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22 juillet, 2026

Galaxie (2eme série) n°025 – Mai 1966

Immortalité, glissades dans le temps, résurrections et affranchissements plus ou moins accomplis envers la machine, voilà la substance qui circule dans les veines de ce numéro du printemps 1966, dont une bonne partie des nouvelles resteront des publications exclusives.

Un glaçon ou deux dans votre scotch, Captain ?

Comme pour toutes nos publications, un clic droit sur la couverture

vous invitera à télécharger le livre au format epub.
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Un simple clic suffit sur les liseuses.

Sommaire du Numéro 25 :


1 - Robert F. YOUNG, Mars dans un verre de vin (A Glass of Mars, 1965), pages 4 à 34, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE, illustré par Gray MORROW *

2 - Fritz LEIBER, La Grande machine (The Big Engine, 1962), pages 35 à 39, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH *

3 - Theodore L. THOMAS, Le Solitaire (The Lonely Man, 1963), pages 40 à 59, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par JACKSON *

4 - C. C. MacAPP, Bienvenue sur Ganymède (A Guest of Ganymede, 1963), pages 60 à 85, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE, illustré par John GIUNTA *

5 - Cordwainer SMITH, Le Jour de la pluie humaine (When the People Fell, 1959), pages 86 à 97, nouvelle, trad. Michel DEMUTH

6 - Frederik POHL & Jack WILLIAMSON, L'Enfant des étoiles (3) (Starchild, 1965), pages 98 à 147, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par Gray MORROW

7 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 148 à 149, bibliographie

8 - (non mentionné) , Résultats du référendum sur le n° 23, pages 155 à 155, notes (page manquante dans l'epub proposé ici).

9 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 157 à 160, courrier (pages manquantes dans l'epub proposé ici).


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.



Mars dans un verre de vin nous propose une histoire de glissoire temporelle sur Mars, qui rappellera par son ton les sujets classiques du genre de ceux des épisodes de Twillight Zone. Mais ce qui aurait été simplement charmant est transcendé par la finesse de Robert F. Young, qui nous prévient au passage de nous méfier de l'idéalisme qui se superpose à l'attrait pour l'exotisme d'une situation, d'une autre époque, ou d'une civilisation martienne disparue.

Premier bonus numéro 1 !

Dans La grande machine, Fritz Leiber partage le sentiment d'absurde et de vacuité qui habite le narrateur de ce petit récit ; déploiement d'un point de vue : celui de percevoir le monde et les êtres qui le meuvent comme des mécaniques sans aucun libre-arbitre. On aurait peut-être aimé y trouver quelques contre-exemples et ne pas trouver ce discours aussi désespérant.
Il est à noter que cette nouvelle n'est pas à confondre avec le roman éponyme de Leiber paru chez Casterman en 1978 : "La grande machine" (dont le titre original est "You're all alone", et date de 1950). Nous vous proposons ce roman en Bonus ci-contre, au format epub comme à l'accoutumée, dont vous pouvez vous procurer une copie en cliquant sur la couverture. Pour plus d'informations sur l'ouvrage, vous pouvez consulter le site de Bruno Para hébergé sur NooSFere ici.


Après l'horreur de voir le Monde comme une mécanique sans pensée, les vertus de la pensée mécaniste ! Le solitaire est un chercheur, expert en chimie, qui a découvert un procédé pour rallonger considérablement la vie humaine. Mais ce procédé ne peut se faire que sur une planète colonisée dont l'atmosphère est riche en ozone. On retrouve l'idée déjà développée dans Les Seigneurs de l'Instrumentalité, et qui sera également à la base du célèbre cycle de Dune, d'une planète produisant une substance sur laquelle repose tout l'équilibre du pouvoir. Mais ici, Theodore Thomas va plus loin : qu'advient-il de cette colonie, et de la population engagée presque exclusivement à la production de la substance devenue essentielle, quand son procédé de fabrication devient synthétisable sur Terre… ? Le solitaire en question, ce brillant chimiste mélancolique, un peu à côté de la plaque tant son esprit est monopolisé par ses recherches, cet homme devenu un temps la clé de voûte de toute une civilisation galactique, pour ensuite perdre son exclusif prestige, ne risque-t-il pas de se désaffecter totalement ? Bien documentée, la nouvelle demeure toutefois légère et optimiste, surtout du fait de l'entourage vaillant, volontaire et sympathique de ce pauvre chercheur un peu lunaire.


Il est encore question de la quête d'un moyen de devenir immortel dans Bienvenue sur Ganymède. Il s'agit ici d'un virus, inoculé par des Ganymédiens à des fins thérapeutiques (cela soigne à peu près tout) et moyennant finances. Mais le malade ainsi soigné en est "nettoyé" une fois guéri, avant son retour. C'est pour déjouer ces précautions que l'aventurier Murdoch a échafaudé un plan pour voler un échantillon du virus et devenir ainsi le détenteur dans son sang d'une immortalité tant convoitée. Une bonne nouvelle de C. C. MacApp, avec un certain souci du détail qui rappelle les histoires d'arnaques parfaites, où l'on pressent comme toujours que tout ne se passera pas comme prévu.


Un nouveau chapitre du cycle de l'Instrumentalité (on notera d'ailleurs l'adoption définitive du terme dans cette traduction de Demuth), où il est question de la colonisation éclair de Vénus par le Gouvernement chinois, en misant sur l'écrasante supériorité en nombre du "matériel humain" - et l'astuce utilisée par Corwainer Smith d'user de la longévité du narrateur lie subtilement Le jour de la pluie humaine au reste du cycle de cette fascinante histoire de l'avenir de l'espèce humaine.


Bonus Second one !

Boysie Gann le falot reprend un peu de poil de la bête et tente de retrouver son libre-arbitre… Tente seulement. Car les éléments jugés "fantastiques" du début du roman, s'ils trouvent presque tous une justification, n'ont pas vraiment d'explications, et la liberté dont on aimerait les voir jouir, notre héros et toute l'espèce humaine, devient un affranchissement douteux et un ballottement d'une influence à l'autre. Inutile de préciser que les auteurs promettent un festival de supers pouvoirs à la van Vogt… pour un troisième volume - ce troisième opus, L'étoile sauvage, ne sera toutefois jamais repris dans Galaxie.
Comme c'est l'été et que vous êtes sensés avoir plus de temps pour lire, nous vous le proposons en second bonus ! Petits veinards !



Hé bé, vous n'avez pas perdu votre quart d'heure de visite chez nous, dirait-on !
Une petite annonce à présent de la part de notre correcteur venu du Centaure :
Si quelqu'un parmi vous possédait ce n° 25 en papier, et avait en retour la possibilité de nous photographier les pages 148 à 160 de ce numéro, nous ne manquerons pas de vous en remercier chaleureusement et d'augmenter à notre tour cet epub des résultats du referendum sur le n°23, et du Courrier des lecteurs. Faites-vous connaître via les commentaires si c'est le cas !

Pour terminer : grosse affluence chez nous ce mois-ci ; nous venons de dépasser les 140 000 vues ! Merci de votre intérêt (chaleureuses salutations à nos lecteurs vietnamiens et brésiliens) !

10 juin, 2026

Fiction n°144 – Novembre 1965

Première partie d'un roman resté inédit depuis de Poul Anderson, sur des actes de pirateries des temps galactiques - et non sans un certain romantisme peut-être un peu suspect ; suite des aventures de Davy, le jeune héros "post-apo" d'Edgar Pangborn ; et de petites mignardises qui ne sont pas les moins intéressantes.

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Sommaire du Numéro 144 :


1 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 8 à 8, bibliographie

NOUVELLES


2 - Poul ANDERSON, Corsaire de l'espace (Marque and Reprisal, 1965), pages 9 à 88, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

3 - Gérard TORCK, De topaze et d'azur, pages 89 à 94, nouvelle *

4 - Jean-Michel FERRER, Blanchitude, pages 95 à 95, nouvelle *

5 - Edgar PANGBORN, Une guerre sans importance (A War of No Consequence, 1962), pages 96 à 123, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

6 - Randall GARRETT, Le Mustang (Mustang, 1961), pages 124 à 130, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

7 - Fritz LEIBER, Le Héros (Success, 1963), pages 131 à 133, nouvelle, trad. Christine RENARD *

CHRONIQUES

8 - Francis LACASSIN, Rider Haggard ou le poisson et les étoiles, pages 134 à 140, article

9 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 141 à 148, critique(s)

10 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 149 à 151, courrier

11 - Guy ALLOMBERT, Fantastique à la télévision. La Quatrième Dimension, pages 153 à 157, article


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Un roman inédit de Poul Anderson (annoncé en trois parties), mais curieusement très bavard, parfois inutilement, et dont les péripéties ne reposent que sur des échanges diplomatiques entre Terriens, colons abandonnés à leur sort, et extraterrestres fourbes. Le héros de l'aventure se joue des tentatives de paix jugées lâches et irresponsables, et prend quasi seul la décision d'une mission de sauvetage de colons laissés pour morts. On retrouve bien la mentalité un peu viking de Anderson, dans ce Corsaire de l'espace, et sa façon de tourner les situations à l'avantage d'un héroïsme un peu fanatique. Ici, l'action ne démarre qu'à la fin, et l'on espère une seconde partie plus trépidante.

Ajoutons, pour la petite histoire, qu'elle eut une genèse amusante. C'est en effet Francis Carsac qui en fut l'inspirateur, lors d'un voyage aux États-Unis où il rencontra Poul Anderson, avec lequel il correspondait déjà depuis des années. Carsac s'était plaint à Anderson de ce que, dans la science-fiction américaine, la colonisation des planètes soit toujours le fait des Anglo-Saxons. Anderson lui promit en retour de montrer un jour une planète colonisée par les Français. Ce qu'il a fait ici avec la planète Nouvelle-Europe, où il est même question d'une rivière appelée Carsac !

Et la rédaction d'enchaîner :

Reste l'angle politique ou, si l'on veut, idéologique. Sur ce plan, Anderson manifeste une fois de plus (comme dans Pas de trêve) des positions quelque peu réactionnaires. 

Pour Gérard Torck, Mars est une planète piège De topaze et d'azur. Belle concision.


Un brouillon de Jean-Michel Ferrer, intitulé Blanchitude, où l'on voit que ce n'est pas suffisant d'inverser noir et blanc pour sensibiliser à la lutte contre la ségrégation. Le langage mérite d'être questionné.


Suite des aventures de Davy témoin d'Une guerre sans importance, par Edgar Pangborn. Il n'y a plus rien de SF dans cet épisode, juste les répétitives tentatives de fugue de Davy et un plaidoyer simple contre la guerre et pour l'initiative individuelle. On sent toutefois qu'une suite est à venir.


Après le Pégase génétiquement modifié, Le mustang mutant… À moins qu'il ne s'agisse d'autre chose, dont nous laisserons la surprise, mais qu'il nécessite d'avoir "le cœur pur" pour daigner l'approcher. Randall Garrett écrit sa nouvelle en creux, ce qui est assez habile.


Une petite fable de Fritz Leiber qui démonte gentiment les appétits de puissance d'un Héros allégorique. Plaisant et concis.



On notera un petit tour d'horizon de la première diffusion en France de "La quatrième dimension". Pour la petite histoire, alors qu'aux Etats-Unis la série vient d'achever sa cinquième et dernière saison (avec son 156ème  et ultime épisode), il semblerait que le public français n'était pas prêt pour ce type de divertissement. Sur les douze (ou treize ?) épisodes achetés par l'ORTF, la diffusion de la série sera interrompue après le dixième épisode, et une vague de protestation de la part des téléspectateurs (qui s'exprimaient alors par courrier).

Il faudra attendre 1984 et l'initiative des frères Bogdanoff (notre photo ci-contre) pour retrouver une grande partie des épisodes dans leur émission "Temps X". A noter que le doublage français effectué en 1965 ayant disparu, les versions françaises, à dater de 1984, seront toutes des créations originales pour l'occasion.


13 mai, 2026

Galaxie (2eme série) n°020 – Décembre 1965

Vous l'avez tous en poche, il vous sert à tout, vous rappelle vos obligations de la journée, vous distrait, meuble votre temps perdu avec les messages de vos plus ou moins proches... et Fritz Leiber en avait déjà imaginé les possibilités il y a plus de 60 ans...

Clic droit devant, capitaine !

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Sommaire du Numéro 20 :


1 - Fritz LEIBER, Le Pense-bête (The Lone Wolf / The Creature from Cleveland Depths, 1962), pages 4 à 53, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par Wallace (Wally) WOOD

2 - Brian ALDISS, Le Monde de Scarfe (Scarfe's World, 1965), pages 54 à 71, nouvelle, trad. René LATHIÈRE, illustré par Gray MORROW *

3 - Keith LAUMER, Sur le seuil (Doorstep, 1961), pages 72 à 77, nouvelle, trad. Michel DEMUTH *

4 - Cordwainer SMITH Le Jeu du Rat et du Dragon (The Game of Rat and Dragon, 1955), pages 78 à 92, nouvelle, trad. Michel DEMUTH

5 - Robert SILVERBERG, Le Robot gardien (The Sixth Palace, 1965), pages 93 à 104, nouvelle, trad. René LATHIÈRE

6 - Henry SLESAR, Une drogue miracle (The Stuff, 1961), pages 105 à 110, nouvelle, trad. Michel DEMUTH *

7 - Jack SHARKEY Le Bébé géant (Big Baby, 1962), pages 111 à 146, nouvelle, trad. Michel DEMUTH, illustré par Jack GAUGHAN *

8 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 147 à 147, bibliographie

9 - (non mentionné) , Résultat du référendum sur le n° 18, pages 155 à 155, notes

10 - (non mentionné) , Table des récits parus dans "Galaxie" - Deuxième année, pages 159 à 159, index


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Dans la série : "ça ne vous rappelle rien ?" :
Écoute, un pense-bête vous rappelle vos devoirs et vos occasions de chance et vous permet ainsi d'atteindre le bonheur et le succès ! Quelle est l'étape suivante qui s'impose à nous d'évidence ? »
— « Le jeter par la fenêtre. »

Avec Le pense-bête, Fritz Leiber nous étonne sur les applications possibles de certains de nos petits appareils de poche. Dans un contexte de guerre permanente qui oblige une majorité de la population humaine à se réfugier sous terre et y vivre comme des taupes, un réfractaire imagine un secrétaire robot qui allègerait la charge mentale de son possesseur. Bien évidemment, le récit pousse les applications possibles jusqu'au point de singularité souvent redouté, celui où la machine prend l'initiative sur les décisions humaines quant au bien-être et à l'organisation efficace du vivant.

N'en parlons pas trop haut à la Silicon Valley, mais jugez plutôt :

(...) après une conférence au sommet, nous avons décidé de combiner pense-bête et régulateur mental. » 
— « Juste ciel ! » intervint Gusterson. « Ont-ils maintenant inventé une machine pour tenir ce rôle ? »
— « Bien entendu. Voilà des années qu'ils l'expérimentent sur des ex-malades mentaux. »

Le pense-bête n'est plus similaire à un secrétaire qui rappellerait les choses à faire, mais impose ses injonctions pré-programmées et ses influx subliminaux d'autopersuasion. Le prétexte de cette programmation par défaut est que pour être efficace, le possesseur doit passer un certain temps à le programmer pour ses besoins - les revendeurs estiment que ça paraîtra trop contraignant au client pour pouvoir vendre les appareils à grande échelle. Il est donc proposé avec ce qu'on dénommerait aujourd'hui des "profils". Quoi qu'il en soit, nous retrouvons déjà le préjugé du marchand qui considère le client type comme infantile, fainéant, docile et sans désir propre ou particulier.

Nous caressons l'espoir que le pense-bête pourra mobiliser le potentiel entier du Monde Libre, pour la première fois dans l'histoire. Gusterson, il faudra que tu en portes un. Bientôt, on ne pourra plus s'en passer pour vivre dans le monde moderne.
Nous voilà face à la prophétie auto-réalisatrice du progrès, que nous connaissons par cœur et que nous ne pensons pas toujours à réfuter, en oubliant que ce progrès nous est promis non pas pour le bien-être, mais pour tirer le meilleur du potentiel marchand de la masse.

Un autre extrait déploie ce type d'argumentaire : 

(…) rien n'égale un pense-bête lorsqu'il s'agit d'apprendre son métier à un novice. Il lui dicte d'instant en instant ce qu'il doit faire. Rien de plus facile que d'enregistrer sur un fil un programme de travail Et tu serais surpris de l'influence des slogans exaltants sur le moral des travailleurs. Cela s'explique, Gussy : la plupart des gens manquent trop d'imagination pour discerner à l'avance les avantages du pense-bête. Ils l'achètent parce que le patron le conseille avec insistance et que le paiement se fait sans peine, par retenues échelonnées sur le salaire. Puis ils découvrent que le pense-bête rend la journée de travail plus supportable. Le petit compagnon perché sur votre épaule est un ami qui vous prodigue le réconfort et les bons conseils. La première chose qu'on lui enseigne à dire, c'est : « Ne t'en fais pas, mon vieux ».
» Au bout d'une semaine, ils portent leur pense-bête vingt-quatre heures sur vingt-quatre – et avant longtemps ils achèteront un pense-bête pour leur femme afin qu'elle se souvienne de se peigner, de sourire gentiment et de leur cuisiner de bons petits plats. »
— « Je comprends, » interrompit Gusterson. « Le pense-bête est la dernière invention pour augmenter la productivité du travailleur, mais cette mode passera. Un jour, tous les pense-bête seront relégués au grenier. »
— « Ce n'est pas vrai ! » protesta Fay avec véhémence. « Les pense-bête ne sont pas le yo-yo – ce sont des appareils qui changeront le cours de l'histoire, ce sont les révolutionnaires du Monde Libre ! Avant que le Service de la Miniaturisation ait introduit un seul de ces appareils sur le marché, nous avions fait une obligation à tous nos employés de le porter. Si ce n'est pas là manifester la confiance suprême en un produit…»
— « Tous les employés, sauf les cadres supérieurs, évidemment, » interrompit ironiquement Gusterson. « Je ne te critique pas. En ta qualité de chef des recherches le plus directement intéressé, tu te devais naturellement de manifester le plus d'enthousiasme. »
— « C'est bien ce qui te trompe, Gussy, » répliqua Fay. « Nos cadres supérieurs ont fait preuve de plus d'enthousiasme pour leurs pense-bête personnels que toutes les autres catégories de travailleurs de l'établissement tout entier. »
Gusterson s'affaissa sur lui-même et secoua la tête. « Si c'est vraiment le cas, » dit-il sombrement, « alors l'humanité mérite peut-être le pense-bête. »
— « Si elle le mérite, et comment ! » renchérit Fay. Puis : « Trêve de discussions, Gussy. Le pense-bête est une grande invention. Ne le déprécie pas pour la seule raison que tu as été mêlé à sa genèse. Il faudra bien que tu suives le mouvement. »
— « Je préférerais périr noyé ! »
Encore une fois : il ne s'agit pas d'un progrès pour le bien-être, mais pour le travail et la productivité.
Et cette invention-là, qu'en dites-vous ?

« Que dirais-tu, » brailla Gusterson, « d'un missile téléguidé anti-individu ? Les physiciens disposent de dispositifs anti-gravité à petite échelle, suffisants pour faire voler un objet de la taille d'une grenade à main. Pourquoi n'accorderait-on pas un tel missile aux empreintes digitales d'un individu, à ses ondes cervicales, voire à son odeur particulière ? De cette façon, il pourrait le repérer, le suivre en contournant les obstacles et le frapper à l'exclusion de tout autre. Assassinat télécommandé ! Fay, ne ressens-tu pas un sentiment de chaude exaltation en pensant à mes missiles modèle réduit, circulant comme des mouches dans vos tunnels, traquant les malfaiteurs comme un essaim de guêpes hargneuses ou de bourdons angéliques ? » 

Voilà donc une novella très pertinente de nos jours, où l'hypnose généralisée et l'addiction à la machine et au secrétaire mécanique personnel sont devenues si sensiblement réelles.


(…) si le projet de tridiorama a vu le jour, ce fut grâce à la découverte d'Elroy, suivant laquelle on pouvait effectuer la généanalyse des espèces disparues d'après leurs squelettes, y compris les squelettes fossiles. La première formule qu'il a obtenue était celle d'un iguanodon. Quelques mois plus tard, il proposait des iguanodons vivants aux zoos du monde entier. Trouvez-vous cela immoral, docteur Swanwick ? Je présume que oui. 

Cette idée qui sous-tend Le Monde de Scarfe sera bien entendu développée plus tard par Michael Crichton, le spécialiste des romans-catastrophe de parcs d'attractions, avec son célèbre Jurassic Park. On se rappellera surtout de la nouvelle de Raymond E. Banks, Les Myrmidons, ou de Spectacle d'ombres de Clifford D. Simak, ou de Au temps de Poupée Pat de Philip K. Dick. Bien que ces références divulgachent un peu le propos, l'intrigue n'y est pas beaucoup plus élaborée et range cette nouvelle dans l'ensemble de celles qui n'exposent qu'une trouvaille sans pousser beaucoup plus loin les implications de son développement. Ce type de nouvelles est de celles qui vieillissent le plus vite, malheureusement ici pour le talent narratif de Brian Aldiss.

Sur le seuil de Keith Laumer est une petite nouvelle à chute sur la rivalité qu'il pourrait y avoir entre la défense militaire et la curiosité scientifique en cas de visite d'un engin extraterrestre.


Dans Le jeu du rat et du dragon, l'espace interstellaire révèle ses prédateurs qu'il faut affronter dans un combat psychique impitoyable pour pouvoir prétendre à coloniser les systèmes et les galaxies. Pour cela, on use de télépathes humains ou… félins. On ressent tout l'amour porté aux chats par Cordwainer Smith.


Une petite fable comme Robert Silverberg saura les faire tout du long de sa carrière, dans ce délicieux mélange d'antique et de galactique. Ici, c'est l'histoire d'un trésor et de son Robot-gardien...



Le rêve vaut-il la vie ? La sensation égale-t-elle l'action qui la produit ? L'artifice n'est-il pas paliatif ? Des questions assez classiques pour Une drogue miracle, une nouvelle courte de Henry Slesar, et assez attendue, mais qui démontre bien que c'est l'adversité qui fait tout le sel d'une histoire.



Une nouvelle aventure du xénobiologiste Jerry Norcriss dans Le bébé géant, où l'on en apprend un peu plus sur le revers de la médaille qui handicape à long terme ce genre de chercheur. Jack Sharkey tire son fil avec logique et un esprit à la fois scientifique et imaginatif.

01 avril, 2026

Fiction n°139 – Juin 1965

Dans ce numéro d'été de Fiction, il est beaucoup question, sans la nommer toutefois explicitement, de pantropie - concept traitant de l'adaptation de l'humain aux conditions de l'exploration spatiale, développé par James Blish en 1957 - à travers principalement le court roman de James Gunn présenté ici, ainsi qu'un texte très court d'Isaac Asimov qui était tout frais et encore inédit à l'époque. L'autre récit conséquent est signé Fritz Leiber, qui nous régale de sa connaissance intime de la vie des troupes de théâtre itinérantes.

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Sommaire du Numéro 139 :


1 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 10 à 10, bibliographie

NOUVELLES

2 - James E. GUNN, Voir Mars et mourir (Space is a Lonely Place, 1957), pages 11 à 65, nouvelle, trad. Pierre BILLON

3 - Isaac ASIMOV, Souvenir perdu (Eyes Do More Than See, 1965), pages 66 à 69, nouvelle, trad. Pierre BILLON

4 - Arthur C. CLARKE, Casanova cosmique (Cosmic Casanova, 1958), pages 70 à 77, nouvelle, trad. Christine RENARD

5 - Fritz LEIBER, Quatre fantômes dans "Hamlet" (Four Ghosts in Hamlet, 1965), pages 78 à 117, nouvelle, trad. Pierre BILLON

6 - Suzanne MALAVAL, La Maison d'à côté, pages 118 à 126, nouvelle

7 - Robert SILVERBERG, La Nature de l'enfer (The Nature of the Place, 1963), pages 127 à 129, nouvelle, trad. Christine RENARD *

8 - Thomas OWEN, La Dame de Saint-Pétersbourg, pages 130 à 133, nouvelle

CHRONIQUES

9 - Demètre IOAKIMIDIS, Isaac Asimov et la Fondation, pages 135 à 139, article

10 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 141 à 145, critique(s)

11 - COLLECTIF, L'Écran à quatre dimensions, pages 147 à 151, article

12 - Jacques VAN HERP, Tout Flash Gordon, pages 153 à 157, critique(s)

13 - (non mentionné) , Table des récits parus dans « Fiction » : premier semestre 1965, pages 158 à 159, index

* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


"La deuxième suit la première", comme dit la comptine. Les premières expéditions vers Mars exigent des hommes de l'espace aguerris à un isolement de près de trois ans. Mais la précarité psychologique de l'humain demeure un facteur très difficile à mesurer. Voir Mars et mourir, si elle explicite ce sujet, demeure un peu difficile à suivre tant la confusion des personnages est maintenue par le scénario même, par des psychologies mal individuées, et par des dialogues souvent trop bavards. On imagine ce récit plus aisément adapté pour l'écran, et James Gunn sans doute plus à l'aise avec l'audio visuel qu'avec la littérature.


Dans Souvenir perdu, et comme dans la nouvelle précédente, il est question de la forme qui sera la plus adaptée à la conquête de l'espace pour l'humanité. Isaac Asimov imagine que la forme ultime serait pur esprit, mais que cela ne lui ôtera pas sa nostalgie de l'incarnation.

Avec Casanova cosmique, on repensera sans doute à la nouvelle de Pierre Boulle L'amour et la pesanteur sur la difficulté d'échanges érotiques dans l'espace : Arthur C. Clarke s'amuse avec un autre aspect des variations que provoque la pantropie. Plaisant.

" Il m'arrive parfois de penser qu'il s'agit là de la plus belle histoire de fantôme du monde – mais le mérite en revient certainement moins à mes talents de conteur qu'au caractère essentiellement merveilleux de l'événement. "
Voilà le "pitch" bien amusant qu'on pourrait faire de Quatre fantômes dans "Hamlet" de Fritz LeiberThe show must go on, a-t-on coutume de déclarer en coulisses s'il arrive un malheur incapacitant à un comédien ou à tout autre artiste d'art vivant. Voilà la lisière du fantastique atteinte chez Leiber, selon qu'on prenne au sérieux ou non, qu'on applique ou non, cette maxime. Le portrait d'une troupe itinérante rendant gloire à l'incomparable Shakespeare y est de plus très touchante et fort bien rendue.
Nous revenons sur Fritz Leiber à la fin de ce billet.


La maison d'à côté sera la dernière nouvelle publiée de Suzanne Malaval, et c'est bien dommage : son ton et ses histoires, déjà si particuliers, prennent ici une assurance et une maîtrise qui présageait le travail d'une grande autrice.

Dans La nature de l'enfer, Robert Silverberg nous livre, de façon courte et concise, une petite réflexion sur la vie et l'art de savoir la prendre comme elle vient... Ou pas.


La persistance des impressions d'un rêve une fois recouvré l'état de veille peut-elle mener à sa permanence en boucle ? La dame de Saint-Pétersbourg est une nouvelle un peu gratuite de Thomas Owen, mais qu'on peut s'amuser à lire une seconde fois pour en sentir tout le sel répandu cruellement sur les plaies.


 
Allez Fritz, fais pas la gu... !

Revenons-en à Fritz Leiber. Nous nous souvenons que la parution en deux épisodes dans Galaxie de 
"Guerre dans le néant" (in Galaxie  2ème série n°4 et n°5aura dérouté les lecteurs, et les aura peut-être refroidis quant à ce très singulier auteur. La rédaction de Fiction tente sans doute de "réparer" cette mise en feuilleton, en développant dans sa présentation de la nouvelle le parcours de Leiber jusqu'en 1965. Le texte qui suit fait en effet son travail de compréhension de l'auteur :

Parmi les auteurs de science-fiction américains, Fritz Leiber est un de ceux qui ont reçu le plus d'hommages de la part de leurs pairs. Il fut invité d'honneur à la 9e Convention Mondiale de la Science-Fiction, tenue en 1951 à La Nouvelle-Orléans ; reçut le prix du meilleur roman SF de l'année en 1958 pour The big time ; vit un numéro entier de la revue Fantastic Stories consacré, en 1959, à une série de nouvelles inédites de lui ; eut une quarantaine d'autres nouvelles sélectionnées pour des anthologies. Si on ajoute que sa carrière remonte à plus de vingt-cinq ans, on mesurera à quel point l'ignorance du public français vis-à-vis de son œuvre est une grave lacune.
Né en 1910 à Chicago, Leiber est d'origine allemande par son grand-père. Son père était acteur shakespearien et avait rencontré sa mère, actrice également, au cours d'une tournée. L'enfance du jeune Leiber s'écoula dans ce milieu d'une troupe théâtrale itinérante, précisément décrit dans la nouvelle que nous publions ci-dessous. Il était, raconte-t-il, extrêmement impressionnable durant son jeune âge, avait peur du noir et même de son ombre, et croyait fermement au surnaturel.
En 1926, il devint un lecteur assidu de Amazing Stories, la première en date des revues de science-fiction, tout en poursuivant des études qui le menèrent à un doctorat de philosophie. Il s'intéressa ensuite à l'étude des religions comparées et, après s'être converti au catholicisme, devint même prédicateur pour le compte d'un organisme théologique, fonction qu'il abandonna en ne se sentant pas suffisamment la foi. En 1934, il rejoignit la troupe de son père et joua en tournée les rôles d'Edgar dans Le roi Lear et de Malcom dans Macbeth. « C'était alors l'époque qui suivait la crise économique ; les acteurs jouaient dans des théâtres vétustes et délaissés, où avaient élu domicile les chauves-souris, » raconte-t-il. (Autres détails qui éclairent l'aspect autobiographique de la nouvelle qui suit.)
Leiber tenta ensuite sa chance comme acteur à Hollywood, se maria en 1936 avec une jeune Anglaise qui partageait ses goûts en littérature surnaturelle, et revint finalement à Chicago après l'échec de ses tentatives hollywoodiennes. Tout en étant appointé pour travailler à une encyclopédie, il décida de se lancer dans la littérature. L'entreprise se solda d'abord par une série d'insuccès, jusqu'au jour où le magazine Unknown, spécialisé dans le fantastique, retint pour la première fois un texte de Leiber : Two sought adventure  
(1), qui y parut dans le numéro d'août 1939.
Ce fut le début d'une collaboration suivie de Leiber avec Unknown, collaboration qui s'étendit l'année suivante à Weird Tales, autre grand magazine fantastique. Dans ces deux revues, il publia à l'époque uns série de nouvelles qui commencèrent à établir sa réputation : Bleak shore, the howling tower, The sunken land, Thieves house, The automatic pistol, Smoke ghost, The hound, etc(2) Les unes relevaient du genre appelé par les Américains sword-and-sorcery ou heroic fantasy (et qu'on pourrait traduire par « mélange de surnaturel et de cape et d'épée » ou par « fantastique épique ») ; les autres acclimataient au contraire le fantastique dans la vie de tous les jours et les décors du monde normal.
En 1942, Leiber entama une carrière d'écrivain à plein temps, et son premier roman. Conjure wife (3) (où l'on voit la sorcellerie enseignée à l'université), parut en 1943. L'année suivante, il faisait ses premières armes dans la science-fiction avec Gather darkness (4), où pourtant il n'abandonnait pas ses thèmes favoris : religion et sorcellerie, qui se voyaient ici transposés dans les temps futurs. C'est à partir de ce livre que le renom de Leiber commença de s'accroître. Il devint un auteur au talent reconnu, dont les meilleures revues s'assuraient la signature. Dans son roman suivant, Destiny times three (1945) (5), apparaît pour la première fois le thème du Temps modifié, qui intervint souvent par la suite dans son œuvre (notamment dans The big time (13)). 
Avec ce livre prit fin la première phase de la carrière de Leiber, lequel cessa ensuite d'écrire pour trois ans, tout en devenant rédacteur en chef de la revue Science Digest. Il revint à la littérature en 1950, en se plaçant cette fois ouvertement sous le signe de la science-fiction. Les histoires qu'il écrivit alors procèdent principalement de deux veines. Dans les unes, il dénonce les tabous sexuels en les transposant dans le monde de demain : c'est le cas par exemple de Nice girl with five husbands (6), Coming attraction (7), A deskful of girls (8), Femmequin  973 (9). Dans les autres, il se fait le poète du monde d'après la guerre atomique, comme dans The moon is green (10), A bad day for sales (11), The silence game (12)Entre 1953 et 1957, une nouvelle interruption se fit dans la production de Leiber, et c'est en 1958 qu'il fit une seconde fois sa rentrée avec The big time (13), le roman déjà cité qui lui valut le prix du meilleur livre de l'année. Depuis, sa production est restée régulière et d'un niveau de qualité constant. Son dernier et copieux roman, The wanderer (1964) (14), est un essai convaincant pour exposer de façon sérieuse le thème de la fin du monde due à la rencontre de la Terre avec un météore : le désastre y est raconté alternativement selon le point de vue des diverses races et civilisations de la Terre.
Âgé aujourd'hui de 5ans, Leiber est à un point culminant et évolutif de sa carrière dans un genre littéraire où l'imagination s'épuise vite et où les écrivains, même ayant brillamment débuté, sont souvent à cours d'idées après 35 ans. C'est là un privilège qu'il partage avec Simak et quelques autres « vétérans ». Il est à noter aussi qu'il est un des rares auteurs américains à avoir réussi aussi bien dans la science-fiction que dans le fantastique (ou dans la combinaison des deux). En tant qu'écrivain, enfin, il est un de ceux dont le style est le plus savoureux et le plus personnel. Toutes ces raisons font qu'on peut le considérer aujourd'hui comme un des cinq ou six Grands de la science-fiction américaine.

Notes de la rédaction de Fiction et du PReFeG relatives à cette présentation :

1 : Les bijoux dans la forêt paraîtra en 1972 chez OPTA dans Le livre de Lankhmar (collection Aventures fantastiques n°9) (Note du PReFeG).

2 : The bleak shoreThe howling towerThe sunken landThieves' house figurent aussi dans Le livre de Lankhmar (op. cit.), sous les titres repectifs de : Le rivage isoléLa tour qui hurleLe pays qui coule et La maison des voleursThe automatic pistol et Smoke ghost figureront dans l'anthologie Les lubies lunatiques (Casterman - 1980) sous les titres respectifs de : Le pistolet automatique et Fantôme de fuméeThe hound devra attendre 1992 pour être traduite sous le titre Le chien dans le rare recueil chez Encrage Le pouvoir des marionnettes. (Note du PReFeG).

3 : Ballet de sorcières, Le masque fantastique n°7 (Librarie des Champs-Elysées - 1976). (Note du PReFeG).

4 : À l'aube des ténèbres, au Rayon Fantastique.

5 : Alternatives, Collection Futurama n°26 (Presses de la cité - 1979). (Note du PReFeG).

6 : Les cinq maris de Lorie (dans Galaxie ancienne édition, n° 2)

7 : Amoureuse de son bourreau (Ibid., n° 54).

8 : Des filles à pleins tiroirs (dans Fiction n° 66).

9 : La femmequin n° 973 (dans Satellite n° 17). 

10 : La lune était verte (dans Galaxie ancienne édition, n° 13).

11 : Pas d'amateurs aujourd'hui (Ibid., n° 24).

12 : Le jeu du silence (dans Fiction n° 11).

13 : Guerre dans le néant (dans Galaxie nouvelle édition, nos 4 et 5) 

14 : Le vagabond, collection Ailleurs et demain (Robert Laffont - 1969). (Note du PReFeG).

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