Affichage des articles dont le libellé est Richard Matheson. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Richard Matheson. Afficher tous les articles

11 février, 2026

Galaxie (2eme série) n°013 – Mai 1965

Galaxie entend poursuivre ses parutions dans une démarche plus large que celle d'une simple revue, d'une part en publiant des (presque) romans, ici une novella plutôt romantique, et d'autre part en réhabilitant des nouvelles qui avaient été coupées et desservies par des traduction approximatives lors de leur précédentes parution quelques années plus tôt. Après Floyd L. Wallace, et avant Margaret Saint-Clair, Robert Sheckley ou Theodore Sturgeon (et même plus tard Mark Clifton, James E. Gunn, Christopher Grimm, Walter Michael Miller ou Theodore R. Cogswell), c'est Richard Matheson qui bénéficie d'une remise à neuf pour ce numéro 13.

Traces de scotch à gauche, traces de clic à droite !

Comme pour toutes nos publications, un clic droit sur la couverture
vous invitera à télécharger le livre au format epub.
("Enregistrer la cible du lien sous...")
Un simple clic suffit sur les liseuses.

Sommaire du Numéro 13 :


1 - Christopher GRIMM, L'Ombre gardienne (Someone to Watch Over Me, 1959), pages 6 à 65, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par Dick FRANCIS *

2 - Jack SHARKEY, Les Trois vies d'Arcturus (Arcturus Times Three, 1961), pages 67 à 99, nouvelle, trad. Michel DEMUTH, illustré par George SCHELLING *

3 - Daniel F. GALOUYE, Les Chasseurs (The Chasers, 1961), pages 101 à 113, nouvelle, trad. Michel DEMUTH

4 - Richard MATHESON, Une maison dernier cri (Shipshape Home, 1952), pages 114 à 133, nouvelle, trad. Pierre BILLON

5 - Philip K. DICK, Jeu de guerre (War Game, 1959), pages 134 à 153, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par Wallace (Wally) WOOD

6 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 155 à 155, bibliographie

7 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 157 à 157, courrier 


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Bien que la novella soit un peu sans surprise, mais tout de même de bonne qualité, le reste des nouvelles est d'un très bon niveau - même si un peu daté.

" ... tu ne t’es pas contenté de faire du commerce avec les hyperspatiens ! Tu es leur associé – et ils sont encore pire que les extra-terrestres parce qu’ils sont tellement plus… extra-terrestres ! "
L'ombre gardienne est une romance qui prend forme dans un dilemme : l'hyperespace par lequel passent les vaisseaux pour aller d'une planète à l'autre n'est pas un espace où l'on se déplace plus rapidement, mais un espace parallèle qui fait courir le risque à celui qui s'y arrête d'être confronté à son antimatière, et donc de se dissoudre, voire de créer une brèche qui dissoudrait les univers… Mis à part ça, cet enjeu écarté par l'audace ou la manipulation, le récit ressemble plus à une aventure romantique qu'à de la SF, et l'on y voit bien que, sous son pseudonyme de Christopher Grimm,  H. L. Gold - fondateur et éditeur originel de Galaxy (jusqu'en 1959) - commence, en 1965, à faire partie d'une arrière-garde. Mais il est vrai que la novella date en réalité de 1959.
Notons aussi que "Someone to watch over me", le titre de la version originale de cette novella, fait référence à celui d'une chanson de George et Ira Gerschwin composée pour la comédie musicale "Oh Kay !" (1926) et immortalisée par Ella Fitzgerald.

Après un "Avant-propos" intitulé "Zoologie 2097" (et que l'Encyclopédie en ligne NooSFere a identifié comme une nouvelle à part entière sans nom d'auteur), qui explicite le rôle essentiel des xenobiologistes du récit, Les trois vies d'Arcturus composées par Jack Sharkey développent - comme dans les précédentes nouvelles des aventures du xenobiologiste Jerry Norcriss - trois exemples de métabolismes extraterrestres, avec les doutes et les questionnements de rigueur. Et Sharkey de rappeler que le but de tout ceci demeure la colonisation - et sans doute l'extermination d'espèces jugées dangereuses ou indésirables. Vertige de celui qui respecte la vie pour la comprendre mais qui se soumet à celui qui lui permet techniquement cette connaissance, mais qui place cette connaissance au-dessus du respect de la vie.


Les chasseurs ne sont jamais ceux que l'on croit, surtout sur une planète piège sans autre péril que la tentation de plaisirs ineptes. Daniel F. Galouye nous interroge ici sur notre intelligence, notre technologie et notre désir de nous élever au-dessus de l'instinct somme toute animal.


Galaxie poursuit sa "retraduction" des nouvelles de la 1ère série : une précédente traduction de Une maison dernier cri était antérieurement parue dans l’ancienne édition de GALAXIE (n° 12, novembre 1954), sous le titre Le bon marché coûte cher. L'histoire de Richard Matheson passe tout de même de 16 à 20 pages, et bénéficie de quelques précisions (comme celle concernant l'illustrateur Chas Addams, le créateur de la célèbre famille du même nom, et qui avait été renommé Charles dans la précédente traduction). On appréciera tout autant cette bonne histoire qui frise le sentiment complotiste, et pourra même rappeler certains passages de Un bébé pour Rosemary de Ira Levin, ainsi que dans une moindre mesure le thème du Péril Bleu de Maurice Renard.


Pour terminer : Philip K. Dick nous allèche avec son goût pour les jeux - ici Jeu de guerre - pour les "games" dont les règles se substituent à celle de la réalité, souvent dans un but éducatif. Ici, le jeu provient d'une colonie étrangère soupçonnée de n'être pas aussi commerçante qu'elle s'accorde à le dire. Car une chose n'est jamais à sous-estimer en matière d'importations, c'est qu'il s'agit toujours, au fond, de guerre économique. On repensera à Raymond F. Jones et à ses Imaginox, et avec cette nouvelle écrite en 1959, l'on attendra patiemment que Dick compose (en 1963) sa nouvelle "Au temps de Poupée Pat" (si chère à notre centaurien) qui lui fera marquer un cran supplémentaire dans l'adversité paranoïde à l'œuvre dans l'ensemble de ses récits.


Galaxie s'adonne au plaisir du Courrier des lecteurs, et la première lettre de ce numéro est sans doute de la plume d'un "érudit" :

J’ai lu avec quelque méfiance les premiers numéros de Galaxie, nouvelle série : la façon quelque peu bruyante dont la nouvelle rédaction, dans sa publicité, se comparaît à l’ancienne, m’avait fait craindre – à tort, je dois le dire – quelque mauvais goût de sa part.

La revue sollicitant des avis, j’aimerais en donner brièvement quelques-uns. Par exemple : les feuilletons sont à ne découper en tranches que si, d’un mois à l’autre, on peut se souvenir de la trame de l’histoire ; donc il faut un space opéra plutôt qu’un roman du type Guerre dans le néant de Leiber, qui nécessitait une attention soutenue et dont la mise en tranches a été un vrai massacre. Ou faut-il mettre Galaxie 3 mois sous son matelas avant de la lire ?

J’aimerais terminer sur une remarqua générale. Il y avait 3 collections de S.F. : l’une étant un peu Tintin et Milou dans l’espace, l’autre éditant trop souvent des recueils de nouvelles, la troisième désintégrée. [Note du PReFeG : l'auteur de la lettre fait sans doute respectivement référence au Fleuve Noir - Anticipation, à Présence du Futur, et au Rayon Fantastique.] Il est donc indispensable que Galaxie continue de publier des romans, bien que ce ne soit guère la vocation d’une revue. Mais sinon, où les lirait-on ? Peut-être même serait il possible de « mettre aux voix » par référendum (la Constitution le permet) un certain nombre de romans à éditer en numéros spéciaux ?
Docteur André BARDIN
DIJON

Bien que l'on sache que la majorité des lettres publiées par les revues sont souvent des "faux" écrit par les équipes même de leurs rédactions, on ne peut que saluer l'intuition du bon Docteur Bardin qui prévoit les "numéros spéciaux" de Galaxie à venir, qui prendront la forme d'une collection de romans intitulée : "Galaxie-Bis" (cette dénomination ne sera définitivement adoptée qu'à partir de son numéro 5), au format poche, six mois en avant dans le temps, soit dès novembre 1965. Le numéro Spécial 1- ou numéro 20 bis, sera "L'Ere des gladiateurs" de Frederik Pohl et Cyril M. Kornbluth, que nous vous proposons en Bonus en cliquant sur la couverture ci-contre (avec six mois d'avance sur les lecteurs de Mai 1965, petits veinards de futuriens !)







22 octobre, 2025

Fiction n°127 – Juin 1964

Un maximum de raretés qui ne seront plus republiées ensuite, parmi lesquelles des nouvelles de Fernando Arrabal, de Robert F. Young, du prolifique Keith Laumer, ou encore de Michel Demuth sous le pseudonyme de Jean-Michel Ferrer (dont les écrits demeurent étonnamment absents des recueils demuthiens). Le numéro s'ouvre sur le Prix Hugo 1964 de la nouvelle, plutôt une novella (et Fiction s'aligne ici sur la ligne éditoriale toute neuve de Galaxie), signée Poul Anderson, qui tient lieu de pilier avec un classique de Richard Matheson.

Un fauteuil pour deux… extraterrestres !

Comme pour toutes nos publications, un clic droit sur la couverture

vous invitera à télécharger le livre au format epub.
("Enregistrer la cible du lien sous...")
Un simple clic suffit sur les liseuses.

Sommaire du Numéro 127 :


1 - (non mentionné), Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 6 à 6, bibliographie


NOUVELLES


2 - Poul ANDERSON, Pas de trêve avec les Rois ! (No Truce with Kings, 1963), pages 7 à 69, nouvelle, trad. Pierre BILLON

3 - Keith LAUMER, Unité de combat (Combat Unit, 1960), pages 70 à 83, nouvelle, trad. Michel DEMUTH *

4 - Jean-Michel FERRER, ...et jeune à nouveau, pages 84 à 87, nouvelle *

5 - Robert F. YOUNG, Amour sidéral (The Eternal Lovers, 1963), pages 88 à 91, nouvelle, trad. Michèle SANTOIRE *

6 - J. P. SELLERS, Pete fait mouche (Pete Gets His Man, 1963), pages 92 à 101, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH *

7 - Richard MATHESON, La Fille de mes rêves (Girl of My Dreams, 1963), pages 102 à 114, nouvelle, trad. Christine RENARD

8 - Wenzell BROWN, Le Persécuteur (The Follower, 1964), pages 115 à 125, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

9 - Lieutenant KIJÉ, La Main, pages 126 à 129, nouvelle *

10 - Alain MARK, Les Béquilles, pages 130 à 133, nouvelle *

11 - Fernando ARRABAL, Concert dans un œuf, pages 134 à 136, nouvelle *

 

CHRONIQUES


12 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 137 à 143, critique(s)

13 - COLLECTIF, Le Conseil des spécialistes, pages 145 à 146, critique(s)

14 - Bertrand TAVERNIER, L'Homme démoli, pages 147 à 150, article

15 - Jacques GOIMARD, Petit salmigondis ébouriffé, pages 150 à 157, article

16 - (non mentionné), Table des récits parus dans « Fiction » - Janvier à Juin 1964, pages 158 à 159, index


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Malgré son Prix Hugo de la nouvelle décerné en 1964, Pas de trêve avec les Rois ! (dont le sujet pourra rappeler le dernier Douglas Kennedy : "Et c'est ainsi que nous vivrons") est un long, très long, peut-être trop long, récit d'une bataille décisive entre deux factions armées dans des Etats d'Amérique divisés et en guerre fratricide. On retrouve le contexte retro futuriste de Poul Anderson qui imagine une lente et périlleuse reconstruction d'après-guerre nucléaire, mais en y adjuvant ici la présence d'extraterrestres manipulateurs, mais au final très accessoires. Bavard, bien écrit mais trop souvent inutilement compliqué, le récit tourne un peu court quand il s'agit de proposer un enjeu ou une moralité. 
 

Keith Laumer décrit bien la pensée désaffectée et opératoire d'une machine de guerre, une Unité de combat, un peu comme si un drone pouvait prendre des initiatives. Il en résulte une incapacité humaine à désamorcer durablement ou définitivement de telles mécaniques. A méditer. 

Michel Demuth / Jean-Michel Ferrer utilise des codes novateurs pour agrémenter et contextualiser …et jeune à nouveau, sous une forme qui se fera plus fréquente dans les années à venir, notamment chez John Brunner (imitant lui-même et en réalité John Dos Passos). Concis et touchant.

A l'heure de la course à la Lune, Robert F. Young imagine avec Amour sidéral une romance assez bradburyenne, mais contrairement à ce dernier, la femme ne se contentera pas de subir un revers et un deuil. Et toujours la présence vivante de la poésie.

Un héros de bande dessinée issu des dernières pages d'un quotidien devient embarrassant pour son créateur harassé. Pete fait mouche est une bonne petite nouvelle qui traite d'un sujet rarement abordé : quand la fiction contamine la réalité. L'auteur, J. P. Sellers, est par contre un parfait inconnu, et n'aura pas contaminé le monde de la S.F.

Après un super détective de papier qui fait mouche à tous les coups, on peut dire que Richard Matheson sait manier ses effets, et qu'il sait nous emmener où il le désire, même quand on pressent la fin. Dans cette histoire d'escroc qui exploite les dons d'une medium, La fille de mes rêves, l'affaire est habile mais la morale est sauve. On imagine aussi, en apprenant que la medium s'appelle Carrie et qu'elle suscite l'animosité, le jeune Stephen King s'extasiant devant le talent du maître… 


On a tout de même bien le droit de choisir son propre persécuteur et le suiveur doit avoir la faculté de suivre les traces de la victime qui lui convient. " Fiction présente ainsi la nouvelle Le persécuteur de Wenzell Brown comme issue d'une nouvelle tendance : " Ce fantastique d’une veine toute moderne plonge de profondes racines dans l’étude des troubles et déviations de la personnalité. " - mais ce serait oublier la "veine toute moderne" de Guy de Maupassant et son "Horla", pour ne citer que celui-là. On croirait même à une version inversée de "L'homme des foules" de Edgar Poe (" J’aurais voulu crier pour réclamer le silence, mais je doutais fortement de faire entendre ma voix, et même dans ce cas, qui m’aurait obéi ? ") On pensera aussi aux personnages décalés des nouvelles de Roland Topor. Quoi qu'il en soit, voilà bien une histoire ou le grotesque et l'absurde tentent de se voler la vedette. Pour notre plus grand plaisir. 

Simplicité du style, une ambiance faussement détendue… Lieutenant Kijé parle d'emprise dans La Main, texte à tiroir, qu'il faut lire avec attention pour que nous parvienne l'enjeu. Appréciable, pour une fois chez cet auteur. 


Un ton et de l'absurde très proche du style de Topor, encore une fois, avec Les béquilles, une histoire d'objet dont on ne pourrait pas se passer, déclinable à l'infini (remplacez "béquilles" par "smartphone" et "marcher" par "communiquer", pour voir…). Un bon moment signé d'un auteur mystérieux qui signe Alain Mark.
 

Concert dans un œuf est une rêverie surréaliste de Fernando Arrabal, qui décline son propre univers (Lys de sa pièce "Fando et Lys" est évoquée) de façon suffisamment concise pour ne pas lasser.



Dans la "Revue des films", Bertrand Tavernier détaille le parti-pris de Ray Milland, réalisateur et acteur principal de "Panique année zéro". Il en parle comme étant "du Bradbury distancié". On se souviendra peut-être que le sujet et le scénario sont à rapprocher très intimement à la nouvelle de Ward Moore "Les nouveaux jours" et sa suite "L'aube des nouveaux jours" (in Fiction n°23 et 24). Mais Ward Moore n'a pas été crédité au générique. Et pour cause : Tavernier nous signale que le scénario signé Jay Simms a été adapté d'une de ses nouvelles. Toutefois, malgré nos recherches, nous n'avons pas trouvé de nouvelles publiées de cet auteur, scénariste avant tout pour le cinéma, puis la télévision.

23 avril, 2025

Fiction n°108 – Novembre 1962

Nouvelle formule pour Fiction qui passe de 144 à 176 pages (un volume de 32 pages supplémentaires assez considérable) : un numéro qui marque autant qu'un Fiction spécial tant les auteurs choisis font partie du haut du panier. Des nouvelles restées inédites depuis, une de Poul Anderson, une autre d'Idris Seabright, des récits qui se répondent, des recensions de qualité… Fiction marque ici, après son numéro 100, un de ses sommets.

Clic droit sur les stars !

Comme pour toutes nos publications, un clic droit sur la couverture
vous invitera à télécharger le livre au format epub.

Sommaire du Numéro 108 :


1 - (non mentionné), Pourquoi une nouvelle formule ?, pages 5 à 5, article

2 - (non mentionné), Nouvelles des auteurs de ce numéro, pages 6 à 8, bibliographie


NOUVELLES

3 - Poul ANDERSON, Le Peuple de la mer (Progress, 1962), pages 9 à 52, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE *

4 - Fritz LEIBER, La Grande caravane (The Big Trek, 1957), pages 53 à 57, nouvelle, trad. Alain DORÉMIEUX

5 - Gérard KLEIN, Le Vieil homme et l'espace, pages 58 à 69, nouvelle

6 - Robert HEINLEIN, La Mère célibataire (All You Zombies—, 1959), pages 70 à 84, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH

7 - Arthur C. CLARKE, Quand Saturne se lève (Saturn Rising, 1961), pages 85 à 95, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE

8 - Jean RAY, Irish whisky, pages 96 à 106, nouvelle

9 - Idris SEABRIGHT, Eithné (Eithne, 1957), pages 107 à 117, nouvelle, trad. Alain DORÉMIEUX *

10 - Jorge Luis BORGES, Abenhacan el Bokhari mort dans son labyrinthe (Abenjacán el Bojarí, muerto en su laberinto, 1951), pages 118 à 126, nouvelle, trad. Roger CAILLOIS

11 - Fereydoun HOVEYDA, La Manne du ciel, pages 127 à 128, nouvelle *

12 - Richard MATHESON, Moutons de Panurge (Lemmings, 1958), pages 129 à 130, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE

13 - Montague Rhodes JAMES, La Chambre n° 13 (Number 13, 1904), pages 131 à 143, nouvelle, trad. Georgette CAMILLE

14 - Pat MALLET & Michel PELTIER, La Vie privée du vampire, pages 145 à 147, bande dessinée 

CHRONIQUES

15 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 148 à 162, critique(s)

16 - COLLECTIF, Le Conseil des spécialistes, pages 165 à 165, critique(s)

17 - (non mentionné), En bref, pages 166 à 167, article

18 - Jacques GOIMARD, Les Grands-Bretons en quête de péplums, pages 169 à 171, article

19 - F. HODA, Une Comédie de science-fiction, pages 171 à 173, article

20 - Jacques GOIMARD, Nouvelles du front de l'épouvante, pages 174 à 175, critique(s)


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

" (...) si l’industrialisation peut alimenter et habiller mieux les gens, ne mérite-t-elle pas de vaincre ? »

— « Qui dit qu’elle le peut ? » riposta-t-elle, « Elle peut nourrir et vêtir un plus grand nombre de gens, c’est vrai. Mais la quantité est-elle symbole de qualité, Lorn ? Ne souhaitez-vous pas conserver, sur Terre, des endroits où l’homme puisse se retirer dans la solitude ?

» Et puis, en supposant que l’industrialisation commence à se répandre : pensez à la période de transition. Un jour, je vous ai parlé des horreurs qui se sont déroulées (et c’est historique) lorsque les anciens Communistes ont voulu occidentaliser leurs pays en un jour. Eh bien, cela recommencerait. Pas du fait des Brahmards : ils sont foncièrement bons. Mais d’autres meneurs, partout ailleurs – à moitié barbares, puérilement avides de pouvoir et de prestige, détruisant dans leur impatience leurs propres cultures – de tels meneurs surgiraient.

Oui, vous avez bien reconnu l'idéologie un peu réactionnaire de Poul AndersonLe peuple de la mer propose une suite au "Peuple du Ciel", reprenant la description d'un futur post apocalyptique aux siècles de la cicatrisation et de la reconstruction, par la description de ses peuples et leurs interactions. Mais dans cet opus demeuré inédit ensuite, le procédé parait plus artificiel, surprend moins, et est aussi un peu déséquilibré en matière d'enjeux et de péripéties - un démarrage un peu poussif et parfois abstrus. On notera, comme pour le "Peuple du ciel", la présence d'un glossaire en fin de récit.

Fritz Leiber, dont on connait la potentielle cruauté à l'encontre des protagonistes de ses nouvelles, montre dans La grande caravane un attachement tendre pour une communauté hétéroclite d'extraterrestres, malgré un contexte sinistre mais finalement de peu d'importance.

Le vieil homme et l’espace, une intéressante introspection, faite de séquences diverses, où un vieil astronaute fait le bilan de ce qui l'a motivé à prendre les chemins de l'espace et entraîner l'espèce humaine avec lui. Du Gérard Klein "nouvelle manière" comme dirait Alain Dorémieux, sombre, un rien désespéré, mais questionnant.

"L'emberlificotage" des paradoxes temporels sert de scénario à un Robert Heinlein toujours efficace dans son style vif et ses personnages qui attirent la sympathie, dont La mère célibataire.

D'un thème similaire à la nouvelle de Klein, Arthur C. Clarke ajoute dans Quand Saturne se lève l'intuition qu'un pouvoir privé suffisamment riche financerait la route vers les planètes, ici le spectacle des anneaux de Saturne. On était alors en pleine science-fiction…

Dans Irish whiskynouvelle de jeunesse de Jean Ray, dont on reconnaît déjà l'univers morbide et pétri de vengeances surnaturelles, l'auteur semble toutefois hésiter ici entre deux formes de narration, petit défaut qu'il apprendra à maîtriser par la suite. On recommandera la nouvelle à tous ceux qui aiment frémir des histoires d'araignées.

S'émanciper pour une femme dans la société victorienne, c'est faire le choix d'une troisième voie par delà le bien et le mal. A travers une fable de petit peuple de la mer, Idris Seabright invite Eithnéson héroïne, à choisir cette troisième voie pour échapper à la soumission que le patriarcat appelle "devoir", sans risquer de se perdre dans le piège de l'isolement.

Comme chez Edgar Poe, l'enquête policière chez Jorge Luis Borges prend des atours métaphysique, et n'est pas l'opération d'un dévoilement de la vérité, mais l'établissement d'une explication acceptable et satisfaisante sur le plan symbolique. Dans Abenhacan el Bokhari mort dans son labyrinthe, on retrouve les constructions en cercles, qui nous invite à parcourir le texte de façon transversale, c'est à dire à le relire encore et encore.

Un peu gratuite, La manne du ciel de Fereydoun Hoveyda pose une confrontation d'échelle qui sous-entend qu'il n'y a pas de don pour Dieu, et qu'Il ne saurait nous considérer autrement que nous considérons les insectes.

Le comportement collectif nous rend semblables à des espèces animales agissant par instinct. Richard Matheson dépose en creux, avec Moutons de Panurge, la sensation que l'espèce humaine s'est affranchie de ses instincts. Mais est-ce bien sûr ?

On trouve peut-être dans La chambre N° 13 la source des espaces superposés qu'affectionne Jean Ray. Montague Rhodes James en dit peu sur les explications et multiplie les fausses pistes pour s'autoriser des sorties qui placent des contextes. Imbrications, enchevêtrements, le péril frôle les vivants l'espace d'un instant… Mais James nous met d'accord : ces manifestations surnaturelles désirent nous dire quelque chose.

Attention, fait rare : avec La vie privée du vampireFiction se risque à publier des dessins sur la durée (4 numéros)  !

On notera dans le sommaire l'apparition aux côtés des genres "Science-fiction" et "Fantastique", le troisième genre "Insolite". La rédaction s'en explique dans une petite note.

 " Le mois dernier, ne pouvant les attribuer à la science-fiction ni au fantastique, nous présentions des histoires sous une rubrique intitulée « Hors-série » dans notre sommaire. Notre ami Stephen Spriel nous suggère d’employer un terme commode pour qualifier de telles histoires – à savoir le terme : Insolite. Son défaut est d’être vague, donc de pouvoir recouvrir des notions variables ; sa qualité, en revanche, de marquer une distinction précise avec le fantastique qu’on appellera traditionnel. Maintes histoires présentées dans « Fiction » appartenaient en fait à cet insolite qui est, si l’on veut, un fantastique moderne. Exemples : divers textes de Sternberg, Buzzati, Mandiargues, Owen, Damonti, Béalu, Topor – sans parler de beaucoup de contes du Banc d’Essai. Caractéristique principale : substituer aux ressorts essentiels du fantastique classique (qui sont en principe de type surnaturel) des effets plus subjectifs, souvent sous-entendus, qui peuvent être axés vers le symbolisme, ou l’absurde, ou l’onirisme, ou la psychologie, mais qui de toute façon correspondent à une « intériorisation » très nette de la démarche de l’esprit vers le fantastique. Au point de développement où en est la revue, il nous semble utile de concrétiser maintenant cette catégorie. C’est pourquoi vous trouverez dorénavant à nos sommaires, en annexe à la séparation habituelle en deux genres, une troisième branche dite « insolite » – et ce mois-ci représentée par les trois textes qui suivent. "

On rappellera que Stephen Spriel est l'un des deux co-directeur de la collection "Le rayon fantastique" qui publie essentiellement des romans… de science-fiction.

On trouvera un sacré florilège pour les critiques de Ici, on désintègre ! dans ce numéro. Entre autres, La cité et les astres d'Arthur C. Clarke, que nous vous proposons en bonus en regard de la recension qu'en fait Demètre Ioakimidis.

Cliquez sur la couverture
pour obtenir
cet ouvrage au format epub.
Arthur C. Clarke : La cité et les astres. 

Voilà enfin offert au lecteur de langue française un des plus grands chefs-d’œuvre de la science-fiction contemporaine, un récit dont les qualités de couleur, de poésie et d’architecture méritent qu’on lui applique cet adjectif dont on abuse souvent : inoubliable.

L’histoire de ce livre (c’est-à-dire la façon dont il vit le jour, et non l’action qu’il raconte) a été résumée par son auteur en une préface qui n’a pas été incluse dans cette version française. Arthur Clarke commença à l’écrire en 1937, alors qu’il était âgé d’une vingtaine d’années, et en acheva la première version en 1948. Celle-ci s’intitulait « Against the fait of night », et fut refusée, paraît-il, par John W. Campbell jr., ce qui ne parle guère en faveur de la clairvoyance du rédacteur en chef d’« Astounding Science Fiction ». Le récit fut publié en 1948 dans un autre magazine, « Startling Stories », et les lecteurs l’accueillirent avec enthousiasme. Cependant, le passage des années rendit l’auteur mécontent de son œuvre, et Clarke récrivit son récit, en augmentant ses dimensions : il en résulta « The city and the stars » qui parut en volume, aux États-Unis et en Angleterre, en 1956. 

Un milliard d’années a passé. Après avoir conquis les astres, l’humanité a progressivement oublié sa grandeur ancienne. Dans la cité de Diaspar, dont les habitants poursuivent des recherches esthétiques gratuites lorsqu’ils ne se laissent pas simplement vivre, vit un jeune non-conformiste, Alvin, qui cherche à savoir ce qu’il y a hors des limites de cette cité parfaite (ce n’est sans doute pas par hasard que le nom de Diaspar est un anagramme de paradis, même sans le e final du vocable anglais). Alvin découvre ainsi successivement l’autre cité vivante de la terre, Lys, et sa civilisation pastorale. Il explore ensuite l’ancienne forteresse de Shalmirane où, selon la légende, l’humanité livra son ultime combat contre les mystérieux envahisseurs venus du dehors. Non content de ce qu’il apprend, il cherche de plus en plus loin, dans le passé et dans l’espace… 

C’est, très simplement, cette quête que raconte le livre, cette quête et ses conséquences pour les habitants de Lys et de Diaspar. Il s’agit donc d’un récit à la structure linéaire, ne possédant aucune des contre-intrigues qui font le sel de nombre de romans science-fiction. Arthur Clarke raconte son histoire en la menant de son commencement à sa fin, ne s’accordant qu’à peine le luxe d’un coup de théâtre – d’ailleurs tout relatif – ou d’un « suspense » passager.

Cependant, s’il renonce à ces ressorts familiers, l’auteur apporte d’autre part une fraîcheur nouvelle aux éléments grâce auxquels il bâtit son récit et son décor. Pour apprécier cette qualité, il est sans doute bon de dire d’abord ce que « La cité et les astres » n’est pas.

Une civilisation en apparence idéale – ici, celle de Diaspar – et un protagoniste qui en découvre peu à peu les faiblesses : on reconnaît là l’intrigue utilisée par Cyril Kornbluth et Frederik Pohl dans « The space merchants »6 et ultérieurement exploitée, par les mêmes auteurs, dans un roman moins heureux, « Gladiator-at-law ». Cette idée centrale fournit encore le fond d’un autre ouvrage, plus récent et franchement médiocre, « Preferred risk »7 . Dans tous ces romans, le protagoniste est au départ un membre de l’« élite » au pouvoir et il en découvre progressivement la perversion ; il se joint au « maquis » qui lutte contre elle et contribue donc à l’établissement de ce qu’on peut appeler un ordre meilleur. Quelles que soient leurs autres qualités, tous ces récits ont une faiblesse fondamentale : la conversion du héros n’est jamais convaincante, car sa cécité à l’égard des défauts de la pseudo-élite est invariablement exagérée. Or, Clarke a entièrement évité cet écueil.

Parfaite, la cité de Diaspar ? Ses habitants la croient telle, et Alvin lui-même pense comme eux au début de l’action. Cependant, cette perfection toute relative n’est point le prétexte d’une opposition facile avec la culture fort différente de Lys : Alvin n’abandonne pas l’idéal de la première pour celui de la seconde, l’auteur ayant eu l’habileté de pourvoir chacune des deux cités de caractéristiques favorables. Même après la découverte de Lys, qui lui révèle beaucoup de valeurs qu’il ignorait, Alvin conserve de l’attachement à l’égard de Diaspar. Tout au plus se dit-il peut-être que sa ville à lui porte des marques plus profondes de son âge – en dépit de l’éternelle jeunesse de ses habitants.

Arthur Clarke ne cherche point à dépeindre une nouvelle Utopie. Il évite d’ailleurs le côté immobiliste des constructions utopiques en présentant chaque cité comme parvenue à une sorte d’aboutissement, qui pourrait bien être la sagesse de l’expérience. Ceux qui ont dressé les plans de Diaspar, il y a fort longtemps, n’ont-ils pas été jusqu’à prévoir l’existence d’un Bouffon, destiné à apporter de l’imprévu dans l’existence bien ordonnée de la cité ? La faiblesse de Diaspar et de Lys ne réside aucunement dans la forme de bonheur qu’elles proposent à leurs habitants ; elle est dans l’oubli que leurs structures ont permis : l’oubli de la grandeur passée de l’humanité. Et c’est pour cela que les habitants de l’une et l’autre villes seront également décontenancés par les révélations qu’Alvin et son compagnon – Hilvar, natif de Lys – rapporteront de leur voyage.

L’action progresse selon un rythme lent, qui ne manque pas de grandeur : le lecteur sent que les personnages ont une longue vie devant eux et que, pour être pleinement réalisées, leurs découvertes doivent être faites de façon progressive. Ainsi, le refus presque complet des artifices habituels de construction (coups de théâtre, renversements de situations, etc.) contribue au caractère majestueux de l’ensemble.

De la même façon, les personnages ne sont pas vigoureusement différenciés. Il serait naïf de s’en étonner : dans l’état atteint par la science en ce lointain avenir, la réalisation systématique d’un type jugé parfait serait souhaitée par les responsables de Diaspar (mais non par ceux de Lys : et, précisément, les personnages qu’Alvin rencontre dans la seconde cité possèdent des individualités plus marquées). Un reproche en apparence plus grave viserait l’évocation un peu floue de la cité de Diaspar. Cependant, là aussi, l’effet est de toute évidence voulu : il présente au lecteur la ville comme à travers une brume, qui en estompe les arêtes et en confond les détails. Car là n’est pas le vrai sujet du roman.

Ce vrai sujet, c’est l’immensité du temps et de l’espace, devant lequel l’importance de l’humanité peut paraître médiocre. Mais cette humanité a eu sa grandeur, et il suffit qu’un seul de ses représentants en retrouve le souvenir pour que tout puisse changer. En dépit des apparences, « La cité et les astres » comporte un message optimiste, exprimé par le paragraphe ultime du livre :

« Sur cet univers, la nuit tombait ; les ombres s’allongeaient vers un orient qui ne connaîtrait pas d’autre aurore. Mais partout ailleurs, les étoiles étaient encore jeunes et la lumière du matin s’attardait ; et sur le chemin qu’il avait autrefois suivi, l’homme, un jour, irait de nouveau. » 

L’oubli de la grandeur humaine ne saurait être que momentané. En dépit des habitudes, si confortables soient-elles ; en dépit des illusions d’optique dues à l’éloignement dans le temps ou dans l’espace, l’homme a en lui la faculté d’aller de l’avant : ce qu’il a su faire une fois dans son passé, il sera à même de le refaire, et de le continuer. Tel est le message qu’Arthur Clarke a choisi de placer au centre de son livre. Et il ne l’a pas exprimé par la vigueur d’une épopée, mais bien par le charme d’un récit dont le caractère poétique est sans égal dans la science-fiction contemporaine. 

La poésie du style de Clarke est très différente de celle qui fit la réputation d’un Bradbury, mais elle n’est pas moins réelle. Les notations extérieures et les sensations intérieures sont alternées avec une rare délicatesse, de sorte que le caractère vivant de l’ensemble s’en trouve souligné. Paradoxalement, la poésie du « scientifique » Clarke se révèle plus humaine que celle du « littéraire » Bradbury : elle dit davantage en insistant moins sur l’intérêt de son message.

C’est pour toutes ces raisons que « La cité et les astres » est un livre inoubliable ; il est d’ailleurs mieux que cela : il unit les qualités les plus hautes de la vraie science-fiction – idées, narration, style – en un tout dont on chercherait vainement ailleurs l’équivalent.

Demètre Ioakimidis.

Le PReFeG vous propose également