Affichage des articles dont le libellé est Jack Sharkey. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Jack Sharkey. Afficher tous les articles

28 octobre, 2026

Fiction n°151 – Juin 1966

Au temple des auteurs les plus publiés dans les revues des éditions Opta, on déroule le tapis rouge pour notre 31ème pilier : Roger Zelazny, qui fait ici une entrée remarquable dans le cénacle des auteurs traduits en France, dans une très singulière fragrance, et avec une novella qui tient un bon tiers des pages consacrées aux récits. Les auteurs français, même confirmés, ne peuvent pas prétendre à autant d'égards, mais sont tout de même représentés, notamment par un futur agrégé de lettres de 24 ans "pseudonommé" Georges Kilian…

On avait dit : "Un clic droit !"

Comme pour toutes nos publications, un clic droit sur la couverture
vous invitera à télécharger le livre au format epub.
("Enregistrer la cible du lien sous...")
Un simple clic suffit sur les liseuses.

Sommaire du Numéro 151 :


1 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 8 à 8, bibliographie

NOUVELLES


2 - Roger ZELAZNY, Une rose pour l'Ecclésiaste (A Rose for Ecclesiastes, 1963), pages 9 à 51, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE

3 - Richard WILSON, Huit milliards d'hommes à Manhattan (The Eight Billion, 1965), pages 52 à 63, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE

4 - Miriam Allen DEFORD, La Corde au cou (Rope's End, 1960), pages 64 à 76, nouvelle, trad. René LATHIÈRE

5 - G. C. EDMONDSON, La Citrouille galactique (The Galactic Calabash, 1960), pages 77 à 86, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE *

6 - Georges KILIAN, Kaléidoscope à charge, pages 87 à 89, nouvelle *

7 - Jack SHARKEY, Pièce de collection (Collector's item, 1963), pages 90 à 96, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

8 - Juliette RAABE, Le Troisième oeil, pages 97 à 104, nouvelle *

9 - Kit DENTON, La Lance de feu (Burning Spear, 1964), pages 105 à 110, nouvelle, trad. Christine RENARD *

10 - Jacqueline H. OSTERRATH, Tanaële, pages 111 à 117, nouvelle

11 - Daniel WALTHER, Retour dans l'île, pages 118 à 124, nouvelle *

CHRONIQUES


12 - COLLECTIF, Revue des livres, pages 127 à 142, critique(s)

13 - Roland STRAGLIATI, Lectures insolites, pages 143 à 147, critique(s)

14 - Pierre STRINATI, 1966, année Jules Verne, pages 148 à 149, article

15 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 150 à 153, courrier

16 - Anne TRONCHE, Revue des arts, pages 154 à 155, critique(s)

17 - (non mentionné) , En bref, pages 156 à 157, article

18 - (non mentionné) , Table des récits parus dans « Fiction » : premier semestre 1966, pages 158 à 159, index

* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Outre l'entrée, donc, de Roger Zelazny, nous noterons que ce numéro publie pour la dernière fois Jacqueline Osterrath (mais son fanzine "Lunatique" se voit doté d'un brillant avenir, et ses traductions de la série Perry Rhodan vont sans doute lui occuper beaucoup de son temps d'écriture à l'avenir) ; dernière publication également pour Juliette Raabe, de même pour G. C. Edmondson qui mériterait bien sa place dans une anthologie.

Pour sa toute première publication en français, Roger Zelazny nous régale d'un ton très personnel, d'un narrateur de fort caractère, d'une civilisation martienne sur le déclin confrontés à des terriens en pleine expansion planétaire… Les ingrédients de Une rose pour l'Ecclésiaste sont équilibrés et pimentés à souhait. Difficile de ne pas en redemander !

Huit milliards d'hommes à Manhattan ! Voilà un constat effarant ! Il s'agit surtout d'une petite fable mordante sur la surpopulation (nous nous en doutons bien), et l'espoir que l'herbe soit plus verte ailleurs. Sans être de la S.F. pure, ce récit swiftien de Richard Wilson interroge tout de même au propre comme au figuré un de ses thèmes majeurs : la conquête de l'espace.

Toujours étonnante, Miriam Allen deFord nous met La corde au cou avec une petite histoire dans la série "A Rome, fais comme les romains", si ce n'est : une histoire de justice extraterrestre. A moins qu'il ne s'agisse de châtier son compatriote à l'aide de coutumes étrangères…

On dira un au revoir chaleureux à G. C. Edmondson après La citrouille galactique, une petite nouvelle bien sympathique de ton, enlevée et qui donne à voir l'incursion d'un météore "en creux", c'est à dire "par ses effets" (comme dans La couleur tombée du ciel de H.P. Lovecraft) ; mais ici, nous voilà au Nouveau Mexique dans les années 60, dans un élevage un peu crasseux de poulets élevés en batterie. Edmondson s'y montre certes un peu chauvin, un poil macho, mais sa condescendance est en fait une posture qui reprend celle de tout explorateur croyant sonder des environnements vierges ou plus barbares que lui…

"Nous l'accueillons en pensant que son nom est à retenir." écrit la rédaction, en présentant le jeune Georges Kilian. En effet ! Cependant on ne retiendra pas le pseudonyme, mais bel et bien le nom de Jacques Chambon dans l'histoire de la SF.
Il y a beaucoup à dire sur ce généreux traducteur, essayiste, anthologiste et éditeur. Commençons par la nouvelle ici publiée, et qui demeure une exclusivité de Fiction : Kaléidoscope à charge est un récit en deux temps, à décoder en cherchant à identifier le narrateur. Classique dans son scénario, la nouvelle montre toutefois un style déjà mature.
Jacques Chambon

Terrassé trop, trop jeune, à 60 ans, par une crise cardiaque, sa disparition laissera un grand vide dans toute la communauté de la SF, en France comme outre-atlantique. Les avis sont unanimes sur sa joie de vivre, son audace, et surtout sa grande camaraderie et sa générosité. Traducteur, puis éditeur en France de Harlan Ellison, Robert Silverberg, Dan Simmons, Mike Resnick … on lui doit la parution de l'intégrale de l'œuvre de Philip K. Dick dans ses traductions revisitées par Hélène Collon, et un nombre impressionnant d'ouvrages parus chez Denoël après sa reprise de la collection Présence du Futur derrière Elisabeth Gille. On lui doit les collections Présence du Fantastique, et Présences, toutes chez Denoël, puis la collection Imagine chez Flammarion.
Originaire comme Jean-Pierre Fontana de Clermont-Ferrand, il fit avec lui ses premières armes. Laissons donc la parole à Jean-Pierre Fontana, à travers cet extrait d'un émouvant hommage que Galaxies publia en Juin 2003 (dans son n°29) :

" (…) En cette soirée d’hiver de 1964, Le Cinémonde affiche Raptus. Nos deux étudiants se retrouvent à la même séance. À la sortie, ils discutent. Et quelques jours plus tard, ils se retrouvent chez le troisième larron. À eux trois, ils vont éditer un fanzine du nom de Mercury qui va très vite se démarquer considérablement des publications ronéotées d’alors. Nos trois mousquetaires se nomment Jacques Chambon, Gérard Terney et moi-même, Jean-Pierre Fontana. 
L’apport de Jacques Chambon à la rédaction de Mercury est très vite déterminant. D’une part en raison de la qualité des textes qu’il fournit, d’autre part en servant en quelque sorte d’étalon aux critiques et études qui parviennent à la revue.
Dès le numéro 1-2 (double) daté de février 1965, il fournit une première critique consacrée au film de Jacques Baratier, La Poupée, ainsi qu’une nouvelle, La Sonate au désert, signée George Kilian, qui sera plébiscitée par les lecteurs.
Quelques mois plus tard, profitant de son voyage de noces, il rédige une autre nouvelle, conséquente cette fois, La Colonne, qui va faire couler pas mal d’encre. Et parallèlement, ses articles comme ses notes d’humour continuent d’alimenter les pages du fanzine. Ce sont, au fil des numéros, des articles sur Boris Vian – l’une de ses passions d’alors –, Claude Seignolle, Jean-Louis Bouquet, la science-fiction italienne, et j’en passe, mais surtout à propos de Barbarella, Scarlett Dream, Jodelle… critiques qui vont lui ouvrir les pages de la revue Fiction à la demande d’Alain Dorémieux, le rédacteur en chef. Mais sa collaboration à Mercury ne s’arrête pas là. Jacques sait aussi mettre la main à la pâte et mouiller la chemise, en participant à l’assemblage des multiples feuilles du fanzine dans la buanderie qui sert d’atelier d’impression.
À l’occasion de la publication des Maîtres des dragons de Jack Vance dans la revue Galaxie, une première opportunité se présente de rédiger un article ensemble. Un peu plus tard, un Statut de la Femme dans la bande dessinée d’avant-garde favorisera une nouvelle coopération, cette fois dans un exercice à trois mains, mais c’est Jack Vance qui nous réunira de nouveau, et à deux reprises : pour une Étude dans la revue Fiction, puis pour la préface de Tschaï au « Club du Livre d’Anticipation » sur proposition de Michel Demuth. À cette époque, nous avons même failli écrire une nouvelle qui s’intitulait provisoirement L’Indicible Secret des belles ténébreuses. Mais la chaleur d’un été torride a anéanti l’entreprise.
En 1967, Jacques et Annick quittent Clermont-Ferrand pour Aubusson. Deux ans plus tard, Jacques prend la route de l’Angleterre dans le cadre de la coopération. Mercury a disparu malgré nos efforts conjugués pour lui donner une suite professionnelle. Désormais, nos routes ne cesseront de se croiser et de se décroiser. Mais – et c’était sans aucun doute inévitable – dès son retour définitif en France, et après de longues années passées à l’étranger, l’histoire nous réunira de nouveau au sein du jury du Grand Prix de l’Imaginaire. (...)"

 

Pièce de collection, de Jack Sharkey, propose une histoire courte au sujet d'un "démythifieur" de proverbes, où langage et poncifs sont sortis de leurs gonds. Un brin absurde, un tantinet surréaliste, et une belle chute en prime.

Une marche fatale vers un destin, le thème est un peu galvaudé. Dans cette dernière parution, Le troisième œil, Juliette Raabe y décrit toutefois la sensation d'un regard à 360°, perçue comme d'être au centre de l'univers. Intéressant en cela.

La lance de feu, de Kit Denton, est une nouvelle toute de sensations enfantines, précises et prenantes. Le titre en V.O., "Burning spear", ne fait pas référence au musicien de reggae, ni au surnom du premier Président du Kenya indépendant Jomo Kenyatta. Dans le christianisme, "lancer du feu" signifie propager un message de transformation, ce qui parait plus proche de la signification un peu sibylline de la nouvelle.

Encore une dernière parution pour Fiction, celle de Tanaële, de Jacqueline Osterrath, et encore une marche fatale vers un destin ; mais celle-ci révèle une petite astuce. Toutefois, on pourra s'interroger sur l'immanence d'une Justice - aussi surnaturelle soit-elle - qui met ses prévenus à l'épreuve et les prend à défaut, quand ils sont à l'origine calmes et sans histoire. Pour ce qui est de l'avenir éditorial de Jacqueline Osterrath, elle mènera loin son fanzine "Lunatique" avec le concours du prolixe Jean-Pierre Fontana, cité plus haut. Lunatique ne cessera de s'améliorer, et fusionnera à partir de son numéro 84 avec la revue GalaxieS (avec un "s", notez bien), dès mai 2012.

Un autre nom qui comptera dans l'histoire de Fiction, celui de Daniel Walther. Dans un style bien délié, Retour dans l'île pourrait être une énigme à décoder, mais ce serait comme trouver la question à une réponse qui n'a jamais été formulée. En faisant mine de donner un indice dans son exergue (une citation de L'invention de Morel de Bioy Casarès) Walther intrigue d'autant plus.

Une nouvelle rubrique fait son apparition : Lectures insolites par Roland Stragliati, qui se démarque ainsi un peu de la Revue des livres, en faisant sans en avoir l'air la part belle à une littérature plus "générale". En voici l'introduction :
Personne n'est vraiment simple ; sauf, peut-être, l'idiot de village. Encore faudrait-il le prouver… La recherche du temps perdu, l'amour fou et son somptueux et pitoyable simulacre, l'érotisme, se disputent le peu de temps que l'homme n'emploie pas à gagner – ou à perdre – sa vie. Il arrive aussi que le rêve s'en mêle, tant dans le sommeil qu'à l'état de veille. Quand, littérairement, tout cela s'imbrique et se confond peu ou prou, on a vite fait de parler d'insolite. Aussi est-ce sous cette étiquette commode, autant que contestable, que j'ai cru devoir grouper – faute de mieux – les quelques ouvrages qui font l'objet de ces notes de lecture.
On notera pourtant dans la même Revue des livres la belle moisson de trois "pays d'ailleurs" qu'a fait Pierre Versins, et qui pourraient tout autant se réclamer de cet "insolite". Mais laissons-là le débat, et penchons-nous plutôt sur une science-fiction pure. 

On aurait du mal à se retenir de lire l'ouvrage suivant, à en juger la recension qu'en fait Jacques Van Herp. Et en effet, Solaris de Stanislas Lem mérite grandement sa place d'ouvrage important de la SF. Mais laissons la parole à notre critique belge pour accompagner l'ouvrage que nous vous proposons en bonus.
Cadeau Bonus !
SOLARIS, par Stanislas Lem.
Ce compte rendu pourrait se borner à une seule ligne : « Solaris est LE roman de SF de l'année. » Voici longtemps que ne nous avait pas été offert roman de cette qualité.
Le sujet en est simple, et les monstres, les luttes galactiques, les accessoires obligés de la panoplie spatiale y font singulièrement défaut. N'empêche, les quelques anodines matérialisations qui se découvrent, se révèlent finalement plus terrifiante que les plus réussis des monstres galactiques.
Solaris est une planète gravitant autour de deux soleils, connaissant un jour bleu et un jour rouge, que l'auteur ne se lasse pas de nous décrire, comme la base qui flotte dans les airs, au-dessus de cet océan monocellulaire, être gigantesque recouvrant toute la planète. Cet être inconcevable, les hommes l'étudient depuis près d'un siècle, et Kelvin, le héros, vient prendre son service dans la base.
Il apprend que son ami Gibarían s'est suicidé… Tout semble à l'abandon, les deux autres savants semblent au bord de la folie, se barricadent et refusent tout contact avec le nouvel arrivant… Et le malaise, l'angoisse ne feront que croître ; tout est à la fois normal, banal et déroutant. Quelle est cette négresse circulant dans les couloirs, que Kelvin retrouve endormie contre le cadavre de Gibarían, dans un milieu qui devrait être mortel pour elle ? Que signifie cette expérience entreprise, ces sous-entendus, cet effroi que manifestent les survivants ?
En quelques heures, Kelvin se retrouve au bord de l'hallucination et de la folie, il sent le réel le fuir, l'abandonner, pour l'isoler dans un monde de fantasmes aberrants. Mais ce qui l'entoure a-t-il une autre réalité que son cerveau enfiévré ? Comment Kelvin s'y prend pour redonner au monde qui l'entoure sa matérialité et sa netteté est proprement remarquable. Et c'est alors, quand le réel est revenu, que paraît Harey, la femme aimée, jadis bêtement poussée au suicide, et qui est là, aimante, réelle, vivante, se souvenant d'événements survenus après sa mort…
Dès lors, le récit évolue sur deux plans. Il y a le roman de Kelvin, effrayé d'abord, puis qui recommence un amour gâché jadis par l'inexpérience, et qui finalement perdra Harey une seconde fois, sans espoir.
En face, ses deux collègues qui, désespérément, veulent comprendre ce qui se passe. C'est le roman de la confrontation de deux pensées étrangères l'une à l'autre. C'était le thème déjà de La Cité des Sphères, mais l'ouvrage polonais souligne, cruellement, ce que le roman américain a de factice, de fabriqué, de demi-audaces, il ne s'agit pas ici d'une lutte contre la montre, de sauver la Terre, de se libérer d'un esclavage… Il s'agit de comprendre.
Voici des décennies et des décennies que les hommes étudient Solaris et les manifestations de son océan vivant. Et les dizaines de pages où sont rapportées les approches, les observations, les essais, les erreurs d'interprétation, les théories qui se succèdent vainement, sont merveilleuses d'invention, d'imagination et de justesse de ton. Elles pourraient être extraites d'un ouvrage scientifique, d'un essai sur l'évolution et l'histoire de la pensée.
Car le grand thème de l'œuvre est de rendre sensible à la fois l'incommunicabilité des expériences et des observations dès qu'il s'agit d'un monde totalement différent, et l'impossibilité où se trouvent les observateurs de mettre en commun leurs expériences, car le langage fait défaut qui s'est modelé au contact d'une autre réalité.
Ensuite de nous faire partager la sensation de cette incommunicabilité, l'impuissance et la lassitude des hommes devant leurs efforts désespérés.
Nous en arrivons à une qualité d'angoisse ou de malaise presque métaphysique, née de cette perception de l'incommunicabilité des esprits. Et si finalement les savants parviennent à détruire les créatures créées par l'océan, ils restent tout aussi ignorants de leurs fins, du motif de leur apparition, du pourquoi de leurs manifestations. 
Écrit d'une plume grise, un tel récit suffirait déjà à nous attacher, mais Lem l'éclaire d'images percutantes, secouant le lecteur, et s'imposant avec une évidence brutale.
Jacques VAN HERP


Une dernière petite note : nous venons de dépasser le cap des 200 000 vues. Merci à tous nos lecteurs ! 

05 août, 2026

Fiction n°147 – Février 1966

Après Daniel Walther en décembre 1965, c'est au tour d'un nouvel auteur, considérable par son influence sur le "petit" monde de la science-fiction française, de faire son entrée dans les pages de Fiction : Jean-Pierre Fontana - une entrée toutefois discrète par le banc d'essai, et sous un pseudonyme. Et sans la présence d'un texte conséquent pour occuper la moitié des pages, c'est une myriade de nouvelles bien concises qui nous est proposée ici, presque toutes restées sans publications ultérieures.


Vision chimique du clic droit

Comme pour toutes nos publications, un clic droit sur la couverture
vous invitera à télécharger le livre au format epub.
("Enregistrer la cible du lien sous...")
Un simple clic suffit sur les liseuses.

Sommaire du Numéro 147 :


1 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 8 à 8, bibliographie


NOUVELLES


2 - Gordon R. DICKSON, Fido (Fido, 1957), pages 9 à 27, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH *

3 - Dean MacLAUGHLIN, Le Retour des pionniers (One Hundred Days from Home, 1964), pages 28 à 45, nouvelle, trad. Claude CARME *

4 - Jack SHARKEY, Escale sur la Glorieuse (The Glorious fourth, 1965), pages 46 à 63, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE *

5 - Ron GOULART, Les Vivres coupés (Nobody Starves, 1964), pages 64 à 77, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

6 - Fredric BROWN, Petite musique de nuit (Eine kleine Nachtmusik, 1965), pages 78 à 94, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE

7 - Thomas OWEN, Le Chasseur, pages 95 à 97, nouvelle

8 - Russell KIRK, Le Pays des souches (Behind the stumps, 1962), pages 98 à 115, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

9 - Edgar PANGBORN, La Voglebête (Wogglebeast, 1965), pages 116 à 125, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

10 - Guy SCOVEL, Meurtre : facteur infini, pages 126 à 127, nouvelle *

11 - Sophie DARIA, La Révolte des femmes, pages 127 à 130, nouvelle *

12 - Colette DRION, Rossalid, pages 130 à 132, nouvelle *

13 - Gabriel DEBLANDER, Les Murs, pages 132 à 134, nouvelle *

CHRONIQUES


14 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 136 à 145, critique(s)

15 - Bertrand TAVERNIER, Faites vous-même votre scénario, pages 146 à 147, article

16 - COLLECTIF, L'Argus du Film étranger, pages 148 à 149, article

17 - Roland STRAGLIATI, Notes de lecture, pages 150 à 152, critique(s)

18 - (non mentionné) , En bref, pages 153 à 153, article

19 - Anne TRONCHE, Revue des arts, pages 154 à 156, critique(s)

20 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 157 à 158, courrier

21 - Gérard KLEIN, Chronique Théâtrale : L'Esclave de LeRoi Jones, pages 158 à 159, critique(s)

* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Trois histoires de navigateurs de l'espace pour commencer. Comme le rappelle la rédaction en présentant la nouvelle de Dean MacLaughlin : " À présent que le vol spatial est devenu une réalité, on pourrait s'attendre à voir augmenter le nombre d'histoires qui en traitent. Mais ce serait méconnaître la vocation foncière de la science-fiction, qui est de toujours dépasser l'actuel. C'est pourquoi, au contraire, l'utilisation de ce thème va en diminuant. Et pourtant, il y a encore des choses intéressantes et émouvantes à dire à ce propos ". On repensera en effet à la Visite à la NASA de Pierre Strinati dans le numéro précédent. Les trois premières nouvelles de ce numéro en sont le pendant.

Dans FIDO, Gordon R. Dickson prolonge les péril d'une planète piège en imaginant un virus d'intelligence qui s'attaque à un équipage d'astrogateurs sur le chemin du retour. Cela commence avec un chat qui se met à parler… Bien menée jusqu'à une conclusion logique mais surprenante.


"N'importe qui pourrait aller dans l'espace." Voilà la problématique à laquelle est exposé cet autre équipage d'astronautes, de retour de la première expédition sur Mars. Durant les deux ans qu'a duré leur voyage, les vols spatiaux ont bénéficié de progrès gigantesques, mettant les distances interplanétaires à la portée de presque n'importe qui. Frappés d'obsolescence avant même la fin de leur mission, ces astronautes accepteront-ils d'être rapatriés sous de nouvelles conditions techniques ? C'est l'enjeu qui concerne Le retour des pionniers de Dean MacLaughlin, auteur dont le n°292 de Fiction (juillet-août 1978) dira : " Dean McLaughlin a fait ses débuts dans Astounding en juillet 1951 avec une nouvelle intitulée For those who follow after. Diplômé en littérature de l’Université du Michigan, mais passionné par tout ce qui touche à la science depuis son plus jeune âge, il n’écrit que de la science-fiction. McLaughlin est aujourd’hui libraire, ce qui lui laisse assez peu de temps pour écrire, hélas, mais il passe pour un homme d’une culture phénoménale pouvant parler en connaisseur de pratiquement n’importe quel sujet avec n’importe qui… ".

" des armes (…) consistaient en pistolets dont la technologie terrienne avait modifié le rayon laser classique pour en faire une mortelle épée dévastatrice, véritable arme absolue. Avec un seul de ces engins un homme isolé pouvait pourfendre, abattre et même décapiter une horde d'assaillants ennemis en quelques secondes. "
Jack Sharkey invente l'épée laser ! Dans Escale sur la Glorieuse, un troisième équipage, un peu plus réduit celui-ci, se destine lui aussi à revenir sur Terre après un séjour sur Vega IV ; à moins qu'il ne se décide à y rester, tant l'endroit semble paradisiaque. Jack Sharkey, très habile pour individuer ses protagonistes, nous propose lui aussi sa vision d'une planète piège.

Sans transition : la mécanisation des services de recherche d'emploi, et de ceux destinés aux minima sociaux, est censée les rendre infaillibles. Tous les habitués de ces services le savent : des complications peuvent survenir à tout moment, et les chaînes de conséquences fâcheuses durer au-delà du supportable. Il n'y a pas là d'injustice, car il n'y a pas de volonté propre, ni de juge humain, derrière cela, mais un simple dysfonctionnement peut bouleverser des destins déjà précaires. Voilà ce que Ron Goulart nous décrit dans Les vivres coupés - et malgré le rire provoqué par l'absurde, et par des androïdes servant leçons de morale et soupe populaire, il ne s'agit malheureusement pas de science-fiction. "Nul n'est affamé", son titre original, est bien la promesse difficilement tenue d'un état qui se veut protecteur ; et la faim de devenir le salaire de la marginalisation. Mais puisque la machine est infaillible, les marginaux doivent bien avoir mérité leur sort quelque part, n'est-ce pas ? Grinçant.


Avant-dernière parution du formidable Fredric Brown (dont la revue a souvent regretté qu'il délaissât la nouvelle pour le roman), et très bien construite comme cet auteur sait toujours le faire, Petite musique de nuit a le ton étonnant d'une nouvelle de Jean Ray, avec ses rues et ses maisons abandonnées et le parfum de soufre qui les accompagne. Jubilatoire.


Thomas Owen propose Le chasseur : une inversion des rôles de la proie et du chasseur dans une histoire de vampire courte et sans prétention.


On en dévoilerait presque trop si l'on comparait Le pays des souches avec L'abomination de Dunwich de H. P. Lovecraft. Même ambiance de coins reculés de Nouvelle Angleterre, même genre de famille encore plus isolée, et un agent de recrutement fédéral tenace et pragmatique pour pousser les portes interdites. L'épouvante y monte marche après marche vers un abrupt paroxysme signé Russell Kirk.


Bien construite, La Voglebête se rattache aux légendes du petit peuple, qui parfois s'empare des nourrissons. La confrontation avec le monde moderne et la morne vie de monsieur et madame tout-le-monde en fait une allégorie du désir, voire d'une amère mélancolie, comme souvent et toujours de façon appréciable chez Edgar Pangborn.


Un autre nouvel auteur publié ici en banc d'essai, mais qui comptera immanquablement dans le rayonnement de la SF française, et au sein des revues Fiction et Galaxie : Jean-Pierre Fontana, ici sous le pseudonyme de Guy Scovel. En 1966, Jean-Pierre Fontana est l'initiateur du fanzine Mercury ; il s'occupera plus tard du Festival de la Science-Fiction de Clermont-Ferrand (ses pénates), puis de la Convention nationale de la Science-fiction. On lui doit une intense participation à l'actuelle revue Galaxies. Pour les revues qui nous intéressent, il y publiera plusieurs articles et critiques à partir de 1970, et sera l'anthologiste du Fiction Spécial n°30 : Demain l'Italie (mai 1979).
En attendant… Meurtre : facteur infini pousse sans surprise et à son extrême le paradoxe du Voyageur imprudent déjà formulé par René Barjavel.


Sophie Daria, autrice d'un ouvrage sur Le Corbusier (Seghers, 1956), et d'un roman intitulé Adieu Docteur Petersen (Amiot-Dumont, 1956), déploie La révolte des femmes, et imagine un tournant social : celui du jour où les machines prennent (enfin !) le relai de toutes les tâches ménagères et offre une liberté totale aux femmes au foyer. Si l'enjeu est bien la femme libérée, Sophie Daria s'imagine, naïvement aussi, que ces femmes n'ont ni aspirations, ni désirs, ni imagination pour combler leur temps devenu loisir. Une victoire à la Pyrrhus, pourrait-on dire ; et l'époque allait encore signifiant qu'il y avait une place, et une seule, pour les femmes…


Rossalid, de l'inconnue Colette Drion, est une petite histoire conventionnelle de marche fatale vers un destin.



Gabriel Deblander, par contre, connaîtra une petite renommée d'écrivain en Belgique et y sera salué par une bonne poignée de Prix Littéraires. Ce sera d'ailleurs Jean-Pierre Fontana (encore lui) qui le publiera le premier dans son fanzine Mercury (n°1-2, janvier 1965), avec Les murs, la nouvelle ici présentée. Et dans un autre célèbre fanzine, Lunatique (n°58, novembre 1970), on pourra lire à son propos : " Il aime la science-fiction française quand elle a une certaine tenue (comme dans Fiction). Il la préfère alors aux productions anglo-saxonnes. C'est, croit-il, essentiellement une question d'approche. " Nous avons Jean-Pierre Andrevon, Philippe Curval, Gérard Klein, Guy Scovel, Daniel Walther..., et j'en oublie certainement, " dit-il.".
Les murs est une histoire stylisée, un peu énigmatique, pétrie d'angoisse à la mort. On en attend de plus conséquentes sur les promesses de celle-ci.



A l'occasion de la réédition de La cité de l'indicible peur de Jean Ray chez Marabout (qui poursuit son grand travail de réédition du maître gantois au format poche), c'est Francis Lacassin lui-même qui en fournit la recension, et nous éclaire sur le cas particulier de ce roman et sa filiation avec l'ensemble des aventures de Harry Dickson.

" (...) La cité de l'indicible peur a pour intérêt majeur de rassembler les thèmes, les décors, les archétypes et les obsessions qui font tout le charme de l'œuvre méconnue de Jean Ray œuvre contenue dans une centaine de brochures dont le héros, Harry Dickson, se meut dans un univers situé entre l'Olympique et le 221 B Baker Street. Ces cent brochures constituent autant d'esquisses ou d'arpèges de l'œuvre accessible de Jean Ray. (Peut-être s'apercevra-t-on que certaines esquisses s'affirment plus belles encore que l'œuvre achevée.)
Ainsi la mercerie et son déploiement de rubans, d'épingles, de chapeaux et de bonbons au miel, moderne caverne d'Ali Baba sur laquelle règnent de fausses vieilles filles aux instincts criminels, elle est apparue d'abord dans Le jardin des furies et Les yeux de la lune. La petite ville, la communauté paisible et respectable dont le calme est aussi trompeur que celui des eaux dormantes, Jean Ray les a déjà peintes dans Ce paradis de Flower Dale, Le monstre dans la neige, La statue assassinée, L'homme au masque d'argent, Les sept villas…
Quant aux personnages de La cité de l'indicible peur, M. Triggs s'est d'abord manifesté aux côtés de Harry Dickson dans Les idées de M. Triggs, et l'archiviste libertin et faux monnayeur ne sont pas sans ressemblance avec son confrère des Yeux de la lune. Quant aux vieilles filles meurtrières, leur première apparition s'est produite dans La cité de l'étrange peur qui, en dépit de son titre, est d'un sujet différent de La cité de l'indicible peur mais qui lui a prêté quelques personnages : Lady Honnybingle (prénommée Florence dans la première version) et déjà favorisée d'un fauteuil de velours rouge.
Si l'on doutait de la dette que ce roman doit à l'épopée de Harry Dickson, il suffirait de comparer quelques textes. La scène du dîner offert par les sœurs Pumpkins à MM Dopner et Triggs a été reprise mot pour mot dans La cité de l'étrange peur. On y retrouve la même servante Molly, le même menu (augmenté il est vrai d'un pâté de pigeon) et les mêmes convives (moins M Triggs) portant les mêmes noms. Seul un échange d'état civil s'est produit entre l'hôtesse, Deborah Hasslop, et une invitée, Miss Pumpkins. Enfin l'aventure de l'Ombre de minuit quarante-cinq a été reprise mot pour mot, ici encore, dans une aventure de Harry Dickson de même titre, au nom du célèbre détective a été substitué celui de Maple Repington.
On le voit, La cité de l'indicible peur s'avère féconde en exégèses. La nouvelle édition qu'en offre la collection Marabout possède un attrait supplémentaire en la postface de Jacques van Herp, à qui nous devons la meilleure étude de l'œuvre de Jean Ray et d'autres articles sur lui dans le numéro spécial de Fiction qui lui était consacré . On ne peut lire sans émotion ce texte de van Herp, car l'auteur, cédant la parole à Jean Ray, reproduit des confidences enregistrées au magnétophone peu avant sa disparition. Jusqu'ici peu loquace sur lui-même, Ray nous conte son enfance, ses fugues, son passé peu connu de dompteur de fauves, l'histoire de sa grand-mère, une indienne Sioux. Et comme si le sort avait voulu ménager la pudeur du vieil écrivain, ces révélations intimes nous parviennent maintenant qu'il est mort.

Francis LACASSIN.


Cette postface, document précieux s'il en est puisqu'il reprend les propres dires du maître gantois, est repris à la fin de notre page dédiée à Jean Ray, et c'est ICI.

15 juillet, 2026

Galaxie (2eme série) n°024 – Avril 1966

Beaucoup de sociologie dans ce numéro, où l'on peut observer des hypothèses de sociétés futures dressées par des auteurs compétents : Brian Aldiss, James Blish, John Brunner (avec des publications françaises exclusives pour ces deux derniers auteurs) ; on poursuit également le feuilleton de Pohl et Williamson, et l'on pourra regretter la sortie de Alfred Coppel, mais saluer l'entrée de C. C. MacApp que l'on retrouvera régulièrement dans les numéros de Galaxie de cette époque charnière qu'est 1966-1974.

Bon c'hiench" bzittcrouic !

Comme pour toutes nos publications, un clic droit sur la couverture

vous invitera à télécharger le livre au format epub.
("Enregistrer la cible du lien sous...")
Un simple clic suffit sur les liseuses.

Sommaire du Numéro 24 :


1 - Brian ALDISS, L'Autre jungle (Jungle substitute, 1964), pages 4 à 30, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par Jack GAUGHAN

2 - John BRUNNER, Capital jeunesse (Wasted on the Young, 1965), pages 31 à 43, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

3 - C. C. MacAPP, Un cimetière sur toute la Terre (And all the Earth a grave..., 1963), pages 44 à 51, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par Jack GAUGHAN

4 - James BLISH, Génies en vrac (The Genius Heap, 1956), pages 52 à 69, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par Jack GAUGHAN *

5 - Jack SHARKEY, Échec à la colonie (The Colony That Failed, 1964), pages 70 à 84, nouvelle, trad. Michel DEMUTH, illustré par Jack GAUGHAN *

6 - Robert BLOCH, In vino veritas (Sabbatical, 1959), pages 85 à 94, nouvelle, trad. Michel DEMUTH, illustré par Virgil FINLAY

7 - Alfred COPPEL, Les Collines de son enfance (The Hills of Home, 1956), pages 95 à 104, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE *

8 - Frederik POHL & Jack WILLIAMSON, L'Enfant des étoiles (2) (Starchild, 1965), pages 105 à 141, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par Gray MORROW

9 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 142 à 143, bibliographie

10 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 149 à 153, courrier

11 - (non mentionné) , Résultats du référendum sur le n° 22, pages 157 à 157, notes 


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.



(...) — « Les gens qui sont restés dans cette Cité sont incapables de pensée rationnelle. L’homme de raison l’a quittée depuis six siècles ! Il s’en est évadé quand il s’est aperçu qu’une machine pouvait penser à sa place. Il avait commis une grosse erreur, l’erreur de croire que ses machines étaient efficaces, de croire qu’il pouvait leur accorder plus de confiance qu’à lui-même. »
— « Et il ne le fallait pas ? »
— « Jamais, Robin ! La machine la plus complexe elle-même, le computeur, n’est rien de plus qu’une sorte d’outil spécialisé. Quand les hommes se sont modelés pour s’adapter à un monde placé sous le signe des computeurs, ils sont devenus de parfaits idiots, ils ont sombré dans cette espèce de barbarie urbaine, cet horrible mélange d’automation et de crânes ancestraux ! »

Comme dirait l'autre : "on ne pourra pas dire qu'on ne vous aura pas prévenus". Après Le monde vert, Brian Aldiss nous propose L'autre jungle, et y inverse les perspectives généralement induites de cités mécanisées sous la "Surface de la planète", comme disait Daniel Drode. La Cité future de Aldiss, si elle est là encore dominée par des machines qui asservissent les hommes, est une jungle verticale d'acier et de béton qui se projettent dans la verticalité. Mais si les humains sont ignorants et superstitieux dans cet environnement régressé, sujet aux pannes et aux carences d'entretien, il existe d'autres cités ou le rapport de pouvoir humains-robots semble plus équilibré. C'est sur ce point que la nouvelle montre une faiblesse, un manque de développement qui laisse à imaginer qu'il y aura une suite. Bref : la cible est un peu manquée.

Société future d'opulence et de loisirs… on en rêverait presque si John Brunner, avec un ton très personnel, ne nous rappelait pas que "si jeunesses savait et si vieillesse pouvait…", la société jouirait d'une plus grande intelligence pratique. Ici, c'est le Capital jeunesse qui demeure la richesse la plus précieuse. Mais jeunesse ne sait pas et se révèle toujours dispendieuse et indolente, et hypothèque son avenir et sa vieillesse.


C. C. MacAPP est un nouveau "baroudeur" à faire son entrée dans l'écurie de Galaxie, et sera d'ailleurs quasiment exclusivement publié en France dans cette revue (sur ses sept romans, un seul est à ajouter à la liste de ses publications francophones : Les mondes du mur, en Galaxie Bis - n°60, décembre 1978). Il va proposer un ensemble de près d'une dizaine de nouvelles que l'on pourrait intituler : "Le cycle de Gree". Au détour de la réédition, dans l'anthologie Histoires de sociétés futures, de la nouvelle ici présentée, Un cimetière sur toute la Terre, nous pouvons lire : 

MACAPP (C. C.). – Pseudonyme de Carroll M. Capp (1917-1971), qui écrivit de la science-fiction au cours des douze dernières années de sa vie. Les plus notables de ses récits se fondaient sur des variantes ingénieusement développées du thème de l’invasion de la Terre.

Ajoutons à cela que Carroll Mathers Capps (source Wikipedia) fut longtemps champion d'échec à San Francisco.

Pour ce numéro, en suivant un soupçon de logique, MacCapp imagine que la mode soit aux cercueils, en s'appliquant à y mourir. Un cimetière sur toute la Terre parodie avec bonheur les récits de Fin du monde, et dirige une plaisante attaque en règle contre la société de consommation (en réalité société de production comme le rappellera Jacques Goimard dans l'anthologie Histoires de sociétés futures déjà citée).

Encore une belle proposition sociétale : une retraite organisée pour la crème des artistes et des intellectuels… mais lorsque cette retraite est installée sur un satellite de Jupiter et que ses bénéficiaires y sont momentanément stérilisés, il y a fort à parier que d'autres intentions se cachent derrière ce mécénat apparent. Un peu bavard, Génies en vrac, de James Blish a toutefois l'avantage de questionner en creux la place des artistes dans la société (et d'être une publication exclusive de la revue).


Toujours dans la série des raretés, Echec à la colonie est une nouvelle aventure de Norcriss le xénozoologue qui projette son esprit dans les créatures extraterrestres. Jack Sharkey continue d'explorer les potentiels cas extrêmes ; ici - et sans en dévoiler davantage - on atteint un point culminant. Rapide et concis, l'ensemble se lit avec plaisir, comme toujours chez cet auteur méconnu de notre côté de l'Atlantique.


L'herbe est-elle toujours plus verte ailleurs, et à fortiori si cet ailleurs est une autre époque ? Robert Bloch (qu'on retrouvera régulièrement en cette année 1966) s'en prend un peu aux réflexes réactionnaires qui nous font toujours juger le temps qui passe comme une marche vers la décadence, en comparant dans In vino veritas l'aube des années 60 (à travers un producteur de divertissements télévisés) et la pleine époque des Années Folles d'avant la Crise de 29 (par l'intermédiaire d'un "vieux" voyageur du temps). Et de conclure qu'on n'est finalement jamais aussi bien loti qu'en son propre présent.


Alfred Coppel rend hommage au cycle martien d'Edgar Rice Burroughs dans cette histoire d'un premier astronaute envoyé vers Mars, et qui revit ses émois d'enfant imaginatif et fasciné par les aventures de John Carter. Mais la littérature prépare-t-elle à l'effroi cosmique, bien réel celui-ci ? Les collines de son enfance (la traduction du titre est un peu malheureuse) est la dernière nouvelle que publieront les revues Fiction et Galaxie de cet auteur talentueux et toujours fin dans ses observations psychologiques. Tout juste réédité sporadiquement ensuite dans les volumes de la Grande Anthologie de la science-fiction, Coppel aurait bien mérité son propre recueil.


Un personnage balloté de bout en bout - à l'exception momentanée d'un audacieux combat contre des bêtes cosmiques surpuissantes, mais d'une audace qui frise l'inconscience et qui n'exige aucune ruse qui saurait nous rendre admiratifs… Cette deuxième partie de L'enfant des étoiles renforce l'impression que nous avons à faire avec un anti-héros falot et insipide. Reste à espérer qu'il ne s'agisse pas en vain de cruauté gratuite de la part de Frederik Pohl et Jack Williamson.

Le PReFeG vous propose également