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21 juin, 2026

Cadeau bonus : Fiction Spécial n °8 : L'Âge d'or de la science-fiction - Astounding 1ère série, 1940-1947 (Décembre 1965)

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Prévu pour le mois de Novembre 1965, et donc mentionné comme un numéro 144 bis, c'est avec un petit mois de retard que parait le Fiction Spécial n°8. Quelle n'est pas notre surprise de constater un revirement dans la politique éditoriale, qui s'était déclarée vouloir développer le champ de publication d'une science-fiction européenne (et forte de 4 anthologies consacrées aux auteurs français ainsi qu'une aux auteurs italiens).
Car c'est la science-fiction à l'américaine, et celle datée des années 1940 qui plus est !, qui est mise à l'honneur, à travers un choix des nouvelles les plus marquantes parues dans la revue "Astounding", pionnière du genre, sous le titre "L'Âge d'Or de la science fiction".

On ne saurait jamais assez questionner la notion "d'Âge d'Or", toujours acoquinée d'une appartenance à "l'originel" (la faute à Hésiode !), comme si tous les développements ne valaient jamais l'original, n'arrivaient jamais à le surpasser, ni même l'égaler. Le 4ème de couverture évoque même "La science fiction à son sommet", signifiant par-là que tout le reste depuis n'est que dégénérescence ou descente dans les bas-fonds (de la qualité, sous entendu).
Argument publicitaire sans aucun doute, mais qui ne manque pas de jeter le trouble dans le rôle que désire afficher la revue dans la promotion d'un genre encore peu admis en tant que tel, en France du moins, dans les rangs de la littérature générale (et chez les grands éditeurs français). Un tant soit peu "réactionnaire" dans son choix, donc, ce numéro Spécial sera même le premier d'une longue série d'anthologies consacrées aux auteurs outre-atlantiques d'antan.

En réalité, les huit nouvelles qui constituent cette anthologie ne reflètent pas entièrement le choix de l'équipe française de Fiction. Il s'agit de la traduction d'une anthologie américaine célébrant la revue de John W. Campbell : "The first Astounding S. F. anthology". L'ensemble est traduit par un Pierre Billon qui a dû travailler d'arrache-pied pour livrer (presque) à temps la matière que voilà, et qui, avouons-le tout de même, est de bonne, voire de très bonne qualité.

Sommaire du Fiction Spécial n°8 :
1 - (non mentionné) , Introduction, pages 5 à 6, introduction
2 - Robert HEINLEIN, Il arrive que ça saute (Blowups Happen, 1940), pages 9 à 55, nouvelle, trad. Pierre BILLON
3 - Jack WILLIAMSON, Le Renégat (Hindsight, 1940), pages 56 à 75, nouvelle, trad. Pierre BILLON
4 - Alfred Elton VAN VOGT, Le Caveau de la bête (Vault of the Beast, 1940), pages 77 à 103, nouvelle, trad. Pierre BILLON
5 - Lyon Sprague DE CAMP, L'Exalté (The exalted, 1940), pages 105 à 128, nouvelle, trad. Pierre BILLON *
6 - Lewis PADGETT, Point de rupture (When the Bough Breaks, 1944), pages 129 à 155, nouvelle, trad. Pierre BILLON *
7 - Henry KUTTNER, Combat de nuit (Clash by Night, 1943), pages 157 à 217, nouvelle, trad. Pierre BILLON *
8 - Murray LEINSTER, Premier contact (First contact, 1945), pages 219 à 252, nouvelle, trad. Pierre BILLON
9 - Eric Frank RUSSELL, Violon d'Ingres (Hobbyist, 1947), pages 253 à 286, nouvelle, trad. Pierre BILLON

* Nouvelle restée sans publication postérieure à celle présentée ici.

FICTION présente son nouveau numéro Spécial :

L'introduction tout d'abord ...

Dans l’histoire de la science-fiction américaine, 1937 est une date déterminante : c’est celle à laquelle John W. Campbell devint rédacteur en chef de la revue Astounding Science Fiction. Celle-ci existait déjà depuis sept ans, mais c’est seulement sous l'impulsion de Campbell qu'elle devait prendre une importance capitale, et occuper la place qui fut la sienne entre 1940 et 1955 : celle de la meilleure revue américaine dans ce domaine.

Avant Campbell, il n’existait pas de magazine de science-fiction sérieux digne de ce nom. Avec lui, le nom même de Astounding devint le symbole d'une science-fiction adulte, cohérente, scientifiquement vraisemblable, empreinte d’un souci de réalisme : caractéristiques qui firent prendre au genre un tournant décisif et le marquèrent durablement.

Parmi les auteurs découverts par Campbell à cette époque et publiés en vedette par Astounding, figurent la plupart des grands maîtres de la science-fiction : Robert Heinlein, Isaac Asimov, A. E. van Vogt, Clifford D. Simak, Theodore Sturgeon, Henry Kuttner, etc. Sans compter ceux qui, tels Jack Williamson ou Murray Leinster, avaient fait leurs débuts auparavant mais écrivirent dans Astounding leurs œuvres les plus achevées.
On peut donc bien, en se référant à la carrière de ce magazine prestigieux, parler d'un Age d'Or de la science-fiction : l’époque où celle-ci s'affirma pour la première fois comme un genre littéraire.

De cet Age d'Or, une image est offerte pour la première fois par cette anthologie, où sont groupés huit grands récits publiés dans Astounding entre 1940 et 1947. (Une seconde anthologie, à paraître l’année prochaine, regroupera des récits publiés de 1947 à 1951.)

... et le quatrième de couverture :

LA SCIENCE FICTION A SON SOMMET

La science-fiction nous entraîne
vers des planètes étranges,
vers les merveilles d'un lointain futur,
vers les horreurs possibles de la vie
sur Terre dans un siècle d'ici.
Les bases de la science-fiction moderne
furent jetées aux Etats-Unis
par le magazine Astounding
qui dans les années 1940
servit de tremplin à tous
les grands auteurs d'aujourd'hui.
Dans cette anthologie, vous trouverez
huit grands récits appartenant
à cet Age d'Or de la science-fiction,
huit récits dont les thèmes ont fait date.
Vingt années plus tard,
ces œuvres restent mémorables.

Un merveilleux stimulant de l'imagination !

L'avis du PReFeG :

Une chose frappe de prime abord : l'éblouissante distraction des auteurs américains de cet autoproclamé "Âge d'Or" envers un conflit qui ravageait l'Europe. Les quatre premiers récits datent de 1940, dont celui de Heinlein, qui, s'il parle d'énergie atomique, celle-ci ne semble dépendre que de la seule exploitation américaine de l'uranium ; s'il parle de bombe, ce n'est que pour décrire le moteur de la centrale atomique dont on redoute l'instabilité conceptuelle.
Jack Williamson quant à lui évoque peut-être, en cette même année 1940, le nazisme triomphant lorsqu'il met en scène des hordes de pirates devenus plus puissantes que les planètes-états, et donc inévitablement tentées par l'impérialisme, mais le héros qui leur désobéira ne le fera pas par idéologie, mais par patriotisme.
Les nouvelles de Van Vogt et de Sprague de Camp datant de cette même année renforcent cette impression que l'Amérique, alors, regardait ailleurs, et que la science-fiction de cet Âge d'Or n'avait pas pour mission d'extrapoler l'avenir à partir des éléments du présent, mais bien au contraire de distraire du présent avec des éléments imaginés pour l'avenir - soit toute la différence entre spéculation et fantasme.

Placer la nouvelle de Robert Heinlein Il arrive que ça saute en toute première position est sans doute ce qui induit le plus cette impression d'une Amérique distraite. Le choix du thème de la nouvelle de Heinlein - l'énergie atomique - est pourtant au cœur des préoccupations militaires de cette seconde Guerre Mondiale qui n'est, en 1940, pas encore arrivée au bout de ses atrocités. Nous avons là une étrange SF d'avant-guerre où la puissance atomique n'est pas déjà envisagée comme une arme, même dissuasive. Heinlein nous dépeint un futur (à travers les cabines de métro individuelle et les super véhicules qui transporte les protagonistes en un éclair) dispendieuse en énergie par sa technologie, mais qui n'a pas dépassé le stade de la recherche sur la fission de l'uranium. S'ensuit un récit sans doute un peu naïf sur les dangers réels d'une centrale atomique, mais dont le risque de panne ou d'explosion ne résulterait que d'un défaut de surveillance humaine, ou de la névrose qui toucherait les ingénieurs, surveillants eux-mêmes surveillés par des psychiatres toujours sur leurs talons. Pas vraiment de la SF donc, du moins de nos jours, mais bien plutôt du retrofuturisme un peu trop didactique pour parvenir à nous emmener très loin dans les anticipations.
On pourrait reprocher aussi la morgue et le grand sérieux un peu naïf avec lequel Heinlein aborde son récit (on le connait heureusement plus léger, notamment dans ses récits adressés à un plus jeune public). Le passage suivant, par exemple, qu'on pourrait juger humoristique, du moins satyrique, ne l'est en fait pas du tout  :

Il leur exposa le schéma d’un projet de campagne de propagande à l’échelle nationale, telle qu’une grande firme de publicité en pouvait entreprendre couramment. Elle était complète jusqu’au moindre détail : émissions radiophoniques, tracts, publicité dans les journaux et les magazines avec éditoriaux de commande, « comités de citoyens » factices et – chose importante entre toutes – une campagne de bouche à oreille et une organisation de lettres au Congrès. Chaque homme d’affaires présent savait d’expérience comment tout cela fonctionnait.
On retrouvera ce type de plan de propagande souvent joliment moqué par Frederik Pohl et Cyril Kornbluth - dans Planète à gogos, par exemple.
Quoi qu'il en soit, Heinlein, malgré un style ici très bavard, connait déjà son métier et arrive tout de même à produire un texte agréable à suivre.

Le fait de pouvoir changer depuis l'avenir le cours du passé et ainsi remodeler des batailles perdues en victoire, cela serait une arme redoutable. Mais n'y a-t-il pas des facteurs qui échappent au jeu des causes et des conséquences ? Voilà la question posée par Jack Williamson, dans Le renégat, et qui semble rendre inéluctable la marche des événements…

Dans Le caveau de la bête, A. E. Van Vogt reprend à son compte l'idée de Campbell (in La chose d'un autre monde) d'un envahisseur métamorphe extraterrestre, et place le lecteur en témoin de son intimité intérieure. Comme toujours chez cet auteur, les enjeux sont énormes, toujours trop, et un seul homme parvient à déjouer tous les pièges. On adhère ou pas.

Dans la série des nouvelles "Moquons allègrement la morgue des grandes universités et leurs pompeux professeurs", après les écrits de Reginald Bretnor ou de Robert Abernathy, par exemple, Lyon Sprague de Camp et L'exalté proposent une jolie collection d'inventions farfelues mais qui pourraient toutes se prétendre sujet d'une nouvelle chacune. Inepte, on jugera même certains aspects de la traduction - comme le langage de l'ours parlant - un peu déplacés, mais l'ensemble demeure cocasse.

" L’humour n’est pas un sens inné, mais il se développe essentiellement sur le fond de cruauté qui existe chez la plupart des individus. Plus un intellect est primitif, plus son sens de l’humour est élémentaire. Il est probable qu’un cannibale s’amuserait prodigieusement de voir sa victime se débattre dans la marmite. Un homme glisse sur une peau de banane et se rompt le cou. À ce moment, l’adulte cesse de rire ; l’enfant, pas. Une situation embarrassante est tout aussi pénible pour un individu civilisé que la douleur physique. Un bébé, un enfant, un crétin sont incapables de pratiquer l'altruisme. Aucun d’eux ne peut s’identifier avec un autre individu. Il manifeste un regrettable égotisme ; son comportement est régi par des règles entièrement arbitraires et le contenu de la poubelle, répandu à travers la chambre à coucher, ne semblait nullement comique aux yeux de Myra et de Calderon. "
De l'humour, certes ; mais on retrouve aussi deux des thèmes de prédilection du couple Lewis Padgett : les enfants qui s'adonnent aux dangereuses expériences que leur alloue une intelligence hors-norme, ainsi que la machine infernale de la fatalité dont le ressort est remonté à bloc, mais qui n'empêche pas l'audace humaine de tenter d'en enrayer la marche et d'atteindre le Point de rupture.

A noter : cette nouvelle datée de 1941 par la revue, a été publiée originellement en novembre 1944, dans le même numéro d'Astounding qui édite "Killdozer" de Theodore Sturgeon.

On croirait lire du Poul Anderson : même application à rendre crédible un monde - ici celui des bases sous-marines de Vénus, même sens des péripéties aux enjeux croisés dans des batailles qui font rage d'une part entre armées, et d'autre part aux fins fonds d'un protagoniste encerclé par ses contradictions... Mais dans Combat de nuit, la guerre n'est pas perçue comme un élan vital, la victoire a l'amertume des vanités, et le combat ne vaut que par l'absurdité de sa cause. Une bonne novella de Henry Kuttner demeurée introuvable depuis.

Premier contact : une première rencontre entre terriens et extraterrestres a lieu dans les circonstances particulières d'explorations spatiales. Or, chaque corps de vaisseau se doit de ne rien révéler de son berceau d'origine avant que ne puisse s'installer une confiance réciproque et inconditionnelle, conditions éminemment rares et périlleuses. La nouvelle tourne et retourne ce problème dans tous les sens pour chercher à éviter l'inévitable conflit, jusqu'à... Un bel hymne à l'amitié entre les peuples du vétéran du genre Murray Leinster.

Tel Robinson Crusoé, un explorateur patenté se retrouve naufragé sur une planète étrangère, loin de toute route galactique, et sans pouvoir ni se localiser, ni repartir. Une première énigme s'impose à lui, puis une autre… Le récit suit des péripéties de raisonnements et de sang-froid extraordinaires, qui pourraient paraître un peu factuels et froids s'il n'y avait pas la présence cocasse de Laura, un beau perroquets ara au langage bien fleuri. Une belle nouvelle bien équilibrée d'Eric Frank Russell, dont la raison d'être du titre, Violon d’Ingres, ne se dévoile qu'à la toute fin.

On terminera sur une petite note de la rédaction à propos de cette nouvelle, écrite après-guerre, et qui semble faire état d'une science-fiction déjà différente de celle des années passées : " Son récit est l’un des plus curieux et des plus recherchés du présent numéro, et il annonce sans contredit un type nouveau de science-fiction à résonances psychologiques, tel qu’il commençait à se dessiner à la fin des années 1940. " Ceci annonce surtout le second volet de cette anthologie de la revue Astounding, et qui fera l'objet du Fiction Spécial n°9 (n°150 bis de mai 1966), mais où l'on verra aussi que les considérations littéraires seront axées sur un autre pôle : la Guerre Froide et la peur de l'extinction massive de l'espèce humaine...

03 juin, 2026

Fiction n°143 – Octobre 1965

De très bonnes signatures pour des récits restés pour la grande majorité sans édition ultérieures - un numéro collector, donc ! On y remarquera l'entrée du nouveau Gérard Torck, qui proposera quelques nouvelles à Fiction et un peu plus tard à la revue "Horizons du Fantastique". Un numéro qui ne laisse pas sur sa faim, à mordre à pleines dents.

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Sommaire du Numéro 143 :


1 - (non mentionné) , Vous lirez bientôt dans "Fiction", pages 8 à 8, bibliographie


NOUVELLES


2 - Chad OLIVER, L'Esprit gardien (Guardian Spirit, 1958), pages 9 à 50, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

3 - Avram DAVIDSON, La Sixième saison (The Sixth Season, 1960), pages 51 à 63, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE *

4 - Gérard TORCK, Celui qui se souvenait, pages 64 à 69, nouvelle *

5 - Nathalie HENNEBERG Le Soleil de Thulé, pages 70 à 113, nouvelle

6 - Ward MOORE, Le Mystérieux laitier (The Mysterious Milkman of Bishop Street, 1965), pages 114 à 128, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

7 - Jacqueline H. OSTERRATH, Pour le meilleur et pour le pire, pages 129 à 140, nouvelle *

 

CHRONIQUES


8 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 141 à 149, critique(s)

9 - (non mentionné) , En bref, pages 151 à 151, article

10 - Alain DORÉMIEUX & Jacques GOIMARD, L'Écran à quatre dimensions, pages 152 à 158, article

* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


"(…) il y a le fait que des régions sous-développées constituent un bien médiocre marché pour une civilisation industrielle. Le développement de la propulsion ionique avait permis de développer le commerce interplanétaire et les usines terriennes n'étaient pas prévues pour construire en série des pointes de flèches. Si on veut vendre des postes de télévision, il est préférable de développer préalablement l'énergie électrique. Si on désire vendre des tracteurs, il serait souhaitable que l'agriculture ait déjà été inventée. Si on s'adresse aux consommateurs, une population nombreuse et prospère vaut vieux qu'une tribu squelettique et affamée.

L'esprit humain est ainsi fait qu'il est capable de justifier par des arguments humanitaires les causes les plus détestables. Il vous démontrera que toutes ses entreprises, depuis les Croisades jusqu'à la traite des esclaves, lui ont été inspirées par les sentiments les plus nobles et les plus désintéressés."

"Et pan pour le Plan Marshall !", pourrait-on ajouter à cet extrait de L'Esprit gardien. Chad Oliver, en sa qualité d'auteur américain, ne pense peut-être pas être si subversif pour un lecteur européen. On apprécie tout de même le détachement anthropologique dont il a toujours fait preuve, du fait de sa formation professionnelle. Dans cette veine qu'il nourrit avec talent, Chad Oliver nous propose de reconsidérer le sauvage par rapport au primitif, le progrès comparé à la pérennité des traditions, la technologie en balance avec l'harmonie. Confronté à une peuplade sur une planète colonisable, son héros doit percer le mystère des indigènes qui ne connaissent ni enfants, ni vieillards, ni même sens de l'Histoire…


Un autre récit d'observation scientifique, plus physiologique et climatologique qu'anthropologique cette fois-ci, avec La sixième saison, par une équipe de chercheurs sur une planète de l'étoile Vega. L'enjeu en est la compréhension du mystère de la disparition d'un premier équipage, et celle du cycle de vie d'une racine locale permettant de rallonger conséquemment la vie. On ricanera de bon cœur avec cette nouvelle (encore une fois gastronomique) de Avram Davidson.


Une évasion, une cavale, une ville brûlée de soleil et vide de ses habitants… Dans un style singulier et énigmatique, Gérard Torck cherche à nous faire entrevoir des périls qu'on peine un peu à cerner. Mais c'est cette confusion qui fait tout le piquant de Celui qui se souvenait.

A propos de Gérard Torck, la revue déjà citée "Horizons du Fantastique" dira dans son numéro 11 (juin 1970) :

Gérard TORCK : Quelques nouvelles dans « Fiction », poète et auteur de S.F. en puissance et déjà accompli, promet beaucoup et ne nous décevra certainement pas.

L'auteur y fera les déclarations suivantes :

" Avec le retour en force de la SF. française, je pense reprendre de vieux rêves, comme un roman d'Héroic Fantasy, ainsi qu'un ensemble de nouvelles qui se présenterait sous forme de saga du temps actuel : le fantastique en H.L.M..." (...)  Je ne pense pas qu'on puisse parler d'une S.F. française ou même européenne. La S.F., comme le roman policier « thriller », placée dans le contexte américain, se reconnaît immédiatement car il existe une unité de ton, de vision, malgré et peut-être surtout à cause de la multiplicité des talents, qui ne trompe pas les amateurs. La S.F. française n'est pas « une », mais elle souffre surtout d'une dispersion des talents et du manque d'intérêt des lecteurs. (…)  L'âge d'or de la S.F. [française] est arrivé il y a quelques années lorsque N.-C. Henneberg, Carsac, Kije et autre Barbet faisaient sortir leurs œuvres. Malheureusement pour eux et pour nous, le lecteur français n'était pas prêt. Aujourd'hui, les « ténors » français ont peu à peu laissé la S.F. dans l'ombre pour s'occuper d'autres branches de la littérature. (…) Les collections [de SF] actuelles, revues, etc. n'encouragent pas les auteurs français, lesquels ne sont pas connus du public ; le cercle infernal est toujours bouclé ! Il reste à un éditeur de prendre le risque — certainement important — de lancer une revue ou une collection de S.F. littéraire, c'est-à-dire bien écrite, structurée, vivante, dont les héros sont vrais, et qui s’ouvrirait en priorité aux auteurs français. (…) Je pense que les petits fanzines sont une bonne chose, un peu comme le cinéma d'avant-garde à ses débuts : travail bâclé, mais qui permet à tous les fans de lire ou d'écrire sans subir les contraintes des circuits commerciaux. Mais il est nécessaire que ces fanzines quittent très vite, dès qu'ils ont une certaine clientèle, la formule polycopiée pour déboucher sur le semi-professionnel de façon à ne pas tourner en rond. Grâce à eux, la S.F. française s'est maintenue dans des courants peut-être souterrains mais qui permettront à des nouveaux talents de s'imposer un jour. (…)  La spéculation sur les livres [à savoir les anciennes éditions chez Fleuve Noir ou Le Rayon Fantastique que se disputent les collectionneurs] recouvre, à mon avis, une forme de snobisme, mais surtout une très grande soif de retrouver les bons vieux textes, car la clientèle se renouvelle et les jeunes cherchent les classiques, avec la loi de l'offre et de la demande… "


Mêlant comme à son habitude mythologies antiques et enjeux galactiques, Nathalie Henneberg nous propose dans Le Soleil de Thulé de revisiter Faust et la jeunesse éternelle proposée ici à un astronaute réputé d'une part pour sa longévité (car vieilli moins vite du fait de nombreux voyages à la vitesse de la lumière) et d'autre part pour sa grande sapience, dans un univers décadent et assoiffé de vie nouvelle. Mais c'est toujours par un retour aux mythes premiers que ce renouvellement se fait chez cette autrice au talent certain, mais un peu monomaniaque dans ses inspirations (une insurpassable Atlantide, notamment).


Encore un peu de gastronomie après Avram Davidson, avec Le mystérieux laitier de Ward Moore… mais en apparence seulement. Fiction rapproche cette nouvelle de La choucroute de Jean Ray, mais elle en est en réalité le contrepied, et pose surtout et comme si de rien n'était le souci de l'absence de tendresse en notre vallée de larmes. Et si, à l'instar d'un séduisant démon tendant ses pièges, on imaginait un être inversement peu affable mais prolixe de bons augures et facilitateur pour toute chose, ne serait-ce pas aussi éprouvant pour son bénéficiaire ? Car finalement, rien ne vaut pour l'être humain la satisfaction du libre-arbitre, même illusoire.


Encore un thème classique pris à contrepied, Pour le meilleur et pour le pire ; malgré un démarrage plus proche de la comédie de mœurs que du récit insolite, malgré toutes les apparences d'un soupçon de fantastique que l'on voit venir et que l'on croirait complètement éventé,  Jacqueline Osterrath arrive à ses fins avec un récit à chute inattendu. Habile.



Après le succès inattendu (pour Maurice Renault, directeur de publication chez OPTA, mais pas pour Jacques Sadoul à l'initiative de cette publication) du "Fondation" d'Isaac Asimov en version luxueuse, une nouvelle collection s'apprête à être lancée sur le marché. Les amateurs auront deviné qu'il s'agit de la prestigieuse collection "Club du Livre d'Anticipation", ou C.L.A., qui verra de nombreux auteurs de qualité bénéficier d'éditions soignées et illustrées, et souvent de textes par ailleurs inédits, dans des tirages limités à 4000 exemplaires en moyenne. A cela vont s'ajouter dans la même période les débuts de la collection "Galaxie Bis" (voir Galaxie n°13), ce qui témoigne d'une belle santé éditoriale des éditions OPTA, malgré la raréfaction d'autres collection dédiées à la SF. Voici l'annonce que fait ce numéro 143 de Fiction des débuts du CLA (construite sur le modèle du Club du Livre Policier) :


Naissance du Club du Livre d'Anticipation

Devant le succès remporté par notre édition intégrale de FONDATION, nous avons le plaisir d'annoncer la création du CLUB DU LIVRE D'ANTICIPATION.

Ce club se propose d'éditer, à raison de quelques ouvrages par an, les meilleurs titres de la littérature de science-fiction, et ses auteurs les plus prestigieux, en des volumes reliés dignes d'une bibliothèque.
Après FONDATION, premier titre du Club du Livre d'Anticipation (voir page ci-contre), nous présenterons, en novembre prochain, un volume réunissant deux romans d'A. E. van Vogt qui se font suite.
Tous détails seront donnés à ce sujet dans notre prochain numéro.


Les amateurs que nous sommes se réjouissent souvent de l'évasion bon enfant que propose Jack Vance. Dans ce numéro de Fiction, Demètre Ioakimidis nous propose sa recension du roman "Les langage de Pao", en Présence du Futur (et que nous vous proposons en bonus dans l'édition J'ai Lu, en cliquant sur la couverture ci-dessous). On le verra, Ioakimidis n'est pas à proprement charmé par le roman, bien qu'il en apprécie le style ; ses critiques sont toutefois pertinentes, et ne nous pousserons pas à bouder notre plaisir.

Dextreclik en Paonais

Jack Vance

Les langages de Pao

Ce roman combine deux thèmes, dont le premier est de nature sociologique, et dont le second relève de l'aventure pure et simple. L'un et l'autre de ceux-ci sont intéressants en eux-mêmes, mais ils sont traités de façon parfois décevante. Leur combinaison eût pu donner quelque chose de très vivant, mais Jack Vance en a tiré un roman qui, en dépit de passages excellents, laisse le lecteur sur sa faim.


C'est au thème sociologique que se rapporte le titre. La planète Pao est apparemment un monde jadis colonisé par des Terriens, et habité par les descendants de ces colons. Indolents et paisibles, les Paonais se contentent d'une culture en stagnation. Ils parlent une langue qui correspond à leur indolence et à l'apathie avec laquelle ils s'accommodent d'assassinats occasionnels dans leur dynastie régnante. À la suite d'un tel assassinat, un « sorcier » originaire d'un monde voisin propose un plan audacieux pour sortir les Paonais de leur torpeur : la création d'idiomes différenciés pour les divers groupes sociaux, chacun de ces idiomes étant fabriqué de manière à stimuler la créativité propre d'un groupe. Le sujet est intéressant, et Vance le rend tout aussi vraisemblable que le parler « socialiste » standardisé décrit par George Orwell dans 1984


Les aventures sont celles de Béran Perasper, héritier légitime du trône de Pao, que le « sorcier » Palafox emmène sur sa propre planète, pour le soustraire au danger et l'élever. Palafox n'est pas sorcier, en réalité, mais un savant ambitieux qui entend utiliser le jeune prince comme un outil en vue de sa propre conquête de Pao. Béran combinera donc des éléments culturels du monde de Palafox avec ses caractères innés de Paonais.


L'astuce de l'auteur consiste à faire sentir que le monde de Palafox comporte ses propres faiblesses – bien que celles-ci restent naturellement invisibles aux tranquilles Paonais. La principale est une sorte de sclérose due à une tradition trop strictement observée : importation de femmes étrangères destinées à l'enfantement de fils, modification du corps du « sorcier » pour en faire une sorte de super-organisme de robot, patriarcat myope et égoïstement replié sur lui-même. De son éducation, Béran tirera des traits qui s'uniront à ceux de sa propre race pour surprendre finalement Palafox.


Tout cela est ingénieux, et correctement traduit par Élisabeth Gille. L'échec de l'auteur provient de la difficulté qu'il y a à rendre également intéressants les événements individuels et ceux qui affectent l'ensemble d'une vaste collectivité. Jack Vance raconte plus aisément les premiers que les seconds : ses scènes de batailles et de révolutions n'ont pas le mouvement de celles de Poul Anderson, de telle sorte que le lecteur les considère avec une certaine indifférence.


Conscient sans doute de cette faiblesse, l'auteur adopte parfois le point de vue distant de l'historien – avec plus de bonheur, il faut le souligner – et il en résulte une inégalité dans l'équivalent de ce que les peintres appellent la matière.


L'ensemble n'est pas dénué d'intérêt, il s'en faut de beaucoup ; mais les idées utilisées eussent mérité un traitement plus soigné, avec un meilleur contrepoint des deux thèmes principaux.


Demètre IOAKIMIDIS

13 mai, 2026

Galaxie (2eme série) n°020 – Décembre 1965

Vous l'avez tous en poche, il vous sert à tout, vous rappelle vos obligations de la journée, vous distrait, meuble votre temps perdu avec les messages de vos plus ou moins proches... et Fritz Leiber en avait déjà imaginé les possibilités il y a plus de 60 ans...

Clic droit devant, capitaine !

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Sommaire du Numéro 20 :


1 - Fritz LEIBER, Le Pense-bête (The Lone Wolf / The Creature from Cleveland Depths, 1962), pages 4 à 53, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par Wallace (Wally) WOOD

2 - Brian ALDISS, Le Monde de Scarfe (Scarfe's World, 1965), pages 54 à 71, nouvelle, trad. René LATHIÈRE, illustré par Gray MORROW *

3 - Keith LAUMER, Sur le seuil (Doorstep, 1961), pages 72 à 77, nouvelle, trad. Michel DEMUTH *

4 - Cordwainer SMITH Le Jeu du Rat et du Dragon (The Game of Rat and Dragon, 1955), pages 78 à 92, nouvelle, trad. Michel DEMUTH

5 - Robert SILVERBERG, Le Robot gardien (The Sixth Palace, 1965), pages 93 à 104, nouvelle, trad. René LATHIÈRE

6 - Henry SLESAR, Une drogue miracle (The Stuff, 1961), pages 105 à 110, nouvelle, trad. Michel DEMUTH *

7 - Jack SHARKEY Le Bébé géant (Big Baby, 1962), pages 111 à 146, nouvelle, trad. Michel DEMUTH, illustré par Jack GAUGHAN *

8 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 147 à 147, bibliographie

9 - (non mentionné) , Résultat du référendum sur le n° 18, pages 155 à 155, notes

10 - (non mentionné) , Table des récits parus dans "Galaxie" - Deuxième année, pages 159 à 159, index


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Dans la série : "ça ne vous rappelle rien ?" :
Écoute, un pense-bête vous rappelle vos devoirs et vos occasions de chance et vous permet ainsi d'atteindre le bonheur et le succès ! Quelle est l'étape suivante qui s'impose à nous d'évidence ? »
— « Le jeter par la fenêtre. »

Avec Le pense-bête, Fritz Leiber nous étonne sur les applications possibles de certains de nos petits appareils de poche. Dans un contexte de guerre permanente qui oblige une majorité de la population humaine à se réfugier sous terre et y vivre comme des taupes, un réfractaire imagine un secrétaire robot qui allègerait la charge mentale de son possesseur. Bien évidemment, le récit pousse les applications possibles jusqu'au point de singularité souvent redouté, celui où la machine prend l'initiative sur les décisions humaines quant au bien-être et à l'organisation efficace du vivant.

N'en parlons pas trop haut à la Silicon Valley, mais jugez plutôt :

(...) après une conférence au sommet, nous avons décidé de combiner pense-bête et régulateur mental. » 
— « Juste ciel ! » intervint Gusterson. « Ont-ils maintenant inventé une machine pour tenir ce rôle ? »
— « Bien entendu. Voilà des années qu'ils l'expérimentent sur des ex-malades mentaux. »

Le pense-bête n'est plus similaire à un secrétaire qui rappellerait les choses à faire, mais impose ses injonctions pré-programmées et ses influx subliminaux d'autopersuasion. Le prétexte de cette programmation par défaut est que pour être efficace, le possesseur doit passer un certain temps à le programmer pour ses besoins - les revendeurs estiment que ça paraîtra trop contraignant au client pour pouvoir vendre les appareils à grande échelle. Il est donc proposé avec ce qu'on dénommerait aujourd'hui des "profils". Quoi qu'il en soit, nous retrouvons déjà le préjugé du marchand qui considère le client type comme infantile, fainéant, docile et sans désir propre ou particulier.

Nous caressons l'espoir que le pense-bête pourra mobiliser le potentiel entier du Monde Libre, pour la première fois dans l'histoire. Gusterson, il faudra que tu en portes un. Bientôt, on ne pourra plus s'en passer pour vivre dans le monde moderne.
Nous voilà face à la prophétie auto-réalisatrice du progrès, que nous connaissons par cœur et que nous ne pensons pas toujours à réfuter, en oubliant que ce progrès nous est promis non pas pour le bien-être, mais pour tirer le meilleur du potentiel marchand de la masse.

Un autre extrait déploie ce type d'argumentaire : 

(…) rien n'égale un pense-bête lorsqu'il s'agit d'apprendre son métier à un novice. Il lui dicte d'instant en instant ce qu'il doit faire. Rien de plus facile que d'enregistrer sur un fil un programme de travail Et tu serais surpris de l'influence des slogans exaltants sur le moral des travailleurs. Cela s'explique, Gussy : la plupart des gens manquent trop d'imagination pour discerner à l'avance les avantages du pense-bête. Ils l'achètent parce que le patron le conseille avec insistance et que le paiement se fait sans peine, par retenues échelonnées sur le salaire. Puis ils découvrent que le pense-bête rend la journée de travail plus supportable. Le petit compagnon perché sur votre épaule est un ami qui vous prodigue le réconfort et les bons conseils. La première chose qu'on lui enseigne à dire, c'est : « Ne t'en fais pas, mon vieux ».
» Au bout d'une semaine, ils portent leur pense-bête vingt-quatre heures sur vingt-quatre – et avant longtemps ils achèteront un pense-bête pour leur femme afin qu'elle se souvienne de se peigner, de sourire gentiment et de leur cuisiner de bons petits plats. »
— « Je comprends, » interrompit Gusterson. « Le pense-bête est la dernière invention pour augmenter la productivité du travailleur, mais cette mode passera. Un jour, tous les pense-bête seront relégués au grenier. »
— « Ce n'est pas vrai ! » protesta Fay avec véhémence. « Les pense-bête ne sont pas le yo-yo – ce sont des appareils qui changeront le cours de l'histoire, ce sont les révolutionnaires du Monde Libre ! Avant que le Service de la Miniaturisation ait introduit un seul de ces appareils sur le marché, nous avions fait une obligation à tous nos employés de le porter. Si ce n'est pas là manifester la confiance suprême en un produit…»
— « Tous les employés, sauf les cadres supérieurs, évidemment, » interrompit ironiquement Gusterson. « Je ne te critique pas. En ta qualité de chef des recherches le plus directement intéressé, tu te devais naturellement de manifester le plus d'enthousiasme. »
— « C'est bien ce qui te trompe, Gussy, » répliqua Fay. « Nos cadres supérieurs ont fait preuve de plus d'enthousiasme pour leurs pense-bête personnels que toutes les autres catégories de travailleurs de l'établissement tout entier. »
Gusterson s'affaissa sur lui-même et secoua la tête. « Si c'est vraiment le cas, » dit-il sombrement, « alors l'humanité mérite peut-être le pense-bête. »
— « Si elle le mérite, et comment ! » renchérit Fay. Puis : « Trêve de discussions, Gussy. Le pense-bête est une grande invention. Ne le déprécie pas pour la seule raison que tu as été mêlé à sa genèse. Il faudra bien que tu suives le mouvement. »
— « Je préférerais périr noyé ! »
Encore une fois : il ne s'agit pas d'un progrès pour le bien-être, mais pour le travail et la productivité.
Et cette invention-là, qu'en dites-vous ?

« Que dirais-tu, » brailla Gusterson, « d'un missile téléguidé anti-individu ? Les physiciens disposent de dispositifs anti-gravité à petite échelle, suffisants pour faire voler un objet de la taille d'une grenade à main. Pourquoi n'accorderait-on pas un tel missile aux empreintes digitales d'un individu, à ses ondes cervicales, voire à son odeur particulière ? De cette façon, il pourrait le repérer, le suivre en contournant les obstacles et le frapper à l'exclusion de tout autre. Assassinat télécommandé ! Fay, ne ressens-tu pas un sentiment de chaude exaltation en pensant à mes missiles modèle réduit, circulant comme des mouches dans vos tunnels, traquant les malfaiteurs comme un essaim de guêpes hargneuses ou de bourdons angéliques ? » 

Voilà donc une novella très pertinente de nos jours, où l'hypnose généralisée et l'addiction à la machine et au secrétaire mécanique personnel sont devenues si sensiblement réelles.


(…) si le projet de tridiorama a vu le jour, ce fut grâce à la découverte d'Elroy, suivant laquelle on pouvait effectuer la généanalyse des espèces disparues d'après leurs squelettes, y compris les squelettes fossiles. La première formule qu'il a obtenue était celle d'un iguanodon. Quelques mois plus tard, il proposait des iguanodons vivants aux zoos du monde entier. Trouvez-vous cela immoral, docteur Swanwick ? Je présume que oui. 

Cette idée qui sous-tend Le Monde de Scarfe sera bien entendu développée plus tard par Michael Crichton, le spécialiste des romans-catastrophe de parcs d'attractions, avec son célèbre Jurassic Park. On se rappellera surtout de la nouvelle de Raymond E. Banks, Les Myrmidons, ou de Spectacle d'ombres de Clifford D. Simak, ou de Au temps de Poupée Pat de Philip K. Dick. Bien que ces références divulgachent un peu le propos, l'intrigue n'y est pas beaucoup plus élaborée et range cette nouvelle dans l'ensemble de celles qui n'exposent qu'une trouvaille sans pousser beaucoup plus loin les implications de son développement. Ce type de nouvelles est de celles qui vieillissent le plus vite, malheureusement ici pour le talent narratif de Brian Aldiss.

Sur le seuil de Keith Laumer est une petite nouvelle à chute sur la rivalité qu'il pourrait y avoir entre la défense militaire et la curiosité scientifique en cas de visite d'un engin extraterrestre.


Dans Le jeu du rat et du dragon, l'espace interstellaire révèle ses prédateurs qu'il faut affronter dans un combat psychique impitoyable pour pouvoir prétendre à coloniser les systèmes et les galaxies. Pour cela, on use de télépathes humains ou… félins. On ressent tout l'amour porté aux chats par Cordwainer Smith.


Une petite fable comme Robert Silverberg saura les faire tout du long de sa carrière, dans ce délicieux mélange d'antique et de galactique. Ici, c'est l'histoire d'un trésor et de son Robot-gardien...



Le rêve vaut-il la vie ? La sensation égale-t-elle l'action qui la produit ? L'artifice n'est-il pas paliatif ? Des questions assez classiques pour Une drogue miracle, une nouvelle courte de Henry Slesar, et assez attendue, mais qui démontre bien que c'est l'adversité qui fait tout le sel d'une histoire.



Une nouvelle aventure du xénobiologiste Jerry Norcriss dans Le bébé géant, où l'on en apprend un peu plus sur le revers de la médaille qui handicape à long terme ce genre de chercheur. Jack Sharkey tire son fil avec logique et un esprit à la fois scientifique et imaginatif.

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