Sommaire du Numéro 146 :
3 - Michel DEMUTH, Gamma-Sud (2060), pages 88 à 108, nouvelle
4 - Evelyn E. SMITH, La Femme du Capitaine (The Captain's Mate, 1956), pages 109 à 120, nouvelle, trad. Christine RENARD *
5 - Robert F. YOUNG, Marché de dupe (Santa Clause, 1959), pages 121 à 132, nouvelle, trad. Pierre BILLON *
6 - Jacqueline H. OSTERRATH, La Case vide, pages 133 à 141, nouvelle
CHRONIQUES
8 - COLLECTIF, L'Écran à quatre dimensions, pages 147 à 152, article
9 - Anne TRONCHE, Revue des arts, pages 153 à 153, critique(s)
10 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 154 à 154, courrier
11 - Roland STRAGLIATI, Notes de lecture, pages 155 à 156, critique(s)
* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.
L'enjeu de la première partie et qui restait à débrouiller dans Corsaire de l'espace (in Fiction n°144) est dans Arsenal laissé de côté au bénéfice d'une escapade qui va se faire… à pied ! Poul Anderson tire un peu à la ligne, dans une suite de péripéties bien construite mais qui ne fait pas au final avancer d'un pouce la situation initiale. Plaisant à lire, inédit ensuite en recueil, mais un peu vain.
Dans Gamma-Sud et encore une fois pour son cycle des Galaxiales, Michel Demuth imagine que l'avenir de l'espèce humaine passe par une régression - ici un coup d'état remet les royalistes au pouvoir. Mais on peut avoir du mal à croire en la légitimité dudit pouvoir, et à son acceptation même obtenue par la force, lorsqu'elle est fondée sur un acte terroriste.
La femme du capitaine est une petite potacherie sur des mœurs extraterrestres, qui grâce à cet exotisme joue avec le cliché que les femmes (humaines) n'y entendent rien à la technologie ni aux nécessités de l'autorité. Evelyn E. Smith s'amuse à faire jouer les cruches à un capitaine usurpateur, avec son habituel ton léger et farceur.
Fiction nous propose deux contes de Noël pour ce numéro d'hiver 65-66. Tout d'abord, une histoire de pacte avec le diable qui joue le rôle de la bonne fée, et qui exauce les souhaits, Marché de dupe à travers lequel Robert F. Young interroge ce qui, dans notre émerveillement d'enfant, constitue l'adulte que nous devenons ensuite. Concis
Une autre figuration, ensuite, de la machine à souhaits sous la forme d'un calendrier de l'Avent. La case vide de Jacqueline Osterrath est un conte de Noël pas très surprenant et au final très moral et conventionnel. On serait tenté de donner raison au lecteur qui dans le Courrier des lecteurs plus loin affirme : " Jacqueline Osterrath, chez qui l'on trouve en permanence le thème trop rabâché et si mal traité de la femme délaissée… (L'intrusion de la vie personnelle n'a rien à voir dans la littérature, quand bien sur elle est aussi banale !). "
Nous commençons à être habitués à l'idée de voix synthétiques, et certains utilisent des générateurs de voix pour se faire faire la lecture - avec les limites d'interprétation que l'on connait.
On imagine moins que les voix synthétiques ne datent pas d'hier, mais plutôt du Siècle dernier. Du moins le concept a-t-il été présenté comme réalisé il y a 60 ans. Voici en effet une note reprise de la rubrique En Bref :
Un ordinateur électronique à la Radio.
" L'O.R.T.F. présentera le dimanche 2 janvier 1966 sur Inter-Variétés, dans la série « Le Théâtre de l'Étrange », une pièce de Frédéric Christian : L'ambassadeur de Xonoï. Cette œuvre offre la particularité d'avoir pour principal interprète un ordinateur électronique, d'où sort une voix artificielle et inhumaine. L'ordinateur a analysé le timbre, l'intonation, le rythme d'une voix véritable et mis en mémoire cette analyse ; puis il a effectué la synthèse des divers éléments pour restituer par un jeu de filtre la voix ordinaire. Cette technique d'avant-garde a permis d'obtenir un effet jusqu'ici impossible à réaliser en studio. "
L'émission elle-même rapporte même : "C'est la première fois au monde que l'on confiera un rôle à une voix entièrement synthétique". On entendra, à l'audition de cette fiction radiophonique, et pour peu d'avoir déjà bidouillé avec les appareillages que sont les "racks d'effets", qu'il ne s'agit pas d'une voix synthétiquement obtenue, mais bel et bien d'un simple "jeu de filtres", d'un effet sonore appliqué à une réelle voix humaine. L'analyse par l'ordinateur des "timbre, intonation et rythme…" semble bien être une petite arnaque, un léger abus de confiance. Le plus cocasse est que l'histoire racontée dans cette fiction traite d'une civilisation qui se juge supérieure, et qui prend contact avec un savant qui doit leur préparer un pont, une ambassade, pour ne pas brusquer de trop l'entendement humain. "Notre civilisation est au point maximum (…) votre perception provoquerait une vague de haine, parce que vous aurez peur." Aussi l'humain choisi doit-il aménager la vérité.
La réalité aménagée ici, dans cette annonce officielle d'ordinateur qui mémoriserait les caractéristiques de la voix humaine, va au contraire frôler la vantardise ("un effet jusqu'ici impossible à réaliser en studio") plutôt que de voiler une vérité difficile à admettre ("J'voudrais bien mais j'peux point !").
On le constate à travers cet exemple, après avoir été considérée comme une mode pour adolescents attardés dans les années 50, la science-fiction devient en France dans les années 60 un viatique, une forme de justification aux progrès techniques, une vitrine de leurs promesses, voire l'expression de leurs projets pas encore aboutis mais en passe de coloniser notre quotidien. Le prestidigitateur Robert Houdin ne fit pas de plus glorieuses démonstrations d'infantilisations pour aider à la colonisation de l'Algérie, quand il faisait apparaître des oranges dans les arbres en une minute, ou quand il attrapait des balles à mains nues. Impressionnez celui que vous voulez soumettre et il vous obéira. Faites croire qu'une machine sait désormais reproduire les inflexions d'une voix humaine et l'on croira l'entendre. Les imperfections seront même considérées en creux comme des preuves de la mécanisation.
Nul doute que désormais, les ordinateurs sont capable de cette prouesse d'imiter la voix humaine, avec un taux d'imperfection de plus en plus réduit. Les utilisateurs familiers de ces voix de synthèse savent encore débusquer la falsification : on entend toujours, au bout d'un moment, l'aspect systématique et paramétré des choix dans les inflexions de la voix. Mais il parait évident qu'en 1966, on ne se gênait pas pour démontrer au grand public des prouesses techniques surcotées.
Pour en juger par vous-mêmes, l'émission en question peut être entendue sur le site de l'INA à cette adresse :
Loin de nous toutefois l'intention de virer au conspirationnisme. Nous ne cautionnerons pas, par exemple, la rumeur maintes fois démentie que Stanley Kubrick réalisa une fausse expédition Apollo 11 dans un studio de télévision. L'histoire est d'ailleurs relatée dans un célèbre "mockumentaire", Opération Lune, de William Karel (2002), et cette fiction, un peu décalée vers Mars, fait même l'objet du film Capricorn One (Peter Hyams, 1977).
Cependant, au détour d'un article de Pierre Strinati intitulé "Visite à la NASA" (on y apprend que cette visite avait été organisée par Paris Match), on peut lire ceci :
À Houston se trouve le centre d'entraînement pour astronautes ; tout a été mis en œuvre dans ce centre pour placer l'homme dans des conditions proches de celles qu'il rencontrera lors des futurs voyages interplanétaires. Un emplacement a été notamment consacré à une reconstitution hypothétique du sol lunaire ; au milieu d'un vaste amas de laves se dresse un modèle du LEM (Lunar Excursion Module), c'est-à-dire l'engin qui déposera deux explorateurs sur la Lune. Tache blanche sur un fond de lave noire, le LEM frappe l'imagination et permet de croire à la réalisation du voyage lunaire prévu pour 1970.
Formulation étrange que de vouloir "frapper l'imagination" et permettre "de faire croire à la réalisation du voyage lunaire". L'exploit aura tout de même lieu un an plus tôt que prévu, en 1969, et le "progrès technique" n'a sans doute pas été ici surcoté. Et Pierre Strinati, pour défendre la science-fiction et son intense pouvoir de suggestion, de conclure :
La recherche pure précède toujours la technologie. La science progresse toujours plus rapidement et parfois rend démodés certains thèmes de science-fiction. Mais l'imagination humaine n'a pas de borne et l'on peut avoir confiance dans l'avenir de la science-fiction. Il existera toujours des domaines où l'imagination précédera la science pure et la technologie.
Rapport du Centaurien pour le PReFeG (Juillet 2026)
Relecture- Corrections orthographiques et grammaticales
- Vérification du sommaire
- Vérification des casses et remise en forme des pages de titre
- Ajout des pages d'annonce de la publication du Fiction Spécial n°8
- Ajout de la page d'annonce du Galaxie "Spécial" 1
- Ajout des pages d'annonce de la publication du numéro 2 du CLA
- Ajout de la Table des "Nouvelles des auteurs de ce numéro" (toutes ces pages n'apparaissant pas dans le epub d'origine)
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Prochaine publication prévue pour le mercredi 05 août 2026 : Fiction n°147.







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