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11 octobre, 2023

Galaxie (1ère série) n°046 – Septembre 1957

De grands auteurs (Sheckley, Anderson, Simak, Pohl, Smith…) côtoient des raretés de qualité dans ce numéro d’automne 1957.

 

Un clic droit et toute une galaxie s’ouvre !

 Sommaire du Numéro 46 :


1 - Finn O'DONNEVAN, La Planète infernale (A wind is rising, 1957), pages 3 à 19, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Laurent TURPIN *

2 - Edgar PANGBORN, Le Dernier homme de Manhattan (The music master of Babylon, 1954), pages 20 à 35, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Bernard KRIGSTEIN

3 - John D. MacDONALD, Le Défaut de la cuirasse (Susceptibility, 1951), pages 37 à 48, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par James VINCENT

4 - Robert SHECKLEY, Défense de "sinuriser" (Protection, 1956), pages 49 à 58, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par RAY

5 - COLLECTIF, Votre courrier, pages 59 à 60, courrier

6 - Evelyn E. SMITH, Sorcier, moi aussi ! (Call Me Wizard, 1954), pages 61 à 92, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par ASHMAN *

7 - Jimmy GUIEU, Les Soucoupes volantes, pages 93 à 94, chronique

8 - Albert FERLIN, Télépathie, pages 95 à 102, nouvelle *

9 - Poul ANDERSON, Le Renégat (A World Called Maanerek, 1957), pages 104 à 130, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Laurent TURPIN *

10 - Clifford Donald SIMAK, Le Père de tous (Founding Father, 1957), pages 131 à 138, nouvelle, trad. (non mentionné)

11 - Frederik POHL, « J’ai tué mon ami... » (Pythias, 1955), pages 139 à 144, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Mel HUNTER *


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

 

La présomption du colon guidé par des intérêts commerciaux est le réel piège de La planète infernale, plus que la planète elle-même. Robert Sheckley (sous le pseudonyme déjà rencontré de Finn O’Donnevan) signe ici une nouvelle un peu moins profonde qu' à son habitude, qui rappellera «La horde du contrevent » aux lecteurs d’Alain Damasio.

 

On retrouve bien le ton à la fois tendre et désabusé d’Edgar Pangborn, l’auteur d’Un miroir pour les observateurs, dans ces échanges intergénérationnels et – tout de même - un peu paternalistes avec Le dernier homme de Manhattan. La vision du New York immergé inspirera peut-être Pierre Christin et Jean-Claude Mézières pour la composition du premier volume des aventures de Valérian et Laureline, en 1970 (« La cité des eaux mouvantes » – Dargaud).

 

Le défaut de la cuirasse, par John D. McDonald, demeure une histoire un peu attendue de retournement ; faire d'un bureaucrate zélé envoyé par un comité central des colonies un adepte convaincu par une vie simple et adaptée au terrain conquis. La bascule d'une opinion à une autre aurait pu y être plus développée. On notera que la nouvelle de Poul Anderson qui figure aussi dans ce numéro de Galaxie (« Le renégat ») prend le thème de cette nouvelle-ci à contrepied.

 

Jean-Claude Carrière rapportait une histoire (qu'il disait tenir de Karen Blixen) : Alexandre Le Grand était allé extorquer à une pythie son secret pour pouvoir lire dans l'avenir. Celle-ci accepta de le lui livrer, mais prévint le monarque que pour ne pas se tromper, il ne fallait en aucun cas penser à l'oeil gauche d'un crocodile. Défense de « sinuriser », deuxième texte de Robert Sheckley pour ce volume, propose une variation plus cocasse de cette histoire de crocodile. De plus, l'humour de Sheckley se combine ici avec la redéfinition d'éléments classiques du fantastique dans un contexte de science-fiction – une belle prouesse.

 

Sorcellerie et mondes parallèles dans Sorcier, moi aussi ! par Evelyn E. Smith. L'humour de Smith se perd toutefois un peu dans cette nouvelle trop bavarde. Dommage.

 

Dans l’habituelle rubrique Les soucoupes volantes par Jimmy Guieu (Chef du Service d’Enquête de la C.I.E. Ouranos !), ce sacré Jimmy traque maintenant, en plus des soucoupes volantes, les... automobilistes !

 

Télépathie, par le français Albert Ferlin, est une très intéressante nouvelle qui pose le débat ontologique de la conscience indivisible du sentiment de souffrance. On ne pourrait en dévoiler davantage sans divulgacher la lecture.

Albert Ferlin, s'il fait ses débuts dans Galaxie, sera ensuite publié dans Fiction. Le n°64 de cette revue écrira à son sujet :

"Albert Ferlin, dont voici la première nouvelle dans « Fiction », fit le barreau et le journalisme – et est aujourd'hui fonctionnaire. À ses moments perdus, il est peintre, photographe et écrivain. Attiré particulièrement par l'étrange et l'anticipation, il a déjà publié plusieurs nouvelles dans le genre (notamment chez notre confrère « Galaxie »). Il aime les œuvres ayant une portée sociale ou révélant une psychologie particulière. Ses auteurs favoris sont Borges, Lovecraft et Bradbury. "

 

Réapprendre à vivre après un étroit conditionnement. Poul Anderson, toujours friand de décrire sa vision quasi-viking d'une vie saine, nous propose avec Le renégat un récit plein d'action mais un tantinet phallocrate. Cette nouvelle restera sans publication ultérieure, et fera tout de même la joie des amateurs d’Anderson.

 

Nous ne sommes pas loin de Philip K. Dick avec Le père de tous, une histoire de plans de réalités qui s'alternent. Clifford D. Simak signe ici une nouvelle simple et touchante, comme souvent dans sa production.

 

Frederik Pohl expose le principe de "toute-puissance" pour en faire un condensé net et efficace dans J’ai tué mon ami. Mais ne se dira-t-on pas en lisant cette nouvelle : "J'ai déjà lu ça quelque part..." ? Bien que sans publication ultérieure, cette nouvelle était en effet déjà parue dans les pages de Galaxie, plus précisément dans le numéro 19 de Juin 1955, sous le titre "J'ai tué le roi de l'univers". La traduction, toutefois, en est différente, sans toutefois avoir à justifier ce doublon.

 

 

La rubrique Votre courrier ne manque jamais du charme de nous faire entrevoir les années 50 par le biais de la vie quotidienne d’alors, et des ajustements que les « progrès » techniques fulgurants ne manquaient pas de questionner. En voici deux exemples :

 

… Peintures aux silicones, poêles au silicones, tissus siliconés : qu’est-ce donc que ces silicones que l’on retrouve partout ?

M. Aturdi, Florence.

 

Les silicones sont des substances organo-siliciques obtenues par des réactions chimiques fort complexes. En variant les proportions et la nature des constituants organiques, les chimistes ont pu fournir toute une gamme de ces produits, allant du liquide le plus fluide au solide le plus dense.

Les qualités des silicones sont aussi nombreuses que précieuses, puisqu’elles joignent à la flexibilité une résistance exceptionnelle à l’humidité, à la chaleur (230°C), au froid (- 80°), à l’oxydation, à la corrosion. Leur inertie chimique absolue les préserve de toute altération par l’ozone, la lumière solaire, les intempéries, les produits chimiques. Elles possèdent, enfin, des propriétés électriques de premier ordre.

Rien d’étonnant, par conséquent, à ce qu’on les utilise indifféremment pour la fabrication de peintures et d’enduits imperméables, d’isolants électriques, de revêtements pour des chaudières ou des congélateurs, de vernis pour les moules industriels ou les ustensiles ménagers, de bains pour rendre les tissus imperméables et infroissables, de caoutchoucs appelés élastomères, etc.

Combien de baigneurs songent-ils que le sable qui fuit sous leurs doigts est à l’origine de cette merveilleuse matière dont les possibilités n’ont pas fini de nous étonner.

 

Les ingénieurs qui leur succèderont auront peut-être l'impression d'avoir perdu la clé laxienne...

 

… J’ai lu un écho relatif à un réchaud où l’on peut faire cuire de la nourriture dans des récipients de papier. Est-ce exact ?

Mme D. Régasse, Saintes.

 

Pas du tout ! Il s’agit d’un four électronique dans lequel la source de chaleur est constituée par un générateur produisant des oscillations électriques de haute fréquence, créant elles-mêmes un champ électromagnétique à haute fréquence.

L’aliment placé dans ce champ alternatif étant plus ou moins isolant, il constitue ce qu’on appelle un diélectrique. Ses molécules tendent à s’orienter suivant les lignes de force du champ. À chaque inversion de la polarité elles frottent les unes contre les autres. Cette inversion se reproduisant plusieurs millions de fois par seconde dans l’oscillation à haute fréquence, il en résulte une intense production de chaleur subie par la matière dans toute sa masse.

Mais à chaque corps correspond une longueur d’ondes déterminée, pour laquelle l’échauffement est maximum. C’est pourquoi l’émission de courant étant convenablement réglée, le four lui-même peut rester froid et le papier intact, tandis que la nourriture cuit en un temps record : quelques dizaines de secondes pour un bifteck, des côtelettes, des biscuits ; quelques minutes pour un poulet.

Un grave inconvénient : le prix de l’appareil : plus de 400 000 frs, sans compter les frais d’entretien. Au surplus, les mets ainsi cuisinés n’offrent jamais l’aspect appétissant, ni la saveur délicate, de nos « bons petits plats ».

 

Malgré l’aveu marqué qu’on ne remplacera pas les « bons petits plats », l'industrie changera son fusil d'épaule en commercialisant en masse ce procédé du "micro-ondes".

07 juin, 2023

Galaxie n°036 – Novembre 1956

Une belle brochette de « Fivers » sur cette magnifique couverture de Virgil Finlay illustrant Simak, deux nouvelles de Sheckley (dont une sous pseudonyme demeurée inédite depuis) et une de Sturgeon : Galaxie mise sur ses solides piliers en cet automne 56.

 

C’est ça ! Moquez vous ! Nous, on clique !



Sommaire du Numéro 36 :


1 - Clifford Donald SIMAK, Honorable adversaire (Honorable Opponent, 1956), pages 3 à 13, nouvelle, trad. (non mentionné)

2 - Robert SHECKLEY, La Dernière découverte du professeur Sliggert (Early Model, 1956), pages 14 à 38, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Ed EMSH

3 - COLLECTIF, Votre courrier, pages 39 à 40, courrier

4 - Roger DEE, Problème sur Balak (Problem on Balak, 1953), pages 41 à 57, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Dick FRANCIS

5 - Michael SHAARA, L'Ennemi frappera ce soir... (Soldier Boy, 1953), pages 58 à 78, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Ed EMSH

6 - Jimmy GUIEU, Les Soucoupes volantes, pages 79 à 81, chronique

7 - Theodore STURGEON, Retour à l'espace (The Claustrophile, 1956), pages 82 à 102, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par CAVAT

8 - Finn O'DONNEVAN, Erreur de traitement (Bad medicine, 1956), pages 103 à 120, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par CAVAT

9 - James McCONNELL, Toi tout entier (All of You, 1953), pages 121 à 128, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par BALBALIS

10 - James BLISH, L'Écriture des rats (Writing of the rat, 1956), pages 129 à 144, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par RAY

Où l'on imagine la guerre comme jeu sans victime ni destruction, comme au jeu de dames, Honorable adversaire par un Clifford D. Simak tendre et aussi candide qu’un enfant qu'on souhaiterait croire.

On lui préfèrera peut-être la dérision de Robert Sheckley qui fait mouche une fois de plus, dans La dernière découverte du professeur Sliggert, où être protégé malgré soi, et par une décision mécanique de surcroît, promet un beau calvaire !

On notera au passage que la petite chronique « Saviez-vous que » qui suit immédiatement la nouvelle de Sheckley traite des dispositifs de sécurité déployés dans les centrales atomiques, et se place en totale contradiction avec la démonstration de la nouvelle.

Problème sur Balak, par Roger Dee, est une nouvelle un peu bavarde mais au scénario toutefois original, où des astronautes sont confrontés à un homme " made in Balak".

On passe sur L’ennemi frappera ce soir, par Michael Shaara, un récit de guerre miniature, un tantinet militariste, qui n'a de SF que la présence d'astronefs.

On aurait aimé passer aussi sous silence le sempiternel Jimmy Guieu, mais on doit bien avouer que sa rubrique Les soucoupes volantes est un bon témoin de l’évolution des grands thèmes de ce que deviendra plus tard l’Ufologie. Dans ce numéro de Novembre 1956, ce sont les « hommes en noir » qui font leur entrée dans le scénario paranoïde de Guieu, qui s’amuse toujours avec autant de sérieux à jouer aux agents secrets, ainsi qu’en témoigne cette note placée en toute fin de numéro (et non dans sa rubrique…), comme pour manifester l’urgence :

« Xyphal »-XP 14 est prié de vouloir bien communiquer, de toute urgence, son adresse à Jimmy Guieu, que sa lettre du 11 octobre a vivement intéressé.

Illustration de CAVAT
Pas du meilleur Theodore Sturgeon avec Retour à l'espace, même si l'on y a à faire avec son sujet de prédilection : l'apprentissage de sa supériorité par un inadapté. La nouvelle est un peu bourrée de clichés maladroits. La faute en est peut-être à la traduction. Dans son Anthologie « Symboles secrets » (Casterman 1980), Alain Dorémieux précise :

Encore un texte qui fut massacré, amputé, défiguré et laminé dans l'ancien Galaxie (où il parut en 1956 sous le titre Retour à l'espace) et qui se trouve ici restitué dans son intégralité.

On pourra en effet subodorer des libertés de traduction, très à la mode à cette époque, avec son lot de francisation des patronymes. Pour témoin, ce passage :

— D’où venez-vous, Gerda ?

— D’un petit coin nommé Port-Louis. Pas très loin d’ici. Port-Louis, Morbihan.

… qui, traduit par Dorémieux, donne :

« Gerda, d'où venez-vous ? »

Elle se leva et s'étira en un mouvement spectaculaire. « D'un coin nommé Port Elizabeth, » répondit-elle. « Pas très loin d'ici, dans le New Jersey. »

Sans rancune, amis bretons. Kenavo !

Ils pensèrent à la maison de correction de la General Motors, près de Détroit, où ceux qui avaient commis des fautes envers la Compagnie passaient leurs jours dans un triste silence, à dessiner des microcircuits pour des téléviseurs de poche. 

Illustration de CAVAT

La justice rendue par des instances privées et industrielles, on pourrait croire à du Frederic Pohl. Erreur de traitement, signée par Finn O’Donnevan, est en réalité écrite par Robert Sheckley (encore lui), dont on reconnait parfaitement le style et l’esprit, où sous couvert de ridiculiser la société de progrès assuré par les machines domestiques (on ne parle pas encore d'électro-ménager), il invente le concept de mécanothérapie - une psychanalyse accélérée par un robot. Tout un programme !

Cette mécanothérapie aurait pu avoir de quoi séduire James McConnell, l’auteur de Toi tout entier. Psychologue et biologiste, il est parmi les chercheurs qui tentaient de comprendre les « mécanismes » cognitifs, comme la mémorisation. Encore faudrait-il qu’il y ait un mécanisme commun à l’espèce humaine… L'un de ses propos les plus célèbres dit en substance qu'à l'avenir, les drogues programmeront l'esprit des humains, et qu'il préfèrerait dans ce contexte être parmi les programmeurs plutôt que les programmés. Le terroriste "Unabomber" lui enverra un colis piégé en 1985.

Quoi qu’il en soit, Toi tout entier possède un ton original pour un récit d'accouplement interespèces que ne renierait pas P. J. Farmer.

On pourra garder les pincettes de rigueur pour apprécier la nouvelle de James Blish, L’écriture des rats, sur un sujet un peu délicat à traiter : l'origine de la vie sur Terre... En effet, le fantasme de faire de l'être humain un apport extérieur à la Terre implique encore ici un complexe de supériorité très discutable, et souvent suprématiste.

15 mars, 2023

Galaxie (1ère série) n°031 – Juin 1956

Deux nouvelles restées inédites depuis, une de Robert Sheckley et l’autre de Frederik Pohl, les deux sous pseudonymes, font que ce numéro 31 mérite le détour. L’ensemble demeure de bon goût, saupoudré d’auteurs rares aux singularités bien ancrées.

Pas si simple de clic-cliquer sur un pircuiteur…
 

Sommaire du Numéro 31 :

NOUVELLES

 

1 - James E. GUNN, La Meilleure affaire du vieux pircuiteur (The Gravity Business, 1956), pages 2 à 17, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par ASHMAN

2 - Thomas L. SHERRED, Dollars à gogo (Eye for Iniquity, 1953), pages 18 à 38, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Don SIBLEY

3 - COLLECTIF, Votre courrier, pages 39 à 40, courrier

4 - Poul ANDERSON, Tire-bouchon spatial (The Corkscrew of Space, 1956), pages 41 à 50, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par JOHNS

5 - Jean LEC, La Pieuvre saturnienne, pages 51 à 73, nouvelle

6 - Finn O'DONNEVAN, La Souricière (Trap, 1956), pages 77 à 85, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par WEISS

7 - Charles SATTERFIELD, Stratagème contre les Fnits (With Redfern on Capella XII, 1955), pages 87 à 106, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par ASHMAN

8 - Jimmy GUIEU, L'Invasion de la Terre, pages 107 à 109, article

9 - John CHRISTOPHER, Le Grand saut (The Drop, 1953), pages 110 à 125, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Ed EMSH

10 - Bill CLOTHIER, Les Verts et les Blancs (The Semantic War, 1955), pages 127 à 134, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par WES

11 - Robert SHECKLEY, Le Retour du guerrier (Warrior's Return, 1955), pages 135 à 144, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par THOMAS

On ouvre ce numéro par La meilleure affaire du vieux pircuiteur par James E. GUNN, une petite nouvelle au ton léger et enfantin, sur une planète piège qui devient une source de capitalisation.

Dollars à gogo, par T.L.SHERRED, est une nouvelle plutôt fantastique, qui vaut surtout par le caractère bien trempé et l'aplomb de son narrateur. Quant à l’auteur, on en sait assez peu. Par exemple :

" THOMAS L. SHERRED, né en 1915, a passé l’essentiel de sa carrière professionnelle dans les services techniques de l’armée américaine, puis dans une agence de publicité. Il a commencé à écrire au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. La Machine à filmer le temps est son premier texte publié (dans Astounding, en 1947). Sherred a peu écrit, et sa production en S.–F. se résume à deux volumes : le recueil First Person Peculiar (1972), et un très curieux roman sur le thème de l’infiltration secrète d’extraterrestres : Alien Island (1970)." (Note reprise de La machine à filmer le temps / Les enfants de la nuit - collection Etoile double n°6 - Denoël - Mai 1984)

De l'humour et de l'hédonisme, un cocktail rare et rafraîchissant, font de Tire-bouchon spatial du Poul ANDERSON de bon cru (même si Poul est orthographié Paul dans ce numéro de Galaxie).

La pieuvre saturnienne poursuit les publications dans Galaxie d’une salve de nouvelles de Jean LEC.  La nouvelle est bien menée, et décline le thème de l'invasion par l'esprit. Jean Lec maîtrise bien ses effets et ses péripéties. Une fois n’est pas coutume, la revue se fend même d’un petit texte de présentation de l’auteur !

JEAN LEC, l’un de nos meilleurs chansonniers, a fait les beaux soirs des théâtres spécialisés de la capitale (Noctambules, Dix-Heures, Lune Rousse, etc.), et sa fameuse émission du Grenier de Montmartre demeure, depuis qu’il l’a créée (en1945), l’une des plus populaires de la radio.

Ce chansonnier fécond – 273 sketches, à ce jour, sans compter toutes ses chansons ! – est aussi un auteur fécond d’ouvrages d’anticipation. Ses deux premiers romans : L’Être multiple et La machine à franchir la mort ont paru récemment. Il vient d’en terminer deux autres : Les mutants mauves et Moi en triplicata, ainsi que plusieurs récits plus courts. GALAXIE, qui a déjà publié deux contes excellents de Jean Lec – Grains de sable et Les cinq étoiles – présente aujourd’hui La pieuvre saturnienne, une nouvelle étrange de ce brillant auteur où le présent et un futur peut-être proche se rejoignent…

A noter que les romans évoqués Les mutants mauves et Moi en triplicata n'ont jamais vu le jour.

Finn O’DONNEVAN, à la lecture de sa nouvelle La souricière, nous séduit par son humour et par son style éprouvé et efficace. Le lecteur aura de plus la joie d’alterner deux niveaux de lecture. Mais tout de même, le duo humain ne rappelle-t-il pas les personnages de Cergue et Arnaud plusieurs fois rencontrés dans les pages de Galaxie ? Cet humour, ce style à la fois simple et subtilement travaillé, ne nous évoquent-ils pas Robert SHECKLEY ? Et pour cause, il s’agit bien là d’un de ses pseudonymes.

On retrouvera cette signature à quatre autres reprises dans les pages de Galaxie, et même une ultime fois dans le « faux » numéro 66 de Galaxie que publieront en 66 exemplaires apocryphes Ellen HERZFELD & Dominique MARTEL et Francis VALÉRY en 1990.

Le PReFeG a quant à lui remis à jour la bibliographiede Robert SHECKLEY en intégrant ce fâcheux oubli.

La souricière traitait de piège, la nouvelle suivante nous invite à faire aussi attention avec les pièges à ours. Quand on sait que l’Ours est le nom donné à la page recensant tous les participants à un numéro donné d’un journal, nous aurions de quoi rire un peu jaune : signée par un autre pseudonyme, Charles SATTERFIELD, cette fois-ci désignant Frederik POHL, Stratagème contre les Fnits est malgré tout une nouvelle un peu inepte, qui ne compromet pas Pohl mais qui ne sert pas à grand chose excepté parodier la SF américaines des années 30.

Là encore, et merci pour le piège à ours, nous avons complété notre bibliographiede Frederik Pohl.

L’invasion de la Terre, par Jimmy GUIEU, n’est malheureusement pas une nouvelle, mais ouvre une rubrique qui pourra nous laisser perplexes, sur le phénomène des soucoupes volantes dans toutes ses acceptations (et ses limites argumentaires...). Nous voilà bien au cœur des années 50. Jimmy Guieu sera bien connu pour ce mélange fumeux de romanesque et de journalisme d'investigation.

Certains écrivains se prennent ainsi pour des reporters, d’autres en ont réellement les compétences mais demeurent cantonnés à la fiction. L'écologie de fond de John CHRISTOPHER, son style vif et percutant, font de sa nouvelle Le grand saut un matériau qui aurait eu de quoi faire un roman. Mais cette concision fait aussi sa force.

Les Verts et les Blancs, par Bill CLOTHIER, propose un sujet très original : un mouvement pseudo philosophique anéantit la société humaine. On notera au passage au début de la nouvelle que l'auteur nomme ce mouvement "libéralisme".

Pour finir, on retrouve Robert SHECKLEY sous son nom cette fois-ci, dans Le retour du guerrier. Un mutant revient comme un fils prodigue dans sa communauté d'origine - ou: quand Sheckley s'essaie à faire du Sturgeon... Troublant.


Les notules de la rubrique « Saviez-vous que… » dégagent ce charme très nostalgique de l’avenir vu depuis notre passé. Quelques extraits en témoignent :

Saviez-vous que … un inventeur a songé à utiliser le radar pour prévoir et empêcher les collisions d’autos, par l’intermédiaire d’un cerveau électronique ?

CET organisme est installé à l’intérieur de la voiture qu’il a mission de protéger. Il est en liaison, d’une part, avec le frein arrière et le carburateur ; d’autre part, avec un réflecteur concave placé sur le toit du véhicule.

Au foyer de ce réflecteur, trois micro-antennes projettent trois faisceaux d’ondes radio-électriques de fréquence différente. Celui du milieu a pour objet de détecter les obstacles de face, les deux autres signalent les voitures qui viennent de droite ou de gauche, de telle sorte que l’œil-radar surveille constamment toute la largeur de la route.

Lorsque l’un des trois faisceaux rencontre une masse métallique, il est immédiatement réfléchi, ce qui alerte aussitôt le cerveau électronique lequel agit automatiquement sur le carburateur et sur le frein arrière.

Telle est, du moins, la théorie. Elle est séduisante. Mais que donnera la pratique ? Permettra-t-elle de dire un jour sans plaisanter :

— Moi, je conduis les yeux fermés ?…

 

70 ans plus tard, on entrevoit même la possibilité de ne plus conduire du tout...

Un peu plus sinistre, dans la série « Spéculations sur le vivant » :

...SAVIEZ-VOUS QUE…

 …une nouvelle preuve de la possibilité de l’existence d’une végétation sur la planète Mars vient d’être établie par le savant soviétique Tikhov ?

 

CE savant a découvert, dans les montagnes Alataou, près d’Alma Alta, capitale du Zagakstan, à quelque cent kilomètres de la frontière chinoise, une plante fort rare qui reste verte et garde ses feuilles par les plus grands froids. Cette particularité est due au fait que cette plante a la propriété de capter et d’accumuler les rayons infrarouges. Elle dégage une telle chaleur que la neige fond autour de chaque plant.

D’autre part, M. Tikhov a pu constater que les rayons infrarouges, sur les surfaces martiennes que l’on suppose couvertes de végétation, sont absorbés au lieu de se refléter. La conclusion qu’il tire de ces observations est que la vie végétale existe sur ces surfaces, en dépit de leur température très basse, grâce à l’absorption par les plantes des rayons infrarouges.

 

…des escargots carnivores allaient être utilisés aux îles Hawaï pour éliminer certains de leurs congénères ?

Deux cents de ces escargots, de l’espèce carnivorous englandine rosea, ont été envoyés par avion à Honolulu pour débarrasser les paysans hawaïens des escargots africains qui ravagent leurs cultures. Selon les prévisions des instigateurs de cette astucieuse manœuvre, les « carnivores », ayant dévoré les « africains », doivent en arriver à s’exterminer entre eux jusqu’au dernier, lequel est destiné à mourir de faim.

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