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05 août, 2026

Fiction n°147 – Février 1966

Après Daniel Walther en décembre 1965, c'est au tour d'un nouvel auteur, considérable par son influence sur le "petit" monde de la science-fiction française, de faire son entrée dans les pages de Fiction : Jean-Pierre Fontana - une entrée toutefois discrète par le banc d'essai, et sous un pseudonyme. Et sans la présence d'un texte conséquent pour occuper la moitié des pages, c'est une myriade de nouvelles bien concises qui nous est proposée ici, presque toutes restées sans publications ultérieures.


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Sommaire du Numéro 147 :


1 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 8 à 8, bibliographie


NOUVELLES


2 - Gordon R. DICKSON, Fido (Fido, 1957), pages 9 à 27, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH *

3 - Dean MacLAUGHLIN, Le Retour des pionniers (One Hundred Days from Home, 1964), pages 28 à 45, nouvelle, trad. Claude CARME *

4 - Jack SHARKEY, Escale sur la Glorieuse (The Glorious fourth, 1965), pages 46 à 63, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE *

5 - Ron GOULART, Les Vivres coupés (Nobody Starves, 1964), pages 64 à 77, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

6 - Fredric BROWN, Petite musique de nuit (Eine kleine Nachtmusik, 1965), pages 78 à 94, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE

7 - Thomas OWEN, Le Chasseur, pages 95 à 97, nouvelle

8 - Russell KIRK, Le Pays des souches (Behind the stumps, 1962), pages 98 à 115, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

9 - Edgar PANGBORN, La Voglebête (Wogglebeast, 1965), pages 116 à 125, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

10 - Guy SCOVEL, Meurtre : facteur infini, pages 126 à 127, nouvelle *

11 - Sophie DARIA, La Révolte des femmes, pages 127 à 130, nouvelle *

12 - Colette DRION, Rossalid, pages 130 à 132, nouvelle *

13 - Gabriel DEBLANDER, Les Murs, pages 132 à 134, nouvelle *

CHRONIQUES


14 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 136 à 145, critique(s)

15 - Bertrand TAVERNIER, Faites vous-même votre scénario, pages 146 à 147, article

16 - COLLECTIF, L'Argus du Film étranger, pages 148 à 149, article

17 - Roland STRAGLIATI, Notes de lecture, pages 150 à 152, critique(s)

18 - (non mentionné) , En bref, pages 153 à 153, article

19 - Anne TRONCHE, Revue des arts, pages 154 à 156, critique(s)

20 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 157 à 158, courrier

21 - Gérard KLEIN, Chronique Théâtrale : L'Esclave de LeRoi Jones, pages 158 à 159, critique(s)

* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Trois histoires de navigateurs de l'espace pour commencer. Comme le rappelle la rédaction en présentant la nouvelle de Dean MacLaughlin : " À présent que le vol spatial est devenu une réalité, on pourrait s'attendre à voir augmenter le nombre d'histoires qui en traitent. Mais ce serait méconnaître la vocation foncière de la science-fiction, qui est de toujours dépasser l'actuel. C'est pourquoi, au contraire, l'utilisation de ce thème va en diminuant. Et pourtant, il y a encore des choses intéressantes et émouvantes à dire à ce propos ". On repensera en effet à la Visite à la NASA de Pierre Strinati dans le numéro précédent. Les trois premières nouvelles de ce numéro en sont le pendant.

Dans FIDOGordon R. Dickson prolonge les péril d'une planète piège en imaginant un virus d'intelligence qui s'attaque à un équipage d'astrogateurs sur le chemin du retour. Cela commence avec un chat qui se met à parler… Bien menée jusqu'à une conclusion logique mais surprenante.


"N'importe qui pourrait aller dans l'espace." Voilà la problématique à laquelle est exposé cet autre équipage d'astronautes, de retour de la première expédition sur Mars. Durant les deux ans qu'a duré leur voyage, les vols spatiaux ont bénéficié de progrès gigantesques, mettant les distances interplanétaires à la portée de presque n'importe qui. Frappés d'obsolescence avant même la fin de leur mission, ces astronautes accepteront-ils d'être rapatriés sous de nouvelles conditions techniques ? C'est l'enjeu qui concerne Le retour des pionniers de Dean MacLaughlin, auteur dont le n°292 de Fiction (juillet-août 1978) dira : " Dean McLaughlin a fait ses débuts dans Astounding en juillet 1951 avec une nouvelle intitulée For those who follow after. Diplômé en littérature de l’Université du Michigan, mais passionné par tout ce qui touche à la science depuis son plus jeune âge, il n’écrit que de la science-fiction. McLaughlin est aujourd’hui libraire, ce qui lui laisse assez peu de temps pour écrire, hélas, mais il passe pour un homme d’une culture phénoménale pouvant parler en connaisseur de pratiquement n’importe quel sujet avec n’importe qui… ".

" des armes (…) consistaient en pistolets dont la technologie terrienne avait modifié le rayon laser classique pour en faire une mortelle épée dévastatrice, véritable arme absolue. Avec un seul de ces engins un homme isolé pouvait pourfendre, abattre et même décapiter une horde d'assaillants ennemis en quelques secondes. "
Jack Sharkey invente l'épée laser ! Dans Escale sur la Glorieuse, un troisième équipage, un peu plus réduit celui-ci, se destine lui aussi à revenir sur Terre après un séjour sur Vega IV ; à moins qu'il ne se décide à y rester, tant l'endroit semble paradisiaque. Jack Sharkey, très habile pour individuer ses protagonistes, nous propose lui aussi sa vision d'une planète piège.

Sans transition : la mécanisation des services de recherche d'emploi, et de ceux destinés aux minima sociaux, est censée les rendre infaillibles. Tous les habitués de ces services le savent : des complications peuvent survenir à tout moment, et les chaînes de conséquences fâcheuses durer au-delà du supportable. Il n'y a pas là d'injustice, car il n'y a pas de volonté propre, ni de juge humain, derrière cela, mais un simple dysfonctionnement peut bouleverser des destins déjà précaires. Voilà ce que Ron Goulart nous décrit dans Les vivres coupés - et malgré le rire provoqué par l'absurde, et par des androïdes servant leçons de morale et soupe populaire, il ne s'agit malheureusement pas de science-fiction. "Nul n'est affamé", son titre original, est bien la promesse difficilement tenue d'un état qui se veut protecteur ; et la faim de devenir le salaire de la marginalisation. Mais puisque la machine est infaillible, les marginaux doivent bien avoir mérité leur sort quelque part, n'est-ce pas ? Grinçant.


Avant-dernière parution du formidable Fredric Brown (dont la revue a souvent regretté qu'il délaissât la nouvelle pour le roman), et très bien construite comme cet auteur sait toujours le faire, Petite musique de nuit a le ton étonnant d'une nouvelle de Jean Ray, avec ses rues et ses maisons abandonnées et le parfum de soufre qui les accompagne. Jubilatoire.


Thomas Owen propose Le chasseur : une inversion des rôles de la proie et du chasseur dans une histoire de vampire courte et sans prétention.


On en dévoilerait presque trop si l'on comparait Le pays des souches avec L'abomination de Dunwich de H. P. Lovecraft. Même ambiance de coins reculés de Nouvelle Angleterre, même genre de famille encore plus isolée, et un agent de recrutement fédéral tenace et pragmatique pour pousser les portes interdites. L'épouvante y monte marche après marche vers un abrupt paroxysme signé Russell Kirk.


Bien construite, La Voglebête se rattache aux légendes du petit peuple, qui parfois s'empare des nourrissons. La confrontation avec le monde moderne et la morne vie de monsieur et madame tout-le-monde en fait une allégorie du désir, voire d'une amère mélancolie, comme souvent et toujours de façon appréciable chez Edgar Pangborn.


Un autre nouvel auteur publié ici en banc d'essai, mais qui comptera immanquablement dans le rayonnement de la SF française, et au sein des revues Fiction et Galaxie : Jean-Pierre Fontana, ici sous le pseudonyme de Guy Scovel. En 1966, Jean-Pierre Fontana est l'initiateur du fanzine Mercury ; il s'occupera plus tard du Festival de la Science-Fiction de Clermont-Ferrand (ses pénates), puis de la Convention nationale de la Science-fiction. On lui doit une intense participation à l'actuelle revue Galaxies. Pour les revues qui nous intéressent, il y publiera plusieurs articles et critiques à partir de 1970, et sera l'anthologiste du Fiction Spécial n°30 : Demain l'Italie (mai 1979).
En attendant… Meurtre : facteur infini pousse sans surprise et à son extrême le paradoxe du Voyageur imprudent déjà formulé par René Barjavel.


Sophie Daria, autrice d'un ouvrage sur Le Corbusier (Seghers, 1956), et d'un roman intitulé Adieu Docteur Petersen (Amiot-Dumont, 1956), déploie La révolte des femmes, et imagine un tournant social : celui du jour où les machines prennent (enfin !) le relai de toutes les tâches ménagères et offre une liberté totale aux femmes au foyer. Si l'enjeu est bien la femme libérée, Sophie Daria s'imagine, naïvement aussi, que ces femmes n'ont ni aspirations, ni désirs, ni imagination pour combler leur temps devenu loisir. Une victoire à la Pyrrhus, pourrait-on dire ; et l'époque allait encore signifiant qu'il y avait une place, et une seule, pour les femmes…


Rossalid, de l'inconnue Colette Drion, est une petite histoire conventionnelle de marche fatale vers un destin.



Gabriel Deblander, par contre, connaîtra une petite renommée d'écrivain en Belgique et y sera salué par une bonne poignée de Prix Littéraires. Ce sera d'ailleurs Jean-Pierre Fontana (encore lui) qui le publiera le premier dans son fanzine Mercury (n°1-2, janvier 1965), avec Les murs, la nouvelle ici présentée. Et dans un autre célèbre fanzine, Lunatique (n°58, novembre 1970), on pourra lire à son propos : " Il aime la science-fiction française quand elle a une certaine tenue (comme dans Fiction). Il la préfère alors aux productions anglo-saxonnes. C'est, croit-il, essentiellement une question d'approche. " Nous avons Jean-Pierre Andrevon, Philippe Curval, Gérard Klein, Guy Scovel, Daniel Walther..., et j'en oublie certainement, " dit-il.".
Les murs est une histoire stylisée, un peu énigmatique, pétrie d'angoisse à la mort. On en attend de plus conséquentes sur les promesses de celle-ci.



A l'occasion de la réédition de La cité de l'indicible peur de Jean Ray chez Marabout (qui poursuit son grand travail de réédition du maître gantois au format poche), c'est Francis Lacassin lui-même qui en fournit la recension, et nous éclaire sur le cas particulier de ce roman et sa filiation avec l'ensemble des aventures de Harry Dickson.

" (...) La cité de l'indicible peur a pour intérêt majeur de rassembler les thèmes, les décors, les archétypes et les obsessions qui font tout le charme de l'œuvre méconnue de Jean Ray œuvre contenue dans une centaine de brochures dont le héros, Harry Dickson, se meut dans un univers situé entre l'Olympique et le 221 B Baker Street. Ces cent brochures constituent autant d'esquisses ou d'arpèges de l'œuvre accessible de Jean Ray. (Peut-être s'apercevra-t-on que certaines esquisses s'affirment plus belles encore que l'œuvre achevée.)
Ainsi la mercerie et son déploiement de rubans, d'épingles, de chapeaux et de bonbons au miel, moderne caverne d'Ali Baba sur laquelle règnent de fausses vieilles filles aux instincts criminels, elle est apparue d'abord dans Le jardin des furies et Les yeux de la lune. La petite ville, la communauté paisible et respectable dont le calme est aussi trompeur que celui des eaux dormantes, Jean Ray les a déjà peintes dans Ce paradis de Flower Dale, Le monstre dans la neige, La statue assassinée, L'homme au masque d'argent, Les sept villas
Quant aux personnages de La cité de l'indicible peur, M. Triggs s'est d'abord manifesté aux côtés de Harry Dickson dans Les idées de M. Triggs, et l'archiviste libertin et faux monnayeur ne sont pas sans ressemblance avec son confrère des Yeux de la lune. Quant aux vieilles filles meurtrières, leur première apparition s'est produite dans La cité de l'étrange peur qui, en dépit de son titre, est d'un sujet différent de La cité de l'indicible peur mais qui lui a prêté quelques personnages : Lady Honnybingle (prénommée Florence dans la première version) et déjà favorisée d'un fauteuil de velours rouge.
Si l'on doutait de la dette que ce roman doit à l'épopée de Harry Dickson, il suffirait de comparer quelques textes. La scène du dîner offert par les sœurs Pumpkins à MM Dopner et Triggs a été reprise mot pour mot dans La cité de l'étrange peur. On y retrouve la même servante Molly, le même menu (augmenté il est vrai d'un pâté de pigeon) et les mêmes convives (moins M Triggs) portant les mêmes noms. Seul un échange d'état civil s'est produit entre l'hôtesse, Deborah Hasslop, et une invitée, Miss Pumpkins. Enfin l'aventure de l'Ombre de minuit quarante-cinq a été reprise mot pour mot, ici encore, dans une aventure de Harry Dickson de même titre, au nom du célèbre détective a été substitué celui de Maple Repington.
On le voit, La cité de l'indicible peur s'avère féconde en exégèses. La nouvelle édition qu'en offre la collection Marabout possède un attrait supplémentaire en la postface de Jacques van Herp, à qui nous devons la meilleure étude de l'œuvre de Jean Ray et d'autres articles sur lui dans le numéro spécial de Fiction qui lui était consacré . On ne peut lire sans émotion ce texte de van Herp, car l'auteur, cédant la parole à Jean Ray, reproduit des confidences enregistrées au magnétophone peu avant sa disparition. Jusqu'ici peu loquace sur lui-même, Ray nous conte son enfance, ses fugues, son passé peu connu de dompteur de fauves, l'histoire de sa grand-mère, une indienne Sioux. Et comme si le sort avait voulu ménager la pudeur du vieil écrivain, ces révélations intimes nous parviennent maintenant qu'il est mort.

Francis LACASSIN.


Cette postface, document précieux s'il en est puisqu'il reprend les propres dires du maître gantois, est repris à la fin de notre page dédiée à Jean Ray, et c'est ICI.

22 novembre, 2023

Fiction n°052 – Mars 1958

Quelques découvertes anglo-saxonnes au milieu d’un très bon niveau de SF française, dans un jeu de cache-cache aux pseudonymes, pour ce numéro du Printemps 1958.

 

Un clic droit et ça fuse ! 

Sommaire du Numéro 52 :


NOUVELLES

 

1 - Yves GANDON, Vie et métamorphoses de Peter Finch, pages 3 à 28, nouvelle

2 - Alan NELSON, Avec des gants... (The shopdropper, 1955), pages 29 à 38, nouvelle, trad. Roger DURAND

3 - Daniel MEAUROIX, La Nuit du Vert-Galant, pages 39 à 43, nouvelle

4 - Jane ROBERTS, Le Temple (The canvas pyramid, 1957), pages 44 à 54, nouvelle, trad. Evelyne GEORGES *

5 - Arthur C. CLARKE, Les Idées dangereuses (Security Check / The Intruders, 1956), pages 55 à 58, nouvelle, trad. Eve DESSARRE

6 - Poul ANDERSON, Un travail de romain ! (Survival Technique, 1957), pages 59 à 73, nouvelle, trad. Roger DURAND

7 - Christopher WOOD, La Proie (Mrs. Dalrymple's cat, 1953), pages 74 à 80, nouvelle, trad. Evelyne GEORGES *

8 - Fredric BROWN, Un homme d'expédition (Expedition, 1957), pages 81 à 82, nouvelle, trad. Roger DURAND

9 - François PAGERY, Le Cavalier au centipède, pages 83 à 104, nouvelle

10 - Mildred CLINGERMAN, Le Rêve (First lesson, 1956), pages 105 à 114, nouvelle, trad. Janine VILLARS *

 

CHRONIQUES


11 - Jacques VAN HERP, Abraham Merritt ou le voyage au pays des dieux, pages 118 à 122, article

12 - René-Marill ALBERES & Jean-Jacques BRIDENNE, A propos d'un article de "Combat" : La Science-Fiction est elle une littérature stéréotypée ?, pages 125 à 125, article

13 - Jacques BERGIER & Alain DORÉMIEUX & Gérard KLEIN & Igor B. MASLOWSKI, Ici, on désintègre !, pages 127 à 133, critique(s)

14 - (non mentionné), Un nouveau prix de Science Fiction, pages 135 à 135, article

15 - F. HODA, Films mineurs, pages 136 à 137, article

16 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 139 à 141, article

 

* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

 

 

Vie et métamorphoses de Peter Finch, par Yves Gandon, pourrait être du Maurice Renard, si ce n'était que le but visé n'est que de décrire de l'intérieur les sensations du règne du vivant. Les applications maléfiques du transfert de conscience seront, elles, laissées aux bons soins du Docteur Lerne.

On retrouve avec plaisir le Dr Departure de la nouvelle "Narapoia" (Fiction n°38) dans Avec des gants..., par Alan Nelson, dans une boutade légère et sans prétention.

Caché sous l’anagramme de Daniel MEAUROIX, Alain Dorémieux joue à pasticher Jean-Louis Bouquet, dans La nuit du Vert-Galant, pour un résultat très en deçà cependant, moins travaillé même que ses autres nouvelles publiées jusqu'alors. Est-ce la raison du pseudonyme ?

Le temple, par Jane Roberts, est un conte qui pourrait rappeler le « Nyarlathotep » de Lovecraft. Mais ici, la morale en est bien chrétienne, en ramenant les tartuffes à leur rang. Intéressant style, cependant.

Dans Les idées dangereuses, Arthur C. Clarke, toujours à son aise dans la concision, évoque les Men in black chers à ce sacré Jimmy. Jubilatoire !

Formes variées pour Un travail de romain !, nouvelle plutôt humoristique – où l’on retrouve un Poul Anderson étonnant et toujours bon novelliste. La loi d'équivalence (que reprendra William Tenn dans « Winthrop aimait trop le XXVème Siècle », in Galaxie n°50) permet de varier la situation classique du voyage dans le temps : ce sont ici ceux du passé qui voyagent dans notre "présent".

On se rappelle de la nouvelle « Le sourire du sphinx » de William Temple (dans l’anthologie « Escale dans l'infini »).  La proie, par Christopher Wood, jouit d’une belle construction et parlera à tous ceux qui sont persuadés que les chats occupent la véritable place de maîtres de ce monde.

On ne pourra qu'apprécier Un homme d'expédition, bonne blague à double détente de Fredric Brown, toujours aussi virtuose dans les formes ultra courte.

François Pagery a déjà traduit pour le Fiction n°46 la nouvelle de McIntosh « Des hommes et des loups ». Il s'agit en réalité d'un pseudonyme collectif utilisé par Patrice Rondard, Gérard Klein et Richard Chomet, qui sont de l'équipe de la revue Satellite. Ici, c’est Gérard Klein seul qui signe Le cavalier au centipède, très belle nouvelles riche en réflexions sur l'héroïsme, les valeurs qui s'y rattachent, les progrès et ceux qui les déclenchent. De très belles descriptions aussi, et une vie extraterrestre riche en imagination.

Le rêve, par Mildred Clingerman, ou : quand la foi devient un ensemble de rituels magiques abscons. Une nouvelle fantastique assez bien ficelée sur ce qui échappe à l'entendement.

08 novembre, 2023

Galaxie (1ère série) n°050 – Janvier 1958

Un festival d'auteurs de premier ordre pour ce premier Galaxie de l'année 1958, avec des nouvelles pour la plupart jamais reprises ailleurs - "Vive l'aventure !" de Robert Sheckley en tête.

Clic droit sur la Lune ! Roger !

Sommaire du Numéro 50 :


1 - Raymond E. BANKS, Bohémiens de l'espace (Payload, 1957), pages 3 à 18, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Wallace (Wally) WOOD

2 - Robert ABERNATHY, Les Révoltés (One of Them?, 1956), pages 19 à 27, nouvelle, trad. (non mentionné)

3 - Daniel F. GALOUYE, « Prenez, je vous en prie !... » (If Money, 1957), pages 28 à 46, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Peter BOWMAN *

4 - COLLECTIF, Votre courrier, pages 47 à 48, courrier

5 - Gordon Rupert DICKSON, D'un danger à un pire... (Robots Are Nice?, 1957), pages 49 à 58, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Dick FRANCIS *

6 - Albert FERLIN, Un commando de Mars, pages 59 à 73, nouvelle *

7 - Robert SHECKLEY, Vive l'aventure ! (Morning After, 1957), pages 74 à 97, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Peter BOWMAN *

8 - Cyril M. KORNBLUTH & Frederik POHL, La Tribu des loups (2ème partie) (Wolfbane, 1957), pages 98 à 115, roman, trad. (non mentionné), illustré par Wallace (Wally) WOOD

9 - William TENN, Winthrop aimait trop le XXVe siècle (Winthrop Was Stubborn / Time Waits for Winthrop, 1957), pages 116 à 131, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Virgil FINLAY *

10 - Fredric BROWN, Le Dernier Martien (The Last Martian, 1950), pages 133 à 136, nouvelle, trad. (non mentionné)

11 - Jimmy GUIEU, Les Soucoupes volantes, pages 137 à 138, chronique

12 - Jacques SADOUL, Le Vieillard de nos rêves, pages 139 à 143, nouvelle *

13 - (non mentionné), Saviez-vous que…, pages 144 à 144, notes


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

Bohémiens de l’espace est une nouvelle de Raymond E. Banks malheureusement sans trop d'intérêt, où la SF n'est qu’un décor ; la dure loi des affaires gouverne le récit sans vraiment d'imagination.

Il n’en est pas de même pour Les révoltés : Robert Abernathy y entretient sciemment la confusion entre androïde et être vivant de synthèse, comme pour insister sur l'aspect mécanique de la fabrication du vivant. Bien entendu, on sent qu’il y manque quelque chose ; sans doute Abernathy qualifierait-il d'âme cette part sensible qui échappe à l'ingénierie - comme l'atteste une très pertinente référence au livre de Job – mais plutôt que de verser dans un catéchisme, il nous laisse plus subtilement entendre que cette part d'humanité consiste finalement à donner une histoire à l'individu, à l’individuer par sa « fiction » personnelle.

Comment considérer la colonisation d'un monde où tout est offert jusqu'à l'absurde ? Avec Prenez, je vous en prie !.., Daniel F. Galouye reprend à son compte le style Sheckley : humoristique, rusé, et déroutant pour ses protagonistes jusqu’à l’effarement.

Dans le roman "Erewhon" (1872), Samuel Butler imaginait déjà un mouvement humain massif de révolte contre les machines. Frank Herbert en reprendra la moelle pour adjoindre un "djihad butlérien" au contexte galactique de "Dune". Nous en avons ici, avec D'un danger à un pire, par Gordon R. Dickson, une vision un peu candide, certes, mais qui pourrait en effet advenir si le sentiment d'indépendance humaine tendait à être étouffé. N'est-ce pas ?

Depuis plus de quatre ans, combien en ai-je lu de ces entrefilets : « Les habitants de… ont aperçu vers minuit moins le quart une lueur se déplaçant au-dessus de l’horizon, à très grande vitesse. Étant donné le lieu d’apparition et le sens de déplacement du mobile, il ne pouvait s’agir d’un aérolithe…» etc…

De plus, toute une littérature s’est construite sur le sujet, et les gens s’y complaisent.

— Qu’est-ce que cela peut bien vous faire ? disait Torrie.

Évidemment ! Les gens ont le droit d’écrire des bouquins stupides, que d’autres ont le droit de lire.

Un philosophe n’a-t-il pas dit, au surplus, que cette histoire de soucoupes volantes était nécessaire pour remplacer les vieilles légendes impuissantes, de nos jours, à contenir l’angoisse métaphysique qui nous étreint. Tous les moyens sont bons pour y échapper : le whisky pour les uns ; pour d’autres, les histoires idiotes…

Outre ce sacré clin d'oeil à ce sacré Jimmy (qui fait l’incipit de la nouvelle) - et tout en évoquant au passage un texte remarquable de Roland Barthes (publié dans sa rubrique "Petite mythologie du mois" dans les Lettres Nouvelles) - Albert Ferlin, déjà remarqué dans le Galaxie n°46, nous propose dans le jubilatoire Un commando de Mars le récit d’une résistance à l'envahisseur, avec des cotés "hard science" fort intéressants.

 « À quoi bon travailler quand il suffit de voter pour assurer sa subsistance ? ». Voilà le point de départ, vite dépassé, de Vive l’aventure ! On pensera ensuite et sans doute à « Planète à gogos » de Pohl et Kornbluth, mais ici, Robert Sheckley brouille les lignes comme pour passer allègrement d'un thème à l'autre, avec un foisonnement de situations qu’un écrivaillon aurait délayé sans scrupule en romans.

A propos de Frederik Pohl et Cyril M. Kornbluth, la seconde partie de La tribu des loups va beaucoup trop vite en péripéties - là où tout un contexte social et galactique avait été soigneusement élaboré dans la première. En réalité, le roman initial a été sévèrement mutilé – « Galaxie » sera longtemps critiquée pour avoir abusé de ces pratiques éditoriales.

Des lois d'équivalence pour les voyages temporels : William Tenn emprunte à Poul Anderson (voir  Fiction n° 52) ce pré requis tout à fait plausible, dont il donne dans Winthrop aimait trop le XXVe Siècle un exemple a contrario. Il y a là de quoi développer toute une série de nouvelles, à l'instar des "Robots" d'Asimov.

Toujours concis, Fredric Brown joue avec brio dans Le dernier martien sur les représentations et les ficelles implicites du récit. Son histoire rappelle aussi celle de Louis-Auguste Cyparis, l'unique survivant de l'éruption de la Montagne Pelée en 1902.

 (…) il existe en France des milliers de personnes qui, sur la base des faits, croient aux S.V., et qui espèrent que des êtres venus d’autres planètes – peut-être d’autres systèmes solaires – ne surveillent point notre Terre pour l’asservir, mais pour la faire accéder à une civilisation supérieure, faite de plus de sagesse et de plus de bonté.

Ce sacré Jimmy (Guieu) n'imagine rien tant qu'une politique de colonisation extraterrestre en donnant foi à d'hypothétiques arguments civilisateurs (où seuls les naïfs donneraient dans le panneau). Quand on se souvient de son passé de maquisard dans les réseaux de la Résistance, on lui accordera l'excuse d'avoir un peu vieilli...

Jacques Sadoul, qui deviendra plus tard Monsieur « J’ai Lu », mais ici tout jeune encore, pétrit son récit Le vieillard de nos rêves tout en mépris pour la suprématie de la tekné, mais avec des mains par trop molles. Là où l'on aurait aimé un peu de cruauté façon Leiber, Sadoul conclut sur une farce un peu mièvre. On reparlera de l’éditeur, de l’anthologiste, du critique, on oubliera l’auteur…


La rubrique « Saviez-vous que… » nous livre encore ses petites perles de candeur des années 50.

…SAVIEZ-VOUS QUE … aucune conversation secrète n’échappe aux micros électroniques ?

IL existe plusieurs sortes de ces appareils ultra-sensibles, dont l’usage commence à se répandre en Californie d’une façon fort préjudiciable aux confidences.

Le plus étonnant de tous est le « fusil microphonique ». Il suffit de le pointer dans la direction voulue pour entendre des conversations, même à voix basse, tenues à plusieurs centaines de mètres. La seule protection contre cette oreille indiscrète est de fermer soigneusement les fenêtres.

Mais il est d’autres « espions » qui s’introduisent à domicile et ne sont pas toujours faciles à déceler sans recherches approfondies. Ainsi, l’enregistreur de poche, qui peut tenir dans une serviette et recueillir une audition de cinq heures sur bande magnétique… ou le micro sans fil, muni d’un appareil émetteur, et plus minuscule encore, puisqu’il se dissimule dans un paquet de cigarettes. Par ce dernier système, il est possible de capter des paroles prononcées à voix basse dans une pièce de dimensions moyennes et de les retransmettre par radio à un poste d’écoute distant de plusieurs centaines de mètres.

D’ores et déjà, les micro-électroniques seraient utilisés par plusieurs grandes sociétés pour surprendre les entretiens privés entre les membres de leur personnel. Certains commerçants s’en serviraient pour connaître les impressions échangées par leurs acheteurs éventuels et prévenir ainsi leurs objections.

Les auteurs gais trouveront peut-être là une mine de gags, mais n’y a-t-il pas aussi de quoi vouer le monde entier au mutisme ?…

Quid de l’espionnage ? Qui n’y avait pas pensé ?... "Gag à l'Ambassade" !


Dans la série « Alors là, mon cher, vous êtes en pleine science-fiction !»

…SAVIEZ-VOUS QUE… les Américains avaient inventé la publicité odorante ?

LE premier exemple de ce nouveau procédé de vente est un numéro de septembre du New York Post sur lequel s’étale une boite de fraises rutilantes… dont l’alléchant parfum, reproduit chimiquement, envahit les narines du lecteur.

D’autre part, on annonce que les rues new yorkaises seront bientôt embaumées par des pneus imprégnés d’essence de pins ; que l’encre prendra l’arôme de certains fruits, tandis que les robustes relents des engrais se « travestiront », à la campagne, en un frais parfum de menthe.

Dans un autre registre, la même rubrique nous rappelle que les principes de datation au Carbone 14 ne sont pas si vieux :

…SAVIEZ-VOUS QUE…

 

…la détection du radiocarbone dans la nature était une source précieuse de découvertes archéologiques ?

 

LES recherches se basent sur le fait que le radiocarbone, ou C 14, est uniformément réparti dans le monde, et que sa production est toujours égale depuis des millénaires. Si bien que toute substance organique renferme, mêlée aux carbones 12 et 13 stables qui la constituent, une certaine proportion de ce carbone 14 radio-actif qui se désintègre très lentement pour se transformer en azote 14.

Si l’on sait que la « période » du radiocarbone, c’est-à-dire le temps qu’il met pour se détruire de moitié, est de 5.600 ans environ, et que le C 14 contenu dans un gramme de matière organique fraîche donne environ seize chocs à la minute au compteur de radiations atomiques, il est aisé de calculer l’âge de tout vestige animal ou végétal. 

Bien entendu, de telles détections nécessitent un appareillage extrêmement sensible et une technique très approfondie. Une minutieuse purification chimique est nécessaire pour obtenir du carbone très pur. D’autre part, les rayons cosmiques et les corps radio-actifs naturels provoquent un brouillage gênant le comptage des chocs issus du C 14, qui deviennent plus faibles avec le temps. Aussi, ne peut-on, actuellement, déceler la présence du radiocarbone au-delà d’une période de 35.000 ans, ce qui n’est déjà pas mal !

22 février, 2023

Fiction n°033 – Août 1956

Une très belle qualité de textes et des auteurs plus qu’éminents au sommaire de ce numéro docte : dites 33 !

 

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Sommaire du Numéro 33 :

NOUVELLES

1 - Philip José FARMER, La Planète du dieu (Father, 1955), pages 3 à 35, nouvelle, trad. Bruno MARTIN

2 - Marcel BRION, La Rue perdue, pages 36 à 46, nouvelle

3 - Arthur PORGES, L'Auteur qui en savait trop (Story conference, 1954), pages 47 à 54, nouvelle, trad. Roger DURAND

4 - Guy VAES, Poussière d'un monde, pages 55 à 62, nouvelle

5 - Fredric BROWN, Du sang (Blood, 1956), pages 63 à 64, nouvelle, trad. Alain DORÉMIEUX

6 - Isaac ASIMOV, Les Mouches (Flies, 1953), pages 65 à 72, nouvelle, trad. Roger DURAND

7 - Charles BEAUMONT & Chad OLIVER, Claude à travers le temps (The Last Word, 1955), pages 73 à 82, nouvelle, trad. Bruno MARTIN

8 - Poul ANDERSON, Les Jeux sont faits (Inside Straight, 1955), pages 83 à 107, nouvelle, trad. Roger DURAND

9 - Ray BRADBURY, La Longue attente (The One who Waits, 1949), pages 108 à 114, nouvelle, trad. Gérard KLEIN

 

CHRONIQUES

10 - Gérard KLEIN, Ray Bradbury, mage, pages 115 à 119, article

11 - Jacques BERGIER & Igor B. MASLOWSKI, Ici, on désintègre !, pages 120 à 122, critique(s)

12 - (non mentionné), Service Bibliographique étranger, pages 124 à 125, article

13 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 127 à 128, article

Après l’entorse à l’illustration, avec la nouvelle Le langage des fleurs de Philippe Curval dans le précédent numéro, Fiction n’en finit pas d’affirmer des règles éditoriales en s’excusant de les fouler au pied. Voyons ainsi comment la novella de Philip Jose Farmer est ici présentée :

« Les proportions inusitées de « La planète du dieu » rendaient impossible une parution en un seul numéro. Nous avons donc dû, à notre regret, scinder l’histoire en deux pour en reporter la fin au mois prochain. Nos lecteurs nous excuseront, espérons-le, de cette dérogation à notre politique « antifeuilletons ». Elle n’est dictée que par les circonstances, comme ç’avait été précédemment le cas pour « Brebis galeuses » de Macintosh, l’an dernier. »

Une politique «antifeuilletons», voilà un axe bien difficile à soutenir, à moins de vouloir se démarquer sans cesse de la revue rivale Galaxie (aux nombreuses illustrations, aux traducteurs anonymes, aux textes tronqués et scindés en plusieurs parties.)

Qu’à cela ne tienne, l’ensemble de ce numéro est d’excellente facture.

Avec La planète du dieu - première partie, donc – Philip Jose Farmer commence l'élaboration de ses démiurges, ces êtres capables de se forger des planètes suivant leurs volontés. On retrouvera ces figures dans sa « Saga des hommes-dieux », ainsi que dans son épopée « Le Monde du Fleuve ». Ici, le démiurge se prend pour un Dieu le Père très Biblique, avec son cortège moral et patriarcal. On retrouve surtout, plus développé, le personnage du prêtre John Carmody, déjà présent dans la première nouvelle de Farmer publiée par Fiction (Attitudes, in Fiction n°05), et dont le passé sera dévoilé dans le roman La nuit de la lumière (VO 1960 – VF J’ai Lu 1970).

Fiction ne snobe jamais un Académicien. Après André Maurois, Claude Farrère, Jean Cocteau, voici Marcel Brion avec La rue perdue, une très belle nouvelle qui rappelle certains contes de Jean Ray, voire Le cauchemar d'Innsmouth de Lovecraft, mais qui détonne et fait mouche par la raison d'être de cette rue perdue aux relents plus tragiques que fantastiques. Marcel Brion ou le fantastique réel.

Du fantastique réel, on tremblerait de le penser pour L’auteur qui en savait trop, d’Arthur Porges. Cela demeure nouvelle drôle dans l'absurde, surtout un texte témoignant d'une époque faste pour les nouvelles (et leurs auteurs !) de S.F.

Poussière d'un monde, par le belge Guy Vaes, est bien menée, malgré un style parfois un peu ampoulé inutilement, et rappelle les jeux de confrontation d'échelles d'un William Morrison.

Du sang !, par ce grand farceur de Fredric Brown, alignent les clins d'oeil appuyés à "Demain les chiens" de Simak et, dans une moindre mesure, "Je suis une légende" de Matheson. Brown, dans son format ultra-court, est presque l'inventeur de la blague de S.F.

Dans Les mouches, on retrouve tout l'amour d'Isaac Asimov pour le dialogue, parfois à l’excès... Mais voilà une nouvelle qui l’assume complètement : Asimov s’amuse à faire dialoguer ses propres centres d'intérêt : la chimie, la métaphysique et la cybernétique.

Claude à travers le temps, par Charles Beaumont épaulé par Chad Oliver, nous propose une parodie drolatique qui s'amuse à revisiter quelques grands thèmes de la S.F. Une deuxième partie suivra, mais ce n’est pas là la faute à un découpage « antifeuilleton » de la revue Fiction.

Avec Les jeux sont faits, Poul Anderson se fait sociologue, et expose avec talent les ressorts d'une société basée sur le jeu. Ce thème nouveau en S.F. sera également développé dans la remarquable "Loterie solaire" de Philip K. Dick (en VO de la même année 1955, en VF pas avant la traduction chez Galaxie Bis – OPTA de 1968).

La longue attente, (traduite par Gérard Klein qui nous sert ici d’ambassadeur) est un opus à ajouter aux Chroniques martiennes de Ray Bradbury ; une belle et courte nouvelle apocryphe, mais cohérente avec l’ensemble.

A propos de longue attente, citons ici la revue :

 « Au moment où nous écrivons ces lignes, il serait question à Hollywood de tirer un film du roman de Bradbury « Fahrenheit 451 », dans une adaptation écrite par l’auteur lui-même ! On n’ose croire à cette nouvelle tant elle a l'air trop belle pour être vraie. Espérons quand même que ce n’est pas là un projet en l'air – et caressons cette perspective d’avoir enfin un grand film de science-fiction adulte. » 

Il faudra malheureusement attendre 1967 pour voir cet ouvrage remarquablement adapté… par le français François Truffaut.

Klein admire Bradbury, il n’en fait pas un secret, et nous délivre ici son panégyrique Ray Bradbury, Mage. Il y cite Lovecraft au passage (« Il y a des mages pessimistes, tel H. P. Lovecraft qui fut l'un des plus grands conteurs fantastiques de tous les temps, et qui ne conçoit la vie humaine que comme une absurdité sinistre eu égard aux Puissances ténébreuses et malfaisantes qui créèrent l’homme « par plaisanterie ou par erreur »).

Pour terminer, notons qu’en raison de l’abondance des matières, la chronique mensuelle de F. Hoda sur le cinéma est reportée au prochain numéro. Une première !

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