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12 août, 2026

Fiction n°148 – Mars 1966

Avant de nous éclipser pour les vacances... 
Fin de la novella en trois parties de Poul Anderson entamée avec "Corsaire de l'espace" ; profitons de cette publication exclusive avant de ranger ce récit dans les écrits mineurs de cet auteur de métier, et apprécions un défi littéraire lancé par Theodore Cogswell auquel répondront, rien de moins, Isaac Asimov et Miriam Allen "tout-terrain" deFord.


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Sommaire du Numéro 148 :


1 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 6 à 7, bibliographie


NOUVELLES


2 - Poul ANDERSON, Amirauté (Admiralty, 1965), pages 9 à 83, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

3 - James BLISH, Les Chats des dunes (No Jokes on Mars, 1965), pages 84 à 93, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE

4 - Marcel BATTIN, Conversation sous l'arbre, pages 94 à 97, nouvelle

5 - Isaac ASIMOV, La Chambre d'airain (Gimmicks Three / The Brazen Locked Room, 1956), pages 98 à 105, nouvelle, trad. Roger DURAND *

6 - Miriam Allen DEFORD, L'Avenant (Time Trammel, 1956), pages 106 à 112, nouvelle, trad. Roger DURAND

7 - Theodore R. COGSWELL, Noir sur noir (Impact with the Devil, 1956), pages 113 à 123, nouvelle, trad. Roger DURAND *

8 - Roland TOPOR, Le Coup du téléphone, pages 124 à 130, nouvelle

9 - Fereydoun HOVEYDA, La Cendre, pages 131 à 132, nouvelle


CHRONIQUES


10 - Gérard KLEIN, "La maison de rendez-vous", un roman de science-fiction ?, pages 133 à 139, article

11 - COLLECTIF, L'Écran à quatre dimensions, pages 141 à 147, article

12 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 148 à 149, courrier

13 - Anne TRONCHE, Revue des arts, pages 151 à 151, critique(s)

14 - (non mentionné) , En bref, pages 153 à 155, article

15 - Gérard KLEIN, Chronique théâtrale : L'opéra du monde de Jacques Audiberti, pages 156 à 156, critique(s).

* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Poul Anderson commence Amirauté par résumer la situation sans évoquer du tout la 2ème partie (Arsenal in Fiction 146). Il commence cette 3ème partie après des événements (des batailles stellaires principalement) qui auraient fort bien pu être développés avant. Voici donc une dernière partie qui se veut plus riche en péripéties - mais de grandes plages bavardes freinent un peu l'action, et l'action elle-même est trop souvent bridée et éludée par des ellipses du récit. Poul Anderson semble pris entre deux feux : celui d'une belle inspiration qui le pousserait à développer son récit ainsi que la psychologie de ses personnages, et celui d'un temps court, tant dans l'écriture que dans celui alloué aux péripéties par une limitation du nombre de pages. En bref : un récit soit trop court, soit trop long pour le cadre difficile de la novella.


Les colons de Mars se comportent en envahisseurs aux velléités génocidaires. James Blish suit le modèle de l'histoire des Amériques, mais la fin abrupte de Les chats des dunes laisse un peu perplexe sur ce qu'il voudrait dire implicitement.


Le texte de présentation de la rédaction divulgâche un peu Conversation sous l'arbre de Marcel Battin, au ton plaisant et léger mais une nouvelle un peu trop creuse pour résister à la relecture qu'elle implique.


Un monstre à trois têtes pour suivre. Voici ce qu'en dit la rédaction : 

" Cette nouvelle et les deux qui la suivent forment à elles trois un curieux triptyque – un phénomène unique dans le domaine de la collaboration entre plusieurs auteurs, ainsi que dans celui de l'exercice de virtuosité.
Tout commença à la suite d'une remarque émise par Theodore Cogswell, auteur autrefois publié à plusieurs reprises dans Fiction, et qui est précisément le troisième à figurer dans notre triptyque. Cogswell, envoyant un jour à la rédaction de notre édition américaine une histoire de pacte avec le diable, l'accompagnait d'une lettre où il écrivait notamment : « J'adore le thème du pacte avec le diable, parce que c'est un poncif tellement éculé qu'il est toujours amusant d'essayer d'en tirer une astuce nouvelle. C'est la même chose pour la chambre close et le paradoxe temporel. Si un jour j'arrivais à combiner ces trois thèmes en une seule histoire en leur donnant une solution satisfaisante, je pourrais mourir heureux. »
L'éditeur américain publia l'histoire de Cogswell, en citant cet extrait dans les commentaires de présentation. Il y avait là quelque chose comme un défi lancé à l'imagination des confrères de Cogswell. Défi tel qu'il fut relevé, presque simultanément, par Isaac Asimov et Miriam Allen DeFord, qui chacun écrivirent une nouvelle où ils combinaient, délibérément, les trois « poncifs » énumérés par Cogswell : le pacte avec le diable, la chambre close, le paradoxe temporel.

Pour commencer, Isaac Asimov se sort bien du défi dans La chambre d'airain, bien qu'il rende un peu accessoires certains éléments. Sa vision du pacte avec le démon, et surtout l'argument qu'il donne pour tenter d'y résister, vaut le détour. 

 

" (il) était sur le point d'inventer une machine à voyager dans le temps et il avait signé un pacte avec le diable. » — « Curieuse combinaison : science-fiction contemporaine et superstition médiévale. » "

Miriam Allen deFord relève bien dans L'avenant le fond du défi de Cogswell : mélanger science-fiction et fantastique ; ajoutons que la chambre close est l'un des ingrédients les plus intéressant du polar. Les genres dits "mineurs" sont donc réunis par la proposition de Cogswell. Mais Miriam Allen deFord aussi accessoirise les éléments de ce défi, et se concentre surtout sur la façon d'éviter le pacte. On comprend bien toutefois avec elle combien mêler ces éléments revient à mêler les genres.


Theodore Cogswell, dont la nouvelle Noir sur noir fut la première écrite des trois, ne se contente pas, lui, d'une seule chambre close, mais de deux, tout comme il rappelle que le pacte contient deux partis et deux exigences, chacune l'un pour l'autre. C'est peut-être le paradoxe temporel qui serait le plus gratuit dans cette nouvelle, voire dans l'ensemble des trois, car sous ses aspects de voyage dans le temps, il ne fait que transformer le temps en espace, et sous ses principes d'inversion de la chaîne de la causalité, il ne fait que la renforcer comme un courant alternatif, alors que le paradoxe doit soulever la possibilité d'une impossibilité. Nous pouvons ainsi considérer que le défi reste ouvert : avis aux challengers !


" À l'époque, je travaillais chez un imprimeur. J'étais quelque chose comme correcteur. C'était un travail minutieux, exigeant une attention de tous les instants… "
Notre Centaurien a particulièrement apprécié cette nouvelle, qui entre dans son catalogue personnel des histoires de correcteurs. Mais Le coup du téléphone entre aussi dans une autre catégorie : "La peur des nouvelles technologies", série qui regroupe des histoires concernant les nouveaux usages techniques et domestiques, et qui extrapole sur les dérives possibles - graves ou meurtrières le plus souvent. On a pu lire par exemple des nouvelles sur l'entrée de la télévision dans les foyers. Toutes les histoires qui développent ce qu'on a ensuite appelé "la singularité", et qui traite du moment où la machine prend des initiatives pour gouverner le destin de l'espèce humaine, entrent aussi dans cette catégorie. Pour la nouvelle qui nous occupe actuellement, les plus jeunes d'entre nous ne peuvent se rappeler de l'entrée progressive du téléphone (fixe) dans les foyers, ni du bottin, qui n'était pas qu'une arme blanche à l'usage dans les commissariats. Roland Topor nous dresse un petit inventaire des dérives du téléphone : canulars, quiproquos sur l'interlocuteur qui se fait passer pour un autre, vente forcée ou sondage intrusif, informations capitales données par un interlocuteur à qui manque le courage de dire les choses déplaisantes en face, calomniateurs et maître chanteurs bien à l'abri sous le couvert de l'anonymat… Ce que le téléphone portable et internet ont apportés depuis n'ont pas rendu cette liste obsolète, et certains aspects s'y sont même développés, voire banalisés. C'est que la technologie implique un bon usage, du moins correct ou conforme, pour n'être pas dévoyée. Mais la recherche de la ruse, de la tromperie, de l'escroquerie semble avoir toujours été profondément enracinée dans l'être humain, et la technologie n'y peut mais. Ici et avec talent, Topor en rajoute même une couche psychopathologique qui réhausse Le coup du téléphone au niveau fantastique.

Un peu gratuite, La cendre de Fereydoun Hoveyda (de retour d'Iran, mais qui n'écrira plus dans Fiction par la suite) traite des pouvoirs de l'imagination et des rêveries d'un lecteur. Téléphoné, comme dirait Topor.



Plus de 10 000 vues sur ce site en moins d'un mois (nous venons de passer le cap des 150 000) - en concluerons-nous que nous avons plus de temps pour "surfer" en août ? Singapour, l'Allemagne et le Brésil (encore) tiennent le haut du pavé ; bonjour à vous, lecteurs non-francophones !

Aujourd'hui 12 août 2026, une éclipse presque totale va assombrir le crépuscule français. L'Espagne jouira, elle, du Soleil Noir. L'astre solaire ne va pas être le seul à s'éclipser, puisque quelques courtes semaines de vacances nous attendent à présent. Nous vous donnons rendez-vous le 02 septembre 2026 pour notre prochaine parution  : le Fiction Spécial n°9, deuxième volume de l'anthologie "Astounding stories", avant d'ouvrir une nouvelle année de publications en partage qui couvrira la globalité des parutions de 1967 et entamera 1968 ! Ca va chauffer !

14 janvier, 2026

Fiction n°133 – Décembre 1964

1964 touche à sa fin, ainsi que la première moitié des années 60, avec cette publication bien équilibrée entre textes français et anglo-saxons. On appréciera vraiment le texte mis en vedette de Theodore Sturgeon, auteur toujours aussi étonnant dans son traitement si personnel du genre science-fiction. Les autres textes, quasiment tous des raretés, maintiennent un bon niveau d'ensemble. Mais notons surtout - signe d'une époque qui cherche sans doute à se renouveler - que c'est aussi le dernier numéro à publier des auteurs, parmi nos baroudeurs et baroudeuses, tels que Jacques Sternberg, avec des textes brefs restés en majorité inédits depuis, Maurice Renard, avec une somptueuse œuvre de jeunesse, et Jane Roberts la grinçante mais méconnue de notre côté européen de l'Atlantique.


Charmante miniature de Philippe Jean

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Sommaire du Numéro 133 :


1 - (non mentionné), Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 6 à 7, bibliographie


NOUVELLES


2 - Theodore STURGEON, L'Amour et la mort (When you care, when you love, 1962), pages 8 à 46, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE

3 - Gilbert ATLANTE, Cauchemar vert, pages 47 à 52, nouvelle

4 - Avram DAVIDSON, L'Évasion (The Certificate, 1959), pages 53 à 57, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE *

5 - Pierre VERSINS, Lionel Storm, pages 58 à 60, nouvelle *

6 - Jane ROBERTS, Nettoyage en profondeur (Three Times Around, 1964), pages 61 à 66, nouvelle, trad. Christine RENARD *

7 - Roland TOPOR, Preuve par l'absurde, pages 67 à 71, nouvelle *

8 - Jacques STERNBERG, La Géométrie dans l'impensable, pages 72 à 78, nouvelle *

9 - Kit REED, Le Tigre automate (Automatic Tiger, 1964), pages 79 à 92, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

10 - Maurice RENARD, Le Lapidaire, pages 93 à 127, nouvelle


CHRONIQUES


11 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 128 à 135, critique(s)

12 - (non mentionné), Biblio-bref / Le rayon des nouveautés, pages 136 à 137, article

13 - COLLECTIF, Le Conseil des spécialistes, pages 138 à 139, critique(s)

14 - Bertrand TAVERNIER, Monsters, Chillers et Spookatons, pages 141 à 145, article

15 - Alain DORÉMIEUX & Jacques GOIMARD, Deux héros retrouvés : Mandrake et Flash Gordon, pages 147 à 158, critique(s)

16 - (non mentionné), Table des récits parus dans « Fiction » : deuxième semestre 1964, pages 159 à 160, index


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Immanquablement, ce serait déflorer le sel de cette belle nouvelle que de dire que L'amour et la mort pourrait être la source d'inspiration de (spoiler) ces films que sont The Truman Show ou Synecdoche New-York. Les va-et-vient de l'intrigue pour présenter les différents protagonistes de l'histoire nous rappelleront quant à eux le style de Kurt Vonnegut, ainsi que la famille Wyke si proche dans sa folie douce et sa mégalomanie de la famille Rumfoord des Sirènes de Titan (1959) du même Vonnegut. Et doit-on rappeler que l'alter ego de Vonnegut, son "moi en mieux", se nomme Kilgore Trout (truite) et qu'il aurait été inspiré à Vonnegut par Sturgeon (esturgeon) ? Quoi qu'il en soit, voilà une fois encore une magnifique nouvelle de Theodore Sturgeon.

A noter qu'Alain Dorémieux en proposera une nouvelle traduction dans son anthologie "Symboles secrets" consacrée à Theodore Sturgeon (Casterman, 1980, repris en Omnibus, 2005).


Ce même Alain Dorémieux qui avoue revisiter dans Cauchemar vert la Shambleau de Catherine L. Moore. En effet, mais c'est aussi une planète piège qu'il évoque, tandis que nous retrouvons, malgré le couvert du pseudonyme de Gilbert Atlante, cette obsession des rapports des hommes avec des femmes toujours un peu mantes religieuses.


L'envahisseur qui a asservi l'humanité ne peut que se conduire en nazi… ou en bureaucrate. Avram Davidson fait état d'une existence d'esclave privée de sens, des corps machine et des esprits inhibés par la peur; mais où subsiste encore un désir : L'évasion. Mais pour aller où ?

 

Lionel Storm est une petite nouvelle sur une spéculation scientifique, comme Pierre Versins sait si bien les faire. Ici : magnétisme et décollage vers l'espace.



Tout comme dans la nouvelle précédente de Avram Davidson, la modernité peut révéler quelque motivation terrifiante dans ses aspirations à l'efficacité, à l'échelon industriel de ses capacités, à la mécanisation de ses compétences, ou à ses velléités de pureté. Jane Roberts - le devinera-t-on  en révélant le titre : Nettoyage en profondeur ? - évoque ici l'enfer des … laveries automatiques.


Dans Preuve par l'absurde, qui témoigne d'une certaine vie parisienne, Roland Topor se moque gentiment des occultistes à la petite semaine qui se nourrissent d'explications tautologiques et sont "abonnés à Planète" - la revue ésotérico scientifique de Pauwels et Bergier fondée après le succès controversé de leur essai Le matin des magiciens. Il faut dire aussi que le mouvement Panique de Topor, Arrabal, Sternberg et Jodorowsky aurait lui plutôt tendance à provoquer du scandale plutôt que de créer du mystère.


On continue avec les "paniques" : les "textes brefs" de Jacques Sternberg  (comme la rédaction de Fiction nommait depuis plusieurs mois leur parution annoncée) jouent sur une idée souvent métaphysique et distille l'essence d'une angoisse sourde et qui ne se révèle jamais jusqu'au bout, laissant le lecteur se dépatouiller avec une délicieuse étrangeté. La géométrie dans l'impensable tient bien cette promesse. On savait que l'auteur se faisait rares dans les pages de Fiction, que ses appétits le menaient vers d'autres formes et d'autres univers littéraires. Ces textes brefs de La géométrie dans l'impensable seront les derniers publiés dans la revue, bien que Sternberg ne quittât pas pour autant la science-fiction ni le fantastique par la suite.

Notons que parmi ces textes brefs, seule "La créature" sera reprise dans son recueil "Univers zéro" (Marabout, 1970).


Celui qui possède le tigre détient le pouvoir, mais seul le tigre est puissant. Voilà en substance le contenu de Le tigre automate, fable morale de Kit Reed un peu cousue de fil blanc mais fort agréable à suivre dans l'évolution des sensations qu'elle procure.


Côté "Classiques", on notera que le fantastique n'intervient qu'à la toute fin de Le lapidaire, nouvelle au style chatoyant et finement ciselé. Certes, l'enjeu est ténu et les circonstances longuement détaillées, mais le verbe de Maurice Renard (c'est l'une de ses primes histoires parues en 1905 sous le pseudonyme de Vincent Saint-Vincent) sait déjà illuminer et charmer.



Dans la rubrique des films, Bertrand Tavernier ouvre son compte-rendu sur le cinéma de SF aux USA  par un bon instantané de l'époque. : 

Monsters, Chillers et Spookatons

La science-fiction enterrée ? Le fantastique en voie de disparition ? Allons donc ! Il suffit de faire un petit tour du côté de New York ou de Los Angeles pour s'apercevoir de la fausseté de ces affirmations. 

Ces deux genres, au contraire, sont en train de reconquérir un vaste public, tant par le biais des livres et des revues que des films et de la télévision. Il est vrai que l'Américain moyen est déjà conditionné par le contexte dans lequel il vit, extraordinaire tremplin pour l'imagination : villes aux constructions fabuleuses, mythiques, qui sans arrêt se transforment, changent de visage. En quelques mois, nous affirmait Roger Corman, des immeubles entiers disparaissent, sans cesse remplacés. Il n'est pas rare de voir des gens errer à la recherche d'un pâté de maisons qui n'existe plus ou qui s'est transformé en gratte-ciel futuriste… Asimov n'est pas si loin.

Le public, on essaye de le prendre maintenant dès le plus jeune âge, en lui donnant, à la place des panoplies d'indiens, des scaphandres et des armes atomiques lui permettant d'affronter – frisson nouveau – des monstres mécaniques tenant le milieu entre Godzilla et Dinosaurus : un tour de clé et les voilà qui saccagent une ville miniature ou des rampes de fusées, détruisent le train électrique avant de se heurter au cosmonaute qui les stoppe grâce à son armement ultra-moderne.

31 décembre, 2025

Fiction n°131 – Octobre 1964

Beaucoup de récits courts permettent à la rédaction de multiplier les styles et les auteurs de ce numéro, dont seuls les auteurs anglo-saxons resteront sans publication ultérieure à ce numéro. C'est l'occasion de découvrir de belles raretés de Mack Reynolds, de Joanna Russ ou de Avram Davidson, pour ne citer que les principaux. Les auteurs français s'en tirent honorablement, avec les inévitables Demuth, et Dorémieux sous pseudonyme.

René Laloux signe cette couverture
de proto Planète Sauvage.

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Sommaire du Numéro 131 :


1 - (non mentionné), Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 6 à 6, bibliographie

NOUVELLES


2 - Mack REYNOLDS, Les Pacifistes (Pacifist, 1964), pages 7 à 25, nouvelle, trad. Christine RENARD *

3 - Doris Pitkin BUCK, Le Monde des illusions (Come Where My Love Lies Dreaming, 1964), pages 26 à 40, nouvelle, trad. Christine RENARD *

4 - Miriam Allen DEFORD, Chaque chose en son temps (All in Good Time, 1960), pages 41 à 49, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

5 - Luc VIGAN, L'Objet de l'amour, pages 50 à 65, nouvelle

6 - James RANSOM, Le Rat qui savait (Fred One, 1964), pages 66 à 77, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

7 - Michel DEMUTH, L'Empereur, le Servile et l'Enfer, pages 78 à 83, nouvelle

8 - Joanna RUSS, Il est une autre rive... (There Is Another Shore, You Know, Upon the Other Side, 1963), pages 84 à 97, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

9 - Avram DAVIDSON, Nigra Sum (Negra Sum, 1957), pages 98 à 106, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

10 - T. P. CARAVAN, La Cour de Tartarie (The Court of Tartary, 1963), pages 107 à 113, nouvelle, trad. Michèle SANTOIRE *

11 - Roland TOPOR, Le Spectacle est permanent, pages 114 à 116, nouvelle

12 - Jack SHARKEY, La Fin du rêve (Survival of the fittest, 1964), pages 117 à 125, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

13 - Jacques LOB, Humour : Lob, pages 127 à 129, bande dessinée

CHRONIQUES


14 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 130 à 141, critique(s)

15 - COLLECTIF, L'Écran à quatre dimensions, pages 142 à 151, article

16 - Anne TRONCHE, Rétrospective du surréalisme, pages 153 à 155, critique(s)

17 - Demètre IOAKIMIDIS & Pierre STRINATI, Science-fiction à Trieste, pages 156 à 158, article


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


— « Je représente les Pacifistes, sénateur. Il y a environ une heure, votre fils a été enlevé. Vous êtes une personnalité de première importance. Vous réalisez certainement ce que cela implique. »
— « Fredric ! Vous avez tué un petit garçon de neuf ans ! »
— « J'ai tué beaucoup de petits garçons de neuf ans, » dit Casey, la voix morne.
— « Vous êtes un monstre ! »
— « J'ai été pilote de bombardier, sénateur. »

Mack Reynolds nous propose avec Les pacifistes une bonne nouvelle concernant l'adage "la fin justifie les moyens". Ici, une organisation criminelle autoproclamée "pacifiste" tue les "méchants" qui menacent la paix dans le monde. Mais la soumission à la menace est-elle plus efficace qu'une démonstration ou qu'un débat ? On ne tyrannise pas un tyran si l'on veut libérer un peuple, semble-t-il.


Comme l'écrit la rédaction de la revue en présentant Le monde des illusions : "une société entière aux coutumes régies par l'usage de drogues à illusions qui s'y trouve évoquée." On le verra dans les années à venir, c'est là même le terreau des récits de Philip K. Dick. Mais Doris Pitkin Buck emprunte elle-même certaines idées à d'autres, comme celle-ci : "Même les 1.500 kms de hauts-fonds pris sous l'Atlantique l'été précédent n'avaient pas arrangé les choses. La Terre grouillait de monde. Un jour, pensa-t-elle, il y aurait des parcs Nationaux sur Vénus et ce serait toujours ça. " On retrouve le sujet de "Planète à gogos" de Frederick Pohl et Cyril M. Kornbluth.

Il y avait beaucoup à apprendre de ce monde d'avant l'homme. Le monde d'aujourd'hui pourrait peut-être redevenir vivable si quelque chose sélectionnait… Elle ne poursuivit pas l'idée plus loin.

Surpopulation, manque d'intimité, désintérêt pour l'autre, puis pour la réalité… Oublier ses propres enfants comme un dinosaure se détourne de ses propres œufs… D. P. Buck nous dresse un tableau sordide de la vie sans but ni passion d'une société qui dénie ses problèmes à coup d'illusions chimiques et s'abrutit davantage génération après génération. On repensera aussi au Congrès de futurologie de Stanislas Lem.


Sous une forme originale (le cours de Droit d'un professeur d'université), Chaque chose en son temps est une sympathique petite nouvelle de Miriam Allen DeFord sur un type de paradoxe temporel particulier.


Alain Dorémieux explore comme une obsession, sous le pseudonyme de Luc Vigan, encore et toujours les rapports étranges et morbides avec d'autres formes de vies, dans L'objet de l'amour. On se rappellera La Vana, mais ici l'état étranger est celui de la mort, une cataplexie façon Madeline Usher tout du moins. On retrouvera Luc Vigan dans de futurs numéros de Fiction, mais cette fois-ci pour faire la planque à... André Ruellan et Gérard Klein.


On se prend de pitié pour les pauvres animaux de laboratoire au taux de mortalité plus élevé que leurs homologues sauvages. Inévitablement, on pourra évoquer "Des fleurs pour Algernon", mais Le rat qui savait prend un autre point de vue tout aussi pathétique, sous la plume de James Ransom, inconnu au bataillon.


Dans L'Empereur, le Servile et l'Enfer, Michel Demuth nous propose une forme contée, un peu allégorique, que la rédaction nous présente comme un défi nouveau de la SF. Mais ce serait oublier un peu vite d'autres œuvres comme celles, de la même époque, de Cordwainer Smith par exemple, et pour n'en citer qu'un. L'histoire contée toutefois est plaisante et bien proportionnée. Plus tard, ce sera Andreas Esbach qui nous étonnera avec cette forme dans "Des milliards de tapis de cheveux".


Après "Chère Emily", Joanna Russ lorgne toujours du côté des sœurs Brönte et propose le portrait d'une jeune femme singulière et attachante, qu'on découvre avec cela fantasque car fantastique. On pourrait s'attendre à la fin, mais le voyage dessiné dans Il est une autre rive… est plus important que la chute.


Encore une fois, Avram Davidson met à profit une érudition mâtinée de fiction pour justifier habilement les enchantements et les mystères. Cette fois-ci, dans Nigra Sum, c'est avec encore plus de concision et de discrétion qu'il nous guide au milieu de ressentis manipulés par le surnaturel.


La cour de Tartarie évoque l'incapacité à se faire comprendre de plus "bête" que soi. On y assiste à la détresse d'un professeur d'université transformé en bœuf. Ça grince, bien évidemment, pour cette nouvelle de Charles Munoz sous le pseudonyme de T. P. Caravan.


Roland Topor déroule son personnage narrateur plus lucide que la masse des autres, et qui en fait par nature un bouc-émissaire tout désigné. L'absurde de moyens dénués d'une fin, une fois de plus chez Topor, nous invite à questionner la portée de nos actes sociaux ou sacrés, ici dans Le spectacle est permanent.


"La vie et le monde étaient comme dépendants de moi", écrivait Dostoievski dans "Le rêve d'un homme ridicule". Jack Sharkey nous propose une histoire d'escamotage, La fin du rêve, celle-ci axée sur les distinctions entre le rêve et la réalité, et l'angoisse de faire disparaître un monde en regagnant l'autre.



En complément au Fiction Spécial n°6 "Science-Fiction italienne" que nous vous proposions la semaine dernière pour Noël, ce numéro brosse une petite rétrospective de la convention de science-fiction qui venait de se tenir à Trieste.

Le PReFeG vous propose également