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18 février, 2026

Galaxie (2eme série) n°014 – Juin 1965

Féodalité de l'Heroic Fantasy naissante pour ce numéro, largement occupé par une novella de Jack Vance, et allègrement servi par de plus courtes nouvelles de très bonne qualité, dont la dernière parution en revue de Allen Kim Lang qui aura su se faire remarquer en seulement trois récits.

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Sommaire du Numéro 14 :


1 - Robert SILVERBERG, Les Voisins (Neighbor, 1964), pages 6 à 21, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par Norman NODEL

2 - Jack VANCE, Les Maîtres des dragons (The Dragon Masters, 1962), pages 22 à 112, roman, trad. Michel DEUTSCH, illustré par Jack GAUGHAN

3 - Daniel F. GALOUYE, Le Meilleur des équipages (Homey Atmosphere, 1961), pages 113 à 126, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH

4 - Allen Kim LANG, Cuisine spatiale (Gourmet, 1962), pages 127 à 139, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

5 - Margaret SAINT-CLAIR, La Mézon de l'orreure (Horrer Howce, 1956), pages 140 à 152, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par SMITH

6 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 155 à 155, bibliographie

7 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 157 à 158, courrier


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.



Les maîtres des dragons, Prix Hugo de la nouvelle en 1963, sera étoffé ensuite (parution en France en 1979 chez Pocket) dans une traduction révisée par Alain Garsault (qui rejoindra l'écurie Opta dans quelques années). Avec un souffle épique qu'on prêtera plus tard à l'Heroic Fantasy, Jack Vancedécrit l'un des derniers vestiges d'une diaspora humaine galactique, en proie aux agissements belliqueux d'une race extraterrestre, reptilienne et esclavagiste, issue du même patrimoine génétique que les dragons, que ces derniers hommes ont aussi asservis de leur côté. Avec ses personnages tout d'une pièce, Vance nous embarque au milieu des Maîtres des dragons, en un mélange de SF et de féodalité toute médiévale. Maintes fois copié, son style ne défend rien d'autre qu'un souffle qui rappellera aux joueurs de "Warhammer 40 000" leurs plus belles soirées. 

Très bonne côte pour Robert Silverberg, qui voit une autre de ses nouvelles paraitre ce même mois de juin 1965 dans Fiction. Dans un contexte là encore suant de féodalité, deux Seigneurs mitoyens se vouent une détestation de toujours. Le pouvoir et une longévité exceptionnelle leur sont à chacun assurés - mais quoi d'autre… Sans trace d'amitié, sans avoir développé d'amour, le seul altruisme possible n'est que haine. Les voisins est une nouvelle simple mais savamment orchestrée par le jeune Silverberg en passe de devenir un des auteurs phare de son époque. 


Le meilleur des équipages est formé par des comportements de synthèse somme toute fascinants d'humanité et de servitude, et deux astronautes se retrouvent livrés au dilemme de périr dans leur vaisseau en perdition ou de quitter dans la nacelle de secours cet équipage si absurdement attachant. Daniel F. Galouye manie bien ses effets ; sans rien en dire de plus, HAL n'est pas loin… 


Le cuisinier du bord, l’homme qui accomplit le miracle quotidien de transformer en nourriture présentable les déchets de toutes sortes est, sous bien des aspects, celui dont l’importance est la plus vitale à bord d’un astronef. Il peut soutenir le moral ou déclencher une mutinerie. 
Très intéressante problématique resituée dans son contexte, avec Cuisine spatiale : comment nourrir des voyageurs au long cours quand on est limité dans la variété des ingrédients et par leur encombrement. Et si "on est ce que l'on mange", que deviennent les astrogateurs faisant route vers Mars après des mois de nourriture hydroponique. Entre récit intelligemment mené, problématique vitale et culturelle, et récit à chute, voici encore un très bon récit de Allen Kim Lang dont on déplorera qu'il soit le dernier paru (dans Fiction et Galaxie), tant il est un auteur appréciable et d'une intelligence scientifique et humaine certaine. Les amateurs pourront le retrouver dans les recueil "Histoires angoissantes", "Histoires riches en surprises", de la série d'anthologies "Hitchcock présente" (Livre de Poche), et "Histoires à claquer des dents" dans la même série version Bibliothèque Verte (Hachette).


Comme le précise la rédaction de Galaxie (et nous voyons émerger ici la "rubrique" Un classique en reprise, La méson de l'orreure avait initialement été publiée dans le Galaxie n°44 (1ère série - Juillet 1957). Dans les parcs d'attractions, nous sommes prêts à affronter des sensations fortes - et impensables autrement - car nous savons que nous en sortirons intacts. Mais ici, Margaret Saint-Clair nous emmène visiter des prototypes. Sommes-nous toujours bien sûrs que tout s'y passera bien ? Sinistre lisière de "l'orreure" consentie... 



On ne saurait dire si le Courrier des Lecteurs a l'honneur de publier la lettre d'un poète fort renommé, Henri Michaux, ou s'il s'agit d'un homonyme. Toujours est-il que la rédaction semble continuer de provoquer l'émergence de la série Galaxie Bis (dont nous traitions dans notre précédent billet).

Ayant suivi depuis le n° 1 votre revue, je tiens à vous dire que j’y constate un progrès constant. Dans les derniers numéros, en particulier, aucun texte ne m’a déçu. Progrès également sur les couvertures, avec un sommet : celle du n° 10 (illustrant Le Prince des Étoiles), à la fois inquiétante et belle. Emsh me semble être le meilleur dessinateur avec Finlay. Parmi vos auteurs, à part les grands noms, j’apprécie particulièrement Keith Laumer et Jack Sharkey, qui me semblent être les deux révélations les plus intéressantes de votre nouvelle édition, et dont j’espère que vous continuerez à les publier régulièrement. Le Prince des Étoiles de Vance m’a paru moins percutant que Les Récifs de l’Espace, mais il contient quand même tous les ingrédients propres à satisfaire l’amateur de science-fiction, et j’ai été heureux de les y retrouver. Pour terminer, je voudrais davantage de Sheckley, si du moins il écrit toujours, et j’espère que vous n’abandonnerez pas votre formule de romans à suivre. La paresse des éditeurs est telle que l’état de famine de l’amateur de SF est en train de le faire complètement dépérir. Il faut donc bien que, grâce à vous, on ait au moins un bon roman de temps en temps à se mettre sous la dent. Mais qu’attendez-vous pour lancer aussi des romans complets en numéros spéciaux ?

Monsieur Henri MICHAUX

VERSAILLES

07 janvier, 2026

Fiction n°132 – Novembre 1964

Une fois encore, les textes des auteurs anglo-saxons de ce numéro, et bien qu'ils soient de bonne qualité, resteront sans publication ultérieure, que ce soit en recueils ou en anthologies ; à l'exception de celui de Leiber,  repris récemment dans une intégrale concernant "La Guerre Uchronique" chez Mnemos (2020). Côté francophonie, Alain Dorémieux camoufle son privilège d'éditeur sous le masque jetable d'un pseudonyme qui ne lui servira que deux fois. Bref, encore un numéro de raretés pour collectionneurs aguerris !


Qui vous a dit que le schmilblick était un œuf ?

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Sommaire du Numéro 132 :


1 - (non mentionné), Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 8 à 8, bibliographie

NOUVELLES


2 - J. T. McINTOSH, La Planète pauvre (Poor Planet, 1964), pages 9 à 40, nouvelle, trad. Christine RENARD *

3 - Fritz LEIBER, Les Vents de Mars (When the Change-Winds Blow, 1964), pages 41 à 50, nouvelle, trad. Christine RENARD

4 - Edward JESBY, L'Homme de la mer (Sea Wrack, 1964), pages 51 à 68, nouvelle, trad. Christine RENARD *

5 - Allen Kim LANG, Le Loup dans la bergerie (Thaw and Serve, 1964), pages 69 à 77, nouvelle, trad. (non mentionné) *

6 - Paul GREGOR, La Vallée des monstres, pages 78 à 84, nouvelle *

7 - Doris Pitkin BUCK, Naissance d'un jardinier (Birth of a Gardener, 1961), pages 85 à 95, nouvelle, trad. Michèle SANTOIRE *

8 - Gilbert ATLANTE, Chère Salamandre !, pages 96 à 101, nouvelle

9 - J. P. SELLERS, Un message urgent pour Mr. Prosser ( Urgent Message for Mr. Prosser, 1964), pages 102 à 110, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

10 - Rudyard KIPLING, Eux (They, 1904), pages 111 à 134, nouvelle, trad. Arthur AUSTIN-JACKSON & Louis FABULET 

CHRONIQUES


11 - (non mentionné), Mort de Jean Ray, pages 134 à 135, article

12 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 136 à 146, critique(s)

13 - Alain DORÉMIEUX, Jean Ray défiguré, pages 147 à 149, article

14 - Jacques GOIMARD, Notules, pages 149 à 153, article

15 - Jacques SADOUL, Les Comics de science-fiction, pages 154 à 160, article


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


On aurait pu croire que J. T. McIntosh ne se contente que de maquiller en SF une histoire d'espionnage classique ; mais ce serait oublier qu'il s'agit d'un vieux routard qui maîtrise les ficelles du métier. L'idée principale de La planète pauvre est bien de l'ordre de la science-fiction (même si en l'exprimant ainsi : "n'est pauvre que celui qui ne peut pas épargner", rien ne nous le laisse présager). On se croirait un peu en virée en Corée du Nord. On pourrait peut-être reprocher à McIntosh la condescendance paternaliste de son héros, qu'on pourrait imaginer comme étant celle d'un McIntosh devant ses jeunes pairs. Une nouvelle efficace quoi qu'il en soit.


Les vents de Mars de Fritz Leiber soufflent une poésie en prose post-apocalyptique dans la solitude du sol martien, et diffusent des mirages.


L'homme de la mer de l'inconnu Edward Jesby est un récit proche de ceux de Poul Anderson, sur les peuples des temps de la reconstruction d'après la guerre nucléaire. Le ton y est plus poétique, mais plus évasif aussi, ce qui rend les enjeux un peu flous.


Allen Kim Lang travaille son sujet avec cruauté, et nous rappelle dans Le loup dans la bergerie qu'une utopie - ici celle d'un avenir où les rivages d'une paix universelle sont enfin atteints - ne saurait se maintenir en y agglomérant des éléments étrangers - ici celui d'un criminel de notre temps (ou presque) et condamné à une cryogénisation longue et au réveil dans un avenir incertain. On repensera au film Demolition man, mais vécu du point de vue du "méchant", ou encore à Idiocracy, dans une moindre mesure.


La vallée des monstres est perdue aux fins fonds de la jungle amazonienne, et des êtres y sont condamnés à y vivre une vie éternelle. Le voyageur égaré s'y échouant n'emportera que du mystère.

A propos de l'auteur : Paul Sebescen (1909-1988), dit Paul Gregor, s'était fait connaître dans les milieux ésotériques français par la publication en 1964 d'un étonnant témoignage sur la sorcellerie brésilienne, à savoir la macumba. Il avait été initié dans sa branche dite kwimbanda, celle considérée comme la plus «noire». Une sorcellerie étrange, à mille lieues des conceptions de la modernité occidentale. Né en Yougoslavie en 1909, Paul Gregor a toujours fait preuve d'un éclectisme pour le moins surprenant. D'abord juge d'instruction à Belgrade, il a été imprimeur, professionnel de tennis, chercheur de pierres précieuses, directeur de théâtre, producteur de films, éditeur, attaché de presse auprès de la légation yougoslave à Rio de Janeiro, explorateur, journaliste, camionneur, écrivain, dramaturge, cinéaste, etc. (source : http://bibliomane.free.fr/rec.php?aut=greg1)


Le brillant savant et sa jolie femme un peu simple d'esprit - voilà le cliché que Doris Pitkin Buck nous propose de déconstruire allègrement dans Naissance d'un jardinier, qui emprunte autant au fantastique qu'à la science-fiction, et autant à la sagesse orientale qu'au cartésianisme occidental. 


Chère salamandre ! est une charmante petite fable signée Alain Dorémieux sous le pseudonyme de Gilbert Atlante. On y retrouve l'axolotl, cet animal si étrange déjà célébré par Robert Abernathy (in Fiction n°13) et par Julio Cortazar (in Fiction n°114).

Bien mené, ce témoignage d'un gardien de nuit faisant l'objet de Un message urgent pour Mr. Prosser n'est qu'à peine fantastique et aurait plutôt sa place dans Mystère magazine (bien que Fiction place la nouvelle dans son fourre-tout "Insolite"). Mais on pourra l'apprécier tout de même, par sa vivacité de ton et son sens de l'énigme.


Circonvolutions autour du sens encore, mais cette fois-ci à la façon d'un Henry James, sans secret ni damnation néanmoins, bien que la même circonspection sur les propos rapportés par le narrateur y soient recommandés. Le thème classiquement fantastique de Eux (on se doutera bien vite de leur nature) ne sera jamais nommé, et Rudyard Kipling saura l'orner d'un style charmant et délicat.


Côté rubriques : en plein second souffle dans sa carrière, Jean Ray vient de rendre le dernier. Le précédent numéro de Fiction faisait encore état de sa nouvelle publication, mais la nouvelle tombe comme un couperet. Une note en fait état :

MORT DE JEAN RAY

Nous ne pensions pas, en présentant en mai 1964 notre numéro spécial Jean Ray, que ce serait là un des derniers hommages que celui-ci recevrait de son vivant. Son cœur déjà donnait depuis longtemps des inquiétudes à son entourage, et à plusieurs reprises des crises alarmantes l'avaient frappé. Ces derniers mois, cependant, son état s'était amélioré et ses amis reprenaient espoir. Il eut la très grande joie de tenir entre les mains le numéro que nous lui avons consacré. Il n'aura pas eu celle de voir le film qu'Alain Resnais compte toujours tirer un jour des Aventures d'Harry Dickson. Il s'est éteint doucement, le 16 septembre, dans sa maison de Gand. Il était âgé de 77 ans. Avec lui disparaît une grande figure : sans doute celle du plus grand auteur fantastique européen vivant. Il avait récemment reçu dans notre pays une consécration méritée de longue date. Les éditions Marabout, puis Robert Laffont, avaient entrepris des rééditions dont chaque nouveau titre augmente une liste déjà importante.

 

La place accordée par la presse française à sa mort montre qu'il « existait », désormais, aux yeux des critiques. On regrette qu'il ait dû attendre si tard pour que son talent s'impose en France. D'autant que nous avions été les premiers (dès 1951 dans Mystère-Magazine et 1954 dans Fiction) à le révéler.

 

Nous avions à maintes reprises souligné son importance. Rappelons l'article de Jacques Van Herp dans notre numéro 38 : Jean Ray ou le combat avec les fantômes, ainsi que la liste de ses nouvelles dans les deux revues : 

 

Mystère-Magazine

n° 41 La main de Goetz von Berlichingen

n° 57 Le dernier voyageur

n° 116 Dents d'or

n° 135 Mr. Gless change de direction

n° 142 Je cherche Mr. Pilgrim

 

Fiction

n° 9 La ruelle ténébreuse

n° 18 Le « Psautier de Mayence »

n° 38 Le Grand Nocturne

n° 48 Maison à vendre

n° 51 La choucroute

n° 82 Le cimetière de Marlyweck

n° 85 Le miroir noir

n° 99 Monsieur Wohlmut et Franz Benschneider

n° 100 Dürer, l'idiot

n° 102 La nuit de Pentonville

n° 105 Les noces de Mlle Bonvoisin

n° 108 Irish Whisky

n° 109 Josuah Güllick, prêteur sur gages

n° 110 Les étranges études du Dr. Paukenschläger

n° 126 Bonjour, Mr. Jones !

n° 126 Croquemitaine n'est plus

n° 126 Tête-de-lune

Et invitons nos lecteurs à se reporter à notre numéro spécial de mai dernier, qui contient la meilleure source de renseignements que l'on puisse trouver sur la vie de Jean Ray et son œuvre.

Frédéric de Towarnicki (à gauche) et une rencontre
entre Henri Vernes, Alain Resnais et Jean Ray (à droite).
Deux petites précisions s'imposent ; d'une part les indices biographiques rapportés dans les articles en question se révèleront en grande partie fictionnels (le chercheur flamand Geert Vandamme parle même de "rayalité" pour dénommer ces éléments biographiques imaginés et rapportés par Ray lui-même), d'autre part le film d'Alain Resnais adaptant Harry Dickson pour le cinéma ne verra jamais le jour. Un ouvrage, toutefois, relatant les repérages et les essais scénaristiques en fait état : Le scenario de Frédéric de Towarnicki pour un film (non réalisé) par Alain Resnais (Capricci - 2007). 

Dans ce même numéro de Fiction, on pourra lire la critique très acerbe que Alain Dorémieux fait du film de Jean-Pierre Mocky, La grande frousse, adaptation co-signée par Mocky et Gérard Klein de "La cité de l'indicible peur". Resnais, qui sait, aurait peut-être été plus inspiré, du moins aux yeux de Dorémieux, qui n'en est pas là à sa première séance gentiment pugilistique avec Klein (que, poliment, Dorémieux évite de nommer).



Le fait notable de la publication de la Chronique Les Comics de science-fiction n'est pas qu'elle aurait pu marquer les débuts d'une rubrique plus régulière, mais bien la trace assez rare de son auteur, qui vient à peine d'entrer dans l'équipe des Editions Opta : Jacques Sadoul. Nous reviendrons plus longuement sur cette signature - importante dans le monde de l'édition de la SF en France des années à venir - à l'occasion du Galaxie n°12 et de la publication du premier volume au "Club du Livre d'Anticipation" (CLA) des Editions OPTA.

10 décembre, 2025

Galaxie (2eme série) n°009 – Janvier 1965

Nous venons de la fêter : la lumière qui nous provient actuellement de Proxima du Centaure date de la naissance de ce Projet des Revues Fiction et Galaxie ; un éclat qui aura mis quatre ans à se révéler à notre perception, en parcourant ces 4 années-lumière. Et c'est ici notre 250ème article. Champagne !
Quant à ce numéro de Galaxie daté de Janvier 1965, c'est l'éclat de l'étoile Théta de la Petite Ourse qui en est le témoin, pour ces soixante ans de distance temporelle et spatiale.
La majeure partie des récits présentés dans ce numéro resteront sans publication ultérieure - seule exception faite pour la très bonne nouvelle de Clifford D. Simak, et qui ne sera reprise qu'en février 1975 sous le titre "Bile à gogo" dans la collection "Galaxie-Bis", devenue rare à son tour ; c'est dire que ce numéro est un trésor pour les collectionneurs. Et la qualité est au rendez-vous !

Et hop, un epub attrapé au vol !

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Sommaire du Numéro 9 :


1 - Poul ANDERSON, Pour construire un monde (To Build a World / Strange Bedfellows, 1964), pages 2 à 58, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par Gray MORROW *

2 - Clifford D. SIMAK, Les Pensées dangereuses (Worrywart, 1953), pages 59 à 71, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH

3 - Robert SHECKLEY, Un filon sur Vénus (Prospector's Special, 1959), pages 72 à 92, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

4 - Daniel F. GALOUYE, Esprit de combat (Fighting Spirit, 1960), pages 93 à 114, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par Dick FRANCIS *

5 - Allen Kim LANG, Les Hommes sans microbes (World in a Bottle, 1960), pages 116 à 151, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par Dick FRANCIS *

6 - (non mentionné), Nouvelles des auteurs de ce numéro parues dans l'ancien "Galaxie", pages 152 à 153, bibliographie

7 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 154 à 156, courrier


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Dans Pour construire un mondeon reconnait la trame habituelle de Poul Anderson : un représentant qui agit dans l'espoir d'une nouvelle donne se retrouve malgré lui entre les griffes de son adversaire rétif au changement. S'ensuivent captivité et évasion, avec son lots d'agents troubles et équivoques ("Ah ! les femmes !"). Ici, l'enjeu est de terraformer la Lune, mais ça pourrait être bien d'autres aléas. Malgré du style, et des effets qui finissent par devenir détectables à force de "trucs qui marchent", on espère cependant à l'échelle d'une novella un peu plus d'inattendu de la part d'Anderson. Ses amateurs apprécieront toutefois, car l'auteur a du métier.

Les pensées dangereuses rendent sans le savoir un hommage au travail du PReFeG :
Illustration de Knoth.

" Charley Porter est correcteur au Daily Times. Et c’est une drôle d’engeance, les correcteurs. Cela vous traque les virgules, cela vous dissèque les mots et cela vous passe les informations au crible. C’est un peu à mi-chemin entre une encyclopédie vivante et un répertoire alphabétique ambulant. Il peut arriver que l’on rencontre un reporter ou le rédacteur en chef d’un journal, que l’on voie leur photo ou que l’on entende parler d’eux. Mais l’on n’entend jamais parler d’un correcteur. "
Nous qui avons pour habitude de traquer jusqu'au moindre manque d'accent grave sur un à, nous ne pouvions qu'être par avance fascinés par cette nouvelle d'un auteur déjà fort appréciable, Clifford D. Simak (et nous nous rappelions déjà la nouvelle "Le correcteur" d'Isaac Asimov, in Galaxie 1ère série n°62).
Simak, donc, fait, avec beaucoup d'autodérision, de son protagoniste principal un correcteur de presse ! Il y a aussi d'autres hommages, rendus ceux-là aux lecteurs de science-fiction, qui, dans les années 50 dites de "l'âge d'or", ne réalisaient pas toujours leur chance d'assister à l'essor d'un genre, que nos contemporains ont, moins d'un siècle plus tard, totalement intégré à la littérature "blanche". Et pourtant, à l'époque, on en avait même presque honte, comme nous le montre l'extrait suivant :
— « Que lisez-vous à présent, Cooper ? » s’enquit Charley.
— « Oh ! les journaux, les magazines d’actualité, des trucs comme ça. »
— « Ce n’est pas cela que je veux dire. Je voudrais savoir ce que vous lisez pour vous distraire. Qu’est-ce qui a remplacé le Chat Botté ? »
Après avoir fait quelques manières, Cooper avoua :
— « Je lis de la science-fiction. Cela m’est venu il y a quelque chose comme six ou sept ans. On m’avait donné une revue de S.F… non, il y a plutôt huit ans de ça. »
— « Moi aussi, je suis amateur de S.F., » jeta Charley pour le mettre à l’aise.
Et jusqu’au soir, tous deux parlèrent science-fiction. 
Et Simak de poursuivre sur le plaisir de parcourir des revues de SF : 
Regagnant sa chambre, une brassée de revues de S.F. sous le coude, il décida de fermer la porte à ses soucis pour une nuit au moins et de lire uniquement pour son plaisir.
Il s’installa au creux de son fauteuil, les magazines empilés à portée de la main. Il ouvrit le premier, notant non sans plaisir que le premier récit était de la plume de son auteur favori. C’était l’histoire terrifiante d’un Terrien tenant un poste extra planétaire avancé dans des conditions épouvantables. La nouvelle suivante narrait l’aventure d’un astronef qui pénétrait dans un nœud de l’espace et se trouvait précipité dans un autre univers.
La troisième dépeignait la Terre menacée par une guerre atroce ; mais le héros trouvait la solution : il créait les conditions physiques qui bannissaient l’existence de l’électricité, la rendant impossible dans l’univers. Sans électricité, les avions ne pouvaient pas voler, les tanks ne pouvaient pas avancer et les batteries ennemies ne pouvaient pas être détectées. Donc, pas de guerre.
On pourra comprendre comment, sans nommer le roman, Simak évoque peut-être "Ravage" de René Barjavel. 
Après ces circonvolutions, et quoi qu'il en soit, parmi les histoires d'Escamotage - selon le titre d'une nouvelle de Richard Matheson (in Fiction n°29) - on retiendra avec bonheur ces Pensées dangereuses, tant celle-ci articule diverses questions à propos de celui qui aurait le pouvoir de modeler la réalité selon ses désirs. Tout d'abord l'énigme du bruit que fait la chute d'un arbre s'il n'y a personne pour l'entendre tomber. Ensuite,  le point de vue forgé par l'expérience du chat de Schrödinger : tant qu'on ne peut pas observer les résultats d'une expérience, il se pourrait que toutes les probabilités coexistent dans la réalité. Enfin, quelle légitimité y aurait-il à agir non plus sur son environnement immédiat et sur son entourage (comme c'est le cas dans, pour ne citer que lui, la terrifiante nouvelle de Jerome Bixby : "La meilleure des vies"- in Fiction Spécial n° 3) mais sur le Monde, si l'intention était de vouloir rendre durable la Paix. Simak précipite tout cela, et cristallise aussi dans son récit la tentation de tout écrivain de SF de figurer le monde non plus comme il est, mais comme il sera, et de forcer ainsi la crédulité de ses lecteurs, de leur faire admettre une fantaisie pour une prédiction, de l'imagination pour un calcul de probabilité, et un point de vue pour une prévoyance.
  

La détresse du Prospecteur, criblé de dettes, rongé par la soif, au seuil de la mort, qui ne peut que s'entêter dans son désir de trouver le meilleur filon, et même Un filon sur Vénus. Mais que ce soit sur Terre dans les étendues glacées du Klondike ou dans les déserts brûlants de Vénus, les enjeux restent les mêmes. Robert Sheckley s'amuse avec l'absurde de la situation mais son humour ne met pas d'aplomb une intrigue un peu faible.
 

On se rattrape largement avec Daniel F. Galouye, qui emprunte un ton humoristique et donne la parole à un escroc présomptueux pour décrire une guerre inter espèces d'un genre particulier, où L'esprit de combat trouve tout son sens aux toutes dernières lignes de ce récit à chute.


Dans un centre de recherches sur des cobayes humains tous totalement aseptiques, Les hommes sans microbes, et ce depuis leur naissance, on déplore deux décès, suite à l'exposition volontaire et impulsive aux bactéries du "monde extérieur". Car ce qu'il semble manquer à ces êtres humains coupés de la jouissance du reste du monde, c'est un but qui les enthousiasme réellement. Et voilà qu'un explorateur découvre sur Mars un crâne humanoïde vieux de 20 000 ans, et qu'un signal sonore, organisé comme un algorithme, est capté en provenance de la Constellation du Centaure. Allen Kim Lang signe le récit parfaitement plausible de toute une chaîne d'événements qui ouvrirait à l'humanité la voie de l'exploration interstellaire, avec beaucoup d'humanité et des arguments scientifiques concrets.
L'auteur Allen Kim Lang sera un météore dans l'écliptique de la Galaxie. Trois nouvelles uniquement (une dans le n°132 de Fiction et une troisième dans le Galaxie n°14) seront publiées en revue en France, malgré un talent prometteur et une rigueur scientifique assez notable.



C'est le Courrier des lecteurs qui fera les choux gras des extraits choisis de Galaxie pour ce numéro. Tout d'abord, à propos des couvertures, toutes pour le moment issues de l'édition américaine, on pourra lire :
Je vous le répète, ce n’est pas seulement une opinion personnelle, mais aussi l’opinion de gens cultivés qui lisent Galaxie en « privé », mais n’oseraient pas l’exhiber n’importe où.
On retrouve la "honte" du lecteur de SF qu'évoquait Simak. Pour ce qui est d'abandonner les couvertures américaines, il faudra attendre le Galaxie n°44 de décembre 1967 pour apprécier le travail d'un illustrateur français, et pas des moindres : Philippe Druillet ! Mais sans doute les lecteurs un peu prudes continueront-ils de cacher en public leurs couvertures parfois un peu déshabillées ! Prenons les paris que d'autres sauront les assumer, comme on put le remarquer pour les couvertures de Fiction et les "filles de Forest" (voir Fiction n°80 de Juillet 1960).

 
Sur le choix éditorial de ne publier que des auteurs anglo-saxons, transfuges de la revue américaine d'origine, un lecteur prévient :
Ceux qui sont chauvins n’ont qu’à lire Fiction ou les livres du Fleuve Noir.
Et en effet, bien que ça n'a pas été sa vocation de départ, c'est Fiction qui s'y collera pour publier les auteurs français (et bien entendu le Fleuve Noir, sur un tout autre registre cependant). Le choix des couvertures évoqué plus haut n'y est sans doute pas pour rien : Galaxie, pour ses lecteurs d'alors, c'est l'Amérique ! Comme quoi, le colonialisme culturel a la vie dure !
 
Enfin, sur la publication de "novellas" et romans à épisodes, on ne peut pas dire que le choix de Fritz Leiber avec sa "Guerre dans le néant" (Galaxie n°4 et n°5) ait été heureux. Bouc émissaire tout désigné dans ce courrier des lecteurs (et comme toujours pas pour les bonnes raisons : le récit était trop bavard pour justifier deux épisodes, mais il s'agissait cependant de SF inventive, intelligente, généreuse), on lira cependant un avis éclairé parmi ses détracteurs :
Je n’ai pas tellement apprécié la Guerre dans le néant de Fritz Leiber, mais j’éprouve quelque appréhension quand vous dites que vous éviterez à l’avenir les récits « trop peu orthodoxes ». Quelle est l’orthodoxie en science-fiction ? Il ne faut pas que votre revue se confine dans d’étroites limites
Galaxie y mettra peut-être un peu de temps, mais parviendra à sortir de "l'orthodoxie anglo-saxonne de space-opérette" pour, à l'instar de Fiction, définir sa propre identité.

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