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13 décembre, 2023

Fiction n°055 – Juin 1958

Des novellas de très bonne facture accompagnent un bon niveau général pour ce numéro d'été 1958, marqué par la disparition prématurée du talentueux Cyril M. Kornbluth.

 

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Sommaire du Numéro 55 :

NOUVELLES
 

 

1 - François TRUFFAUT, A bas la science-fiction, pages I à II, critique(s)
2 - Jacques BERGIER & Pierre VERSINS, Solidarité, pages 3 à 30, nouvelle *
3 - John Dickson CARR, L'Homme au col de fourrure (New Murders for Old, 1939), pages 31 à 45, nouvelle, trad. Roger DURAND
4 - Robert BLOCH, Mon barman et son monstre (How Bug-Eyed Was My Monster, 1958), pages 46 à 50, nouvelle, trad. Yves RIVIÈRE
5 - Jehanne JEAN-CHARLES, Trois petits tours et puis s'en va, pages 51 à 53, nouvelle
6 - Ray RUSSELL, Le Dialogue des sourds (Incommunicado, 1957), pages 54 à 56, nouvelle, trad. Yves RIVIÈRE *
7 - Anthony BOUCHER, Gandolphus (Gandolphus, 1952), pages 57 à 64, nouvelle, trad. Roger DURAND *
8 - Philippe CURVAL, Un rêve de pierre, pages 69 à 80, nouvelle
9 - Lester DEL REY, L'Enfant qui n'était pas là (Little Jimmy, 1957), pages 81 à 92, nouvelle, trad. Suzanne RONDARD *
10 - Evelyn E. SMITH, Mon Martien et moi (Outcast of Mars, 1957), pages 93 à 99, nouvelle, trad. Yves RIVIÈRE
11 - G.C. EDMONDSON, Renaissance (Renaissance, 1957), pages 100 à 114, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH *
12 - Cyril M. KORNBLUTH, Manuscrit trouvé dans un sablé chinois (MS. Found in a Chinese Fortune Cookie, 1957), pages 115 à 126, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH

* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

CHRONIQUES


13 - Jacques BERGIER & Alain DORÉMIEUX & Igor B. MASLOWSKI, Ici, on désintègre !, pages 127 à 133, critique(s)
14 - F. HODA, A bas la S.F. ? : Truffaut ne "marque" pas un point..., pages 134 à 135, article
15 - Forrest J. ACKERMAN, Si peu de temps après Kuttner..., pages 137 à 137, article
16 - COLLECTIF, Courrier des Lecteurs, pages 138 à 139, article
17 - (non mentionné), Connaissez-vous le club "Futopia" ?, pages 141 à 141, article
18 - F. HODA, La Mante et les dinosaures, pages 143 à 144, article
19 - (non mentionné), Table des récits parus dans "Fiction", pages 144 à 148, index.

 


On commence avec Solidarité, par Pierre Versins (sur une idée de Jacques Bergier) , une très bonne novella, tant sur sa forme aux multiples rebondissements, que sur le fond - d'une modernité que nos Tchernobyl ou Fukushima ne sauraient détrôner. On aurait pu frémir à l'usage de certains mots "canceled " si la morale de l'histoire n'avait pas emprunté un contre-courant. Bref : une histoire de résistance au nucléaire (ici sous sa forme primitive atomique), très courageuse et lucide pour son époque.

Dans L’homme au col de fourrure, John Dickson Carr nous propose, encore une fois avec cet auteur, un habile mélange de fantastique et de machination criminelle. On appréciera le style et l'intrigue.

Courte, drôle et efficace, une rencontre du troisième type dans un style plein de verve : c'est Mon barman et son monstre par Robert Bloch.

Petit histoire cruelle sur un monstre de music-hall avec Trois petits tours et puis s’en va… de Jehanne Jean-Charles (femme de l'humoriste éponyme).

La chute de Babel reportée à l'échelle du monde, à des fins de faciliter une invasion. Le dialogue des sourds, par Ray Russell, nous fait prendre conscience de ce trésor à nous commun qu'est le langage. 

Gandolphus, par Anthony Boucherest une histoire de possession mâtinée de légende monacale, avec extraterrestres à la clé. Un bon petit cocktail à savourer cul-sec !

Beaucoup de mots pour parler de sédimentation minérale ; Philippe Curval explore en poète dans Un rêve de pierre les affres créatrices de la sculpture sur météorite, mais se perd un peu en chemin...

Une histoire d'enfantôme - tout un concept en soi, que Fiction rattache justement à d'autres histoires atypique. Du bon travail qu'est L’enfant qui n’était pas là de Lester Del Rey.

Après Lester Del Rey, Fiction continue de récupérer l'écurie Galaxie en publiant Evelyn E. Smith, dans Mon Martien et moiavec une belle traduction d'Yves Riviére, pour une romance inter espèces sur une planète Mars où domine une espèce plutôt volage.

Reconstruction post-apocalyptique dans Renaissance, par G. C. Edmondsonau ton grinçant qui fait la patte de son auteur. Mais une leçon d'optimisme tout autant.

Rendant hommage à Cyril M. Kornbluth, qui vient de mourir d'une soudaine crise cardiaque comme Henry Kuttner quelques semaines auparavant, Fiction propose Manuscrit trouvé dans un sablé chinois, où Kornbluth joue en auto-fiction à rendre romanesque le destin d'un de ses pseudonymes - Cecil Corwin. On frôle l'absurde et le complotisme avec humour - comme Kornbluth semble au passage régler quelques compte avec certains de ses pairs écrivains.


François Truffaut dans Fiction ! …ou presque. Les Glanes interstellaires de ce numéro (rubrique qui répertorie les allusions à la science-fiction parues dans la presse) font état d'une critique très acerbe du cinéaste (et critique de cinéma)  envers le genre tout entier, à travers un malheureux exemple. Voyons plutôt :

GLANES INTERSTELLAIRES : À travers la presse.

Sous le titre « À bas la science-fiction », l'hebdomadaire « Arts » a publié, dans son numéro du 16 avril, un article où son critique cinématographique François Truffaut, à propos du film « La marque », s'en prenait à la SF en général. Vous trouverez dans ce numéro de « Fiction » les réflexions inspirées à notre collaborateur F. Hoda par les vues de Truffaut. Voici l'article de celui-ci :

Comment analyser la méfiance instinctive que m'inspirent les fanas de la science-fiction ? Je ne puis m'empêcher de penser qu'il faut bien de la sécheresse, de l'insensibilité et de la pauvreté d'imagination pour s'en aller chercher du côté des Martiens une fantaisie, une poésie, une émotion qui sont chez nous, sur la terre, à portée de main, de regard et de cœur, quotidiennes, éternelles.

Toute belle et grande œuvre est sa propre science-fiction ; les personnages de Fellini ou de Hitchcock sont des Martiens, sans accessoires peut-être, mais d'une telle féerie, si loin de nous et tout à la fois si proches qu'ils satisfont pleinement nos besoins d'évasion, de merveilleux et de fantastique. Du reste, les amateurs de science-fiction, conscients de l'extrême fragilité des romans ou des films basé sur une « bonne idée », une trouvaille, un postulat, avouent que l'intérêt commence où les sentiments apparaissent, c'est-à-dire lorsque la bête, la chose, la forme s'humanise, souffre et réagit sentimentalement, donc lorsque l'entreprise débouche sur nos canevas habituels et que le fantastique ne s'exprime plus que dans les apparences charnelles, vestimentaires, etc. 

Les amateurs de science-fiction sont racistes sans le savoir, à la manière de ces femmes frigides qui cherchent le plaisir impossible dans des bras colorés, broyant du noir sous le faux alibi de la curiosité ethnique. Ayant l'occasion récemment de revoir à quelques jours d'intervalle le film de Cocteau : La Belle et la Bête, et celui de Bresson dialogué par Cocteau Les Dames du bois de Boulogne, je m'aperçus de la profonde parenté entre ces deux œuvres dont l'une se veut strictement poétique et la seconde strictement morale. Les rapports d'Elina Labourdette et de Paul Bernard sont semblables rigoureusement à ceux qui unissent la Belle et la Bête, une dévotion amoureuse allant jusqu'à la plus extrême soumission et, finalement, le renversement des passions. Or, de ces deux films, c'est celui de Cocteau qui a vieilli, celui de Bresson, au contraire, dispensant aujourd'hui une émotion nouvelle, à longue durée, pure de toute sentimentalité pittoresque. Les Dames du bois de Boulogne, comme Il bidonne, comme Fenêtre sur cour est un film de science-fiction. 

Davantage que n'importe quoi, le cinéma est féerique, par la force des choses. Le cinéaste le plus lucide, le plus expérimenté, le plus froid ne peut dissimuler sa surprise en projection des rushes devant le décalage entre ce qu'il croyait filmer et ce qui est sur l'écran. C'est pourquoi les cinéastes qui « visualisent » avant de tourner rateront toujours leurs films : il faut filmer des idées qui deviendront des images et non filmer des images qui seront trahies par d'autres idées. C'est ce décalage entre la réalité filmée et la réalité obtenue qui amène le fantastique et qui transforme les films les plus réalistes (ou les plus néo-réalistes) en de purs contes de fées : Toni, Rome ville ouverte, Farrebique, Les Vacances de M. Hulot sont des films illustrant, volontairement ou non, le fantastique quotidien, pour moi le seul qui compte. 

On a beaucoup moqué la naïveté des industriels qui ont cru renouveler le cinéma en élargissant l'écran ; je tiens pour plus stupide la croyance de certains intellectuels dans le renouvellement des sujets par la science-fiction ; le canevas suivant : un jeune Martien tombe amoureux d'une jolie Terrienne, n'est pas autre chose que l'affadissement de celui-ci : un jeune paysan arrive à Paris et devient éperdument amoureux d'une jeune fille de Passy qui « fait » propédeutique. Si je prétends qu'il y a affadissement dans un sujet transposé pour la science-fiction, c'est que le pittoresque facile envahit tout et dissout ce qui devrait être l'essentiel : les mouvements du cœur et du corps. 

Le cinéaste offre au public un film qui, s'il est bien conçu et bien réalisé, doit être indiscutable ; ce qu'il y a d'irritant dans tous les sujets fantastiques basés sur un postulat : imaginons que, supposons que, qu'arriverait-il si… c'est qu'ils font de chaque spectateur non pas un représentant du public, mais un collègue, un co-scénariste, un complice de la création qui pendant même la projection du film, se prend au jeu stupide de refaire le scénario à sa manière ; pourquoi ? Parce que les films de ce genre nous laissent toujours insatisfaits par le mélange détonant constitué par trop de mensonge et trop peu de vérité, trop peu de science et trop de fiction. 

Les amateurs de science-fiction m'apparaissent donc suspects dans leur quête désespérée d'une fantaisie aussi fausse que la vérité recherchée par les fanatiques des films strictement documentaires : Continent perdu, ou même les bandes d'amateurs projetées à Pleyel. 

Que penser d'un public qui délaisse les romans, déserte les salles de théâtre, de cinéma et de concerts au profit des spectacles « son et lumière » ? L'amateur de science-fiction me semble l'équivalent intellectuel du spectateur « son et lumière ». Assis entre deux chaises, blasé sur la fiction, trop paresseux pour s'adonner aux sciences, privé de toute curiosité humaine, stérile et desséché, incapable de rêves et dénué de fantaisie, il amorce, inconscient, une horrible métamorphose qui fera de lui bientôt une sorte de « phasme » qu'on oubliera dans un bocal, confondu aux mortes brindilles auxquelles, dédaignant le cœur humain, il se sera trop exclusivement intéressé. 

Tout cela, et que l'on me pardonne ces généralités, pour vous inviter à ne pas voir La Marque, film anglais de science-fiction, d'une platitude, d'une laideur et d'une sottise absolues. 

Rappelons que François Truffaut réalisera une très belle adaptation de "Fahrenheit 451", d'après Ray Bradbury, en 1966. Comme quoi, seuls les imbéciles ne changent pas d'avis…

23 novembre, 2022

Fiction n°026 – Janvier 1956

Des polémiques à profusion, de nouvelles têtes qui vont compter... florilège de progressisme pour ce numéro 26 de la revue Fiction (qui, enfin, devient officiellement un magazine de : "Science-fiction", au vu de la mention sur sa couverture).

Prestidigitation des temps modernes :

un clic et hop ! un epub !

 

Sommaire du Numéro 26 :

NOUVELLES

 

1 - John Dickson CARR, Colin-maillard de mort (Blind man's hood, 1940), pages 3 à 20, nouvelle, trad. Roger DURAND

2 - Mack REYNOLDS, Il n'y a pas de sot métier (The Expert, 1955), pages 21 à 30, nouvelle, trad. Roger DURAND

3 - Charles L. HARNESS, L'Enfant en proie au temps (Single Combat, 1955), pages 31 à 45, nouvelle, trad. Alain DORÉMIEUX

4 - E.C. HORNSBY, Suivez le fantôme... (Overlooked, 1955), pages 46 à 57, nouvelle, trad. Roger DURAND

5 - Robert MARGERIT, Le Bal des voleurs, pages 58 à 73, nouvelle

6 - Ray BRADBURY, Tout l'été en un jour (Born of Man and Woman, 1950), pages 74 à 79, nouvelle, trad. Alain DORÉMIEUX

7 - Idris SEABRIGHT, Des mondes à profusion (Mary Celestial, 1955), pages 80 à 94, nouvelle, trad. Jean de KERDÉLAND

8 - Gérard KLEIN, Civilisation 2190, pages 95 à 99, nouvelle

 

CHRONIQUES


9 - Alain DORÉMIEUX, La Critique des revues, pages 100 à 100, critique(s)

10 - Jacques VAN HERP, Robert-Houdin, pages 101 à 102, critique(s)

11 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 103 à 107, critique(s)

12 - Alain DORÉMIEUX & Thomas NARCEJAC, Controverse à propos d'une démolition, pages 108 à 111, critique(s)

13 - Alain DORÉMIEUX & F. HODA, En quatrième vitesse vers le néant ! / Cinq survivants... et deux belligérants, pages 113 à 118, article

14 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 119 à 122, article

Colin-maillard de mort, par John Dickson Carr, est présenté comme un mélange policier et fantastique. C'est en effet un mystère de chambre close et une belle histoire de fantôme, au demeurant. On notera la première référence à un traducteur (l'infatigable Roger Durand) dans les pages de Fiction - peut-être (?) sous l'impulsion de Dorémieux lui-même traducteur.

Toujours cet humour chez Mack Reynolds, avec Il n’y a pas de sot métier. On y notera une référence à la fin à Clarke, et à Willy Ley, de l'écurie Galaxie.

Une très belle nouvelle, du niveau d'un bon Sturgeon :  L’enfant en proie au temps, par  Charles L. Harness. Il s'agit d'un paradoxe temporel avec sa petite part d'inexpliqué, mais surtout une mise en situation narrative bien menée. Harness est de ces auteurs fins et habiles pétris d'humanité.

Suivez le fantôme, par E. C. Hornsby, est un gracieux petit conte fantastique.

Le bal des voleurs, par Robert Margerit, Prix Renaudot 1951 pour son livre "Le dieu nu", détonne un peu par son scénario, et l’Étrange porté par Fiction semble avoir ici le dos un peu large. Margerit tente de s'en expliquer lui-même :

« (…) je reste très attaché à tout ce qui, d’une façon ou d’une autre, est « surréel ». Avec les Œuvres de Bouquet, de Jean Ray, de Lovecraft, de Bester, je me sens dans mon domaine, comme d’autre part avec celles d’André Breton, de Gracq, de Pieyre de Mandiargues, de Lise Deharme, de Tardieu. La « science-fiction » me captive lorsqu’elle est un moyen de révéler les tendances et le subconscient de l’homme actuel, plutôt qu’une vaine tentative de préfigurer le monde de demain – lequel sera tout différent de ce que nous pouvons imaginer, comme le nôtre n’a aucun rapport avec celui qu’imaginait Jules Verne (il n’a même pas songé au moteur à explosion et encore moins à réaction). (…)

» Par goût, je préférerais écrire des récits fantastiques plutôt que des romans réalistes ; mais le fantastique exige des dispositions intimes que l’on ne peut provoquer, et une inspiration profondément authentique. Les réussites dans ce genre sont très rares. C’est pourquoi je tire bien bas mon chapeau devant des livres comme « L’homme démoli », « Le visage de feu », et le prodigieux « Malpertuis ».

En substance, pour un auteur comme Margerit et comme pour beaucoup de ses contemporains, la science-fiction de Bester serait du même acabit que le fantastique de Malpertuis de Jean Ray, ou de l'anticipation de Verne et Wells... On notera aussi que les œuvres citées sont toutes récemment éditées en France dans la toute jeune collection "Présence du futur" chez Denoël, comme si elle avait été la seule collection de littérature "de genre" acceptable de cette époque.

La nouvelle de Margerit, malheureusement, n'est même pas à ranger dans le fantastique ou l'étrange, mais jouit tout juste d'une ambiance décadente et de beaucoup de verbiage.

On se rattrape avec délice dans Tout l’été en un jour, par Ray Bradbury, une valeur toujours sûre, qui nous emmène avec concision dans des territoires alliant poésie et cruauté.

Réalité augmentée et nostalgie de l'enfance s'articulent ensemble dans Des mondes à profusion, par Idris Seabright.

Enfin, Civilisation 2190 de Gérard Klein qui promeut avec une belle ironie l'édition populaire et éphémère - en imaginant que c'est tout ce qui pourrait survivre de la littérature... Revenons sur l'auteur et son contexte éditorial, en citant le texte de présentation que lui offre Fiction pour son entrée dans la revue :

« Il est dommage pour Gérard Klein qu’il ne soit pas né en Amérique, car il y serait déjà « professionnel ». On ne peut, devant lui, manquer en effet d’évoquer ces auteurs de S.-F. à la carrière précoce qui sont nombreux aux États-Unis. (…) Ray Bradbury vendit sa première histoire de S.-F. à dix-huit ans ! Dix-huit ans est aussi l’âge de Gérard Klein… qui se considère d’ailleurs comme le plus fanatique admirateur de Bradbury en France (au point d’entrer en transes quand il entend prononcer la moindre réserve à l’égard de son œuvre.). Nous savons que nous lui faisons un double plaisir en signalant cette similitude d’âge « au départ »… et en insérant son premier conte dans un numéro où précisément figure son idole !

Dommage, disions-nous, car la France n’est pas l’Amérique, et pour une trentaine de magazines du genre là-bas, il n’y en a ici que deux. Ce qui laisse peu de tremplins à un débutant manifestement fait pour écrire de la « science-fiction » – et n’écrire que cela… Nous n’en souhaitons pas moins à Gérard Klein la réussite qu’il mérite, et d’abord la réalisation de son plus grand désir actuel : paraître un jour dans la collection « Présence du Futur ». Ce désir est la seconde des deux utopies qu’il caresse depuis deux ans qu’il s’est mis à faire de la S.-F., la première étant… l’espoir d’être publié dans « Fiction ». Puisque ledit souhait est maintenant réalisé de façon durable (car nous avons retenu d’autres histoires de Gérard Klein pour les mois à venir), il n’y a pas de raison pour que la transmutation des utopies en réalités ne continue pas ! »

Deux revues seulement, peu de collections... La méconnaissance du genre par des auteurs comme Margerit est bien excusable en 1956. Mais la science-fiction en France a encore ses belles lettres à venir ; Gérard Klein, tout comme Alain Dorémieux, fera beaucoup pour l'édition de la SF en France.

Un autre grand nom de l'édition francophone fait son entrée dans ce numéro ; il s'agit de Jacques Van Herp. A seulement 23 ans en 1956, il est pourtant déjà l'érudit et le curieux, le modeste et le travailleur, qui sera directeur de collection chez Marabout et sera, entre autre, à l'initiative de la redécouverte et de la réédition de Harry Dickson et de son auteur, Jean Ray.

Alain Dorémieux, lui, signe non pas un, mais deux articles de controverse dans ce numéro. Quand l'auteur Narcejac (du tandem Boileau-Narcejac) fait état de quelques griefs contre le genre science-fiction, Dorémieux vole à la rescousse pour le défendre. ("Controverse à propos d’une démolition"). C'est le tout récemment paru en France "L'homme démoli" d'Alfred Bester qui en fait les frais, mais n'est au fond qu'un bouc émissaire. On sent que ce qui déplait à Narcejac chez Bester, c'est que "L'homme démoli" ait été présenté comme un "polar de S.F.", comme si ce style-là englobait celui-ci, et par là minimisait sa portée. Nous avons toutefois là un très intéressant débat dans une époque où la S.F. commence à être définie.

La seconde controverse de Dorémieux de la revue est plus anecdotique, mais on sent bien qu'il prend l'exercice à cœur.


Deux revues de SF seulement en France n'induit pas leur similitude. Fiction cherche sans doute à se démarquer d'avantage de Galaxie, sans froisser son lectorat. C'est ce qui apparait à la lecture de ce "Questionnaire aux lecteurs de Fiction" paru dans ce numéro 26, que nous vous proposons de découvrir ici :

QUESTIONNAIRE AUX LECTEURS DE “FICTION”

Amis lecteurs,

Vous trouverez ci-dessous un questionnaire que nous vous serions très obligés de remplir et de nous retourner. Nous nous sommes efforcés de le présenter de façon à vous simplifier au maximum la petite tâche que nous vous demandons. Il vous suffit, en effet, pour y répondre, de donner un simple trait de plume dans les cases réservées à cet effet, ou d’y inscrire un chiffre. Vos réponses nous seront précieuses. Grâce à elles, nous nous efforcerons, dans les mois à venir, de vous présenter des numéros de « Fiction » qui répondent davantage encore à vos aspirations.

(Barrer les mentions inutiles.)

 

1. Aimez-vous, de façon générale, les couvertures de « Fiction » ?

 

2. Préférez-vous les couvertures ornées :

— d’un dessin original (ex. : N°24) ; ………..

— d’un montage à base de photos (ex. : N°23) ; …………

— d’un montage à base de gravures (ex. N°20) ? ………..

(Indiquez par un chiffre de 1 à 3 dans l’ordre de préférence.)

 

3. Préféreriez-vous que l’illustration de la couverture soit de dimensions plus grandes (comme dans le présent numéro) ?

 

4. Classez par ordre de préférence les trois numéros de l’année écoulée, dont les couvertures vous ont le mieux plu.

 

5. Seriez-vous partisan d’illustrations à l’intérieur de la revue ?

 

6. Souhaiteriez-vous voir plus de chroniques en fin de numéro, ou moins ? Ou la proportion actuelle vous satisfait-elle ?

 

7. Seriez-vous partisan de la création d’une rubrique retraçant l’actualité du livre de S.-F. à l’étranger (comptes rendus des ouvrages les plus marquants paraissant aux U.S.A. et en Angleterre, etc.) ?

 

8. Appréciez-vous les introductions qui précèdent chacun de nos récits ?

 

9. Seriez-vous partisan de la publication de longs récits (plus de 50 pages) « à suivre » sur deux ou trois numéros ?

 

10. Aimeriez-vous plus d’histoires françaises, par rapport aux histoires traduites, ou moins ? Ou êtes-vous satisfait de la proportion actuelle ?

 

11. Aimeriez-vous plus d’histoires fantastiques, par rapport aux histoires de fiction ?

 

12. Plus d’histoires humoristiques, par rapport aux histoires sérieuses ?

 

13. Parmi la liste suivante des auteurs dont trois histoires au moins ont paru dans « Fiction », quels sont les cinq que vous aimez le mieux ? (Attribuez-leur un chiffre de 1 à 5, dans l’ordre de préférence) :

Robert ABERNATHY. Poul ANDERSON. Alfred BESTER. Jean-Louis BOUQUET Esther CARLSON. Alfred COPPEL. Alain DOREMIEUX. C.-M. KORNBLUTH. J.-T. MACINTOSH. William MORRISON. H. NEARING. Alan NELSON. André PILJEAN. Arthur PORGES. Maurice RENARD. Mack REYNOLDS. Idris SEABRIGHT. Jacques STERNBERG.

 

14. Indiquez par OUI ou NON si vous avez aimé ou n’avez pas aimé chacune des histoires suivantes, parues dans « Fiction » au cours de l’année 1955 :

Le conseiller technique (N°15)

Le Robinson de l’espace (N°16)

Exemplaire de presse (N°17)

Les parias (N°17)

Tu seras sorcier ! (N°18)

Le Psautier de Mayence (N°18)

Vertes pensées (N°19)

La chaîne et le collier (N°19)

Le labyrinthe de Lysenko (N°19)

Le fantôme à la fenêtre (N°20)

L’homme de la Lune (N°20)

La ceinture du robot (N°21)

Spectacle d’ombres (N°22)

Matériel humain (N°22)

Kalato (N°22).

Les Cloches Chantantes (N°23)

Pour mieux te manger, mon enfant ! (N°23)

Transports de colère (N°23)

L’androïde assassin (N°24)

Les robots meurent aussi (N°24)

15-12-38 (N°24)

 

15. Achetez-vous toujours « Fiction » au même dépositaire ?

 

16. Avez-vous des remarques particulières ou des suggestions à nous faire ?

 

Le PReFeG vous propose également