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05 août, 2026

Fiction n°147 – Février 1966

Après Daniel Walther en décembre 1965, c'est au tour d'un nouvel auteur, considérable par son influence sur le "petit" monde de la science-fiction française, de faire son entrée dans les pages de Fiction : Jean-Pierre Fontana - une entrée toutefois discrète par le banc d'essai, et sous un pseudonyme. Et sans la présence d'un texte conséquent pour occuper la moitié des pages, c'est une myriade de nouvelles bien concises qui nous est proposée ici, presque toutes restées sans publications ultérieures.


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Sommaire du Numéro 147 :


1 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 8 à 8, bibliographie


NOUVELLES


2 - Gordon R. DICKSON, Fido (Fido, 1957), pages 9 à 27, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH *

3 - Dean MacLAUGHLIN, Le Retour des pionniers (One Hundred Days from Home, 1964), pages 28 à 45, nouvelle, trad. Claude CARME *

4 - Jack SHARKEY, Escale sur la Glorieuse (The Glorious fourth, 1965), pages 46 à 63, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE *

5 - Ron GOULART, Les Vivres coupés (Nobody Starves, 1964), pages 64 à 77, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

6 - Fredric BROWN, Petite musique de nuit (Eine kleine Nachtmusik, 1965), pages 78 à 94, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE

7 - Thomas OWEN, Le Chasseur, pages 95 à 97, nouvelle

8 - Russell KIRK, Le Pays des souches (Behind the stumps, 1962), pages 98 à 115, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

9 - Edgar PANGBORN, La Voglebête (Wogglebeast, 1965), pages 116 à 125, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

10 - Guy SCOVEL, Meurtre : facteur infini, pages 126 à 127, nouvelle *

11 - Sophie DARIA, La Révolte des femmes, pages 127 à 130, nouvelle *

12 - Colette DRION, Rossalid, pages 130 à 132, nouvelle *

13 - Gabriel DEBLANDER, Les Murs, pages 132 à 134, nouvelle *

CHRONIQUES


14 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 136 à 145, critique(s)

15 - Bertrand TAVERNIER, Faites vous-même votre scénario, pages 146 à 147, article

16 - COLLECTIF, L'Argus du Film étranger, pages 148 à 149, article

17 - Roland STRAGLIATI, Notes de lecture, pages 150 à 152, critique(s)

18 - (non mentionné) , En bref, pages 153 à 153, article

19 - Anne TRONCHE, Revue des arts, pages 154 à 156, critique(s)

20 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 157 à 158, courrier

21 - Gérard KLEIN, Chronique Théâtrale : L'Esclave de LeRoi Jones, pages 158 à 159, critique(s)

* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Trois histoires de navigateurs de l'espace pour commencer. Comme le rappelle la rédaction en présentant la nouvelle de Dean MacLaughlin : " À présent que le vol spatial est devenu une réalité, on pourrait s'attendre à voir augmenter le nombre d'histoires qui en traitent. Mais ce serait méconnaître la vocation foncière de la science-fiction, qui est de toujours dépasser l'actuel. C'est pourquoi, au contraire, l'utilisation de ce thème va en diminuant. Et pourtant, il y a encore des choses intéressantes et émouvantes à dire à ce propos ". On repensera en effet à la Visite à la NASA de Pierre Strinati dans le numéro précédent. Les trois premières nouvelles de ce numéro en sont le pendant.

Dans FIDOGordon R. Dickson prolonge les péril d'une planète piège en imaginant un virus d'intelligence qui s'attaque à un équipage d'astrogateurs sur le chemin du retour. Cela commence avec un chat qui se met à parler… Bien menée jusqu'à une conclusion logique mais surprenante.


"N'importe qui pourrait aller dans l'espace." Voilà la problématique à laquelle est exposé cet autre équipage d'astronautes, de retour de la première expédition sur Mars. Durant les deux ans qu'a duré leur voyage, les vols spatiaux ont bénéficié de progrès gigantesques, mettant les distances interplanétaires à la portée de presque n'importe qui. Frappés d'obsolescence avant même la fin de leur mission, ces astronautes accepteront-ils d'être rapatriés sous de nouvelles conditions techniques ? C'est l'enjeu qui concerne Le retour des pionniers de Dean MacLaughlin, auteur dont le n°292 de Fiction (juillet-août 1978) dira : " Dean McLaughlin a fait ses débuts dans Astounding en juillet 1951 avec une nouvelle intitulée For those who follow after. Diplômé en littérature de l’Université du Michigan, mais passionné par tout ce qui touche à la science depuis son plus jeune âge, il n’écrit que de la science-fiction. McLaughlin est aujourd’hui libraire, ce qui lui laisse assez peu de temps pour écrire, hélas, mais il passe pour un homme d’une culture phénoménale pouvant parler en connaisseur de pratiquement n’importe quel sujet avec n’importe qui… ".

" des armes (…) consistaient en pistolets dont la technologie terrienne avait modifié le rayon laser classique pour en faire une mortelle épée dévastatrice, véritable arme absolue. Avec un seul de ces engins un homme isolé pouvait pourfendre, abattre et même décapiter une horde d'assaillants ennemis en quelques secondes. "
Jack Sharkey invente l'épée laser ! Dans Escale sur la Glorieuse, un troisième équipage, un peu plus réduit celui-ci, se destine lui aussi à revenir sur Terre après un séjour sur Vega IV ; à moins qu'il ne se décide à y rester, tant l'endroit semble paradisiaque. Jack Sharkey, très habile pour individuer ses protagonistes, nous propose lui aussi sa vision d'une planète piège.

Sans transition : la mécanisation des services de recherche d'emploi, et de ceux destinés aux minima sociaux, est censée les rendre infaillibles. Tous les habitués de ces services le savent : des complications peuvent survenir à tout moment, et les chaînes de conséquences fâcheuses durer au-delà du supportable. Il n'y a pas là d'injustice, car il n'y a pas de volonté propre, ni de juge humain, derrière cela, mais un simple dysfonctionnement peut bouleverser des destins déjà précaires. Voilà ce que Ron Goulart nous décrit dans Les vivres coupés - et malgré le rire provoqué par l'absurde, et par des androïdes servant leçons de morale et soupe populaire, il ne s'agit malheureusement pas de science-fiction. "Nul n'est affamé", son titre original, est bien la promesse difficilement tenue d'un état qui se veut protecteur ; et la faim de devenir le salaire de la marginalisation. Mais puisque la machine est infaillible, les marginaux doivent bien avoir mérité leur sort quelque part, n'est-ce pas ? Grinçant.


Avant-dernière parution du formidable Fredric Brown (dont la revue a souvent regretté qu'il délaissât la nouvelle pour le roman), et très bien construite comme cet auteur sait toujours le faire, Petite musique de nuit a le ton étonnant d'une nouvelle de Jean Ray, avec ses rues et ses maisons abandonnées et le parfum de soufre qui les accompagne. Jubilatoire.


Thomas Owen propose Le chasseur : une inversion des rôles de la proie et du chasseur dans une histoire de vampire courte et sans prétention.


On en dévoilerait presque trop si l'on comparait Le pays des souches avec L'abomination de Dunwich de H. P. Lovecraft. Même ambiance de coins reculés de Nouvelle Angleterre, même genre de famille encore plus isolée, et un agent de recrutement fédéral tenace et pragmatique pour pousser les portes interdites. L'épouvante y monte marche après marche vers un abrupt paroxysme signé Russell Kirk.


Bien construite, La Voglebête se rattache aux légendes du petit peuple, qui parfois s'empare des nourrissons. La confrontation avec le monde moderne et la morne vie de monsieur et madame tout-le-monde en fait une allégorie du désir, voire d'une amère mélancolie, comme souvent et toujours de façon appréciable chez Edgar Pangborn.


Un autre nouvel auteur publié ici en banc d'essai, mais qui comptera immanquablement dans le rayonnement de la SF française, et au sein des revues Fiction et Galaxie : Jean-Pierre Fontana, ici sous le pseudonyme de Guy Scovel. En 1966, Jean-Pierre Fontana est l'initiateur du fanzine Mercury ; il s'occupera plus tard du Festival de la Science-Fiction de Clermont-Ferrand (ses pénates), puis de la Convention nationale de la Science-fiction. On lui doit une intense participation à l'actuelle revue Galaxies. Pour les revues qui nous intéressent, il y publiera plusieurs articles et critiques à partir de 1970, et sera l'anthologiste du Fiction Spécial n°30 : Demain l'Italie (mai 1979).
En attendant… Meurtre : facteur infini pousse sans surprise et à son extrême le paradoxe du Voyageur imprudent déjà formulé par René Barjavel.


Sophie Daria, autrice d'un ouvrage sur Le Corbusier (Seghers, 1956), et d'un roman intitulé Adieu Docteur Petersen (Amiot-Dumont, 1956), déploie La révolte des femmes, et imagine un tournant social : celui du jour où les machines prennent (enfin !) le relai de toutes les tâches ménagères et offre une liberté totale aux femmes au foyer. Si l'enjeu est bien la femme libérée, Sophie Daria s'imagine, naïvement aussi, que ces femmes n'ont ni aspirations, ni désirs, ni imagination pour combler leur temps devenu loisir. Une victoire à la Pyrrhus, pourrait-on dire ; et l'époque allait encore signifiant qu'il y avait une place, et une seule, pour les femmes…


Rossalid, de l'inconnue Colette Drion, est une petite histoire conventionnelle de marche fatale vers un destin.



Gabriel Deblander, par contre, connaîtra une petite renommée d'écrivain en Belgique et y sera salué par une bonne poignée de Prix Littéraires. Ce sera d'ailleurs Jean-Pierre Fontana (encore lui) qui le publiera le premier dans son fanzine Mercury (n°1-2, janvier 1965), avec Les murs, la nouvelle ici présentée. Et dans un autre célèbre fanzine, Lunatique (n°58, novembre 1970), on pourra lire à son propos : " Il aime la science-fiction française quand elle a une certaine tenue (comme dans Fiction). Il la préfère alors aux productions anglo-saxonnes. C'est, croit-il, essentiellement une question d'approche. " Nous avons Jean-Pierre Andrevon, Philippe Curval, Gérard Klein, Guy Scovel, Daniel Walther..., et j'en oublie certainement, " dit-il.".
Les murs est une histoire stylisée, un peu énigmatique, pétrie d'angoisse à la mort. On en attend de plus conséquentes sur les promesses de celle-ci.



A l'occasion de la réédition de La cité de l'indicible peur de Jean Ray chez Marabout (qui poursuit son grand travail de réédition du maître gantois au format poche), c'est Francis Lacassin lui-même qui en fournit la recension, et nous éclaire sur le cas particulier de ce roman et sa filiation avec l'ensemble des aventures de Harry Dickson.

" (...) La cité de l'indicible peur a pour intérêt majeur de rassembler les thèmes, les décors, les archétypes et les obsessions qui font tout le charme de l'œuvre méconnue de Jean Ray œuvre contenue dans une centaine de brochures dont le héros, Harry Dickson, se meut dans un univers situé entre l'Olympique et le 221 B Baker Street. Ces cent brochures constituent autant d'esquisses ou d'arpèges de l'œuvre accessible de Jean Ray. (Peut-être s'apercevra-t-on que certaines esquisses s'affirment plus belles encore que l'œuvre achevée.)
Ainsi la mercerie et son déploiement de rubans, d'épingles, de chapeaux et de bonbons au miel, moderne caverne d'Ali Baba sur laquelle règnent de fausses vieilles filles aux instincts criminels, elle est apparue d'abord dans Le jardin des furies et Les yeux de la lune. La petite ville, la communauté paisible et respectable dont le calme est aussi trompeur que celui des eaux dormantes, Jean Ray les a déjà peintes dans Ce paradis de Flower Dale, Le monstre dans la neige, La statue assassinée, L'homme au masque d'argent, Les sept villas
Quant aux personnages de La cité de l'indicible peur, M. Triggs s'est d'abord manifesté aux côtés de Harry Dickson dans Les idées de M. Triggs, et l'archiviste libertin et faux monnayeur ne sont pas sans ressemblance avec son confrère des Yeux de la lune. Quant aux vieilles filles meurtrières, leur première apparition s'est produite dans La cité de l'étrange peur qui, en dépit de son titre, est d'un sujet différent de La cité de l'indicible peur mais qui lui a prêté quelques personnages : Lady Honnybingle (prénommée Florence dans la première version) et déjà favorisée d'un fauteuil de velours rouge.
Si l'on doutait de la dette que ce roman doit à l'épopée de Harry Dickson, il suffirait de comparer quelques textes. La scène du dîner offert par les sœurs Pumpkins à MM Dopner et Triggs a été reprise mot pour mot dans La cité de l'étrange peur. On y retrouve la même servante Molly, le même menu (augmenté il est vrai d'un pâté de pigeon) et les mêmes convives (moins M Triggs) portant les mêmes noms. Seul un échange d'état civil s'est produit entre l'hôtesse, Deborah Hasslop, et une invitée, Miss Pumpkins. Enfin l'aventure de l'Ombre de minuit quarante-cinq a été reprise mot pour mot, ici encore, dans une aventure de Harry Dickson de même titre, au nom du célèbre détective a été substitué celui de Maple Repington.
On le voit, La cité de l'indicible peur s'avère féconde en exégèses. La nouvelle édition qu'en offre la collection Marabout possède un attrait supplémentaire en la postface de Jacques van Herp, à qui nous devons la meilleure étude de l'œuvre de Jean Ray et d'autres articles sur lui dans le numéro spécial de Fiction qui lui était consacré . On ne peut lire sans émotion ce texte de van Herp, car l'auteur, cédant la parole à Jean Ray, reproduit des confidences enregistrées au magnétophone peu avant sa disparition. Jusqu'ici peu loquace sur lui-même, Ray nous conte son enfance, ses fugues, son passé peu connu de dompteur de fauves, l'histoire de sa grand-mère, une indienne Sioux. Et comme si le sort avait voulu ménager la pudeur du vieil écrivain, ces révélations intimes nous parviennent maintenant qu'il est mort.

Francis LACASSIN.


Cette postface, document précieux s'il en est puisqu'il reprend les propres dires du maître gantois, est repris à la fin de notre page dédiée à Jean Ray, et c'est ICI.

15 juillet, 2026

Galaxie (2eme série) n°024 – Avril 1966

Beaucoup de sociologie dans ce numéro, où l'on peut observer des hypothèses de sociétés futures dressées par des auteurs compétents : Brian Aldiss, James Blish, John Brunner (avec des publications françaises exclusives pour ces deux derniers auteurs) ; on poursuit également le feuilleton de Pohl et Williamson, et l'on pourra regretter la sortie de Alfred Coppel, mais saluer l'entrée de C. C. MacApp que l'on retrouvera régulièrement dans les numéros de Galaxie de cette époque charnière qu'est 1966-1974.

Bon c'hiench" bzittcrouic !

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Sommaire du Numéro 24 :


1 - Brian ALDISS, L'Autre jungle (Jungle substitute, 1964), pages 4 à 30, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par Jack GAUGHAN

2 - John BRUNNER, Capital jeunesse (Wasted on the Young, 1965), pages 31 à 43, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

3 - C. C. MacAPP, Un cimetière sur toute la Terre (And all the Earth a grave..., 1963), pages 44 à 51, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par Jack GAUGHAN

4 - James BLISH, Génies en vrac (The Genius Heap, 1956), pages 52 à 69, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par Jack GAUGHAN *

5 - Jack SHARKEY, Échec à la colonie (The Colony That Failed, 1964), pages 70 à 84, nouvelle, trad. Michel DEMUTH, illustré par Jack GAUGHAN *

6 - Robert BLOCH, In vino veritas (Sabbatical, 1959), pages 85 à 94, nouvelle, trad. Michel DEMUTH, illustré par Virgil FINLAY

7 - Alfred COPPEL, Les Collines de son enfance (The Hills of Home, 1956), pages 95 à 104, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE *

8 - Frederik POHL & Jack WILLIAMSON, L'Enfant des étoiles (2) (Starchild, 1965), pages 105 à 141, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par Gray MORROW

9 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 142 à 143, bibliographie

10 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 149 à 153, courrier

11 - (non mentionné) , Résultats du référendum sur le n° 22, pages 157 à 157, notes 


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.



(...) — « Les gens qui sont restés dans cette Cité sont incapables de pensée rationnelle. L’homme de raison l’a quittée depuis six siècles ! Il s’en est évadé quand il s’est aperçu qu’une machine pouvait penser à sa place. Il avait commis une grosse erreur, l’erreur de croire que ses machines étaient efficaces, de croire qu’il pouvait leur accorder plus de confiance qu’à lui-même. »
— « Et il ne le fallait pas ? »
— « Jamais, Robin ! La machine la plus complexe elle-même, le computeur, n’est rien de plus qu’une sorte d’outil spécialisé. Quand les hommes se sont modelés pour s’adapter à un monde placé sous le signe des computeurs, ils sont devenus de parfaits idiots, ils ont sombré dans cette espèce de barbarie urbaine, cet horrible mélange d’automation et de crânes ancestraux ! »

Comme dirait l'autre : "on ne pourra pas dire qu'on ne vous aura pas prévenus". Après Le monde vertBrian Aldiss nous propose L'autre jungle, et y inverse les perspectives généralement induites de cités mécanisées sous la "Surface de la planète", comme disait Daniel Drode. La Cité future de Aldiss, si elle est là encore dominée par des machines qui asservissent les hommes, est une jungle verticale d'acier et de béton qui se projettent dans la verticalité. Mais si les humains sont ignorants et superstitieux dans cet environnement régressé, sujet aux pannes et aux carences d'entretien, il existe d'autres cités ou le rapport de pouvoir humains-robots semble plus équilibré. C'est sur ce point que la nouvelle montre une faiblesse, un manque de développement qui laisse à imaginer qu'il y aura une suite. Bref : la cible est un peu manquée.

Société future d'opulence et de loisirs… on en rêverait presque si John Brunner, avec un ton très personnel, ne nous rappelait pas que "si jeunesses savait et si vieillesse pouvait…", la société jouirait d'une plus grande intelligence pratique. Ici, c'est le Capital jeunesse qui demeure la richesse la plus précieuse. Mais jeunesse ne sait pas et se révèle toujours dispendieuse et indolente, et hypothèque son avenir et sa vieillesse.


C. C. MacAPP est un nouveau "baroudeur" à faire son entrée dans l'écurie de Galaxie, et sera d'ailleurs quasiment exclusivement publié en France dans cette revue (sur ses sept romans, un seul est à ajouter à la liste de ses publications francophones : Les mondes du mur, en Galaxie Bis - n°60, décembre 1978). Il va proposer un ensemble de près d'une dizaine de nouvelles que l'on pourrait intituler : "Le cycle de Gree". Au détour de la réédition, dans l'anthologie Histoires de sociétés futures, de la nouvelle ici présentée, Un cimetière sur toute la Terre, nous pouvons lire : 

MACAPP (C. C.). – Pseudonyme de Carroll M. Capp (1917-1971), qui écrivit de la science-fiction au cours des douze dernières années de sa vie. Les plus notables de ses récits se fondaient sur des variantes ingénieusement développées du thème de l’invasion de la Terre.

Ajoutons à cela que Carroll Mathers Capps (source Wikipedia) fut longtemps champion d'échec à San Francisco.

Pour ce numéro, en suivant un soupçon de logique, MacCapp imagine que la mode soit aux cercueils, en s'appliquant à y mourir. Un cimetière sur toute la Terre parodie avec bonheur les récits de Fin du monde, et dirige une plaisante attaque en règle contre la société de consommation (en réalité société de production comme le rappellera Jacques Goimard dans l'anthologie Histoires de sociétés futures déjà citée).

Encore une belle proposition sociétale : une retraite organisée pour la crème des artistes et des intellectuels… mais lorsque cette retraite est installée sur un satellite de Jupiter et que ses bénéficiaires y sont momentanément stérilisés, il y a fort à parier que d'autres intentions se cachent derrière ce mécénat apparent. Un peu bavard, Génies en vrac, de James Blish a toutefois l'avantage de questionner en creux la place des artistes dans la société (et d'être une publication exclusive de la revue).


Toujours dans la série des raretés, Echec à la colonie est une nouvelle aventure de Norcriss le xénozoologue qui projette son esprit dans les créatures extraterrestres. Jack Sharkey continue d'explorer les potentiels cas extrêmes ; ici - et sans en dévoiler davantage - on atteint un point culminant. Rapide et concis, l'ensemble se lit avec plaisir, comme toujours chez cet auteur méconnu de notre côté de l'Atlantique.


L'herbe est-elle toujours plus verte ailleurs, et à fortiori si cet ailleurs est une autre époque ? Robert Bloch (qu'on retrouvera régulièrement en cette année 1966) s'en prend un peu aux réflexes réactionnaires qui nous font toujours juger le temps qui passe comme une marche vers la décadence, en comparant dans In vino veritas l'aube des années 60 (à travers un producteur de divertissements télévisés) et la pleine époque des Années Folles d'avant la Crise de 29 (par l'intermédiaire d'un "vieux" voyageur du temps). Et de conclure qu'on n'est finalement jamais aussi bien loti qu'en son propre présent.


Alfred Coppel rend hommage au cycle martien d'Edgar Rice Burroughs dans cette histoire d'un premier astronaute envoyé vers Mars, et qui revit ses émois d'enfant imaginatif et fasciné par les aventures de John Carter. Mais la littérature prépare-t-elle à l'effroi cosmique, bien réel celui-ci ? Les collines de son enfance (la traduction du titre est un peu malheureuse) est la dernière nouvelle que publieront les revues Fiction et Galaxie de cet auteur talentueux et toujours fin dans ses observations psychologiques. Tout juste réédité sporadiquement ensuite dans les volumes de la Grande Anthologie de la science-fiction, Coppel aurait bien mérité son propre recueil.


Un personnage balloté de bout en bout - à l'exception momentanée d'un audacieux combat contre des bêtes cosmiques surpuissantes, mais d'une audace qui frise l'inconscience et qui n'exige aucune ruse qui saurait nous rendre admiratifs… Cette deuxième partie de L'enfant des étoiles renforce l'impression que nous avons à faire avec un anti-héros falot et insipide. Reste à espérer qu'il ne s'agisse pas en vain de cruauté gratuite de la part de Frederik Pohl et Jack Williamson.

08 juillet, 2026

Galaxie (2eme série) n°023 – Mars1966

Galaxie mise toujours autant sur ses piliers, mais les points forts de ce numéro ne sont pas, ou pas encore, les vedettes. On appréciera davantage Philip Dick ou Jack Sharkey que Williamson ou McIntosh, avec tout le respect que nous devons pourtant à ces grands anciens.

Ah, enfin, la voilà cette foutue fusée !

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Sommaire du Numéro 23 :


1 - Frederik POHL Jack WILLIAMSON, L'Enfant des étoiles (1) (Starchild, 1965), pages 4 à 64, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par Gray MORROW

2 - Philip K. DICK, Simulacre (Precious Artifact, 1964), pages 65 à 80, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH

3 - Lester DEL REY, Le Dernier Terrien (The Last Earthman, 1965), pages 81 à 89, nouvelle, trad. René LATHIÈRE

4 - J. T. McINTOSH, Fric-frac sur Vokis (No Place for Crime, 1959), pages 90 à 123, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par Dick FRANCIS *

5 - Jack SHARKEY, Journal de bord (The Dope on Mars, 1960), pages 124 à 140, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par Wallace (Wally) WOOD *

6 - Keith LAUMER, Mort aux vermines ! (A bad day for vermin, 1964), pages 141 à 147, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

7 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 148 à 149, bibliographie

8 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 154 à 155, courrier

9 - (non mentionné) , Résultats du référendum sur le n° 21, pages 159 à 159, notes 


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.



Galaxie en annonce la fin au prochain numéro, mais il reste deux parties encore après cette première ouverture de L'enfant des étoiles. Curiosité de l'édition, ce roman fait suite aux Récifs de l'espace que Galaxie publia dans ses numéros 6, 7 et 8, mais sera le premier publié en volume (Le masque science-fiction n°44 - 1976) ; il faudra attendre 1978 pour voir le premier opus publié en volume, et chez un autre éditeur (Press Pocket), ce qui fera dire à Jean-Pierre Andrevon dans le Fiction n°276 : " … en l'absence du premier volet, l'action décrite dans le second (...) restera tout à fait incompréhensible à qui n'aurait pas eu connaissance du premier. "
En effet, non seulement ce deuxième mouvement reprend les éléments du premier (les décors principaux, les antagonismes entre Machine toute puissante et planificatrice et Rebelles vivant leur utopie collectiviste au-delà de son influence dans les récifs de l'espace), mais encore on ne découvre rien de très nouveau ici - le héros, par exemple, est de nouveau un bleu à déniaiser. Cependant, les auteurs ne se sont pas encombrés à rappeler les éléments d'explication du roman précédent (ce qui aurait alourdi la narration, vive et directe). Mais même avec la souvenance du premier opus, on sera tout de même surpris par l'incursion de quelques éléments d'appartenance plutôt fantastique : revenant, prophétie, apparition - disparition… Pas du meilleur cru, ainsi, pour Frederik Pohl et Jack Williamson, mais le scénario reste somme toute bien ficelé comme une petite série Star Wars ou une plaisante aventure solo de jeu de rôles.


Chaque nouvelle parution d'un récit de Philip K. Dick dans les pages de Galaxie peut aussi laisser ce sentiment de déjà-vu, mais force lui en est d'avoir été constant dans ses thématiques, que nous nous réjouissons de voir s'inventer et se préciser d'une histoire à l'autre sur cette période des années 60.

" (...) je suis sur Terra pour des raisons sérieuses. Mon intention est de démontrer que ce sont en réalité les Proxiens qui ont gagné la guerre et que nous, les quelques Terriens survivants, nous sommes les esclaves de Prox et nous travaillons pour…» Il se tut. Il n'y avait rien à faire. "

On retrouve par exemple dans cet extrait l'un des motifs favoris de Dick, celui-ci sera même l'amorce du Maître du Haut-Château. En voici un autre :
" L'écureuil l'entendit. Il dressa les oreilles ce qui évoqua aussitôt dans l'esprit de l'homme un chat avec lequel il s'amusait jadis, un vieux matou somnolent qui leur avait appartenu, à son frère et à lui, à l'époque où Terra n'était pas encore aussi surpeuplée et où l'on avait le droit de posséder de petits compagnons familiers. "

On retrouve ici l'un des éléments principaux de son célèbre Blade Runner / Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques : le danger de perdre notre rapport aux animaux, et aux petits animaux tout particulièrement, qu'ils soient ou non domestiques (et ce n'est pas notre fidèle Ludo le hérisson - qui fêtait lors de la sortie de ce numéro ses trois ans - qui nous contredira sur ce point, n'est-ce pas Ludo ?).

Enfin, pour faire la jonction avec le précédent extrait :

« Et les animaux terriens ? Ont-ils tous disparu ? Le chien et le chat ? »

Mary jeta un coup d'œil aux deux gardes. Sans avoir besoin de parler, ils se comprirent en un éclair. « Après tout, cela vaut peut-être mieux, » fit-elle.

— « Qu'est-ce qui vaut mieux ? »

— « Que vous voyiez. Nous ne pensions pas que vous tiendriez aussi bien le coup. Vous avez le droit de voir. » Elle ajouta : « Oui, Milt, le chien et le chat ont survécu. Ils se sont réfugiés dans les ruines. Venez avec moi. »

Il la suivit, le cerveau en ébullition. Mary ne se trompait-elle pas pour la première fois ? Avait-il vraiment envie de voir ? Pourrait-il supporter le spectacle réel de ce qu'on avait cru bon, jusque-là, de lui épargner ? 

Dick, on le voit, est très alerte pour illustrer les mouvement pendulaires de la paranoïa. Dans cette nouvelle intitulée Simulacre (ce terme sera grandement utilisé par les traducteurs de Dick, qui use ici du mot plus trouble d'artefact (artifact) et ne dévoile pas autant l'aspect mimétique des choses ainsi définies), on explore avec lui toute la complexité de la reconstruction d'une Terre dévastée non pas d'un point de vue technique, mais sur le plan psychologique. La motivation d'aller de l'avant repose sur des espoirs : métissage des cultures l'une à l'autre étrangères, survivance de quelques espèces animales qu'on pourrait conserver dans des réserves, compagnonnage et instinct de protection, et surtout : avoir à faire avec des êtres vivants et non point des robots. Bien entendu, la mélancolie qui accompagne ces espoirs n'est pas absente mais ne s'articule pas sur de la nostalgie - le "retour de la douleur" dans son sens premier - mais sur un espoir plus vaste qu'un nouveau monde vivant surgira de cette reconstruction - dusse-t-il dépendre à sa base d'un mensonge, mais un mensonge structurant. C'est toute la problématique du territoire américain souffrant du génocide amérindien, ou celle du territoire européen restructuré par les promesses d'abondance du Plan Marshall qui sont ici évoquées, peut-être inconsciemment chez Dick, mais qui témoignent tout de même de la sensibilité et de la lucidité rares dont nous fait profiter ce grand auteur.

Le dernier terrien de Lester del Rey est une jolie petite nouvelle qui nous démontre gentiment la préciosité de notre planète mère. Concis et émouvant.



On retrouve J. T. McINTOSH dans Fric-frac sur Vokis, une histoire policière d'arnaque et de vol, sur une planète dont l'opulence attire les escrocs, mais aux méthodes policières réputées infaillibles. Le plan du vol parfait est un peu alambiqué et repose sur une mutation psi (la téléportation), mais l'ensemble n'est finalement que peu SF.


Vient ensuite un Journal de bord tenu par un reporter chargé de couvrir la première expédition sur Mars ; on y découvre les martiens (et on retrouve le goût de Jack Sharkey pour les métabolismes extraterrestres), et l'on rit de la naïveté du ton, des mésaventures de l'équipage et de la grogne permanente qui sévit entre ses membres dont chacun méprise la spécialité de l'autre. 

Dans Mort aux vermines !, une délibération de justice doit faire état du statut de criminel ou non de l'homme qui a assassiné le premier extraterrestre venu visiter la Terre - et que son assassin a considéré comme "une vermine". Keith Laumer joue avec une cascade de dominos qui ébranlent tout le système pénal.



Dans le Courrier des lecteurs, nous retrouvons le fidèle Henri Michaux de Versailles (le poète vivait, lui, à Paris, mais sait-on jamais...). C'est toutefois en réponse à un autre lecteur que nous pouvons lire cette petite note de la rédaction qui nous éclaire sur les rapports entretenus entre Galaxie et Fiction (dont les équipes rédactionnelles sont sensiblement clonées) :

Nous l'avons déjà dit à plusieurs reprises : nos deux revues sont complémentaires. Les chroniques qui donnent un « ton » à Fiction seraient déplacées dans Galaxie. Fiction se veut plus sérieux, Galaxie plus distrayant. Mais l'une et l'autre des revues nous semblent faites pour satisfaire à la fois tout amateur de science-fiction un tant toit peu éclectique.


Nous voilà avoir dépassé ce mois de juin 2026 le cap des 130 000 vues. Nous ne sommes pas peu fiers d'être suivis par de si nombreux visiteurs. A vous toutes et tous : MERCI de votre intérêt.

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