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07 mai, 2025

Fiction n°110 – Janvier 1963

Beaucoup de publications exclusives à ce numéro de Fiction, et une bonne proportion d'auteurs francophones ; on notera l'argument de vente (qui ne sera que très peu utilisé dans cette formule de Fiction) de mettre en avant (sur la couverture) un auteur reconnu, ici : Ray Bradbury avec en avant-première un extrait de "La foire des ténèbres" dans une traduction originale de Michel Deutsch. Mais l'on en retiendra surtout "Le léviathan de l'espace" de Robert F. Young, et l'incomparable Jorge Luis Borges avec "La bibliothèque de Babel".

On poursuit la collection des couvertures abstraites

Comme pour toutes nos publications, un clic droit sur la couverture

vous invitera à télécharger le livre au format epub.

Sommaire du Numéro 110 :


1 - (non mentionné), Nouvelles des auteurs de ce numéro, pages 2 à 3, bibliographie


NOUVELLES

2 - Robert F. YOUNG, Le Léviathan de l'espace (Jonathan and the Space Whale, 1962), pages 7 à 39, nouvelle, trad. Elisabeth GILLE

3 - Charles BEAUMONT, L'Œil du père (Oh Father of Mine, 1957), pages 40 à 44, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE *

4 - Jérôme SERIEL, Les Planètes d'Aval, pages 45 à 54, nouvelle *

5 - Algis BUDRYS, La Liberté tombe du ciel (Falling Torch, 1958), pages 55 à 87, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH *

6 - Ray BRADBURY, Le Manège (Nightmare Carousel, 1962), pages 88 à 106, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH *

7 - Jean RAY, Les Étranges études du Pr. Paukenschlâger, pages 107 à 112, nouvelle

8 - Jorge Luis BORGES, La Bibliothèque de Babel (La biblioteca de Babel, 1941), pages 113 à 119, nouvelle, trad. Nestor IBARRA

9 - Lise DEHARME, Dans la nuit, pages 120 à 122, nouvelle *

10 - Maxim JAKUBOWSKI, Bribes, pages 123 à 125, nouvelle *

11 - Christine RENARD, À la croisée des parallèles, pages 126 à 128, nouvelle

12 - Monique DORIAN, Le Rêve prisonnier, pages 129 à 131, nouvelle *

13 - Pat MALLET & Michel PELTIER, La Vie privée du vampire, pages 133 à 135, bande dessinée 

CHRONIQUES


14 - Demètre IOAKIMIDIS, Alfred Bester, le dilettante de la S.F., pages 136 à 141, article

15 - Alfred BESTER, Livres d'Amérique, pages 142 à 145, chronique, trad. Demètre IOAKIMIDIS

16 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 146 à 167, critique(s)

17 - COLLECTIF, Le Conseil des spécialistes, pages 168 à 169, critique(s)

18 - (non mentionné), En bref, pages 170 à 171, article

19 - COLLECTIF, Tribune libre, pages 173 à 176, article


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

Une nouveauté éditoriale pour ce numéro 110 : le sommaire est suivi d'une présentation générale du numéro, en remplacement de la note d'introduction située avant chaque nouvelle. Un choix qui n'est pas aussi anodin qu'il n'y parait, et restera éphémère. Nous vous en livrons ici le contenu (et le ferons tant que durera ce choix éditorial - à savoir le Fiction n°115), tout en continuant de vous proposer nos propres notes de lecture).

Note éditoriale du n°110 :

Deux novelettes en vedette dans ce numéro : « Le Léviathan de l'espace », où l'un de nos auteurs de fond, Robert Young, reprend son mythe favori : l'homme confronté à un élément gigantesque (voir « La déesse de granit » ainsi que « L'ascension de l'arbre ») ; et « La liberté tombe du ciel », passionnant récit d'Algis Budrys (auteur encore peu connu du public français), qui transpose dans un contexte SF le thème – très proche de l'expérience française 1940-1944 – de la résistance à un envahisseur.

 

Autres histoires de science-fiction : « L'œil du père », pochade où Charles Beaumont traite (à sa manière – et avec une belle désinvolture) du paradoxe temporel ; et « Les planètes d'Aval » fantaisie du jeune auteur français Jérôme Sériel (dont le second roman, « Le satellite sombre », critiqué dans ce numéro, vient de paraître chez Denoël).

 

Côté fantastique, un événement : la parution dans « Fiction » d'un épisode du tout nouveau roman (inédit en français) de Ray Bradbury, « Something wicked tbis way comes » ; titré par nous « Le manège », cet épisode se présente en fait comme un récit indépendant ; c'est du super-Bradbury, alliage de tendresse et de cruauté, de poésie et de terreur.

 

Nous poursuivons en outre notre série de rééditions d'anciennes histoires de Jean Ray, avec « Les étranges études du Pr. Paukenschläger », où se trouve annoncé un thème qui s'est poursuivi ensuite à travers l'œuvre de l'auteur : celui du contact avec un monde situé dans une autre dimension.

 

L'insolite est représenté ce mois-ci par un nouveau texte extrait des « Fictions » de Jorge Luis Borges : « La bibliothèque de Babel », image métaphorique de l'univers ; et par « Dans la nuit », histoire inédite (plutôt criminelle ?) de Lise Deharme, dont le dernier roman, « Pierre de la Mermorte », vient de paraître chez Julliard.

 

Après le Banc d'Essai (trois courts contes « en marge » dus à des jeunes auteurs), mentionnons la suite des scènes (en images) de la vie des vampires, par Patrick Mallet et Michel Peltier. Et passons à la Chronique Littéraire : une présentation d'Alfred Bester par Demètre Ioakimidis, lequel traduit plus loin un nouvel article du même Bester sur les « Livres d'Amérique ».

Rien de très instructif, on le notera, et l'on regretterait presque les petites notules bio-bibliographiques que permettaient "l'ancienne formule". Nous citerons en ce sens l'avis d'un lecteur paru dans la rubrique Tribune Libre dans le n°113 :

(…) Votre nouvelle présentation est plaisante, et la qualité du papier est appréciable ; mais pourquoi avoir supprimé les textes de présentation au début de chaque nouvelle ?

Votre but, votre raison d'être même, est de nous présenter des textes variés, variés dans le style, le sujet, la façon de traiter celui-ci, l'origine de l'auteur, etc.

Comme beaucoup de vos lecteurs sans doute, je « déguste » mon « Fiction », ne lisant qu'une ou deux nouvelles à la fois, et j'aime choisir celles-ci en fonction de l'état d'esprit du moment. Alors, devant la suppression de la préface, je suis obligé de me reporter à la page de présentation, un peu succincte à mon goût. (…)

Jacques Pachter - Valenciennes (Nord). 

Dans Le Léviathan de l'espace, on découvre tout un monde enclos dans le ventre d'un être aux dimensions planétaires et comparable à une baleine (et l'on notera le défi descriptif que Robert F. Young s'est imposé, et qui rappellera celui de Larry Niven dans "L'anneau-monde" qui paraîtra quelques années plus tard).

C'est par le biais d'un personnage extérieur à ce monde que l'on découvre cette "utopie".

"Les gens de la Flotte étaient entrés en orbite avec les premiers cosmonautes américains et faisaient à présent partie intégrante de l'espace comme autrefois de l'océan."

On parle bien de "cosmonautes américains" - signe que les Etats-Unis n'en étaient pas au même stade dans la course à l'espace, tout au moins du point de vue sémantique - mais aussi et surtout du mythe biblique de Jonas dans le ventre de la baleine, et des récits de baleiniers tels le "Moby Dick" d'Herman Melville. On est très surpris au début de noter que la petite communauté d'humains vivants dans le ventre de la baleine, et ignorant tout de sa condition, soit organisée sur le modèle américain des années 50-60. Young sous-entendrait il que sa société contemporaine soit une sorte de Jardin d'Eden ? La chose est questionnable, et l'auteur ne s'en prive d'ailleurs pas : 

" (…) il lut, par les dimanches après-midi tout dorés de soleil, les journaux dominicaux qui louaient la noblesse et la grandeur d'âme naturelles de tous les bons Prospériens, qui les adjuraient de faire encore et encore des enfants, car les enfants n'étaient-ils pas des consommateurs, et le succès d'une économie fondée sur la loi de l'offre et de la demande ne réclamait-il pas avant tout un accroissement de la consommation, et une économie fondée sur la loi de l'offre et de la demande n'était-elle pas la seule base sur laquelle on pouvait bâtir le Monde de Demain ?

Young pose en fait le dilemme "écologie - développement" à partir de cette allégorie du ventre de la baleine. Comment prendre conscience de vivre dans un monde aux ressources limitées quand le but du progrès est de "prospérer", de "croître", et de coloniser d'autres mondes ? Le pillage s'avère être principalement le moteur d'un mécanisme de déni, et l'être peu avisé sape les assises même de son monde ridiculement fini. 

Un peuple insouciant de la finitude de son univers, un dieu-baleine dont le monde est le ventre, un étranger qui n'est pas voué à devenir prophète mais qui se fera sauveur… Malgré une idéologie très gnostique, Young parvient à toucher du doigt un intérêt supérieur à tout cela : le respect du vivant, pour ce qu'il est et non pour ce qu'il peut nous prodiguer.

Sous L'œil du père, Charles Beaumont s'amuse avec le paradoxe de Saint-Menoux (dans "Le voyageur imprudent" de René Barjavel : qu'advient-il du voyageur temporel qui assassine son ancêtre ?). Mais ici, Beaumont inverse le problème : quel père engendrera un tel fils parricide ?

Avec Les planètes d'Aval, nous voilà témoins d'une histoire inepte, une fois de plus avec un Jérôme Sériel qui se prend pour Flaubert. On aimerait le condamner à peindre ses propres représentations tant le foisonnement d'images les rend inutiles, et l'excès de néologismes ôte toute véritable poésie à ses lourdes descriptions. Quant aux personnages, à l'intrigue, au développement et à la chute, mieux vaut ne pas se prononcer.

La liberté tombe du ciel  traite des méfaits d'un conflit long. Le film de Louis Malle "Lacombe Lucien" (1974) évoquera un parcours comparable d'un jeune homme refoulé par les maquisards qui rejoindra l'envahisseur. On pourrait croire à de la S.F. , à travers son décorum (colons terriens revenus du Centaure pour sauver la planète-mère, Envahisseurs, armement moderne), mais tout cela n'est rien de plus qu'un épisode de guerre, peut-être même un peu longuet pour ce qu'il tente d'exprimer. Algis Budrys a toutefois un métier sûr pour nous mener jusqu'au bout.

Fiction en fait son argument de vente principal : un inédit de Ray Bradbury. Il s'agit en fait d'un extrait de "La foire des ténèbres", dans une traduction différente de celle qui paraîtra chez Denoël. On retrouve dans Le manège le goût bradburyen pour les choses du passé, et c'est même ici l'enjeu de ce manège diabolique que de les rendre au présent. 

" Le petit tertre sablonneux que nous occupons est, parait-il, parmi ces lieux étrangement privilégiés. L'appareil du professeur est destiné à provoquer des ondes spéciales qui forceront, pour ainsi dire, la porte du mystérieux monde voisin."

Le décor posé dans Les étranges études du Pr. Paukenschläger rappelle celui de la dune du Pyla qu'utilisera plus tard René Réouven dans "Les survenants", sur un sujet similaire. On pensera également à "De l'au-delà" de H. P. Lovecraft avec cette nouvelle de jeunesse de Jean Ray, qui oscille encore entre plusieurs types de narrations, défaut qu'il corrigera bien vite.

S'ouvrant sur une citation d'un ouvrage de Robert Burton (1621), un auteur qualifié de "borgésien",  Jorge Luis Borges, toujours dans l'allégorie, nous invite une fois de plus à revisiter la forme de l'univers, ici dans La bibliothèque de Babel, recueillant toutes les combinaisons d'écrits à base des "25 caractères de base de la typographie". S'ensuit une description délicieusement absurde et vertigineuse d'un peuple de lecteurs et de bibliothécaires, de leurs dogmes et de leurs suppositions… Encore une fois magistral.

Douche écossaise pour poursuivre Dans la nuit, d'une autrice pourtant issue de la "Grande" littérature puisqu'il s'agit d'une muse du surréalisme, Lise Deharme. Mais sa nouvelle est un peu abstruse, parodiant une intrigue policière pour mieux la rendre caduque. On en appréciera le style pour ce qu'il est, mais moins pour ce qu'il dit.

De même pour Bribes de Maxim Jakubowski. On pourrait vraiment se demander ce que vient faire cette nouvelle dans cette revue. Toutefois, Jacubowski se fera connaître dès 1963 en publiant une anthologie de science-fiction, "Loin de Terra", et sera à la fois libraire à Londres, critique, et romancier...

On entend le remord français, du français qui n'a pas eu à souffrir de la déportation durant la 2nde G.M. , dans À la croisée des parallèles. On entend également la spoliation des familles juives, et la participation réelle ou mensongère à des faits de Résistance. Quand on y lit : "C'était en 1940. Les rumeurs de guerre s'intensifiaient. ", nous sommes en droit de nous demander ce que Christine Renard entendait par "rumeurs" : l'écho lointain de ce qui est ou bien le soupçon de ce qui vient (auquel cas nous voilà déjà dans un monde parallèle.) Toutefois, l'impression d'avoir deux vies distinctes, le sentiment schizophrène de ne pas devoir les mélanger, de les rendre donc parallèles et clivées, s'exprime cependant parfaitement dans ce contexte historique. Là où il y avait matière à un petit roman historique, Christine Renard, par sa concision, en a fait une petite réflexion fantastique.

Dans Le rêve prisonnier, on rêve de Laïma. Laïma, on le comprend bien vite, c'est la lamie, le vampire femelle qui obsède sa victime mâle ; on repense aussi à la Vana de Dorémieux, sans doute co-auteur de cette nouvelle. Une fois de plus, on ne saurait comprendre complètement cette nouvelle de Monique Dorian sans se figurer la folie douce et pénétrante qui poussa à la démence la femme de Dorémieux, et celui-ci à l'interner.

Le courrier de la Tribune Libre défend Nathalie Henneberg suite à la publication de la "pique" que lui lançait Marcel Battin (auteur et éditeur d'une revue d'amateur) (voir Fiction 108 et 109).

Je suis libraire. C’est à ce titre surtout que je vous écris. La déclaration inqualifiable de Marcel Battin concernant Nathalie Charles-Henneberg me consterne par sa grossièreté et m’étonne par sa prétention.
Comme tous les libraires de Paris, je vends « Fiction » et je peux vous certifier que lorsque le nom « Henneberg » figure au sommaire, je n’ai pas d’invendus dès la première semaine. Même observation pour les romans de cet auteur. Dans mon quartier, pourtant assez réfractaire à la science-fiction, j’ai des habitués qui achètent tout ce qui est signé Henneberg.
Je cite, de mémoire, le jugement prononcé par l’un de mes clients, à propos de « La forteresse perdue » : « Elle s’est surpassée ! Elle est extraordinaire ! Chapeau ! » Et d’un autre, à propos des « Dieux verts », qu’il recommandait à un ami : « Prenez ce livre ; puisque vous voulez vous initier à la science-fiction, autant commencer par un chef-d’œuvre ».
(M. Boulestin, Paris). 
Fidèle lectrice de « Fiction », j’ai lu avec indignation et surprise la déclaration – aussi grossière qu’étonnante – de Marcel Battin à propos de Nathalie Charles-Henneberg.
Quoi ! Nous avons là un des meilleurs auteurs de la science-fiction française, un auteur qui a son « ton » particulier, son propre univers et que même les étrangers apprécient, et parce que Marcel Battin est « horripilé », nous cesserions de lire cet auteur, que nous estimons tous, dans les pages de « Fiction » ?
Cette horripilation, n’est-ce pas une légère démangeaison d’envie ?
J’ai commencé à acheter votre revue parce que j’y avais lu un récit de Charles et Nathalie Henneberg, et je continue à l’acheter dans l’espoir d’en lire d’autres.
(Colette Cassar, Paris).
Que la rapidité de ma réaction – qui ne sera pas solitaire ! – prouve à Monsieur Battin que la « Bergère », comme il dit, n’horripile pas tout le monde. Car tout le monde n’a pas le poil aigri et envieux ! Curieux ! Moi, ce sont les prophétaillons de bas augure qui me déplaisent, Ces masochistes systématiques, qui distillent bouc et mélasse odoriférantes en extrapolant sur le futur à partir de leurs petits états d’âme mitonnés dans l’amertume, ont évidemment l’irremplaçable avantage que leur donne le penchant actuel d’une fraction de lecteurs pour le morbide, surtout s’il se pare d’une vulgarité baptisée Conscience Dépouillée du Présent. Il est plus facile, on le sait, de couper des ailes que de les ouvrir, et de prêcher le désespoir que l’espoir. 
Qu’un visionnaire peigne un tableau sinistre devient frappant et respectable lorsqu’il s’agit, par exemple, d’un Barjavel, ou du cher Jacques Sternberg, qui ressent en poète et écrit en logicien jusqu’auboutiste. Seulement, on n’oublie pas ces auteurs-là, dès la première œuvre qu’on en lit. On ne saurait en affirmer autant de Monsieur Battin.
Je n’aperçois pas, d’ailleurs, en quoi les Henneberg sont pastoraux. Sinon parce qu’ils croient au Prince Charmant – je veux dire qu’on retrouve toujours chez eux un couple prédestiné uni au-delà des magies obscures de l’espace et du temps, dans une vie ou un néant.
C’est là, j’en jurerais, que le bât blesse Marcel Battin. Eh bien oui. Monsieur, c’est beau, j’en veux et j’y crois aussi, et zut aux affreux, aux jaloux, aux ratiocineurs, aux grinçants. (Et aux déverseurs de bitume quand ils n’ont pas l’envergure biblique.) Ils font des cauchemars ? C’est fâcheux, mais qu’ils ne nous étouffent pas dans leurs petits phantasmes personnels à leur mesure.
D’ailleurs, la « Bergère » ne donne pas dans le rêve rose, que je sache. L’horreur, si raffinée soit-elle, si intimement mêlée au merveilleux, ne demeure pas moins essentielle chez les Henneberg. N’est-elle pas aussi sauvage que douce, aussi cruelle que tendre ? Le futur de « La forteresse perdue » est-il arcadien, anacréontique ? Curieuse Bergère !
Et puis, il ne s’agit pas d’un rêve, mais d’un monde. D’un monde de poète – parce que les Henneberg l’ont porté en eux, formé, bâti, construit, fignolé, exploré – en démiurges.
Sans doute l’art hennebergien est-il, dans sa conception idéaliste des rapports humains, plus sensible aux esprits féminins et plus proche d’eux. Cependant, j’aimerais bien savoir ce que dit un Louis Pauwels de cette foi dans le couple, axe du monde hennebergien. Le jugement que Pauwels porta sur André Breton pour avoir « dressé » à l’Amour une statue de cristal et de sang me semble très applicable, dans une sphère différente bien sûr, aux Henneberg (cf « Lettre à Elle », parue en éditorial dans « Arts » sous sa signature voici dix ans environ.)
Tout de même, les Henneberg ne « font » pas pour « Les Veillées des Chaumières ». Leurs amants sont blessés, déchirés, je dirais même qu’ils s’atteignent en se transcendant si le jargon pseudo-philosophique ne me faisait esbaudir toute seule. Ce ne me semble pas un hasard si l’une de leurs nouvelles se nomme « Ysolde »… Oui, décidément, ils croient au mythe, au miracle-mirage de l’amour accompli. Qu’importe quand et où et par quel moyen Bellatrix rejoint son astronaute terrien ; ou Lorris, Ysolde ; ou Catherine Sforza, César Borgia ; ou Stéphane de Norwid, la visiteuse troublée de son château polonais ; ou Alix, son héros torturé ; ou Lars, Miâ-la-fleur ; ou Timna de Sodome, Elléor l’Arcturien…
(Micheline Bazin, Paris)

Toujours dans  l'humeur règlement de comptes à OK Corral, on pourra lire dans "Ici, on désintègre !" Jacques Goimard s'en prendre très vertement à la traduction de "Time and again"  de Clifford D. Simak parue sous le titre "De temps à autre" au Rayon Fantastique (et demeurée plus connue sous le titre que lui avait donné Galaxie : "Dans le torrent des siècles"). Signée A. Yeurre, et que Goimard qualifie de "turlutaines", nous assistons peut-être ici à un jeu de cache-cache où personne n'est dupe ; l'encyclopédique site Noosfere rapporte A. Yeurre comme un pseudonyme de Pierre Versins, proche de la rédaction au point de publier fréquemment des recensions et des articles de fond. On aurait du mal à imaginer le jeune Jacques Goimard, qui fait ses débuts, certes, dans la revue,  tout ignorer de qui se cachait sous ce pseudonyme. La vérité est A. Yeurre...

On peut lire au détour de cette diatribe : "Mais « Galaxie » a cessé de paraître, et ses premiers numéros sont devenus introuvables". En 1963, nous sommes neuf ans après leur parution - et voilà une remarque qui nous montre bien la fragilité d'un tel ensemble éditorial (et le PReFeG souhaite saluer ainsi toute l'armée des ombres qui a oeuvré à numériser toutes ces revues.)

On notera dans la même rubrique le nom d'un Ch. Du Chesne, nouveau dans l'équipe critique ? Nous n'en savons encore rien.

Sans se situer dans la polémique, et bien que l'auteur en question ne renonce pas à s'y compromettre de temps à autre, notons l'article de Demètre Ioakimidis : "Alfred Bester, le dilettante de la SF", reproduit en intégralité dans notre page dédiée.

03 avril, 2024

Fiction n°061 – Décembre 1958

Première partie sur un total de trois pour un nouveau roman en épisode de Robert Heinlein, Une porte sur l'été, accompagne un ensemble plus disparate de nouvelle françaises et américaines. 

Clic droit sur les profondeurs !

Sommaire du Numéro 61 :


NOUVELLES

 

1 - Robert A. HEINLEIN, Une porte sur l'été (I) (The Door Into Summer, 1956), pages 3 à 56, roman, trad. Régine VIVIER

2 - Arthur Bertram CHANDLER, L'Arrivée sur la Lune (Critical Angle, 1958), pages 57 à 64, nouvelle, trad. Régine VIVIER *

3 - Julia VERLANGER, La Fenêtre, pages 65 à 71, nouvelle

4 - Gordon Rupert DICKSON, Simple affaire de technique (A Matter of Technique, 1958), pages 72 à 86, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH *

5 - Michel EHRWEIN, Les Billes, pages 87 à 91, nouvelle *

6 - Charles BEAUMONT, Nettoyage par le vide (The Last Caper, 1954), pages 92 à 100, nouvelle, trad. CATHERINE

7 - Marcel BATTIN, Mission à Versailles, pages 101 à 104, nouvelle

8 - Chad OLIVER, Paternité (Rewrite Man, 1957), pages 105 à 124, nouvelle, trad. Roger DURAND

 

CHRONIQUES


9 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 125 à 134, critique(s)

10 - COLLECTIF, Le Conseil des spécialistes, pages 135 à 135, critique(s)

11 - F. HODA, Hommes gigantesques, pages 136 à 137, article

12 - COLLECTIF, Tribune libre, pages 138 à 141, article

13 - Jacques BERGIER & Alain DORÉMIEUX, Aux frontières du possible, pages 142 à 143, chronique

14 - COLLECTIF, Courrier des Lecteurs, pages 143 à 143, article

15 - (non mentionné), Table des récits parus dans « Fiction » - Deuxième semestre 1958, pages 144 à 144, index


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


"les équipes de recherches médicales logiciennes avaient découvert le moyen de mettre des êtres humains en conserve, comme du corned beef, afin de s'en servir en temps utile"

Voici un bon "pitch" pour cette première partie d'Une porte sur l'été de Robert Heinlein.

Mais ce ne serait pas rendre justice à un second aspect, plus anecdotique mais néanmoins plaisant, de cette histoire :

"De trop nombreuses heures de ma vie ont été passées à ouvrir des portes aux chats. Depuis l'aube de la civilisation, 978 siècles de temps humain ont été employés au total à ce geste ; j'en ai fait le compte, les chiffres sont là pour vous le prouver."

Quoi qu'il en soit, Heinlein signe là un très bon début de roman, avec annonce d'une deuxième partie trépidante, si elle est aussi soignée. A suivre...

C'est un argument de sceptiques sur la présence de l'Homme sur la Lune que de déplorer l'absence de traces de son passage.  L'arrivée sur la Lune, par Arthur Bertram Chandler, est une petite nouvelle sympathique et crédible.

Cruauté un peu gratuite pour La fenêtre, par Julia Verlangerpetit récit fantastique de passage entre deux mondes.

Gordon R. Dickson se montre, lui, toujours alerte à faire des récits de surpassements humains. Il nous régale avec Simple affaire de technique, plaisante histoire de guérisons croisées interespèces.

Les billes de Michel Ehrwein, est un conte court et bien écrit, plus métaphysique que fantastique. Appréciable.

Dans Nettoyage par le videCharles Beaumont propose une nouvelle parodie, mais elle reste tout aussi inutile que les précédentes, car il n'y démontre rien sur le genre - ici le polar " hardboiled".

Tranche de survie dans Mission à Versailles, par Marcel Battin... Un peu court.

On pourrait croire à une entourloupe sur la réalité à la manière de Philip K. Dick avec  Paternitéhistoire de journal falsifié pour un unique lecteur. Chad Oliver arrive à nous surprendre, toutefois.

L'année 1959 approche à grands pas, et avec elle l'annonce du prochain prix Jules Verne organisé par la collection "Le rayon Fantastique", co-éditée par les éditions Hachette et Gallimard. 

"Le prix Jules Verne 1959. 

Le prix Jules Verne, remis en vigueur par la librairie Hachette, et destiné à couronner chaque année un roman de science fiction inédit, œuvre d'un jeune écrivain français, sera décerné dans la deuxième quinzaine de mai 1959 par un jury de personnalités scientifiques et littéraires présidé par MM. André Maurois et Jean Rostand. 

Le montant du prix est de 100 000 F. Le manuscrit désigné sera en outre publié dans la collection du « Rayon Fantastique » (Hachette éditeur).

Les manuscrits doivent être adressés en double exemplaire avant le 31 décembre 1950, au Secrétariat du prix Jules Verne, 79, boulevard Saint-Germain, qui se tient à la disposition du public pour tout renseignement complémentaire."

On notera la mystérieuse absence d'allusion à Gallimard pourtant co-éditeur de la collection. Quant au Prix Jules Verne 1959, il sera attribué à Daniel Drode pour "Surface de la planète", prix et ouvrage très controversés comme nous le verrons dans les prochains mois.

21 février, 2024

Fiction n°060 – Novembre 1958

Jacques Sternberg et Nathalie Henneberg tiennent bien haut le niveau de ce numéro 60 de Fiction, avec quelques nouvelles bien concises et une déroutante novella de Jane Roberts.

 

Un clic droit post-apo?

Sommaire du Numéro 60 :


NOUVELLES

 

1 - Jane ROBERTS, Le Collier de marrons (The chestnut beads, 1957), pages 3 à 27, nouvelle, trad. Bruno MARTIN

2 - Jacques STERNBERG, Marée basse, pages 28 à 36, nouvelle

3 - Les COLE, Mystère en trois temps (Tripod, 1957), pages 37 à 44, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE *

4 - Theodore R. COGSWELL, Raccords (Thimgs, 1958), pages 45 à 56, nouvelle, trad. Roger DURAND *

5 - ARCADIUS, Les Naufrageurs, pages 57 à 70, nouvelle

6 - Robert ARTHUR, Un caractère négatif (Obstinate uncle Otis, 1958), pages 71 à 78, nouvelle, trad. Roger DURAND *

7 - Charles BEAUMONT, Le Quadriopticon (The Quadriopticon, 1954), pages 79 à 100, nouvelle, trad. CATHERINE

8 - John SHEPLEY, Le Physique de l'emploi (Gorilla suit, 1958), pages 101 à 108, nouvelle, trad. Roger DURAND *

9 - Charles HENNEBERG, La Fusée fantôme, pages 109 à 122, nouvelle

 

CHRONIQUES


10 - Jean-Jacques BRIDENNE, Théo Varlet, prophète cosmique, pages 123 à 127, article

11 - Alain DORÉMIEUX & Gérard KLEIN & Igor B. MASLOWSKI, Ici, on désintègre !, pages 129 à 135, critique(s)

12 - Alain DORÉMIEUX, La Critique des revues, pages 136 à 137, critique(s)

13 - Alain DORÉMIEUX & F. HODA, Décadence des classiques / Un mythe rénové, pages 139 à 141, article

14 - Jacques BERGIER & Alain DORÉMIEUX, Aux frontières du possible, pages 143 à 144, chronique 

* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

La sorcellerie à l'œuvre dans Le collier de marrons, une déroutante novella loin des sentiers battus de la moralité et des happy ending. Après un temps de mise en place des éléments de son récit, Jane Roberts mêle fantastique (l'emprise des sorcières) et science-fiction (l'apocalypse atomique).

On ne saurait dévoiler l'issue de cette Marée basse de Jacques Sternberg, récit plus conventionnel qu'à son habitude, mais très bien mené et mêlant habilement émoi amoureux et frisson psychologique.

Mystère en trois temps : une petite histoire de voyage dans l'espace et le temps par Les Cole, que Fiction nous présente comme un paradoxe sans qu'il n'en soit rien.

Comme dans "Un souhait de trop", (in Fiction n°38) Theodore R. Cogswell s'amuse dans Raccords à faire prendre au pied de la lettre les souhaits présentés à un génie. La nature ici du génie est originale, tout comme le contexte de polar noir est parodique. Plaisant.

Les naufrageurs, ou l'étude cernée de péripétie d'une espèce vénusienne, par Arcadius (qui avait signé une première nouvelle sous le pseudonyme d’Allan George dans le Galaxie n°54). Une aventure honorable au style très classique, qui rappellera les théories de Charles Fort sur les formes de vie transparentes et atmosphériques.

« Les prophètes avaient peut-être, jadis, une foi capable de déplacer des montagnes. Mais mon oncle Otis possédait quelque chose de bien plus remarquable, semblait-il… un manque de foi qui pouvait les faire rentrer sous terre. »

 

Un caractère négatif, par Robert Arthur, est une très habile nouvelle au fond terrifiant mais d'un postulat irréductiblement simple, qui fera repenser à « Escamotage » de Richard Matheson (in Fiction n°29).

Dans Le Quadriopticon, l'idée de base d'un cinéma immersif tourne malheureusement un peu court, et Charles Beaumont se perd à parodier de la mauvaise SF. On passera, sans oublier de noter toutefois que la rédaction de Fiction y reviendra en Mai 1959, dans son numéro 66, avec la note suivante :

Le cinéma à 360°.

Dans notre numéro de novembre 1958, nous avons publié une nouvelle de Charles Beaumont, « Le Quadriopticon », basée sur une expérience de « cinéma total », et nous citions en référence, dans notre introduction à cette nouvelle, le cinéma à 360° qui était en démonstration à l'Exposition de Bruxelles. À cette occasion, un chercheur français, M. Jean-Pierre Desty, nous a signalé que le « cinéma circulaire » avait été conçu en détail par lui en 1953, sous le nom de « phonorama » (la presse française à l'époque : « Science et Vie », « Tout Savoir », etc., avait fait écho à ce projet). Nous avons eu sous les yeux les maquettes et les plans réalisés à ce moment par M. Desty. Hélas ! les Américains, auxquels il avait soumis le principe de son invention, l'avaient assimilée à une utopie !…

A peine fantastique, Le physique de l’emploi, petite pochade au ton naïf bien travaillé de John Shepley, fera un sympathique petit intermède, qui rappellera l'histoire de Chaplin perdant un concours de sosies de Charlot.

Un bon morceau que La fusée fantôme, ou la légende du Hollandais Volant revisitée par Nathalie Henneberg (sous le nom de son mari Charles), avec son lot de piraterie et d'êtres impossibles tels que les Androïdes Supérieurs, machines biologiques dépourvues d'émotions, du moins à échelle humaine.

 

On aurait pu penser Alain Dorémieux et Gérard Klein bons camarades, car partageant les mêmes centres d’intérêts et les mêmes postes au sein de la rédaction de Fiction. On sera d’autant plus surpris avec cet extrait de la Critique des revues, rédigé par Alain Dorémieux.

" La revue « Arguments » a consacré son numéro de septembre à un ensemble d’articles sur la science-fiction. La revue « Arguments » est une revue intellectuelle. On sait ce que cela veut dire. C’est une revue faite par des intellectuels pour des intellectuels. C’est dans cette conjoncture que la tentation du délire verbal se fait le plus sentir. 
Ici, les résultats dépassent l’attente. La recette est simple : employer un jargon fumeux et ampoulé, susciter à chaque phrase de vastes problèmes où il n’est question que de l’homme et de l’humain, de l’absolu et du transcendental, affecter de les résoudre du haut d’une tour d’ivoire philosophique, et manifester en toute chose une prétention dogmatique et un pédantisme insupportables. 
En l’occurrence, la science-fiction a donc servi de tête de Turc, prétexte pour chacun des concurrents en lice à faire son petit numéro personnel de dissertation. Pour cet exercice, (…) le prix d’honneur (revient) à Gérard Klein, dont l’exposé a pour titre « Rêver l’avenir et le construire » (mais ne faut-il pas soupçonner Klein d’avoir fait exprès de se parodier lui-même ?)

(…) Dans le numéro d’octobre de « Ailleurs », Pierre Versins s’est amusé à dresser un petit florilège de citations extraites des discours de ces messieurs. Mais il y a tant à citer que je puis à mon tour choisir des citations sans qu’elles recoupent celles de Versins. Voici donc quelques échantillons de cette prose immortelle :

 
(…)

« Il ne suffit pas de considérer un certain avenir comme le résultat logique d’une histoire encore à écrire. Il est nécessaire de le considérer dans son devenir, tel qu’il est, immense et inépuisable, et de le scruter à la fois avec une grande humilité quant aux possibilités de le décrire et avec un grand orgueil quant à ses potentialités qui sont les nôtres. »

Gérard KLEIN. 

 

« Cela expliquerait sa longue survie en d’autres termes que ceux exprimant une sorte d’hystérésis sociale, dans ce monde moderne qui est tissé de transformations et au sein duquel les données humaines elles-mêmes apparaissent comme fluides. Mais à certains signes, il semble précisément que cette idée ne soit plus indiscutée, que l’immanence de certains traits du monde humain, par exemple, se trouve en ce moment mise en question. »

Gérard KLEIN.

(…)
La conclusion à tirer de tout cela, s’il en faut une, sera la suivante : le Ciel préserve la science-fiction des intellectuels !

24 mai, 2023

Fiction n°041 – Avril 1957

Petit changement pour la maquette de couverture qui marque l’augmentation à 144 pages de cette incontournable revue, encore une fois remplie de nouvelles de qualité.

 

Cliquer avec l’esprit n’est pas encore à portée de doigt.


 

Sommaire du Numéro 41 :

NOUVELLES

 

1 - Daniel F. GALOUYE, Le Pantomorphe (The Pliable, 1956), pages 3 à 27, nouvelle, trad. Bruno MARTIN

2 - Robert BLOCH, J'embrasse ton ombre (I Kiss Your Shadow, 1956), pages 28 à 46, nouvelle, trad. Bruno MARTIN

3 - Philippe CURVAL, L'Odeur de la Bête, pages 47 à 51, nouvelle

4 - Charles BEAUMONT, L'Homme effacé (The Vanishing American, 1955), pages 52 à 60, nouvelle, trad. Richard CHOMET

5 - Claude PRADET, L'Inventeur, pages 61 à 64, nouvelle

6 - Philip Maitland HUBBARD, Le Banni (Botany Bay, 1955), pages 65 à 68, nouvelle, trad. Roger DURAND

7 - Marion Zimmer BRADLEY, Marée montante (II) (The Climbing Wave, 1955), pages 69 à 91, nouvelle, trad. Régine VIVIER

8 - Gali NOSEK, La Sorcière, pages 92 à 94, nouvelle

9 - Arthur PORGES, L'Homme est un loup... (The tidings, 1955), pages 95 à 101, nouvelle, trad. Roger DURAND

10 - Theodore STURGEON, La Peur est une affaire (Fear is a business, 1956), pages 102 à 119, nouvelle, trad. Bruno MARTIN

 

CHRONIQUES

 

11 - Gérard KLEIN, Theodore Sturgeon, le splendide aliéné, pages 121 à 127, article

12 - Jacques BERGIER & Alain DORÉMIEUX & Gérard KLEIN & Igor B. MASLOWSKI, Ici, on désintègre !, pages 129 à 134, critique(s)

13 - (non mentionné), La Critique des revues, pages 135 à 135, critique(s)

14 - (non mentionné), Service Bibliographique étranger, pages 137 à 139, article

15 - F. HODA, Livres de Cinéma, pages 140 à 141, critique(s)

 

Un huis clos meurtrier dans un vaisseau spatial, doublé d'une chasse à l'extraterrestre dans les soutes, voilà peut-être l'inspiration du scénariste Dan O'Bannon pour ses Dark Star (réalisation de John Carpenter - 1974) et Alien (réalisation de Ridley Scott - 1979). Un bon récit rebondissant que ce Pantomorphe signé Daniel F. Galouye.

Fiction se donne l'air d'avoir découvert Robert Bloch, pourtant déjà publié dans Galaxie n°32 (juillet 1956). J’embrasse ton ombre est toutefois une bonne histoire d'épouvante, avec énigme policière à la clé.

On aura lu meilleur Philippe Curval, qui, dans L’odeur de la bête, stylise un peu trop une trame plutôt légère.

Eugène Ionesco écrivait: "Peut-être que l'autrement, ça n'existe pas." Mais quand exister en revient à être insignifiant, sans doute faut-il faire advenir cet autrement. Une très belle nouvelle illustrant un terrible sentiment existentialiste que cet Homme effacé par Charles Beaumont.

Après l’existentialisme, on passe à l’ontologie la plus débridée avec L’inventeur, et son ton étonnant pour une autrice de 14 ans découverte dans le Fiction n°30 (mai 1956). Dommage que la bibliographie de Claude Pradet s'arrête là.

Le banni, par Philip Maitland Hubbard, rappelle les récits de Zenna Henderson, au style très finement soigné, qu'on aurait même souhaité plus développé.

La deuxième partie de la publication de Marée montante, de Marion Zimmer Bradley marque le début des dissensions entre les points de vue des terriens et des colons réintégrés. De belles leçons de décroissance expliquée très simplement, comme en témoignent ces deux extraits :

 « Chaque homme était propriétaire d'autant de terrain qu'il pouvait en cultiver à lui seul, et possédait tout ce qu'il pouvait fabriquer de ses propres mains. Il donnait une partie du produit de son travail là où l'on en avait besoin et, en retour, pouvait prendre ce dont il avait besoin lui-même : la nourriture de ceux qui pratiquaient la culture ou l'élevage, les vêtements de ceux qui les fabriquaient, etc. Tout ce qu'il pouvait désirer, en plus du strict nécessaire, il pouvait l'obtenir par une bonne gérance de ses biens et des arrangements privés. »
(...)

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