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23 février, 2022

Fiction n°006 – Mai 1954

Notoriétés en ombres et lumières très contrastées pour les auteurs qui constituent ce numéro. « A croire que Dorémieux se cache dans une forêt d’anonymes » aurait pu dire Jacques Sadoul…


 Sommaire du Numéro 6 :

NOUVELLES

 1 - Max DANCEY & G. Gordon DEWEY, L'Étrange visiteur (Two-way stretch, 1953) , pages 3 à 35, nouvelle, trad. (non mentionné)

2 - Lion MILLER, Le Réacteur Worp (The available data on the Worp reaction, 1953) , pages 36 à 39, nouvelle, trad. (non mentionné)

3 - Maurice RENARD, Le Brouillard du 26 octobre, pages 40 à 65, nouvelle

4 - Alain DORÉMIEUX, Le Chemin sur la route, pages 66 à 70, nouvelle

5 - William Lindsay GRESHAM, L'Usine à poussière de rêves (The Dream Dust Factory, 1947) , pages 71 à 85, nouvelle, trad. (non mentionné)

6 - Robert Moore WILLIAMS, La Puissance suprême (Aurochs Came Walking, 1953) , pages 86 à 102, nouvelle, trad. (non mentionné)

7 - Arthur PORGES, Le Libérateur (The Liberator, 1953) , pages 103 à 111, nouvelle, trad. (non mentionné)

CHRONIQUES

8 - Jean-Jacques BRIDENNE, Jules Verne, père de la science-fiction ? / I. L'imagination scientifique chez Jules Verne, pages 112 à 115, article

9 - Jacques BERGIER & Igor B. MASLOWSKI, Ici, on désintègre !, pages 116 à 119, critique(s)

10 - F. HODA, Science-fiction et court métrage, pages 121 à 121, article

11 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 123 à 123, courrier

 

Rapport du PReFeG :

  • Relecture, vérification orthographique et grammaticale 
  • Mise au propre et noms des fichiers html
  • Vérification et mise à jour des liens internes
  • Vérification des casses et remise en forme des pages de titre
  • Mise en gras les titres in Revue des Livres
  • Mise à jour de la Table des matières
  • Mise à jour des métadonnées (auteurs, résumé, date d'édition, série, collection, étiquettes)

 

Nous le constatons : quelques auteurs obscurs côtoient de grandes pointures dans ce numéro 6 de la revue Fiction.

Côté cadors, Maurice Renard mériterait une plus grande notoriété, au moins autant que Rosny-Aîné ou Wells, tant son œuvre est novatrice, d’une littérarité sans faille, érudite et visionnaire. L’éloge que lui font les chroniqueurs de Fiction en est témoin :

« (…) nous voulons faire une place, parmi les écrivains de l’époque contemporaine, à l’un de ceux que nous considérons comme l’un des maîtres incontestables de ce genre, et qui est malheureusement déjà trop oublié de nos jours. Et pour cause ! Tous les livres de Maurice Renard sont actuellement épuisés et introuvables. (…) il est vraiment regrettable de penser que, à l’heure actuelle, à un moment où ce genre de littérature semble vouloir se répandre davantage sous l’influence de la poussée américaine, aucun éditeur français n’ait encore songé à republier les œuvres magistrales de Maurice Renard. (…) sa vocation (…) lui avait été révélée dès l’enfance, par la lecture des contes d’Edgar Poe. (…) Avec Rosny Aîné, il reste jusqu’à maintenant le maître incontesté du roman scientifique français de ce siècle, roman dont il a donné lui-même la définition suivante : « Une fiction qui a pour base un sophisme ; pour objet, d’amener le lecteur à une contemplation de l’univers plus proche de la vérité ; pour moyen, l’application des méthodes scientifiques à l’étude compréhensive de l’inconnu et de l’incertain. » (in Fiction n°2 – décembre 1953)

Renard fait bien partie des grands maîtres - mais sans le travail de certains éditeurs, il aurait malheureusement pu tomber aux oubliettes.

A propos des travailleurs de la S.F., l’entrée au sommaire du jeune Alain Dorémieux (21 ans en 1954) n’a rien de fortuite. Relecteur, traducteur de Dick, Matheson, Leiber…, dès les premiers numéros de Fiction, il rejoindra très vite l’équipe de chroniqueurs de la Revue des livres, et n’hésitera d’ailleurs pas à contredire parfois Bergier et Maslowski, les désintégrateurs en place. En décembre 1958, il obtient la direction de la revue, et ce jusqu’en 1974. Il sera également le responsable éditorial de la reprise de Galaxie par les éditions OPTA en mai 1964 (la fameuse « 2ème série »). Infatigable cheville ouvrière et directeur des prestigieuses collections S.F. chez OPTA (Galaxie-Bis et C.L.A. dans les années 60, Nebula dans les années 70), il sera l’une des grandes figures de l’essor de la S.F. française, avec Gérard Klein et Michel Demuth, pour ne citer qu’eux. Un prix littéraire décerné aux premières œuvres S.F. porte son nom depuis 2000.

Du côté « obscur », ce numéro fait aussi la part belle à des auteurs restés dans l’ombre.

Max Dancey, pseudonyme de Peter Grainger, dont même l’érudit Jacques Sadoul avoue ignorer tout, en précisant que « cet auteur collabora assez régulièrement à Amazing et Fantastic Stories dans les années 40. ». L’anthologiste Demetre Ioakimidis ("La grande anthologie de la Science-Fiction", au Livre de Poche) apporte quelques bribes de renseignements supplémentaires (in « Histoires de paradoxes ») :

« Né en 1916. A écrit dans divers domaines, notamment pour la télévision américaine, et sous divers pseudonymes. Dans les magazines de science-fiction, sa signature n’est apparue qu’en 1953 et 1954, en particulier auprès de celle de G. Gordon Dewey. »
Sur G. Gordon Dewey qui co-signe la nouvelle qui ouvre ce n°6 de Fiction, Ioakimidis est encore plus laconique : « Né en 1916. À part quelques années où il fut pianiste professionnel, s’est consacré à une activité d’écrivain, dans divers domaines. A publié quelques récits de science-fiction entre 1952 et 1954, notamment en collaboration avec Max Dancey. ».

On poursuit l’appel des lieutenants de  « l’armée des ombres de la S.F. » en évoquant Lion Miller, dont l’unique nouvelle, reprise dans « Histoires de machines » (toujours au Livre de poche), nous permet d’y débusquer cette non-information : « Miller (Lion). – Cette signature n’apparut qu’une seule fois dans un périodique de science-fiction en 1953 : pseudonyme, ou essai unique ? ». Nous pourrions presque nous féliciter de pouvoir lire son œuvre complète traduite en français avec ce numéro !

Robert Moore Williams (6 nouvelles publiées en France) « né en 1907, il effectua des études de journalisme et écrivit à partir de 1937 des récits se rattachant généralement au domaine du space opera. » (in Histoires de Pouvoirs – Livre de Poche).

William Lindsay Gresham a eu le privilège d’être tout récemment réédité en France, et ce grâce aux efforts louables de la maison d’éditions Le passager clandestin et de leur collection de (re)découverte de textes de SF d’antan : « Dyschroniques ».  On peut lire dans cette réédition du « Peuple du grand chariot » (février 2021 – nouvelle initialement publiée dans le numéro 4 de Fiction en mars 1954) :

« William Lindsay Gresham est né en 1909 à Baltimore, dans le Massachusetts. L’existence de Gresham est complexe et tourmentée. Tour à tour attiré par le communisme, la psychanalyse, le christianisme ou le bouddhisme zen, il a plusieurs cordes à son arc, entre ses débuts en tant que guitariste et chanteur de folk itinérant, son activité d’écrivain, de journaliste et de rédacteur en chef pour divers magazines, son goût pour la magie, qu’il pratique en amateur et dont il se fait l’historien à ses heures, sa science des jeux de cartes et son attrait pour la voyance à travers le Tarot et la découverte du Yi jing…

En 1937, Gresham est infirmier volontaire dans le camp républicain lors de la guerre d’Espagne. Il y fait la connaissance de Joseph Daniel « Doc » Halliday, un marin, infirmier et ancien employé de spectacles itinérants, qui lui enseigne la culture et le langage des forains (les « carnies » ou employés des travelling carnival, les fêtes foraines étatsuniennes), matière qui nourrira bientôt ses écrits. (…) En 1946, Gresham publie son œuvre la plus célèbre, Nightmare Alley, roman noir situé dans l’univers des fêtes foraines de seconde catégorie, où se côtoient petits escrocs, monstres de foire et redoutables femmes fatales. Le livre est un succès et est reconnu aujourd’hui comme un chef-d’œuvre du genre. Il est adapté au cinéma en 1947, avec Tyrone Power dans le rôle principal (une nouvelle adaptation serait en cours de préparation, sous la direction de Guillermo del Toro) ; il est publié en français en 1948 sous le titre Le charlatan (Julliard) et réédité dans la « Série noire » de Gallimard en 1997. (…) Outre ses nombreux articles en tant que journaliste, il publie aussi quantité de nouvelles relevant aussi bien du noir ou du policier que de la science-fiction, dans un nombre incalculable de magazines de l’époque. (…)  Fasciné par le spiritisme (dont il a traqué et montré les supercheries), rallié à la foi chrétienne, membre des Alcooliques anonymes, Gresham souffre sa vie durant de tuberculose, de troubles mentaux et de dépression. À moitié aveugle et atteint d’un cancer de la langue, il met fin à ses jours, oublié du public, dans une chambre d’hôtel de Manhattan, le 14 septembre 1962. »

La sortie toute récente de « Nightmare alley », réalisé par Guillermo del Toro, relancera peut-être l’intérêt éditorial pour cet auteur effectivement particulier.

05 janvier, 2022

Fiction n°004 – Mars 1954

Nous poursuivons nos publications numériques avec ce n°4 de la revue Fiction, daté de Mars 1954. Apprécions tout particulièrement « Le sacrifié », toute première nouvelle de Philip K. Dick publiée en France dans une revue. Première publication aussi dans une revue française pour Alfred Bester, avec la nouvelle « L’homme que Vénus va condamner ». Et les grands débuts dans Fiction du belge Jacques Sternberg avec « Le désert », qui signera aussi un grand nombre de couvertures pour cette revue.


 Sommaire du Numéro 4 :

NOUVELLES

1 - BOILEAU-NARCEJAC, Le Grand secret, pages 3 à 10, nouvelle

2 - Ruth M. GOLDSMITH, Adieu, veau, vache... couvées ! (Yankee exodus, 1953) , pages 11 à 22, nouvelle, trad. (non mentionné)

3 - Philip K. DICK, Le Sacrifié (Expendable, 1953) , pages 23 à 29, nouvelle, trad. (non mentionné)

4 - Alexandre RIVEMALE, Le Jongleur, pages 30 à 48, théâtre

5 - Robert SHECKLEY, Désirs de roi (The King's Wishes, 1953) , pages 49 à 59, nouvelle, trad. (non mentionné)

6 - Charles L. HARNESS, Les Joueurs d'échecs (The Chessplayers, 1953) , pages 60 à 72, nouvelle, trad. (non mentionné)

7 - Jacques STERNBERG, Le Désert, pages 73 à 75, nouvelle

8 - John ANTHONY, L'Hypnoglyphe (The Hypnoglyph, 1953) , pages 76 à 86, nouvelle, trad. (non mentionné)

9 - William Lindsay GRESHAM, Le Peuple du Grand Chariot (The Star Gypsies, 1953) , pages 87 à 102, nouvelle, trad. (non mentionné)

10 - Alfred BESTER, L'Homme que Vénus va condamner (Star Light, Star Bright, 1953) , pages 103 à 119, nouvelle, trad. (non mentionné)


CHRONIQUES

11 - Jacques BERGIER & Igor B. MASLOWSKI, Ici, on désintègre !, pages 120 à 122, critique(s)

12 - F. HODA, Guerres interplanétaires, pages 123 à 128, article

 

Rapport du PReFeG :

  • Relecture, corrections orthographiques et grammaticales
  • Ajout de la note 7
  • Vérification et mise à jour des liens internes
  • Mise au propre et noms des fichiers html
  • Mise en gras les titres in Revue des Livres
  • Mise à jour de la Table des matières
  • Mise à jour des métadonnées (auteurs, résumé, série, date d'édition)

Dans ce numéro, nous pouvons retrouver un extrait d’article qui évoque bien les réserves soulevées par ce genre nouveau qu’était la Science-fiction (encore souvent appelée « Anticipation Scientifique »).

« La Gazette de Lausanne » a consacré une page de son supplément littéraire, « La Gazette littéraire », du 28 novembre dernier, à la « science-fiction ». Un long article de Boris Vian : « Si Peau-d’Âne m’était conté… » explique, témoigne et plaide éloquemment en faveur du genre. M. Henri-François Rey, dans un autre article au titre significatif : « Science-fiction ou science-mystification ? » est plus réservé et exprime ses craintes sur ce qu’il considère comme un envahissement des « technocrates ». M. H.-F. Rey désigne ainsi les savants, les ingénieurs, en un mot les scientifiques.

«  Cette nouvelle philosophie, car c’en est une, se présente, donc avant tout comme une entreprise de libération. Voilà bien la mystification.

Il m’a été donné de lire récemment quelques livres fictionnistes, la plupart traduits de l’américain. L’identité des thèmes est flagrante. Partant de données scientifiques actuelles, nos nouveaux penseurs s’empressent d’extrapoler, de donner à leurs prémices le coup de pouce de l’imagination, ce qui leur permet de construire un univers utopique qui, en fait, finit par n’avoir plus aucune justification scientifique. L’aventure du brave homme qui devient amoureux d’une habitante de Vénus en est une preuve, et aussi celle, de tous ces héros aux prises avec de méchants Martiens.

À priori, bien sûr, il ne nous est pas permis de réfuter l’existence d’êtres vivants sur telle ou telle planète, mais je pense qu’il nous est permis de ne pas croire à l’agressivité obligatoire de ces êtres vivants. Pourtant pour les fictionnistes, pas de problèmes ; tout ce qui vit sur les autres planètes existe « contre nous » ; tous les procédés scientifiques décrits par ces nouveaux poètes sont des procédés servant à la défense de la race humaine ou, dans le meilleur des cas, à la destruction des races concurrentes.

Mais, surtout, ne nous leurrons pas. Voyons bien les choses en face et disons que la « science-fiction » n’a jamais considéré le progrès scientifique comme un moyen de libération, mais essentiellement comme un moyen d’oppression de la race humaine, comme un moyen de contrôle des réactions humaines. Il ne s’agit pas de prévoir un monde, enfin harmonieux, mais de décrire une planète qui, en s’élargissant aux dimensions de l’univers, deviendra de plus en plus effrayante, de plus en plus tyrannique pour ses malheureux occupants.

Que l’on fasse bien attention, ce postulat de base n’est pas né du hasard. Reprenons le thème central des ouvrages fictionnistes. Il est toujours le même : le monde et la race humaine sont plus que jamais menacés, mais il y a quelques hommes, très peu d’ailleurs, qui peuvent nous sauver, car ils en ont les moyens, quelques hommes à qui l’humanité devra son salut.

Et quels sont ces hommes ? Les savants, les ingénieurs, les scientifiques, autrement dit, les TECHNOCRATES.

Nous voilà au cœur du problème.

L’histoire, encore elle, nous apprend que l’évolution des sociétés veut que sans cesse les classes sociales luttent entre elles pour la possession du pouvoir. En ce milieu du siècle, au-delà peut-être des perspectives marxistes qui réduisent l’histoire à une lutte de classes très circonscrite, on peut constater que, au sein même de chaque groupe social, divers éléments luttent pour l’exercice du pouvoir. Et partout, aussi bien à l’est qu’à l’ouest, ce sont les technocrates qui sont les mieux placés dans cette course et qui risquent de la gagner définitivement.

Sous le douteux prétexte que tous les problèmes qui se posent à l’homme peuvent être résolus par l’« organisation », ces fabricants d’équations et de statistiques prétendent imposer leur présence dans tous les hauts conseils de direction.

Le malheur, c’est qu’ils ont toutes les chances de supplanter les hommes d’État et les politiciens classiques, car le métier qu’ils exercent, la science qu’ils représentent, leur donnent aux yeux du grand public l’apparence du sorcier. »

Ce postulat est évidemment discutable. Sans nier que le thème d’un grand nombre de romans de S.-F. repose sur les intentions agressives d’êtres vivant sur une autre planète que la nôtre, il faut constater qu’il existe d’aussi nombreux ouvrages du genre qui ne sont pas bâtis sur ce thème et qui sont même bâtis sur le thème contraire. M. H.-F. Rey n’a sans doute pas eu la main heureuse dans le choix des « quelques livres fictionnistes » qu’il a lus jusqu’à présent.

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