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02 septembre, 2026

Cadeau bonus : Fiction Spécial n °9 : L'Âge d'or de la science-fiction - Astounding 2ème série, 1947-1951 (Mai 1966)

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Poursuivant la publication de la manne offerte par la revue américaine Astounding (car Fiction ne se contente plus depuis quelques temps de traduire en français l'unique revue Fantasy & Science Fiction), Fiction nous propose en ce printemps 1966 non pas un florilège choisi par sa rédaction, mais la traduction d'un second recueil américain consacré aux "meilleurs morceaux" de la revue de John W. Campbell.
Nous en apprécierons une très large partie, mais nous ne manquerons pas de nous souvenir que les années 1947 à 1951 étaient marquées par les tambours battants de la Guerre Froide ; la production américaine de l'époque s'en ressent grandement, malgré le vœu pieu de ce genre de littérature de nous permettre de quitter les temps actuels ou passés pour nous plonger dans les émerveillements ou les cauchemars de l'avenir.

La peur de l'anéantissement global de l'espèce humaine, aveuglée par son "instinct belliqueux", n'en est qu'un aspect. Si certains auteurs extrapolent davantage sur les reconstructions possibles de l'après-guerre totale, comme Theodore Sturgeon, ou si d'autres imaginent des alternatives à la bipolarité d'un conflit mondial à venir, comme Lester del Rey, cette anthologie nous propose également quelques morceaux de propagande à l'américaine, l'anti communisme primaire poussé à toute berzingue, qui demeurent intéressants dans l'après coup pour nous donner un aperçu de l'état d'esprit d'alors, bien qu'ils ne brillent pas par l'intelligence de leur propos.
Mais au moment de sa publication en France, nous voilà non plus en 1951, mais en 1965, et de tels "pamphlets" (faute de mieux les définir) peuvent déjà à ce moment passer non plus pour des récits d'un "âge d'or", mais plutôt pour ceux de "l'âge de fer" (voire de "l'âge de l'os de tibia fracassant un crâne de singe").
Nous reviendrons plus avant, exemples à l'appui, sur cette réserve, mais nous pouvons déjà admettre que le travail de Pierre Billon à la traduction est honorable, malgré un choix de nouvelles qui aurait pu, pour certaines, être un peu plus éclairé pour une publication plus tardive, en France.

Sommaire du Fiction Spécial n°9 :
1 - (non mentionné) , Introduction, pages 5 à 6, introduction
2 - Thomas L. SHERRED, Une fenêtre sur l'histoire (E for Effort, 1947), pages 9 à 59, nouvelle, trad. Pierre BILLON
3 - William TENN, Jeu d'enfant (Child's Play, 1947), pages 61 à 87, nouvelle, trad. Pierre BILLON
4 - Theodore STURGEON, Et la foudre et les roses (Thunder and roses, 1947), pages 89 à 109, nouvelle, trad. Pierre BILLON
5 - Eric Frank RUSSELL, La Fin du voyage au bout de la nuit (Late Night Final, 1948), pages 113 à 146, nouvelle, trad. Pierre BILLON *
6 - Kris Ottman NEVILLE, Guerre froide (Cold War, 1949), pages 147 à 157, nouvelle, trad. Pierre BILLON *
7 - Clifford D. SIMAK, Éternité perdue (Eternity Lost, 1949), pages 159 à 183, nouvelle, trad. Pierre BILLON *
8 - Lester DEL REY, Par-dessus bord (Over the Top, 1949), pages 185 à 198, nouvelle, trad. Pierre BILLON *
9 - Henry BEAM PIPER, Le Dernier ennemi (Last Enemy, 1950), pages 199 à 256, nouvelle, trad. Pierre BILLON *
10 - Murray LEINSTER, Note historique (Historical Note, 1951), pages 257 à 267, nouvelle, trad. Pierre BILLON * 
* Nouvelle restée sans publication postérieure à celle présentée ici.

FICTION présente son nouveau numéro Spécial :

L'introduction tout d'abord :

" Le genre qu’il est convenu d’appeler science-fiction connaît aujourd’hui une vogue sans pareille. Mais ses origines sont lointaines, et son « Âge d’Or » remonte à une vingtaine d’années.

De cet Âge d’Or, une première physionomie fut offerte en décembre 1965 par le précédent tome de cette anthologie, qui rassemblait huit récits recensant la période 1940-1947.

Tous ces récits provenaient de la célèbre revue américaine Astounding, la plus prestigieuse revue de science-fiction des années quarante.

Avant Astounding et son rédacteur en chef John W. Campbell, il n’existait pas de magazine de science-fiction sérieux digne de ce nom. Après lui, le nom même d’Astounding devint le symbole d’une science-fiction adulte, cohérente, scientifiquement vraisemblable, empreinte d’un souci de réalisme : caractéristiques qui firent prendre au genre un tournant décisif et le marquèrent durablement.

Parmi les auteurs découverts par Campbell à cette époque et publiés en vedette par Astounding, figurent la plupart des grands maîtres de la science-fiction : Robert Heinlein, Isaac Asimov, A. E. van Vogt, Clifford D. Simak, Theodore Sturgeon, Henry Kuttner, etc. Sans compter ceux qui, tels Jack Williamson ou Murray Leinster, avaient fait leurs débuts auparavant mais écrivirent dans Astounding leurs œuvres les plus achevées.

Dans le premier tome, nous avons assisté à l’éclosion et l’élaboration de la science-fiction moderne, à travers quelques textes mémorables. Aujourd’hui, un second tome s’imposait. La période qu’il embrasse est celle de l’épanouissement, et dès le premier texte présenté, cette science-fiction moderne apparaît déjà à son point culminant.

Cette anthologie s’achève en 1951. Par la suite, c’est le boom que l’on connaît, l’expansion de la science-fiction et son développement, sa diffusion dans les principaux pays d’Europe, mais son cheminement antérieur restait encore mal connu, surtout dans le domaine de la nouvelle. D’où l’intérêt historique de ce recueil et de celui qui l’a précédé, et l’importance qu’ils garderont aux yeux des amateurs. "

Et le quatrième de couverture pour faire la réclame à tout ceci :

9 CHEFS-D'ŒUVRE DE LA SCIENCE-FICTION

      « La science-fiction est la littérature de l'ère scientifique.

     Contrairement aux autres littératures, elle pense que le changement est l'ordre naturel des choses, que l'Homme a des buts à atteindre, bien plus vastes que tous ceux qu'il envisage aujourd'hui » :

     Ainsi s'exprime John W. Campbell, rédacteur en chef de Astounding, le plus grand magazine américain de science-fiction entre 1940 et 1955.

     La présente anthologie rassemble neuf passionnants récits issus de ce magazine, neufs récits qui sont des jalons dans l'Age d'Or de la science-fiction.

     Chacun d'eux représente un point d'achèvement et un sommet.

Un livre qui vous ouvre les portes du futur !

Comme nous le voyons, le but déclaré serait pour Campbell non pas de réfléchir à la technologie galopante et aux changements radicaux qu'elle impose après-guerre, mais bel et bien de préparer les mentalités à accepter "l'ère scientifique", dénommée telle comme pour affirmer son inéluctabilité, voire son infaillibilité et la grande Lumière de Vérité qu'elle irradie devant elle. Encore, à cette époque, le "progrès" représentait-il une promesse, un bienfait à saisir, presque une offre promotionnelle. Le discours dominant de nos jours nous imposerait plutôt une injonction à nous y adapter. La machine et son utilisation diffuse à tous les échelons de notre vie sociale a , semble-t-il, pris le pas sur le devenir de l'espèce humaine ou ses projets de société.

Venons-en aux nouvelles proprement dites.

Une fenêtre sur l’Histoire (1947), signée T. L SHERRED est une nouvelle remarquable par sa construction, dans un style dynamique et très plaisant, qui repose sur le postulat de pure science-fiction d'une machine permettant de visualiser n'importe quel moment du passé sans restriction d'espace. Un miracle technique qui pourrait, comme on s'y attend, tout bouleverser, principalement sur les divers "récits nationaux" et les couleuvres que l'Histoire officielle nous aura fait avaler. Les protagonistes sont fort rusés, mais les Etats, inquiets d'être malmenés, conservent leur toute puissance. Le style est dynamique, enlevé, intelligent, et il est très étonnant que cette nouvelle n'ait jamais été reprise en anthologie, du moins francophone (son unique republication ultérieure sera pour le sixième volume de l'éphémère collection Etoile Double chez Denoël), car c'est un véritable bijou qui n'a pas pris une ride, et qui trouve même une seconde lecture contemporaine réactualisée de par nos capacités techniques actuelles à pouvoir fabriquer de fausses images présentant toutes les apparences du vrai. Un choix, donc, bien justifié, qui transcende son contexte temporel.

" Avait-il vraiment envie de dédoubler Tina ? Oui, en dépit de tout. Elle était toujours la femme qu’il désirait plus qu’aucune autre. Et lorsque l’original aurait épousé Lew, la réplique n’aurait d’autre ressource que de se rabattre sur lui-même. Seulement… la jumelle posséderait les caractéristiques de Tina à l’instant où seraient prises les mensurations ; et rien ne disait qu’elle n’exigerait pas d’épouser Lew, elle aussi. " 
On pourrait reconnaître là l'intrigue du Triangle à quatre côté de William Temple fraichement résumée (voir notre article ICI). En réalité, Temple écrira son roman deux ans après ce Jeu d'enfant (1947) qu'a produit William Tenn. Celui-ci rapporte dans une interview qu'il n'est pas précisément fier de cette nouvelle, mais qu'elle lui valut un grand nombre de publications dans des anthologies, grâce aux bons soins de son agent littéraire... Theodore Sturgeon, excusez du peu. Le propos - un kit de production d'êtres humains modélisés, arrivé par erreur du futur au mauvais destinataire - rappellera Tout smouales étaient les borogoves, de Lewis Padgett (à savoir Henry Kuttner et Catherine L. Moore). Tenn pensait en effet écrire une nouvelle à la manière de Henry Kuttner, sans savoir qu'il était aussi l'auteur de Tout smouales étaient les borogoves, et sans même connaître cette nouvelle sensiblement proche de la sienne. D'un William à l'autre, que Tenn inspirât à son tour Temple, rien n'est moins sûr, mais ce Jeu d'enfant a toutefois le mérite d'être bien équilibré, et d'annoncer déjà l'humour cruel des nouvelles à venir de William Tenn.

Theodore STURGEON, qui bien entendu n'était pas qu'agent littéraire, et ce pour notre plus grand bonheur, propose avec Et la foudre et les roses (1947) une vision assez réaliste de ce qui pourrait s'organiser après une guerre atomique. Retenons-en surtout que le message de Sturgeon, véhiculé - comme toujours - par une belle poésie, est de ne pas céder à l'esprit de revanche qui ne ferait que tout achever de détruire. Une belle nouvelle à relire par temps de guerre, en souhaitant ne pas avoir à s'y référer trop vite. 

Toujours sur le registre séminal des influences, peut-être que Marion Zimmer Bradley avait-elle lu La Fin du voyage au bout de la nuit (1948) en composant en 1955 son Marée montante. On y retrouve ici les mêmes germes subversifs d'une société débarrassée du souci de la production, bien que cette histoire traite surtout du changement de mentalité qui s'opère chez des colons extraterrestres guerriers et rigides, confrontés à une vie libre et pastorale. Son auteur, Eric Frank RUSSELL, est  - rappelons-le - un auteur d'un humanisme charmant, malheureusement trop rare (même s'il figurait déjà dans l'anthologie Astounding précédente).

Theodore Sturgeon nous en avait donné un avant-goût : nous entrons maintenant dans les récits préoccupés par la Guerre Froide qui a marqué la production américaine de cet "Âge d'Or de la science-fiction". Kris Neville imagine dès 1949 - en pleine prise de conscience de la Guerre Froide et dans l'anxiété qui régnait alors - ce qu'on appellera plus tard la "Guerre des étoiles", non pas le film, mais le système de défense et d'attaque des deux grandes nations adverses déplacé dans l'espace, avec un réseau de stations spatiales armées de missiles atomiques. Curieusement, Neville ne va pas encore jusqu'à l'automatisation et la transmission radio, mais nous figure ces stations comme habitées, chacune par son gardien propre, le doigt potentiellement sur le gros bouton rouge. On le constate avec l'auteur, et comme l'écrira Ward Moore deux ans après dans Le vaisseau-fantôme, il faudra bien prévoir des pousse-boutons pour les pousse-boutons … 
 
Quittons un instant le contexte de guerre larvée pour nos intéresser à un sujet universel (et même sans doute le premier sujet de la littérature) : la quête d'immortalité. Clifford D. SIMAK explore dans Éternité perdue (1949) la possibilité de la vie prolongée scientifiquement, et ainsi de l'immortalité potentielle, en rappelant qu'il ne pourra s'agir que d'un privilège maquillé en salaire dû au mérite. Accorder une fois ce privilège n'est pas pour autant le renouveler tacitement, et le bail pour la vie éternelle ne saurait être alloué qu'à certaines conditions précises. Sans compter que la peur infantile de la mort gagne du terrain à mesure que se prolonge la vie, et infantilise les immortels… La fable est habile, et même étonnamment grinçante au regard du ton habituel de Simak, plutôt tendre dans ses autres récits. 

" Déjà, les nations commençaient à se retrancher chacune dans son isolement, ce qui signifiait que le monde courait de nouveau vers une crise. La peste qui, quatre ans auparavant, avait soudain éclaté en Chine avait mis fin à la crise précédente, toutes les nations s’étant solidarisées, soit par altruisme, soit par intérêt, et ayant été contraintes de travailler en commun. Mais cela n’avait pas duré. Un traitement avait été découvert, après que deux millions de personnes eurent péri ; ensuite, il ne restait plus rien qui pût maintenir la coopération internationale que la catastrophe avait soudain suscitée. "
La Guerre Froide, donc, et la conquête spatiale vue non pas comme indice de compétition comme ce sera le cas avec Vanguard et Spoutnik, mais plutôt comme contrepoint, comme motivation suffisamment essentielle pourr couper l'herbe sous le pied à la course à l'armement. Dans Par-dessus bord (1949), le ton employé par Lester del REY est iconoclaste, et n'est pas l'expression de l'état d'esprit d'un militaire qui "pèterait un boulon", mais bien celui du ras-le-bol d'un homme particulier, recruté dans la population civile justement pour sa particularité d'être un homme de petite taille. On se souvient que durant un temps, le bruit a circulé que les astronautes seraient sélectionnés selon ce critère (de taille et de poids) pour optimiser le tonnage et la surface habitable minimum dans une capsule spatiale (voir en cela Le saviez-vous du Galaxie 1ère Série n°53 d'Avril 1958). Pour la petite histoire, Lester del Rey sera l'époux de Judy-Linn Benjamin, atteinte de nanisme, avec qui il fondera la célèbre maison d'édition delRey books. Judy-Linn sera, quant à elle, l'autrice de la première novellisation de Star Wars.

On aimerait pouvoir passer sur l'anti communisme primaire de Henry BEAM PIPER, tel qu'allègrement déployé dans Le dernier ennemi (1950). L'extrait suivant pourrait être légitime (bien que gratuit) :
" Je me souviens de quelques histoires que me racontait mon grand-père lorsqu’il était représentant paratemporel dans le Quatrième Niveau, il y a de cela quatre cents ans ; il avait, disait-il, échappé de justesse à plusieurs reprises, aux foudres de la Sainte Inquisition. Je crois que cette redoutable institution opère encore actuellement dans le secteur américano-européen, sous le nom de NKVD. "
H. BEAM PIPER ne s'arrête pas là. Son récit pourtant mêle assez habilement mondes parallèles et civilisations extraterrestres usant de leur influence avec délicatesse pour ne pas provoquer d'ingérence brutale dans les sociétés moins "avancées". Et là encore, il est question d'immortalité, ou plutôt du contrôle scientifique de la réincarnation, volant à l'immanence du "Karma" son sens de la justice et de la morale. Voyons par exemple l'extrait suivant :
" (...) puisque les Statisticalistes soutiennent que la réincarnation se produit purement au hasard, ils visent à créer une société entièrement sans classes, dans laquelle, en théorie, chaque individualité possédera le maximum de chances de se réincarner dans les meilleures conditions d’égalité avec le reste de la population. Le programme politique implique en conséquence la complète socialisation de tous les moyens de production et de distribution, l’abolition des titres héréditaires, la suppression de la transmission des richesses par voie d’héritage – voire la suppression pure et simple de la propriété individuelle – et le contrôle total par le gouvernement de toutes les activités économiques, sociales et culturelles. Bien entendu, » dit le Dr Harnosh, « la politique n’est pas du tout de mon ressort et je ne me permettrais pas de juger, par avance, quel serait le fonctionnement d’un tel régime. » 
— « J’aurais moins de scrupules que vous, docteur, » répondit Verkan Vall, pensant à toutes les lignes temporelles où il avait pu voir de tels systèmes en application. « Vous n’en seriez certainement pas édifié, docteur. "
On le comprend, le modèle politique incriminé est transparent, mais la critique véritable ne va pas plus loin et manque définitivement d'arguments politiques. Et le ton est sentencieusement donné dans l'extrait suivant :
" Cinq hommes étaient assis à une table proche. Ils étaient entrés avant que les étoiles n’aient commencé de pâlir, et les serveurs leur apportaient à peine les premiers plats. Deux d’entre eux étaient des Assassins, et les trois autres d’une race que Verkan Vall avait appris à reconnaître sur toutes les lignes temporelles – celle des politiciens gauchistes arrogants, sûrs d’eux-mêmes, ambitieux, qui savent ce qui convient à chacun, mieux que les intéressés eux-mêmes, convaincus qu’ils sont de posséder la Vérité en tout, ceux qui professent une opinion différente de la leur étant, par conséquent, non seulement des êtres ignares, mais encore des coquins vénaux. "
Pour apprécier la critique en creux, quelle est donc, pourrait-on se demander, la société idéale, l'utopie à la H. Beam Piper ?
" Il n’ignorait pas que ses yeux parcouraient l’une des cités provinciales mineures d’une civilisation respectablement évoluée. Une civilisation qui construisait ses cités verticalement puisqu’elle avait appris à contrebalancer l’effet de la gravitation. Une civilisation qui dépendait encore des céréales naturelles pour sa nourriture, mais qui avait appris à tirer le maximum de rendement de son sol. Le réseau de barrages et de canaux d’irrigation, qu’il apercevait au-dessous de lui, rivalisait avec ce qu’il y avait de mieux dans le genre sur son propre niveau paratemporel. "
Réponse : une utopie de monades urbaines et de monoculture. En bref : les U.S.A. des années 50. 
On le constate, Le dernier ennemi est un exemple frappant de ce que la S .F. américaine pouvait produire en plein "Âge d'Or" de la Guerre Froide. 

De façon, heureusement, plus potache, Murray LEINSTER dans Note historique (1951) se moque aussi de l'U.R.S.S., avec l'histoire de l'invention d'un appareil volant portatif. Malheureusement, le style en est absent et, de fait, la démonstration de l'absurde bureaucratique qu'on aurait aimé trouver tombe un peu à plat.

Après avoir visité la S.F., le prochain Fiction Spécial donnera la part belle au fantastique et à l'épouvante avec un florilège de la revue "Veird Tales" (sic !)

21 juin, 2026

Cadeau bonus : Fiction Spécial n °8 : L'Âge d'or de la science-fiction - Astounding 1ère série, 1940-1947 (Décembre 1965)

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Prévu pour le mois de Novembre 1965, et donc mentionné comme un numéro 144 bis, c'est avec un petit mois de retard que parait le Fiction Spécial n°8. Quelle n'est pas notre surprise de constater un revirement dans la politique éditoriale, qui s'était déclarée vouloir développer le champ de publication d'une science-fiction européenne (et forte de 4 anthologies consacrées aux auteurs français ainsi qu'une aux auteurs italiens).
Car c'est la science-fiction à l'américaine, et celle datée des années 1940 qui plus est !, qui est mise à l'honneur, à travers un choix des nouvelles les plus marquantes parues dans la revue "Astounding", pionnière du genre, sous le titre "L'Âge d'Or de la science fiction".

On ne saurait jamais assez questionner la notion "d'Âge d'Or", toujours acoquinée d'une appartenance à "l'originel" (la faute à Hésiode !), comme si tous les développements ne valaient jamais l'original, n'arrivaient jamais à le surpasser, ni même l'égaler. Le 4ème de couverture évoque même "La science fiction à son sommet", signifiant par-là que tout le reste depuis n'est que dégénérescence ou descente dans les bas-fonds (de la qualité, sous entendu).
Argument publicitaire sans aucun doute, mais qui ne manque pas de jeter le trouble dans le rôle que désire afficher la revue dans la promotion d'un genre encore peu admis en tant que tel, en France du moins, dans les rangs de la littérature générale (et chez les grands éditeurs français). Un tant soit peu "réactionnaire" dans son choix, donc, ce numéro Spécial sera même le premier d'une longue série d'anthologies consacrées aux auteurs outre-atlantiques d'antan.

En réalité, les huit nouvelles qui constituent cette anthologie ne reflètent pas entièrement le choix de l'équipe française de Fiction. Il s'agit de la traduction d'une anthologie américaine célébrant la revue de John W. Campbell : "The first Astounding S. F. anthology". L'ensemble est traduit par un Pierre Billon qui a dû travailler d'arrache-pied pour livrer (presque) à temps la matière que voilà, et qui, avouons-le tout de même, est de bonne, voire de très bonne qualité.

Sommaire du Fiction Spécial n°8 :
1 - (non mentionné) , Introduction, pages 5 à 6, introduction
2 - Robert HEINLEIN, Il arrive que ça saute (Blowups Happen, 1940), pages 9 à 55, nouvelle, trad. Pierre BILLON
3 - Jack WILLIAMSON, Le Renégat (Hindsight, 1940), pages 56 à 75, nouvelle, trad. Pierre BILLON
4 - Alfred Elton VAN VOGT, Le Caveau de la bête (Vault of the Beast, 1940), pages 77 à 103, nouvelle, trad. Pierre BILLON
5 - Lyon Sprague DE CAMP, L'Exalté (The exalted, 1940), pages 105 à 128, nouvelle, trad. Pierre BILLON *
6 - Lewis PADGETT, Point de rupture (When the Bough Breaks, 1944), pages 129 à 155, nouvelle, trad. Pierre BILLON *
7 - Henry KUTTNER, Combat de nuit (Clash by Night, 1943), pages 157 à 217, nouvelle, trad. Pierre BILLON *
8 - Murray LEINSTER, Premier contact (First contact, 1945), pages 219 à 252, nouvelle, trad. Pierre BILLON
9 - Eric Frank RUSSELL, Violon d'Ingres (Hobbyist, 1947), pages 253 à 286, nouvelle, trad. Pierre BILLON

* Nouvelle restée sans publication postérieure à celle présentée ici.

FICTION présente son nouveau numéro Spécial :

L'introduction tout d'abord ...

Dans l’histoire de la science-fiction américaine, 1937 est une date déterminante : c’est celle à laquelle John W. Campbell devint rédacteur en chef de la revue Astounding Science Fiction. Celle-ci existait déjà depuis sept ans, mais c’est seulement sous l'impulsion de Campbell qu'elle devait prendre une importance capitale, et occuper la place qui fut la sienne entre 1940 et 1955 : celle de la meilleure revue américaine dans ce domaine.

Avant Campbell, il n’existait pas de magazine de science-fiction sérieux digne de ce nom. Avec lui, le nom même de Astounding devint le symbole d'une science-fiction adulte, cohérente, scientifiquement vraisemblable, empreinte d’un souci de réalisme : caractéristiques qui firent prendre au genre un tournant décisif et le marquèrent durablement.

Parmi les auteurs découverts par Campbell à cette époque et publiés en vedette par Astounding, figurent la plupart des grands maîtres de la science-fiction : Robert Heinlein, Isaac Asimov, A. E. van Vogt, Clifford D. Simak, Theodore Sturgeon, Henry Kuttner, etc. Sans compter ceux qui, tels Jack Williamson ou Murray Leinster, avaient fait leurs débuts auparavant mais écrivirent dans Astounding leurs œuvres les plus achevées.
On peut donc bien, en se référant à la carrière de ce magazine prestigieux, parler d'un Age d'Or de la science-fiction : l’époque où celle-ci s'affirma pour la première fois comme un genre littéraire.

De cet Age d'Or, une image est offerte pour la première fois par cette anthologie, où sont groupés huit grands récits publiés dans Astounding entre 1940 et 1947. (Une seconde anthologie, à paraître l’année prochaine, regroupera des récits publiés de 1947 à 1951.)

... et le quatrième de couverture :

LA SCIENCE FICTION A SON SOMMET

La science-fiction nous entraîne
vers des planètes étranges,
vers les merveilles d'un lointain futur,
vers les horreurs possibles de la vie
sur Terre dans un siècle d'ici.
Les bases de la science-fiction moderne
furent jetées aux Etats-Unis
par le magazine Astounding
qui dans les années 1940
servit de tremplin à tous
les grands auteurs d'aujourd'hui.
Dans cette anthologie, vous trouverez
huit grands récits appartenant
à cet Age d'Or de la science-fiction,
huit récits dont les thèmes ont fait date.
Vingt années plus tard,
ces œuvres restent mémorables.

Un merveilleux stimulant de l'imagination !

L'avis du PReFeG :

Une chose frappe de prime abord : l'éblouissante distraction des auteurs américains de cet autoproclamé "Âge d'Or" envers un conflit qui ravageait l'Europe. Les quatre premiers récits datent de 1940, dont celui de Heinlein, qui, s'il parle d'énergie atomique, celle-ci ne semble dépendre que de la seule exploitation américaine de l'uranium ; s'il parle de bombe, ce n'est que pour décrire le moteur de la centrale atomique dont on redoute l'instabilité conceptuelle.
Jack Williamson quant à lui évoque peut-être, en cette même année 1940, le nazisme triomphant lorsqu'il met en scène des hordes de pirates devenus plus puissantes que les planètes-états, et donc inévitablement tentées par l'impérialisme, mais le héros qui leur désobéira ne le fera pas par idéologie, mais par patriotisme.
Les nouvelles de Van Vogt et de Sprague de Camp datant de cette même année renforcent cette impression que l'Amérique, alors, regardait ailleurs, et que la science-fiction de cet Âge d'Or n'avait pas pour mission d'extrapoler l'avenir à partir des éléments du présent, mais bien au contraire de distraire du présent avec des éléments imaginés pour l'avenir - soit toute la différence entre spéculation et fantasme.

Placer la nouvelle de Robert Heinlein Il arrive que ça saute en toute première position est sans doute ce qui induit le plus cette impression d'une Amérique distraite. Le choix du thème de la nouvelle de Heinlein - l'énergie atomique - est pourtant au cœur des préoccupations militaires de cette seconde Guerre Mondiale qui n'est, en 1940, pas encore arrivée au bout de ses atrocités. Nous avons là une étrange SF d'avant-guerre où la puissance atomique n'est pas déjà envisagée comme une arme, même dissuasive. Heinlein nous dépeint un futur (à travers les cabines de métro individuelle et les super véhicules qui transporte les protagonistes en un éclair) dispendieuse en énergie par sa technologie, mais qui n'a pas dépassé le stade de la recherche sur la fission de l'uranium. S'ensuit un récit sans doute un peu naïf sur les dangers réels d'une centrale atomique, mais dont le risque de panne ou d'explosion ne résulterait que d'un défaut de surveillance humaine, ou de la névrose qui toucherait les ingénieurs, surveillants eux-mêmes surveillés par des psychiatres toujours sur leurs talons. Pas vraiment de la SF donc, du moins de nos jours, mais bien plutôt du retrofuturisme un peu trop didactique pour parvenir à nous emmener très loin dans les anticipations.
On pourrait reprocher aussi la morgue et le grand sérieux un peu naïf avec lequel Heinlein aborde son récit (on le connait heureusement plus léger, notamment dans ses récits adressés à un plus jeune public). Le passage suivant, par exemple, qu'on pourrait juger humoristique, du moins satyrique, ne l'est en fait pas du tout  :

Il leur exposa le schéma d’un projet de campagne de propagande à l’échelle nationale, telle qu’une grande firme de publicité en pouvait entreprendre couramment. Elle était complète jusqu’au moindre détail : émissions radiophoniques, tracts, publicité dans les journaux et les magazines avec éditoriaux de commande, « comités de citoyens » factices et – chose importante entre toutes – une campagne de bouche à oreille et une organisation de lettres au Congrès. Chaque homme d’affaires présent savait d’expérience comment tout cela fonctionnait.
On retrouvera ce type de plan de propagande souvent joliment moqué par Frederik Pohl et Cyril Kornbluth - dans Planète à gogos, par exemple.
Quoi qu'il en soit, Heinlein, malgré un style ici très bavard, connait déjà son métier et arrive tout de même à produire un texte agréable à suivre.

Le fait de pouvoir changer depuis l'avenir le cours du passé et ainsi remodeler des batailles perdues en victoire, cela serait une arme redoutable. Mais n'y a-t-il pas des facteurs qui échappent au jeu des causes et des conséquences ? Voilà la question posée par Jack Williamson, dans Le renégat, et qui semble rendre inéluctable la marche des événements…

Dans Le caveau de la bête, A. E. Van Vogt reprend à son compte l'idée de Campbell (in La chose d'un autre monde) d'un envahisseur métamorphe extraterrestre, et place le lecteur en témoin de son intimité intérieure. Comme toujours chez cet auteur, les enjeux sont énormes, toujours trop, et un seul homme parvient à déjouer tous les pièges. On adhère ou pas.

Dans la série des nouvelles "Moquons allègrement la morgue des grandes universités et leurs pompeux professeurs", après les écrits de Reginald Bretnor ou de Robert Abernathy, par exemple, Lyon Sprague de Camp et L'exalté proposent une jolie collection d'inventions farfelues mais qui pourraient toutes se prétendre sujet d'une nouvelle chacune. Inepte, on jugera même certains aspects de la traduction - comme le langage de l'ours parlant - un peu déplacés, mais l'ensemble demeure cocasse.

" L’humour n’est pas un sens inné, mais il se développe essentiellement sur le fond de cruauté qui existe chez la plupart des individus. Plus un intellect est primitif, plus son sens de l’humour est élémentaire. Il est probable qu’un cannibale s’amuserait prodigieusement de voir sa victime se débattre dans la marmite. Un homme glisse sur une peau de banane et se rompt le cou. À ce moment, l’adulte cesse de rire ; l’enfant, pas. Une situation embarrassante est tout aussi pénible pour un individu civilisé que la douleur physique. Un bébé, un enfant, un crétin sont incapables de pratiquer l'altruisme. Aucun d’eux ne peut s’identifier avec un autre individu. Il manifeste un regrettable égotisme ; son comportement est régi par des règles entièrement arbitraires et le contenu de la poubelle, répandu à travers la chambre à coucher, ne semblait nullement comique aux yeux de Myra et de Calderon. "
De l'humour, certes ; mais on retrouve aussi deux des thèmes de prédilection du couple Lewis Padgett : les enfants qui s'adonnent aux dangereuses expériences que leur alloue une intelligence hors-norme, ainsi que la machine infernale de la fatalité dont le ressort est remonté à bloc, mais qui n'empêche pas l'audace humaine de tenter d'en enrayer la marche et d'atteindre le Point de rupture.

A noter : cette nouvelle datée de 1941 par la revue, a été publiée originellement en novembre 1944, dans le même numéro d'Astounding qui édite "Killdozer" de Theodore Sturgeon.

On croirait lire du Poul Anderson : même application à rendre crédible un monde - ici celui des bases sous-marines de Vénus, même sens des péripéties aux enjeux croisés dans des batailles qui font rage d'une part entre armées, et d'autre part aux fins fonds d'un protagoniste encerclé par ses contradictions... Mais dans Combat de nuit, la guerre n'est pas perçue comme un élan vital, la victoire a l'amertume des vanités, et le combat ne vaut que par l'absurdité de sa cause. Une bonne novella de Henry Kuttner demeurée introuvable depuis.

Premier contact : une première rencontre entre terriens et extraterrestres a lieu dans les circonstances particulières d'explorations spatiales. Or, chaque corps de vaisseau se doit de ne rien révéler de son berceau d'origine avant que ne puisse s'installer une confiance réciproque et inconditionnelle, conditions éminemment rares et périlleuses. La nouvelle tourne et retourne ce problème dans tous les sens pour chercher à éviter l'inévitable conflit, jusqu'à… Un bel hymne à l'amitié entre les peuples du vétéran du genre Murray Leinster.

Tel Robinson Crusoé, un explorateur patenté se retrouve naufragé sur une planète étrangère, loin de toute route galactique, et sans pouvoir ni se localiser, ni repartir. Une première énigme s'impose à lui, puis une autre… Le récit suit des péripéties de raisonnements et de sang-froid extraordinaires, qui pourraient paraître un peu factuels et froids s'il n'y avait pas la présence cocasse de Laura, un beau perroquets ara au langage bien fleuri. Une belle nouvelle bien équilibrée d'Eric Frank Russell, dont la raison d'être du titre, Violon d’Ingres, ne se dévoile qu'à la toute fin.

On terminera sur une petite note de la rédaction à propos de cette nouvelle, écrite après-guerre, et qui semble faire état d'une science-fiction déjà différente de celle des années passées : " Son récit est l’un des plus curieux et des plus recherchés du présent numéro, et il annonce sans contredit un type nouveau de science-fiction à résonances psychologiques, tel qu’il commençait à se dessiner à la fin des années 1940. " Ceci annonce surtout le second volet de cette anthologie de la revue Astounding, et qui fera l'objet du Fiction Spécial n°9 (n°150 bis de mai 1966), mais où l'on verra aussi que les considérations littéraires seront axées sur un autre pôle : la Guerre Froide et la peur de l'extinction massive de l'espèce humaine...

16 avril, 2025

Fiction n°107 – Octobre 1962

Pour ce dernier numéro d'une "ancienne" formule annoncée - 144 pages sur un papier presque "pulp", mais qui, un peu plus de 60 ans plus tard, tient tout de même encore assez bien la route - la rédaction de Fiction semble solder tous ses "auteurs mineurs" et prendre son élan avant le prochain numéro. Par "auteurs mineurs", il convient de préciser qu'il s'agit d'auteurs fort peu réédités ensuite, et en cela ce numéro est un festival de raretés, hormis l'illustrissime Jorge Luis Borges toujours d'une très grande qualité.


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Sommaire du Numéro 107 :


1 - (non mentionné), Pourquoi une nouvelle formule ?, pages 3 à 3, éditorial
2 - (non mentionné), Nouvelles des auteurs de ce numéro, pages 6 à 6, bibliographie

NOUVELLES

3 - Francis George RAYER, Un vaisseau d'un autre monde (Alien, 1959), pages 7 à 21, nouvelle, trad. (non mentionné) *

4 - Jérôme SERIEL, L'Œil du Sgal, pages 22 à 30, nouvelle *

5 - Murray LEINSTER, Les Robots assassins (The Case of the Homicidal Robots, 1961), pages 31 à 52, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

6 - Jorge Luis BORGES, Les Ruines circulaires (Las ruinas circulares, 1940), pages 53 à 57, nouvelle, trad. Paul VERDEVOYE

7 - Georges GHEORGHIU, Le Festin de l'araignée, pages 58 à 67, nouvelle *

8 - Wade MILLER, Chienne de vie ! (How Lucky We Met, 1960), pages 68 à 73, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

9 - Stuart PALMER, Déclaration d'amour à trois dimensions (Three-Dimensional Valentine, 1959), pages 74 à 84, nouvelle, trad. Elisabeth GILLE *

10 - Kit REED, Le Règne de Tarquin le Superbe (The Reign of Tarquin the Tall, 1958), pages 85 à 97, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

11 - Laurence ALBARET, Le Grand ventre, pages 98 à 104, nouvelle *

12 - Jacques BOUCHER DE CREVECOEUR dit BOUCHER DE PERTHES, Mademoiselle de la Choupillière, pages 105 à 115, nouvelle

13 - Monique DORIAN, Vous êtes si chaud, petit monstre..., pages 116 à 120, nouvelle *

14 - Jean-Pierre KLEIN, Quatre minutes de retard, pages 120 à 121, nouvelle *

15 - Bernard HALLER, Marguerite et Hermann, pages 122 à 123, nouvelle *

16 - Christine RENARD, Lettre de Claerista à l'hermite très saint, pages 123 à 125, nouvelle

 

CHRONIQUES

17 - Gil SARTÈNE Boris Vian : cet Etranger qui jugea la Terre, pages 126 à 129, article

18 - Demètre IOAKIMIDIS, Notes de lectures, pages 131 à 133, critique(s)

19 - (non mentionné), En Bref, pages 134 à 135, article

20 - Pierre VERSINS, Fanactivités, pages 137 à 140, chronique

21 - Jacques GOIMARD, Mythrobolant, mythrologique, ni trop glycériné, pages 141 à 144, article


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

Il est question du problème passionnant d'un premier contact dans Un vaisseau d'un autre monde, de Francis George Rayer. Un aspect un peu hard science pourrait dérouter un lecteur peu sensible aux aspects scientifiques, dans un va et vient de perceptions entre deux systèmes confrontés l'un à l'autre. Rayer met surtout en avant combien la hiérarchisation des dimensions (hauteur, longueur, largeur et temps) rend notre perception de l'espace-temps subjective, et peut rendre toute compréhension mutuelle impossible. Dans son célèbre roman "Solaris", l'auteur polonais Stanislas Lem développera ce même postulat sur une échelle autrement plus cosmique.

On aurait pu croire à une parodie du style Henneberg si Jérôme Sériel ne s'était pas tant pris au sérieux dans L'œil du Sgal. Malheureusement, n'est pas Flaubert qui veut, et il ne suffit pas d'aligner des néologismes abscons et des aubes inutilement colorées de jade et d'émeraude pour embarquer le lecteur. On passera volontiers devant cet hymne guerrier qui n'apporte rien de plus qu'une progression inepte vers un but dont on n'a cure.

Murray Leinster s'amuse à faire une enquête à la Asimov en posant une situation qui irait à l'encontre de la première loi de la robotique : un robot ne peut nuire à un homme. Les robots assassins est une habile histoire de chasse aux pirates spatiaux, qui se déploie de façon un peu vieillotte, certes, mais tout à fait charmante.

Jorge Luis Borges maître des cercles concentriques ne pouvait que nous émerveiller dans Les ruines circulaires. D'un style forgé à l''aune du conte, il tisse son propos dans l'étoffe des songes. Ici, le fantastique devient l'universelle pulsion de la créativité. En bref, un récit inspirant d'un auteur visité par les muses de la fiction, rien de moins !

Mais les muses sont parfois fantasques. On sent bien que Georges Gheorghiu avait une idée en tête en commençant Le festin de l'araignée, mais qu'il en a trouvé une autre meilleure en chemin. Ce ne sont que des suppositions, mais elles témoignent avant tout de l'étrange polarité de genre et de traitement qui aurait peut-être méritée d'être plus lissée.

Deux êtres, qui se pensaient différents des autres, se rencontrent. Il n'en faut pas plus pour commencer à faire communauté. L'histoire de Chienne de vie ! est peut-être un peu gratuite, si elle n'avait une valeur allégorique. Au final, ce récit sert à véhiculer du réconfort, ce qui n'est déjà pas si mal. Son auteur, Wade Miller, est en réalité le double pseudonyme de Robert Wade et Bill Miller., qui signent aussi des nouvelles policières sous le nom de Whit Masterton.

Troisième et dernière publication de Stuart Palmer dans les pages de Fiction (et ses seules traductions françaises à ce jour), Déclaration d'amour à trois dimensions reprend, à partir d'expériences réelles, les observations sur les effets de différentes drogues sur le tissage des toiles par les araignées. C'est avant tout le prétexte à une bluette agréable, mais qui n'en rend pas moins un son creux. On peut se demander ce que l'auteur y a voulu expliciter.

Avec Le règne de Tarquin le Superbe, il faut se figurer tout ce qu'il peut y avoir entre les lignes pour compléter le tableau de ses enfants et jeunes adultes vivant en communauté. Tarquin le Superbe fut le dernier Roi de Rome au Vème siècle av J.C. ; on pressent, par un certain nombre d'indices, que personne n'a vraiment toute sa tête et que les jeux d'enfants sont ici les symptômes névrotiques - à moins que Kit Reed ne transpose ici Tite-Live (voir Fiction n°93).

Le grand ventre, de Laurence Albaret, propose un voyage corporel au pays de la famine, qui prend des allures à la Sternberg sur sa fin… Mais devant un dénouement attendu, on reste… sur sa faim.

On pourrait aussi se douter de la chute de Mademoiselle de la Choupillière, menée à la mode sarcastique du XVIIIème Siècle. On y découvrira toutefois l'un des plus anciens textes de science-fiction propre à défriser l'inventivité d'un Karel Čapek. Boucher de Perthes, qui fut peut-être le fondateur de l'étude de la Préhistoire en postulant l'existence d'un "Homme antédiluvien", fait preuve de beaucoup d'humour, dans un tableau sardonique de la vie bourgeoise de province, et un défilé d'hypocrisies qui ne lâche jamais prise.

Quelques courts récits complètent le florilège d'inédits de ce numéro 107 : Vous êtes si chaud, petit monstre… propose une variation autour du thème du vampire ; cette nouvelle comme la précédente de Monique Dorian (madame Alain Dorémieux) est troublante au regard de son triste destin (voir Fiction n° 78).

Ensuite, et sans fournir les explications qui en feraient une histoire de science-fiction, Jean-Pierre Klein s'amuse à imaginer deux êtres qui vivraient dans deux temps décalés, l'un avec Quatre minutes de retard par rapport à l'autre. Car après tout, tout est relatif.

Très courte, construite en poupées gigognes, Marguerite et Hermann, novelette du comédien et auteur Bernard Haller, a le mérite de poser son idée sans développement superflu. Sur le même thème, on repensera à la nouvelle de John Collier "L'âge tendre" (in Fiction n°101).

Lettre de Claerista à l'hermite très saint termine ce petit feu d'artifice de textes courts. Traitant du désarroi de l'être dépouillé de tout, même de son être, l'intérêt de ce court et beau texte de Christine Renard réside surtout dans les mots non formulés de l'hermite, qui lui s'est dépouillé du superflu et du terrestre.

Une rubrique "En bref" (qui rappelle les anciennes "notules cosmiques") nous propose un extrait d'article de Damon Knight qui pourrait figurer en en-tête de la revue :

"Fiction" vu des U.S.A.

Commentaire de Damon Knight à propos de « Fiction », dans un numéro récent de notre « revue-mère » américaine : « la longue vie de ce délicieux magazine est due au talent et à la ferveur de ses responsables, qui savent joindre aux histoires américaines les meilleures œuvres d'une nouvelle génération d'auteurs français de science-fiction et de fantastique. (…) Les auteurs français de science-fiction constituent maintenant un groupe, qui ne méconnaît pas sa dette envers la science-fiction anglo-saxonne, mais qui a su créer un ton personnel. » Citons encore un jugement sur Jean-Claude Forest, « dont les dessins, » dit Damon Knight, « devraient depuis longtemps figurer sur les couvertures américaines ». (On sait que grâce aux traductions de Knight, nos auteurs français – notamment Charles Henneberg – commencent à être connus en Amérique.)

Nous l'évoquions en début d'article : Fiction annonce une nouvelle formule pour le numéro 108 (Novembre 1962). En voici l'annonce :

Pourquoi une nouvelle formule ?


Depuis des années, deux remarques revenaient constamment dans le courrier de nos lecteurs :

« Donnez-nous plus à lire. »

« Votre contenant n’est pas digne de votre contenu. »

Après réflexion, le succès de la revue nous incite aujourd’hui à prendre cette décision :

A partir du mois prochain, « FICTION » passe à 176 pages (au lieu de 144) et paraît sur papier plus luxueux.

Notre nouveau prix de vente sera de 2,50 NF. Compte tenu de la présentation améliorée et d’un accroissement de lecture de l’ordre de 25%, ce prix reste modique. Faut-il souligner qu’il y a autant à lire dans un numéro actuel de « FICTION » que dans n’importe quel roman de science-fiction, vendu de 4 à 6 NF en librairie ?

Amis lecteurs, vous nous avez toujours fait confiance. Nous ^comptons sur votre fidélité pour aider à la réussite de cette tentative.

Nous vous faisons d’ailleurs une offre : si vous le désirez, vous pouvez continuer à lire « FICTION » pendant un an à son ancien prix. En effet, tout abonnement souscrit par vous avant le 1er novembre bénéficiera des tarifs actuels, ce qui sur douze mois vous fera économiser 13 NF ! (De même, tous les abonnements en cours seront servis jusqu’à leur terme, malgré l’augmentation de prix.)


A l’occasion de ce changement de formule, notre prochain numéro aura un sommaire hors série. Vous y trouverez : Poul Anderson, Jorge Luis Borges, Arthur Clarke, Robert Heinlein, Nathalie Charles-Henneberg, Fereydoun Hoveyda, Gérard Klein, Fritz Leiber, Richard Matheson, Jean Ray, Idris Seabright et, dans le Rayon des Classiques, Montague James.

Et dans le futur, bien entendu, vous lirez comme toujours dans « FICTION » les meilleurs récits des meilleurs auteurs !

Sans tout en dévoiler, et à propos de ce sommaire en effet très "alléchant", nous pouvons toutefois annoncer qu'il n'y aura pas de texte de Nathalie "Charles-Henneberg" dans le numéro 108, bien qu'elle continue d'y être citée comme faisant partie du corpus de ce numéro. Iphigénie sacrifiée avant l'assaut pour faire se lever les… ventes !

On lira à ce sujet cette petite note de la rédaction de Fiction dans le numéro 109 :

Dénonciation de Nathalie Henneberg.

Le sommaire de notre dernier numéro devait comporter une nouvelle de Nathalie Charles-Henneberg (celle-ci, retardée, se trouve finalement dans le présent numéro). Marcel Battin en profite pour juger en ces termes l'auteur, dans le numéro de « Karellen-Orion » de septembre : « On attend avec curiosité le « Fiction » nouvelle formule. Le sommaire du numéro de novembre est bien alléchant. Une seule fausse note : Nathalie Ch. Henneberg. Moi je la trouve horripilante, la bergère. Pas vous ? »

Qu'en pensent nos lecteurs ? (Quant à nous, une seule réaction : hautement, flegmatiquement et impavidement, nous PROTESTONS.)

Le n°110 publiera de plus un échantillon de courriers de lecteurs outrés de la critique de Marcel Battin, et défendant, souvent avec beaucoup d'humour, Nathalie Henneberg. (Voir notre article Fiction n°110)

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