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26 juin, 2024

Fiction n°068 – Juillet 1959

Magnifique couverture de Jean-Claude Forest en pleine page pour ce numéro d'été de Fiction d'une bonne qualité d'ensemble, avec une mention spéciale à Chad Oliver. 

Un clic droit, mais pas à l'aveuglette

Sommaire du Numéro 68 :


NOUVELLES

 

1 - Charles HENNEBERG, Au pilote aveugle, pages 3 à 16, nouvelle

2 - Damon KNIGHT, Quelle Apocalypse ? (What Rough Beast?, 1959), pages 17 à 36, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH

3 - BELEN, Je vous salue, maris..., pages 37 à 39, nouvelle

4 - Reginald BRETNOR, L'Intruse (One of the Family, 1951), pages 40 à 45, nouvelle, trad. Roger DURAND *

5 - Anne McCAFFREY, La Tour d'ivoire (The Lady in the Tower, 1959), pages 46 à 63, nouvelle, trad. Roger DURAND *

6 - Thomas OWEN, La Présence désolée, pages 64 à 68, nouvelle

7 - Idris SEABRIGHT, Les Vins de la Terre (The Wines of Earth, 1957), pages 69 à 74, nouvelle, trad. Catherine GRÉGOIRE

8 - Floyd L. WALLACE, Le Virus du Nevada (The Nevada Virus, 1957), pages 75 à 95, nouvelle, trad. Roger DURAND *

9 - Chad OLIVER, Le Vent souffle où il veut (The Wind Blows Free, 1957), pages 96 à 119, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM 

CHRONIQUES


10 - Jean-Jacques BRIDENNE, Nadar ou la science-fiction vécue d'hier, pages 121 à 124, article

11 - Aimé MICHEL, Bas le masque, Professeur Hynek !, pages 125 à 127, article

12 - Alain DORÉMIEUX, La Mort de "Galaxie", pages 129 à 130, article

13 - Alain DORÉMIEUX & Gérard KLEIN, Ici, on désintègre !, pages 131 à 134, critique(s)

14 - F. HODA, Une mouche monstrueuse, pages 136 à 137, article

15 - COLLECTIF, Tribune libre, pages 138 à 143, article


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

Nathalie Henneberg (toujours sous le nom de son mari récemment décédé) donne raison à l'axiome : "le primitif est la grande quête de la modernité" dans Au pilote aveugle. Ici, c'est en revisitant le mythe des sirènes tel que rapporté par Homère. On repensera beaucoup aussi à la "Shambleau" de C. L. Moore.

Il est peut-être un peu exagéré de relier Quelle apocalypse ?, récit à la première personne, avec l'Apocalypse - ou le second avènement tel que décrit par Yeats. Damon Knight nous livre toutefois une bonne nouvelle qui, de l'anecdotique, fait virer son intrigue vers de plus en plus d'universel. Mondes parallèles et pouvoirs psis en prime. 

On aurait pu croire à une simple inversion des positions sociales de l'homme et de la femme dans Je vous salue, maris…pamphlet du mystérieux Belen (dont on pourra apprendre qu'il s'agit en réalité de la cinéaste Nelly Kaplan).. Mais l'autrice va un peu plus loin et pousse la logique en faisant du sexe mis en position de faiblesse un bétail. Concis et de bonne facture.

L’intruse, c'est "Le Horla" façon Reginald Bretnor, décidément capable d'horreur psychologique. Une belle étude d'une décompensation psychique suite à un deuil mal digéré. Du fantastique psychologique de très bonne facture. 

La tour d’ivoire, par la nouvelle arrivée Anne McCaffrey, est une romance sidérale un peu surfaite mais aux personnages attachants. 

En ouverture à La présence désolée, Thomas Owen cite Arthur Machen en érudit, quand en 1959 n'avait été traduit que son court roman "Le grand dieu Pan" (VO 1894 - VF 1938), dont est d'ailleurs tirée l'exergue. Il faudra attendre 1963 pour découvrir Arthur Machen dans la revue Planète, et 1968 pour lire un nouveau recueil de l'auteur gallois en français. Pour la nouvelle, aux prises d'un piège semblable au puits du Jeu de l'oie, le voyageur de Owen se résigne peut-être un peu vite à son sort. On y perd en effroi. Dommage.

Les vins de la Terre, et le principe du vin en général, est vu comme une culture interplanétaire partagée. Idris Seabright pour une fois sans sarcasme ni cruauté, boit à la santé de tous les peuples. 

Le virus du Nevada, par Floyd L. Wallace, décrit Zone de quarantaine et état de guerre. On se retrouve finalement en terrain connu avec cette nouvelle traitant d'une épidémie mortelle.

Le vent souffle où il veut est une très belle nouvelle de Chad Oliver, fin observateur des mouvements de la sensibilité humaine, sur le thème du vaisseau arche, allégorie des lendemains qui chantent et du meilleur qui se perpétue dans un avenir toujours remis au lendemain.

Dernier article de Jean-Jacques Bridenne sur Nadar, assez passionnant sur les débuts de l'aviation - mais on pardonnera difficilement à Bridenne d'utiliser le "n word" sans mise en contexte…


Qui a écrit :

Bradbury avait-il réellement quelque chose à dire au temps des « Chroniques » ? J'ai défendu jadis cette idée, en bonne compagnie, du reste. Je n'en suis plus aussi sûr aujourd'hui. 

Non, ce n'est pas Alain Dorémieux, bien qu'on eut pu le lire très critique envers l'auteur américain. Il s'agit de son plus fidèle admirateur, Gérard Klein, qu'on a pu appeler le Bradbury français tant il était empreint de son style ; la citation est ici à propos du dernier recueil paru : "Le vin de l'été".


Nous l'avons noté dès notre début d'article, la couverture de Forest est tout aussi remarquable que celle du Fiction spécial n°1. Voyons ce qu'en dit la rédaction à travers les lettres des lecteurs :

NOS LECTEURS ONT LA PAROLE

À PROPOS DE NOS COUVERTURES

M. Louis FRITSCH, Strasbourg.

Je ne suis pas d'accord au sujet des couvertures avec votre lecteur M. Comby (« Fiction » n° 66). Je trouve au contraire que le procédé du photo-montage est la technique la plus propice à la création d'effets d'étrange. J'ai la nostalgie des images inventées par Jacques Sternberg et Philippe Curval. « Symbolisme de pacotille » ? « Manque total d'inspiration » ? Pourtant, comment pouvait-on mieux que Philippe Curval et grâce au montage illustrer « La rue perdue », de Marcel Brion ?

Cela dit, si je puis me permettre de vous donner mon avis en tant que professeur d'une école d'Arts Décoratifs, je n'ai pas aimé le côté froid, statique, de Rose Gauthey. Lucien Lepiez avait de l'étoffe, mais après des dessins aussi efficaces – aussi beaux que ceux des numéros 50 (« La machine à deux mains ») et 60 (« Le collier de marrons »), je ne lui pardonne pas celui du n° 66. C'est mauvais. Il est vrai que c'est surtout le violet dont j'ai horreur… J'en ai souffert pendant huit jours. Les Curval 59 et 62 restent rattachés à mes amours d'antan. P. J. Izabelle : il est trop tôt pour le juger. Enfin, Jean-Claude Forest : il m'a séduit dès le n° 57 (« La mort de chaque jour »). C'est un grand dessinateur, techniquement au point, ayant le sens de la poésie et du fantastique. Quelle réussite que sa « Déesse de granit » du n° 64 !

M. Jean COPANS, Paris (8e).

Je sais bien qu'il faut vendre, mais faut-il vraiment chercher le style « tape-à-l'œil » comme dans les couvertures du n° 64 ou du n° 66 ? Ce sont peut-être des essais d'art moderne, mais vous n'êtes tout de même pas une revue pornographique (les nouvelles incriminées par l'illustration n'étaient pas de ce goût, d'ailleurs).

M. Jacques GASCHAT, A.F.N.

Si je vais me permettre ici quelques critiques, c'est en tant que fidèle et ancien lecteur de votre revue, en tant qu'amateur passionné et, je crois, éclairé, de SF, et aussi en tant qu'artiste peintre et décorateur. J'ai l'intention de m'attaquer à la présentation de « Fiction ». Croyez bien que si je le fais, c'est à cause de l'intérêt que je lui porte.

Vous n'êtes pas sans déplorer, tout comme moi, que, pour une grande majorité, la SF soit considérée comme un genre mineur, et même comme une médiocre pâture pour des esprits infantiles. La responsabilité de cet état de choses incombe, à mon avis, moins aux textes qu'aux illustrations utilisées dans les couvertures.

On relève dans vos derniers numéros, le tout dernier spécialement, une amélioration du dessin de couverture, bien supérieur aux vaseux photomontages que vous sembliez affectionner. Néanmoins, le titre, par exemple, présenté dans une vague tache noire et triangulaire, la disposition du texte, ainsi que l'impression d'ensemble, n'incitent pas les détracteurs du genre à prendre le contenu au sérieux. La présence d'une illustration ne me paraît même pas indispensable ; du moins, si elle consistait en un jeu de taches abstraites ou en un graphisme non figuratif, présenterait-elle moins de danger quant au goût.

J'espère que vous ne m'en voudrez pas de ces quelques remarques sur votre revue qui est aussi la mienne et que par ailleurs j'estime beaucoup.

 

NOTRE RÉPONSE :

Le problème des couvertures nous préoccupe largement en ce moment et nos lecteurs auront pu remarquer que nous faisons, depuis le début de l'année, des tentatives variées dans ce domaine (diversité des styles et des dessinateurs, utilisation de couleurs nouvelles, impression des lettres en blanc sur couleur foncée, etc.). Tout cela sans parler de la couverture de notre numéro spécial, qui représentait une formule jamais employée par nous. Nous ne prétendons pas atteindre la perfection ; il n'en reste pas moins que nous nous estimons fiers d'avoir montré, par exemple dans le numéro 64, que l'illustration de SF pouvait se hausser à un indéniable niveau artistique (la couverture de ce numéro ne nous paraît absolument pas mériter les reproches généraux de M. Gaschat, non plus d'ailleurs que l'accusation de pornographie de M. Copans). Nous continuerons dans les mois à venir de rechercher la diversité, en comptant sur nos lecteurs pour nous tenir au courant de leurs réactions. D'ores et déjà, nous sommes heureux d'avoir misé, entre autres, sur un jeune illustrateur de talent comme Jean-Claude Forest (que pensent nos lecteurs de son dessin pour le présent numéro ?)

06 septembre, 2023

Fiction n°046 – Septembre 1957

Festival d’inédits demeurés introuvables depuis, pour ce numéro de rentrée 1957 de Fiction.

 

Attention, clic droit droit devant !

Sommaire du Numéro 46 :


NOUVELLES

 

1 - Yves DERMÈZE, "Rien que nous deux", dit le robot, pages 3 à 21, nouvelle

2 - Robert COHEN, Désertion, pages 22 à 28, nouvelle *

3 - Gene HUNTER, Le Voyage (Journey, 1951), pages 28 à 37, nouvelle, trad. Bruno MARTIN *

4 - Reginald BRETNOR, Le Passé avec ses morts (The Past and Its Dead People, 1956), pages 38 à 59, nouvelle, trad. Roger DURAND *

5 - Albert BILDER, Cache-cache, pages 60 à 62, nouvelle *

6 - Zenna HENDERSON, La Boîte à voir tout (The Anything Box, 1956), pages 63 à 75, nouvelle, trad. Roger DURAND *

7 - Stuart PALMER, Ce que femme veut... (Bottle babe, 1956), pages 76 à 86, nouvelle, trad. Roger DURAND *

8 - J. T. McINTOSH, Les Moutons et les loups (The Man Who Cried "Sheep!", 1955), pages 87  à 118, nouvelle, trad. François PAGERY *

 

CHRONIQUES


9 - Marcel BRION, En marge du Festival de Bordeaux : L'Art Fantastique (suite et fin), pages 119 à 124, article

10 - Dr. Robert VOLMAT, Abord Psychopathologique de l'Art Fantastique, pages 124 à 128, article

11 - Jacques PINTURAULT, Notes sur un festival du cinéma fantastique à la Cinémathèque Française, pages 129 à 133, notes

12 - M. R., Éditions de Luxe, pages 135 à 135, article

13 - (non mentionné), Service bibliographique étranger, pages 136 à 137, article

14 - F. HODA, Le Premier film français de S.F., pages 139 à 140, article

 

* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

 

 

A noter la mention dans le sommaire en page 2 d'un article ("La S.F. dans l'œuvre de Maurice Leblanc" par Jacques Van Herp) qui ne figure pas dans ce numéro mais dans le n° 47....

 

A propos des couvertures de Rose Gauthey (extrait du numéro 46) :

Nécrologie

Nous avons appris avec peine la mort brutale de Mme Rose Gauthey, collaboratrice de notre revue. Mme Rose Gauthey était une jeune dessinatrice au talent de laquelle nous avions fait appel pour l'illustration de nos couvertures depuis le mois de mai dernier. La couverture du présent numéro est la dernière qu'elle avait réalisée pour nous. Nous prions tous les siens de trouver ici nos condoléances émues.


« Rien que nous deux », dit le robot, par Yves Dermèze, demeure une bonne nouvelle, malgré des aspects chrétiens un peu prévisibles, et des inspirations très 1957 (peur de la Bombe et satellites artificiels habités).

Cruauté temporelle pour Désertion, par Robert Cohen, bonne petite nouvelle sans prétention.

 

« Il avait horreur du bureau et il détestait Madge. Il détestait la Pontiac décapotable qu'il conduisait pour aller au travail et en revenir, chaque jour, et il avait horreur de sa maison dans le faubourg de Sierra Bonita. Il se rappelait les discussions qui avaient accompagné l'établissement des plans. Il voulait un style espagnol, en stuc, – et Madge préférait le style colonial. Ils vivaient donc dans une maison de style colonial. »

Ce passage, qui nous a fait évoquer pour notre part la chanson des Talking Heads " Once in a lifetime ", extrait de la nouvelle  Le voyage, par Gene Hunter, en résume le propos : l'insatisfaction des parcours de vie.

Ces deux nouvelles sont présentées en doublon, mais leur rapprochement est tout de même un peu exagéré. Bien que traitant tous deux de voyage dans le temps, leurs sujets profonds n'ont rien à voir. Seul le passage inexpliqué d'un temps à un autre – sans aide scientifique ni mécanique - les relie, et en font deux nouvelles fantastiques. (« Il est peut-être arrivé quelque chose à Inglewood ce jour-là… ou plutôt ce matin. Peut-être qu'une petite secousse sismique a dérangé quelque chose dans le temps ou dans l'espace. » - Time's out of joints, comme disait Shakespeare. Ou bien peut-être un tremblement de temps à la Kurt Vonnegut.)

Reginald Bretnor, qui nous avait habitué à son humour très british, étonne dans Le passé avec ses morts, au ton particulièrement cruel, dans une nouvelle à la lisière du fantastique, à l'ambiance et au déroulé particulièrement bien travaillés - comme dans les histoires de Jean-Louis Bouquet. Un morceau d’anthologie hélas demeuré inédit depuis.

Cache-cache, par Albert Bilder, est une bonne et courte nouvelle sur la relativité des perceptions et des points de vue. On pensera au "Péril bleu" de Maurice Renard.

On retrouve le ton plaisant d'institutrice bienveillante propre à Zenna Henderson dans La boîte à voir tout, nouvelle traitant métaphoriquement des pouvoirs de l'imagination.

Nous évoquions les chemins de vie insatisfaisants avec Le voyage, mais à l’inverse se contenter d'une vie tiède peut-il prémunir contre le désir ? Un curieux point de vue que Ce que femme veut…, par Stuart Palmer, nous donne envie de bousculer.

Pour finir avec les histoires de ce numéro 46, une novella de J. T. MacIntosh, Les moutons et les loups, qui reprend à bon compte tous les poncifs des récits d'espionnage à la Ian Flemming, avec une petite touche science-fictionnelle qui rappellera, à travers le narrateur "psychostatisticien", les psychohistoriens d'Asimov de son cycle Fondation. On appréciera cette fois chez MacIntosh un ton badin assez rafraîchissant.


Côté articles, outre un "La S.F. dans l'œuvre de Maurice Leblanc" par Jacques Van Herp mentionné dans le sommaire mais curieusement absent du numéro (il paraîtra dans le numéro 47), L'art fantastique clôt la première partie parue dans le numéro précédent, et nous abreuve d’une formidable analyse du brillant Marcel Brion sur le fantastique en peinture (principalement), en en décryptant les grands thèmes.

On aurait aimé en dire autant de Abord psychopathologique de l'art fantastique, par le Dr Robert Volmat, mais son aperçu des signes psychopathologiques que peuvent révéler les peintures fantastiques demeure très survolé quand Brion, lui, se permet d'aller beaucoup plus loin.

Une dernière note, concernant le film de Pierre Kast « Un amour de poche » dont F. Hoda trace d’emblée le dithyrambe, le sacrant « Premier film français de SF » dans sa rubrique habituelle, ce qui est sans doute exagéré, mais doit être mis sur le compte de la « nouveauté » toute relative du genre nommé « science-fiction » (nonobstant qu’en France le genre préexistait bien avant cette dénomination). Le film peut être vu chez nos amis archivistes de l’UFSF ici même !

 ADDENDUM de novembre 2023 : La critique de F. Hoda de ce film dans le Fiction n°51 (février 1958) :

« Un amour de poche », le film de Pierre Kast, constitue à mon sens le premier essai de science-fiction fait en France depuis la guerre. En effet, pendant l'occupation une autre tentative avait été faite : André Zwoboda, partant des hypothèses de la relativité » revues et corrigées par les producteurs de l'époque, réalisa « Croisières sidérales » (1943). Il n'y a aucune commune mesure entre ces deux productions. Certes nous ne nous attendions pas en regardant « Un amour de poche » à un échec : nous connaissions déjà le talent de Pierre Kast et de France Roche. C'est justement pourquoi, je l'avoue, j'ai été quelque peu déçu. Le film m'a paru timide (du point de vue de la SF évidemment), les auteurs et les producteurs n'ayant pas voulu effrayer le grand public pour qui la SF, nous dit-on, est devenu synonyme de mauvais film d'épouvante. L'élément scientifique se trouve ainsi réduit au strict minimum et tout au long de la projection on sent que France Roche se refuse à tirer toutes les conséquences des prémisses de son scénario, qu'elle se censure elle-même pour rendre l'entreprise acceptable à ses producteurs. À cet égard puis-je me permettre de souligner que lesdits producteurs ont tort lorsqu'ils croient que la comédie de SF n'a pas de public : qu'ils aillent voir « Chérie je me sens rajeunir », de Hawks, et qu'ils laissent libre cours à la fantaisie des cinéastes épris de SF Car, comme les lecteurs de Fiction le savent, France Roche et Pierre Kast sont des fictionnistes de longue date. Avant même que les revues de SF eussent parues, avant même que le Rayon Fantastique vint allonger nos bibliothèques, ils fondaient avec Raymond Queneau, Stephen Spriel, Boris Vian et quelques autres le fameux « Club des Savanturiers » qui ouvrit la voie au genre en France.

Ce que je reproche principalement au film de Kast et de France Roche, c'est de rester trop mesuré en ce qui concerne le comique découlant de l'élément scientifique, c'est de donner trop d'importance au côté comédie d'amour, avec les ficelles habituelles du genre, c'est en un mot, d'essayer de satisfaire les désirs des producteurs… Malgré cela « Un amour de poche » ne ressemble pas aux autres comédies et constitue une entreprise non seulement sympathique mais aussi fort intéressante.

De quoi s'agit-il ?

Le liquide N. 734 du professeur Nordmann réduit les corps 25 fois en les pétrifiant. Cette découverte peut changer la face du monde : voyages de 1 000 personnes dans un seul panier, fin de la crise du logement en faisant coucher 10 000 personnes dans une seule pièce… etc. Malheureusement tout cela reste dans le dialogue. Quoiqu'il en soit, pour des raisons particulières le professeur est obligé de garder le secret sur son invention. Et celle-ci à défaut du monde bouleversera sa vie privée, en lui permettant de réaliser le rêve de tout homme : avoir dans sa poche la femme qu'il aime. Le professeur comprendra qu'il n'aime pas sa fiancée. Mais cette dernière veut se venger de l'assistante qui essaie d'enlever son futur mari. Dès lors le film devient assez banal, sans perdre pour autant son intérêt. De temps en temps l'intervention du N. 734 rallume les rires. De même que les trop brèves apparitions de Jean-Claude Brialy. Voilà un acteur qui promet. Jean Marais emportera l'adhésion de ses admirateurs. Quant aux actrices : Geneviève Page, Agnès Laurent et… France Roche, elles sont fort jolies et se tirent très bien d'affaire.

Pour mieux expliquer les origines du film je donne la parole à Pierre Kast en reproduisant ici une partie de ses déclarations à notre ami Pierre Billard, parues dans « Cinéma 57 » (n° 22) : « Ce n'est pas un sujet qu'on a choisi pour moi. C'est un sujet que nous avons choisi ensemble, France Roche et moi, il y a environ 4 ou 5 ans et qui était une de nos préoccupations du moment ; une certaine fantaisie plus ou moins en rapport avec la SF, mais non pas la SF comprise comme la grande fantaisie interplanétaire ou comme le dépaysement magique, mais comprise comme une petite distraction logique. Ce film ne s'inscrit pas dans le cadre du cinéma fantastique. C'est un film commercial destiné au grand public. C'est une comédie de mœurs, une comédie de situation et nous avons pensé qu'il y avait dans le sujet tel que nous l'avions lu dans une nouvelle américaine parue en 1920 une certaine possibilité de fantaisie. La nouvelle elle-même était d'ailleurs traitée d'une manière scientifique et ne concernait pas du tout les problèmes sentimentaux. Nous avons transféré l'intrigue dans le domaine des sentiments, pour aboutir à un sujet de comédie que nous estimions plaisant et distrayant ».

Ces buts, France Roche et Pierre Kast les ont parfaitement atteints. À cet égard leur entreprise constitue un succès complet. Bien plus, ils nous apportent, chacun d'eux, la preuve, s'il en était besoin, de leur talent et de leurs possibilités. Mais en tant que science-fictionniste acharné ils me permettront de ne pas porter de jugement sur leur film. Je les attend. Car je suis sûr qu'ils feront un jour ou l'autre le film de science-fiction pure qui habite en chacun de nous.

Un amour de poche.

Réalisation : Pierre Kast. Scénario, adaptation et dialogues : France Roche, d'après la nouvelle de Waldemar Kaempfert. Isnages : Ghislain Cloquet. Interprétation : Geneviève Page, Jean Marais, Agnès Laurent, Regine Lovi, Araédée, Pasquali » Jean-Claude Brialy. Distribution : Gaumont, 1957.

23 août, 2023

Galaxie (1ère série) n°044 – Juillet 1957

Un festival de textes jamais réédités depuis ce numéro 44 de Galaxie, dont une nouvelle de Frederik Pohl, ou une autre de son acolyte Lester Del Rey, voilà de quoi satisfaire bien des collectionneurs !

 

Cliquez droit sur l'oeuf de lumière :

Sommaire du Numéro 44 :

1 - Frederik POHL, L'Homme du futur (Survival Kit, 1957), pages 2 à 29, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Jack GAUGHAN *

2 - Evelyn E. SMITH, Ignobles sauvages (The ignoble savages, 1957), pages 30 à 49, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par DILLON *

3 - Alan Edward NOURSE, Un remède de cheval (The Coffin Cure, 1957), pages 51 à 63, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Fred KIRBERGER *

4 - COLLECTIF, Votre courrier, pages 65 à 66, courrier

5 - Willy LEY, L'Ère des robots, pages 67 à 70, article, trad. (non mentionné)

6 - Margaret SAINT-CLAIR, La Mézon de l'orreure (Horrer Howce, 1956), pages 71 à 79, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par SMITH

7 - Robert SHECKLEY, La Suprême récompense (The Victim from Space, 1957), pages 80 à 96, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Dick FRANCIS

8 - Jimmy GUIEU, Les Soucoupes volantes, pages 97 à 99, chronique

9 - Reginald BRETNOR, Drôle de pirate ! (Sugar Plum, 1952), pages 101 à 116, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par ASHMAN *

10 - Maurice LIMAT, Le Miroir des cerveaux, pages 117 à 130, nouvelle *

11 - Lester DEL REY, L'Incroyable vérité (Dead Ringer, 1956), pages 131 à 140, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Dick FRANCIS *

12 - Léopold MASSIÉRA, La Planète disparue, pages 141 à 144, nouvelle *


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

Comme annoncé, L’homme du futur par Frederik Pohl est une sympathique nouvelle demeuré inédite depuis, d'un ton plutôt policier, mais qui manque un peu de la profondeur sociologique habituelle de Pohl.

Autre inédit, Ignobles sauvages par Evelyn E. Smith. A l'image des processions de danseuses accueillant des visiteurs avec des chants et des colliers de fleurs, puis s'en retournant chez elles en voiture vêtues à l'occidentale, Evelyn E. SMITH nous propose ici de suivre de l'intérieur la construction structuraliste primitive mais fausse, du toc pour répondre à la soif coloniale d'investissement. On croirait y voir des européens séduisant les financiers américains du Plan Marshal. Drôle et gentiment décalé.

Un remède de cheval, par le docteur Alan E. Nourse, traite des risques d'une campagne de vaccination un peu trop rapide. Voilà qui pourrait parler à nos contemporains.

Margaret Saint-Clair, bien qu’étant un nouveau nom à entrer dans le panthéon des bibliographies du PReFeG, n’est pas inconnue des lecteurs de Fiction, puisqu’il s’agit du véritable nom d’Idris Seabright. La mézon de l’orreure rappelle bien sa cruauté de ton, avec quelque chose de l'ordre de l'absurde, aussi ; comme peut l'être le principe de train-fantôme ou d'attraction « pour faire peur ».

Robert Sheckley, cruel mais pas sardonique, peint une ambiance trompeusement paradisiaque avec La suprême récompense, où l'équilibre d'une utopie repose sur un concept absolument indésirable pour un terrien. Cette nouvelle ne semble pas avoir été listée dans le Versins.

On se délecte d’avance des avancées complotistes de ce sacré Jimmy avec la rubrique Les soucoupes volantes, par Jimmy Guieu. On pourra découvrir ce mois-ci que l'équipe de Guieu s'est équipée de « détecteur magnétique Ouranos » ! Et l’on notera le Grand Savoir en Technologie Extraterrestre de l’équipe, mesurant « des phénomènes d’ionisation produits par (un) champ magnétique propulseur. » Ghost-buster !

En 1964, le numéro 125 de Fiction fera paraître une nouvelle d'Avram Davidson, "Panne sèche", qui se moquera bien allègrement de la vague "soucoupiste", que la rédaction de Fiction présentera accompagné de ces termes : " Ce genre de récits fut très répandu au moment de la frénésie des soucoupes volantes – frénésie bien oubliée aujourd’hui. "

Juger un être sur ce qu'il est et non sur ce qu'il eût été… Drôle de pirate !, par Reginald Bretnor, nous propose de visiter une planète-paradis et y rencontrer un pirate assez semblable aux marchands de "La route étoilée" de Poul Anderson, ou aux baroudeurs de "Un cercueil pour Jacob", la nouvelle de Edward W. Ludwig (in Galaxie 1ère série n°32).

Malgré de bonnes idées scientifiques, Le miroir des cerveaux, par Maurice Limat, propose encore une sempiternelle histoire de savant fou d'amour et de triangulation. Limat peine à se réinventer…

L’incroyable vérité, par Lester Del Rey, est une histoire de paranoïa bien menée, avec une chute inattendue.

On pense au « 9 de pique » de John Amila avec la nouvelle de Léopold Massiéra La planète disparue, mais aussi à la croyance maintenant obsolète en une 10eme planète de notre système qui aurait été détruite au-delà de l’orbite de Mars. Un peu enfantin, donc.


La rubrique
Votre courrier nous permet de déterminer la date des débuts en France de la télésurveillance, en 1957, donc.

… Une amie, vendeuse dans un grand magasin parisien, m’affirme que les rayons sont désormais surveillés par télévision…

M. R. GIÈVRE, Brest.

 

CEST exact. Le dispositif, qui évoque à la fois l’Argus aux cent yeux de la mythologie et certaines scènes du film de Charlie Chaplin intitulé Les temps modernes, était déjà utilisé en Amérique. Il vient de faire son apparition en France, et son principal objectif est de dépister aisément les quelques milliers de « chapardeurs » qui, dans les magasins, subtilisent chaque année, les articles les plus hétéroclites, dont la valeur totale atteint environ sept millions.

Des caméras électroniques de seize millimètres sont judicieusement disposées en des points stratégiques qui permettent une vue d’ensemble des rayons les plus appréciés des kleptomanes, voleurs à la tire et pickpockets.

Tranquillement installé dans un bureau, devant un appareil récepteur, un opérateur disposant de télécommandes agit à son gré sur chaque caméra pour obtenir sur son écran les images plus ou moins grossies ou étendues du secteur qui l’intéresse.

Dès qu’un suspect est repéré, il suffit d’alerter par radio l’inspecteur le plus proche de lui, car chacun de ces employés est muni d’un récepteur de poche. Et le coupable ne peut nier le flagrant délit enregistré par l’œil investigateur et infaillible du dispositif de télévision.

 

La terre n'est pas l'élément stable et immobile que l’on croit. Voici les premières découvertes dues au synchrotron encore en construction dans la région de Genève.

 

...SAVIEZ-VOUS QUE…

les vibrations imprimées au sol par les vagues de l’Atlantique se répercutaient dans toute l’Europe occidentale ?

ON s’est aperçu de ce phénomène au cours de la construction du synchrotron expérimental à protons destiné au centre européen de recherches nucléaires, près de Genève.

Les dimensions de la base annulaire de 100 mètres de diamètre, et d’un poids de 4.000 tonnes, sur laquelle reposera l’appareil doivent être réglées au dixième de millimètre. Une telle précision nécessite une analyse très minutieuse des mouvements du sol. Or, au cours de leurs examens, les spécialistes ont constaté : d’une part, l’existence de micro-séismes se produisant souvent pendant plusieurs jours ; d’autre part, le soulèvement périodique, à raison de 2 millimètres par kilomètre, de la moraine sur laquelle se construit le synchrotron. Le rythme de ces oscillations, qui se répètent tous les vingt-neuf jours, montre qu’il s’agit d’un phénomène luni-solaire. On suppose que c’est l’action des hautes marées sur le fond de l’Océan Atlantique qui provoque des « ondes de relaxation » dans la croûte terrestre. 

Quant aux microséismes, il est prouvé qu’ils sont dus aux vibrations du sol marin sous le déferlement des vagues de l’Atlantique par gros temps.

18 mai, 2022

Fiction n°013 – Décembre 1954

Un numéro qui joue sur les décalages de points de vue, corde philosophique voire anthropologique de la Science-Fiction moderne.

 

Plus petit qu’une souris, ce micro-organisme !

Daignerez-vous cliquer dessus pour obtenir votre epub ?

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Des points de vue, donc. Tout d’abord avec « Les mondes intérieurs », une bonne nouvelle de William Morrison, dont on a déjà pu apprécier l’humour délicat et le vertige des effets d’échelle et de perspective. Après « Un coin rêvé pour les vacances » (in Fiction n°10), où les humains étaient confrontés à une race de géants, voici des explorateurs d’exo planètes confrontés aux mystères du microscopique ; l'intérêt est de nous faire partager le point de vue de micro-organismes, et d'imaginer qu'une vie intelligente extra-terrestre pourrait aussi se situer à une autre échelle que la nôtre, pour le meilleur ou pour le pire…

 

Avec « L’Engin », le français Georges Chaulet (l’auteur de « Fantômette » !) nous permet de partager le sentiment d’un pionnier de l’espace, et la relativité de sa modernité. Même approche pour « L’axolotl » de Robert Abernathy, qui développe l’hypothèse, certes un peu naïve mais intéressante, de la nécessaire transformation physiologique de l’explorateur spatial – on retrouvera ce thème dans le « Demain les chiens » de Simak.

 

« Les rescapés » de Zenna Henderson, premier volet des « Chroniques du peuple » qui paraîtront en volume quelques années plus tard, nous invite à réviser notre jugement sur des catégories de gens qu’on qualifierait hâtivement d’asociaux ou d’inadaptés, avec un regard des plus tendres sur l’enfance.

 

Dans la série « Chassez le naturel… », « La fin des haricots ! », du toujours comique Reginald Bretnor, interroge la classe scientifique sur ses réelles capacités à imaginer, et à tenter des expériences audacieuses lorsqu’elles peuvent paraître farfelues au premier abord – malheureusement le prestige et l’étiquette priment souvent sur l’audace dans un corps scientifique organisé en milieu respectable. Un petit tacle au passage à la presse et à ses préjugés.

Le numéro 67 (Juin 1959) de Fiction fera par la suite paraître cette petite note :

La science-fiction a toujours raison. 

Lorsque « Fiction » a publié dans son numéro 13 une nouvelle intitulée « La fin des haricots », par R. Bretnor, nous ne nous attendions pas à la voir se réaliser… Car il s'agissait dans cette nouvelle de la libération de l'énergie nucléaire à partir du modeste haricot ! Or « France et Vie » d'avril nous apprend que le Professeur Boranger, de l'École Polytechnique (qui n'est pas un inconnu pour nos lecteurs : voir « Fiction » n° 65) a justement réalisé la même expérience fantastique !… 

La nouvelle purement fantastique de Jean-Louis Bouquet, « Les filles de la nuit », détonne un peu dans cet ensemble. C’est toutefois toujours avec délice qu’on saura se délecter du style ciselé et cruel de Bouquet, dans cette variation sur les pouvoirs des poupées vaudous.

 

On notera dans « La revue des Livres » de ce n°13 la signature A. D. ; il s’agit bien sûr d’Alain Dorémieux qui commence à trouver une place plus officielle au sein de la revue.

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Sommaire du Numéro 13 :

NOUVELLES

1 - William MORRISON, Les Mondes intérieurs (The Inner Worlds, 1954), pages 3 à 30, nouvelle, trad. (non mentionné)

2 - Reginald BRETNOR, La Fin des haricots ! (Maybe Just a Little One, 1953), pages 31 à 44, nouvelle, trad. (non mentionné)

3 - Georges CHAULET, L'Engin, pages 45 à 47, nouvelle

4 - Zenna HENDERSON, Les Rescapés (Ararat, 1952), pages 48 à 70, nouvelle, trad. (non mentionné)

5 - Jean-Louis BOUQUET, Les Filles de la nuit, pages 71 à 98, nouvelle

6 - Robert ABERNATHY, L'Axolotl (Axolotl / Deep Space, 1954), pages 99 à 111, nouvelle, trad. (non mentionné)

 

CHRONIQUES

7 - Jacques BERGIER & Alain DORÉMIEUX & Igor B. MASLOWSKI, Ici, on désintègre !, pages 115 à 121, critique(s)

8 - F. HODA, Un piano pour cinq mille doigts, pages 123 à 124, article

9 - (non mentionné), Table des récits parus dans « Fiction » de juillet à décembre 1954, pages 128 à 128, index

 

Rapport du PReFeG :

  • Relecture, vérification orthographique et grammaticale
  • Mise au propre et noms des fichiers html
  • Ajout de la note 7b
  • Ajout de la Table des récits au format texte (le format image étant déjà présent dans le epub d'origine)
  • Vérification et mise à jour des liens internes
  • Mise en gras les titres in Revue des Livres
  • Mise à jour de la Table des matières
  • Mise à jour des métadonnées (auteurs, résumé, date d'édition, série, collection, étiquettes)

16 mars, 2022

Fiction n°009 – Août 1954

Une très jolie moisson de textes, d’auteurs souvent peu connus en France, tels que Ward Moore ou Mack Reynolds, mais aussi de plus notoires comme Philip K. Dick ou Jean Ray. Nous revenons sur cet auteur remarquable dans cet article. 

Clic-clic ! Pour une fois,

la souris attrape le chat !


Sommaire du Numéro 9 :

NOUVELLES

1 - Eando BINDER, Avis aux forcenés (A Warning to the Furious, 1953) , pages 3 à 17, nouvelle, trad. (non mentionné)

2 - Philip K. DICK, Le Soulier qui trouva chaussure à son pied (The Short Happy Life of the Brown Oxford and Other Classic Stories, 1954) , pages 18 à 28, nouvelle, trad. (non mentionné)

3 - Jerome BARRY, Le « Lait du Paradis » (The milk of Paradise, 1953) , pages 29 à 41, nouvelle, trad. (non mentionné)

4 - Ward MOORE, Un homme jaugé (Measure of a Man, 1953) , pages 42 à 49, nouvelle, trad. (non mentionné)

5 - André PILJEAN, Le « Détachtout », pages 50 à 60, nouvelle

6 - Reginald BRETNOR, Langue de chat (Cat, 1953) , pages 61 à 76, nouvelle, trad. (non mentionné)

7 - Jean RAY, La Ruelle ténébreuse, pages 77 à 107, nouvelle

8 - Mack REYNOLDS, Celui qu'on n'attendait pas (The Other Alternative, 1954) , pages 108 à 115, nouvelle, trad. (non mentionné)

 

CHRONIQUES

 9 - SAMIVEL, Réalité du fantastique ?, pages 116 à 118, article

10 - Jacques BERGIER & Igor B. MASLOWSKI, Ici, on désintègre !, pages 119 à 121, critique(s)

11 - F. HODA, Timidité excessive, pages 122 à 123, article

12 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 125 à 126, courrier

 

Rapport du PReFeG :

  • Relecture, vérification orthographique et grammaticale
  • Mise au propre et noms des fichiers html
  • Ajout d'un sommaire (inexistant dans l'epub d'origine)
  • Ajout des notes 5b, 12 et 13.
  • Vérification et mise à jour des liens internes
  • Vérification des casses et remise en forme des pages de titre
  • Mise en gras les titres in Revue des Livres
  • Mise à jour de la Table des matières
  • Mise à jour des métadonnées (auteurs, résumé, date d'édition, série, collection, étiquettes)

Jean Ray, donc. Il fera l’objet d’un numéro spécial de Fiction, (la distinction est assez rare…), le n°126 de Mai 1964. Au moment de sa parution dans Fiction, l’auteur des plus belles enquêtes de Harry Dickson - et d’un nombre impressionnant de nouvelles fantastiques ou parfois de science-fiction – est pourtant bien près de sombrer dans l’oubli, faute d’éditeurs. C’est à Maurice Renault, directeur de publication de Fiction et de Mystère-Magazine, ainsi qu’à Roland Stragliati, que revient le mérite d’avoir relancé et popularisé Jean Ray en France, précédant de près d’une décennie sa réédition en poche chez Marabout.

De nos jours, de nombreux admirateurs de Jean Ray ont réuni et mis en partage pléthore d’articles, de témoignages, de bibliographies… Pour ce qui nous intéresse tout particulièrement ici, nous vous invitons à consulter « Jean Ray dans Fiction », encore une fois extrait de la mine d’or qu’est NooSFere.

Voici comment Jean Ray, et sa terrifiante nouvelle « La ruelle ténébreuse », sont présentés dans ce numéro 9 de Fiction :

Il y a longtemps – depuis le lancement de « Fiction », en réalité – que nous avions le désir spécial de publier une longue histoire de Jean Ray, une histoire qui, davantage encore que les deux contes courts jadis parus dans « Mystère-Magazine », [n°41 : « La main de Goetz von Berlichingen » ; n°57 : « Le dernier voyageur »] vous donnerait la mesure du talent de son auteur, un des plus extraordinaires écrivains fantastiques de notre temps. C’est donc aujourd’hui avec le plus vif plaisir que nous vous présentons « La ruelle ténébreuse » qui, parmi toutes ses nouvelles, est une de celles qui nous a toujours laissé l’impression la plus profonde. Nous ne l’avions pas eue sous les yeux depuis des années quand, en songeant à la reproduire ici, nous en avons à nouveau pris connaissance. Et nous avons retrouvé, en la relisant, aussi forte qu’au premier jour, cette étonnante et lente sensation d’un envoûtement inexplicable : cette sensation d’être soudain arraché aux limites rassurantes du réel, pour se voir placé au seuil de l’Inconnu, de l’Inconnaissable. De l’univers étonnant de Jean Ray, où s’interfèrent, s’abolissent ou se superposent les dimensions de l’espace et du temps, et où la faune d’un au-delà effrayant fait de profondes plongées dans notre monde à nous, « La ruelle ténébreuse » est une des manifestations les plus rares (avec quelques autres nouvelles comme « Le grand nocturne » ou, « Le psautier de Mayence », que nous espérons bien vous offrir également un jour). (Note du PReFeG : ce sera chose faite dans le in Fiction n° 18, daté de Mai 1958).

Pour la documentation sur l’auteur lui-même, nous renverrons les lecteurs de « Mystère-Magazine » à la biographie détaillée que nous y avons donnée de lui, dans le numéro 41, avec « La main de Goetz von Berlichingen ». Rappelons toutefois, à l’intention de nos autres lecteurs, que Jean Ray est belge, né à Gand en 1887, et que sa vie a tenu du roman d’aventures, quand son métier de marin le menait dans toutes les parties du monde. Son compatriote et ami Steeman a dit de lui qu’il était « un des derniers pirates ».

Une partie de son œuvre a été écrite en flamand, sous le nom de John Flanders ; ce n’est pas celle qui a trait au fantastique, mais plutôt à l’aventure. Les livres signés Jean Ray sont au nombre d’une dizaine et sont, pour la plupart, des recueils de contes. Publiés en Belgique, ils sont, sauf erreur, tous plus ou moins épuisés à l’heure actuelle. Le plus surprenant est que, traduits dans diverses langues, ils n’aient jamais paru au catalogue d’une maison d’édition proprement française. Leur ambiance très spéciale de cauchemar et d’irrationnel les empêcherait évidemment d’être des best-sellers, mais si l’on considère la médiocrité de toute une part de l’actuelle production littéraire, on ne peut s’empêcher de dénoncer une telle carence, qui fait de Jean Ray un auteur à peu près totalement méconnu dans notre pays. Puisse notre parole être entendue !

« La ruelle ténébreuse », qui parut en 1932 dans un recueil intitulé « La croisière des ombres », fut ensuite rééditée en 1943 dans « Le grand nocturne ». Gageons que son pouvoir sur les amateurs de fantastique n’est pas près de s’éteindre.

Et puisque il en est question, nous reproduisons ce texte de présentation de Jean Ray paru dans Mystère-Magazine (n°41, juin 1951). A noter que l’auteur (encore anonyme) des aventures de Harry Dickson n’avait pas encore été dévoilé comme tel…

 Grâce à l'aimable entremise d'un de nos lecteurs, M. Stragliati dont le goût prononcé pour la littérature policière fantastique et mystérieuse se renforce d'une solide érudition bibliographique, et qui connaît personnellement Jean Ray, nous avons été à même de réunir sur ce singulier personnage une intéressante documentation biographique dont nous sommes heureux de vous faire profiter.

       Comme Maurice Maeterlinck, Charles van Lerberghe, Grégoire Le Roy et Franz Hellens, Jean Ray est originaire de Gand. Il y est né le 8 juillet 1887.

       "Sous le signe noir du Cancer, de même que mon ami Thomas Owen", dit-il. Et aussi sous le signe irrécusable de l'Aventure : son grand-père paternel, - qui épousa une Indienne au cours de ses voyages, - son père, ses oncles, ses cousins étaient marins. Pour l'état-civil, Jean Ray porte un autre nom mais c'est de ses deux prénoms : Jean et Raymond qu'il a tiré son pseudonyme.

       A l'école, il fut, par excellence, - s'il faut l'en croire, - le type même du mauvais élève et du cancre. A dix ans, il sait à peine lire et écrire : il préfère courir les routes pieds -nus ou en sabots, nager comme un poisson, grimper aux arbres et aux mâts, ou bien encore livrer bataille aux autres garnements du Port.

        De guerre lasse, son père le met en pension à Pecq, dans le Tournaisis. Chose curieuse, ses maîtres wallons comprennent sa nature aventureuse de Flamand et ne la contrarient pas. Cependant, un beau jour, il leur fausse compagnie; et on le retrouve à Leith, en Ecosse. Il n'y a plus qu'à s'incliner : il sera marin, comme tous ceux de sa race. Et, dès lors, du voilier Este, en passant par l'Astrologer, - dont le capitaine Müller l'encouragea à écrire, - et par le Fulmar, commence pour Jean Ray une suite d'aventures étonnantes qui le mèneront sur tous les océans. S. A. Steeman, qui le connaît bien, a dit de lui qu'il était "un des derniers pirates" et qu'il ressemblait à "Trader Horn". J. H. Rosny aîné, qui l'aimait beaucoup, prétendait" qu'on s'entendait à peu près aussi bien avec lui qu'avec un tigre en colère". De fait, ses compagnons de bord anglais l'avaient surnomrné "Tiger Jack". On le vit, au temps de la Prohibition, faire la contrebande du rhum, sur la Rum-Row, au large des côtes américaines, et "fréquenter", a écrit Steeman, "les gangsters les plus célèbres". On dit même qu'il serait l'un des mystérieux personnages dont Jean Galmot a parlé dans ce curieux roman qu'est "Quelle étrange histoire..."

        Pourtant, si vous demandez à Jean Ray s'il a vécu, justement, d' "étranges histoires", il vous répondra sèchement : "non", en tirant de sa pipe en terre une bouffée d'âcre tabac de Hollande. Il aime, au reste, assez passer pour un "taiseux"... Mais, s'il se sent en confiance, il devient un éblouissant conteur d'histoires où les souvenirs de l'imagination se confondent, sans qu'il soit possible de discerner leur point de jonction. Et, pour peu que vous l'y poussiez, il vous mènera à la découverte d'un Gand secret, connu de lui seul ; d'un Gand spectral où l'énigmatique château des comtes de Flandre, peuplé d'instruments de torture et d'épées de justice, semble sorti tout entier d'un de ses récits ; d'un Gand où il s'est fixé (depuis qu'il ne navigue plus), qui a fortement influencé son oeuvre et dont il paraît impossible de le dissocier. En 1905, à dix-huit ans, il envoie aux Annales Politiques et Littéraires un conte : "Le diable est venu me chercher à bord". André Theuriet le lit et écrit à jean Ray. Il l'encourage et lui promet son appui. Mais il meurt deux ans plus tard. Depuis, Jean Ray s'est toujours tenu à l'écart du monde des lettres; et c'est le hasard seul qui lui fit rencontrer J. H. Rosny aîné, Pierre Goemaere, Hans Heinz Ewers et, plus tard, S. A. Steeman et Thomas Owen, dont il a préfacé "Les Chemins Etranges". Blaise Cendrars et Michel de Ghelderode l'estiment infiniment et il le leur rend bien ; mais ils ne se sont jamais vus.

        Ses premiers contes, écrits en flamand, paraissent dans des revues flamandes et hollandaises. Par la suite, il collabora également à plusieurs journaux et revues : "Le Journal de Gand", "Le Vingtième Siècle", "La Revue Franco-Belge", "Les Amis du Livre", "Le Mercure de Flandre", "Candide", "Wiener Journal", "Leipziger Tagblatt", "Weird Tales" (de Chicago). Après un premier roman, « Terre d'Aventures », dont lui-même avoue ne plus bien se souvenir, il publie, en 1925, « Contes du Whisky » qui le font connaître presque du jour au lendemain. Ils sont traduits en plusieurs langues : en flamand, par Clovis Baert; en anglais, Par R. T. House; en italien, par Mario Garrea; en japonais, par Fumiko Myata; et en allemand, par Rosa Richter. Cette dernière a publié en français, vers 1925, à Vienne, un opuscule d'environ 70 pages - aujourd'hui introuvable - consacré à "La vie prodigieuse de Jean Ray". Un des Contes du Whisky figure dans l'anthologie « Les Maîtres de la Peur », publiée chez Delagrave, en 1927, par André de Lorde et Albert Dubeux. Une nouvelle édition des « Contes du Whisky » (remaniée) a paru en 1946 à Bruxelles.

        Après un nouvel ouvrage, « La Croisière des Ombres », Jean Ray cède pour un temps la plume à John Flanders (dont nous parlerons plus loin) ; puis il la reprend, de 1942 à 1947, pour publier successivement : « Le Grand Nocturne », « Les Cercles de l'Epouvante », « Malpertuis », « La Cité de l'Indicible peur », « Les Derniers Contes de Canterbury » et « Le Livre des Fantômes ». Les Editions de "La Sixaine" (Paris et Bruxelles) ont également fait paraître il y a environ trois ans, « La Gerbe Noire », une anthologie de "contes noirs" publiée "sous la direction de Jean Ray". Seuls, « Terre d'Aventures », « Malpertuis » et « La Cité de l'Indicible peur » sont des romans.

        Tous les autres livres de Jean Ray sont des recueils de contes et de nouvelles. Quelques-uns de ses récits ont été publiés, traduits, aux Etats-Unis.

        Aujourd'hui, Jean Ray est redevenu l'écrivain flamand John Flanders. A ce titre, il collabore régulièrement au quotidien "Het Volk" et est attaché à "La Bonne Presse" d'Averbode, la grande maison flamande d'édition catholique. John Flanders a écrit, et écrit encore, un nombre incalculable de contes, de nouvelles et de petits romans. Presque tous ces ouvrages sont particulièrement destinés à la jeunesse flamande auprès de qui John Flanders jouit d'une très large popularité. De temps à autre, il donne également, en français, des contes à "Tintin", ce journal d'enfants qu'apprécie fort Thomas Owen. De plus, il s'est aussi adonné, avec succès, au reportage : "La Moisson de l'Abîme", "Le Péril Gris", "La Vie romancée des Bêtes", etc...

        John Flanders, qui s'est surtout spécialisé dans le récit d'aventures retrouve quelquefois son inspiration première, et certains de ses contes parus récemment dans l'hebdomadaire flamand " Spectator ", sont du meilleur Jean Ray. John Flanders a publié quelques-unes de ses oeuvres en français.

        Revenons à Jean Ray. Il est marié à Nini Balta, une Bruxelloise qui fut une vedette de music-hall connue. Il a eu une fille qui s'est essayée - comme lui - dans le reportage en publiant, en anglais, une suite d'impressions londoniennes : "City Iights and Dreams". Il parle et lit couramment, outre le flamand et le français, l'allemand, l'anglais et le danois. Il affirme qu'un fantôme, "l'homme au foulard rouge", lui est apparu cinq fois. Son chien - un dogue de Bordeaux - s'appelle Kim, en souvenir d'un puma qu'il aima beaucoup. Il estime fort les araignées et, au dire de Steeman, il eut autrefois un lion. Il dit ne rien entendre à la poésie, ni à la musique, ni à la peinture. Par contre, le calcul intégral n'a pas de secrets pour lui. Il écrivit un jour, à H. G. Wells afin de lui démontrer que son Homme invisible - s'il avait existé - aurait été aveugle. L'illustre écrivain lui répondit, le félicita et l'invita à venir le voir dans sa propriété de Sandgate. Mais Jean Ray - bien qu'étant souvent en Angleterre - n'y alla jamais. Il faut dire qu'il n'aime pas plus répondre aux invitations qu'aux lettres. Les éditeurs le craignent, car, de temps à autre, "Tiger Jack" réapparaît et il lui arrive d'employer avec eux la manière forte quand ils lui doivent de l'argent. Jean Ray lit peu ; - du moins il le dit : Shakespeare, Goethe, Dickens, le romantique bas allemand Fritz Reuter, la Bible et les ouvrages d'hagiographie.

        Tous ses livres ont été publiés en Belgique ou par des éditeurs franco-belges; ils sont pour la plupart épuisés et pratiquement introuvables; il est même curieux de constater qu'aucun éditeur français n'ait jamais songé à rééditer les oeuvres de cet extraordinaire écrivain.

        Un cinéaste parisien, ami de Jean Ray, a aussi adapté pour l'écran un de ses romans (« La Cité de l'Indicible peur ») qui, dialogué et découpé, n'attend plus que le bon vouloir des producteurs...

        Nous avons intentionnellement choisi parmi les récits qui composent « Les Cercles de l'Epouvante » : "la Main de Goetz von Berlichingen" car cette nouvelle nous apparaît comme particulièrement caractéristique de la "manière" de l'auteur.

        L' "Edgar Poe belge" dit qu'il se sent personnellement plus près d'Hoffmann que du grand Américain. Les lecteurs de "Mystère-Magazine" jugeront...

 

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