Affichage des articles dont le libellé est Theodore L. Thomas. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Theodore L. Thomas. Afficher tous les articles

22 juillet, 2026

Galaxie (2eme série) n°025 – Mai 1966

Immortalité, glissades dans le temps, résurrections et affranchissements plus ou moins accomplis envers la machine, voilà la substance qui circule dans les veines de ce numéro du printemps 1966, dont une bonne partie des nouvelles resteront des publications exclusives.

Un glaçon ou deux dans votre scotch, Captain ?

Comme pour toutes nos publications, un clic droit sur la couverture

vous invitera à télécharger le livre au format epub.
("Enregistrer la cible du lien sous...")
Un simple clic suffit sur les liseuses.

Sommaire du Numéro 25 :


1 - Robert F. YOUNG, Mars dans un verre de vin (A Glass of Mars, 1965), pages 4 à 34, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE, illustré par Gray MORROW *

2 - Fritz LEIBER, La Grande machine (The Big Engine, 1962), pages 35 à 39, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH *

3 - Theodore L. THOMAS, Le Solitaire (The Lonely Man, 1963), pages 40 à 59, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par JACKSON *

4 - C. C. MacAPP, Bienvenue sur Ganymède (A Guest of Ganymede, 1963), pages 60 à 85, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE, illustré par John GIUNTA *

5 - Cordwainer SMITH, Le Jour de la pluie humaine (When the People Fell, 1959), pages 86 à 97, nouvelle, trad. Michel DEMUTH

6 - Frederik POHL & Jack WILLIAMSON, L'Enfant des étoiles (3) (Starchild, 1965), pages 98 à 147, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par Gray MORROW

7 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 148 à 149, bibliographie

8 - (non mentionné) , Résultats du référendum sur le n° 23, pages 155 à 155, notes (page manquante dans l'epub proposé ici).

9 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 157 à 160, courrier (pages manquantes dans l'epub proposé ici).


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.



Mars dans un verre de vin nous propose une histoire de glissoire temporelle sur Mars, qui rappellera par son ton les sujets classiques du genre de ceux des épisodes de Twillight Zone. Mais ce qui aurait été simplement charmant est transcendé par la finesse de Robert F. Young, qui nous prévient au passage de nous méfier de l'idéalisme qui se superpose à l'attrait pour l'exotisme d'une situation, d'une autre époque, ou d'une civilisation martienne disparue.

Premier bonus numéro 1 !

Dans La grande machine, Fritz Leiber partage le sentiment d'absurde et de vacuité qui habite le narrateur de ce petit récit ; déploiement d'un point de vue : celui de percevoir le monde et les êtres qui le meuvent comme des mécaniques sans aucun libre-arbitre. On aurait peut-être aimé y trouver quelques contre-exemples et ne pas trouver ce discours aussi désespérant.
Il est à noter que cette nouvelle n'est pas à confondre avec le roman éponyme de Leiber paru chez Casterman en 1978 : "La grande machine" (dont le titre original est "You're all alone", et date de 1950). Nous vous proposons ce roman en Bonus ci-contre, au format epub comme à l'accoutumée, dont vous pouvez vous procurer une copie en cliquant sur la couverture. Pour plus d'informations sur l'ouvrage, vous pouvez consulter le site de Bruno Para hébergé sur NooSFere ici.


Après l'horreur de voir le Monde comme une mécanique sans pensée, les vertus de la pensée mécaniste ! Le solitaire est un chercheur, expert en chimie, qui a découvert un procédé pour rallonger considérablement la vie humaine. Mais ce procédé ne peut se faire que sur une planète colonisée dont l'atmosphère est riche en ozone. On retrouve l'idée déjà développée dans Les Seigneurs de l'Instrumentalité, et qui sera également à la base du célèbre cycle de Dune, d'une planète produisant une substance sur laquelle repose tout l'équilibre du pouvoir. Mais ici, Theodore Thomas va plus loin : qu'advient-il de cette colonie, et de la population engagée presque exclusivement à la production de la substance devenue essentielle, quand son procédé de fabrication devient synthétisable sur Terre… ? Le solitaire en question, ce brillant chimiste mélancolique, un peu à côté de la plaque tant son esprit est monopolisé par ses recherches, cet homme devenu un temps la clé de voûte de toute une civilisation galactique, pour ensuite perdre son exclusif prestige, ne risque-t-il pas de se désaffecter totalement ? Bien documentée, la nouvelle demeure toutefois légère et optimiste, surtout du fait de l'entourage vaillant, volontaire et sympathique de ce pauvre chercheur un peu lunaire.


Il est encore question de la quête d'un moyen de devenir immortel dans Bienvenue sur Ganymède. Il s'agit ici d'un virus, inoculé par des Ganymédiens à des fins thérapeutiques (cela soigne à peu près tout) et moyennant finances. Mais le malade ainsi soigné en est "nettoyé" une fois guéri, avant son retour. C'est pour déjouer ces précautions que l'aventurier Murdoch a échafaudé un plan pour voler un échantillon du virus et devenir ainsi le détenteur dans son sang d'une immortalité tant convoitée. Une bonne nouvelle de C. C. MacApp, avec un certain souci du détail qui rappelle les histoires d'arnaques parfaites, où l'on pressent comme toujours que tout ne se passera pas comme prévu.


Un nouveau chapitre du cycle de l'Instrumentalité (on notera d'ailleurs l'adoption définitive du terme dans cette traduction de Demuth), où il est question de la colonisation éclair de Vénus par le Gouvernement chinois, en misant sur l'écrasante supériorité en nombre du "matériel humain" - et l'astuce utilisée par Corwainer Smith d'user de la longévité du narrateur lie subtilement Le jour de la pluie humaine au reste du cycle de cette fascinante histoire de l'avenir de l'espèce humaine.


Bonus Second one !

Boysie Gann le falot reprend un peu de poil de la bête et tente de retrouver son libre-arbitre… Tente seulement. Car les éléments jugés "fantastiques" du début du roman, s'ils trouvent presque tous une justification, n'ont pas vraiment d'explications, et la liberté dont on aimerait les voir jouir, notre héros et toute l'espèce humaine, devient un affranchissement douteux et un ballottement d'une influence à l'autre. Inutile de préciser que les auteurs promettent un festival de supers pouvoirs à la van Vogt… pour un troisième volume - ce troisième opus, L'étoile sauvage, ne sera toutefois jamais repris dans Galaxie.
Comme c'est l'été et que vous êtes sensés avoir plus de temps pour lire, nous vous le proposons en second bonus ! Petits veinards !



Hé bé, vous n'avez pas perdu votre quart d'heure de visite chez nous, dirait-on !
Une petite annonce à présent de la part de notre correcteur venu du Centaure :
Si quelqu'un parmi vous possédait ce n° 25 en papier, et avait en retour la possibilité de nous photographier les pages 148 à 160 de ce numéro, nous ne manquerons pas de vous en remercier chaleureusement et d'augmenter à notre tour cet epub des résultats du referendum sur le n°23, et du Courrier des lecteurs. Faites-vous connaître via les commentaires si c'est le cas !

Pour terminer : grosse affluence chez nous ce mois-ci ; nous venons de dépasser les 140 000 vues ! Merci de votre intérêt (chaleureuses salutations à nos lecteurs vietnamiens et brésiliens) !

14 mai, 2025

Fiction n°111 – Février 1963

Fiction donne la part belle à cet "insolite" complémentaire aux genres fantastique et science-fiction dans ce numéro 111. On pourra particulièrement y apprécier la novella de Cyril Kornbluth, "Le moindre des fléaux", que les éditions Denoël ne republieront que 20 ans plus tard dans la collection éphémère "Etoile double" et désormais un peu difficile à trouver. Simak emporte la part du lion, dans un cortège d'histoires plus déroutantes les unes que les autres.

Dagon se métamorphose !

Comme pour toutes nos publications, un clic droit sur la couverture

vous invitera à télécharger le livre au format epub.

Sommaire du Numéro 111 :


1 - (non mentionné), Nouvelles des auteurs de ce numéro, pages 2 à 3, bibliographie


NOUVELLES

2 - Cyril M.KORNBLUTH, Le Moindre des fléaux (Two Dooms, 1958), pages 7 à 55, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH

3 - Theodore L. THOMAS, L'Examen (Test, 1962), pages 56 à 59, nouvelle, trad. Elisabeth GILLE

4 - Clifford D. SIMAK, La Vermine de l'espace (The Golden Bugs, 1960), pages 60 à 94, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH

5 - Pierre VERSINS, Les Habitants des autres planètes, pages 95 à 97, nouvelle *

6 - Avram DAVIDSON, Dagon (Dagon, 1959), pages 98 à 107, nouvelle, trad. René LATHIÈRE

7 - Jacques GOIMARD, L'Homme sans chronomètre, pages 108 à 115, nouvelle *

8 - Richard M. McKENNA, La Mort et le petit singe (Casey Agonistes, 1958), pages 116 à 126, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE *

9 - Roland TOPOR, Un grand homme, pages 127 à 130, nouvelle

10 - Victor HUGO, Inferi, pages 131 à 135, poésie

11 - Pat MALLET & Michel PELTIER, La Vie privée du vampire (suite et fin), pages 136 à 139, bande dessinée

CHRONIQUES

12 - Jacques GOIMARD, Le Temps des coquins, pages 140 à 143, critique(s)

13 - Fereydoun HOVEYDA, « Ils » sont parmi nous, pages 145 à 145, article

14 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 147 à 163, critique(s)

15 - Jacques GOIMARD, Place aux barbus ! / Les hallucinés de l'autocar, pages 165 à 171, article

16 - (non mentionné), En bref, pages 172 à 173, article

17 - COLLECTIF, Tribune libre, pages 174 à 176, article


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Note éditoriale du n°111 :
Depuis la mort de C. M. Kornbluth, la science-fiction américaine a perdu l'un de ses auteurs à l'esprit le plus aigu et le plus lucide. Le long récit que nous publions de lui : « Le moindre des fléaux », est un des plus brillants qu'il ait jamais composés.
Autre novelette dans ce numéro : « La vermine de l'espace », où le toujours habile Clifford Simak sait exploiter à fond le thème d'une curieuse visite d'extra-terrestres sur notre planète. 
Dans « L'examen », Theodore Thomas nous donne une étrange (et inquiétante) vision d'avenir, et Pierre Versins, dans « Les habitants des autres planètes », se livre à une fantaisie en multipliant par quatre l'histoire des risques qui attendent le futur explorateur des autres mondes. 
 Avram Davidson, auteur dont vous reverrez souvent la signature, nous offre ensuite une nouvelle surnaturelle subtilement exposée : « Dagon ». 
Les influences respectives de Kafka et de Borges transparaissent dans deux textes insolites français : « Un grand homme », de Roland Topor, et « L'homme sans chronomètre », première nouvelle de notre collaborateur Jacques Goimard (lequel s'est aussi souvenu de « L'année dernière à Marienbad »). 
Cependant que l'auteur américain Richard McKenna évoque la vie de ces morts en sursis, les incurables d'un hôpital, dans un récit bizarre : « La mort et le petit singe » (où la mort intervient à la fois comme réalité psychologique et comme entité personnifiée). 
Pour terminer, un Rayon des Classiques inattendu : un poème mal connu de Victor Hugo (nous nous expliquons, en le préfaçant, sur les raisons de ce choix).
Et en fin de numéro, outre nos rubriques habituelles, une chronique littéraire qui est ce mois-ci, exceptionnellement, une chronique des bandes dessinées.

Comme l'indique le titre, la bombe atomique fut Le moindre des fléaux face à l'obscurantisme nazi. Cyril M. Kornbluth nous fait voyager dans un futur immédiat où les forces de l'Axe auraient vaincus les Alliés, et exprime - peut-être un peu naïvement - le bond en arrière que le fascisme aurait fait faire à la civilisation. L'autrice Jacqueline Osterrath y réagira fortement dans le Fiction n°113.

L'examen est une courte nouvelle fort bien ficelée, avec son lot de rebondissements et ses surprises. On en sort comme "matrixé", comme on dit de nos jours, par le peu connu Theodore L. Thomas, collaborateur occasionnel d'Algis Budrys ou Theodore Cogswell.

Quel dommage que le titre français La vermine de l'espace en dévoile une peu trop, quand une traduction littérale du titre originel ("The golden bugs" est une mise au pluriel du titre d'une célèbre nouvelle d'Edgar Poe) aurait pu donner "Les scarabées d'or", voire "La vermine dorée". Quoiqu'il en soit, Clifford D. Simak prend son temps pour faire monter ses péripéties en mayonnaise, peut-être un peu trop parfois, mais on ne lui en tiendra pas rigueur, tant cela rend les personnages attachants, même s'ils sont un peu stéréotypés.

De la probable impossibilité de parvenir à communiquer avec des entités extraterrestres… Pierre Versins décline avec Les habitants des autres planètes la même situation autour de ce thème en quelques courtes prises de contact. Amusant.

Avram Davidson intrigue avec Dagon, une énigme faite de sensations : un Marine lors de l'occupation chinoise en 1945 tente de percer des mystères orientaux et devenir l'égal d'un Dieu.

Du style, un propos intriguant, une imagerie poétique… Manque peut-être à Jacques Goimard et à L'homme sans chronomètre un véritable sujet, car celui-ci, pour sembler borgésien, manque peut-être un peu de chaleur pour nous emporter tout à fait.

La mort du petit singe laisse perplexe. Sans doute sommes-nous passés à côté de cette histoire de gens (?) hospitalisés pour apprendre à mourir. Les péripéties sont peu claires, les personnages loin d'être mourants, bref, on finit par ne plus comprendre de quoi il est question dans cette histoire de Richard M. McKenna.

Roland Topor imagine comment la caste au pouvoir dresse ses agents, fabrique Un grand hommedans un conditionnement infantilisant et cruel, et comme en vase clos. Très proche du style de Sternberg, on appréciera l'aspect moins psychologique que politique de son narrateur naïf et faussement victime.

Ce numéro termine sa partie littéraire par une très belle poésie inattendue de Victor Hugo, Inferi, décrivant des cortèges de planètes-bagnes. La rédaction va même jusqu'à faire de Hugo et de ce texte l'inventeur de la science-fiction !

Côté rubriques, une première Chronique des bandes dessinées, après le succès du Club mené par Francis Lacassin. C'est le toujours très prolixe Jacques Goimard qui s'y colle avec une belle critique de la bande-dessinée de Jean-Claude Forest, Barbarella.

Mais c'est surtout "La réponse de la bergère", comme on pourrait appeler la petite polémique lancée dans son numéro 108 par la rédaction de Fiction (par Alain Dorémieux ?), au sujet d'une pique assez gratuite lancée au passage par Marcel Battin, dans son fanzine, sur Nathalie Henneberg. Après les prises de position défensive, voici l'inévitable contre-attaque, le troisième round de ses échanges parfois âpres, parfois plutôt humoristiques, disséminés entre les rubrique "En bref" et "Tribune libre", avec un courrier de Michel Ehrwein himself !

Les épisodes précédents peuvent être lus dans notre article sur le n°110 de Fiction.

En bref

Le match Battin-Henneberg.

À la suite des protestations de lecteurs concernant son attaque de Nathalie Henneberg (voir notre Tribune Libre du mois dernier), Marcel Battin contre-attaque dans le numéro 6 de « Karellen-Orion » : « J'ai entrepris, avec toute l'objectivité dont je suis capable, la lecture de « Des ailes dans la nuit…» de Nathalie Charles-Henneberg. Mille regrets, mais je n'ai pas pu poursuivre au-delà de la cinquième page. Je ne puis donc revenir sur ce que j'ai écrit. »

Tribune libre

Lecteur assidu (mais souvent déçu) de votre revue depuis son premier numéro, je n'ai pris jusqu'à présent part à aucun de vos référendums ni à aucune controverse, un peu par paresse, un peu dans la conviction qu'une voix ajoutée ou retranchée à la majorité n'aurait pas grande importance.

Mais aujourd'hui, vraiment, l'occasion est trop belle :

Vous demandez à vos lecteurs ce qu'ils pensent de l'opinion de Marcel Battin dans « Karellen-Orion » sur Nathalie Charles-Henneberg.

Permettez-moi de vous dire que hautement, flegmatiquement et impavidement, j'approuve totalement Marcel Battin la bergère est plus qu'horripilante, elle est assommante, et son nom à rallonge ne cache que nullité et prétention. Elle gâche votre revue depuis trop longtemps et bien trop souvent. Délivrez-nous de ses élucubrations. Donnez-vous enfin de la « vraie » science-fiction ou du « vrai » fantastique, et non plus de ces contes à dormir debout pour poupons attardés. Abreuvez-nous de Jean Ray, Carsac, Matheson, Lovecraft, Heinlein, Brown, etc. Il ne manque pas de bons auteurs.

(M. Yves Cariou, Nice)

Malgré votre protestation, je dis « bravo » à M. Marcel Battin ! Mme Henneberg est effectivement horripilante… Un symbolisme obscur, un manque complet d'imagination, des aventures cycliques, n'ayant de rapport ni avec la science-fiction, ni avec le fantastique. Alors, de grâce, préservez-nous de Mme Henneberg qui est peut-être charmante dans la vie mais qui nous ennuie dans « Fiction ».

D'une manière générale, d'ailleurs, évitez les auteurs autres que les Anglo-Saxons, car, qu'ils soient Français, Allemands, Italiens, Russes ou Américains-Latins, leurs nouvelles sont mauvaises à 95 %. Et, personnellement, je préfère encore Theodore Sturgeon avec « Une fille qui en a », bien que la nouvelle soit un peu… écœurante – mais c'est quand même autre chose !

(Monsieur G. Romain, Cachan). 

La Tribune Libre du numéro de janvier est pleine d'intérêt.

Tout d'abord, j'ai été agréablement surpris de constater qu'apparemment aucun lecteur n'a pris au tragique la hardiesse du sujet de la nouvelle de Sturgeon, au point de crier au scandale et d'en méconnaître la très grande qualité. En passant, je regrette (mais personne n'y peut rien) que la langue française n'ait pu permettre une traduction littérale du titre anglais, qui serre de beaucoup plus près le sujet, s'il n'est pas aussi évocateur pour qui n'a pas encore lu l'histoire… Une fois de plus, Sturgeon nous a montré (m'a montré : je prends ici le risque d'émettre une opinion personnelle qui ne sera certainement pas partagée par tout le monde, oh ! non) qu'il est infiniment plus à son aise dans la nouvelle que dans le roman, où il (me) paraît toujours s'empêtrer un peu dans ses propres ficelles.

Puisque nous parlons d'opinions personnelles, un qui ne semble pas avoir eu de chance avec la dernière qu'il a émise, c'est Battin, en jugeant et condamnant Nathalie Henneberg. Quelle volée de bois vert il a reçue ! Entre nous, vous en avez fait un peu une cible à la vindicte publique, en reprenant dans vos pages une déclaration qui ne s'adressait qu'au petit cercle des lecteurs de « Karellen-Orion », lesquels en ont lu bien d'autres et apprécient justement chez Battin, même s'ils ne sont pas d'accord avec lui, sa franchise. Nul doute que s'il eût songé écrire pour « Fiction », il eût quelque peu développé son thème… « Grossièreté » (deux fois). « prétention », « envie » (deux fois), on lui en découvre des défauts, au confrère, en outre qualifié de « prophétaillon de bas augure » et de « masochiste systématique », et j'en passe…

Mademoiselle (ou Madame) Cassar, Marcel Battin n'a jamais eu l'intention de forcer qui que ce soit à « cesser de lire cet auteur » : il a simplement écrit qu'il ne l'aimait pas, et c'est bien son droit. D'autres pensent autrement, et c'est tant mieux pour Monsieur Boulestin, dont la lettre d'ailleurs est extrêmement intéressante, car elle peut être considérée comme un « test » pratiqué sur une portion du public, concernant l'audience de Nathalie Henneberg : devant les réactions qu'il cite dans sa lettre, on ne peut que les féliciter et les envier d'avoir, elle des lecteurs et lui des clients, aussi fidèles et aussi enthousiastes.

Mademoiselle (Madame ?) Bazin, je vais vous décevoir, mais, moi, ce sont des œuvres de Battin que j'ai gardé le souvenir le plus vif, en général, plus que de celles de Sternberg, à qui je trouve d'autres qualités. Quant à Barjavel, il est à placer bien au-dessus de ces deux-là, Jacques Van Herp vous a expliqué pourquoi bien mieux que je ne saurais le faire. Je ne veux pas discuter ici des qualités réelles et des défauts certains qu'offre, comme chacun de nous, Nathalie Henneberg ; simplement, attirer l'attention de Mlle Bazin sur la lettre de M. Huré. Que constate celui-ci, à propos du numéro où a paru « Des ailes, dans la nuit » ? Un excès d'« effroyable », et un manque de « sympathie », d'« émerveillement », de « fraîcheur », de « puissance poétique », de « raison dans la féerie »… un manque de ces qualités que vous pensez discerner chez l'auteur dont vous prenez la défense, précisément. Alors, pensez-vous toujours qu'il faut brûler Battin pour ses écarts de langage ? (...)

Michel Ehrwein

Le PReFeG vous propose également