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15 décembre, 2024

Cadeau Bonus : Les disparus de Galaxie - le PReFeG a trois ans !!!



POUR FÊTER LE TROISIEME ANNIVERSAIRE
du PReFeG

Parue de novembre 1953 à avril 1959, la revue Galaxie a eu le mérite de donner la possibilité à quelques auteurs français de faire leurs premières armes. On pensera à Gérard Klein, à Michel Demuth, qui rejoindrons vite Fiction, mais l'on aura sans doute oublié une bonne partie de ces auteurs qui n'auront pas eu la chance d'être réédités ensuite. 
C'est ainsi 12 auteurs français que le PReFeG souhaite réexhumer, tant à travers des nouvelles qui n'auront été publiées que dans Galaxie 1ère série, que parce que l'on pourra apprécier leurs bonnes qualités d'ensemble.

C'est ainsi sous la forme d'une anthologie inédite (au format epub) concoctée par nos soins que nous souhaitons partager avec vous ces (re)découvertes. Comme à l'accoutumée, après un clic droit sur la couverture ci-contre, "enregistrez (votre ebook) sous..." le dossier de votre choix pour en profiter pleinement.

Bonne lecture et vive le partage !


Dans cette publication, vous pourrez apprécier :

Bernard DEVAUX : Hypnose musicale (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 57, NUIT ET JOUR 8/1958)

A l'heure actuelle où composer des petites musiques pré formatées est rendu possible et automatique, Hypnose musicale met l'accent sur ce qu'on voyait peu venir encore à l'époque : le rapport direct au "client" individualisé en masse (le "dividu" de Deleuze). Une bien bonne nouvelle par Bernard Devaux, un auteur qui ne signera que deux autres nouvelles en parution dans la revue Satellite.

Jacques DROIT : Malheureux Ulysse , 1956 (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 29, NUIT ET JOUR 4/1956)

Une belle et audacieuse leçon d'uchronie, qui place déjà les bases du multivers.

Albert FERLIN :

- Télépathie (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 46, NUIT ET JOUR 9/1957)
- Un commando de Mars (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 50, NUIT ET JOUR 1/1958)

Albert Ferlin, s'il fait ses débuts dans Galaxie, sera ensuite publié dans Fiction (et ne sera pas pour autant réédité ensuite). Le n°64 de cette revue écrira à son sujet :

"Albert Ferlin, dont voici la première nouvelle dans « Fiction », fit le barreau et le journalisme – et est aujourd'hui fonctionnaire. À ses moments perdus, il est peintre, photographe et écrivain. Attiré particulièrement par l'étrange et l'anticipation, il a déjà publié plusieurs nouvelles dans le genre (notamment chez notre confrère « Galaxie »). Il aime les œuvres ayant une portée sociale ou révélant une psychologie particulière. Ses auteurs favoris sont Borges, Lovecraft et Bradbury. "

Télépathie est une très intéressante nouvelle qui pose le débat ontologique de la conscience indivisible du sentiment de souffrance. On ne pourrait en dévoiler davantage sans divulgâcher la lecture.
Depuis plus de quatre ans, combien en ai-je lu de ces entrefilets : « Les habitants de… ont aperçu vers minuit moins le quart une lueur se déplaçant au-dessus de l’horizon, à très grande vitesse. Étant donné le lieu d’apparition et le sens de déplacement du mobile, il ne pouvait s’agir d’un aérolithe…» etc…

De plus, toute une littérature s’est construite sur le sujet, et les gens s’y complaisent.

— Qu’est-ce que cela peut bien vous faire ? disait Torrie.

Évidemment ! Les gens ont le droit d’écrire des bouquins stupides, que d’autres ont le droit de lire.

Un philosophe n’a-t-il pas dit, au surplus, que cette histoire de soucoupes volantes était nécessaire pour remplacer les vieilles légendes impuissantes, de nos jours, à contenir l’angoisse métaphysique qui nous étreint. Tous les moyens sont bons pour y échapper : le whisky pour les uns ; pour d’autres, les histoires idiotes…
Outre cet l’incipit de la nouvelle qui fait un sacré clin d'œil à ce sacré Jimmy (Guieu) - et tout en évoquant au passage un texte remarquable de Roland Barthes (publié dans sa rubrique "Petite mythologie du mois" dans les Lettres Nouvelles) - Albert Ferlin propose dans le jubilatoire Un commando de Mars le récit d’une résistance à l'envahisseur, avec des cotés "hard science" fort intéressants.



Léon GROC
 : Le Suprême exode (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 27, NUIT ET JOUR 2/1956)

Un exemple de SF à l'ancienne, pétrie de références bibliques : Le suprême exode par Léon Groc, une nouvelle inédite, pour les collectionneurs de merveilleux scientifique à la française.




Bernard GUILLEMAIN
 : Holopherne (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 28, NUIT ET JOUR 3/1956 )

Holopherne, par Bernard Guillemain, second lauréat du concours de nouvelles de Galaxie après Michel Lacre paru en février 1956, est une amusante histoire de parole animale. Qu'est-ce qui nous distinguerait de l'animal si nous perdions ce monopole ?

Georges-Louis LASSIAZ : C'est demain le 21 mars (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 8, NUIT ET JOUR 7/1954 )

Nous n’avons rien découvert sur Georges-Louis Lassiaz. Sa nouvelle dénote pourtant un certain talent.



Michel LECLER
: Téléchrone (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 30, NUIT ET JOUR 5/1956)

Le double d'un individu dans un monde parallèle est-il identique ? Téléchrone rappellera "Malheureux Ulysse" de Jacques Droit. Michel Lecler, auteur venu de la Série 2000, sera ensuite plus connu comme scénariste, traducteur et grand spécialiste de littérature policière sous le nom de Michel Lebrun.



Daniel MAUROC : Les Télécrates (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 43, NUIT ET JOUR 6/1957)

Avec Les télécrates, de Daniel Mauroc (qui sera plus connu en sa qualité de traducteur de, entre autres, Jerome Charyn ou de Oscar Wilde, ou encore comme éditeur), nous voilà en plein spectaculaire intégré et diffus, comme disent les situationnistes. Une très efficace nouvelle sur la fascination que ne manque pas d'exercer (de nos jours) les aventures sans fin de nos héros de séries télévisées interchangeables et conçues pour tous les goûts... Mauroc pose surtout en creux la question de l'assise d'un pouvoir qui repose sur un peuple passif. Pour le regard spéculatif que l’on peut y apporter aujourd’hui, il n’y manque que la gestion de la productivité.

Jacques RAMEAU : Le Commencement de la fin (Nouvelle,  Galaxie (1ère série) n° 63, NUIT ET JOUR 2/1959 )

"HUGH fut ravi de ne pas trouver de trottoirs roulants dans cette partie de la ville : il allait pouvoir un peu marcher. Les commodités du « modernisme » lui faisaient horreur. Tout lui faisait horreur, et, au rythme de quelques enjambées, la nausée le prit d’être un homme, un de ces hommes qui enserrent l’humanité dans le corset du progrès, en le poursuivant, en le dépistant systématiquement avec une sorte de joie masochiste. Tout, pour lui, sonnait faux dans cet univers ; faux, ce décor où les hommes semblaient heureux de vivre. Allons donc ! Heureux de vivre dans un esclavage de la machine dont ils dépendaient entièrement ! Il lui revenait à l’esprit cette ancienne théorie que l’homme n’est pas fait pour le progrès, mais qu’il doit être fait par le progrès. Et lui, une créature humaine, il croyait ses semblables indignes d’apprécier, de comprendre, et surtout de s’allier ce « modernisme », alors qu’ils ne faisaient que le subir…"
Telle est l'humeur un peu grognonne pour Le commencement de la fin. La problématique du mutant, qui fait un saut évolutif individuel et spontané, face à l'évolution naturelle graduelle et tâtonnante, est ici clairement exposée dans une très bonne et simple nouvelle, par un mystérieux Jacques Rameau.

Jeannine RAYLAMBERT :
 - La Planète maudite (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 37, NUIT ET JOUR 12/1956)
 - Les Sept couleurs de son âme (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 40, NUIT ET JOUR 3/1957)
 - Le Partage de minuit (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 53, NUIT ET JOUR 4/1958)
 - Le Message de Neptunia (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 58, NUIT ET JOUR 9/1958
 - Demain, il fera jour (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 61, NUIT ET JOUR 12/1958)

On retrouvera Jeannine Raylambert dans Galaxie entre 1956 et 1958. Une page complète lui est dédiée sur le site consacré à son père, illustrateur et peintre.

La planète maudite rappelle "La naissance des dieux" de Henneberg, mais comme vue depuis le versant naïf de l'Olympe. A noter toutefois que Jeannine Raylambert a su pressentir cette « singularité » que nous pourrions sentir advenir en ce début de 21ème Siècle :
Ils vivaient parce qu’on leur avait donné la vie, mais ils ignoraient leur raison d’être. Les facultés fabuleuses qui leur permettaient des prouesses que, cent siècles plus tôt, on aurait baptisées « miracles » n’aboutissaient, en fin de compte, qu’à un effroyable néant. Plus ils savaient comment sont et vont les choses, en vertu de quelles lois, moins ils comprenaient pourquoi elles étaient telles dans leur univers mécanisé et métallisé à l’excès, où il fallait trimer comme des esclaves pour ne pas laisser les machines prendre le pas sur leurs créateurs.

Ah ! on en avait vu, de ces machines trop intelligentes, se mettre tout à coup à prendre des initiatives personnelles ! L’automation, les cerveaux électroniques des Terriens se trouvaient dépassés depuis longtemps… Quand une machine à composer des discours ministériels s’était avisée brusquement de donner des ordres ahurissants, capables de paralyser tout un pays en un quart d’heure, on avait compris que si ces « bécanes » restaient condamnées à effectuer tout le travail des êtres vivants, il n’en faudrait pas moins ne plus les quitter d’une semelle pour éviter les pires catastrophes.

Dans Les sept couleurs de son âme, un savant est confronté scientifiquement à toutes ses vies antérieures. Une nouvelle peut-être un peu bavarde.

Le partage de minuit s’amorce avec une bonne trouvaille, même si elle demande une forte suspension de l'incrédulité, dans un style très français, parfois même un peu mièvre, sur notre planète littéralement coupée en deux.

Bonne construction pour Le message de Neptunia, qui décrit une civilisation sous-marine, et laisse une part d'irrésolution assez présente pour laisser spéculer le lecteur.

Demain, il fera jour ! est sans doute la plus belle de ses nouvelles, sur la toute puissance scientifique et l'orgueil qui l'accompagne. Jeannine Raylambert analyse avec doigté le chapelet de sentiments qui se succèdent chez un homme qui se ferait l'égal d'un dieu.

Charles L. SOUVELIER : La Fin du monde en 2003 (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 22, NUIT ET JOUR 9/1955)

Cassandre avait reçu d'un Dieu sa prescience de l'avenir ; ici, le témoin du futur tire ses visions d'une machine… Mais comme la devineresse antique, il n'y pourra rien. Un scénario un peu simpliste parfois, mais de belles séquences de décadence dans La fin du monde en 2003, par Charles-L. Souvelier (instituteur à Bruxelles).

Jean LEC :

- Les Cinq étoiles (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 27, NUIT ET JOUR 2/1956)

- Grains de sable (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 28, NUIT ET JOUR 3/1956)

- La Pieuvre saturnienne (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 31, NUIT ET JOUR 6/1956)

- Une journée sur Deû (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 32, NUIT ET JOUR 7/1956)

- Retour à zéro (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 33, NUIT ET JOUR 8/1956)

- Aranéa (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 38, NUIT ET JOUR 1/1957)

- L'invasion des boules (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 43, NUIT ET JOUR 6/1957)

- Les transports de M. Signet (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 52, NUIT ET JOUR 3/1958)

- La danseuse volante (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 59, NUIT ET JOUR 10/1958)

- Ma poule et moi (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 60, NUIT ET JOUR 11/1958)

- Les baudruches vertes (Nouvelle, Galaxie (1ère série) n° 64, NUIT ET JOUR 3/1959)

On le constate, Jean Lec sera maintes fois publié dans Galaxie à partir de février 1956. On aurait pu imaginer qu’une prometteuse carrière d’auteur de science-fiction commençât ici – très malheureusement, Jean Lec sera victime d’un accident vasculaire cérébral en 1958, qui le laissera paralysé jusqu’à sa mort en 1964.

A l’origine peintre et illustrateur, directeur avant-guerre d’une agence de publicité, ce touche-à-tout était réputé être un anarchiste convaincu et généreux. Jean Lec était surtout publiquement connu en tant que chansonnier, et fut producteur d’une des toutes premières émissions satyriques de la télévision française : « Le grenier de Montmartre ». Les premiers lecteurs de science-fiction de cette époque auront pu apprécier dans la série 2000 des Éditions Métal deux romans : « L’être multiple » et « La machine à franchir la mort ». 

Un roman érotique de sa plume, « Mine de rien », porte en couverture une illustration dont le style rappelle fortement celui du mystérieux L.G. Keller, illustrateur de l’édition de luxe de « La tentation cosmique » du non moins mystérieux Roger Sorez dans la sus-citée Série 2000. Lec (Fernand Henri François Gustave Lecoublet) serait-il L.G. Keller sous pseudonyme ? A détailler le style fleuri de Lec, on y retrouve même un peu celui de Sorez, ouvrage fortement conseillé pour ses qualités narratives.

Une fois n’est pas coutume, Galaxie se fendra même pour Jean Lec d'un texte de présentation de l'auteur dans son numéro 31 (illustrant le mouvement - voulu ou non - de cette revue de se rapprocher de la forme éditoriale de sa rivale Fiction.) 
JEAN LEC, l’un de nos meilleurs chansonniers, a fait les beaux soirs des théâtres spécialisés de la capitale (Noctambules, Dix-Heures, Lune Rousse, etc.), et sa fameuse émission du Grenier de Montmartre demeure, depuis qu’il l’a créée (en1945), l’une des plus populaires de la radio.

Ce chansonnier fécond – 273 sketches, à ce jour, sans compter toutes ses chansons ! – est aussi un auteur fécond d’ouvrages d’anticipation. Ses deux premiers romans : L’Être multiple et La machine à franchir la mort ont paru récemment. Il vient d’en terminer deux autres : Les mutants mauves et Moi en triplicata, ainsi que plusieurs récits plus courts. GALAXIE, qui a déjà publié deux contes excellents de Jean Lec – Grains de sable et Les cinq étoiles – présente aujourd’hui La pieuvre saturnienne, une nouvelle étrange de ce brillant auteur où le présent et un futur peut-être proche se rejoignent…
Notons que les romans évoqués ("Les mutants mauves" et "Moi en triplicata") n'ont jamais vu le jour.

Les cinq étoiles demeure une nouvelle fantastique sur la métempsychose, empreinte d’un argot bien fleuri. 

Grains de sable est à ranger dans la série : « faut-il explorer seul les exoplanètes ? », 

La pieuvre saturnienne est bien menée, et décline le thème de l'invasion par l'esprit. Jean Lec maîtrise bien ses effets et ses péripéties. 

Une journée sur Deû, habile et courte nouvelle, nous rappelle la relativité de tout exotisme.

Dans Retour à zéro, on peut lire : « la planète Kcrapanul lors de mes expéditions dans la constellation Noiprocs… » Un lecteur attentif lira Lunaparck et Scorpion ; voilà bien l’humour à la française sur l’exotisme souvent exagéré du champ sémantique des space-opéras américains. Bref : une bonne et sympathique petite nouvelle où la condescendance des êtres supérieurs se prend les pieds dans le tapis.

Aranéa, une sympathique autofiction.

En lisant L’invasion des boules, on repensera au roman "La sortie est au fond de l’espace" de Jacques Sternberg, bien que le pourquoi de l'affaire y soit très différent. Jean Lec postule ici l'existence d'un niveau pangéen d'organisation de la vie, c'est à dire à celui de la planète elle-même. C'est surtout l'occasion d'un discours « œcologique » (comme on le balbutiait alors) encore assez rare à cette époque.

A la lecture de Les transports de M. Signet, on imagine que Jean Lec a peut-être lu "Terminus les étoiles" de Alfred Bester en voie de parution (avril 1958). Voilà en tous les cas une nouvelle très sympathique, sur le ton d'un Marcel Aymé.

La danseuse volante expose la force d'anti gravitation, et pour le coup la nouvelle demeure légère.

Ma poule et moi est une petite nouvelle sympathique et sans prétention ; on sent bien, encore une fois, l'influence de Marcel Aymé dans ce récit de métempsychose symbiotique.

Illustration de M. BOILEAU
Pour la dernière nouvelle de Jean Lec parue, Galaxie au bord de sa propre disparition publiera la seule et unique illustration originale (c'est à dire non issue de l'édition américaine) de toute la série. 
Dans Les baudruches vertes, Jean Lecqui s'octroie au passage une sacrée audace toute journalistique ("Mais n’anticipons pas, bien que Galaxie soit une revue d’anticipation." y écrit-il) - évoque non seulement "Alien" - avec ce suspens d'une chasse à l'homme en huis clos - mais préfigure aussi et surtout le premier jet cinématographique de ce classique, avec cette forme volontairement ridicule de l'assaillant extraterrestre : le film de John Carpenter "Dark star", scénarisé, comme "Alien", par Dan O'Bannon. 



29 mai, 2024

Galaxie (1ère série) n°064 – Mars 1959

Pas de nouvelles recrues dans cet avant-dernier Galaxie, mais un niveau tout à fait honorable et fort distrayant. 

Cliquez vers la droite je vous prie…

Sommaire du Numéro 64 :


NOUVELLES

 

1 - Clifford Donald SIMAK, Une riche affaire (Installment Plan, 1959), pages 2 à 47, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Wallace (Wally) WOOD

2 - Robert SHECKLEY, Le Temps meurtrier (3èmpe partie) (Time Killer / Immortality, Inc. (version abrégée sous le titre, 1958/1959), pages 48 à 81, roman, trad. (non mentionné), illustré par Wallace (Wally) WOOD

4 - Jean LEC, Les Baudruches vertes, pages 85 à 100, nouvelle, illustré par M. BOILEAU *

5 - Alan ARKIN, Métamorphoses (People Soup, 1958), pages 101 à 106, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par JOHNSON

6 - Sélen SILVER, Le Corsaire des astéroïdes, pages 107 à 112, nouvelle *

7 - Avram DAVIDSON, La Fin du chef suprême (Paramount Ulj, 1958), pages 113 à 117, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par MARTINEZ *

9 - Léopold MASSIÉRA, Spécimens, pages 121 à 126, nouvelle *

 

CHRONIQUES


3 - COLLECTIF, Votre courrier, pages 83 à 84, courrier

8 - Jimmy GUIEU, La Rubrique de l'étrange, pages 118 à 120, chronique

10 - Maurice-Bernard ENDRÈBE, Livres d'aujourd'hui et de demain, pages 127 à 128, notes

.

* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

" Devant la cuisine, Napoléon et Gideon, accroupis, se livraient une partie de dés acharnée. Sheridan les observa un instant, puis reprit son chemin, en méditant sur la fascination qu’exerçaient sur les robots tous les jeux de hasard. Il pensait que c’était là une des nombreuses choses qu’un être humain n’arriverait jamais à comprendre. Car, du point de vue d’un robot, le jeu paraissait absolument sans intérêt, du fait qu’ils n’avaient ni biens ni argent : ils n’en avaient pas besoin ; ils ne souhaitaient pas en avoir. Pourtant, ils jouaient follement !… Peut-être, se dit Sheridan, n’était-ce que pour singer les humains. Par sa nature même, le robot se trouvait empêché de participer effectivement à la plupart des vices des hommes. Mais le jeu était une activité à laquelle le robot pouvait se livrer aussi facilement et peut-être plus efficacement que n’importe quel homme. Mais que diable pouvaient-ils en retirer ? Pas de gain, pas de profit, puisque ces choses n’existaient pas en ce qui concernait les robots. L’excitation du jeu, peut-être ? Une soupape ouverte à l’agressivité ? Ou bien conservaient-ils à l’esprit un compte fantomatique, notant leurs gains et leurs pertes… Et le gros gagnant à un jeu de hasard jouissait, peut-être, d’un certain prestige incompréhensible pour l’homme ; peut-être, même, soigneusement dissimulé aux hommes ? "

Clifford D. Simak, en indécrottable humaniste, observe ici la naissance du principe de plaisir chez le robot. Asimov n'aurait pas mieux fait. En attendant, Une riche affaire, si elle est une novella un peu bavarde, présente des personnages sympathiques et attachants. Le sujet apparent en est le travail et le commerce entre civilisations, mais en réalité, c'est la révolution technologique de la téléportation, des stocks ou des peuples, qui est au cœur de l'affaire.

" Ce soir-là, en manière de célébration, il se rendit à un magasin de Sensations pour acheter un diffuseur et quelques disques. Il méritait bien un peu de luxe. Les Sensations faisaient inéluctablement partie de 2110, et se montraient aussi omniprésentes et populaires que la télévision au temps de Blaine. Des versions plus développées et plus étudiées passaient dans des salles de spectacles, et des variations étaient utilisées pour la publicité et la propagande. C’était la forme la plus pure et la plus puissante du rêve tout fait, conçues pour convenir à chacun. Mais elles avaient leurs détracteurs, qui déploraient la fâcheuse tendance vers une passivité complète du spectateur. Ces critiques étaient scandalisés par la facilité excessive avec laquelle une personne pouvait assimiler une Sensation. En vérité, beaucoup de ménagères traversaient la vie les yeux vagues, plongées par la mystique moderne dans une perpétuelle vision. En lisant un livre, ou en regardant la télévision, signalaient les opposants, l’intéressé devait apporter sa participation personnelle. Mais les Sensations l’enveloppaient simplement, animées, brillantes, insidieuses, et laissaient la fâcheuse impression schizophrénique que le rêve était mieux et plus désirable que la vie. Une telle passivité ne pouvait être admise, même si elle correspondait à la vérité. Les Sensations étaient vicieuses, dangereuses ! Assurément, des œuvres artistiques de valeur se réclamaient de cette forme. (On ne pouvait mépriser Verreho, Johnston ou Telkin, et Fox Bleu offrait de solides promesses). Mais ces heureux résultats étaient rares. Les regrettables effets psychiques, l’abaissement de niveau du goût populaire, l’impulsion vers l’obéissance complète, les contrebalançaient lourdement… Dans une génération, d’après les détracteurs, les gens seraient incapables de lire, de penser ou d’agir ! C’était un puissant argument. Mais Blaine, avec ses cent cinquante-deux ans de recul, se rappelait le même genre de raisonnement opposé à la radio, le cinéma, les bandes dessinées, la télévision. Même le roman révéré avait été parfois réprouvé pour sa déviation des règles de la littérature pure. Chaque innovation semblait culturellement destructive, et devenait finalement une étape intellectuelle, la personnification du bon vieux temps, l’esprit de l’âge d’or, avant d’être menacée et détruite par l’invention suivante. "

La réalité virtuelle ici appelée Sensation n'est pas la moindre des anticipations de Robert Sheckley, dans Le temps meurtrier. Souhaitons toutefois que le rapport à la mort ne prenne pas le tournant imaginé ici. Davantage d'explications et de dialogues dans cette troisième partie, passage obligé tout de même bien équilibré, avant que le chasseur ne devienne proie, thème cher à Sheckley. 

Illustration de M. BOILEAU

Enfin un texte français illustré dans Galaxie. At last ! Ce sera la seule et unique illustration originale (c'est à dire non issue de l'édition américaine) pour toute la série.

Dans Les baudruches vertes, Jean Lec - qui s'octroie au passage une sacrée audace toute journalistique ("Mais n’anticipons pas, bien que Galaxie soit une revue d’anticipation." écrit-il dans sa nouvelle) - préfigure "Alien" avec ce suspens d'une chasse à l'homme en huis clos, mais aussi et surtout le premier jet cinématographique de ce classique, avec cette forme volontairement ridicule de l'assaillant extraterrestre, dans le film de John Carpenter "Dark star", scénarisé comme "Alien" par Dan O'Bannon. 

L'imagination au pouvoir, privilège de l'enfance, dans Métamorphoses. Alan Arkin signe un parfait mélange de sf et de fantastique. Rappelons qu'Alan Arkin est aussi acteur et réalisateur, et adaptera lui-même sa nouvelle dans un court métrage, où il fera jouer ses deux enfants. Le film est visible en version originale, nous vous en proposons ici un lien :

Manque de style, histoire inepte, avec Le corsaire des astéroïdes. On ne regrettera pas Sélen Silver

L'une des premières nouvelles parues dans Galaxie était "Comment servir l'homme" de Damon Knight. Avram Davidson nous en propose, dans La fin du chef suprême,  une redite plus concise encore.

On savait Léopold Massiera friand de clichés. Spécimens n'échappe pas à la règle, et malgré des aspects explicatifs un peu trop appuyés, bénéficie toutefois d'une chute assez bonne.

Dans la rubrique Votre courrier, on pourra lire :

… Comment fonctionne le téléphone à bord d’une voiture, et quel en est le prix ?

Docteur GIBOUT, Paris.

LE système, précieux surtout dans certaines professions comme la vôtre, n’en est guère encore qu’au stade expérimental. On ne compte actuellement qu’une soixantaine d’abonnés pouvant communiquer de leur voiture avec n’importe quel poste de réseau téléphonique. Ces abonnés disposent en commun (par groupes de 50 au maximum) d’un « canal » constitué par un ensemble de deux fréquences, une pour l’émission, l’autre pour la réception. Chaque voiture possède un numéro d’appel particulier. Pendant la durée de la communication, qui ne peut excéder 3 minutes, les postes de tous les autres abonnés ambulants sont bloqués, afin d’assurer le secret des conversations. Un signal rouge en avertit les intéressés et cette obligation rend impossibles les appels d’une voiture à l’autre.

Actuellement, deux canaux seulement sont en service à Paris. On prévoit l’installation d’un troisième. On envisage aussi l’extension de ce réseau en recourant à d’autres longueurs d’ondes et en utilisant le procédé de « multiplexage », qui permet de faire passer simultanément plusieurs communications sur la même longueur d’onde.

La fourniture et l’installation du poste reviennent à environ 600.000 frs, auxquels s’ajoutent une taxe de 3.000 frs perçue par les P.T.T. lors de la mise en service, et une redevance annuelle de 76.800 frs. Enfin, la taxe téléphonique normale s’augmente d’une surtaxe de 140 francs.

Très longtemps, ces voitures munies d'un téléphone représentaient le must de la richesse et de la puissance.

27 mars, 2024

Galaxie (1ère série) n°060 – Novembre 1958

Un record : de toutes les nouvelles de ce numéro, seule celles de Julia Verlanger et d'Isaac Asimov seront rééditées en français par la suite. Un festival de raretés, donc, dont deux nouvelles de Frederik Pohl, et une du nouvel arrivé Daniel Keyes, entre autres...

Clic droit qui tranche !

Sommaire du Numéro 60 :


1 - Paul FLEHR, Défense de tuer sur Vénus (Seven Deadly Virtues, 1958), pages 2 à 29, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Wallace (Wally) WOOD *

2 - Isaac ASIMOV, L'Enfant recréé (Lastborn, 1958), pages 30 à 56, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Wallace (Wally) WOOD

3 - Daniel KEYES, Ce diabolique Elmo (The Trouble with Elmo, 1958), pages 57 à 71, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par MARTINEZ *

4 - Rosel George BROWN, Le Censeur invisible (From an unseen censor, 1958), pages 72 à 88, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par DILLON *

5 - COLLECTIF, Votre courrier, pages 89 à 90, courrier

6 - Charles SATTERFIELD, Troisième délit (Third offense, 1958), pages 91 à 100, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par MARTINEZ *

7 - Willy LEY, Circulation planétaire, pages 101 à 106, article, trad. (non mentionné)

8 - Jean LEC, Ma poule et moi, pages 107 à 110, nouvelle *

9 - Julia VERLANGER, Match contre Vénus, pages 111 à 115, nouvelle

10 - Lloyd Jr BIGGLE, Copie intégrale (On the Double, 1958), pages 116 à 126, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Dick FRANCIS *

11 - L.-J. Jr STECHER, Dilemme (Man in a quandary, 1958), pages 127 à 135, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par MARTINEZ *

12 - Léopold MASSIÉRA, Les Prisonniers du docteur Holmberg, pages 136 à 138, nouvelle *

13 - Maurice-Bernard ENDRÈBE, Livres d'aujourd'hui et de demain, pages 139 à 140, notes

14 - Jimmy GUIEU, La Rubrique de l'étrange, pages 141 à 143, chronique


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

Défense de tuer sur Vénus, par Paul Flehr (pseudonyme de Frederik Pohl) est un bon petit récit sur les systèmes sociaux relatifs à la colonisation des exoplanètes ; ici, le conditionnement (qui rappelle la méthode Ludovico de "Orange mécanique" d'Anthony Burgess) que doivent subir les colons de Vénus, et qui leur interdit tout acte violent.

L'enfant recréé propose un Isaac Asimov plus tendre qu'à son habitude, et un nouveau type de voyage dans le temps : amener comme à la pêche au filet des matières, des choses, des animaux ou des gens depuis le passé, à condition qu'ils ne sortent pas d'un certain périmètre appelé "Statis". Ici s'agit-il surtout d'un bébé Neandertal qui va être élevé comme un enfant moderne sous cloche… On pensera au roman postérieur de Ian Watson : "L'enchassement".

Daniel Keyes, l'auteur de "Des fleurs pour Algernon", qui paraitra dans Fiction n°69, (prix Hugo de la nouvelle 1960), est publié pour la première fois en France avec Ce diabolique Elmo. C'est avec beaucoup d'humour que Keyes pose le problème du point de singularité, à savoir celui où une intelligence artificielle prend conscience de sa place dominante. On pensera au roman "Colossus" (1966) de D. F. Jones, beaucoup moins humoristique celui-là.

"RIEN n’est plus fatigant que la lecture d’un volume antique. Il est impossible d’en projeter les pages sur un écran ou de les faire passer devant une cellule lectrice tandis qu’on se détend. Il faut le tenir, ce qui fatigue le bras. Si on le pose sur une table, on se tord le cou à force de rester penché !"

Ce point de vue parlera aux lecteurs du numérique. Il est extrait de Le censeur invisible, par Rosel George Brown, une sympathique histoire de chasse au trésor mâtinée de l'empreinte de Lewis Carroll. Exotique et surréaliste - bref : extraterrestre.

Charles Satterfield - soit le 2ème pseudonyme de Frederik Pohl pour ce numéro - signe Troisième délit. Un peu rapide en besogne, cette histoire de châtiment virtuel tourne malheureusement un peu court, malgré une bonne idée de base.

Ma poule et moi, par Jean Lec, est une petite nouvelle sympathique et sans prétention ; on sent bien l'influence de Marcel Aymé dans ce récit de métempsychose symbiotique.

L'enfer de Vénus - bien souvent imaginé dans la SF de cette époque comme une sorte de jungle préhistorique et tropicale - ne déroge pas dans Match contre Vénus, par Julia Verlanger. En effet, il garde ses lois éternelles : on n'en réchappe pas.

Copie intégrale, par Lloyd Biggle Jr., dévoile la logique d'un plan d'espionnage presque parfait, avec une autre vue sur Vénus, et sa civilisation technologiquement avancée, mais qui n'avait aucune conscience qu'il existât un univers au-delà de sa couverture nuageuse éternelle.

Dans Dilemne, par L. J. Stecher Jr., on pourrait imaginer avec cette histoire d'homme augmenté que la première machine à être considérée comme intelligente sera de cette espèce. Quoi qu'il en soit, et malgré un bon sujet qui rappellera le remarquable "Limbo" de Bernard Wolfe, Stecher finit un peu abruptement avec une chute qui n'en est pas une.

On se demande bien comment Les prisonniers du Docteur Holmberg, par Léopold Massiéraait pu retenir l'attention d'un éditeur. Heureusement qu'elle est courte.

Dans La rubrique de l'étrange, Jimmy Guieu n'a plus rien à dire que de justifier ses fictions par des théories fumeuses. Pauvre sacré Jimmy !

20 mars, 2024

Galaxie (1ère série) n°59 – Octobre 1958

Fritz Leiber en vedette avec un couplé de publications, et deux très bonnes nouvelles ; un inédit de Frederic Pohl sous son pseudonyme de Paul Flehr ; Robert Sheckley et Vargo Statten tiennent compagnie au lauréat du Prix Hugo 1958 de la nouvelle, Avram Davidson. 

Un clic droit pour ordonner tout ça ?
 

Sommaire du Numéro 59 :
 

1 - Ray BRADBURY, Le Grand voyage (A Little Journey, 1951), pages 3 à 8, nouvelle, trad. (non mentionné)

2 - Robert SHECKLEY, Faillite de l'arme atomique (The Gun Without a Bang, 1958), pages 9 à 16, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Dick FRANCIS

3 - Richard WILSON, Nostalgie du temps passé (The Voice of the Diaphragm, 1958), pages 17 à 27, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par JOHNSON *

4 - Fritz LEIBER, Trop de dons... (Bullet With His Name, 1958), pages 28 à 59, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par DILLON

5 - Avram DAVIDSON, Régénération spontanée (Or All the Seas with Oysters, 1958), pages 60 à 67, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Gary FRIEDMAN

6 - Clyde BROWN, Une expédition sans gloire (First man, 1958), pages 68 à 86, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Wallace (Wally) WOOD *

7 - J. T. McINTOSH, En noir et blanc (In Black and White, 1958), pages 87 à 96, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par MARTINEZ *

8 - COLLECTIF, Votre courrier, pages 97 à 98, courrier

9 - Willy LEY, Du nouveau sur l'Atlantide, pages 99 à 105, article, trad. (non mentionné)

10 - Paul FLEHR, Pour conquérir la Terre (We Never Mention Aunt Nora, 1958), pages 106 à 118, nouvelle, trad. (non mentionné) *

11 - Max ELTON, Le Héros adoré (He Conquered Venus, 1940), pages 119 à 136, nouvelle, trad. (non mentionné)

12 - Claude VAUZIÈRE, Livres d'aujourd'hui et de demain, pages 137 à 138, notes

13 - Jean LEC, La Danseuse volante, pages 139 à 141, nouvelle *

14 - Fritz LEIBER, La Succession des races (Later Than Tou Think, 1950), pages 142 à 144, nouvelle, trad. (non mentionné)


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Petite note rapportée par Noosfere : "Pour "La succession des races", l'auteur indiqué (sommaire et page de titre de la nouvelle) est F. Lieber. Une ruse pour que les lecteurs ne se rendent pas compte que Fritz Leiber est déjà au sommaire avec "Trop de dons..." ?"

On ne croit jamais qu'en une représentation ; voilà l’enseignement de Le grand voyage, très courte nouvelle de Ray Bradbury entre humour et catéchisme.

Très bonne construction pour Faillite de l’arme atomique de Robert Sheckley sous son pseudonyme de Finn O’ Donnevan. L'effet psychologique fait aussi partie de l'efficacité d'une arme, ce dont pourrait être dépourvu un désintégrateur silencieux et trop efficace.

Richard Wilson, dans Nostalgie du temps passé,  fait du voyage dans le temps un phénomène fantastique, et élabore le concept de "duovers" qui est une sorte de temps bis, plus fantasmatique que réel. Notre époque, elle,  y verrait un "metaverse".

Un très humain et attachant personnage principal pour Trop de dons… , belle nouvelle de Fritz Leiber, où l'on suit un monsieur tout-le-monde dans la découverte de dons qui finalement embarrasse son humanité.

Pierre Desproges écrivait qu'on pouvait reconnaître une joconde d'un jocond... au cadre de leurs vélos. Régénération spontanée est une bien réjouissante nouvelle d'Avram Davidson, prix Hugo de la nouvelle en 1958.

Dans l'esprit de Verne ou du "Canard au ballon" de Poe, voici Une expédition sans gloire, de Clyde Brown, une sympathique nouvelle sur ces doux-dingues qui fabriquent des fusées archaïques dans leur jardin. Mais ceux de la nouvelle sont les "Premiers hommes" à...

En écho à "Trop de dons..." de Fritz Leiber, voilà encore une nouvelle où une espèce extraterrestre se mêle de dispenser à l'humanité un bienfait qui pourrait devenir embarrassant. C’est En noir et blanc, par J. T. McIntosh, efficace et concis, avec son lot de personnages bien campés.

L’inédit de Frederic Pohl, Pour conquérir la Terre, est une petite nouvelle sans prétention mais sans beaucoup d'intérêt non plus, sur une colonisation par métissage.

On imaginait encore en 1958 que les pionniers de l'exploration spatiale allaient être des particuliers, des athlètes travaillant à leur propre compte. Notre avenir nous le prouvera peut-être de nouveau, avec les initiatives privées d'une pincée de citoyens multi milliardaires. Quoi qu'il en soit, s'ils y parviennent, Un héros adoré de Vargo Statten (sous le nouveau pseudonyme de Max Elton) évoque l'inévitable arrogance de ceux qui reviendraient d'un voyage sur Mars ou Vénus, leurs égarements, ou leurs caprices. Mais rien de plus.

La rubrique « Livres d’aujourd’hui et de demain » s'oriente sans pudeur sur la promotion du Fleuve Noir et de ce sacré Jimmy. Après avoir évoqué les avanies d'un savant français découvrant la force d'anti gravitation, dans le dernier Guieu,  la nouvelle de Jean Lec, La danseuse volante,  en reprend sans le savoir le principe, mais la nouvelle demeure légère et pour le coup moins chauvine que le dernier roman un tantinet naïf de Guieu (« La force sans visage »).

Pour terminer, une excellente et très courte nouvelle à chute de Fritz Leiber (dit F. Lieber), le titre (La succession des races) en évoque tout le sujet.

Un système de propulsion économique et performant est décrit dans la rubrique « Saviez-vous que ». Il s’avère que cette modélisation retient de nos jours et de nouveau l’attention des ingénieurs pour l’exploration atmosphérique de Mars

SAVIEZ-VOUS QUE…

  …des savants étudieraient un avion qui volerait à 100 kilomètres d’altitude, en utilisant pour carburant l’air raréfié qu’il traverserait ?

  D’APRÈS ses deux inventeurs, M. S. Demetriades et le docteur Carl Kratschmer, cet appareil utiliserait l’énergie solaire en tirant parti du phénomène qui fait que si, dans les couches denses de l’atmosphère, l’oxygène se trouve sous forme de molécules groupant chacune deux atomes de ce gaz, à haute altitude les radiations solaires brisent le lien entre ces atomes. Quand deux des atomes ainsi séparés se réunissent pour former de nouveau une molécule, une importante quantité d’énergie se trouve libérée. C’est en fait, la restitution de l’énergie solaire précédemment mise en jeu pour les séparer.

Le moteur du nouvel engin affecterait la forme d’un entonnoir dans lequel l’air s’engouffrerait par l’ouverture la plus large, placée à l’avant. La pression augmentant dans la partie resserrée, les atomes d’oxygène se trouveraient suffisamment comprimés pour s’unir deux à deux en molécules. La chaleur libérée dilaterait le gaz dont la sortie par tanière, sous un volume accru, propulserait l’avion. Théoriquement, la durée du vol serait illimitée.

27 décembre, 2023

Galaxie (1ère série) n°052 – Mars 1958

Encore un inédit de Robert Sheckley, fidèle représentant en Galaxie, et le retour de quelques auteurs comme Jean Lec ou Lloyd Biggle, appréciables et rarement publiés depuis, parrainés par Fritz Leiber ou Clifford D. Simak.

On clique légèrement…


Sommaire du Numéro 52 :

 

1 - Fritz LEIBER, Le Pain qui s'envole (Bread Overhead, 1958), pages 3 à 15, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Wallace (Wally) WOOD

2 - Lloyd Jr BIGGLE, La Loi de la porte (The Rule of the Door, 1958), pages 16 à 45, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Wallace (Wally) WOOD

3 - Jim HARMON, Mauvais destin (Break a leg, 1957), pages 46 à 62, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Jack GAUGHAN *

4 - Clifford D. SIMAK, Le Monde des ombres (Shadow World, 1957), pages 63 à 87, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par DILLON

5 - Algis BUDRYS, Cœur de pierre (Ironclad, 1954), pages 88 à 100, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par KOSSIN

6 - COLLECTIF, Votre courrier, pages 101 à 102, courrier

7 - Jean LEC, Les Transports de M. Signet, pages 103 à 118, nouvelle *

8 - Daniel F. GALOUYE, À l'assaut des hommes (Shock Troop, 1957), pages 119 à 130, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Dick FRANCIS *

9 - Jimmy GUIEU, Les Soucoupes volantes, pages 131 à 132, chronique

10 - Robert SHECKLEY, Le Martyr (The Martyr, 1957), pages 133 à 138, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par RAY *

11 - Willy LEY, On apprend à l'homme à vivre sur Mars, pages 139 à 143, article, trad. (non mentionné)

12 - (non mentionné), Saviez-vous que..., pages 144 à 144, notes

 

* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

Dans Le pain qui s’envole par Fritz Leiber, à l'évocation du "Service de Contrôle du Temps" : on se rappellera la nouvelle "Météo" dans "Les imaginox" de R. F. Jones. Leiber évoque également la crise ukrainienne, et rappelle l'indéfectible lien entre l'Ukraine et la production céréalière mondiale. Toutefois, on a connu Leiber plus grinçant et cruel. Cette histoire ne montre que légèreté - certes - mais de façon un peu mièvre.

Avec La loi de la porte, par Lloyd Biggle, outre pour lui aussi une évocation du contrôle météorologique, nous voilà face à une trouvaille pour mesurer l'immoralité d'un être. Malgré des développements un peu bavards, on trouve dans ce récit des personnages attachants et des points de vue qui détournent le jugement moral de toute velléité de le mécaniser.

Mack Reynolds avait dressé le portrait d'un porte-guigne (voir Fiction n° 21). Dans Mauvais destin, Jim Harmon nous propose celui d'une "chèvre", un avant-poste malchanceux qui assume pour les futurs colons toutes les erreurs à ne pas faire. 
"Sur cette planète – l’une des rares de la Galaxie qui fussent semblables à la Terre – nous ne devions pas répéter les erreurs commises sur notre planète natale. Là-bas, on avait gaspillé bêtement les ressources. Ici, il fallait utiliser rationnellement le sol, l’eau, le bois, le minerai. L’organisation de ce travail intelligent me plaisait. D’où j’étais, je voyais la vallée, puis la plaine qui deviendraient bientôt un agréable lieu de séjour pour l’humanité." 
Par cet extrait du Monde des ombres de Clifford D. Simak, on réalise bien qu'il était tout à fait envisageable en 1958 que la société de consommation naissante soit une aberration. Voici un autre passage :

"... les jours sont toujours beaux sur Stella IV, merveilleuse planète, semblable, sur tant de points, à la Terre, et qui présentait, au surplus, l’avantage d’être gorgée de richesses naturelles, tout en étant totalement dépourvue d’animaux nuisibles, de microbes et même de virus dangereux. Une planète que les hommes pourraient facilement transformer en un véritable paradis.

Dans peu de temps, son peuplement allait commencer : dès qu’auraient été réalisées les premières constructions prévues sur ma maquette. Puis, dans une progression ordonnée, secteur par secteur, la race humaine finirait par peupler toute la planète, dans l’ordre, le calme, et pour le bien-être de tous. Car l’homme avait fini par comprendre qu’il lui fallait faire bon usage des ressources naturelles découvertes au cours de ses vagabondages dans l’Espace, et que son devoir lui commandait de ne pas ruiner chaque monde comme il avait ruiné la Terre.

Depuis le temps où l’intelligence s’était développée au point de rendre possible la conquête de l’Espace, n’était-il pas temps que la race humaine prouvât qu’elle avait atteint l’âge adulte ?"

Toutefois, la nouvelle Le monde des ombres est distrayante, sur le ton léger dont Simak est parfois coutumier, mais qui tourne un peu court au moment du dénouement. On repensera à "Si vous étiez un Moklin" de Murray Leinster (in Galaxie n°22).

Avec Cœur de pierre d'Algis Budrys, on imagine que la Conquête de l'Ouest ait pu présenter autant de scènes aussi dures et stupides que dans la nouvelle. L'histoire présente n'est toutefois pas de la SF.

A la lecture de Les transports de M. Signet, on imagine que Jean Lec a peut-être lu Terminus les étoiles de Alfred Bester en voie de parution (avril 1958). Voilà en tous les cas une nouvelle très sympathique, sur le ton d'un Marcel Aymé.

Nous tenons à vous avertir ; À l’assaut des hommes, de Daniel F. Galouye, est une nouvelle à révélations en cascade hélas complètement divulgachée par les lignes de présentation rédigée par Galaxie.

Formidable crédulité de ce sacré Jimmy Guieu qui publie dans sa rubrique Les soucoupes volantes un témoignage d'observations répétées et régulières au dessus de Perpignan sans avoir eu d'autres sources. Il évoque aussi une expression dont le sens nous a échappé un temps : "spoutniks et pamplemousses". Willy Ley écrira à ce sujet un article qui paraitra dans le numéro 54 de Galaxie. (Voir aussi nos commentaires).

Dans Le martyr, Robert Sheckley se montre concis comme Fredric Brown. Une très bonne novelette sur l'immortalité.

Dans son article On apprend à l’homme à vivre sur Mars, Willy Ley évoque le sort de la chienne Frisette, morte dans le Spoutnik II. On la connait aussi sous le nom de Laïka. Quelques bonds au plafonds aussi : " Dès 1942, Goering, le chef de la Luftwaffe, disait : « Mes aviateurs n’ont pas besoin d’une âme spéciale, mais d’un corps spécial »." On voit que dès les années 40, on pouvait parler de pantropie annoncée.
Ley évoque aussi le docteur allemand Strughold, ancien professeur de physiologie à Heidelberg, Après sa mort, ses expérimentations sur des prisonniers de Dachau seront révélées au grand public.


Les dangers s'accroissent, et les fantasmes s'amenuisent :

SAVIEZ-VOUS QUE…

…la fonte des glaces terrestres pourrait faire basculer la planète ?


Trente-cinq stations d’observations scientifiques ont été établies par onze nations sur l’immense étendue glacée de l’Antarctique. Leurs recherches, qui entrent dans le cadre de l’Année Géophysique Internationale, semblent confirmer et amplifier les constatations déjà faites en 1910 par l’océanographe Georges Darwin. En effet, de récents sondages acoustiques opérés en divers points de la Terre Mary Bird ont permis à des stations américaines et russes d’établir que l’épaisseur de la couche glacée se prolonge presque partout, au-dessous du niveau de la mer, à des profondeurs allant jusqu’à 1.500 mètres, ce qui représente, à certains endroits, une épaisseur totale de glace de 3.000 mètres !


Le « continent » antarctique serait donc, en réalité, un archipel enserré dans un gigantesque bloc de glace. On sait déjà qu’il en est de même pour le Groenland.


Si l’on songe que la Terre subit actuellement un réchauffement, on peut redouter la catastrophe que provoquerait la fonte de ce volume d’eau congelée bien supérieur à ce que supposaient les géologues. Des surfaces énormes de terres disparaîtraient sous le niveau surélevé des mers. Un nouvel équilibre s’établirait alors entre les océans et les continents, faisant basculer la planète sur son axe et modifiant la place de-l’équateur.


Fort heureusement, un tel bouleversement ne peut s’accomplir qu’au rythme géologique, ce qui nous laisse largement le temps d’aviser.

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