Affichage des articles dont le libellé est J. Osterrath. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est J. Osterrath. Afficher tous les articles

29 juillet, 2026

Fiction n°146 – Janvier 1966

Un peu sur le modèle de Galaxie, Fiction offre la majorité de ses pages à la publication d'un court roman, ici la deuxième partie d'un récit de Poul Anderson qui demeurera sans publication ultérieure. De courtes nouvelles l'accompagnent, avec une parité de genre et de provenance scrupuleusement respectée.

Comme pour toutes nos publications, un clic droit sur la couverture
vous invitera à télécharger le livre au format epub.
("Enregistrer la cible du lien sous...")
Un simple clic suffit sur les liseuses.

Sommaire du Numéro 146 :


1 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 10 à 10, bibliographie
NOUVELLES

2 - Poul ANDERSON, Arsenal (Arsenal Port, 1965), pages 11 à 87, nouvelle, trad. Pierre BILLON *
3 - Michel DEMUTH, Gamma-Sud (2060), pages 88 à 108, nouvelle
4 - Evelyn E. SMITH, La Femme du Capitaine (The Captain's Mate, 1956), pages 109 à 120, nouvelle, trad. Christine RENARD *
5 - Robert F. YOUNG, Marché de dupe (Santa Clause, 1959), pages 121 à 132, nouvelle, trad. Pierre BILLON *
6 - Jacqueline H. OSTERRATH, La Case vide, pages 133 à 141, nouvelle

CHRONIQUES


7 - Pierre STRINATI, Visite à la NASA, pages 143 à 145, article
8 - COLLECTIF, L'Écran à quatre dimensions, pages 147 à 152, article
9 - Anne TRONCHE, Revue des arts, pages 153 à 153, critique(s)
10 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 154 à 154, courrier
11 - Roland STRAGLIATI, Notes de lecture, pages 155 à 156, critique(s)
12 - (non mentionné) , En bref, pages 157 à 158, article

* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


L'enjeu de la première partie et qui restait à débrouiller dans Corsaire de l'espace (in Fiction n°144) est dans Arsenal laissé de côté au bénéfice d'une escapade qui va se faire… à pied ! Poul Anderson tire un peu à la ligne, dans une suite de péripéties bien construite mais qui ne fait pas au final avancer d'un pouce la situation initiale. Plaisant à lire, inédit ensuite en recueil, mais un peu vain.


Dans Gamma-Sud et encore une fois pour son cycle des Galaxiales, Michel Demuth imagine que l'avenir de l'espèce humaine passe par une régression - ici un coup d'état remet les royalistes au pouvoir. Mais on peut avoir du mal à croire en la légitimité dudit pouvoir, et à son acceptation même obtenue par la force, lorsqu'elle est fondée sur un acte terroriste.


La femme du capitaine est une petite potacherie sur des mœurs extraterrestres, qui grâce à cet exotisme joue avec le cliché que les femmes (humaines) n'y entendent rien à la technologie ni aux nécessités de l'autorité. Evelyn E. Smith s'amuse à faire jouer les cruches à un capitaine usurpateur, avec son habituel ton léger et farceur.


Fiction nous propose deux contes de Noël pour ce numéro d'hiver 65-66. Tout d'abord, une histoire de pacte avec le diable qui joue le rôle de la bonne fée, et qui exauce les souhaits, Marché de dupe à travers lequel Robert F. Young interroge ce qui, dans notre émerveillement d'enfant, constitue l'adulte que nous devenons ensuite. Concis


Une autre figuration, ensuite, de la machine à souhaits sous la forme d'un calendrier de l'Avent. La case vide de Jacqueline Osterrath est un conte de Noël pas très surprenant et au final très moral et conventionnel. On serait tenté de donner raison au lecteur qui dans le Courrier des lecteurs plus loin affirme : Jacqueline Osterrath, chez qui l'on trouve en permanence le thème trop rabâché et si mal traité de la femme délaissée… (L'intrusion de la vie personnelle n'a rien à voir dans la littérature, quand bien sur elle est aussi banale !). "


Nous commençons à être habitués à l'idée de voix synthétiques, et certains utilisent des générateurs de voix pour se faire faire la lecture - avec les limites d'interprétation que l'on connait.

On imagine moins que les voix synthétiques ne datent pas d'hier, mais plutôt du Siècle dernier. Du moins le concept a-t-il été présenté comme réalisé il y a 60 ans. Voici en effet une note reprise de la rubrique En Bref :

Un ordinateur électronique à la Radio.

" L'O.R.T.F. présentera le dimanche 2 janvier 1966 sur Inter-Variétés, dans la série « Le Théâtre de l'Étrange », une pièce de Frédéric Christian : L'ambassadeur de Xonoï. Cette œuvre offre la particularité d'avoir pour principal interprète un ordinateur électronique, d'où sort une voix artificielle et inhumaine. L'ordinateur a analysé le timbre, l'intonation, le rythme d'une voix véritable et mis en mémoire cette analyse ; puis il a effectué la synthèse des divers éléments pour restituer par un jeu de filtre la voix ordinaire. Cette technique d'avant-garde a permis d'obtenir un effet jusqu'ici impossible à réaliser en studio. "

L'émission elle-même rapporte même : "C'est la première fois au monde que l'on confiera un rôle à une voix entièrement synthétique". On entendra, à l'audition de cette fiction radiophonique, et pour peu d'avoir déjà bidouillé avec les appareillages que sont les "racks d'effets", qu'il ne s'agit pas d'une voix synthétiquement obtenue, mais bel et bien d'un simple "jeu de filtres", d'un effet sonore appliqué à une réelle voix humaine. L'analyse par l'ordinateur des "timbre, intonation et rythme…" semble bien être une petite arnaque, un léger abus de confiance. Le plus cocasse est que l'histoire racontée dans cette fiction traite d'une civilisation qui se juge supérieure, et qui prend contact avec un savant qui doit leur préparer un pont, une ambassade, pour ne pas brusquer de trop l'entendement humain. "Notre civilisation est au point maximum (…) votre perception provoquerait une vague de haine, parce que vous aurez peur." Aussi l'humain choisi doit-il aménager la vérité.

La réalité aménagée ici, dans cette annonce officielle d'ordinateur qui mémoriserait les caractéristiques de la voix humaine, va au contraire frôler la vantardise ("un effet jusqu'ici impossible à réaliser en studio") tout en voilant une piètre vérité plus difficile à admettre ("J'voudrais bien mais j'peux point !").

On le constate à travers cet exemple, après avoir été considérée comme une mode pour adolescents attardés dans les années 50, la science-fiction devient en France dans les années 60 un viatique, une forme de justification aux progrès techniques, une vitrine de leurs promesses, voire l'expression de leurs projets pas encore aboutis mais en passe de coloniser notre quotidien. Le prestidigitateur Robert Houdin ne fit pas de plus glorieuses démonstrations d'infantilisations pour aider à la colonisation de l'Algérie, quand il faisait apparaître des oranges dans les arbres en une minute, ou quand il attrapait des balles à mains nues. Impressionnez celui que vous voulez soumettre et il vous obéira. Faites croire qu'une machine sait désormais reproduire les inflexions d'une voix humaine et l'on croira l'entendre. Les imperfections seront même considérées en creux comme des preuves d'une mécanisation à parfaire, et donc "en progrès". 

Nul doute que désormais, les ordinateurs sont capable d'effectuer cette prouesse qui est d'imiter la voix humaine, avec un taux d'imperfections de plus en plus réduit. Les utilisateurs familiers de ces voix de synthèse savent encore débusquer la falsification : on entend toujours, au bout d'un moment, l'aspect systématique et paramétré des choix dans les inflexions de la voix. Mais il parait évident qu'en 1966, on ne se gênait pas pour présenter comme acquises, et au grand public, des prouesses techniques surcotées. 

Pour en juger par vous-mêmes, l'émission en question peut être entendue sur le site de l'INA à cette adresse :

https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/audio/phd99202270/panorama-international-de-la-science-fiction-l-ambassadeur-de-xonoi

Loin de nous toutefois l'intention de virer au conspirationnisme. Nous ne cautionnerons pas, par exemple, la rumeur maintes fois démentie que Stanley Kubrick réalisa une fausse expédition Apollo 11 dans un studio de télévision. L'histoire est d'ailleurs relatée dans un célèbre "mockumentaire", Opération Lune, de William Karel (2002), et cette fiction, un peu décalée vers Mars, fait même l'objet du film Capricorn One, de Peter Hyams (1977).

Cependant, au détour d'un article de Pierre Strinati intitulé "Visite à la NASA" (on y apprend que cette visite avait été organisée par Paris Match), on peut lire ceci :

À Houston se trouve le centre d'entraînement pour astronautes ; tout a été mis en œuvre dans ce centre pour placer l'homme dans des conditions proches de celles qu'il rencontrera lors des futurs voyages interplanétaires. Un emplacement a été notamment consacré à une reconstitution hypothétique du sol lunaire ; au milieu d'un vaste amas de laves se dresse un modèle du LEM (Lunar Excursion Module), c'est-à-dire l'engin qui déposera deux explorateurs sur la Lune. Tache blanche sur un fond de lave noire, le LEM frappe l'imagination et permet de croire à la réalisation du voyage lunaire prévu pour 1970.

Formulation étrange que de vouloir "frapper l'imagination" et permettre de faire "croire à la réalisation du voyage lunaire". L'exploit aura tout de même lieu un an plus tôt que prévu, en 1969, et le "progrès technique" n'a sans doute pas été ici surcoté. Et Pierre Strinati, pour défendre la science-fiction et son intense pouvoir de suggestion, de conclure : 

La recherche pure précède toujours la technologie. La science progresse toujours plus rapidement et parfois rend démodés certains thèmes de science-fiction. Mais l'imagination humaine n'a pas de borne et l'on peut avoir confiance dans l'avenir de la science-fiction. Il existera toujours des domaines où l'imagination précédera la science pure et la technologie.

03 juin, 2026

Fiction n°143 – Octobre 1965

De très bonnes signatures pour des récits restés pour la grande majorité sans édition ultérieures - un numéro collector, donc ! On y remarquera l'entrée du nouveau Gérard Torck, qui proposera quelques nouvelles à Fiction et un peu plus tard à la revue "Horizons du Fantastique". Un numéro qui ne laisse pas sur sa faim, à mordre à pleines dents.

Comme pour toutes nos publications, un clic droit sur la couverture
vous invitera à télécharger le livre au format epub.
("Enregistrer la cible du lien sous...")
Un simple clic suffit sur les liseuses.

Sommaire du Numéro 143 :


1 - (non mentionné) , Vous lirez bientôt dans "Fiction", pages 8 à 8, bibliographie


NOUVELLES


2 - Chad OLIVER, L'Esprit gardien (Guardian Spirit, 1958), pages 9 à 50, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

3 - Avram DAVIDSON, La Sixième saison (The Sixth Season, 1960), pages 51 à 63, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE *

4 - Gérard TORCK, Celui qui se souvenait, pages 64 à 69, nouvelle *

5 - Nathalie HENNEBERG Le Soleil de Thulé, pages 70 à 113, nouvelle

6 - Ward MOORE, Le Mystérieux laitier (The Mysterious Milkman of Bishop Street, 1965), pages 114 à 128, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

7 - Jacqueline H. OSTERRATH, Pour le meilleur et pour le pire, pages 129 à 140, nouvelle *

 

CHRONIQUES


8 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 141 à 149, critique(s)

9 - (non mentionné) , En bref, pages 151 à 151, article

10 - Alain DORÉMIEUX & Jacques GOIMARD, L'Écran à quatre dimensions, pages 152 à 158, article

* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


"(…) il y a le fait que des régions sous-développées constituent un bien médiocre marché pour une civilisation industrielle. Le développement de la propulsion ionique avait permis de développer le commerce interplanétaire et les usines terriennes n'étaient pas prévues pour construire en série des pointes de flèches. Si on veut vendre des postes de télévision, il est préférable de développer préalablement l'énergie électrique. Si on désire vendre des tracteurs, il serait souhaitable que l'agriculture ait déjà été inventée. Si on s'adresse aux consommateurs, une population nombreuse et prospère vaut vieux qu'une tribu squelettique et affamée.

L'esprit humain est ainsi fait qu'il est capable de justifier par des arguments humanitaires les causes les plus détestables. Il vous démontrera que toutes ses entreprises, depuis les Croisades jusqu'à la traite des esclaves, lui ont été inspirées par les sentiments les plus nobles et les plus désintéressés."

"Et pan pour le Plan Marshall !", pourrait-on ajouter à cet extrait de L'Esprit gardien. Chad Oliver, en sa qualité d'auteur américain, ne pense peut-être pas être si subversif pour un lecteur européen. On apprécie tout de même le détachement anthropologique dont il a toujours fait preuve, du fait de sa formation professionnelle. Dans cette veine qu'il nourrit avec talent, Chad Oliver nous propose de reconsidérer le sauvage par rapport au primitif, le progrès comparé à la pérennité des traditions, la technologie en balance avec l'harmonie. Confronté à une peuplade sur une planète colonisable, son héros doit percer le mystère des indigènes qui ne connaissent ni enfants, ni vieillards, ni même sens de l'Histoire…


Un autre récit d'observation scientifique, plus physiologique et climatologique qu'anthropologique cette fois-ci, avec La sixième saison, par une équipe de chercheurs sur une planète de l'étoile Vega. L'enjeu en est la compréhension du mystère de la disparition d'un premier équipage, et celle du cycle de vie d'une racine locale permettant de rallonger conséquemment la vie. On ricanera de bon cœur avec cette nouvelle (encore une fois gastronomique) de Avram Davidson.


Une évasion, une cavale, une ville brûlée de soleil et vide de ses habitants… Dans un style singulier et énigmatique, Gérard Torck cherche à nous faire entrevoir des périls qu'on peine un peu à cerner. Mais c'est cette confusion qui fait tout le piquant de Celui qui se souvenait.

A propos de Gérard Torck, la revue déjà citée "Horizons du Fantastique" dira dans son numéro 11 (juin 1970) :

Gérard TORCK : Quelques nouvelles dans « Fiction », poète et auteur de S.F. en puissance et déjà accompli, promet beaucoup et ne nous décevra certainement pas.

L'auteur y fera les déclarations suivantes :

" Avec le retour en force de la SF. française, je pense reprendre de vieux rêves, comme un roman d'Héroic Fantasy, ainsi qu'un ensemble de nouvelles qui se présenterait sous forme de saga du temps actuel : le fantastique en H.L.M..." (...)  Je ne pense pas qu'on puisse parler d'une S.F. française ou même européenne. La S.F., comme le roman policier « thriller », placée dans le contexte américain, se reconnaît immédiatement car il existe une unité de ton, de vision, malgré et peut-être surtout à cause de la multiplicité des talents, qui ne trompe pas les amateurs. La S.F. française n'est pas « une », mais elle souffre surtout d'une dispersion des talents et du manque d'intérêt des lecteurs. (…)  L'âge d'or de la S.F. [française] est arrivé il y a quelques années lorsque N.-C. Henneberg, Carsac, Kije et autre Barbet faisaient sortir leurs œuvres. Malheureusement pour eux et pour nous, le lecteur français n'était pas prêt. Aujourd'hui, les « ténors » français ont peu à peu laissé la S.F. dans l'ombre pour s'occuper d'autres branches de la littérature. (…) Les collections [de SF] actuelles, revues, etc. n'encouragent pas les auteurs français, lesquels ne sont pas connus du public ; le cercle infernal est toujours bouclé ! Il reste à un éditeur de prendre le risque — certainement important — de lancer une revue ou une collection de S.F. littéraire, c'est-à-dire bien écrite, structurée, vivante, dont les héros sont vrais, et qui s’ouvrirait en priorité aux auteurs français. (…) Je pense que les petits fanzines sont une bonne chose, un peu comme le cinéma d'avant-garde à ses débuts : travail bâclé, mais qui permet à tous les fans de lire ou d'écrire sans subir les contraintes des circuits commerciaux. Mais il est nécessaire que ces fanzines quittent très vite, dès qu'ils ont une certaine clientèle, la formule polycopiée pour déboucher sur le semi-professionnel de façon à ne pas tourner en rond. Grâce à eux, la S.F. française s'est maintenue dans des courants peut-être souterrains mais qui permettront à des nouveaux talents de s'imposer un jour. (…)  La spéculation sur les livres [à savoir les anciennes éditions chez Fleuve Noir ou Le Rayon Fantastique que se disputent les collectionneurs] recouvre, à mon avis, une forme de snobisme, mais surtout une très grande soif de retrouver les bons vieux textes, car la clientèle se renouvelle et les jeunes cherchent les classiques, avec la loi de l'offre et de la demande… "


Mêlant comme à son habitude mythologies antiques et enjeux galactiques, Nathalie Henneberg nous propose dans Le Soleil de Thulé de revisiter Faust et la jeunesse éternelle proposée ici à un astronaute réputé d'une part pour sa longévité (car vieilli moins vite du fait de nombreux voyages à la vitesse de la lumière) et d'autre part pour sa grande sapience, dans un univers décadent et assoiffé de vie nouvelle. Mais c'est toujours par un retour aux mythes premiers que ce renouvellement se fait chez cette autrice au talent certain, mais un peu monomaniaque dans ses inspirations (une insurpassable Atlantide, notamment).


Encore un peu de gastronomie après Avram Davidson, avec Le mystérieux laitier de Ward Moore… mais en apparence seulement. Fiction rapproche cette nouvelle de La choucroute de Jean Ray, mais elle en est en réalité le contrepied, et pose surtout et comme si de rien n'était le souci de l'absence de tendresse en notre vallée de larmes. Et si, à l'instar d'un séduisant démon tendant ses pièges, on imaginait un être inversement peu affable mais prolixe de bons augures et facilitateur pour toute chose, ne serait-ce pas aussi éprouvant pour son bénéficiaire ? Car finalement, rien ne vaut pour l'être humain la satisfaction du libre-arbitre, même illusoire.


Encore un thème classique pris à contrepied, Pour le meilleur et pour le pire ; malgré un démarrage plus proche de la comédie de mœurs que du récit insolite, malgré toutes les apparences d'un soupçon de fantastique que l'on voit venir et que l'on croirait complètement éventé,  Jacqueline Osterrath arrive à ses fins avec un récit à chute inattendu. Habile.



Après le succès inattendu (pour Maurice Renault, directeur de publication chez OPTA, mais pas pour Jacques Sadoul à l'initiative de cette publication) du "Fondation" d'Isaac Asimov en version luxueuse, une nouvelle collection s'apprête à être lancée sur le marché. Les amateurs auront deviné qu'il s'agit de la prestigieuse collection "Club du Livre d'Anticipation", ou C.L.A., qui verra de nombreux auteurs de qualité bénéficier d'éditions soignées et illustrées, et souvent de textes par ailleurs inédits, dans des tirages limités à 4000 exemplaires en moyenne. A cela vont s'ajouter dans la même période les débuts de la collection "Galaxie Bis" (voir Galaxie n°13), ce qui témoigne d'une belle santé éditoriale des éditions OPTA, malgré la raréfaction d'autres collection dédiées à la SF. Voici l'annonce que fait ce numéro 143 de Fiction des débuts du CLA (construite sur le modèle du Club du Livre Policier) :


Naissance du Club du Livre d'Anticipation

Devant le succès remporté par notre édition intégrale de FONDATION, nous avons le plaisir d'annoncer la création du CLUB DU LIVRE D'ANTICIPATION.

Ce club se propose d'éditer, à raison de quelques ouvrages par an, les meilleurs titres de la littérature de science-fiction, et ses auteurs les plus prestigieux, en des volumes reliés dignes d'une bibliothèque.
Après FONDATION, premier titre du Club du Livre d'Anticipation (voir page ci-contre), nous présenterons, en novembre prochain, un volume réunissant deux romans d'A. E. van Vogt qui se font suite.
Tous détails seront donnés à ce sujet dans notre prochain numéro.


Les amateurs que nous sommes se réjouissent souvent de l'évasion bon enfant que propose Jack Vance. Dans ce numéro de Fiction, Demètre Ioakimidis nous propose sa recension du roman "Les langage de Pao", en Présence du Futur (et que nous vous proposons en bonus dans l'édition J'ai Lu, en cliquant sur la couverture ci-dessous). On le verra, Ioakimidis n'est pas à proprement charmé par le roman, bien qu'il en apprécie le style ; ses critiques sont toutefois pertinentes, et ne nous pousserons pas à bouder notre plaisir.

Dextreclik en Paonais

Jack Vance

Les langages de Pao

Ce roman combine deux thèmes, dont le premier est de nature sociologique, et dont le second relève de l'aventure pure et simple. L'un et l'autre de ceux-ci sont intéressants en eux-mêmes, mais ils sont traités de façon parfois décevante. Leur combinaison eût pu donner quelque chose de très vivant, mais Jack Vance en a tiré un roman qui, en dépit de passages excellents, laisse le lecteur sur sa faim.


C'est au thème sociologique que se rapporte le titre. La planète Pao est apparemment un monde jadis colonisé par des Terriens, et habité par les descendants de ces colons. Indolents et paisibles, les Paonais se contentent d'une culture en stagnation. Ils parlent une langue qui correspond à leur indolence et à l'apathie avec laquelle ils s'accommodent d'assassinats occasionnels dans leur dynastie régnante. À la suite d'un tel assassinat, un « sorcier » originaire d'un monde voisin propose un plan audacieux pour sortir les Paonais de leur torpeur : la création d'idiomes différenciés pour les divers groupes sociaux, chacun de ces idiomes étant fabriqué de manière à stimuler la créativité propre d'un groupe. Le sujet est intéressant, et Vance le rend tout aussi vraisemblable que le parler « socialiste » standardisé décrit par George Orwell dans 1984


Les aventures sont celles de Béran Perasper, héritier légitime du trône de Pao, que le « sorcier » Palafox emmène sur sa propre planète, pour le soustraire au danger et l'élever. Palafox n'est pas sorcier, en réalité, mais un savant ambitieux qui entend utiliser le jeune prince comme un outil en vue de sa propre conquête de Pao. Béran combinera donc des éléments culturels du monde de Palafox avec ses caractères innés de Paonais.


L'astuce de l'auteur consiste à faire sentir que le monde de Palafox comporte ses propres faiblesses – bien que celles-ci restent naturellement invisibles aux tranquilles Paonais. La principale est une sorte de sclérose due à une tradition trop strictement observée : importation de femmes étrangères destinées à l'enfantement de fils, modification du corps du « sorcier » pour en faire une sorte de super-organisme de robot, patriarcat myope et égoïstement replié sur lui-même. De son éducation, Béran tirera des traits qui s'uniront à ceux de sa propre race pour surprendre finalement Palafox.


Tout cela est ingénieux, et correctement traduit par Élisabeth Gille. L'échec de l'auteur provient de la difficulté qu'il y a à rendre également intéressants les événements individuels et ceux qui affectent l'ensemble d'une vaste collectivité. Jack Vance raconte plus aisément les premiers que les seconds : ses scènes de batailles et de révolutions n'ont pas le mouvement de celles de Poul Anderson, de telle sorte que le lecteur les considère avec une certaine indifférence.


Conscient sans doute de cette faiblesse, l'auteur adopte parfois le point de vue distant de l'historien – avec plus de bonheur, il faut le souligner – et il en résulte une inégalité dans l'équivalent de ce que les peintres appellent la matière.


L'ensemble n'est pas dénué d'intérêt, il s'en faut de beaucoup ; mais les idées utilisées eussent mérité un traitement plus soigné, avec un meilleur contrepoint des deux thèmes principaux.


Demètre IOAKIMIDIS

01 septembre, 2025

Cadeau bonus : Fiction spécial n° 5 : Anthologie de la science-fiction française (Avril 1964)

Pour ce Fiction Spécial et sa cinquième édition, on notera sans doute un pessimisme moins marqué que dans le numéro de l'année précédente. Alain Dorémieux aura sans doute eu raison de la noirceur des auteurs de son écurie, que l'on retrouve presque au complet (ne manque peut-être que Gérard Klein, et Jacques Sternberg de plus en plus lointain). Le thème récurrent - parfois trop - des nouvelles ici compilées en est la résistance, le plus souvent au pouvoir, quand il devient tyrannique, ou aux contraintes des voyages spatiaux. On le comprendra : sans verser dans l'humour goguenard ou sarcastique, et loin d'être d'un optimisme béat et brillant, nous avons ici une anthologie d'un très bon niveau qui fait appel à ce que la science-fiction peut avoir de plus politique, voire de philosophique.

Comme pour toutes nos publications, un clic droit sur la couverture


Sommaire du Fiction Spécial n°5 :


1 - (non mentionné), Introduction, pages 4 à 4, introduction
2 - Nathalie HENNEBERG, Les Vacances du Cyborg, pages 5 à 33, nouvelle
3 - Michel EHRWEIN, Les Statues dormantes, pages 34 à 44, nouvelle *
4 - Claude-François CHEINISSE, La Fenêtre, pages 45 à 48, nouvelle
5 - André HARDELLET, Le Verso, pages 49 à 58, nouvelle *
6 - Michel DEMUTH, À l'est du Cygne, pages 59 à 94, nouvelle
7 - Georges GHEORGHIU, Ainsi font, font, font..., pages 95 à 101, nouvelle *
8 - André RUELLAN, Chrysalia, pages 102 à 112, nouvelle
9 - Lieutenant KIJÉ, La Couronne de sable, pages 113 à 124, nouvelle *
10 -Jean-Michel FERRER, Le Jour de Justice, pages 125 à 140, nouvelle *
11 - Philippe CURVAL, Tous les pièges de la foire, pages 141 à 154, nouvelle
12 - ARCADIUS, La Pierre, pages 155 à 159, nouvelle *
13 - Jacqueline H. OSTERRATH, Un homme sans importance, pages 160 à 175, nouvelle
14 - Pierre VERSINS, L'Enfant né pour l'espace, pages 176 à 206, nouvelle
15 - Albert FERLIN, La Question, pages 207 à 213, nouvelle *
16 - Sophie CATHALA, Poète, prends ton luth..., pages 214 à 218, nouvelle *
17 - Luc VIGAN, La Femme modèle, pages 219 à 231, nouvelle
18 - Claude VEILLOT, En un autre pays, pages 232 à 253, nouvelle
19 - (non mentionné), Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 254 à 256, bibliographie

* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Note éditoriale du Fiction Spécial n°5 :

Nos numéros hors-série, dont la création remonte à cinq ans, sont maintenant devenus une institution.

Leur succès est même tel qu’à partir de 1964, leur rythme de parution devient semestriel. Après ce numéro de printemps, nous pouvons donc d’ores et déjà vous annoncer pour l’automne le Fiction Spécial n° 6, qui sera consacré à la science-fiction italienne.

En attendant de vous faire découvrir sa sœur transalpine, nous ne pouvons que témoigner, avec la présente sélection, que la science-fiction française se porte bien. Les effectifs des auteurs se renouvellent selon une saine proportion, les valeurs sûres ne déçoivent pas, et l’ensemble des récits manifeste une grande vitalité.
 
Une fois de plus, on regrettera l’absence de quelques noms : Carsac, Klein et Sternberg, notamment. Leurs occupations les empêchent pour le moment d’écrire des nouvelles. Mais cette défection est compensée par l’activité que déploient, entre autres, des auteurs comme Nathalie Henneberg, Pierre Versins, Michel Demuth, Claude Veillot, Michel Ehrwein, André Ruellan.

Comme toujours, figurent ici des noms nouveaux, ou encore peu connus. Ils feront pour beaucoup de lecteurs figure de révélation.

Comme ses devancières, cette anthologie apporte la preuve qu’il peut exister une science-fiction nationale, peu dépendante des Américains, puisant en elle-même ses propres ressources. L’histoire de la S.F. s’écrit maintenant aussi à l’échelon européen.


On retrouve dans Les vacances du Cyborg tous les thèmes récurrents de Nathalie Henneberg : non seulement l'amour comme force du destin et plus fort que la mort, entre deux êtres au service de l'humanité et pourtant différents d'eux, mais encore la destruction d'un monde, jardin d'Eden écrasé par la médiocrité d'une espèce humaine moribonde et décadente… On reconnait aussi son gout pour les mots obsolètes (parfois poussé à l'extrême du néologisme, comme en témoignent par exemple les "fougères archéptoryx"... ). Une nouveauté toutefois : ici les êtres sont devenus des "différents", par le biais d'une science qui leur promet une réversibilité vers leur humaine condition d'origine. Ce sont un cerveau protéinique et désincarné dans une machine, et un cyborg, transformé pour les besoins de la survie dans l'espace. Ils devront aussi compter sur une troisième force, animale et jalouse.

Les statues dormantes de Michel Ehrwein sont des condamnés à une perpétuelle animation suspendue, enfermés dans le récit qu'ils font de leurs crimes. Difficile de ne pas se rappeler du meurtre de Meursault dans "L'étranger" d'Albert Camus ; même ivresse dans le crime, même racisme ordinaire. C'est aussi l'aveu désordonné du meurtre assez identique à celui du "Cœur révélateur" d'Edgar Poe ( "Il est là !… Il est vivant !… Je l’ai tué, coupé en morceaux, mais il est vivant !… Vivant !… Et il s’est jeté sur moi !" ). Nous passerons sur la naïveté habituelle de Ehrwein (qui imagine ici pour les besoins de son récit une source d'énergie atomique inépuisable qui puisse se maintenir en marche des siècles après la disparition de l'homme), mais nous ne manquerons pas de nous interroger sur la nature du plaidoyer que nous sert l'auteur : la peine de mort libèrerait-elle de la culpabilité ?

La fenêtre de Claude F. Cheinisse parait mal fermée, des choses s'y engouffrent. Voilà pourtant un beau récit concis et bien mené sur un premier contact, à l'image d'Orphée tenté de revoir Eurydice. Mais en connaissant le destin tragique de l'auteur (il se suicidera après avoir tué les enfants qu'il avait eu avec Christine Renard, décédée d'un cancer quelques mois avant cette tragédie), on saisira d'autant plus en frissonnant les obsessions déjà marquées de Cheinisse.

Poète et romancier, ami de Brassens et de René Fallet, auteurs de chanson comme "Le bal chez Temporel" chanté par Guy Béart, salué par André Breton, étudié en facultés de lettres modernes, André Hardellet fut pourtant décrié dans le courant des années 70 pour outrage aux bonnes mœurs. Situé en 1971 (il s'agit bien ainsi d'anticipation) Le verso, à la façon de faire croire d'un Borges, conte une histoire de temps superposés à l'heure où la Théorie des cordes n'a pas encore "corrompu" notre perception du temp.

Une tête de pont pour une future colonisation en la personne d'un être seul, est confronté à une présence cosmique qui émet mort et hostilité à l'approche d'une planète A l'est du Cygne. Dans une nouvelle qui deviendra l'une de ses classiques, et à son époque d'écriture en plaine effervescence, Michel Demuth nous invite à partager la solitude, la nostalgie et le péril qui sont le lot de l'astrogateur solitaire qui n'a que son entendement pour comprendre une échelle cosmique qui le dépasse de loin.

Ainsi font, font, font… titre un peu abscons d'une jolie et mélancolique histoire où Georges Gheorghiu réinvente Pénélope, ses soupirants, et son Ulysse parti à la recherche du bout du monde. Et après…


André Ruellan imite Henneberg, tant dans l'emphase que dans cette intrigue d'amour et de mort mêlés. Chrysalia n'est pas d'un style aussi intéressant que lorsque Ruellan se singularise, mais demeure bien agréable tout de même.
 
Lieutenant Kijé n'invente rien avec La couronne de sable : il reprend à son compte le parcours du colonel renégat Kurtz de "Au cœur des ténèbres" de Joseph Conrad. Simplement, il le transcrit à la première personne et le transpose sur une autre planète… 

Peut-être sans le pressentir, Jean-Michel Ferrer décrit une progression vers la source du Mal dans une cité étrange faite de quartiers et de voies de circulation, qui pourrait s'apparenter à la marche des électrons dans les circuits imprimés d'un appareillage électronique, ce qu'on appellerait plus tard une Matrice. Bien avant William Gibson et son Neuromancien, Le jour de Justice peut être considéré comme une odyssée déjà très post-moderne.

" Bel saisissait pourquoi le Gouvernement l’avait envoyé sur Ganymède ; ce n’était encore qu’une conjecture, mais déjà elle se dessinait avec précision : la Foire des Sept Trônes dissimulait, sous son apparence de cité en liesse, une criminelle entreprise. Le Garde ne devinait pas le fonctionnement et le but de cette organisation, mais il savait qu’elle était hostile au Système Social Solaire. " 

Tous les pièges de la foire, étant très similaire à la nouvelle précédente de Ferrer, par l'intrigue et l'enjeu,  et jusqu'à la chute elle-même, et comme annoncé par la rédaction dans son texte de présentation, le choix volontaire de les faire se suivre donne malheureusement (au détriment de Philippe Curval) le sentiment d'une redite. Seul le cadre de Fête foraine décadente parvient à en sauver l'intérêt. 

Petite plongée dans la solitude du voyageur spatial au long cours, avec les phases hallucinatoires qui s'ensuivent.  ; La pierre est un bien joli récit bien concis d'Arcadius


La rédaction écrit sur l'autrice de Un homme sans importance : " Jacqueline Osterrath nous offre ici un excellent exemple de cette science-fiction « rose », que seul peut concevoir un tempérament féminin. " Voilà tout de même une réflexion machiste, d'autant que Fiction compte beaucoup de ses meilleurs textes (ou traductions !) signés d'autrice talentueuses. 
Pour la nouvelle proprement dite, dont le héros, écrivain amateur, s'appelle Ferlin, comme l'auteur réel présenté plus loin dans l'anthologie, on pourrait se demander si Osterrath a choisi intentionnellement ou non ce patronyme. L'extrait suivant jette le trouble : " il y avait lu sans plaisir que le « ferlin » était, en vieux français, le plus petit poids dont se servaient les orfèvres et les monnayeurs : ce petit poids était devenu, par la suite, un surnom de marchand ou un sobriquet d’homme très petit ou insignifiant. Janvier se sentait fier d’avoir pu, pour sa part, faire mentir ce patronyme. " 
L'histoire est assez charmante, avec une once de rebondissement et un récit aux personnages bien tempérés. Mas l'ensemble est un peu gratuit, toutefois.

L'enfant né pour l'espace est un mutant, le seul de notre espèce à pouvoir ressentir la grande souffrance d'autrui et à la prendre pour lui. Cela coïncide avec la conquête de l'espace et la grande souffrance que subissent les premiers astronautes, tout soumis qu'ils sont à l'accélération et aux radiations. Ce récit de Pierre Versins fait état des différentes étapes de cette conquête et de l'utilisation des pouvoirs de ce mutant pour pousser au-delà de l'humainement supportable le potentiel des astronautes. Bien entendu, dans un contexte hiérarchique et militaire, cela ne va pas sans stratégie, bluff, et manipulation… 

Dernière nouvelle publiée d'Albert Ferlin, donc, avocat puis journaliste. La qualité de ses récits fait qu'il aurait bien mérité son recueil s'il avait écrit davantage. La question  traite encore d'une traque de L'ennemi, mais il s'agit cette fois de la chasse que pratique le pouvoir envers les indésirables. Et d'une Justice mécanisée et imparable.

Poète, prends ton luth…  de Sophie Cathala évoque un texte qui rend fou, comme l'est " Le Roi en jaune ", ou qui comme ici pousse au suicide. Bien entendu, chacun peut se croire supérieur à tous ceux qui ont succombé, et vouloir s'y frotter à son tour… Une bonne nouvelle sarcastique.

" Suis moi, je te fuis, fuis moi je te suis ", tel est l'adage qui se rapproche le plus de La femme modèle, un conte amoral. Son auteur, Luc Vigan, est un pseudonyme utilisé tant par Alain Dorémieux que par Gérard Klein, mais aussi par André Ruellan ou Philippe Curval. A l'instar d'un Jean-Michel Ferrer inventé pour masquer les doublons de parutions du prolifique Michel Demuth, tous les suspects, à l'exception de Klein, sont ici déjà réunis ; difficile d'y retrouver ses petits… Mais des sources sûres nous indiquent qu'il s'agit cette fois d'un texte d'Alain Dorémieux, et l'on y retrouve bien son goût pour un érotisme léger.

Dans un monde post apocalyptique, une troupe de survivants entament l'exploration de ce qui les entoure et au-delà. Ils découvrent une jungle qui rappelle "Le monde vert" de Brian Aldiss, des hommes redevenus chasseurs primitifs, des traces encore fonctionnelles de machines simples comme des fontaines...
D'autres se rassemblent, humoristiquement nommés comme des auteurs de S.F. : Pol (Pohl), Gricha (Grisham), Tubbs (E.C. Tubbs) ou Aldyss (Aldiss)… 
Mais ce monde qui semble se remettre de siècles de radiations est-il réellement ce qu'il semble être ? Claude Veillot aurait de quoi développer En un autre pays  sur un voire plusieurs roman, avec le contexte qu'il met ici en place - à l'instar de ce que fera quelques années plus tard Larry Niven et son roman "L'anneau-monde". Un très bon récit équilibré et qui, sur sa deuxième partie, aurait même mérité d'être développé.
Ce sera la dernière nouvelle publiée dans Fiction de Claude Veillot. Un fait un peu dommageable, car ses lecteurs ont pu, depuis "Araignées dans le plafond" jusqu'à cet "En un autre pays", en apprécier la progression, tant dans le style que dans l'originalité de ses histoires. Il sera plus tard le scénariste de "100 000 dollars au soleil" de Henri Verneuil, et co-signera avec Robert Enrico le scénario du très remarquable "Vieux fusil". On le retrouve également come complice d'Yves Boisset.
Il écrira durant les années 60 quelques romans pour la jeunesse. Après "Misandra", recueil qui reprendra ses nouvelles chez J'ai Lu en 1974, il fera paraitre chez ce même éditeur, en 1978, un roman quasi uchronique (un presque chef-d'œuvre selon le critique Jean-Pierre Fontana) intitulé "La machine de Balmer" (avec une superbe couverture de Caza).
  

Le PReFeG vous propose également