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08 décembre, 2025

Cadeau Bonus : 20 Fictions disparues - Le PReFeG a quatre ans !!!!

Proxima du Centaure, notre voisine de palier :
sa lumière met quatre ans à nous parvenir…
Quatre ans, et plus de 100 000 vues, ça y est ! Bon dieu de bois, notre messager venu du Centaure arrive à point nommé pour fêter ça ! Nous voyons déjà Ses yeux clignoter de plaisir, de cette façon si étrange qui n'appartient qu'à Lui, et qui à la fois nous inquiète et nous rassure : c'est Lui, par le ciel, c'est bien Lui !

Mais baste !

Le PReFeG est très heureux de fêter ses quatre ans d'existence en vous proposant un nouveau bonus exclusif : "20 Fictions disparues - domaine anglo-saxon", qui regroupe vingt nouvelles datées pour leurs publications américaines de la décade 1954-1963, et parues en France pour la majorité dans "Fiction" (une seule, la première, provient de "Galaxie - 1ère série"). Hormis l'une d'elle (de John Novotny dont nous n'avons pas désiré amputer le corpus francophone), ces nouvelles ont toutes en commun de n'avoir jamais été reprises ensuite ni en recueils, ni en anthologies.
Elles témoignent pourtant de la qualité de leurs auteurs, peu connus finalement en France, et souvent après un passage éclair ou disparate dans les pages de "Fiction". Nous vous proposons ici de les découvrir, ou de les retrouver si vous êtes déjà un lecteur assidu, ancien ou nouveau, de ces publications. Et comme toujours, vous pouvez télécharger le recueil concocté pour l'occasion au format epub en cliquant directement sur l'image de couverture.

20 Fictions disparues - domaine anglo-saxon

AU SOMMAIRE :

Un clic droit sur la couverture,
puis "enregistrer sous"
pour télécharger votre epub 
Franklin ABEL

1 - Omission capitale , 1956  (Nouvelle, Galaxy Science Fiction, mai 1952) Freudian slip, 1952 (paru dans Galaxie (1ère série) n° 29, NUIT ET JOUR 4/1956).

Omission capitale, par Franklin Abel, détonne par son aspect presque surréaliste et dans l'inventivité brillante de ses descriptions.


Charles G. FINNEY

Charles Finney, surtout connu en France pour son roman "Le cirque du Docteur Lao" (adapté au cinéma par Georges Pal en 1964).

2 - Le Vieil homme et le désert (Nouvelle, Harper's Magazine, juillet 1958) The Iowan's Curse, 1958 (paru dans Fiction n° 70, OPTA 9/1959).

Ambiance de voisinage hypocrite et d'Amérique un brin attardée, mâtinée de superstitions malsaines, dans Le vieil homme et le désert, par Charles G. Finney. Ici, c'est le désert de la Sonora et la frontière mexicaine qui lui sert de décor.

3 - Le Grand chien noir (Nouvelle, F&SF, octobre 1958) The Black Retriever, 1958 (paru dans Fiction n° 63, OPTA 2/1959).

Traduction par Alain Dorémieux sous pseudo et ambiance de voisinage pour Le grand chien noir, petite allégorie du danger pulsionnel qui menace les petites communautés paisibles.

4 - Les Petits monstres (Nouvelle, F&SF, octobre 1959) The Gilashrikes, 1959 (paru dans Fiction n° 96, OPTA 11/1961).

Les expérimentations animales qu'imagine Charles Finney dans Les petits monstres trouvent encore leur cadre dans une vie de quartier, comme dans "Le grand chien noir". Mais ici, l'animal n'est plus l'allégorie de la pulsion, mais bien plutôt celle d'un surmoi qui surveille et punit.

5 - Captivité (Nouvelle, F&SF, octobre 1961) The Captivity, 1961 (paru dans Fiction n° 103, OPTA 6/1962).

Là encore une histoire allégorique avec Captivité, de Charles Finney (dont ce sera la dernière publication dans Fiction). Un camp de prisonniers sans autres entraves qu'une haute barrière pour les empêcher de fuir. Pas d'autre privation ni de carence. Puis la captivité prend fin. On s'interroge sans cesse sur la nature réelle de ce camp, des pistes sont évoquées pour être abandonnées ensuite… Bien mené.



John NOVOTNY


6 - Transports de colère !(Nouvelle) The angry Peter Brindle, 1954 (paru dans Fiction n° 24, OPTA 11/1955).


Une nouvelle jugée loufoque mais qui ne l'est pas plus que ce qu'écrirait Fredric Brown : Transports de colère ! expose le thème du "télétransport", rappelant encore Alfred Bester et son roman "Terminus les étoiles" ; on pourra aussi se reporter à "L'homme qui se téléportait" de Joseph Satin (in Galaxie n°030).

7 - Un lac de whisky (Nouvelle) The Bourbon lake, 1954 (paru dans Fiction n° 105, OPTA 8/1962).


Bien que sans plus d'intérêt qu'une bonne blague, l'histoire divulgâchée par son titre se lit avec un plaisir un peu tourbe... euhh...hips.... Un peu trouble. Santé !


8 - L'Auréole de la vertu (Nouvelle) The tin halo, 1955 (paru dans Fiction n° 30, OPTA 5/1956).


Avec L’auréole de la vertu, le barbare devient le tentateur. Mais le civilisé vit-il de justes valeurs ? Une charmante nouvelle, qui rappelle un conte de Marcel Aymé.

9 - Le Second lot (Nouvelle) Second prize, 1957 (paru dans Fiction n° 80, OPTA 7/1960).


Des soldats antiques surnommés Toto et Doigts de Fer, tels les compagnons de Dorothy dans "Le magicien d'Oz" apportent Le second lot. Une histoire cocasse qui ravira les maris affublés d'une femme jalouse.


10 - A malin, malin et demi (Nouvelle) A trick or two, 1957 (paru dans Fiction n° 104, OPTA 7/1962).


Une autre potacherie, celle-ci traduite par Alain Dorémieux sous pseudonyme ; un poil machiste, si l'on ose le dire ainsi, mais l'honneur est sauf, dans À malin, malin et demi. Cette nouvelle sera la seule de John Novotny reprise dans une anthologie ("Histoires parapsychiques" - de la série de la Grande Anthologie de la Science-Fiction, volume sous la direction de Demètre Ioakimidis).




Jay WILLIAMS

Un auteur qui n'a cessé de se bonifier avec le temps.


11 - La Plaie de Mars (Nouvelle, The Magazine of Fantasy and Science Fiction, juin 1956) The Asa Rule, 1956 (paru dans Fiction n° 42, OPTA 5/1957).


La plaie de Mars est une charmante chronique martienne anthropologique, à la façon d'un Chad Oliver.


12 - Guerre froide (Nouvelle, The Magazine of Fantasy and Science Fiction, octobre 1956) Mr. Guthrie's Cold War, 1956 (paru dans Fiction n° 50, OPTA 1/1958).


Guerre froide est une petite histoire de sorcellerie sympathique, un peu creuse mais agréable à parcourir.


13 - Un dieu en boîte (Nouvelle, The Magazine of Fantasy and Science Fiction, janvier 1958) Little Tin God, 1958 (paru dans Fiction n° 56, OPTA 7/1958).


Un dieu en boite est une très bonne nouvelle avec un effet de chute bien amenée, sur l'exploitation animale - qu'elle soit extraterrestre ou pas ; cela réjouira particulièrement les lecteurs végans (pas ceux de Véga...).


14 - Le Moindre mal (Nouvelle, The Magazine of Fantasy and Science Fiction, août 1959) Operation Ladybird, 1959 (paru dans Fiction n° 73, OPTA 12/1959).


Jusqu'où doit-on respecter le vivant ? Jay Williams propose avec Le moindre mal une nouvelle assez trépidante, qui aurait même pu être développée davantage.


15 - Le Hanneton (Nouvelle, The Magazine of Fantasy and Science Fiction, mars 1961)The Beetle, 1961 (paru dans Fiction n° 93, OPTA 8/1961).


Le hanneton est une petite histoire de justice post-mortem comme on peut en trouver dans Mystère Magazine. Jay Williams a du métier et avance ses éléments sur un tempo croissant, et bien qu'on le sente venir, on s'y laisse prendre.


16 - Compagnon de jeu (Nouvelle, The Magazine of Fantasy and Science Fiction, mai 1961)Somebody to Play With 1961 (paru dans Fiction n° 98, OPTA 1/1962).


Le discours de fond de Compagnon de jeu est on ne peut plus clair. En témoigne cet extrait :


« Il se peut que la vraie raison de ce qui est arrivé à notre planète réside dans l'écologie, » avait-il déclaré, plutôt tristement. « Vous comprenez bien, mes enfants, que je parle de la planète Terre, non de cette planète-ci. L'humanité est une force explosive. Quand elle est menacée, elle éclate dans toutes les directions. Au fur et à mesure que ses structures sociales devenaient plus complexe, il lui est devenu impossible de coexister avec les prédateurs – ces animaux de proie qui menaçaient son cheptel. Il lui fallut détruire ces bêtes de proie. Puis vint le tour de tout ce qui avait des dents pointues, suspectes par conséquent. Le coyote, par exemple, capable éventuellement de manger un mouton, devait être éliminé, bien que les écologistes eussent montré que le coyote valait son poids d'or pour les fermiers, parce qu'il aidait la nature à conserver son équilibre naturel en mangeant les souris qui auraient pullulé autrement. Bien, entendu, une fois les coyotes disparus, les souris se multiplièrent. Cela conduisit à mener de grandes campagnes pour l'empoisonnement des rongeurs avec un bon petit poison non sélectif nommé le 1080, pour lequel il n'existait pas d'antidote. Beaucoup de souris périrent, et aussi beaucoup d'oiseaux qui se nourrissaient de souris, et puis tous les animaux – chats ou chiens – qui mangèrent les souris empoisonnées, et puis le gibier qui s'était nourri d'appâts empoisonnés, et même quelques hommes qui avaient mangé de ce gibier.

» L'humanité créa ainsi autour d'elle des cercles mortels. La crainte, la haine, un désir psychopathique de sécurité – comme si la sécurité faisait le bonheur – firent naître autour d'elle des zones dévastées, toujours plus étendues. Et cela se produisit aussi entre un groupe d'hommes et un autre groupe. Que l'on aperçut des dents trop pointues, et l'on croyait ne pouvoir se défendre que par des campagnes de destruction, par des massacres de plus en plus importants, jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien. Tout ça, au nom de la sacro-sainte sécurité ! »

Ecologie et sécurité, ou quand la considération de l'une devient le problème de l'autre. Nous avons là une bonne nouvelle concise et éloquente de Jay Williams, avec une belle traduction de surcroît.


17 - Les Présents des dieux (Nouvelle, The Magazine of Fantasy and Science Fiction, avril 1962)Gifts of the Gods, 1962 (paru dans Fiction n° 106, OPTA 9/1962).


Les présents des dieux est présentée ainsi : " le thème (...) des premiers extra-terrestres débarquant sur Terre (...) pour jeter les bases de quelque union galactique (...) est une des mamelles de la science-fiction. " La proposition est faite sur un plan plutôt "sociologique", voire anthropologique, comme en témoignent ces citation de la délégation extra-terrestre :

« Je crains, » dit le porte-parole, « que vous ne confondiez progrès avec changement. Il est exact que vous vivez dans une communauté sociale qui a changé profondément au cours des cent dernières années. Mais avez-vous progressé ? Vos citoyens sont-ils tous heureux, entièrement développés, intellectuellement mûrs ? » (...) « Vous estimez que le progrès consiste en procédés perfectionnés pour congeler les aliments, en moyens de transport plus confortables ou en méthodes nouvelles pour lutter contre les maladies. Ce n'est pas cela le progrès. Le progrès, c'est ce que vous faites avec les gens guéris, et où vous allez avec vos moyens de transport améliorés, et pourquoi vous y allez. Le progrès, c'est ce qui se passe dans votre cœur. La plupart d'entre vous sont bons, mais vous n'avez pas progressé d'un iota en cinq cents ans, ni même en mille. Si vous avez l'occasion d'un profit personnel, il n'y a pas un seul d'entre vous qui hésiterait à raser des forêts, à détruire toute vie sauvage, à tuer un millier d'autres êtres humains et à tourner le dos pour ne pas voir les souffrances de ses concitoyens. » 

En fait, un peu à la manière d'Howard Fast, Jay Williams interroge la notion de progrès à travers cette délégation extraterrestre censée apporter bienfaits et alliance.




John Womack VANDERCOOK
Un auteur rare, mais néanmoins excellent !

18 - La Masse (Nouvelle) The challenge, 1956 (paru dans Fiction n° 94, OPTA 9/1961).

La Masse, initialement parue dans le Mystère-Magazine » n°71 de décembre 1953, est une histoire de force invisible, mais qui ne se contente pas d'être un conte d'épouvante et s'affirme aussi dans sa vertu d'allégorie. L'ensemble est brillamment mené conjointement sur ces deux niveaux de lecture par John Womack Vandercook.

19 - Rencontre avec la peur (Nouvelle) Funk, 1960 (paru dans Fiction n° 109, OPTA 12/1962).

Rencontre avec la peur, et même la peur de la peur, qui rôde et qui tue… sans rien faire d'autre qu'être évoquée. Avec ce récit qui prend bien le temps de poser décor et caractères, dans la région colonisée du Nigéria, on retrouve les racines d'un sentiment qui "dépasse en âpreté toutes les autres épreuves" comme l'écrivait Montaigne. John W. Vandercoock signe ici sa deuxième et dernière contribution à Fiction. Dommage, on aurait aimé découvrir davantage de cet auteur fin et étonnant.


Ray NELSON

Illustrateur et auteur, Ray Nelson est par exemple l'inventeur de la casquette à hélice. On lui doit "Les machines à illusions" coécrit avec Philip K. Dick. Pour cette anthologie : un unique récit, mais quel chef-d'œuvre !

20 - Les Fascinateurs (Nouvelle) Eight o'clock in the morning, 1963 (paru dans Fiction n° 125, OPTA 4/1964).

La nouvelle Les Fascinateurs est excellente, tant par son thème, la lecture allégorique et même marxiste qui en est possible, que par sa concision. On peut aussi s'amuser à y retrouver les germes des séquences que John Carpenter utilisera pour le magnifique film qu'il en tirera "They live" ("Invasion Los Angeles" en VF). Assurément cette nouvelle est un sommet de la collection, mais est très étonnamment demeurée impubliée ailleurs depuis.


09 avril, 2025

Fiction n°106 – Septembre 1962

Fiction mise sur ses valeurs sûres dans ce numéro, mais non sur les vedettes. Pas de Poul Anderson ni d'Asimov ou Bradbury, mais Farmer, Blish et le méconnu Jay Williams qui signe ici sa dernière publication dans la revue. Il en va de même pour le remarqué Jean-Claude Passegand, qui aura publié  six nouvelles en quatre ans (et deux de plus dans la revue Satellite), toutes de bonne, voire très bonne facture. Du reste, les auteurs français y sont bien servis.

 

On n'est pas des bleus, on clique droit !

Comme pour toutes nos publications, un clic droit sur la couverture

vous invitera à télécharger le livre au format epub.

Sommaire du Numéro 106 :

1 - (non mentionné), Nouvelles des auteurs de ce numéro, pages 2 à 3, bibliographie

NOUVELLES

2 - Philip José FARMER, Prométhée (Prometheus, 1961), pages 5 à 45, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM

3 - Jay WILLIAMS, Les Présents des dieux (Gifts of the Gods, 1962), pages 46 à 59, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM

4 - Gérard KLEIN, Le Dernier moustique de l'été, pages 60 à 63, nouvelle

5 - James BLISH, L'Ordre des choses (Who's in Charge Here?, 1962), pages 64 à 68, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

6 - Michel EHRWEIN, En voyage, pages 69 à 71, nouvelle *

7 - Jean-Claude PASSEGAND, Le Fil d'Ariane, pages 72 à 83, nouvelle *

8 - Mildred CLINGERMAN, La Prophétie (The Last Prophet, 1955), pages 84 à 90, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

9 - Fernand FRANCOIS, Plat du jour, pages 91 à 102, nouvelle *

10 - Henri DAMONTI, Le Notaire et la conspiration, pages 103 à 111, nouvelle *

CHRONIQUES

11 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 113 à 124, critique(s)

12 - Alfred BESTER, Livres d'Amérique, pages 125 à 129, chronique, trad. Demètre IOAKIMIDIS

13 - (non mentionné), Clarke couronné / Souscriptions du club Futopia, pages 130 à 131, article

14 - COLLECTIF, Tribune libre, pages 131 à 133, article

15 - Jacques GOIMARD & F. HODA, L'Écran à quatre dimensions, pages 135 à 141, article



* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

Philip José Farmer pose avec Prométhée la base d'un thème qui traversera toute son oeuvre : celui des démiurges, qui ne sont pas des dieux mais s'en arroge la puissance. Suite de "L'oeuf" (Fiction n°105), on pourra dorénavant (re)lire l'intégrale des aventures du Père John Carmody, avec "La nuit de la lumière" (Fiction n°82), "La planète du Dieu" (Fiction n° 33 et 34), et "Attitudes" (Fiction n°5).

Les présents des dieux de Jay Williams est présenté ainsi : " le thème (...) des premiers extra-terrestres débarquant sur Terre (...) pour jeter les bases de quelque union galactique (...) est une des mamelles de la science-fiction. " C'est aussi, et presque, le thème de la nouvelle de Farmer. Mais la proposition est faite sur un plan plus "sociologique", voire anthropologique, comme en témoignenet ces citation de la délégation extra-terrestre :
« Je crains, » dit le porte-parole, « que vous ne confondiez progrès avec changement. Il est exact que vous vivez dans une communauté sociale qui a changé profondément au cours des cent dernières années. Mais avez-vous progressé ? Vos citoyens sont-ils tous heureux, entièrement développés, intellectuellement mûrs ? » (...) « Vous estimez que le progrès consiste en procédés perfectionnés pour congeler les aliments, en moyens de transport plus confortables ou en méthodes nouvelles pour lutter contre les maladies. Ce n'est pas cela le progrès. Le progrès, c'est ce que vous faites avec les gens guéris, et où vous allez avec vos moyens de transport améliorés, et pourquoi vous y allez. Le progrès, c'est ce qui se passe dans votre cœur. La plupart d'entre vous sont bons, mais vous n'avez pas progressé d'un iota en cinq cents ans, ni même en mille. Si vous avez l'occasion d'un profit personnel, il n'y a pas un seul d'entre vous qui hésiterait à raser des forêts, à détruire toute vie sauvage, à tuer un millier d'autres êtres humains et à tourner le dos pour ne pas voir les souffrances de ses concitoyens. » 
En fait, un peu à la manière d'Howard Fast, Jay Williams interroge la notion de progrès à travers cette délégation extraterrestre censée apporter bienfaits et alliance. Nous sommes au final à l'antithèse de la nouvelle précédente.

On se souvient de l'avis, sans doute écrit par Dorémieux, sur l'évolution du style de Gérard Klein. En réalité, Le dernier moustique de l'été semble invoquer une forme plutôt ancienne chez l'auteur, la forme bradburyenne :
Est-ce en guise de coup de chapeau à ses années passées (aujourd'hui que sa manière a évolué) qu'il a décidé d'écrire ce conte symptomatique d'une mode datant d'hier ?
A bien y regarder, il s'agit plutôt du dernier été et non du dernier moustique dans cette nouvelle où, contrairement à l'indolence nostalgique d'un Bradbury, Klein nous dépeint ici la noirceur d'une inquiétude admise. On n'est cependant loin de notre éco-anxiété quant au réchauffement climatique, puisqu'il s'agit ici d'un refroidissement...

Avec L'ordre des choses, James Blish évoque ce curieux mélange d'intranquillité et de quotidien répétitif désabusé qui fut le lot de la Guerre Froide, et qui pourrait devenir le nôtre, tout en le contrastant avec des figures de mendiants roublards et faux aveugles menés par des chiens (dogs) et simulant leur foi envers dieu (god).

En voyage, Michel Ehrwein nous propose un nouveau récit dont l'ambiance est bien menée - le refuge imposé du voyageur de commerce - mais qui rend un son un peu creux (on aurait aimé qu'il s'y passe quelque chose).

A partir de la pratique de l'escalade (et les férus des rochers de Fontainebleau s'y retrouveront), Jean-Claude Passegand déploie Le fil d'Ariane en une allégorie initiatique... Mais une initiation à quoi ? La chute en est, comme le précise le texte de présentation, assez lovecraftienne.

La prophétie, de Mildred Clingerman, est un étrange récit, presque un conte, qui traite de la grande solitude de qui détient une prophétie et qui n'est pas en verve de la révéler.


Un peu comme ces lieux mystérieux qui n'apparaissent qu'à la faveur d'une impénétrable conjonction, il est de ces personnes ni fantômes ni rêves que nous savons destinées à n'habiter qu'un bonheur fugitif. Fernand François mêle dans Plat du jour son autofiction à une apparition de la sorte, qui cousinerait Jean Ray (malgré un style bien différent).

On se souvient de "Vocation de Reine" de Evelyn E. Smith (Fiction n°99) où les voyages dans le temps se font en incarnant quelqu'un du passé. Henri Damonti reprend pour lui ce stratagème narratif dans Le notaire et la conspiration, mais hormis un jeu de va et vient tourbillonnant, il ne pousse pas la proposition plus loin.


On connait Pierre Versins pour sa phénoménale "Encyclopédie de l'Utopie, des Voyages Extraordinares et de la Science-Fiction", parue en 1972. Nous assistons au fur et à mesure des annonces parues dans Fiction, à la création de cette phénoménale Encyclopédie, comme en témoigne cette parution du club que Versins fonda, le Club Futopia :


Souscriptions du Club Futopia
"Le Club Futopia met en souscription les deux premiers volumes de la Collection Denebienne, consacrée aux études conjecturales :
1) Régis Messac : « Esquisse d’une Chrono-Bibliographie des Utopies ; Avertissement de Ralph Messac ; 111 notes de Pierre Versins ».
Cet ouvrage qui comportera 80 pages ronéotypées au format 29,5 x 21 indique et commente plus de 550 utopies et romans de science-fiction de 1502 à 1940. Les 94 premiers exemplaires comprendront chacun une page du manuscrit original ; il sera tiré à petit nombre sur papier bleu, avec 10 % au plus d’exemplaires sur papier blanc toilé, plus 15 exemplaires H. C. réservés à Ralph Messac dont la générosité a permis cette édition." 

Connaissez-vous quelqu'un qui ait l'un de ces 94 premiers exemplaires, et donc une page du manuscrit original ??? Mazette !

12 février, 2025

Fiction n°098 – Janvier 1962

Une madeleine nous revient avec le nom d'Annick Béguin au sommaire de ce numéro, qui met surtout en avant le roman le plus connu de José Moselli, "La fin d'Illa", remarquable par sa singularité. Une rareté de Frederic Pohl (sur une ébauche de Cyril M. Kornbluth), d'autres de Pierre Versins ou André Pieyre de Mandiargues, ou du toujours appréciable Robert F. Young, justifient la lecture de ce numéro.

Ouvrez les vannes avec un clic droit.

Sommaire du Numéro 98 :


NOUVELLES

 

1 - José MOSELLI, La Fin d'Illa (1), pages 3 à 54, nouvelle

2 - Jay WILLIAMS, Compagnon de jeu (Somebody to Play With, 1961), pages 55 à 64, nouvelle, trad. Anne MERLIN *

3 - Cyril M.KORNBLUTH & Frederik POHL, Si les pensées tuaient… (The World of Myrion  Flowers, 1961), pages 65 à 70, nouvelle, trad. Elisabeth GILLE *

4 - Robert F. YOUNG, Idylle dans un parc à voitures d'occasion du XXIe siècle (Romance in a Twenty-First Century Used-Car Lot, 1960), pages 71 à 88, nouvelle, trad. Elisabeth GILLE *

5 - Jacques STERNBERG, Les Éphémères, pages 89 à 97, nouvelle

6 - Isaac ASIMOV, La Machine qui gagna la guerre (The Machine That Won the War, 1961), pages 98 à 103, nouvelle, trad. Elisabeth GILLE

7 - André PIEYRE de MANDIARGUES, Le Pain rouge, pages 104 à 111, nouvelle *

8 - Pierre VERSINS, Elles..., pages 112 à 115, nouvelle *

9 - Annick BEGUIN, Affaire de goût, pages 116 à 117, nouvelle * 

CHRONIQUES


10 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 119 à 138, critique(s)

11 - F. HODA, Une série qui s'essouffle, pages 139 à 139, article

12 - Damon KNIGHT, La Plume viportelle de Theodore STURGEON (The Vorpal Pen: Theodore Sturgeon, 1956), pages 140 à 142, article


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

La fin d'Illa bénéficie d'une présentation soignée par la rédaction de Fiction, avec par exemple la présence d'un fac-similé d'une de ses illustrations originales. Ce fait encore rare dans la revue mérite d'être notifié. Une note sur l'auteur, José Moselli, ainsi qu'une notice bibliographique précise poursuit la première partie de ce roman, avec des titres qui fleurent bon l'entre deux guerres, des intitulés qu'on prêterait à toutes sorte de romans d'aventures, avec un soupçon colonialiste du type "gare au péril jaune". Mais nous n'avons pas pour autant affaire à un récit vaguement nauséabond comme on pourrait le ressentir avec un Jean de La Hire. Les aspects les moins ragoûtants de la civilisation antédiluvienne décrite ici sont mis dans la bouche d'un protagoniste qui ne se présente pas lui-même comme sympathique ou humaniste. C'est un chef de guerre qui s'exprime, et l'on peut ressentir en creux le sarcastique de l'auteur qui n'hésite pas à rendre parfois assez détestable son narrateur.

Outre un prologue qui rappelle fortement l'épisode de l'île surgie des eaux dans "L'appel de Cthulhu" de H. P. Lovecraft, écrit la même année (1925), on y appréciera la force imaginative de ce récit, qui bien qu'un peu vieillot dans la forme, est riche en péripéties et constitue une belle allégorie d'un pouvoir tyrannique - comme celui qui allait frapper le monde 15 ans après sa rédaction.

Le discours de fond de Compagnon de jeu est on ne peut plus clair. En témoigne cet extrait :

« Il se peut que la vraie raison de ce qui est arrivé à notre planète réside dans l'écologie, » avait-il déclaré, plutôt tristement. « Vous comprenez bien, mes enfants, que je parle de la planète Terre, non de cette planète-ci. L'humanité est une force explosive. Quand elle est menacée, elle éclate dans toutes les directions. Au fur et à mesure que ses structures sociales devenaient plus complexe, il lui est devenu impossible de coexister avec les prédateurs – ces animaux de proie qui menaçaient son cheptel. Il lui fallut détruire ces bêtes de proie. Puis vint le tour de tout ce qui avait des dents pointues, suspectes par conséquent. Le coyote, par exemple, capable éventuellement de manger un mouton, devait être éliminé, bien que les écologistes eussent montré que le coyote valait son poids d'or pour les fermiers, parce qu'il aidait la nature à conserver son équilibre naturel en mangeant les souris qui auraient pullulé autrement. Bien, entendu, une fois les coyotes disparus, les souris se multiplièrent. Cela conduisit à mener de grandes campagnes pour l'empoisonnement des rongeurs avec un bon petit poison non sélectif nommé le 1080, pour lequel il n'existait pas d'antidote. Beaucoup de souris périrent, et aussi beaucoup d'oiseaux qui se nourrissaient de souris, et puis tous les animaux – chats ou chiens – qui mangèrent les souris empoisonnées, et puis le gibier qui s'était nourri d'appâts empoisonnés, et même quelques hommes qui avaient mangé de ce gibier.

» L'humanité créa ainsi autour d'elle des cercles mortels. La crainte, la haine, un désir psychopathique de sécurité – comme si la sécurité faisait le bonheur – firent naître autour d'elle des zones dévastées, toujours plus étendues. Et cela se produisit aussi entre un groupe d'hommes et un autre groupe. Que l'on aperçut des dents trop pointues, et l'on croyait ne pouvoir se défendre que par des campagnes de destruction, par des massacres de plus en plus importants, jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien. Tout ça, au nom de la sacro-sainte sécurité ! »

Ecologie et sécurité, ou quand la considération de l'une devient le problème de l'autre. Nous avons là une bonne nouvelle concise et éloquente de Jay Williams, avec une belle traduction de surcroît.

La ségrégation raciale toujours appliquée en 1962 dans la société américaine - rappelons le -  donne une toile de fond à Si les pensées tuaient…, nouvelle sarcastique, mais peut-être parfois un peu maladroite dans ses formulations - tant le second degré est délicat à manier en matière de racisme. Le texte de présentation n'y échappe pas non plus ("le problème social le plus grave des États-Unis : le problème noir."). Dans cette même présentation, on y apprend un détail d'importance sur les collaboration Cyril M. Kornbluth-Frederic Pohl : "À sa mort, le regretté C. M. Kornbluth avait en tiroirs plusieurs projets de nouvelles à écrire avec son ami et collaborateur Frederik Pohl. Celui-ci les a rédigées seul." Kornbluth aurait peut-être été plus fin dans sa prise de position, mais le texte demeure honnête, malgré tout. 

Dans un monde où aller à pieds revient à être nudiste, Robert F. Young professe le dépouillement mécanique et, comme à son habitude, le recours à la culture, à la littérature et à la poésie, avec cette Idylle dans un parc à voitures d'occasion du XXIe siècle. On y appréciera, par exemple, cette parodie automobile du Père Goriot :

" (Elle) s'efforça de concentrer son attention sur le film.

Celui-ci racontait l'histoire d'un fabricant de vermicelle à la retraite, nommé Goriot, qui habitait un garage meublé. Doté de deux filles ingrates, il adorait l'asphalte sur lequel elles roulaient et faisait tout ce qui était en son pouvoir pour les entretenir dans le luxe. Afin d'y parvenir, il se privait de tout, vivait dans la section la plus misérable du garage, s'habillait d'auto-vêts usagés, tout juste bons à jeter à la ferraille. Par contre, ses deux filles se prélassaient dans les établissements coûteux et portaient les plus beaux auto-vêts que l'on pût trouver. Le meublé abritait également un jeune étudiant en mécanique, nommé Rastignac, et le scénario décrivait ses efforts pour escalader les échelons supérieurs de la société moderne tout en amassant une fortune. Il commençait par extorquer à sa propre sœur une somme suffisante pour s'équiper d'une nouvelle Washington décapotable et, par l'intermédiaire d'un riche cousin, se faisait inviter à la soirée d'une débutante. Il y rencontrait l'une des filles du fabricant de vermicelle et…"

On se rappellera aussi de la nouvelle de Ray Bradbury : "L'arriéré" (in Fiction n°3), et l'on pourra réaliser, au passage (piéton), que l'accident de voiture (volontairement recherché) vu comme allégorie de l'acte sexuel sera un concept repris en 1973 par James George Ballard dans son impressionnant roman "Crash !".

Il ne suffit pas de savoir que l'on a atterri sur une planète-piège, quand on ignore de quel piège il s'agit. Dans Les éphémèresJacques Sternberg fait évoluer le thème de ces territoires de l'inquiétude en les observant non depuis l'espace qu'ils dessinent, mais depuis leur temps propre.

Petite récréation bien pensée dans la situation qu'elle développe, sous forme de dialogues comme les affectionne Isaac AsimovLa machine qui gagna la guerre se délecte de discréditer les supercalculateurs informatiques au bénéfice de l'intuition humaine et du hasard. Jouissif en ces temps où la technologie passe pour un argument de sagesse et d'exactitude.

Une visite sensuelle dans un pain qui semble être en train de cuire. Avec André Pieyre de MandiarguesLe pain rouge est ... gratuit.

Pierre Versins fait de l'idéal féminin rêvé par un homme une réalité métamorphe. Faudra-t-il l'accepter, ou… 

Elles... est une nouvelle courte et efficace, pour une fois fantastique, genre qui n'est pas commun chez cet auteur érudit et amoureux fou de science-fiction. On pourra rapprocher son sujet avec celui du roman "Lutte avec la nuit" de William Sloane, recensé dans ce même numéro.

Affaire de goût sera la seule incursion d'Annick Béguin en littérature (publiée). La nouvelle est stylisée, assez transparente, et augurait un style possible, dans une ligne proche de celle de Belen. Nous revenons plus loin dans notre article sur cette grande dame discrète.

Une autre grande personnalité des littératures de genre (et de la bande-dessinée) fait son incursion dans ce numéro de Fiction, en la personne de Francis Lacassin (1931-2008). Que dans le même numéro figure un appel à fonder un club de bande-dessinées, suite aux articles et aux suggestions des lecteurs des numéros précédents, n'est d'ailleurs et sans doute pas un hasard.
Car Lacassin fut le président du Club des Bandes-dessinées (CBD, ça ne s'invente pas !) fondé en mars 1962 (et annoncé officiellement dans le Fiction n°102). Il aida à réhabiliter ce genre, à le faire considérer comme 9ème art.
Autour de cet homme d'une immense culture populaire gravitent des personnalités telles qu'Alain Resnais, Georges Franju, Jean-Jacques Pauvert, Eric Losfeld, Christian Bourgois (pour lequel il dirigea la collection "Domaines étrangers" chez 10/18, où il fit paraître l'intégrale des écrits de Jack London). Plus récemment, on lui doit les Préfaces de l'édition en "Bouquins" chez Robert Laffont des trois volumes regroupant l'œuvre de H.P. Lovecraft. Bref : un grand monsieur qui aura souvent rendu d'inestimables services à des genres, des œuvres et des auteurs qui auraient pu sombrer dans l'oubli ou le dénigrement.

Rapportons pour conclure sur les appétissantes mignardises de ce numéro, le second texte critique de Damon Knight traduit par Pierre Versins : La plume viportelle de Theodore Sturgeon, dont nous faisons pour cette occasion le corps de texte de notre page dédiée à cet auteur à la démarche incomparable.

Revenons à Annick Béguin. Au détour d'une émission des frères Igor et Grichka Bogdanoff - "Temps X" comme l'auront deviné les plus anciens d'entre nous - il fut question d'un Prix décerné par une librairie spécialisée en SF, la Librairie Cosmos 2000, sise au 17, rue de l'Arc de Triomphe, dans le 17ème arrondissement de Paris. Une librairie toute entière dédiée à notre genre de prédilection, autant dire un Temple !

Je dois bien avouer que mes (presque) premiers ouvrages des littératures de l'imaginaire qui font aujourd'hui encore la fierté de ma bibliothèque personnelle y ont été achetés. Nous avions, mon frère cadet et moi, coutume de nous y rendre une triplette de fois par an, accompagnés par une mère dévouée à notre émancipation culturelle, pour y faire le plein et y crever les bas de laine hérités de Noël ou des anniversaires.

J'y ai acheté, comme en rêve, mes Stefan Wul, sous l'œil attendri et surpris de Mme Béguin (je touchais mes 11 ans du bout des doigts…), mes recueil d'illustration de Fred, et plus tard mes Spinrad (que j'eus l'occasion de rencontrer furtivement là-bas en compagnie de Gérard Klein).

Annick Béguin était toujours enthousiaste à l'idée de rencontrer et conseiller sans forcer les jeunes lecteurs que nous étions. En notre qualité de clients réguliers, nous étions même conviés à voter pour le Prix Cosmos 2000, et invités annuellement à la remise dudit Prix. Nous étions hélas encore trop jeunes pour nous rendre seuls à Paris en soirées…

Un jour de 1997, l'âge m'ayant rendu plus autonome dans mes transports, j'eus la désagréable surprise de trouver porte définitivement close. Dû à son caractère sacré de Temple de la SF, il me fut impossible de me figurer que sa grande prêtresse était partie pour des galaxies plus métaphysiques. Aujourd'hui encore, son accueil plus qu'aimable, son sourire éclairé par les dents du bonheur, sa discrétion comme sa ténacité, restent en filigrane inscrits dans mon amour pour les littératures de l'imaginaire.

En observant comme un témoin d'un temps passé mon exemplaire papier du numéro 98 de Fiction, acquis bien plus tard, me vient le désir de voyager un tout petit peu dans le temps, et revenir visiter Madame Béguin pour le lui faire dédicacer…

La revue Galaxies lui rendit hommage dans son numéro 7 paru lors de l'hiver 1997-1998. Nous reproduisons ici l'article en question :

Hommage à Annick Béguin (1927-1997)

Annick BEGUIN

Depuis l’apparition de la science-fiction dans notre pays, il a toujours existé des librairies spécialisées qui servaient de lieu de ralliement, de forum aux écrivains et aux amateurs du genre. La Balance et L’Atome dans le Paris des années 50, puis plus tard Temps futurs de Stan Barets et, à Toulouse, la librairie Ailleurs de Cathy Martin.


Entre 1981 et 1996, la librairie Cosmos 2000 a brillamment repris le flambeau. Annick Béguin, sa créatrice et animatrice, ne se contentait pas en effet de vendre des livres, mais elle entretenait avec ses clients des relations privilégiées, les guidant dans leurs choix, se passionnant avec eux pour les auteurs qu’elle découvrait – elle lisait tous les livres qui arrivaient sur ses rayons –, et prolongeant son activité en créant un prix littéraire, le Prix Cosmos 2000. Jurée du Prix Julia Verlanger et du Grand Prix de l’Imaginaire, elle était attentive à l’avis des lecteurs et veillait à rappeler aux spécialistes que le goût des acheteurs n’était pas toujours celui des critiques.


Sa passion pour la SF n’était pas neuve, et elle s’était même essayée à l’écriture, publiant dans Fiction une nouvelle intitulée Affaire de goût. Représentante en édition, elle avait créé sa librairie alors que la science-fiction traversait une période difficile, et elle faisait preuve d’un véritable acharnement pour défendre notre genre d’élection. Outre la remise du Prix Cosmos 2000, elle organisait souvent des séances de dédicace, ce qui contribuait à rapprocher les écrivains de leur public, à souder la communauté de la SF française. Bernard Simonnay, Stefan Wul, Norman Spinrad, Scott Baker étaient des habitués de ces fêtes, car c’est bien le mot qui convient pour les qualifier.


Un jour, elle vit entrer dans sa librairie un homme plutôt grand et affable, qui explora ses rayons et en ramena une pile de livres d’Orson Scott Card. Comme cet écrivain était l’un de ses préférés, elle félicita aussitôt son client et lui fit l’éloge de l’auteur de La Stratégie Ender. « Excusez-moi, lui dit-il dans un français hésitant, mais Orson Scott Card, c’est moi. » Il souhaitait se procurer des exemplaires de ses livres traduits en français et avait entendu parler de sa librairie. Sans doute Annick a-t-elle connu ce jour-là une de ses plus grandes joies de libraire.


La librairie Cosmos 2000 a fermé ses portes fin 1996. Les clients étaient toujours là, malgré la concurrence d’une grande surface du livre toute proche, mais Annick Béguin estimait avoir droit à un peu de repos. Ce qui ne l’a pas empêchée de devenir présidente de l’association Présence d’Esprits, une activité grâce à laquelle elle restait proche de ceux qu’elle avait toujours défendus : les lecteurs.


Elle s’est éteinte le 24 octobre 1997, des suites d’un cancer.


À son époux et à ses enfants, la rédaction de Galaxies adresse ses plus sincères condoléances.


Stéphane Nicot & Jean-Daniel Brèque 

Remerciements à Yvonne Maillard & Aline Béguin.

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