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15 juillet, 2026

Galaxie (2eme série) n°024 – Avril 1966

Beaucoup de sociologie dans ce numéro, où l'on peut observer des hypothèses de sociétés futures dressées par des auteurs compétents : Brian Aldiss, James Blish, John Brunner (avec des publications françaises exclusives pour ces deux derniers auteurs) ; on poursuit également le feuilleton de Pohl et Williamson, et l'on pourra regretter la sortie de Alfred Coppel, mais saluer l'entrée de C. C. MacApp que l'on retrouvera régulièrement dans les numéros de Galaxie de cette époque charnière qu'est 1966-1974.

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Sommaire du Numéro 24 :


1 - Brian ALDISS, L'Autre jungle (Jungle substitute, 1964), pages 4 à 30, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par Jack GAUGHAN

2 - John BRUNNER, Capital jeunesse (Wasted on the Young, 1965), pages 31 à 43, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

3 - C. C. MacAPP, Un cimetière sur toute la Terre (And all the Earth a grave..., 1963), pages 44 à 51, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par Jack GAUGHAN

4 - James BLISH, Génies en vrac (The Genius Heap, 1956), pages 52 à 69, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par Jack GAUGHAN *

5 - Jack SHARKEY, Échec à la colonie (The Colony That Failed, 1964), pages 70 à 84, nouvelle, trad. Michel DEMUTH, illustré par Jack GAUGHAN *

6 - Robert BLOCH, In vino veritas (Sabbatical, 1959), pages 85 à 94, nouvelle, trad. Michel DEMUTH, illustré par Virgil FINLAY

7 - Alfred COPPEL, Les Collines de son enfance (The Hills of Home, 1956), pages 95 à 104, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE *

8 - Frederik POHL & Jack WILLIAMSON, L'Enfant des étoiles (2) (Starchild, 1965), pages 105 à 141, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par Gray MORROW

9 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 142 à 143, bibliographie

10 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 149 à 153, courrier

11 - (non mentionné) , Résultats du référendum sur le n° 22, pages 157 à 157, notes 


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.



(...) — « Les gens qui sont restés dans cette Cité sont incapables de pensée rationnelle. L’homme de raison l’a quittée depuis six siècles ! Il s’en est évadé quand il s’est aperçu qu’une machine pouvait penser à sa place. Il avait commis une grosse erreur, l’erreur de croire que ses machines étaient efficaces, de croire qu’il pouvait leur accorder plus de confiance qu’à lui-même. »
— « Et il ne le fallait pas ? »
— « Jamais, Robin ! La machine la plus complexe elle-même, le computeur, n’est rien de plus qu’une sorte d’outil spécialisé. Quand les hommes se sont modelés pour s’adapter à un monde placé sous le signe des computeurs, ils sont devenus de parfaits idiots, ils ont sombré dans cette espèce de barbarie urbaine, cet horrible mélange d’automation et de crânes ancestraux ! »

Comme dirait l'autre : "on ne pourra pas dire qu'on ne vous aura pas prévenus". Après Le monde vert, Brian Aldiss nous propose L'autre jungle, et y inverse les perspectives généralement induites de cités mécanisées sous la "Surface de la planète", comme disait Daniel Drode. La Cité future de Aldiss, si elle est là encore dominée par des machines qui asservissent les hommes, est une jungle verticale d'acier et de béton qui se projettent dans la verticalité. Mais si les humains sont ignorants et superstitieux dans cet environnement régressé, sujet aux pannes et aux carences d'entretien, il existe d'autres cités ou le rapport de pouvoir humains-robots semble plus équilibré. C'est sur ce point que la nouvelle montre une faiblesse, un manque de développement qui laisse à imaginer qu'il y aura une suite. Bref : la cible est un peu manquée.

Société future d'opulence et de loisirs… on en rêverait presque si John Brunner, avec un ton très personnel, ne nous rappelait pas que "si jeunesses savait et si vieillesse pouvait…", la société jouirait d'une plus grande intelligence pratique. Ici, c'est le Capital jeunesse qui demeure la richesse la plus précieuse. Mais jeunesse ne sait pas et se révèle toujours dispendieuse et indolente, et hypothèque son avenir et sa vieillesse.


C. C. MacAPP est un nouveau "baroudeur" à faire son entrée dans l'écurie de Galaxie, et sera d'ailleurs quasiment exclusivement publié en France dans cette revue (sur ses sept romans, un seul est à ajouter à la liste de ses publications francophones : Les mondes du mur, en Galaxie Bis - n°60, décembre 1978). Il va proposer un ensemble de près d'une dizaine de nouvelles que l'on pourrait intituler : "Le cycle de Gree". Au détour de la réédition, dans l'anthologie Histoires de sociétés futures, de la nouvelle ici présentée, Un cimetière sur toute la Terre, nous pouvons lire : 

MACAPP (C. C.). – Pseudonyme de Carroll M. Capp (1917-1971), qui écrivit de la science-fiction au cours des douze dernières années de sa vie. Les plus notables de ses récits se fondaient sur des variantes ingénieusement développées du thème de l’invasion de la Terre.

Ajoutons à cela que Carroll Mathers Capps (source Wikipedia) fut longtemps champion d'échec à San Francisco.

Pour ce numéro, en suivant un soupçon de logique, MacCapp imagine que la mode soit aux cercueils, en s'appliquant à y mourir. Un cimetière sur toute la Terre parodie avec bonheur les récits de Fin du monde, et dirige une plaisante attaque en règle contre la société de consommation (en réalité société de production comme le rappellera Jacques Goimard dans l'anthologie Histoires de sociétés futures déjà citée).

Encore une belle proposition sociétale : une retraite organisée pour la crème des artistes et des intellectuels… mais lorsque cette retraite est installée sur un satellite de Jupiter et que ses bénéficiaires y sont momentanément stérilisés, il y a fort à parier que d'autres intentions se cachent derrière ce mécénat apparent. Un peu bavard, Génies en vrac, de James Blish a toutefois l'avantage de questionner en creux la place des artistes dans la société (et d'être une publication exclusive de la revue).


Toujours dans la série des raretés, Echec à la colonie est une nouvelle aventure de Norcriss le xénozoologue qui projette son esprit dans les créatures extraterrestres. Jack Sharkey continue d'explorer les potentiels cas extrêmes ; ici - et sans en dévoiler davantage - on atteint un point culminant. Rapide et concis, l'ensemble se lit avec plaisir, comme toujours chez cet auteur méconnu de notre côté de l'Atlantique.


L'herbe est-elle toujours plus verte ailleurs, et à fortiori si cet ailleurs est une autre époque ? Robert Bloch (qu'on retrouvera régulièrement en cette année 1966) s'en prend un peu aux réflexes réactionnaires qui nous font toujours juger le temps qui passe comme une marche vers la décadence, en comparant dans In vino veritas l'aube des années 60 (à travers un producteur de divertissements télévisés) et la pleine époque des Années Folles d'avant la Crise de 29 (par l'intermédiaire d'un "vieux" voyageur du temps). Et de conclure qu'on n'est finalement jamais aussi bien loti qu'en son propre présent.


Alfred Coppel rend hommage au cycle martien d'Edgar Rice Burroughs dans cette histoire d'un premier astronaute envoyé vers Mars, et qui revit ses émois d'enfant imaginatif et fasciné par les aventures de John Carter. Mais la littérature prépare-t-elle à l'effroi cosmique, bien réel celui-ci ? Les collines de son enfance (la traduction du titre est un peu malheureuse) est la dernière nouvelle que publieront les revues Fiction et Galaxie de cet auteur talentueux et toujours fin dans ses observations psychologiques. Tout juste réédité sporadiquement ensuite dans les volumes de la Grande Anthologie de la science-fiction, Coppel aurait bien mérité son propre recueil.


Un personnage balloté de bout en bout - à l'exception momentanée d'un audacieux combat contre des bêtes cosmiques surpuissantes, mais d'une audace qui frise l'inconscience et qui n'exige aucune ruse qui saurait nous rendre admiratifs… Cette deuxième partie de L'enfant des étoiles renforce l'impression que nous avons à faire avec un anti-héros falot et insipide. Reste à espérer qu'il ne s'agisse pas en vain de cruauté gratuite de la part de Frederik Pohl et Jack Williamson.

28 décembre, 2022

Galaxie (1ère série) n°025 – Décembre 1955

Trois nouvelles déclinant le thème du passager clandestin dans ce numéro : Double apparence de Alfred Coppel, Le clandestin de Robert Sheckley, et le plus subtil Compagnon du long parcours, un Théodore Sturgeon inédit ! Notons aussi deux écrits de Frederik Pohl (dont un roman resté depuis inédit, écrit à quatre mains avec Lester Del Rey).

 

Un roman inédit de

Frederik Pohl et Lester Del Rey

est en bout de clic !

Sommaire du Numéro 25 :

1 - Edson McCANN, Assurances sur l'éternité (Preferred risk, 1955), pages 2 à 40, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par KOSSIN

2 - Robert SHECKLEY, Le Clandestin (Deadhead, 1955), pages 41 à 49, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Dick FRANCIS

3 - Lyon Sprague DE CAMP, Les Jardiniers imprudents (Property of Venus, 1955), pages 50 à 66, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Mel HUNTER

4 - William MORRISON, Le Survivant (Spoken For, 1955), pages 67 à 74, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Ed EMSH

5 - Alan COGAN, Morts sur commande (The Amateurs, 1955), pages 75 à 83, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par DIEHL

6 - Frederik POHL, Les Naufragés de la Galaxie (The Mapmakers, 1955), pages 84 à 104, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par ASHMAN

7 - James CAUSEY, Le Bouquet infernal (Competition, 1955), pages 105 à 111, nouvelle, trad. (non mentionné)

8 - Theodore STURGEON, Compagnon du long parcours (Who ?, 1955), pages 112 à 135, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par ASHMAN

9 - Alfred COPPEL, La Double apparence (Double Standard, 1952), pages 137 à 140, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par MacLELLAN

10 - COLLECTIF, Votre courrier, pages 141 à 143, courrier

 

« Galaxie science-fiction » devient « Galaxie anticipation ». Fait curieux, alors même que la dénomination Science-fiction – issue de l’idiome américain - est plutôt chère aux progressistes de la question, et que le terme d’anticipation est plutôt jugé galvaudé et ancien, même s’il continue de faire la préférence de certains (comme le critique I. B. Maslowski dans Fiction).

Le mois suivant, la revue Fiction,pour son numéro 26, abandonnera sa description un peu longuette du genre (des genres, plutôt), et fera désormais figurer sur ses couvertures : « La revue littéraire de l’étrange – fantastique et science-fiction ». Curieux jeu des plateaux d’une balance ? Rien n’est dit à ce sujet dans l’une ou l’autre de ces revues, mais peut-être faut-il voir une explication dans le « Grand Prix du Roman d’Anticipation » qu’aurait lancé la revue Galaxie (ou plutôt son avatar originel américain).

On se souvient l’année précédente d’un Grand prix Rosny-aîné du roman d’Anticipation, lancé par Jean Birgé pour promouvoir sa collection « Série 2000 » - éditions Métal. Le prix fut décerné à Charles Henneberg pour « La naissance des dieux », mais n’eût pas de suite. Mais voici ce qu’on peut lire dans le texte de présentation du roman publié en feuilleton dans ce numéro 25 de Galaxie :

Nous commençons ce mois-ci la publication d'une œuvre passionnante qui a obtenu le Grand Prix du Roman d’Anticipation (2.330.000 francs) et qui répond à cette question paradoxale : « Peut-on vivre sans danger dans un monde d’où tout risque est exclu ? »

La revue Galaxie aurait-elle voulu lancer son propre concours ? Il est permis d’en douter. Le roman, séparé en trois parties, « Assurances sur l’éternité », signé de l’énigmatique Edson McCann, s’avère être en réalité un roman écrit à quatre mains par Frederik Pohl, qui deviendra en 1959 directeur littéraire de la revue Galaxy, et Lester Del Rey. Si tous deux sont des auteurs confirmés, il y a tout de même fort à parier que ce Grand Prix du Roman d’Anticipation soit, à l’instar de celui initié et avorté par les Editions Métal, feu de paille…

Pour une mise en contexte plus internationale, voir notre note sur Lester Del Rey dans notre publication autour du numéro 18 de Galaxie.


Mais c’est donc sous le pseudonyme collectif d’Edson McCann que Frederick Pohl et Lester Del Rey signent Assurances sur l’éternité. Le style de Pohl - ses thèmes de prédilection surtout - est reconnaissable entre tous : les pouvoirs privés se substituent aux pouvoirs publics. Ici, toute l'organisation civile et mondiale est entretenue par une société d'assurances. Ce roman sera publié en trois parties, et restera malheureusement inédit par la suite.

Le clandestin, par Robert Sheckley, daté de 1955, n'est pas sans rappeler « Terminus...les étoiles » de Alfred Bester, paru en 1956. Toute l’armada de principes pour contrer les migrations est ici clairement développée.

Les jardiniers imprudents, par Lyon Sprague De Camp, narre les dangers de l'horticulture extraterrestre... avec, toujours, cette candide naïveté de faire coexister voyages spatiaux et société traditionnelle américaine (comme, par exemple, dans « L'animal » de Leigh Brackett, in Fiction 30.)

Le survivant, par William Morrison est un drame spatial.

Dans Morts sur commande, Alan Cogan, pose une des problématiques de l'euthanasie, et de son aspect volontaire.

Les naufragés de la Galaxie, second texte de Frederik Pohl dans ce numéro, est une nouvelle sans doute un peu longue pour un sujet qui nous apparait de nos jours assez conventionnel : le handicap qui devient un atout dans le voyage spatial.

Le bouquet infernal, par James Causey, nous présente une planète piège. Le style journal de bord traduit bien la progression du piège.

Une très belle nouvelle de Théodore Sturgeon, demeurée par la suite inédite : Compagnon du long parcours. La narration à la 2eme personne rend l'ensemble d'autant plus poignant.

La double apparence par Alfred Coppel est une courte nouvelle à clé, toujours sur le sujet du passager clandestin.

03 août, 2022

Fiction n°019 – Juin 1955

Quelques nouvelles sur le thème de la symbiose accompagnent un bouquet garni de très bonne qualité pour ce numéro de juin 1955.

 

On clique sur un point, c'est tout l'ensemble qui réagit !

Sommaire du Numéro 19 :  
 
NOUVELLES

1 - John COLLIER, Vertes pensées... (Green Thoughts, 1931), pages 3 à 17, nouvelle, trad. (non mentionné)

2 - Claude FARRERE, Les Deux masques de cire, pages 18 à 21, nouvelle

3 - Doris Pitkin BUCK, Un petit oracle de rien du tout (Two-bit oracle, 1954), pages 22 à 37, nouvelle, trad. (non mentionné)

4 - Catherine CLIFF, La Chaîne et le collier, pages 38 à 42, nouvelle

5 - Alfred COPPEL, Mars est à nous ! (Mars Is Ours, 1954), pages 43 à 54, nouvelle, trad. (non mentionné)

6 - Mildred CLINGERMAN, Voyage-surprise (Letters from Laura, 1954), pages 55 à 61, nouvelle, trad. (non mentionné)

7 - Elisabeth SANXAY HOLDING, La Grève des oiseaux (Shadow of wings, 1954), pages 62 à 85, nouvelle, trad. (non mentionné)

8 - David GRINNELL, Le Labyrinthe de Lysenko (The Lysenko Maze, 1953), pages 86 à 96, nouvelle, trad. (non mentionné)

9 - Jean-Claude DUMOULIN, Le Temps perdu, pages 97 à 105, nouvelle

10 - Arthur PORGES, Simon Flagg et le diable (The devil and Simon Flagg, 1954), pages 106 à 112, nouvelle, trad. (non mentionné)

 

CHRONIQUES


11 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 113 à 117, critique(s)

12 - F. HODA, Du simple dédoublement au loup-garou, pages 119 à 122, article

13 - Concours de préférences et Documentation bibliographique, pages 123 à 127, article

14 - (non mentionné), Table des récits parus dans « Fiction » - Premier semestre 1955, pages 128 à 128, index

 

Rapport du PreFeG (Juillet 2022)

  • Relecture
  • Corrections orthographiques et grammaticales
  • Ajout d'un sommaire (inexistant dans l'epub d'origine)
  • Ajout des pages de promotion Fiction et de publicité Denoël (repris du scan originel)
  • Ajout de la Table des récits telle qu'évoquée dans le sommaire sur NooSFere mais n'apparaissant pas dans le epub d'origine. 
  • Note (8b) ajoutée.
  • Ajout de contenu à la note (14) 
  • Vérification des casses et remise en forme des pages de titre
  • Mise en gras des titres in "Revue des livres"
  • Mise au propre et noms des fichiers html
  • Vérification et mise à jour des liens internes
  • Mise à jour de la Table des matières
  • Mise à jour des métadonnées (auteurs, résumé, date d'édition, série, collection, étiquettes)

Sur ce thème de la symbiose, "Vertes pensées" (Green thoughts) par JOHN COLLIER, nous décrit une symbiose forcée dans une sinistre histoire fantastico-policière, par un maître du genre (malheureusement peu traduit en France). "Les deux masques de cire" par CLAUDE FARRÈRE développe en un conte fantastique une manière de symbiose forcée post-mortem d'individus avec leurs masques mortuaires. Glacial et morbide !

Mais sur ce thème, notons une mention toute spéciale pour "La grève des oiseaux" (Shadow of wings) par ELISABETH SANXAY HOLDING (1954). Il s'agit d'une très belle nouvelle et très en avance sur le constat des dégâts faits à l'environnement. On y parle déjà d'écologie, sous son acceptation orthographique première d'oecologie, qui, bien qu'en étant une science neuve, pointait ce qu'on pouvait déjà observer en 1955. En témoigne ce qu'on peut en lire dans l'introduction à la nouvelle :

L'oecologie " étudie l’interconnexion des diverses formes de la Vie. Elle montre de quelle façon les espèces vivantes s’imbriquent entre elles pour former ce que le savant américain John H. Storer a appelé « la toile d’araignée de la vie » (The web of life). Toute perturbation touchant un des fils de cette immense toile rejaillit sur tout le reste. L’expérience de l’insecticide DDT vient de le montrer de façon inquiétante : si le DDT a détruit certains insectes nuisibles, il a par ailleurs gravement influé sur le rythme vital d’autres espèces végétales et animales."

Ainsi, nul don surnaturel que d'entrevoir les conséquences à venir de nos actes présents, car la pythie vient en pensant.

Une petite diatribe contre les technocrates extraite de cette nouvelle peut nous ammener à réfléchir plus en avant :

« C’est bien cela, » se dit Stan, interrompant sa lecture, « c’est ça notre erreur aujourd’hui. Nous avons tous l’idée qu’il y a de toutes parts et pour tous les sujets des experts capables d’arranger n’importe quoi et le reste ! Érosion du sol ? Rivière détournée de son cours ? Sécheresse ? Inondation ? Destruction de forêts ? Ressources naturelles abîmées ou gâchées ? Peu importe ! Les savants sont là, qui fabriqueront des aliments, qui dompteront le sol, maîtriseront l’eau. Épidémies ? Mais qu’elles viennent donc ! Polio, grippe, rhume des foins, n’importe quelle peste ! Les savants en viendront à bout. Ils viendront aussi à bout du crime, de la folie, des crimes sexuels, des querelles de famille. Pourquoi pas ? Nous sommes dressés à « chercher l’expert » quelle que soit la difficulté.

» N’essayez pas de rien faire par vous-même. Ne vous mêlez pas d’arranger votre propre poste de télévision : vous allez l’abîmer. Et n’essayez donc pas de chercher quelle forme d’éducation conviendra le mieux à l’un ou à l’autre de vos propres enfants ! Vous allez gâcher leurs vies. Appelez le psychiatre. »

Pour ce qui est des cassandres et des oracles, "Un petit oracle de rien du tout" (Two-bit oracle) par DORIS P. BUCK (1954) démystifie avec bonheur les vertus surnaturelles de la pythie.

Dans "La chaîne et le collier" par CATHERINE CLIFF (1955), nous voilà observant les mécanismes d'une régression hiérarchique douce pour l'humanité. Une très habile nouvelle de Catherine Cliff, pseudonyme de l'épouse de Jacques Sternberg.

"Mars est à nous !" (Mars is ours) par ALFRED COPPEL (1954), talentueux, acide… ou : quand l'homme exporte la guerre sur d'autres mondes...

Rafraîchissons-nous avec "Voyage-surprise" (Letters from Laura) par MILDRED CLINGERMAN (1954) : une amusante nouvelle sur la jeunesse qui s'affranchit - paradoxalement en voyageant dans le passé.

Trois nouvelles enfin pour y perdre son latin. Tout d'abord "Le labyrinthe de Lysenko" (The Lysenko maze - 1954) par DAVID GRINNELL (pseudonyme de Donald A. WOLLHEIM) , sur ce qui échappe à l'esprit exact des sciences : la capacité du vivant à inventer et quitter les carcans de l'expérimentation."Le temps perdu" par JEAN-CLAUDE DUMOULIN (1955) ensuite, une belle allégorie fantastique, qui aurait pu inspirer Fred, l'auteur de Philémon. (notre illustration). Enfin, non sans un humour intelligent, "Simon Flagg et le diable" (The devil and Simon Flagg) par ARTHUR PORGES (1954)rend un bel hommage au mathématicien de génie qu'était Fermat ; le Diable lui-même en mange son chapeau.


Ne résistons pas à la lecture de cet extrait des "Glanes interstellaires" prposés en ouverture de la revue, ici toujours dans l'optique de recenser les textes qui tentaient de définir ce genre qu'on devait bien admettre comme tel, la science-fiction.

À travers la presse.

Sous le titre « Scènes de la vie galactique », la revue « L’esprit des Lettres » a publié, au début de l’année, dans son numéro 1, une intelligente étude des thèmes de « science-fiction » par P. Jouguel. L’auteur n’est pas de ceux qui feignent de voir dans la S.-F. américaine de la propagande quand ce n’est pas de l’infantilisme. Nous reproduisons quelques-unes de ses vues à ce propos.

La science présente et future, par son développement même, ne permet plus ni la recherche ni l’application individuelles. Chacun de ses progrès devient une affaire d’État. Dès lors une littérature para-scientifique devient, qu’elle le veuille ou non, une littérature qui met en cause les structures sociales. Le mérite, le mordant, l’originalité de la S.-F. tiennent à ce mouvement de libre examen qu’elle poursuit sans toujours le savoir, mais auquel elle revient toujours. Nous croyons qu’à l’examiner hors de cette perspective elle demeure incompréhensible.

La science-fiction possède les vertus d’un test de projection à dimensions collectives. Rien de tel que le récit d’anticipation pour insinuer ou révéler un malaise, et la puissance expressive de l’utopie n’est plus à décrire. Pourtant, dans ses meilleures nouvelles, la S.-F. dépasse le niveau de l'infra-littéraire par une sorte de lucidité agressive. Elle joue les Cassandres autant que les sirènes et rudoie volontiers ses lecteurs. Souvent on a le sentiment qu’une intention court entre les lignes, que l’auteur nage à contre-courant. Il ne cherche pas tant à terroriser par des évocations d’apocalypse, ce qui serait encore flatter l’amateur de Grand-Guignol, mais jette une lumière incongrue sur les tabous et les préjugés.

De même, à propos du thème de la guerre, cette opinion impartiale :

Quand d’aventure la S.-F. s’interroge sur les causes du désastre, elle ne l’attribue pas à la méchanceté des gens d’en face, mais à une bêtise, un fanatisme et une volonté de puissance qu’elle répartit équitablement entre les deux camps. En somme, elle manque absolument de l’esprit de croisade.

Nos lecteurs trouveront, dans le présent numéro, une nouvelle bien faite pour corroborer ce point de vue « Mars est à nous ! ».

11 mai, 2022

Fiction n°012 – Novembre 1954

1er Novembre 1954 : en Algérie française, des attentats marquent le début de la déclaration de guerre de mouvements indépendantistes au gouvernement français. Pendant ce temps, dans la métropole...

Petite obsession pour la conquête spatiale dans ce numéro 12 de Fiction, avec deux nouvelles mettant en perspectives les préparatifs pour de telles missions : préparer le missionnaire (« Le rêveur », par Alfred Coppel), et préparer l’opinion publique (« Le feu aux poudres », par James Blish qui voit là sa première nouvelle publiée en France, et qu'on retrouvera souvent entre les pages de Fiction). Pour le reste, une propension plus fantastique que science-fiction domine largement (on pourra goûter sans retenue « Le péril » de Thomas Owen qui entre lui aussi dans la revue). Pour leur grande majorité, ces nouvelles n’ont jamais été rééditées depuis … on appréciera d’autant plus le travail de numérisation d’origine (merci à eux).

Une rencontre entre la souris et les rats,

et l’epub s’offre à vous !


Sommaire du Numéro 12 :

NOUVELLES

1 - Thomas OWEN, Le Péril, pages 3 à 21, nouvelle

2 - Evelyn E. SMITH, Gerda (Gerda, 1954) , pages 22 à 26, nouvelle, trad. (non mentionné)

3 - James BLISH, Le Feu aux poudres (First Strike, 1953) , pages 27 à 42, nouvelle, trad. (non mentionné) *

4 - Arthur PORGES, Les Rats (The rats, 1951) , pages 43 à 51, nouvelle, trad. (non mentionné) *

5 - Peter PHILLIPS, L'Avertissement (The Warning, 1953) , pages 52 à 58, nouvelle, trad. (non mentionné) *

6 - Cyril M. KORNBLUTH, Une fermière endiablée (I Never Ast No Favors, 1954) , pages 59 à 71, nouvelle, trad. (non mentionné) *

7 - Mack REYNOLDS, Compagnon immortel (And Thou Beside Me, 1954) , pages 72 à 78, nouvelle, trad. (non mentionné) *

8 - Lucie DERAIN, L'Inconnue du quai de Béthune, pages 79 à 87, nouvelle

9 - Sam MERWIN Jr., L'Agnelle (Lambikin, 1952) , pages 88 à 107, nouvelle, trad. (non mentionné) *

10 - Alfred COPPEL, Un rêveur (The Dreamer, 1952) , pages 108 à 112, nouvelle, trad. (non mentionné) *

CHRONIQUES

11 - Jacques BERGIER & Igor B. MASLOWSKI, Ici, on désintègre !, pages 113 à 116, critique(s)

12 - F. HODA, Fourmis en technicolor, pages 117 à 119, article

13 - (non mentionné), Charles Henneberg, lauréat du Grand Prix du Roman d'Anticipation Scientifique, pages 120 à 120, article

14 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 123 à 123, courrier

 

* Nouvelle restée sans publication postérieure à ce numéro

 

Rapport du PReFeG :

  • Relecture, vérification orthographique et grammaticale
  • Ajout d'un sommaire (inexistant dans l'epub d'origine, mais existant dans la revue papier).
  • Ajout des publicités pp.120 et 121 absentes dans l'epub d'origine (concernant le Prix Rosny-Aîné et un ouvrage de Jean-Jacques Bridenne)
  • Mise au propre et noms des fichiers html
  • Vérification et mise à jour des liens internes
  • Vérification des casses et remise en forme des pages de titre
  • Mise en gras les titres in Revue des Livres
  • Mise à jour de la Table des matières
  • Mise à jour des métadonnées (auteurs, résumé, date d'édition, série, collection, étiquettes

 

15 décembre, 2021

Fiction n°001 - Octobre 1953

Chers usagers du PReFeG, bonjour !

Pour ouvrir le bal nous vous proposons le tout premier numéro de "Fiction", paru le 15 Octobre 1953.

 Sommaire du Numéro 1 :


NOUVELLES


La guerre contre la lune (par André Maurois, de l'Académie française.)

Servez-m'en un doigt… (par Anthony Boucher)

La mouche (par Arthur Porges)

Le saint et l'opale maudite (par Leslie Charteris)

L'androïde inspiré (par Oliver La Farge)

La dernière séance (par Agatha Christie)

La main (par Guy de Maupassant)

La saison du serpent de mer (par Cyril Kornbluth)

Grosse bête (par Cleve Cartmill)

La mère (par Alfred Coppel)

 

CHRONIQUES


Revue des Livres : Ici, on désintègre ! (par J. Bergier et Igor B. Maslowski)

Revue des Films : L'Écran à quatre dimensions (par F. Hoveyda)

Présentation et commentaires de Jacques Bergier et M. Renault


Rapport du PReFeG :

  • Relecture, corrections orthographiques et grammaticales
  • Vérification et mise à jour des liens internes
  • Mise au propre et noms des fichiers html
  • Mise à jour de la Table des matières
  • Mise à jour des métadonnées (auteurs, résumé, série, date d'édition)


Le PReFeG vous propose également