Affichage des articles dont le libellé est C. Goudard. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est C. Goudard. Afficher tous les articles

02 juillet, 2025

Fiction n°118 – Septembre 1963

Un numéro très éclectique qui voit entre autre publiée la dernière nouvelle de Julia Verlanger dans Fiction, de la poésie de SF, Avram Davidson toujours apprécié, et un nouvel opus critique des Lettres d'Amérique par Alfred Bester.

Clic droit pour la nouvelle chair !

Comme pour toutes nos publications, un clic droit sur la couverture

vous invitera à télécharger le livre au format epub.

Sommaire du Numéro 118 :


1 - (non mentionné), Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 2 à 2, bibliographie


NOUVELLES

2 - James WHITE, Mystère au rayon des jouets (Counter Security, 1963), pages 5 à 26, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

3 - James Henry SCHMITZ, Le Réfractaire (These Are the Arts, 1962), pages 27 à 42, nouvelle, trad. Christine RENARD *

4 - Julia VERLANGER, Chasse au rêveur, pages 43 à 50, nouvelle

5 - Fritz LEIBER, Si les mythes m'étaient contés (Myths My Great-Granddaughter Taught Me, 1963), pages 51 à 56, nouvelle, trad. Christine RENARD

6 - Colette GOUDARD, Le Rendez-vous, pages 57 à 62, nouvelle *

7 - Avram DAVIDSON, Une vengeance théâtrale (Mr. Stilwell's Stage, 1957), pages 63 à 74, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

8 - Philip Maitland HUBBARD, La Brique d'or (The Golden Brick, 1963), pages 75 à 84, nouvelle, trad. Christine RENARD *

9 - Jean CASSOU, La Fille du roi d'Angleterre, pages 85 à 97, nouvelle *

10 - William Fryer HARVEY La Bête à cinq doigts (The Beast With Five Fingers, 1928), pages 98 à 124, nouvelle, trad. Françoise MARTENON & Roland STRAGLIATI

11 - Charles DOBZYNSKI, L'Opéra de l'espace, pages 125 à 135, extrait de roman

CHRONIQUES


12 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 136 à 153, critique(s)

13 - Alfred BESTER, Lettres d'Amérique, pages 154 à 159, chronique, trad. Demètre IOAKIMIDIS

14 - COLLECTIF, Le Conseil des spécialistes, pages 160 à 162, critique(s)

15 - F. HODA, Le Monde des idées, pages 163 à 167, article

16 - Jacques GOIMARD, Revue des revues, pages 167 à 174, critique(s)

17 - (non mentionné), En bref, pages 175 à 175, article


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Mystère au rayon des jouets démarre en enquête policière menée par le veilleur de nuit d'un grand magasin pour basculer subitement en récit de Premier Contact. James White en profite pour faire état de certains clichés de la science-fiction, avec au passage une évocation de ceux de Lovecraft : 

Tully eut un frisson en songeant à ce qu'il ressentirait si l'autre devait lui arracher les deux bras et une jambe, lui retirer un… Il s'efforça désespérément de chasser cette idée pour ne plus penser qu'à des êtres pacifiques, civilisés, mais son esprit était incapable d'oublier l'autre espèce. Cette race venue d'outre-ciel, que Lovecraft s'ingéniait naguère à décrire…
Selon Lovecraft, la totalité de l'espace-temps était le domaine d'entités monstrueuses, d'êtres aussi glacés, aussi inhumains que les infinis interstellaires où ils vivaient. L'homme, avec son souci du bien et du mal, n'occupait qu'une place infime, cramponné à un minuscule grain de poussière, ignoré et ignorant dans ce continuum qui n'était qu'une obscénité blasphématoire. Tully n'aimait pas la cosmogonie de Lovecraft, mais ce dernier avait un tel talent d'écrivain que ses récits continuaient à le hanter malgré tout. Or les êtres pensés par Lovecraft étaient du genre même à dépecer une créature vivante, intelligente, sans plus de pitié que n'en montre un gamin écervelé quand il arrache les pattes à une mouche.

Un autre extrait de nouvelle, qui ne sera pas sans nous rappeler l'hypnose qui frappe la majorité de nos amis terriens :

(…) en cette ère de confort et d'abondance, les gens avaient un besoin croissant de sensations fortes et d'émotions, aussi les élucubrations les plus idiotes faisaient-elles l'affaire. Étant donné que tout le monde, même dans les coins les plus reculés, avait son poste de télévision, il s'ensuivait qu'une publicité bien montée pouvait retenir l'attention de l'univers entier. En général, cela durait un mois ou deux.

Une paranoïa toute dickienne fait balancer la lecture de Le réfractaire de la suspicion à un doute ironique. La chute n'en est que mieux ressentie. James Henry Schmitz est aussi mieux servi par la traduction de Christine Renard qu'à l'époque de ses parutions dans Galaxie.

Chasse au rêveur augure sans doute l'introduction à des aventures à venir pour Kern, le mercenaire au grand cœur (qu'on retrouvera en effet dans le recueil "Les oiseaux de cuir" sous le pseudonyme de Gilles Thomas, au Fleuve Noir). Un poil attendu, cette histoire se lit avec le même plaisir coupable ressenti en parcourant un volume de la collection Anticipation…

Ce sera, nous l'avons dit, la dernière nouvelle publiée dans Fiction de Julia Verlanger. Ce ne sera pas de l'ostracisme, en témoigne cette introduction (sans doute signée par Alain Dorémieux) :

Julia Verlanger n'écrit pratiquement plus, et c'est dommage. Elle avait démontré, il y a quelques années, un talent plaisant et rafraîchissant, portant sur un grand éventail de genres. Nous ne pouvons, en publiant cette dernière nouvelle d'elle extraite de nos réserves, que lui adresser cette requête : « Chère Madame, remettez-vous, de grâce, à votre machine à écrire ! »

Fritz Leiber, vivement, réinterprète les mythes nordiques sous l'angle de la guerre froide que traverse le monde en 1963, dans Si les mythes m'étaient contés. Il ne fait pas qu'en détailler les correspondances, mais donne un sens même à ce qu'il y ait des correspondances. Fort habile.

Bien qu'il y ait des allusions dans le décor à des éléments de SF, le Le rendez-vous que propose Colette Goudard bien que court, est passablement ennuyeux.

 

On se souvient de "La boîte à musique" de Odette Ravel (Fiction n°116), nouvelle à laquelle il manquait d'un enjeu satisfaisant pour emporter le morceau. Avram Davidson, avec une boîte magique de même acabit, dresse une diablerie de son goût, Une vengeance théâtrale autrement plus satisfaisante, toujours avec l'air de ne pas y toucher, en distrayant le lecteur avec un contexte de services aux inventions, et masquant son intrigue véritable.

Rapproché de Montague Rhodes James, Philip Maitland Hubbard signe en effet une histoire où le surnaturel surgit du quotidien. Un homme est isolé sur un bateau au large de la Cornouailles, et propose au narrateur de vendre pour lui La brique d'orun lingot d'or pur…

Jean Cassou imagine une vie parallèle pour Elisabeth Princesse d''Angleterre, qui n'avait pas été couronnée quand la nouvelle fut écrite. La fille du roi d'Angleterre date de 1933 (in "Les cahiers du Sud n°150 -avril 1933). Elisabeth a 7 ans et ne sera couronnée qu'en 1952. Comme la nouvelle l'évoque majeure, on peut imaginer que Jean Cassou extrapole sur l'année 1946 environ. Le plus troublant est qu'il imagine Elisabeth épouser un roturier, et qu'en réalité c'est son oncle Edward en 1936 qui abdiquera pour des raisons assez similaires. Sans doute que Cassou a simplement eu besoin d'une véritable princesse moderne pour donner à son récit le sel voulu pour des gens qui courent après des chimères pour enchanter le monde et la vie.

Une ambiance oppressante pour un bourreau habile : La bête à cinq doigts est une main possédée et habité d'une vie autonome contre-nature. On y détecte aussi cet humour à froid typiquement anglo-saxon de la part du méconnu W. F. Harvey.

L'opéra de l'espace propose de la poésie de SF. La forme est suffisamment rare pour qu'on la signale. Et les vers sont bien rythmés. Une curiosité signée Charles Dobzynski.



La rubrique Livres d'Amérique signée Alfred Bester nous délivre toujours son lot de petites notes anecdotiques et croustillantes. En voici une, qui décrit l'univers éditorial SF des USA dans les années 30 :

Dans les années trente, lorsque les auteurs et les éditeurs de science-fiction avaient coutume de se réunir à déjeuner une fois par semaine, le soussigné était un débutant rougissant et timide qui écoutait avec vénération la conversation des grands. Il y avait Otto Binder, représentant la moitié d'Eando Binder qui écrivait effectivement ; Manly Wade Wellman, qui avait toujours à sa disposition un verre de vin et une centaine d'anecdotes sur le Sud ; Malcolm Jameson, officier naval jusqu'au bout des doigts, et sa jolie fille, vers laquelle convergeaient tous les regards ; et Edmond Hamilton, un gentleman austère, avec une mince moustache à la Clark Gable.

C'étaient là les auteurs actifs qui, avec quelques autres, assuraient les affaires des vieux magazines comme Thrilling Wonder, Startling, Astouding et Amazing Stories. Nous nous souvenons d'avoir demandé à un rédacteur en chef quelle était la qualité particulière qui rendait ces auteurs si précieux. Il nous avait répondu : « La régularité. Ils écrivent parfois une histoire véritablement mémorable, mais ils n'en écrivent jamais de mauvaises. Nous pouvons toujours compter sur eux. »

Savez-vous depuis quand existe la catégorie "Cinéma Bis" ? Il semblerait bien que cela soit depuis 1963. Jacques Goimard passe en revue les revues, et en extrait cette analyse :

(…) laissons parler Cinéma 63, la plus lue de toutes les revues de cinéma, donc celle qui peut faire le plus pour le cinéma fantastique, d'autant que ses positions généralement raisonnables (quelquefois trop) incitent mieux l'agneau-lecteur à se jeter sans méfiance dans la gueule du loup.

Cette revue ouvre, dans son numéro d'avril, le dossier du « cinéma-bis » : notion plus large que celle de cinéma fantastique ou SF, et qui recouvre en gros tout le cinéma fou, celui que les rédacteurs définissent, un peu restrictivement d'ailleurs (et Fritz Lang ?), par son incompatibilité avec les valeurs traditionnellement admises des historiens de cinéma.

Pierre Billard, dans son introduction, situe bien le moment historique : « Le moment a sonné des révisions déchirantes. Le cinéma tout entier est remis en question. Les films de second rayon voient s'ouvrir devant eux le purgatoire d'une projection dans un club de fanatiques, le paradis d'un numéro spécial dans une revue spécialisée. Le vrai, le grand cinéma de nos pères et de notre jeunesse, le cinéma parlant, pensant, adulte, académique, est contesté de tous côtés. Voici venir le règne du cinéma-bis, absurde, abracadabrant, fantastique, horrible, magique et charmant. » (p. 34). 

En fait l'attitude de la nouvelle génération n'est plus exactement celle des amateurs traditionnels de fantastique : le « cinéma-bis » est devenu pour elle l'instrument d'une révolte généralisée contre le cinéma de papa. Pierre Billard, quant à lui, adopte une position nuancée, considérant cette remise en question comme stimulante, à condition de ne pas exagérer ; « à condition de ne pas remplacer l'académisme par un byzantinisme plus stérile encore. À condition de ne pas remplacer les faux dieux abattus par un culte tout aussi absurde du futile, de l'ornemental, du superficiel et du désinvolte bâclé. À condition de ne pas prendre l'insolence pour du génie, ni l'anti-intellectualisme pour de la culture « moderne ». (p. 34). 

19 février, 2025

Fiction n°099 – Février 1962

Entrée de Christine Renard dans le panthéon du PReFeG, autrice fortement admirée par Jean-Pierre Andrevon, et Claude-François Cheinisse qui deviendra son mari, ou par Jacques Goimard qui quitte son strapontin de lecteur et animateur de la Tribune Libre pour gagner son grade de désintégrateur - en qualité d'expert ès van Vogt. Côté "météorites", on assistera au passage éclair de l'auteur de la nouvelle "La mouche" mondialement célèbre, le franco-britannique George Langelaan.

Osez le clic droit sur ce photogramme de Monastério …
 

Sommaire du Numéro 99 :


NOUVELLES

 

1 - José MOSELLI, La Fin d'Illa (2), pages 3 à 41, nouvelle

2 - Poul ANDERSON, Les Joyaux de la couronne martienne (The Martian Crown Jewels, 1958), pages 42 à 56, nouvelle, trad. Catherine GRÉGOIRE

3 - Theodore R. COGSWELL, Le Bûcher (The Burning, 1960), pages 57 à 61, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM

4 - Marcel BATTIN, Contes d'un autre temps, pages 62 à 66, nouvelle

5 - Robert ABERNATHY, Le Professeur et son phantasme (Professor Schlucker's Fallacy, 1953), pages 67 à 73, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE

6 - Evelyn E. SMITH, Vocation de reine (Send Her Victorious, 1960), pages 74 à 80, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

7 - Jean RAY, Monsieur Wohlmut et Franz Benschneider, pages 81 à 87, nouvelle

8 - Henri DAMONTI, Zapotrott, pages 88 à 93, nouvelle *

9 - George LANGELAAN, La Dame d'outre-nulle part (The lady from nowhere), pages 94 à 111, nouvelle

10 - Colette GOUDARD, L'Homme au visage d'ambre, pages 112 à 112, nouvelle

11 - Christine RENARD, Le Signe des Gémeaux, pages 113 à 114, nouvelle

12 - Gil SARTÈNE, Les Antichambres, pages 114 à 116, nouvelle *

13 - Odette RAVEL, Aqua sacer, pages 116 à 117, nouvelle *

CHRONIQUES


14 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 119 à 135, critique(s)

15 - Alfred BESTER, Livres d'Amérique, pages 137 à 142, chronique, trad. Demètre IOAKIMIDIS

16 - F. HODA, Les Notaires de province, pages 143 à 144, article


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Déchéance et vengeance du narrateur Xié pour cette deuxième partie de La fin d'Illa, de José Moselli. Une ambiance d'apocalypse et de tueries de masse, et un pouvoir rendu absurde par sa tyrannie, tel un bunker berlinois en 1945... Un récit bien sombre et de qualité, peut-être parfois encombré de péripéties gratuites, et qui échappe cependant à toute considération plus philosophique.

Les joyaux de la couronne martienne, par Poul Anderson, est une sympathique refonte de Sherlock Holmes sur Mars pour une histoire de vol de bijoux.  On y appréciera les clins d'oeil (Baker Street devient "La rue de Ceux-qui-préparent-la-nourriture-dans-les-Fours", et tout le monde sur Mars connait un certain John Carter...). L'auteur étonne quoi qu'il en soit, car on dirait presque du Asimov quand il se mêle d'énigmes policières.

Le bûcher, concis, ce récit post-apocalyptique de Theodore Cogswell reste évasif et évoque plus un esprit de "ruche" qu'un matriarcat - comme l'annonce le texte de présentation.


Contes d'un autre temps de Marcel Battin sont des petits récits ultra-brefs, assez inégaux, mais certains valent le détour.


Un procédé de voyage dans le temps qui projette le chrononaute dans le corps passé qui lui correspond le mieux, et voilà qu'une entité multiple extraterrestre prend un certain pouvoir. Dans Vocation de reineon peut s'attendre à la chute, mais Evelyn E. Smith sait agréablement ménager ses effets. 

On pourra penser au piège qu'Yves Pagès avait tendu au philosophe Bernard-Henri Lévy en faisant croire à un corpus de textes critiques sur Kant signé d'un certain Botul, tant ces batailles intellectuelles au sein d'une prestigieuse université semblent sans merci : Le professeur et son phantasme est une drôle d'histoire absurde, où les sophismes ont autant d'existence et de personnalité que les professeurs d'université qui les forgent, où il suffit d'invalider une théorie jusqu'alors admise pour transformer la réalité autour de soi, bref : où la vision intellectuelle du monde en fait sa réalité - du moins celle qui est prise en compte. On a la sensation que Robert Abernathy règle des comptes avec le monde universitaire, mais l'ensemble reste agréablement fantaisiste, à la façon d'un Lewis Carroll. Ce sera malheureusement la dernière nouvelle de cet auteur à paraître dans Fiction ou Galaxie.

Monsieur Wohlmut et Franz Benschneider sont en proie à des sortilèges et des espaces intermédiaires entre le monde et... l'inconnu. On aurait presque pu espérer mettre Harry Dickson sur cette affaire de disparition en chambre close, malgré le déplorable antisémitisme latent de Jean Ray.

La Mort, c'est l'ennui. Mais quelle différence avec un monde des vivants ennuyeux ? L'immortalité en prime, ou la post-mortalité ? Pour une fois, à Zapotrott, Henri Damonti ne se perd pas dans un exercice de style creux. 

La dame d'outre-nulle part est sous-titrée "The lady from nowhere", mais n'a pas de traducteur. Son auteur, George Langelaan, est franco-britannique, mais est connu pour écrire en français. L'homme est assez étonnant, avec sa carrière d'agent double pendant la Seconde Guerre Mondiale, pour le compte des services secrets du Royaume-Uni. Il est connu aussi pour être l'auteur de la nouvelle "La mouche", qui sera plusieurs fois adaptée au cinéma avec bonheur.

Bonus !
La dame d'outre-nulle part est une très bonne histoire, avec un téléviseur hanté sans être une histoire de fantômes, mais bien un récit de SF. La question de fond en est la réversibilité des états de la matière. Garderait-on notre identité intacte si nous devenions gazeux, liquide, ou à cinq dimensions ?

Cette nouvelle ainsi que "La mouche" sont extraites du recueil "Nouvelles de l'anti-monde" que nous vous proposons en bonus (un clic droit sur la couverture, puis "enregistrer la cible du lien sous" pour obtenir votre epub).

Pour en savoir plus sur l'auteur, un petit documentaire vous est proposé ici. Quant à La dame d'outre-nulle part, la Télévision Suisse Romande le propose dans son adaptation de 1965 en ligne à cet endroit.

Côté histoires courtes au Banc d'essai, dommage pour Colette Goudard que le titre de L'homme au visage d'ambre en dise déjà tout.  Pour Le signe des gémeaux, on pourrait s'attendre aux mêmes processus, mais la nouvelle de Christine Renard ne s'arrête pas à la description d'une double personnalité, ou plutôt d'une personnalité dédoublée. Un brin psychotique, l'histoire trouble et laisse un arrière-goût d'homicide, dans un style bien maîtrisé.

Avec Les antichambres, on pourra rapprocher le style de Gil Sartène des divagations ciselées de Mandiargue, sans beaucoup plus d'intérêt. Et sur un beau jeu de mot, Aqua sacer d'Odette RavelVanitas vanitatis ! - exprime la vacuité de l'existence dans un texte hors de la ligne éditoriale, comme l'exprime en effet le texte de présentation de la revue, et qui n'a d'étrange que son style allégorique. 


Côté rubriques, on saluera l'entrée de Jacques Goimard (lecteur érudit signalé in Fiction n°65 et n°66) dans le comité critique. Spécialiste de Van Vogt, il décortique ici "Le livre de Ptath", et produira un article publié en trois parties ("L'Œuvre exemplaire d'A. E. Van Vogt"), dans les prochains Fiction n°103, n°104 et n°105.

La revue Bifrost publiera un long entretien en avril 2012 entre Jacques Goimard et Richard Comballot. Nous vous en proposons quelques extraits ici, en commençant par la présentation du monsieur :
" Normalien et agrégé d'histoire, spécialiste du cinéma américain, créateur de la « Grande anthologie de la science-fiction » au Livre de Poche avec Gérard Klein et Demètre loakimidis, initiateur du « Livre d'or » et directeur de collection chez Pocket pendant plus de vingt-cinq ans (...), Jacques Goimard est à l'instar d'un Gérard Klein, d'un Philippe Curval ou d'un Michel Demuth, de ceux qui ont fait le genre en France au tournant des années 60 et 70, de ceux qui l'ont d'une certaine façon, cristallisé. "
Ce n'est rien de le dire. A propos de son entrée dans la rédaction de Fiction, Jacques Goimard raconte :

B. : Qu'est-ce qui t'a accroché dans Fiction (...) ?

 J. G. : Au départ, c'est surtout le fantastique qui m'a plu, en fait, mais d'une façon générale je découvrais un univers culturel nouveau qui correspondait à certaines de mes vues. Un jour, je suis tombé dans les pages de Fiction sur un référendum demandant aux lecteurs ce qu'ils avaient aimé lire dans ce numéro. J'y ai répondu et, la semaine suivante, j'ai reçu une longue lettre du rédacteur en chef, Alain Dorémieux. Je ne m'y attendais pas. Du coup, je l'ai bombardé de lettres et il me répondait à la même vitesse. Cela a fait de moi un converti. J'ai ensuite participé au concours de lancement de la revue Satellite, dans le numéro un, et dans le numéro deux j'ai appris que j'étais récompensé par un abonnement à la revue. J'ai éprouvé une joie sans bornes, j'en ai parlé à L'Atome (La librairie spécialisée à l'époque, fréquentée par tous les grands noms de la SF parisienne - ndPReFeG), et j'ai eu l'impression d'entrer en science-fiction.


B. : Selon toi, qu'attendait Dorémieux de votre correspondance ?

J. G. On a souvent dit qu'il était un type secret, mais ce n'est pas ainsi que je l'ai perçu. Là, je crois qu'il voulait juste échanger avec quelqu'un de sa génération. Nous étions en 1958 et nous parlions des contenus de Fiction. Ce qui se dégageait de cette correspondance, c'est que les auteurs français n'étaient pas appréciés du public de la revue. Au bout d'un moment, il m'a demandé d'écrire un article de synthèse là-dessus, centré sur « Ceux d' Argos », une nouvelle de Pierre Versins et Martine Thomé, que je n'aimais pas trop. A mon extrême surprise, j'ai vu tous les gens de L'Atome se retourner contre moi avec des arguments du style : « Pierre Versins est un ancien déporté, on ne peut pas lui faire ça. » J'ai dû faire profil bas et j'ai fait la paix avec Versins, publiant même il y a quelques années un article intitulé « Retour à Argos », qu'il me faudra rééditer un de ces jours.

B. : Etais-tu heureux de ta correspondance avec lui ?

J. G. : Ravi car nous avions les mêmes idées. Il savait plus de choses que moi, mais ne me le faisait pas sentir. Ce qui était stimulant, par ailleurs, c'était de bouffer avec lui car nous étions l'un comme l'autre très sensibles à la gastronomie.

B. : Pendant combien de temps avez-vous correspondu ?

J. G.: Notre correspondance s'est interrompue lorsque nous nous sommes rencontrés physiquement, à un Déjeuner du lundi où quelqu'un de L'Atome, Klein ou Curval, m'avait emmené.

Un peu plus loin, nous voici en 1962... :

" B. : Pour revenir à tes débuts en science-fiction, tu as expliqué : «... Dorémieux me demanda si je voulais essayer de faire un article sur le dernier Van Vogt. Le mois suivant, il me proposait la rubrique cinéma. C'est aussi simplement que cela que je devins, grâce à Dorémieux, critique pour Fiction... »

J. G. : Ça s'est fait avec une simplicité incroyable et il va sans dire que j'étais drôlement content. J'ai essayé d'être à la hauteur de la situation, je ne sais pas si j'y suis parvenu.

B. : Plusieurs de tes articles de l'époque concernaient le péplum...

J. G. : Ce qui me plaisait là-dedans, c'est que j'étais le seul à aimer ça ! J'ai exagéré volontairement et je ne le regrette pas.

B. : Ta collaboration à Fiction s'est étalée de 1958 à 1971, c'est bien ça ?

J. G. : Oui, avec des années où je ne faisais pas grand-chose.

B. : As-tu travaillé pour d'autres revues des éditions Opta, au-delà de Fiction ?

J. G. : Pour la revue Histoire, oui. Le critique des livres historiques, c'était moi. Cela concerne à vue de nez la période 1965- 1970, si je me souviens bien. "

Nous reviendrons certainement sur cet entretien, mais il nous est déjà permis de constater combien le milieu de la science-fiction en France fut à la fois un tout petit milieu, toutefois très ouvert.

Fort de l'expérience de Pierre Versins avec ses traductions d'articles critiques de Damon Knight, Demètre Ioakimidis prend d'assaut la traduction des billets d'humeur d'Alfred Bester, qui ne se fera pas que des amis dans le milieu. Voyez plutôt :

" Nous recommandons à Mr. Blish, dans l'intérêt même de son immense talent, de négliger un peu l'« esprit » et de se consacrer à la boisson, aux drogues, aux femmes, au crime, à la politique, à n'importe quoi enfin qui lui permettra d'éprouver lui-même les émotions et les problèmes qui tourmentent les êtres humains. Ainsi, il pourra parler de ces derniers avec la même profondeur lucide qu'il consacre pour le moment à la seule science. "

Les occurrences de ces traductions seront un tout petit peu plus fournies que celles de Versins / Knight ; on retrouvera cette rubrique dans les Fiction n° 104, 106, 110, 114, 118 et 123.

Le PReFeG vous propose également