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21 juin, 2026

Cadeau bonus : Fiction Spécial n °8 : L'Âge d'or de la science-fiction - Astounding 1ère série, 1940-1947 (Décembre 1965)

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Prévu pour le mois de Novembre 1965, et donc mentionné comme un numéro 144 bis, c'est avec un petit mois de retard que parait le Fiction Spécial n°8. Quelle n'est pas notre surprise de constater un revirement dans la politique éditoriale, qui s'était déclarée vouloir développer le champ de publication d'une science-fiction européenne (et forte de 4 anthologies consacrées aux auteurs français ainsi qu'une aux auteurs italiens).
Car c'est la science-fiction à l'américaine, et celle datée des années 1940 qui plus est !, qui est mise à l'honneur, à travers un choix des nouvelles les plus marquantes parues dans la revue "Astounding", pionnière du genre, sous le titre "L'Âge d'Or de la science fiction".

On ne saurait jamais assez questionner la notion "d'Âge d'Or", toujours acoquinée d'une appartenance à "l'originel" (la faute à Hésiode !), comme si tous les développements ne valaient jamais l'original, n'arrivaient jamais à le surpasser, ni même l'égaler. Le 4ème de couverture évoque même "La science fiction à son sommet", signifiant par-là que tout le reste depuis n'est que dégénérescence ou descente dans les bas-fonds (de la qualité, sous entendu).
Argument publicitaire sans aucun doute, mais qui ne manque pas de jeter le trouble dans le rôle que désire afficher la revue dans la promotion d'un genre encore peu admis en tant que tel, en France du moins, dans les rangs de la littérature générale (et chez les grands éditeurs français). Un tant soit peu "réactionnaire" dans son choix, donc, ce numéro Spécial sera même le premier d'une longue série d'anthologies consacrées aux auteurs outre-atlantiques d'antan.

En réalité, les huit nouvelles qui constituent cette anthologie ne reflètent pas entièrement le choix de l'équipe française de Fiction. Il s'agit de la traduction d'une anthologie américaine célébrant la revue de John W. Campbell : "The first Astounding S. F. anthology". L'ensemble est traduit par un Pierre Billon qui a dû travailler d'arrache-pied pour livrer (presque) à temps la matière que voilà, et qui, avouons-le tout de même, est de bonne, voire de très bonne qualité.

Sommaire du Fiction Spécial n°8 :
1 - (non mentionné) , Introduction, pages 5 à 6, introduction
2 - Robert HEINLEIN, Il arrive que ça saute (Blowups Happen, 1940), pages 9 à 55, nouvelle, trad. Pierre BILLON
3 - Jack WILLIAMSON, Le Renégat (Hindsight, 1940), pages 56 à 75, nouvelle, trad. Pierre BILLON
4 - Alfred Elton VAN VOGT, Le Caveau de la bête (Vault of the Beast, 1940), pages 77 à 103, nouvelle, trad. Pierre BILLON
5 - Lyon Sprague DE CAMP, L'Exalté (The exalted, 1940), pages 105 à 128, nouvelle, trad. Pierre BILLON *
6 - Lewis PADGETT, Point de rupture (When the Bough Breaks, 1944), pages 129 à 155, nouvelle, trad. Pierre BILLON *
7 - Henry KUTTNER, Combat de nuit (Clash by Night, 1943), pages 157 à 217, nouvelle, trad. Pierre BILLON *
8 - Murray LEINSTER, Premier contact (First contact, 1945), pages 219 à 252, nouvelle, trad. Pierre BILLON
9 - Eric Frank RUSSELL, Violon d'Ingres (Hobbyist, 1947), pages 253 à 286, nouvelle, trad. Pierre BILLON

* Nouvelle restée sans publication postérieure à celle présentée ici.

FICTION présente son nouveau numéro Spécial :

L'introduction tout d'abord ...

Dans l’histoire de la science-fiction américaine, 1937 est une date déterminante : c’est celle à laquelle John W. Campbell devint rédacteur en chef de la revue Astounding Science Fiction. Celle-ci existait déjà depuis sept ans, mais c’est seulement sous l'impulsion de Campbell qu'elle devait prendre une importance capitale, et occuper la place qui fut la sienne entre 1940 et 1955 : celle de la meilleure revue américaine dans ce domaine.

Avant Campbell, il n’existait pas de magazine de science-fiction sérieux digne de ce nom. Avec lui, le nom même de Astounding devint le symbole d'une science-fiction adulte, cohérente, scientifiquement vraisemblable, empreinte d’un souci de réalisme : caractéristiques qui firent prendre au genre un tournant décisif et le marquèrent durablement.

Parmi les auteurs découverts par Campbell à cette époque et publiés en vedette par Astounding, figurent la plupart des grands maîtres de la science-fiction : Robert Heinlein, Isaac Asimov, A. E. van Vogt, Clifford D. Simak, Theodore Sturgeon, Henry Kuttner, etc. Sans compter ceux qui, tels Jack Williamson ou Murray Leinster, avaient fait leurs débuts auparavant mais écrivirent dans Astounding leurs œuvres les plus achevées.
On peut donc bien, en se référant à la carrière de ce magazine prestigieux, parler d'un Age d'Or de la science-fiction : l’époque où celle-ci s'affirma pour la première fois comme un genre littéraire.

De cet Age d'Or, une image est offerte pour la première fois par cette anthologie, où sont groupés huit grands récits publiés dans Astounding entre 1940 et 1947. (Une seconde anthologie, à paraître l’année prochaine, regroupera des récits publiés de 1947 à 1951.)

... et le quatrième de couverture :

LA SCIENCE FICTION A SON SOMMET

La science-fiction nous entraîne
vers des planètes étranges,
vers les merveilles d'un lointain futur,
vers les horreurs possibles de la vie
sur Terre dans un siècle d'ici.
Les bases de la science-fiction moderne
furent jetées aux Etats-Unis
par le magazine Astounding
qui dans les années 1940
servit de tremplin à tous
les grands auteurs d'aujourd'hui.
Dans cette anthologie, vous trouverez
huit grands récits appartenant
à cet Age d'Or de la science-fiction,
huit récits dont les thèmes ont fait date.
Vingt années plus tard,
ces œuvres restent mémorables.

Un merveilleux stimulant de l'imagination !

L'avis du PReFeG :

Une chose frappe de prime abord : l'éblouissante distraction des auteurs américains de cet autoproclamé "Âge d'Or" envers un conflit qui ravageait l'Europe. Les quatre premiers récits datent de 1940, dont celui de Heinlein, qui, s'il parle d'énergie atomique, celle-ci ne semble dépendre que de la seule exploitation américaine de l'uranium ; s'il parle de bombe, ce n'est que pour décrire le moteur de la centrale atomique dont on redoute l'instabilité conceptuelle.
Jack Williamson quant à lui évoque peut-être, en cette même année 1940, le nazisme triomphant lorsqu'il met en scène des hordes de pirates devenus plus puissantes que les planètes-états, et donc inévitablement tentées par l'impérialisme, mais le héros qui leur désobéira ne le fera pas par idéologie, mais par patriotisme.
Les nouvelles de Van Vogt et de Sprague de Camp datant de cette même année renforcent cette impression que l'Amérique, alors, regardait ailleurs, et que la science-fiction de cet Âge d'Or n'avait pas pour mission d'extrapoler l'avenir à partir des éléments du présent, mais bien au contraire de distraire du présent avec des éléments imaginés pour l'avenir - soit toute la différence entre spéculation et fantasme.

Placer la nouvelle de Robert Heinlein Il arrive que ça saute en toute première position est sans doute ce qui induit le plus cette impression d'une Amérique distraite. Le choix du thème de la nouvelle de Heinlein - l'énergie atomique - est pourtant au cœur des préoccupations militaires de cette seconde Guerre Mondiale qui n'est, en 1940, pas encore arrivée au bout de ses atrocités. Nous avons là une étrange SF d'avant-guerre où la puissance atomique n'est pas déjà envisagée comme une arme, même dissuasive. Heinlein nous dépeint un futur (à travers les cabines de métro individuelle et les super véhicules qui transporte les protagonistes en un éclair) dispendieuse en énergie par sa technologie, mais qui n'a pas dépassé le stade de la recherche sur la fission de l'uranium. S'ensuit un récit sans doute un peu naïf sur les dangers réels d'une centrale atomique, mais dont le risque de panne ou d'explosion ne résulterait que d'un défaut de surveillance humaine, ou de la névrose qui toucherait les ingénieurs, surveillants eux-mêmes surveillés par des psychiatres toujours sur leurs talons. Pas vraiment de la SF donc, du moins de nos jours, mais bien plutôt du retrofuturisme un peu trop didactique pour parvenir à nous emmener très loin dans les anticipations.
On pourrait reprocher aussi la morgue et le grand sérieux un peu naïf avec lequel Heinlein aborde son récit (on le connait heureusement plus léger, notamment dans ses récits adressés à un plus jeune public). Le passage suivant, par exemple, qu'on pourrait juger humoristique, du moins satyrique, ne l'est en fait pas du tout  :

Il leur exposa le schéma d’un projet de campagne de propagande à l’échelle nationale, telle qu’une grande firme de publicité en pouvait entreprendre couramment. Elle était complète jusqu’au moindre détail : émissions radiophoniques, tracts, publicité dans les journaux et les magazines avec éditoriaux de commande, « comités de citoyens » factices et – chose importante entre toutes – une campagne de bouche à oreille et une organisation de lettres au Congrès. Chaque homme d’affaires présent savait d’expérience comment tout cela fonctionnait.
On retrouvera ce type de plan de propagande souvent joliment moqué par Frederik Pohl et Cyril Kornbluth - dans Planète à gogos, par exemple.
Quoi qu'il en soit, Heinlein, malgré un style ici très bavard, connait déjà son métier et arrive tout de même à produire un texte agréable à suivre.

Le fait de pouvoir changer depuis l'avenir le cours du passé et ainsi remodeler des batailles perdues en victoire, cela serait une arme redoutable. Mais n'y a-t-il pas des facteurs qui échappent au jeu des causes et des conséquences ? Voilà la question posée par Jack Williamson, dans Le renégat, et qui semble rendre inéluctable la marche des événements…

Dans Le caveau de la bête, A. E. Van Vogt reprend à son compte l'idée de Campbell (in La chose d'un autre monde) d'un envahisseur métamorphe extraterrestre, et place le lecteur en témoin de son intimité intérieure. Comme toujours chez cet auteur, les enjeux sont énormes, toujours trop, et un seul homme parvient à déjouer tous les pièges. On adhère ou pas.

Dans la série des nouvelles "Moquons allègrement la morgue des grandes universités et leurs pompeux professeurs", après les écrits de Reginald Bretnor ou de Robert Abernathy, par exemple, Lyon Sprague de Camp et L'exalté proposent une jolie collection d'inventions farfelues mais qui pourraient toutes se prétendre sujet d'une nouvelle chacune. Inepte, on jugera même certains aspects de la traduction - comme le langage de l'ours parlant - un peu déplacés, mais l'ensemble demeure cocasse.

" L’humour n’est pas un sens inné, mais il se développe essentiellement sur le fond de cruauté qui existe chez la plupart des individus. Plus un intellect est primitif, plus son sens de l’humour est élémentaire. Il est probable qu’un cannibale s’amuserait prodigieusement de voir sa victime se débattre dans la marmite. Un homme glisse sur une peau de banane et se rompt le cou. À ce moment, l’adulte cesse de rire ; l’enfant, pas. Une situation embarrassante est tout aussi pénible pour un individu civilisé que la douleur physique. Un bébé, un enfant, un crétin sont incapables de pratiquer l'altruisme. Aucun d’eux ne peut s’identifier avec un autre individu. Il manifeste un regrettable égotisme ; son comportement est régi par des règles entièrement arbitraires et le contenu de la poubelle, répandu à travers la chambre à coucher, ne semblait nullement comique aux yeux de Myra et de Calderon. "
De l'humour, certes ; mais on retrouve aussi deux des thèmes de prédilection du couple Lewis Padgett : les enfants qui s'adonnent aux dangereuses expériences que leur alloue une intelligence hors-norme, ainsi que la machine infernale de la fatalité dont le ressort est remonté à bloc, mais qui n'empêche pas l'audace humaine de tenter d'en enrayer la marche et d'atteindre le Point de rupture.

A noter : cette nouvelle datée de 1941 par la revue, a été publiée originellement en novembre 1944, dans le même numéro d'Astounding qui édite "Killdozer" de Theodore Sturgeon.

On croirait lire du Poul Anderson : même application à rendre crédible un monde - ici celui des bases sous-marines de Vénus, même sens des péripéties aux enjeux croisés dans des batailles qui font rage d'une part entre armées, et d'autre part aux fins fonds d'un protagoniste encerclé par ses contradictions... Mais dans Combat de nuit, la guerre n'est pas perçue comme un élan vital, la victoire a l'amertume des vanités, et le combat ne vaut que par l'absurdité de sa cause. Une bonne novella de Henry Kuttner demeurée introuvable depuis.

Premier contact : une première rencontre entre terriens et extraterrestres a lieu dans les circonstances particulières d'explorations spatiales. Or, chaque corps de vaisseau se doit de ne rien révéler de son berceau d'origine avant que ne puisse s'installer une confiance réciproque et inconditionnelle, conditions éminemment rares et périlleuses. La nouvelle tourne et retourne ce problème dans tous les sens pour chercher à éviter l'inévitable conflit, jusqu'à... Un bel hymne à l'amitié entre les peuples du vétéran du genre Murray Leinster.

Tel Robinson Crusoé, un explorateur patenté se retrouve naufragé sur une planète étrangère, loin de toute route galactique, et sans pouvoir ni se localiser, ni repartir. Une première énigme s'impose à lui, puis une autre… Le récit suit des péripéties de raisonnements et de sang-froid extraordinaires, qui pourraient paraître un peu factuels et froids s'il n'y avait pas la présence cocasse de Laura, un beau perroquets ara au langage bien fleuri. Une belle nouvelle bien équilibrée d'Eric Frank Russell, dont la raison d'être du titre, Violon d’Ingres, ne se dévoile qu'à la toute fin.

On terminera sur une petite note de la rédaction à propos de cette nouvelle, écrite après-guerre, et qui semble faire état d'une science-fiction déjà différente de celle des années passées : " Son récit est l’un des plus curieux et des plus recherchés du présent numéro, et il annonce sans contredit un type nouveau de science-fiction à résonances psychologiques, tel qu’il commençait à se dessiner à la fin des années 1940. " Ceci annonce surtout le second volet de cette anthologie de la revue Astounding, et qui fera l'objet du Fiction Spécial n°9 (n°150 bis de mai 1966), mais où l'on verra aussi que les considérations littéraires seront axées sur un autre pôle : la Guerre Froide et la peur de l'extinction massive de l'espèce humaine...

23 avril, 2025

Fiction n°108 – Novembre 1962

Nouvelle formule pour Fiction qui passe de 144 à 176 pages (un volume de 32 pages supplémentaires assez considérable) : un numéro qui marque autant qu'un Fiction spécial tant les auteurs choisis font partie du haut du panier. Des nouvelles restées inédites depuis, une de Poul Anderson, une autre d'Idris Seabright, des récits qui se répondent, des recensions de qualité… Fiction marque ici, après son numéro 100, un de ses sommets.

Clic droit sur les stars !

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Sommaire du Numéro 108 :


1 - (non mentionné), Pourquoi une nouvelle formule ?, pages 5 à 5, article

2 - (non mentionné), Nouvelles des auteurs de ce numéro, pages 6 à 8, bibliographie


NOUVELLES

3 - Poul ANDERSON, Le Peuple de la mer (Progress, 1962), pages 9 à 52, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE *

4 - Fritz LEIBER, La Grande caravane (The Big Trek, 1957), pages 53 à 57, nouvelle, trad. Alain DORÉMIEUX

5 - Gérard KLEIN, Le Vieil homme et l'espace, pages 58 à 69, nouvelle

6 - Robert HEINLEIN, La Mère célibataire (All You Zombies—, 1959), pages 70 à 84, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH

7 - Arthur C. CLARKE, Quand Saturne se lève (Saturn Rising, 1961), pages 85 à 95, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE

8 - Jean RAY, Irish whisky, pages 96 à 106, nouvelle

9 - Idris SEABRIGHT, Eithné (Eithne, 1957), pages 107 à 117, nouvelle, trad. Alain DORÉMIEUX *

10 - Jorge Luis BORGES, Abenhacan el Bokhari mort dans son labyrinthe (Abenjacán el Bojarí, muerto en su laberinto, 1951), pages 118 à 126, nouvelle, trad. Roger CAILLOIS

11 - Fereydoun HOVEYDA, La Manne du ciel, pages 127 à 128, nouvelle *

12 - Richard MATHESON, Moutons de Panurge (Lemmings, 1958), pages 129 à 130, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE

13 - Montague Rhodes JAMES, La Chambre n° 13 (Number 13, 1904), pages 131 à 143, nouvelle, trad. Georgette CAMILLE

14 - Pat MALLET & Michel PELTIER, La Vie privée du vampire, pages 145 à 147, bande dessinée 

CHRONIQUES

15 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 148 à 162, critique(s)

16 - COLLECTIF, Le Conseil des spécialistes, pages 165 à 165, critique(s)

17 - (non mentionné), En bref, pages 166 à 167, article

18 - Jacques GOIMARD, Les Grands-Bretons en quête de péplums, pages 169 à 171, article

19 - F. HODA, Une Comédie de science-fiction, pages 171 à 173, article

20 - Jacques GOIMARD, Nouvelles du front de l'épouvante, pages 174 à 175, critique(s)


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

" (...) si l’industrialisation peut alimenter et habiller mieux les gens, ne mérite-t-elle pas de vaincre ? »

— « Qui dit qu’elle le peut ? » riposta-t-elle, « Elle peut nourrir et vêtir un plus grand nombre de gens, c’est vrai. Mais la quantité est-elle symbole de qualité, Lorn ? Ne souhaitez-vous pas conserver, sur Terre, des endroits où l’homme puisse se retirer dans la solitude ?

» Et puis, en supposant que l’industrialisation commence à se répandre : pensez à la période de transition. Un jour, je vous ai parlé des horreurs qui se sont déroulées (et c’est historique) lorsque les anciens Communistes ont voulu occidentaliser leurs pays en un jour. Eh bien, cela recommencerait. Pas du fait des Brahmards : ils sont foncièrement bons. Mais d’autres meneurs, partout ailleurs – à moitié barbares, puérilement avides de pouvoir et de prestige, détruisant dans leur impatience leurs propres cultures – de tels meneurs surgiraient.

Oui, vous avez bien reconnu l'idéologie un peu réactionnaire de Poul AndersonLe peuple de la mer propose une suite au "Peuple du Ciel", reprenant la description d'un futur post apocalyptique aux siècles de la cicatrisation et de la reconstruction, par la description de ses peuples et leurs interactions. Mais dans cet opus demeuré inédit ensuite, le procédé parait plus artificiel, surprend moins, et est aussi un peu déséquilibré en matière d'enjeux et de péripéties - un démarrage un peu poussif et parfois abstrus. On notera, comme pour le "Peuple du ciel", la présence d'un glossaire en fin de récit.

Fritz Leiber, dont on connait la potentielle cruauté à l'encontre des protagonistes de ses nouvelles, montre dans La grande caravane un attachement tendre pour une communauté hétéroclite d'extraterrestres, malgré un contexte sinistre mais finalement de peu d'importance.

Le vieil homme et l’espace, une intéressante introspection, faite de séquences diverses, où un vieil astronaute fait le bilan de ce qui l'a motivé à prendre les chemins de l'espace et entraîner l'espèce humaine avec lui. Du Gérard Klein "nouvelle manière" comme dirait Alain Dorémieux, sombre, un rien désespéré, mais questionnant.

"L'emberlificotage" des paradoxes temporels sert de scénario à un Robert Heinlein toujours efficace dans son style vif et ses personnages qui attirent la sympathie, dont La mère célibataire.

D'un thème similaire à la nouvelle de Klein, Arthur C. Clarke ajoute dans Quand Saturne se lève l'intuition qu'un pouvoir privé suffisamment riche financerait la route vers les planètes, ici le spectacle des anneaux de Saturne. On était alors en pleine science-fiction…

Dans Irish whiskynouvelle de jeunesse de Jean Ray, dont on reconnaît déjà l'univers morbide et pétri de vengeances surnaturelles, l'auteur semble toutefois hésiter ici entre deux formes de narration, petit défaut qu'il apprendra à maîtriser par la suite. On recommandera la nouvelle à tous ceux qui aiment frémir des histoires d'araignées.

S'émanciper pour une femme dans la société victorienne, c'est faire le choix d'une troisième voie par delà le bien et le mal. A travers une fable de petit peuple de la mer, Idris Seabright invite Eithnéson héroïne, à choisir cette troisième voie pour échapper à la soumission que le patriarcat appelle "devoir", sans risquer de se perdre dans le piège de l'isolement.

Comme chez Edgar Poe, l'enquête policière chez Jorge Luis Borges prend des atours métaphysique, et n'est pas l'opération d'un dévoilement de la vérité, mais l'établissement d'une explication acceptable et satisfaisante sur le plan symbolique. Dans Abenhacan el Bokhari mort dans son labyrinthe, on retrouve les constructions en cercles, qui nous invite à parcourir le texte de façon transversale, c'est à dire à le relire encore et encore.

Un peu gratuite, La manne du ciel de Fereydoun Hoveyda pose une confrontation d'échelle qui sous-entend qu'il n'y a pas de don pour Dieu, et qu'Il ne saurait nous considérer autrement que nous considérons les insectes.

Le comportement collectif nous rend semblables à des espèces animales agissant par instinct. Richard Matheson dépose en creux, avec Moutons de Panurge, la sensation que l'espèce humaine s'est affranchie de ses instincts. Mais est-ce bien sûr ?

On trouve peut-être dans La chambre N° 13 la source des espaces superposés qu'affectionne Jean Ray. Montague Rhodes James en dit peu sur les explications et multiplie les fausses pistes pour s'autoriser des sorties qui placent des contextes. Imbrications, enchevêtrements, le péril frôle les vivants l'espace d'un instant… Mais James nous met d'accord : ces manifestations surnaturelles désirent nous dire quelque chose.

Attention, fait rare : avec La vie privée du vampireFiction se risque à publier des dessins sur la durée (4 numéros)  !

On notera dans le sommaire l'apparition aux côtés des genres "Science-fiction" et "Fantastique", le troisième genre "Insolite". La rédaction s'en explique dans une petite note.

 " Le mois dernier, ne pouvant les attribuer à la science-fiction ni au fantastique, nous présentions des histoires sous une rubrique intitulée « Hors-série » dans notre sommaire. Notre ami Stephen Spriel nous suggère d’employer un terme commode pour qualifier de telles histoires – à savoir le terme : Insolite. Son défaut est d’être vague, donc de pouvoir recouvrir des notions variables ; sa qualité, en revanche, de marquer une distinction précise avec le fantastique qu’on appellera traditionnel. Maintes histoires présentées dans « Fiction » appartenaient en fait à cet insolite qui est, si l’on veut, un fantastique moderne. Exemples : divers textes de Sternberg, Buzzati, Mandiargues, Owen, Damonti, Béalu, Topor – sans parler de beaucoup de contes du Banc d’Essai. Caractéristique principale : substituer aux ressorts essentiels du fantastique classique (qui sont en principe de type surnaturel) des effets plus subjectifs, souvent sous-entendus, qui peuvent être axés vers le symbolisme, ou l’absurde, ou l’onirisme, ou la psychologie, mais qui de toute façon correspondent à une « intériorisation » très nette de la démarche de l’esprit vers le fantastique. Au point de développement où en est la revue, il nous semble utile de concrétiser maintenant cette catégorie. C’est pourquoi vous trouverez dorénavant à nos sommaires, en annexe à la séparation habituelle en deux genres, une troisième branche dite « insolite » – et ce mois-ci représentée par les trois textes qui suivent. "

On rappellera que Stephen Spriel est l'un des deux co-directeur de la collection "Le rayon fantastique" qui publie essentiellement des romans… de science-fiction.

On trouvera un sacré florilège pour les critiques de Ici, on désintègre ! dans ce numéro. Entre autres, La cité et les astres d'Arthur C. Clarke, que nous vous proposons en bonus en regard de la recension qu'en fait Demètre Ioakimidis.

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Arthur C. Clarke : La cité et les astres. 

Voilà enfin offert au lecteur de langue française un des plus grands chefs-d’œuvre de la science-fiction contemporaine, un récit dont les qualités de couleur, de poésie et d’architecture méritent qu’on lui applique cet adjectif dont on abuse souvent : inoubliable.

L’histoire de ce livre (c’est-à-dire la façon dont il vit le jour, et non l’action qu’il raconte) a été résumée par son auteur en une préface qui n’a pas été incluse dans cette version française. Arthur Clarke commença à l’écrire en 1937, alors qu’il était âgé d’une vingtaine d’années, et en acheva la première version en 1948. Celle-ci s’intitulait « Against the fait of night », et fut refusée, paraît-il, par John W. Campbell jr., ce qui ne parle guère en faveur de la clairvoyance du rédacteur en chef d’« Astounding Science Fiction ». Le récit fut publié en 1948 dans un autre magazine, « Startling Stories », et les lecteurs l’accueillirent avec enthousiasme. Cependant, le passage des années rendit l’auteur mécontent de son œuvre, et Clarke récrivit son récit, en augmentant ses dimensions : il en résulta « The city and the stars » qui parut en volume, aux États-Unis et en Angleterre, en 1956. 

Un milliard d’années a passé. Après avoir conquis les astres, l’humanité a progressivement oublié sa grandeur ancienne. Dans la cité de Diaspar, dont les habitants poursuivent des recherches esthétiques gratuites lorsqu’ils ne se laissent pas simplement vivre, vit un jeune non-conformiste, Alvin, qui cherche à savoir ce qu’il y a hors des limites de cette cité parfaite (ce n’est sans doute pas par hasard que le nom de Diaspar est un anagramme de paradis, même sans le e final du vocable anglais). Alvin découvre ainsi successivement l’autre cité vivante de la terre, Lys, et sa civilisation pastorale. Il explore ensuite l’ancienne forteresse de Shalmirane où, selon la légende, l’humanité livra son ultime combat contre les mystérieux envahisseurs venus du dehors. Non content de ce qu’il apprend, il cherche de plus en plus loin, dans le passé et dans l’espace… 

C’est, très simplement, cette quête que raconte le livre, cette quête et ses conséquences pour les habitants de Lys et de Diaspar. Il s’agit donc d’un récit à la structure linéaire, ne possédant aucune des contre-intrigues qui font le sel de nombre de romans science-fiction. Arthur Clarke raconte son histoire en la menant de son commencement à sa fin, ne s’accordant qu’à peine le luxe d’un coup de théâtre – d’ailleurs tout relatif – ou d’un « suspense » passager.

Cependant, s’il renonce à ces ressorts familiers, l’auteur apporte d’autre part une fraîcheur nouvelle aux éléments grâce auxquels il bâtit son récit et son décor. Pour apprécier cette qualité, il est sans doute bon de dire d’abord ce que « La cité et les astres » n’est pas.

Une civilisation en apparence idéale – ici, celle de Diaspar – et un protagoniste qui en découvre peu à peu les faiblesses : on reconnaît là l’intrigue utilisée par Cyril Kornbluth et Frederik Pohl dans « The space merchants »6 et ultérieurement exploitée, par les mêmes auteurs, dans un roman moins heureux, « Gladiator-at-law ». Cette idée centrale fournit encore le fond d’un autre ouvrage, plus récent et franchement médiocre, « Preferred risk »7 . Dans tous ces romans, le protagoniste est au départ un membre de l’« élite » au pouvoir et il en découvre progressivement la perversion ; il se joint au « maquis » qui lutte contre elle et contribue donc à l’établissement de ce qu’on peut appeler un ordre meilleur. Quelles que soient leurs autres qualités, tous ces récits ont une faiblesse fondamentale : la conversion du héros n’est jamais convaincante, car sa cécité à l’égard des défauts de la pseudo-élite est invariablement exagérée. Or, Clarke a entièrement évité cet écueil.

Parfaite, la cité de Diaspar ? Ses habitants la croient telle, et Alvin lui-même pense comme eux au début de l’action. Cependant, cette perfection toute relative n’est point le prétexte d’une opposition facile avec la culture fort différente de Lys : Alvin n’abandonne pas l’idéal de la première pour celui de la seconde, l’auteur ayant eu l’habileté de pourvoir chacune des deux cités de caractéristiques favorables. Même après la découverte de Lys, qui lui révèle beaucoup de valeurs qu’il ignorait, Alvin conserve de l’attachement à l’égard de Diaspar. Tout au plus se dit-il peut-être que sa ville à lui porte des marques plus profondes de son âge – en dépit de l’éternelle jeunesse de ses habitants.

Arthur Clarke ne cherche point à dépeindre une nouvelle Utopie. Il évite d’ailleurs le côté immobiliste des constructions utopiques en présentant chaque cité comme parvenue à une sorte d’aboutissement, qui pourrait bien être la sagesse de l’expérience. Ceux qui ont dressé les plans de Diaspar, il y a fort longtemps, n’ont-ils pas été jusqu’à prévoir l’existence d’un Bouffon, destiné à apporter de l’imprévu dans l’existence bien ordonnée de la cité ? La faiblesse de Diaspar et de Lys ne réside aucunement dans la forme de bonheur qu’elles proposent à leurs habitants ; elle est dans l’oubli que leurs structures ont permis : l’oubli de la grandeur passée de l’humanité. Et c’est pour cela que les habitants de l’une et l’autre villes seront également décontenancés par les révélations qu’Alvin et son compagnon – Hilvar, natif de Lys – rapporteront de leur voyage.

L’action progresse selon un rythme lent, qui ne manque pas de grandeur : le lecteur sent que les personnages ont une longue vie devant eux et que, pour être pleinement réalisées, leurs découvertes doivent être faites de façon progressive. Ainsi, le refus presque complet des artifices habituels de construction (coups de théâtre, renversements de situations, etc.) contribue au caractère majestueux de l’ensemble.

De la même façon, les personnages ne sont pas vigoureusement différenciés. Il serait naïf de s’en étonner : dans l’état atteint par la science en ce lointain avenir, la réalisation systématique d’un type jugé parfait serait souhaitée par les responsables de Diaspar (mais non par ceux de Lys : et, précisément, les personnages qu’Alvin rencontre dans la seconde cité possèdent des individualités plus marquées). Un reproche en apparence plus grave viserait l’évocation un peu floue de la cité de Diaspar. Cependant, là aussi, l’effet est de toute évidence voulu : il présente au lecteur la ville comme à travers une brume, qui en estompe les arêtes et en confond les détails. Car là n’est pas le vrai sujet du roman.

Ce vrai sujet, c’est l’immensité du temps et de l’espace, devant lequel l’importance de l’humanité peut paraître médiocre. Mais cette humanité a eu sa grandeur, et il suffit qu’un seul de ses représentants en retrouve le souvenir pour que tout puisse changer. En dépit des apparences, « La cité et les astres » comporte un message optimiste, exprimé par le paragraphe ultime du livre :

« Sur cet univers, la nuit tombait ; les ombres s’allongeaient vers un orient qui ne connaîtrait pas d’autre aurore. Mais partout ailleurs, les étoiles étaient encore jeunes et la lumière du matin s’attardait ; et sur le chemin qu’il avait autrefois suivi, l’homme, un jour, irait de nouveau. » 

L’oubli de la grandeur humaine ne saurait être que momentané. En dépit des habitudes, si confortables soient-elles ; en dépit des illusions d’optique dues à l’éloignement dans le temps ou dans l’espace, l’homme a en lui la faculté d’aller de l’avant : ce qu’il a su faire une fois dans son passé, il sera à même de le refaire, et de le continuer. Tel est le message qu’Arthur Clarke a choisi de placer au centre de son livre. Et il ne l’a pas exprimé par la vigueur d’une épopée, mais bien par le charme d’un récit dont le caractère poétique est sans égal dans la science-fiction contemporaine. 

La poésie du style de Clarke est très différente de celle qui fit la réputation d’un Bradbury, mais elle n’est pas moins réelle. Les notations extérieures et les sensations intérieures sont alternées avec une rare délicatesse, de sorte que le caractère vivant de l’ensemble s’en trouve souligné. Paradoxalement, la poésie du « scientifique » Clarke se révèle plus humaine que celle du « littéraire » Bradbury : elle dit davantage en insistant moins sur l’intérêt de son message.

C’est pour toutes ces raisons que « La cité et les astres » est un livre inoubliable ; il est d’ailleurs mieux que cela : il unit les qualités les plus hautes de la vraie science-fiction – idées, narration, style – en un tout dont on chercherait vainement ailleurs l’équivalent.

Demètre Ioakimidis.

27 novembre, 2024

Fiction n°087 – Février 1961

La fin du roman de Heinlein "Le jeune homme et l'espace" cohabite avec de nombreux auteurs français, dont Stefan Wul qui entamera ensuite son long silence d'auteur. On notera également la présence d'un bon article de fond sur la "Trilogie cosmique" de C. S. Lewis.

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 Sommaire du Numéro 87 :


NOUVELLES


1 - Robert HEINLEIN, Le Jeune homme et l'espace (III) (Have Space Suit — Will Travel, 1958), pages 3 à 75, roman, trad. Michel DEUTSCH

2 - Robert F. YOUNG, Poêle volante (Flying Pan, 1956), pages 76 à 85, nouvelle, trad. René LATHIÈRE

3 - Henri DAMONTI, M. Léonard en fête, pages 86 à 90, nouvelle *

4 - Stefan WUL, Gwendoline, pages 91 à 97, nouvelle

5 - Idris SEABRIGHT, La Déesse aux cheveux blancs (White Goddess, 1956), pages 98 à 102, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM

6 - Thomas OWEN, L'Épervier, pages 103 à 111, nouvelle

7 - Jacques STERNBERG, Un jour ouvrable, pages 112 à 123, extrait de roman

8 - Jean-Pierre KLEIN, La Pièce, pages 124 à 124, nouvelle * 

 

CHRONIQUES


9 - Albert VAN HAGELAND, La Trilogie de C.S.LEWIS, ou la confrontation du bien et du mal, pages 125 à 129, article

10 - Jacques BERGIER & Demètre IOAKIMIDIS & Pierre STRINATI & Jacques VAN HERP, Ici, on désintègre !, pages 131 à 138, critique(s)

11 - F. HODA, Impasses, pages 139 à 140, article

12 - (non mentionné), Le Premier grand prix international du roman d'anticipation et de science-fiction, pages 141 à 141, article

13 - COLLECTIF, Tribune libre, pages 142 à 144, article


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Bien sûr, je ne croyais pas que nous puissions agir ainsi – pas encore. Mais nous essayerions. Rien de plus beau, pour un homme, que de mourir à la tâche.

Avec toute sa mentalité militaire à l'œuvre, Robert Heinlein, après avoir dérouté ses héros, en fait les otages d'une espèce autoproclamée "gardienne des galaxies". On aurait aimé plus d'action spontanée plutôt que subie de la part du narrateur, même Le jeune home et l'espace, roman destiné aux jeunes lecteurs, se lit avec plaisir.

Poêle volante, par Robert F. Young, est une jolie nouvelle sur un quotidien empoisonnant et la porte de sortie par l'imaginaire que représente la science-fiction.

Un personnage qui prend ses lubies pour réalisables, à qui l'avenir donne raison. M. Léonard en fête, par Henri Damonti, est un récit peu léger, mais suffisamment court pour ne pas lasser.

Dans la série des planètes pièges, Gwendoline est une nouvelle à chute qui sera la dernière publiée de Stefan Wul, le météore de la SF française.

Deux êtres cruels se toisent, dans une héberluante absence d'étonnement face au surnaturel. La déesse aux cheveux blancs, par Idris Seabright, est une nouvelle courte et efficace.

Le style s'affirme pour Thomas Owen dans L'épervier, histoire étrange d'homme traqué et presque heureux de son sort, dans une ambiance qui rappellerait Hofmann ou Buzatti.

— « J'attends une lettre, moi aussi. »

— « Vous habitez le cimetière ? » 

— « Pas encore, non. »

— « Je ne puis rien pour vous alors. Les vivants, ce n'est pas mon secteur. »

Vivant, vivant, comme il y va. Il ne faudrait pas exagérer. Mais pas tout à fait mort non plus.

Toujours cette insatisfaction de Jacques Sternberg face à la vie moderne, et cette difficulté de se considérer vivant, dans ce fragment de son nouveau roman, Un jour ouvrable. On notera cette belle diatribe sur le travail, mouvement absurde, perpétuel, dénué de sens mais rituellement recommencé, animant une non-vie peu satisfaisante mais passivement approuvée par le narrateur sternbergien :

Le mot magique a été prononcé. Ah ! le travail ! Il anoblit tellement l'homme que celui-ci a fini par revenir au singe ; il est à tel point la hantise de ce monde que j'ai parfois l'impression que, même dans ma tombe, je devrai assumer un emploi, avoir des références et un métier lucratif. Alors quoi, en réponse à tous les syndicats et bourses du travail, personne n'avait donc jamais pensé à fonder un Comité de Lutte contre le Travail ? Mais trop tard, le mot a été prononcé et, les yeux fermés, je pourrais décrire le morne décor qu'il piège.

Au banc d'essai des jeunes auteurs français, La pièce rappelle un peu "Journal d'un monstre" de Matheson. Concis, bien construit, efficace dans ce qu'il laisse imaginer. Son auteur, Jean-Pierre Klein, est un psychiatre, chercheur en psychothérapie, essayiste et auteur dramatique.  Il étudie d’abord la médecine à la faculté de médecine de Paris, notamment l’externat (1959) et l’internat (1964), nommé docteur en médecine de la Faculté de Médecine de Paris en mai 1968 (!), puis devient médecin des Hôpitaux Psychiatriques en 1968, avec pour spécialité la neuropsychiatrie.

Il exerce les fonctions de psychiatre des Hôpitaux en pédopsychiatrie d’abord à Paris puis il crée le service de psychiatrie de l’enfant à Blois où, dès 1973, il embauche, outre les soignants, des artistes, un psychopédagogue, un sociologue et ensuite un psychosémioticien.

Jean-Pierre Klein écrit des ouvrages consacrés à la conceptualisation de l’art-thérapie et de la médiation artistique en relation d’aide, comme à la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent. Il coordonne des ouvrages collectifs et des revues et participe à d’autres ouvrages collectifs, en France et à l’étranger. Il publie également comme auteur dramatique une cinquantaine de pièces de théâtre dont une quinzaine a été jouée. (Eléments biographiques tirés de la page dédiée sur le site Babelio).

L'article de fond présentant la "Trilogie cosmique" de C. S. Lewis est signé A. van Hageland. Anthologiste belge, agent littéraire de Jean Ray en Flandres, l'un de ses ouvrages publié chez Marabout le présentera ainsi :

Albert van Hageland (né en 1919) est considéré comme un des meilleurs spécialistes européens de la littérature de l’étrange. Depuis sa jeunesse, il s'est passionné pour les recherches folkloriques et a publié à ce propos des centaines d’articles ainsi que plusieurs volumes dont certains ont connu en langue néerlandaise un très gros succès. Il est aussi romancier, nouvelliste, anthologiste, traducteur, éditeur et ses travaux, en toutes ces matières, ont toujours été justement salués.

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