédentes, évoque dans La fin du voyage, toujours avec humanité et intelligence, l'impasse évolutive que l'espèce humaine a prise en s'enfermant dans les cités. Comme avec T. J. Bass quelques années plus tard et son Humanité et demie, Oliver imagine que "le primitif est la grande quête de la modernité".


 « Cela passera, » se dit-il. « Dans quelques minutes, le petit Gregory sera en forme…»

Non, il ne s'agit pas de l'affaire criminelle qui défraya les chroniques judiciaires des années 80, mais bel et bien d'un premier départ pour ces Galaxiales de Michel Demuth. L'on commence par L'été étranger et par le fiasco d'un naufrage. Un robinson, surarmé et conditionné aux plus extrêmes conditions de survie, mène son exploration désespérée. Sans en dévoiler davantage - car il s'agit d'un récit à chute - on peut dire que Demuth commence son exploration du futur par un ratage... Mais un ratage assumé. Gonflé !
On y notera au passage cette phrase assez anodine : " Au détour de la piste, c'était comme un monolithe noir placé en sentinelle ". Un monolithe dites-vous ? Une sentinelle ? N'est-ce pas sans rappeler 2001, l'odyssée de l'espace, que Demuth lui-même traduira moins de cinq ans plus tard ? On se souviendra que La sentinelle, nouvelle de Arthur C. Clarke, qui sera à la base du film de Kubrick, a été écrite en 1951, mais ne sera traduite qu'en 1967 par Brigitte André (Planète n°32 - janvier 1967). Sans doute Demuth l'a-t-il déjà lue en sa version originale. A moins qu'il n'y ait une curieuse affaire de paradoxe temporel dans tout ceci...

A propos de paradoxe temporel, voire spatial : la Terre, et ainsi en va-t-il de tout le système solaire et des astres en général, se déplace dans l'espace. Aussi un voyageur du temps doit-il prendre en compte ce facteur pour parvenir sain et sauf à destination. Cette idée simple est, dans Le saut dans le vide de Terry Carr, contenue en germe et sera la base du roman de Gregory Benford : Un paysage du temps, traduit en 1983 par, non pas Gregory... (ni le grand, ni le petit), mais par Michel Demuth.


Continuons sur la lancée avec l'ami Michel : comme déjà observé, Demuth sous son pseudonyme de Jean-Michel Ferrer semble nous délaisser ses ébauches de nouvelles, ses brouillons. Une vie alternative toutefois gagne par sa concision à véhiculer un sentiment cosmique intéressant.


Dans L'appel des sirènes, signée à quatre mains par Avram Davidson et Randall Garrett, la gastronomie l'emporte sur le fantastique ou la mythologie, et en fait, dans un style foisonnant et empanaché, une parodie de quête. Très plaisant. On y notera au passage la traduction francisée de Miskatonic ("Miskatonique", sic !, Monsieur Pierre Billon) et par cette allusion l'appartenance au Mythe lovecraftien de cette nouvelle, qui entre dans la série : "Ceux des profondeurs".

On parle en psychologie de tests projectifs, des images où l'esprit projette comme en rêve des élaborations allégoriques ou narratives, qui trahissent des mouvements inconscient, tout comme le font les rêves. Dans Les rencontres, par Sophie Cathala, c'est sur une jeune femme que des hommes projettent leurs relations passées et regrettées, l'obligeant par mimétisme à se conformer à une autre qu'elle-même. On repensera au Locataire de Roland Topor, au Zelig de Woody Allen, ou encore au détective privé Tem de Roland C. Wagner. Et l'on plaindra cette pauvre jeune fille de subir plutôt que de se jouer d'un tel talent.


" Ils se trouvaient seuls, isolés dans cette solitude étrange que connaissent les habitants des grandes villes, avec des milliers de gens qui les entourent, et dont ils sont néanmoins toujours séparés. "

Harry Harrison traite une fois encore ce malaise des villes, qui " réunissent le séparé, mais le réunissent en tant que séparé ".
Dans Le modèle de Pickmann de Lovecraft, on évoque les travaux de construction du métro de Boston et les créatures humanoïdes et anthropophages qui y furent découvertes, dans un monde souterrain. Avec Les mystères du métro, Harrison reprend cette idée à son compte, et en fait presque le bras armé d'une justice immanente, s'en prenant aux orgueilleux, aux vaniteux et aux ingrats. Quoi qu'il en soit, ça donne envie de s'éloigner de la bordure du quai.

Retour de la Rubrique " Banc d'essai ", avec La femme truquée de Jean Demas. La fille qui s'y effeuille aurait pu s'appeler Marguerite, mais ce strip-tease organique aurait mérité davantage de sensualité.


Anatomie - Anna Tommy ! - toujours, avec La jambe. On reconnait bien le style de Bernard Haller, qui s'essayait encore à cette époque à faire carrière en tant que chansonnier (nous dirions maintenant stand-up). On le retrouvera quelques années plus tard dans un numéro similaire à cette nouvelle comme agent de contrôle dans "Je sais rien mais je dirai tout" de Pierre Richard.


Après la jambe, la main ; la vie végétale devient, en acquérant la mobilité, un agent persécuteur et assassin, dans L'arbre main, de Marcelle Provens. Ce que l'on y jugera étrange ou insolite, c'est l'absence de bascule quand on passe de la séduction à la persécution.


En 1965, et en réalité pendant une bonne vingtaine d'année encore, les numéros de téléphone ne comportait que 7 chiffres, les trois premiers servant d'indicatif local (et correspondant aux trois premières lettres d'une ville, d'un quartier ou d'une rue). La dernière nouvelle du numéro signée Jean-Claude Piguet, propose d'expliquer La règle du jeu, la procédure à suivre, sur le mode des guides pratiques qui fleurissaient à tout sujet en ces années 60, pour contacter Le Fondateur, soit Dieu... au téléphone. Amusant.


On n'a pas fini de voir se lever Le matin des magiciens, mais en l'absence de Jacques Bergier dans la revue pour défendre son co-auteur, Gérard Klein cloue allègrement Louis Pauwels au pilori. En témoigne ce petit extrait de la Revue des livres :

Le propre d'un concept est de renvoyer à autre chose qu'à une collection arbitraire d'objets ou d'œuvres, et il me semble parfaitement évident que la notion de réalisme fantastique a précisément failli, au moins pour l'instant, à cette tâche. Elle s'élève néanmoins à la dignité d'une ronflante platitude qui dispense à l'occasion le critique et son lecteur des fatigues de l'analyse.

Ouch !




Pour terminer ce tour d'horizon du numéro 140, on appréciera de voir Pierre Versins nous dispenser déjà les premiers jets de sa future Encyclopédie de l'Utopie, des voyages extraordinaires et de la science-fiction, avec cet article en deux partie sur les voyages dans le temps : Une porte peut-être ouverte et fermée. L'article est même peut-être plus développé que l'article "Temps" de l'Encyclopédie.

28 mai, 2025

Fiction n°113 – Avril 1963

Un soin particulier apporté à l'enchaînement des nouvelles, comme un jeu de Marabout d'ficelle, nous emporte de la Lune aux couloirs du temps, des relations des hommes avec les femmes aux couples mythologiques, de la Grèce aux sortilèges, bref : de Charybde en Scylla. On y notera aussi que les pages de dessins humoristiques ont trouvé leur place (cette fois-ci avec un tout jeune qui se fera connaître ensuite : Lob, l'un des pères du futur Superdupont). 

Clic droit devant, mon poulet !

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Sommaire du Numéro 113 :


1 - (non mentionné), Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 2 à 2, bibliographie

NOUVELLES

2 - Algis BUDRYS, Menace dans le ciel (suite et fin) (Rogue Moon, 1960), pages 7 à 49, roman, trad. Elisabeth GILLE

3 - Michel DEMUTH, Lune de feu, pages 50 à 58, nouvelle

4 - Randall GARRETT, Relations spatiales (Spatial Relationship, 1962), pages 59 à 67, nouvelle, trad. Régine VIVIER

5 - Clément DENOY, Les Grands travaux, pages 68 à 81, nouvelle *

6 - Gary JENNINGS, Myrrha (Myrrha, 1962), pages 82 à 88, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE *

7 - Henri DAMONTI, L'Affaire Cronatus, pages 89 à 95, nouvelle *

8 - Avram DAVIDSON, Le Pays d'été (Summerland, 1957), pages 96 à 100, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

9 - François VALORBE, Le Voyage, pages 101 à 106, nouvelle *

10 - Jorge Luis BORGES, La Loterie à Babylone (La lotería en Babilonia, 1941), pages 107 à 112, nouvelle, trad. Nestor IBARRA

11 - Sonia FLORENS, La Valse-minute, pages 113 à 114, nouvelle *

12 - Maxim JAKUBOWSKI, Le Musée imaginaire, pages 114 à 116, nouvelle *

13 - Juliette RAABE, Gare ton doigt de l'ondoing, pages 117 à 120, nouvelle *

CHRONIQUES

14 - Jacques LOB, Humour : Lob, pages 121 à 123, bande dessinée

15 - Gérard KLEIN, Au nom des labyrinthes, pages 124 à 128, article

16 - Claude ELSEN, Les "Romans fantastiques" de Jacques Spitz, pages 129 à 131, article

17 - Alain DORÉMIEUX, La Science-fiction massacrée, pages 133 à 134, article

18 - Pierre VERSINS, Fanactivités, pages 135 à 139, chronique

19 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 141 à 157, critique(s)

20 - Jacques GOIMARD & F. HODA, L'Écran à quatre dimensions, pages 159 à 167, article

21 - COLLECTIF, Tribune libre, pages 169 à 173, article

22 - (non mentionné), En bref, pages 174 à 175, article


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.



Note éditoriale du n°113 :

« MENACE DANS LE CIEL » d'Algis Budrys, prix du meilleur roman de SF en 1961 aux U.S.A., se termine dans ce numéro, en exposant une série d'événements grâce auxquels toutes les répercussions de l'intrigue prennent leur ampleur.

En quelques pages, Michel Demuth brosse une histoire de voyage temporel sous-entendant un vaste arrière-plan : « Lune de feu ».

Randall Garrett, dans « Relations spatiales », nous raconte un voyage dans l'espace au dénouement imprévisible, doté d'un humour satirique.

Et Clément Denoy nous rappelle, avec « Les grands travaux », que la SF et la légende peuvent faire bon ménage.

Du côté du fantastique, nous passons de la terreur sous-jacente, dont l'objet est à peine formulé (« Myrrha » de Gary Jennings) au surnaturel psychologique (« Le Pays d'Été » d'Avram Davidson) en passant par un fantasque un peu farceur (« L'affaire Cronatus » d'Henri Damonti).

Deux textes insolites : une nouvelle plongée de J. L. Borges dans un univers mythique, régi par des lois étranges (« La loterie à Babylone »), et un intermède surréalisant de François Valorbe (« Le voyage »).

Le Banc d'Essai, en trois contes, nous montre une fois de plus que nos auteurs débutants ne manquent pas d'imagination.

À signaler enfin, parmi les articles, deux études sur des auteurs importants, chacun en son genre : Jorge Luis Borges et Jacques Spitz.


L'avis du PReFeG : 

On pourra rapprocher la problématique du duplicateur chez Algis Budrys de celle que pose Hervé Letellier dans son roman "L'anomalie" (Prix Goncourt 2020) : qui est légitime quand l'original est détruit pour créer deux copies ? Mais cet aspect n'est au final qu'anecdotique dans cette deuxième partie de Menace dans le ciel ; Budrys glorifie l'esprit humain qui, le seul selon lui, lutte contre l'entropie naturelle de la matière. L'ensemble est toutefois peut-être un peu daté, même en 1963... 

D'une menace sur la Lune, on passe à la Lune de feu, où Michel Demuth imagine une autre lune fourbe, qui prend feu et annihile toute vie sur Terre. Mais c'est avant tout l'histoire d'un homme désireux d'échapper à la culpabilité… Mais pourra-t-il pour autant échapper au châtiment ? 

On aurait pu croire que l'histoire de Relations spatiales démarrait pétrie de clichés phallocrates, mais… Modernisant le débat sur la présence de "filles faciles" auprès des explorateurs spatiaux au long cours, Randall Garrett trouve un biais débarrassé de toute hypocrisie, non sans humour.

Les grands travaux est l'histoire d'un extraterrestre découvrant un monde primitif et passant pour un dieu parmi les autochtones, tout comme lorsque Farmer imite Joseph Conrad - mais en plus sage cependant pour Clément Denoy ; toutefois, le sentiment de familiarité avec les péripéties exposées ne cesse d'intriguer… à "juste titre" !

Myrrha traîne derrière elle une singulière ambiance de sortilèges venus de Grèce, et d'êtres hybrides, dans une histoire qui tourne peut-être un petit peu court. Demeure un style aride mais sans doute choisi par Gary Jennings, et un décryptage que le lecteur doit mener.

Henri Damonti est décidément plus à son aise quand il s'agit d'être léger, et signe L'affaire Cronatus, un court récit sur la condamnation d'un assassin. On y assiste à un transfert non pas de prisonnier, mais d'esprit, et à d'autres diaboliques manigances. 

Le pays d'été désigne une métaphore pour de meilleurs cieux. Dans cette petite histoire de spiritisme, fustigeant l'hypocrisie des charlatans qui animent cette pratique, Avram Davidson affine son style, ici celui d'une conversation solitaire par un narrateur bougon et sceptique.

Avec un plaisir non feint à faire faire Le voyage au langage, François Valorbe glisse une nouvelle surréaliste qui a ce panache qui manque souvent à Henri Damonti.

Vous risqueriez-vous à prendre un billet dans La loterie à Babylone ? Jorge Luis Borges, incomparable, se livre aux hasards, à l'incertitude du destin, à la versatilité de la fortune, et à la décadence consentie… (On y évoque même une latrine sacrée nommée Qaphqa ! Vous avez dit Kafka ?)

La valse-minute, ou "J'aurais ta peau Léon…" Une nouvelle un peu facile et soit trop courte, soit trop superficielle pour parvenir à nous emporter. Notons qu'elle est signée par la rare traductrice Sonia Florens, soit madame Dolores Jakubowski à la ville.

 Au tour de son mari, donc, puisque bien des choses ne viennent jamais seules, et nous visitons en sa compagnie Le musée imaginaire. L'histoire est bien jolie et ne manque de rappeler son Bradbury ; elle pourrait presque être une chronique martiennne. L'enjeu est louable et ramène à la puissance du verbe et de la poésie (comme chez Robert F. Young) Mais le tout n'a malgré tout rien de nouveau et manque peut-être un peu de singularité. Maxim Jakubowski se cherche.

Après une entrée en matière entièrement dédicacée à la rédaction de Fiction (à tel point qu'on débute sur la sensation de lire une lettre de la "Tribune libre"), Gare ton doigt de l'ondoing prend la forme d'une petite nouvelle zoologique, avec pour décor la Ménagerie du Jardin des Plantes de Paris, mais qui tourne un peu court malgré une intéressante dérive de l'habituel à l'insolite.

A propos de son autrice : Juliette Raabe, universitaire spécialisée dans les paralittératures et le jeu, écrivain, critique, a publié plusieurs ouvrages dont « La Bibliothèque idéale des Littératures d'évasion » en collaboration avec Francis Lacassin, « La Bibliothèque illustrée du Chat » et « Casse-têtes ». Depuis les années 80, elle s'est orientée vers le multimédia, réalisant des vidéodisques et des programmes interactifs dont « Les Carnets peints de Paolo Guiotto » nominé au Festival international du film d'art — 1988. (source Noosfere et "Fleuve Noir, 50 ans d'édition populaire")

Les deux articles hagiographiques qui ouvrent les rubriques auraient été intéressants à citer. Nous vous invitons chaleureusement à vous y reporter. Encore une fois, Gérard Klein fait un remarquable essai sur un auteur, ici le grand Jorge Luis Borges, dans "Au nom des labyrinthes". A défaut de reprendre ici la totalité de l'article, citons-en ce petit extrait : 

(Borges) " illustrait de la sorte un de ses propos essentiels qui est que toute chose fut dite ou le sera, et ne peut donc être qu'une répétition dont seule l'expression dans le moment a un sens, et un sens si particulier, si spécial, si unique qu'il annule jusqu'à l'idée de la répétition. Créer ce n'est que répéter. Mais répéter, c'est aussi créer".


Le second article rend hommage à Jacques Spitz, décédé en ce début d'année 1963. Rappelons simplement qu'il est un des continuateurs du "Merveilleux scientifique" à la Maurice Renard, c'est à dire la science-fiction à la française telle qu'on pouvait en lire dans les années 20 et 30 de ce XXème Siècle.


Pierre Versins propose une nouvelle fois sa revue des fanzines, dans "Fanactivités", où l'on pourra lire :

... " l'idée exprimée par Butor dans son article « La crise de croissance de la science-fiction » (« Cahiers du Sud » n° 317, 1953 ; ou dans « Répertoire » (Paris, Les Éditions de Minuit, 1960) : « La SF, si elle pouvait se limiter et s'unifier, serait susceptible d'acquérir sur l'imagination individuelle un pouvoir contraignant, comparable à celui de n'importe quelle mythologie, Bientôt, tous les auteurs seraient obligés de tenir compte de cette ville prédite, les lecteurs organiseraient leurs actes par rapport à son existence prochaine, à la limite ils se trouveraient obligés de la construire. Alors la SF serait véridique, dans la mesure même où elle se réaliserait. »

C'est ce qui se passera peu ou prou avec le "Mythe de Cthulhu", et les continuateurs de l'œuvre de H. P. Lovecraft (et espérons pour l'espèce humaine que cela ne devienne pas véridique - idée exprimée dans l'excellent "Providence" de Alan Moore et Jacen Burrow).

Pour poursuivre sur Lovecraft, dans "Ici, on désintègre !" (la revue des livres), nous relevons ceci à propos d'un ouvrage de l'essayiste de l'occulte Serge Hutin :

" Cela (...) conduit (Serge Hutin) à formuler un certain nombre de vues saugrenues, dont la plus étonnante est dans doute cette image de Lovecraft, à propos duquel l'auteur se pose le plus sérieusement du monde cette question : « Aurait-il fait partie d'une société secrète détentrice de la maîtrise de redoutables pouvoirs magiques sur les forces cosmiques ? » (…) Faire une sorte de surhomme de cet être que tous ses intimes nous ont dépeint comme maladif et hypocondriaque, voilà qui ne manque guère d'originalité.

Nous assistons ici à la naissance d'une imagerie fausse, d'un côté comme de l'autre, mais qui aura la vie dure. Il faudra attendre la biographie de S.T. Joshi pour que soit rétabli le caractère plus pragmatique de Lovecraft. Mais ceci est une autre histoire…


Nous avons déjà parlé de Jacqueline Osterrath, et de son fanzine "Lunatique". Elle envoie un message publié dans la "Tribune libre", à propos de Cyril M. Kornbluth :

" Kornbluth est mort. Vive Kornbluth ! Aussi grattons les fonds de tiroirs, afin d'y découvrir quelque nouvelle « nouvelle » de cet auteur, même si celle-ci, manifestement, fut écrite voici 17 ou 18 ans, pour s'insérer dans le programme de la propagande de guerre – un programme bien démodé à l'heure où l'on s'efforce, avec raison, de construire une Europe unie.

Était-il donc bien nécessaire d'offrir au lecteur français ce haineux et piètre phantasme qu'est « Le moindre des fléaux » (n° 111) ? Honni soit d'ailleurs l'écrivain qui ose encore, pour tirer son héros d'affaire, recourir à cette ficelle éculée : « Ce n'était qu'un rêve ! » « Satellite », que vous réprouvez cependant, nous a offert mieux dans le genre avec « Les mondes divergents ».

Par goût, je n'aime pas Kornbluth, tout en m'inclinant devant son métier d'auteur éprouvé. Mais, cette fois, en dépit de l'adage : de mortuis nihil nisi bono, je n'hésite pas à m'élever bien haut contre la présence, dans « Fiction », (dont j'apprécie fort la tenue et l'intérêt) de cette déplorable nouvelle : en SF, rien ne se démode plus vite qu'hier – et si nous acceptons allègrement un récit de l'an 2000, 3000 ou 10,000, nous nous refusons par contre à subir ce « réchauffé » datant de quatre lustres !

Autres temps, autres mœurs : de grâce, rendez aux vieilles lunes ce qui appartient à Kornbluth.

Jacqueline Osterrath 

Sassmannsbausen (Allemagne).

La rédaction de Fiction s'autorise cette petite note : "Une seule remarque : la nouvelle incriminée n'avait pas été écrite par Kornbluth « il y a 17 ou 18 ans », mais très exactement en 1956."

Le PReFeG vous propose également