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31 décembre, 2025

Fiction n°131 – Octobre 1964

Beaucoup de récits courts permettent à la rédaction de multiplier les styles et les auteurs de ce numéro, dont seuls les auteurs anglo-saxons resteront sans publication ultérieure à ce numéro. C'est l'occasion de découvrir de belles raretés de Mack Reynolds, de Joanna Russ ou de Avram Davidson, pour ne citer que les principaux. Les auteurs français s'en tirent honorablement, avec les inévitables Demuth, et Dorémieux sous pseudonyme.

René Laloux signe cette couverture
de proto Planète Sauvage.

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Sommaire du Numéro 131 :


1 - (non mentionné), Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 6 à 6, bibliographie

NOUVELLES


2 - Mack REYNOLDS, Les Pacifistes (Pacifist, 1964), pages 7 à 25, nouvelle, trad. Christine RENARD *

3 - Doris Pitkin BUCK, Le Monde des illusions (Come Where My Love Lies Dreaming, 1964), pages 26 à 40, nouvelle, trad. Christine RENARD *

4 - Miriam Allen DEFORD, Chaque chose en son temps (All in Good Time, 1960), pages 41 à 49, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

5 - Luc VIGAN, L'Objet de l'amour, pages 50 à 65, nouvelle

6 - James RANSOM, Le Rat qui savait (Fred One, 1964), pages 66 à 77, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

7 - Michel DEMUTH, L'Empereur, le Servile et l'Enfer, pages 78 à 83, nouvelle

8 - Joanna RUSS, Il est une autre rive... (There Is Another Shore, You Know, Upon the Other Side, 1963), pages 84 à 97, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

9 - Avram DAVIDSON, Nigra Sum (Negra Sum, 1957), pages 98 à 106, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

10 - T. P. CARAVAN, La Cour de Tartarie (The Court of Tartary, 1963), pages 107 à 113, nouvelle, trad. Michèle SANTOIRE *

11 - Roland TOPOR, Le Spectacle est permanent, pages 114 à 116, nouvelle

12 - Jack SHARKEY, La Fin du rêve (Survival of the fittest, 1964), pages 117 à 125, nouvelle, trad. Pierre BILLON *

13 - Jacques LOB, Humour : Lob, pages 127 à 129, bande dessinée

CHRONIQUES


14 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 130 à 141, critique(s)

15 - COLLECTIF, L'Écran à quatre dimensions, pages 142 à 151, article

16 - Anne TRONCHE, Rétrospective du surréalisme, pages 153 à 155, critique(s)

17 - Demètre IOAKIMIDIS & Pierre STRINATI, Science-fiction à Trieste, pages 156 à 158, article


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


— « Je représente les Pacifistes, sénateur. Il y a environ une heure, votre fils a été enlevé. Vous êtes une personnalité de première importance. Vous réalisez certainement ce que cela implique. »
— « Fredric ! Vous avez tué un petit garçon de neuf ans ! »
— « J'ai tué beaucoup de petits garçons de neuf ans, » dit Casey, la voix morne.
— « Vous êtes un monstre ! »
— « J'ai été pilote de bombardier, sénateur. »

Mack Reynolds nous propose avec Les pacifistes une bonne nouvelle concernant l'adage "la fin justifie les moyens". Ici, une organisation criminelle autoproclamée "pacifiste" tue les "méchants" qui menacent la paix dans le monde. Mais la soumission à la menace est-elle plus efficace qu'une démonstration ou qu'un débat ? On ne tyrannise pas un tyran si l'on veut libérer un peuple, semble-t-il.


Comme l'écrit la rédaction de la revue en présentant Le monde des illusions : "une société entière aux coutumes régies par l'usage de drogues à illusions qui s'y trouve évoquée." On le verra dans les années à venir, c'est là même le terreau des récits de Philip K. Dick. Mais Doris Pitkin Buck emprunte elle-même certaines idées à d'autres, comme celle-ci : "Même les 1.500 kms de hauts-fonds pris sous l'Atlantique l'été précédent n'avaient pas arrangé les choses. La Terre grouillait de monde. Un jour, pensa-t-elle, il y aurait des parcs Nationaux sur Vénus et ce serait toujours ça. " On retrouve le sujet de "Planète à gogos" de Frederick Pohl et Cyril M. Kornbluth.

Il y avait beaucoup à apprendre de ce monde d'avant l'homme. Le monde d'aujourd'hui pourrait peut-être redevenir vivable si quelque chose sélectionnait… Elle ne poursuivit pas l'idée plus loin.

Surpopulation, manque d'intimité, désintérêt pour l'autre, puis pour la réalité… Oublier ses propres enfants comme un dinosaure se détourne de ses propres œufs… D. P. Buck nous dresse un tableau sordide de la vie sans but ni passion d'une société qui dénie ses problèmes à coup d'illusions chimiques et s'abrutit davantage génération après génération. On repensera aussi au Congrès de futurologie de Stanislas Lem.


Sous une forme originale (le cours de Droit d'un professeur d'université), Chaque chose en son temps est une sympathique petite nouvelle de Miriam Allen DeFord sur un type de paradoxe temporel particulier.


Alain Dorémieux explore comme une obsession, sous le pseudonyme de Luc Vigan, encore et toujours les rapports étranges et morbides avec d'autres formes de vies, dans L'objet de l'amour. On se rappellera La Vana, mais ici l'état étranger est celui de la mort, une cataplexie façon Madeline Usher tout du moins. On retrouvera Luc Vigan dans de futurs numéros de Fiction, mais cette fois-ci pour faire la planque à... André Ruellan et Gérard Klein.


On se prend de pitié pour les pauvres animaux de laboratoire au taux de mortalité plus élevé que leurs homologues sauvages. Inévitablement, on pourra évoquer "Des fleurs pour Algernon", mais Le rat qui savait prend un autre point de vue tout aussi pathétique, sous la plume de James Ransom, inconnu au bataillon.


Dans L'Empereur, le Servile et l'Enfer, Michel Demuth nous propose une forme contée, un peu allégorique, que la rédaction nous présente comme un défi nouveau de la SF. Mais ce serait oublier un peu vite d'autres œuvres comme celles, de la même époque, de Cordwainer Smith par exemple, et pour n'en citer qu'un. L'histoire contée toutefois est plaisante et bien proportionnée. Plus tard, ce sera Andreas Esbach qui nous étonnera avec cette forme dans "Des milliards de tapis de cheveux".


Après "Chère Emily", Joanna Russ lorgne toujours du côté des sœurs Brönte et propose le portrait d'une jeune femme singulière et attachante, qu'on découvre avec cela fantasque car fantastique. On pourrait s'attendre à la fin, mais le voyage dessiné dans Il est une autre rive… est plus important que la chute.


Encore une fois, Avram Davidson met à profit une érudition mâtinée de fiction pour justifier habilement les enchantements et les mystères. Cette fois-ci, dans Nigra Sum, c'est avec encore plus de concision et de discrétion qu'il nous guide au milieu de ressentis manipulés par le surnaturel.


La cour de Tartarie évoque l'incapacité à se faire comprendre de plus "bête" que soi. On y assiste à la détresse d'un professeur d'université transformé en bœuf. Ça grince, bien évidemment, pour cette nouvelle de Charles Munoz sous le pseudonyme de T. P. Caravan.


Roland Topor déroule son personnage narrateur plus lucide que la masse des autres, et qui en fait par nature un bouc-émissaire tout désigné. L'absurde de moyens dénués d'une fin, une fois de plus chez Topor, nous invite à questionner la portée de nos actes sociaux ou sacrés, ici dans Le spectacle est permanent.


"La vie et le monde étaient comme dépendants de moi", écrivait Dostoievski dans "Le rêve d'un homme ridicule". Jack Sharkey nous propose une histoire d'escamotage, La fin du rêve, celle-ci axée sur les distinctions entre le rêve et la réalité, et l'angoisse de faire disparaître un monde en regagnant l'autre.



En complément au Fiction Spécial n°6 "Science-Fiction italienne" que nous vous proposions la semaine dernière pour Noël, ce numéro brosse une petite rétrospective de la convention de science-fiction qui venait de se tenir à Trieste.

03 août, 2022

Fiction n°019 – Juin 1955

Quelques nouvelles sur le thème de la symbiose accompagnent un bouquet garni de très bonne qualité pour ce numéro de juin 1955.

 

On clique sur un point, c'est tout l'ensemble qui réagit !

Sommaire du Numéro 19 :  
 
NOUVELLES

1 - John COLLIER, Vertes pensées... (Green Thoughts, 1931), pages 3 à 17, nouvelle, trad. (non mentionné)

2 - Claude FARRERE, Les Deux masques de cire, pages 18 à 21, nouvelle

3 - Doris Pitkin BUCK, Un petit oracle de rien du tout (Two-bit oracle, 1954), pages 22 à 37, nouvelle, trad. (non mentionné)

4 - Catherine CLIFF, La Chaîne et le collier, pages 38 à 42, nouvelle

5 - Alfred COPPEL, Mars est à nous ! (Mars Is Ours, 1954), pages 43 à 54, nouvelle, trad. (non mentionné)

6 - Mildred CLINGERMAN, Voyage-surprise (Letters from Laura, 1954), pages 55 à 61, nouvelle, trad. (non mentionné)

7 - Elisabeth SANXAY HOLDING, La Grève des oiseaux (Shadow of wings, 1954), pages 62 à 85, nouvelle, trad. (non mentionné)

8 - David GRINNELL, Le Labyrinthe de Lysenko (The Lysenko Maze, 1953), pages 86 à 96, nouvelle, trad. (non mentionné)

9 - Jean-Claude DUMOULIN, Le Temps perdu, pages 97 à 105, nouvelle

10 - Arthur PORGES, Simon Flagg et le diable (The devil and Simon Flagg, 1954), pages 106 à 112, nouvelle, trad. (non mentionné)

 

CHRONIQUES


11 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 113 à 117, critique(s)

12 - F. HODA, Du simple dédoublement au loup-garou, pages 119 à 122, article

13 - Concours de préférences et Documentation bibliographique, pages 123 à 127, article

14 - (non mentionné), Table des récits parus dans « Fiction » - Premier semestre 1955, pages 128 à 128, index

 

Rapport du PreFeG (Juillet 2022)

  • Relecture
  • Corrections orthographiques et grammaticales
  • Ajout d'un sommaire (inexistant dans l'epub d'origine)
  • Ajout des pages de promotion Fiction et de publicité Denoël (repris du scan originel)
  • Ajout de la Table des récits telle qu'évoquée dans le sommaire sur NooSFere mais n'apparaissant pas dans le epub d'origine. 
  • Note (8b) ajoutée.
  • Ajout de contenu à la note (14) 
  • Vérification des casses et remise en forme des pages de titre
  • Mise en gras des titres in "Revue des livres"
  • Mise au propre et noms des fichiers html
  • Vérification et mise à jour des liens internes
  • Mise à jour de la Table des matières
  • Mise à jour des métadonnées (auteurs, résumé, date d'édition, série, collection, étiquettes)

Sur ce thème de la symbiose, "Vertes pensées" (Green thoughts) par JOHN COLLIER, nous décrit une symbiose forcée dans une sinistre histoire fantastico-policière, par un maître du genre (malheureusement peu traduit en France). "Les deux masques de cire" par CLAUDE FARRÈRE développe en un conte fantastique une manière de symbiose forcée post-mortem d'individus avec leurs masques mortuaires. Glacial et morbide !

Mais sur ce thème, notons une mention toute spéciale pour "La grève des oiseaux" (Shadow of wings) par ELISABETH SANXAY HOLDING (1954). Il s'agit d'une très belle nouvelle et très en avance sur le constat des dégâts faits à l'environnement. On y parle déjà d'écologie, sous son acceptation orthographique première d'oecologie, qui, bien qu'en étant une science neuve, pointait ce qu'on pouvait déjà observer en 1955. En témoigne ce qu'on peut en lire dans l'introduction à la nouvelle :

L'oecologie " étudie l’interconnexion des diverses formes de la Vie. Elle montre de quelle façon les espèces vivantes s’imbriquent entre elles pour former ce que le savant américain John H. Storer a appelé « la toile d’araignée de la vie » (The web of life). Toute perturbation touchant un des fils de cette immense toile rejaillit sur tout le reste. L’expérience de l’insecticide DDT vient de le montrer de façon inquiétante : si le DDT a détruit certains insectes nuisibles, il a par ailleurs gravement influé sur le rythme vital d’autres espèces végétales et animales."

Ainsi, nul don surnaturel que d'entrevoir les conséquences à venir de nos actes présents, car la pythie vient en pensant.

Une petite diatribe contre les technocrates extraite de cette nouvelle peut nous ammener à réfléchir plus en avant :

« C’est bien cela, » se dit Stan, interrompant sa lecture, « c’est ça notre erreur aujourd’hui. Nous avons tous l’idée qu’il y a de toutes parts et pour tous les sujets des experts capables d’arranger n’importe quoi et le reste ! Érosion du sol ? Rivière détournée de son cours ? Sécheresse ? Inondation ? Destruction de forêts ? Ressources naturelles abîmées ou gâchées ? Peu importe ! Les savants sont là, qui fabriqueront des aliments, qui dompteront le sol, maîtriseront l’eau. Épidémies ? Mais qu’elles viennent donc ! Polio, grippe, rhume des foins, n’importe quelle peste ! Les savants en viendront à bout. Ils viendront aussi à bout du crime, de la folie, des crimes sexuels, des querelles de famille. Pourquoi pas ? Nous sommes dressés à « chercher l’expert » quelle que soit la difficulté.

» N’essayez pas de rien faire par vous-même. Ne vous mêlez pas d’arranger votre propre poste de télévision : vous allez l’abîmer. Et n’essayez donc pas de chercher quelle forme d’éducation conviendra le mieux à l’un ou à l’autre de vos propres enfants ! Vous allez gâcher leurs vies. Appelez le psychiatre. »

Pour ce qui est des cassandres et des oracles, "Un petit oracle de rien du tout" (Two-bit oracle) par DORIS P. BUCK (1954) démystifie avec bonheur les vertus surnaturelles de la pythie.

Dans "La chaîne et le collier" par CATHERINE CLIFF (1955), nous voilà observant les mécanismes d'une régression hiérarchique douce pour l'humanité. Une très habile nouvelle de Catherine Cliff, pseudonyme de l'épouse de Jacques Sternberg.

"Mars est à nous !" (Mars is ours) par ALFRED COPPEL (1954), talentueux, acide… ou : quand l'homme exporte la guerre sur d'autres mondes...

Rafraîchissons-nous avec "Voyage-surprise" (Letters from Laura) par MILDRED CLINGERMAN (1954) : une amusante nouvelle sur la jeunesse qui s'affranchit - paradoxalement en voyageant dans le passé.

Trois nouvelles enfin pour y perdre son latin. Tout d'abord "Le labyrinthe de Lysenko" (The Lysenko maze - 1954) par DAVID GRINNELL (pseudonyme de Donald A. WOLLHEIM) , sur ce qui échappe à l'esprit exact des sciences : la capacité du vivant à inventer et quitter les carcans de l'expérimentation."Le temps perdu" par JEAN-CLAUDE DUMOULIN (1955) ensuite, une belle allégorie fantastique, qui aurait pu inspirer Fred, l'auteur de Philémon. (notre illustration). Enfin, non sans un humour intelligent, "Simon Flagg et le diable" (The devil and Simon Flagg) par ARTHUR PORGES (1954)rend un bel hommage au mathématicien de génie qu'était Fermat ; le Diable lui-même en mange son chapeau.


Ne résistons pas à la lecture de cet extrait des "Glanes interstellaires" prposés en ouverture de la revue, ici toujours dans l'optique de recenser les textes qui tentaient de définir ce genre qu'on devait bien admettre comme tel, la science-fiction.

À travers la presse.

Sous le titre « Scènes de la vie galactique », la revue « L’esprit des Lettres » a publié, au début de l’année, dans son numéro 1, une intelligente étude des thèmes de « science-fiction » par P. Jouguel. L’auteur n’est pas de ceux qui feignent de voir dans la S.-F. américaine de la propagande quand ce n’est pas de l’infantilisme. Nous reproduisons quelques-unes de ses vues à ce propos.

La science présente et future, par son développement même, ne permet plus ni la recherche ni l’application individuelles. Chacun de ses progrès devient une affaire d’État. Dès lors une littérature para-scientifique devient, qu’elle le veuille ou non, une littérature qui met en cause les structures sociales. Le mérite, le mordant, l’originalité de la S.-F. tiennent à ce mouvement de libre examen qu’elle poursuit sans toujours le savoir, mais auquel elle revient toujours. Nous croyons qu’à l’examiner hors de cette perspective elle demeure incompréhensible.

La science-fiction possède les vertus d’un test de projection à dimensions collectives. Rien de tel que le récit d’anticipation pour insinuer ou révéler un malaise, et la puissance expressive de l’utopie n’est plus à décrire. Pourtant, dans ses meilleures nouvelles, la S.-F. dépasse le niveau de l'infra-littéraire par une sorte de lucidité agressive. Elle joue les Cassandres autant que les sirènes et rudoie volontiers ses lecteurs. Souvent on a le sentiment qu’une intention court entre les lignes, que l’auteur nage à contre-courant. Il ne cherche pas tant à terroriser par des évocations d’apocalypse, ce qui serait encore flatter l’amateur de Grand-Guignol, mais jette une lumière incongrue sur les tabous et les préjugés.

De même, à propos du thème de la guerre, cette opinion impartiale :

Quand d’aventure la S.-F. s’interroge sur les causes du désastre, elle ne l’attribue pas à la méchanceté des gens d’en face, mais à une bêtise, un fanatisme et une volonté de puissance qu’elle répartit équitablement entre les deux camps. En somme, elle manque absolument de l’esprit de croisade.

Nos lecteurs trouveront, dans le présent numéro, une nouvelle bien faite pour corroborer ce point de vue « Mars est à nous ! ».

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