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16 avril, 2025

Fiction n°107 – Octobre 1962

Pour ce dernier numéro d'une "ancienne" formule annoncée - 144 pages sur un papier presque "pulp", mais qui, un peu plus de 60 ans plus tard, tient tout de même encore assez bien la route - la rédaction de Fiction semble solder tous ses "auteurs mineurs" et prendre son élan avant le prochain numéro. Par "auteurs mineurs", il convient de préciser qu'il s'agit d'auteurs fort peu réédités ensuite, et en cela ce numéro est un festival de raretés, hormis l'illustrissime Jorge Luis Borges toujours d'une très grande qualité.


Un clic droit sur cette digue de l'imagination !

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vous invitera à télécharger le livre au format epub.

Sommaire du Numéro 107 :


1 - (non mentionné), Pourquoi une nouvelle formule ?, pages 3 à 3, éditorial
2 - (non mentionné), Nouvelles des auteurs de ce numéro, pages 6 à 6, bibliographie

NOUVELLES

3 - Francis George RAYER, Un vaisseau d'un autre monde (Alien, 1959), pages 7 à 21, nouvelle, trad. (non mentionné) *

4 - Jérôme SERIEL, L'Œil du Sgal, pages 22 à 30, nouvelle *

5 - Murray LEINSTER, Les Robots assassins (The Case of the Homicidal Robots, 1961), pages 31 à 52, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

6 - Jorge Luis BORGES, Les Ruines circulaires (Las ruinas circulares, 1940), pages 53 à 57, nouvelle, trad. Paul VERDEVOYE

7 - Georges GHEORGHIU, Le Festin de l'araignée, pages 58 à 67, nouvelle *

8 - Wade MILLER, Chienne de vie ! (How Lucky We Met, 1960), pages 68 à 73, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

9 - Stuart PALMER, Déclaration d'amour à trois dimensions (Three-Dimensional Valentine, 1959), pages 74 à 84, nouvelle, trad. Elisabeth GILLE *

10 - Kit REED, Le Règne de Tarquin le Superbe (The Reign of Tarquin the Tall, 1958), pages 85 à 97, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

11 - Laurence ALBARET, Le Grand ventre, pages 98 à 104, nouvelle *

12 - Jacques BOUCHER DE CREVECOEUR dit BOUCHER DE PERTHES, Mademoiselle de la Choupillière, pages 105 à 115, nouvelle

13 - Monique DORIAN, Vous êtes si chaud, petit monstre..., pages 116 à 120, nouvelle *

14 - Jean-Pierre KLEIN, Quatre minutes de retard, pages 120 à 121, nouvelle *

15 - Bernard HALLER, Marguerite et Hermann, pages 122 à 123, nouvelle *

16 - Christine RENARD, Lettre de Claerista à l'hermite très saint, pages 123 à 125, nouvelle

 

CHRONIQUES

17 - Gil SARTÈNE Boris Vian : cet Etranger qui jugea la Terre, pages 126 à 129, article

18 - Demètre IOAKIMIDIS, Notes de lectures, pages 131 à 133, critique(s)

19 - (non mentionné), En Bref, pages 134 à 135, article

20 - Pierre VERSINS, Fanactivités, pages 137 à 140, chronique

21 - Jacques GOIMARD, Mythrobolant, mythrologique, ni trop glycériné, pages 141 à 144, article


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

Il est question du problème passionnant d'un premier contact dans Un vaisseau d'un autre monde, de Francis George RayerUn aspect un peu hard science pourrait dérouter un lecteur peu sensible aux aspects scientifiques, dans un va et vient de perceptions entre deux systèmes confrontés l'un à l'autre. Rayer met surtout en avant combien la hiérarchisation des dimensions (hauteur, longueur, largeur et temps) rend notre perception de l'espace-temps subjective, et peut rendre toute compréhension mutuelle impossible. Dans son célèbre roman "Solaris", l'auteur polonais Stanislas Lem développera ce même postulat sur une échelle autrement plus cosmique.

On aurait pu croire à une parodie du style Henneberg si Jérôme Sériel ne s'était pas tant pris au sérieux dans L'œil du Sgal. Malheureusement, n'est pas Flaubert qui veut, et il ne suffit pas d'aligner des néologismes abscons et des aubes inutilement colorées de jade et d'émeraude pour embarquer le lecteur. On passera volontiers devant cet hymne guerrier qui n'apporte rien de plus qu'une progression inepte vers un but dont on n'a cure.

Murray Leinster s'amuse à faire une enquête à la Asimov en posant une situation qui irait à l'encontre de la première loi de la robotique : un robot ne peut nuire à un homme. Les robots assassins est une habile histoire de chasse aux pirates spatiaux, qui se déploie de façon un peu vieillotte, certes, mais tout à fait charmante.

Jorge Luis Borges maître des cercles concentriques ne pouvait que nous émerveiller dans Les ruines circulaires. D'un style forgé à l''aune du conte, il tisse son propos dans l'étoffe des songes. Ici, le fantastique devient l'universelle pulsion de la créativité. En bref, un récit inspirant d'un auteur visité par les muses de la fiction, rien de moins !

Mais les muses sont parfois fantasques. On sent bien que Georges Gheorghiu avait une idée en tête en commençant Le festin de l'araignée, mais qu'il en a trouvé une autre meilleure en chemin. Ce ne sont que des suppositions, mais elles témoignent avant tout de l'étrange polarité de genre et de traitement qui aurait peut-être méritée d'être plus lissée.

Deux êtres, qui se pensaient différents des autres, se rencontrent. Il n'en faut pas plus pour commencer à faire communauté. L'histoire de Chienne de vie ! est peut-être un peu gratuite, si elle n'avait une valeur allégorique. Au final, ce récit sert à véhiculer du réconfort, ce qui n'est déjà pas si mal. Son auteur, Wade Miller, est en réalité le double pseudonyme de Robert Wade et Bill Miller., qui signent aussi des nouvelles policières sous le nom de Whit Masterton.

Troisième et dernière publication de Stuart Palmer dans les pages de Fiction (et ses seules traductions françaises à ce jour), Déclaration d'amour à trois dimensions reprend, à partir d'expériences réelles, les observations sur les effets de différentes drogues sur le tissage des toiles par les araignées. C'est avant tout le prétexte à une bluette agréable, mais qui n'en rend pas moins un son creux. On peut se demander ce que l'auteur y a voulu expliciter.

Avec Le règne de Tarquin le Superbe, il faut se figurer tout ce qu'il peut y avoir entre les lignes pour compléter le tableau de ses enfants et jeunes adultes vivant en communauté. Tarquin le Superbe fut le dernier Roi de Rome au Vème siècle av J.C. ; on pressent, par un certain nombre d'indices, que personne n'a vraiment toute sa tête et que les jeux d'enfants sont ici les symptômes névrotiques - à moins que Kit Reed ne transpose ici Tite-Live (voir Fiction n°93).

Le grand ventre, de Laurence Albaret, propose un voyage corporel au pays de la famine, qui prend des allures à la Sternberg sur sa fin… Mais devant un dénouement attendu, on reste… sur sa faim.

On pourrait aussi se douter de la chute de Mademoiselle de la Choupillière, menée à la mode sarcastique du XVIIIème Siècle. On y découvrira toutefois l'un des plus anciens textes de science-fiction propre à défriser l'inventivité d'un Karel Čapek. Boucher de Perthes, qui fut peut-être le fondateur de l'étude de la Préhistoire en postulant l'existence d'un "Homme antédiluvien", fait preuve de beaucoup d'humour, dans un tableau sardonique de la vie bourgeoise de province, et un défilé d'hypocrisies qui ne lâche jamais prise.

Quelques courts récits complètent le florilège d'inédits de ce numéro 107 : Vous êtes si chaud, petit monstre… propose une variation autour du thème du vampire ; cette nouvelle comme la précédente de Monique Dorian (madame Alain Dorémieux) est troublante au regard de son triste destin (voir Fiction n° 78).

Ensuite, et sans fournir les explications qui en feraient une histoire de science-fiction, Jean-Pierre Klein s'amuse à imaginer deux êtres qui vivraient dans deux temps décalés, l'un avec Quatre minutes de retard par rapport à l'autre. Car après tout, tout est relatif.

Très courte, construite en poupées gigognes, Marguerite et Hermann, novelette du comédien et auteur Bernard Haller, a le mérite de poser son idée sans développement superflu. Sur le même thème, on repensera à la nouvelle de John Collier "L'âge tendre" (in Fiction n°101).

Lettre de Claerista à l'hermite très saint termine ce petit feu d'artifice de textes courts. Traitant du désarroi de l'être dépouillé de tout, même de son être, l'intérêt de ce court et beau texte de Christine Renard réside surtout dans les mots non formulés de l'hermite, qui lui s'est dépouillé du superflu et du terrestre.

Une rubrique "En bref" (qui rappelle les anciennes "notules cosmiques") nous propose un extrait d'article de Damon Knight qui pourrait figurer en en-tête de la revue :

"Fiction" vu des U.S.A.

Commentaire de Damon Knight à propos de « Fiction », dans un numéro récent de notre « revue-mère » américaine : « la longue vie de ce délicieux magazine est due au talent et à la ferveur de ses responsables, qui savent joindre aux histoires américaines les meilleures œuvres d'une nouvelle génération d'auteurs français de science-fiction et de fantastique. (…) Les auteurs français de science-fiction constituent maintenant un groupe, qui ne méconnaît pas sa dette envers la science-fiction anglo-saxonne, mais qui a su créer un ton personnel. » Citons encore un jugement sur Jean-Claude Forest, « dont les dessins, » dit Damon Knight, « devraient depuis longtemps figurer sur les couvertures américaines ». (On sait que grâce aux traductions de Knight, nos auteurs français – notamment Charles Henneberg – commencent à être connus en Amérique.)

Nous l'évoquions en début d'article : Fiction annonce une nouvelle formule pour le numéro 108 (Novembre 1962). En voici l'annonce :

Pourquoi une nouvelle formule ?


Depuis des années, deux remarques revenaient constamment dans le courrier de nos lecteurs :

« Donnez-nous plus à lire. »

« Votre contenant n’est pas digne de votre contenu. »

Après réflexion, le succès de la revue nous incite aujourd’hui à prendre cette décision :

A partir du mois prochain, « FICTION » passe à 176 pages (au lieu de 144) et paraît sur papier plus luxueux.

Notre nouveau prix de vente sera de 2,50 NF. Compte tenu de la présentation améliorée et d’un accroissement de lecture de l’ordre de 25%, ce prix reste modique. Faut-il souligner qu’il y a autant à lire dans un numéro actuel de « FICTION » que dans n’importe quel roman de science-fiction, vendu de 4 à 6 NF en librairie ?

Amis lecteurs, vous nous avez toujours fait confiance. Nous ^comptons sur votre fidélité pour aider à la réussite de cette tentative.

Nous vous faisons d’ailleurs une offre : si vous le désirez, vous pouvez continuer à lire « FICTION » pendant un an à son ancien prix. En effet, tout abonnement souscrit par vous avant le 1er novembre bénéficiera des tarifs actuels, ce qui sur douze mois vous fera économiser 13 NF ! (De même, tous les abonnements en cours seront servis jusqu’à leur terme, malgré l’augmentation de prix.)


A l’occasion de ce changement de formule, notre prochain numéro aura un sommaire hors série. Vous y trouverez : Poul Anderson, Jorge Luis Borges, Arthur Clarke, Robert Heinlein, Nathalie Charles-Henneberg, Fereydoun Hoveyda, Gérard Klein, Fritz Leiber, Richard Matheson, Jean Ray, Idris Seabright et, dans le Rayon des Classiques, Montague James.

Et dans le futur, bien entendu, vous lirez comme toujours dans « FICTION » les meilleurs récits des meilleurs auteurs !

Sans tout en dévoiler, et à propos de ce sommaire en effet très "alléchant", nous pouvons toutefois annoncer qu'il n'y aura pas de texte de Nathalie "Charles-Henneberg" dans le numéro 108, bien qu'elle continue d'y être citée comme faisant partie du corpus de ce numéro. Iphigénie sacrifiée avant l'assaut pour faire se lever les… ventes !

On lira à ce sujet cette petite note de la rédaction de Fiction dans le numéro 109 :

Dénonciation de Nathalie Henneberg.

Le sommaire de notre dernier numéro devait comporter une nouvelle de Nathalie Charles-Henneberg (celle-ci, retardée, se trouve finalement dans le présent numéro). Marcel Battin en profite pour juger en ces termes l'auteur, dans le numéro de « Karellen-Orion » de septembre : « On attend avec curiosité le « Fiction » nouvelle formule. Le sommaire du numéro de novembre est bien alléchant. Une seule fausse note : Nathalie Ch. Henneberg. Moi je la trouve horripilante, la bergère. Pas vous ? »

Qu'en pensent nos lecteurs ? (Quant à nous, une seule réaction : hautement, flegmatiquement et impavidement, nous PROTESTONS.)

Le n°110 publiera de plus un échantillon de courriers de lecteurs outrés de la critique de Marcel Battin, et défendant, souvent avec beaucoup d'humour, Nathalie Henneberg. (Voir notre article Fiction n°110)

15 janvier, 2025

Fiction n°094 – Septembre 1961

Une majorité de raretés pour ce numéro, avec des auteurs anglo-saxons qui tiennent le haut du pavé, pour une science-fiction qui s'affranchit des codes de "l'âge d'or" (Chad Oliver et John W. Vandercook en tête). Les autrices et auteurs françaises ne sont pas en reste, entre autre avec une troublante prémonition signée Anne Merlin.

Un clic droit sur la couverture pour obtenir votre epub.

Sommaire du Numéro 94 :


NOUVELLES

 

1 - Chad OLIVER, Entre le tonnerre et le soleil (Between the Thunder and the Sun, 1957), pages 3 à 47, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

2 - John WYNDHAM, Nœud dans le temps (A stitch in time / Stitch in time, 1961), pages 48 à 59, nouvelle, trad. Elisabeth GILLE *

3 - Jérôme SERIEL, Les Calmars d'Andromède, pages 60 à 70, nouvelle *

4 - Algis BUDRYS, L'Épave d'un autre monde (The Edge of the Sea, 1958), pages 71 à 87, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

5 - Gaston LEROUX, Une histoire épouvantable, pages 88 à 99, nouvelle

6 - Anne MERLIN, Le Joueur de flûte, pages 100 à 100, nouvelle *

7 - Henri DAMONTI, Faut-il choisir ce métier ?, pages 101 à 109, nouvelle *

8 - John Womack VANDERCOOK, La Masse (The challenge, 1956), pages 110 à 127, nouvelle, trad. Roger DURAND *

9 - Sybil BANGOR, L'Œil, pages 128 à 129, nouvelle *

10 - Jean-Pierre KLEIN, Entre deux rideaux, pages 129 à 131, nouvelle *

CHRONIQUES


11 - COLLECTIF, Tribune libre, pages 133 à 138, article

12 - Demètre IOAKIMIDIS & Pierre VERSINS, Notes de lecture, pages 139 à 143, critique(s)


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

Dans Entre le tonnerre et le soleil, une loi terrienne interdit toute ingérence sur des mondes où les civilisations sont considérées techniquement inférieures ; mais que faire lorsque l'on constate qu'une famine menace ces mêmes civilisations du fait de leur arriéré technique ? La question du colon qui se donne bonne conscience en apportant sa science aux "pauvres peuples barbares" est ici posée avec toute sa complexité par un Chad Oliver au seuil des considérations écologiques encore en construction.

A ce propos, on notera, au travers du texte de présentation, qu'on parle d'œcologie (et pas encore d'écologie) pour présenter cette première nouvelle. (Voir aussi Fiction n°19 de juin 1955 : "L'oecologie " étudie l’interconnexion des diverses formes de la Vie. Elle montre de quelle façon les espèces vivantes s’imbriquent entre elles pour former ce que le savant américain John H. Storer a appelé « la toile d’araignée de la vie » (The web of life). Toute perturbation touchant un des fils de cette immense toile rejaillit sur tout le reste. L’expérience de l’insecticide DDT vient de le montrer de façon inquiétante : si le DDT a détruit certains insectes nuisibles, il a par ailleurs gravement influé sur le rythme vital d’autres espèces végétales et animales."). 

Perçue peut-être comme une science annexe au seuil de ces années 60, l'écologie sera par contre très prisée dans la SF des années 70, et en cela Chad Oliver est en avance sur les considérations des auteurs parmi ses contemporains.

Mais surtout, loin d'un pessimisme post-apocalyptique souvent reproché à cette littérature, Oliver imagine des forces de reconstruction écologiques, par l'introduction de tout un écosystème. Même si la chose pourrait paraître simpliste ou carricaturale pour un biologiste, force nous est de constater que nous n'en sommes à l'heure actuelle pas même arrivés au stade de pouvoir l'envisager.

Chad Oliver est aussi et surtout un humaniste, et possède un talent sûr pour décrire les sensations et les mouvements psychologiques. En témoigne ce beau passage sur la mise en hibernation et les sensations qui en découlent :

On le fit passer par un sas dans une pièce froide. Il s'y trouvait une dalle blanche, qui évoquait assez bien une table d'opération. Il s'étendit dessus après s'être déshabillé. Son dos s'était crispé en prévision du contact froid, mais la table avait été tiédie. 

Le médecin lui adressa son plus beau sourire professionnel, vérifia une dernière fois ses antécédents au point de vue maladie.

— « À dans cinq ans, » dit-il.

Il enfonça la seringue, une grosse aiguille. Cela fit mal, mais pas excessivement.

Schaefer ne constata d'abord aucun changement, mais quand les infirmiers le déposèrent sur une civière, il découvrit que son corps n'éprouvait plus aucune sensation. Il essaya de remuer les doigts. Ils ne bougèrent pas.

L'autre sas s'ouvrit.

Les infirmiers remontèrent la fermeture à glissière de leur costume et le transportèrent de l'autre côté.

Ils étaient maintenant dans l'hibernateur. Il devait y faire froid, car de la vapeur montait des vêtements des infirmiers. Mais le corps nu de Schaefer était insensible. Il ne pouvait pas tourner la tête ; cependant il en voyait assez. Il en voyait plus qu'il ne l'aurait souhaité.

Des catacombes.

Des parois luisantes percées à intervalles réguliers de niches où il y avait des silhouettes raides et immobiles. Il ne distinguait pas les visages ; ceux-ci étaient recouverts par des masques et des tubes.

Ils le firent glisser dans sa case et il ne sentit rien. Il les vit insérer deux tubes flexibles dans ses narines.

Puis, ce fut le masque.

Il ne voyait plus rien. 

Voilà ce que doit être la mort. Je ne peux ni voir ni entendre ni sentir. Je n'éprouve aucune sensation. Ni panique, ni peur, ni froid. Il n'y a rien. Je n'existe pas.  

Son esprit commença à s'engourdir. Il n'arrivait plus à penser de façon cohérente. Du tréfonds de lui-même naquit un certain respect pour l'amiral et pour tous les hommes qui voguaient dans cet océan plus étrange que tous les océans… 

Ce fut tout. 

Il avait cessé d'être.

Pour terminer sur Chad Oliver, on se souvient peut-être de ses nouvelles parodiques, écrites avec Charles Beaumont, qui s'amusaient allègrement des clichés de la science-fiction des années '30 et '40 ("Claude à travers le temps", puis "Claude l'invincible", in Fiction n°33 et 34). On retrouvera la même distance comique avec l'extrait suivant, sur un fond toutefois plus "sérieux". Mais au-delà de la plaisanterie, cet extrait renseigne toutefois bien sur la démarche de maints auteurs de SF de cette époque de dépasser l'infantile image d'une littérature pour adolescents attardés, et rendre le genre plus "adulte".

Comme c'eût été agréable, songea Schaefer, si tout avait pu se passer héroïquement et sans dommage, comme pour la Patrouille Spatiale à la télévision en 3 D. Vous atterrissez sur Argile VII, qui ressemble à la Terre, ses montagnes mises à part, dont les découpes en dents de scie ne pourraient exister sur une planète dotée d'une atmosphère. Vous enfilez votre uniforme impeccable, hachez menu une horde de reptiles visqueux à l'aide de votre désintégrateur, délivrez une femme ravissante mais chaste et mettez sur pied en cinq minutes une invention mirobolante. Puis tandis que l'ennemi se retire en désordre, vous arborez votre sourire énigmatique et disparaissez dans les étoiles et la réclame de la firme qui patronne votre émission. 

Le plan prévu était différent.

L'équipage devait rester à bord de la fusée. Schaefer et Sandoval prendraient des coptères pour aller étudier de manière approfondie leurs problèmes respectifs. Les hommes des Nations Unies quadrilleraient la région avec des caméras et autres appareils enregistreurs afin de vérifier divers points.

Nœud dans le temps évoque le miracle thermodynamique… À travers des brèches dans le temps, John Wyndham fait le double constat qu'on ne peut rien faire contre le flux des événements et qu'il est difficile d'accepter le devenir du monde (surtout abîmé par la guerre). Une histoire sur un ton très "twillight zone".

On passe sur le désuet et l'inepte de Les calmars d’Andromèdenouvelle sans style et sans surprise de Jérôme Sériel. Un bel exemple d'une SF datée et infantile…

L'épave d'un autre mondenouvelle un peu divulgachée par son titre français (dommage…), est palpitante, avec un protagoniste tenace et courageux qui lutte contre un ouragan pour conserver une découverte insolite rejetée par la mer. Le récit est signé Algis Budrys.

Une histoire épouvantable est une farce grandguignolesque qui rebondit sans cesse ; une histoire de marin ? Pas tout à fait. Un récit d'épouvante sur des puissances invisibles ? Et non. Des fantômes ? Pas davantage. Gaston Leroux "nous mène en bateau", sûr de son métier et de ses effets.

Il faut lire entre les lignes Le joueur de flûte d'Anne Merlin, qui de prime abord pourrait faire penser à un récit de rêve assez similaire à "Nyarlathotep" de Lovecraft. On peut se permettre de saisir l'éventuelle allusion aux manifestations populaires du 14 juillet, interrompues depuis celle de 1953 terminée par une répression sans concession envers les manifestants indépendantistes algériens - les forces de l'ordre tirent sur la foule Place de la Nation. Mais peut-être Anne Merlin parle-t-elle de tout autre chose. 

On ne peut toutefois qu'être troublé par la prémonition de l'autrice : en effet, dans la nouvelle d'Anne Merlin, on entraîne une foule dans la Seine. Un mois après la parution de ce texte, le 17 octobre 1961, des manifestants algériens défilent dans les rues de Paris, femmes et enfants compris, pour protester contre le couvre-feu qui frappe les citoyens algériens à Paris et sur l'hexagone ; la manifestation est très sévèrement réprimée, des manifestants sont jetés dans la Seine par les forces de l'ordre, sur ordre du Préfet de police Maurice Papon. Le fait historique mettra du temps à émerger dans le récit national officiel (il faudra attendre le procès de Maurice Papon pour ses méfaits de collaboration avec le régime nazi), et l'Etat français mettra 50 ans à reconnaître sa faute.

L'histoire de Faut-il choisir ce métier ? est celle d'un homme qui veut se faire prophète parce qu'il est paresseux, et que le "métier" en vaut bien un autre. Comme souvent avec Henri Damonti, l'ensemble est plaisant mais sonne creux. 

La Masse, initialement parue dans le Mystère-Magazine » n°71 de décembre 1953, est une histoire de force invisible, mais qui ne se contente pas d'être un conte d'épouvante et s'affirme aussi dans sa vertu d'allégorie. L'ensemble est brillamment mené conjointement sur ces deux niveaux de lecture par John Womack Vandercook.

Il est question de la présomption de l'esprit scientifique, lorsqu'il se targue de tout pouvoir expliquer pourvu qu'on le laisse expérimenter, dans le banc d'essai à Sybil Bangor qui nous propose L’œilC'est une plaisante nouvelle par sa concision, mais rien de plus. 

Un style concis là encore, et une façon d'entrer dans le vif sans exposition qui rappelle fortement le style de Buzzati, avec Entre deux rideaux, par Jean-Pierre Klein. L'histoire de cette chorale de "clones" confine au drame sourd sans en dire davantage. Intriguant. 

Deux extraits (et deux bonus leur correspondant !) vous sont proposés ci-après : 

Tout d'abord une petite note d'un lecteur qui évoque la bande dessinée de René Pellos intitulée "Futuropolis". Le nom rappellera sans doute aux lecteurs de BD le nom d'une célèbre maison d'édition de qualité, baptisée ainsi en hommage à ce travail. Mais ce sont les éditions Jacques Glénat qui feront un très beau travail de réédition de l'oeuvre en question ici. Voici donc la lettre parue dans Fiction (et l'ouvrage au format .cbz en bonus).

Un premier Bonus à la seconde !

Futuropolis

En ce qui concerne les dessins que Pellos a réalisés pour « Junior », j'avoue n'avoir conservé aucun souvenir de « J.J. Ardent athlète », mais je m'étonne par contre de ne vous voir faire aucune allusion à sa bande intitulée « Futuropolis », assez remarquable, à l'ambiance grandiose et échevelée5 . Le même Pellos a publié, dans les derniers numéros de « Jean-Pierre », une bande intitulée « Electropolis » dans laquelle la Terre, par suite d'un cataclysme épouvantable, se fragmentait en plusieurs parties ; sur celle emportant l'ancienne Europe, dans un Paris aux trois quarts détruits, des réfugiés construisaient aux pieds de la Tour Eiffel restée debout une ville sous cloche car ils avaient à lutter contre la nouvelle pression atmosphérique ; à noter que la réorganisation de l'atmosphère ayant déterminé des différences de potentiel considérables dans ses diverses couches, ces nouveaux Parisiens avaient la possibilité d'utiliser directement la Tour comme générateur ! Mais bientôt sortaient des entrailles du globe fracassé des êtres étranges aux pouvoirs manifestement redoutables, contre lesquels les humains allaient avoir à se défendre… lorsque l'invasion allemande de 1940 a tout interrompu.

Second bonus, ensuite, pour les "érudits" soucieux de parfaire leurs connaissances. Nous vous proposons de lire ci-après le petit article de Demètre Ioakimidis à propos d'un essai sur la science-fiction composé par le britannique Kingsley Amis. Le critique français n'est pas tendre envers cette tentative de parler peut-être d'une SF un peu différente de celle qui parvenait à briller un peu dans la société littéraire d'alors. L'ouvrage sera traduit en 1962, et préfacé par Jean-Louis Curtis - ce sera l'occasion pour Jacques Van Herp de remettre le couvert et servir à son tour la soupe à la grimace, surtout envers le traducteur (Voir Fiction n°115 - juin 1963) ; quoi qu'il en soit, et puisque nous l'avons sous la main, nous vous proposons une version numérique de cet ouvrage en second bonus (un clic droit sur l'image ou sa légende, puis "enregistrer la cible du lien sous...").

Un second Bonus en prime !
Kingsley Amis, ainsi qu'à peu près tout le monde l'ignore sur le continent, est un écrivain britannique né en 1922, auquel trois romans à tendances comiques ont assuré un certain renom dans les pays de langue anglaise. Dans un ouvrage intitulé « New maps of hell », il prétend faire (et il convient de citer le sous-titre dans la langue originale) a survey of science-fiction. 

Or, ce mot de survey est susceptible de plusieurs traductions françaises, dont coup d'œil, examen, inspection et expertise. Celle qui convient le mieux au travail de Kingsley Amis est la première – à condition de préciser que son coup d'œil est très subjectif. En écrivant ces pages – ou en prononçant les exposés dont elles sont tirées – l'auteur a de toute évidence cherché à ménager la chèvre et le chou : il se déclare un fervent de la science-fiction (ce qui doit en principe lui attirer la sympathie des amateurs du genre), mais s'empresse de faire comprendre qu'il ne saurait s'agir là que d'une littérature inférieure (rassurant ainsi les lecteurs « sérieux ». et se conservant vraisemblablement leur estime). 

À la lecture de ce recueil, on peut se faire quelque idée, sinon de ce qu'est la science-fiction, du moins de ce qu'y voit Kingsley Amis. Il est d'abord évident qu'il en connaît un certain nombre d'œuvres et que, contrairement par exemple à R. M. Albérès de joyeuse mémoire, il ne traite point de ce qu'il ignore. Il est cependant tout aussi clair que la culture de Kingsley Amis est fort inégalement distribuée en ce domaine : il ne parle pas de plusieurs œuvres de tout premier plan, parmi lesquelles les « Chroniques martiennes » de Bradbury, « Les plus qu'humains » de Sturgeon, « À la poursuite des Slans » de van Vogt, « The city and stars » de Clarke, « To walk the night » de William Sloane, le cycle de l'« Histoire future » de Heinlein, celui de « Fondation » d'Asimov. Le lecteur qui parcourt « New maps of hell » ne peut s'empêcher de se poser la question : de telles omissions sont-elles volontaires ? Si non, elles sont difficilement excusables chez un auteur qui prétend examiner le genre actuellement appelé science-fiction ; si oui, que faut-il penser de l'échelle des valeurs de Kingsley Amis ? 

Qu'est-ce que Kingsley Amis veut bien considérer comme de la science-fiction ? Une lecture même superficielle du livre apporte promptement la réponse : ce n'est ni le récit de dépaysement ou d'aventures (il exclut le space opéra de son étude), ni l'extrapolation scientifique (il traite de Jules Verne sur un ton protecteur et paternel, plein d'un humour très involontaire) : ce n'est pas non plus ce qu'on appelle dans les pays anglo-saxons « l'angle humain » (pour lui, les récits de Wells ne sont que des « concrétisations », ce qui tend à signifier, probablement, que le grand écrivain anglais donnait du relief et de la vie aux situations qu'il traitait : selon Kingsley Amis, c'est là un défaut). Que reste-t-il ? Pas grand'chose, à tout prendre : l'aspect social de l'extrapolation, ainsi que son côté satirique.

Cela étant posé, plusieurs des jugements de l'auteur peuvent paraître cohérents : il apprécie manifestement l'œuvre de Robert Sheckley, chez lequel on trouve cette ironie un peu désabusée. Et il choisit « le plus régulièrement capable des écrivains révélés par la science-fiction, dans le sens moderne. » 

Que le lecteur veuille bien, à ce point, s'arrêter une minute pour chercher l'écrivain auquel lui-même décernerait un tel superlatif. Il y a de fortes chances pour que ce nom se trouve dans une liste qui comprendrait une douzaine d'auteurs : Ray Bradbury, Theodore Sturgeon, Robert A. Heinlein, A. E. van Vogt, Isaac Asimov, Arthur C. Clarke, James Blish, Henry Kuttner, Poul Anderson, et trois ou quatre autres. Il est à peu près certain qu'il se trouvera à peine un amateur de science-fiction sur mille pour penser, comme Kingsley Amis, que ce « plus régulièrement capable des écrivains » est Frederik Pohl, à peu près ignoré du public français. 

Ancien agent littéraire, Frederik Pohl s'est mis à taquiner sérieusement la machine à écrire pour son propre compte il y a une dizaine d'années environ. Un des premiers livres de science-fiction qui portent sa signature fut « Planète à gogos », lequel fut publié d'abord en feuilleton, au cours de 1952, dans « Galaxy ». Frederik Pohl collabora, lors de la rédaction de cet ouvrage, avec le regretté Cyril M. Kornbluth – Kingsley Amis cherche d'ailleurs à minimiser la part prise par ce dernier dans le travail. Ce même ouvrage – à en croire toujours « New maps of hell » – peut à plus d'un titre être considéré comme le meilleur roman de science-fiction écrit jusqu'à présent. À défaut d'autres mérites, les jugements de Kingsley Amis ont du moins celui de l'originalité…

Superficiellement, le fait qu'un écrivain aussi connu – dans les pays anglo-saxons ! – s'intéresse suffisamment à la science-fiction pour écrire un livre sur ce sujet, peut être considéré comme un symptôme positif de l'attention accordée à ce genre. Cependant, l'attitude protectrice et le ton inutilement ironique de l'auteur peuvent avoir, en fin de compte, une influence négative ; on a trop facilement tendance à croire sur parole ceux qui se sont fait un nom dans un domaine donné – même lorsqu'ils sortent du domaine de leurs compétences. Et, à en juger par « New maps of hell », la compétence de Kingsley Amis dans le domaine de la science-fiction est fort limitée. Ses vues, personnelles et souvent contestables, ne sauraient en aucun cas remplacer un examen historique, critique et littéraire du sujet. L'ouvrage définitif sur la question reste à écrire. Quant à ceux qui désirent un examen subjectif, le volume intitulé « The science-fiction novel » leur apportera des vues infiniment plus valables sur la question.

Demètre Ioakimidis.

27 novembre, 2024

Fiction n°087 – Février 1961

La fin du roman de Heinlein "Le jeune homme et l'espace" cohabite avec de nombreux auteurs français, dont Stefan Wul qui entamera ensuite son long silence d'auteur. On notera également la présence d'un bon article de fond sur la "Trilogie cosmique" de C. S. Lewis.

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 Sommaire du Numéro 87 :


NOUVELLES


1 - Robert HEINLEIN, Le Jeune homme et l'espace (III) (Have Space Suit — Will Travel, 1958), pages 3 à 75, roman, trad. Michel DEUTSCH

2 - Robert F. YOUNG, Poêle volante (Flying Pan, 1956), pages 76 à 85, nouvelle, trad. René LATHIÈRE

3 - Henri DAMONTI, M. Léonard en fête, pages 86 à 90, nouvelle *

4 - Stefan WUL, Gwendoline, pages 91 à 97, nouvelle

5 - Idris SEABRIGHT, La Déesse aux cheveux blancs (White Goddess, 1956), pages 98 à 102, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM

6 - Thomas OWEN, L'Épervier, pages 103 à 111, nouvelle

7 - Jacques STERNBERG, Un jour ouvrable, pages 112 à 123, extrait de roman

8 - Jean-Pierre KLEIN, La Pièce, pages 124 à 124, nouvelle * 

 

CHRONIQUES


9 - Albert VAN HAGELAND, La Trilogie de C.S.LEWIS, ou la confrontation du bien et du mal, pages 125 à 129, article

10 - Jacques BERGIER & Demètre IOAKIMIDIS & Pierre STRINATI & Jacques VAN HERP, Ici, on désintègre !, pages 131 à 138, critique(s)

11 - F. HODA, Impasses, pages 139 à 140, article

12 - (non mentionné), Le Premier grand prix international du roman d'anticipation et de science-fiction, pages 141 à 141, article

13 - COLLECTIF, Tribune libre, pages 142 à 144, article


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Bien sûr, je ne croyais pas que nous puissions agir ainsi – pas encore. Mais nous essayerions. Rien de plus beau, pour un homme, que de mourir à la tâche.

Avec toute sa mentalité militaire à l'œuvre, Robert Heinlein, après avoir dérouté ses héros, en fait les otages d'une espèce autoproclamée "gardienne des galaxies". On aurait aimé plus d'action spontanée plutôt que subie de la part du narrateur, même Le jeune home et l'espace, roman destiné aux jeunes lecteurs, se lit avec plaisir.

Poêle volante, par Robert F. Young, est une jolie nouvelle sur un quotidien empoisonnant et la porte de sortie par l'imaginaire que représente la science-fiction.

Un personnage qui prend ses lubies pour réalisables, à qui l'avenir donne raison. M. Léonard en fête, par Henri Damonti, est un récit peu léger, mais suffisamment court pour ne pas lasser.

Dans la série des planètes pièges, Gwendoline est une nouvelle à chute qui sera la dernière publiée de Stefan Wul, le météore de la SF française.

Deux êtres cruels se toisent, dans une héberluante absence d'étonnement face au surnaturel. La déesse aux cheveux blancs, par Idris Seabright, est une nouvelle courte et efficace.

Le style s'affirme pour Thomas Owen dans L'épervier, histoire étrange d'homme traqué et presque heureux de son sort, dans une ambiance qui rappellerait Hofmann ou Buzatti.

— « J'attends une lettre, moi aussi. »

— « Vous habitez le cimetière ? » 

— « Pas encore, non. »

— « Je ne puis rien pour vous alors. Les vivants, ce n'est pas mon secteur. »

Vivant, vivant, comme il y va. Il ne faudrait pas exagérer. Mais pas tout à fait mort non plus.

Toujours cette insatisfaction de Jacques Sternberg face à la vie moderne, et cette difficulté de se considérer vivant, dans ce fragment de son nouveau roman, Un jour ouvrable. On notera cette belle diatribe sur le travail, mouvement absurde, perpétuel, dénué de sens mais rituellement recommencé, animant une non-vie peu satisfaisante mais passivement approuvée par le narrateur sternbergien :

Le mot magique a été prononcé. Ah ! le travail ! Il anoblit tellement l'homme que celui-ci a fini par revenir au singe ; il est à tel point la hantise de ce monde que j'ai parfois l'impression que, même dans ma tombe, je devrai assumer un emploi, avoir des références et un métier lucratif. Alors quoi, en réponse à tous les syndicats et bourses du travail, personne n'avait donc jamais pensé à fonder un Comité de Lutte contre le Travail ? Mais trop tard, le mot a été prononcé et, les yeux fermés, je pourrais décrire le morne décor qu'il piège.

Au banc d'essai des jeunes auteurs français, La pièce rappelle un peu "Journal d'un monstre" de Matheson. Concis, bien construit, efficace dans ce qu'il laisse imaginer. Son auteur, Jean-Pierre Klein, est un psychiatre, chercheur en psychothérapie, essayiste et auteur dramatique.  Il étudie d’abord la médecine à la faculté de médecine de Paris, notamment l’externat (1959) et l’internat (1964), nommé docteur en médecine de la Faculté de Médecine de Paris en mai 1968 (!), puis devient médecin des Hôpitaux Psychiatriques en 1968, avec pour spécialité la neuropsychiatrie.

Il exerce les fonctions de psychiatre des Hôpitaux en pédopsychiatrie d’abord à Paris puis il crée le service de psychiatrie de l’enfant à Blois où, dès 1973, il embauche, outre les soignants, des artistes, un psychopédagogue, un sociologue et ensuite un psychosémioticien.

Jean-Pierre Klein écrit des ouvrages consacrés à la conceptualisation de l’art-thérapie et de la médiation artistique en relation d’aide, comme à la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent. Il coordonne des ouvrages collectifs et des revues et participe à d’autres ouvrages collectifs, en France et à l’étranger. Il publie également comme auteur dramatique une cinquantaine de pièces de théâtre dont une quinzaine a été jouée. (Eléments biographiques tirés de la page dédiée sur le site Babelio).

L'article de fond présentant la "Trilogie cosmique" de C. S. Lewis est signé A. van Hageland. Anthologiste belge, agent littéraire de Jean Ray en Flandres, l'un de ses ouvrages publié chez Marabout le présentera ainsi :

Albert van Hageland (né en 1919) est considéré comme un des meilleurs spécialistes européens de la littérature de l’étrange. Depuis sa jeunesse, il s'est passionné pour les recherches folkloriques et a publié à ce propos des centaines d’articles ainsi que plusieurs volumes dont certains ont connu en langue néerlandaise un très gros succès. Il est aussi romancier, nouvelliste, anthologiste, traducteur, éditeur et ses travaux, en toutes ces matières, ont toujours été justement salués.

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