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22 janvier, 2025

Fiction n°095 – Octobre 1961

Pour ce 200ème billet du PReFeG, voici de très beaux morceaux de choix, tant en SF (un sommet de Clifford D. Simak) qu'en fantastique (Christopher Wood et sa mystérieuse Mrs Frost). Ces nouvelles agrémentent un numéro de bon niveau, qui révèle déjà par endroits le monde qui est le nôtre désormais. On notera aussi un article de Pierre Versins sur le "fandom", et sur son utilité pour la critique d'un genre en maturation.

Un clic droit, la photo cloque !

Sommaire du Numéro 95 :


NOUVELLES


1 - Clifford D. SIMAK, Le Dernier gentleman (Final Gentleman, 1960), pages 3 à 36, nouvelle, trad. Roger DURAND

2 - Michel EHRWEIN, Le Retour des cigognes, pages 37 à 41, nouvelle

3 - Richard WILSON, L'Ami de la famille (Friend of the Family, 1953), pages 42 à 56, nouvelle, trad. François VALORBE *

4 - Jean-Charles PICHON, Perfidies-blues, pages 57 à 73, nouvelle *

5 - Stephen BARR, Les Tortues en folie (Callahan and the Wheelies, 1960), pages 74 à 100, nouvelle, trad. Roger DURAND *

6 - Gérard KLEIN, Lettre à une ombre chère, pages 101 à 105, nouvelle

7 - Leslie BONNET, Le Moine et la déesse (Game with a goddess, 1959), pages 106 à 111, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

8 - Christopher WOOD, Miss Frost (Miss Frost, 1951), pages 112 à 122, nouvelle, trad. Anne MERLIN *

CHRONIQUES


9 - Pierre VERSINS, Fandom français, pages 125 à 129, article

10 - Demètre IOAKIMIDIS & Roland STRAGLIATI & Jacques VAN HERP, Ici, on désintègre !, pages 131 à 136, critique(s)

11 - F. HODA, Un cinéma mythologique, pages 137 à 139, article

12 - Alain DORÉMIEUX, Note sur l'irréalisme de quelques films récents, pages 139 à 140, article

13 - COLLECTIF, Tribune libre, pages 141 à 144, article


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

La couverture, tout d'abord, a droit à un traitement particulier, du fait de sa nature : la reproduction d'une œuvre d'art exposée à Paris à cette époque, une composition photographique de Monasterio, intitulée « La cueva de la fuente del rey ».

" La couverture de « Fiction » ce mois-ci sort de l'ordinaire. Nous présentons ici son auteur, et sa singulière technique de « peinture photographique ».

« Ce n'est pas tous les jours que l'on découvre une étoile ou une planète nouvelle. J'ai juré que le prochain astre qui se présenterait à moi s'appellerait Monasterio. Et il est passé, lentement, devant moi, avec ses boules de neige et ses fleuves fixés comme de la pierre la plus dure. » Février 1960. C'est Man Ray qui parle, présentant en ces termes la première exposition à Paris de Monasterio. "

Suit un dithyrambe sur Alfredo Villa Monasterio, en page 2 et 3 de couverture, signé par François Garnier (sans doute le peintre né à Paris en 1914 et mort à Rennes en 1981).

" La race humaine est tout à fait capable, de son propre jugement, d'accepter ou de rejeter les prédictions de n'importe quel pontife humain. Mais notre société technologique a réussi à créer un réflexe conditionné selon lequel l'homme accepte l'infaillibilité des machines. "

Difficile d'en dire plus que ce court extrait sans dévoiler l'intrigue de Le dernier gentleman, qui commence comme un cauchemar kafkaïen où l'on reproche à un auteur fort apprécié d'avoir fait de sa vie une auto fiction - le problème étant qu'il ignore tout de cette démarche, et que ce qu'il croit réel n'existe pas, du moins pas tout à fait.
Nous avons là une excellente nouvelle qui manie gracieusement des motifs fantastiques et de science-fiction. Le lecteur sera peut-être troublé lorsque, habitué à la potentielle portée prophétique de la littérature d'anticipation, il réalisera celle de cette nouvelle en particulier. Car ce qui pouvait apparaître comme un exercice de fiction spéculative en 1961 nous donne plus de 50 ans après des arguments humains pour sortir de l'hypnose de masse qu'on appellerait "réseaux sociaux".
Quoi qu'il en soit, et tout complotisme mis à part, le véritable sujet de cette histoire est le Pouvoir, et ses corolaires : l'exercice du pouvoir et le langage en tant que modeleur de représentations. En bref : un sommet de Clifford D. Simak qui ne sera repris que dans son Livre d'or (Pocket - 1985), où l'on pourra lire à ce propos : "Il est d’ailleurs bizarre que nul n’ait songé à le rééditer depuis car il offre de Simak une image nouvelle et passablement inattendue. Pour tout dire, on croirait lire du Philip K. Dick ! Pourtant, c’est bien Simak qui tient la plume : une lecture attentive des signes qui jalonnent cette nouvelle aura tôt fait de vous le démontrer. Il n’empêche que l’on ne savait pas l’auteur de Demain les chiens sensible au charme très indiscret de la schizophrénie…"

Avec Le retour des cigognes, on aurait pu avoir un conte de relations inter espèces à la Dorémieux ou Farmer, mais le récit de Michel Ehrwein manque un peu sa cible, dirait-on, si tant est qu'il y en eût une. 

L’ami de la famille propose une petite histoire dystopique de Richard Wilson, qui pourra rappeler "Enfants sans âme" de W. M. Miller (in Galaxie n°14). Il y est aussi question de régulation des naissances, dans un style peut-être simple mais à travers des personnages attachants.

Dans Perfidie-BluesJean-Charles Pichon avance son récit et son univers par petites touches, et nous amène au seuil du Grand Soir, où le pouvoir en place - ici un matriarcat, mais l'inverse y est tout autant lisible - est affaibli par sa dépendance à la flatterie. On y retrouve aussi le rôle de pouvoir parallèle et secret de l'oracle, déjà évoqué dans la nouvelle de Simak.

" Mon intention est essentiellement de m'écarter d'une machine pourvue d'une série d'instructions prédéterminées et de les laisser s'éduquer par tâtonnements. C'est ce qu'on peut appeler le réflexe de survie. (…) Un calculateur reste assis sur sa grosse boîte et ne ressent jamais rien qui résulte de son activité ! On l'alimente avec une masse d'informations, mais ce n'est pas du tout la même chose. Ces grosses machines ne se déplacent pas et ne font rien ; si elles avaient un but, comme (mes) tortues qui cherchent à se recharger, elles penseraient au lieu de se contenter de calculer. La pensée véritable commence avec la réaction opérationnelle à l'environnement. " 

Dans Les tortues en folie, Stephen Barr imagine déjà nos "IA" actuelles qui fonctionnent ainsi par ajouts successifs mémorisés. L'environnement est sans doute ce qu'il leur manque encore, mais représente par contre le défi des sondes envoyées sur Mars ou dans l'espace. Dans cette histoire, la capacité d'apprentissage autonome de la machine l'amène ici au point de singularité de façon accélérée. Trépidant comme un thriller !

" Gérard Klein naguère avait transposé le mythe d'Ulysse. En guise de pendant, c'est ici du mythe de Thésée qu'il s'inspire. Hautaine dans sa forme et cryptographique dans son esprit, cette nouvelle n'est pas (ou plus) de la science-fiction. On peut y voir le reflet moral d'une angoisse très contemporaine. Chacun de nous, selon sa propre notion de cette angoisse, donnera le visage qu'il veut au Minotaure – le visage de l'un ou l'autre de tous les monstres modernes. Mais la philosophie de l'histoire n'est pas pessimiste, car le destin de Thésée n'est-il pas d'affronter le Minotaure ? Ce récit marque un achèvement. Cela veut dire qu'il est aussi l'aboutissement d'une voie et que Klein, par la suite, devra rompre avec son passé littéraire, quelle que soit l'orientation qu'il adoptera."

Telle est la curieuse note d'intro de Lettre à une ombre chère, note sans doute signée Alain Dorémieux. Nonobstant, la nouvelle suivante que Gérard Klein fera paraître dans Fiction ("Le dernier moustique de l'été", in Fiction n°106) ne sera pas pour autant du "Klein nouvelle manière" (ce sera même du Klein  "bradburyen", sous influence). La nouvelle présente est cependant bien travaillée - et l'on peut constater que l'adaptation des mythes aux échelles galactiques les rend plus épiques encore, sans les épuiser. C'est la démarche ici, qu'une Nathalie Henneberg transcende en hybridant ces mythes. Pendant ce temps, de l'autre côté de l'Atlantique, un Cordwainer Smith élabore déjà les formes mythiques nouvelles liées aux problématiques de l'avenir… 

Le moine et la déesse, par le Capitaine Leslie Bonnet, est un petit conte à l'orientale où les idoles de pierre s'animent pour le jeune moine chargé de les entretenir. Léger. 

 

Fort bien construite par Christopher Wood, Miss Frost est une histoire de réminiscences issues de l'enfance, avec une gouvernante un peu sorcière et des chiens pour familiers. Deuxième et dernière nouvelle traduite de cet auteur britannique, qu'il ne faut pas confondre avec Christopher Hovelle Wood, auteur de deux James Bond (source NooSFere).

« Dans la science fiction, la critique – et fréquemment d'une haute qualité – est apparue presque uniquement dans des publications d'amateurs ; certes la richesse du matériel critique, bibliographique et biographique qui a paru dans des fanzines, du Fantasy Commentator à Inside, est telle qu'une bibliothèque universitaire qui posséderait la totalité des fanzines publiés serait la Mecque des auteurs de thèses dans le XXIe siècle. »

Anthony Boucher,
Introduction à « In Search, of Wonder » de Damon Knight, 1956

C'est par cette exergue que Pierre Versins ouvre son article "Fandom français". La remarque de Boucher était déjà pertinente, quant à l'accession de la SF au monde universitaire - en France, des revues comme Res Futurae en sont une preuve somme toute assez récente au regard d'un travail similaire mais plus ancien sur le territoire américain.

Grand précurseur, Pierre Versins dresse ainsi très tôt un inventaire des fanzines francophones en 1961 (et c'est une chance que cet inventaire soit publié dans Fiction plutôt que dans un autre de ces fanzines difficiles à retrouver). On y retrouvera parmi d'autres les noms de Marcel Battin, Michel Ehrwein, et... Pierre Versins, qui avoue lui-même ne pas pouvoir juger de la qualité des fanzines, en publiant lui-même une imposante partie.

On se rappelle que Pierre Versins avait obtenu en décembre 1960 le premier Grand Prix International du roman d'Anticipation et de Science-fiction (voir Fiction n°82). Cependant, ce roman n'a jamais vu le jour, du moins semble n'avoir jamais été édité. Et voici ce que l'on découvre à la lecture de ce n° d'Octobre 1961 :

Pierre Versins nous prie de bien vouloir insérer le communiqué suivant :

" Un certain nombre de jeunes auteurs m'ayant demandé des renseignements sur le Grand Prix International du Roman d'Anticipation et de Science-Fiction, je crois utile d'attirer l'attention de ceux qui voudraient envoyer des manuscrits au Grand Prix en précisant certains points :

1. – Le fait d'être sélectionné par le jury ou d'obtenir un des prix (purement honorifiques) ne donnent à l'auteur aucun avantage de publication. En effet, les organisateurs du Prix ne sont pas en rapports avec une maison d'édition française et les lauréats devront trouver eux-mêmes un éditeur. Le fait d'avoir obtenu un prix étranger sur manuscrit rendra la chose plus difficile.

2. – Contrairement à ce qui a été publié dans la presse après la remise du Grand Prix 1960, j'ai renoncé à faire partie du jury du Grand Prix International du Roman d'Anticipation et de Science-Fiction, certaines clauses exigées des candidats me paraissant non conformes aux traditions commerciales de l'édition. "

On voudrait dénoncer poliment une arnaque qu'on ne s'y prendrait pas autrement. Versins reste très courtois, mais ne cache pas une certaine amertume. On n'ose pas imaginer les réactions d'un Alain Dorémieux ou d'un Gérard Klein s'ils avaient concouru et gagné ce Grand Prix…

Souvent échauffés dans la "Tribune Libre", les auteurs (et les éditeurs) vont de plus en plus, durant cette décennie, être amenés à défendre leur droit à politiser le propos de la science-fiction. Ce droit pourrait paraître évident, mais il reste à noter qu'un certain statuquo politique régnait dans la société française à la fin des années 50 ; les crispations de la Guerre Froide, les "événements" et la "pacification" en Algérie, la fin d'un concordat gaullistes-communistes issu des années 1945 et suivantes, tous ces éléments impliquaient qu'on ne parlait pas de politique si l'on voulait "avoir la paix".

Quelques mois après le coup d'état manqué dit "des généraux", et avec la parution de textes faisant du fascisme non pas une dépouille du passé mais une bête toujours à l'affut, la Tribune Libre de Fiction s'échauffe quelque peu. Et l'on y lira dans ce numéro 95 cette courte profession de foi :

" Faut-il répéter que notre revue n'est pas une revue engagée, mais que d'autre part la SF, étant une littérature adulte, a le droit de traiter de thèmes politiques quels qu'ils soient – ainsi que nous celui de publier les textes basés sur ces thèmes. "

C'est bien là sans doute la métamorphose principale à venir de ce genre à peine baptisé "science-fiction". Quittant des velléités de distraction pour la jeunesse, la science-fiction réintègre sa fonction spéculative de proposer des visions, des perspectives et de l'autrement - vecteurs éminemment politiques. Dans le secteur des publications préjugées "pour la jeunesse et la distraction", la bande dessinée ne sera pas en reste, mais opèrera son virage un peu plus tard.

15 mai, 2024

Galaxie (1ère série) n°062 – Janvier 1959

Première partie sur quatre d'un roman de Robert Sheckley, "Le temps meurtrier", qui fera office de chant du cygne pour la revue. Mais la relève montre déjà sa mobilisation, avec de jeunes talents comme Robert Silverberg, parrainé ici par le déjà classique Isaac Asimov ou les méconnus et pourtant productifs Richard Wilson ou Jim Harmon.

 

Un clic droit pour faire tourner court la chasse aux spécimens !

Sommaire du Numéro 62 :


NOUVELLES

 

1 - Isaac ASIMOV, Le Correcteur (Galley Slave, 1957), pages 2 à 28, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Dick FRANCIS

2 - Horace L. GOLD, Il fallait un calculateur... (Personnel problem, 1958), pages 29 à 37, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Wallace (Wally) WOOD *

3 - Robert SILVERBERG, Spécimens de galaxies (Birds of a Feather, 1958), pages 38 à 60, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Wallace (Wally) WOOD

5 - D. Walter CURLING, Dérive dans l'espace, pages 67 à 77, nouvelle *

6 - Robert SHECKLEY, Le Temps meurtrier (1ère partie) (Time Killer / Immortality, Inc. (version abrégée sous le titre, 1958/1959), pages 78 à 110, roman, trad. (non mentionné), illustré par Wallace (Wally) WOOD

8 - Sélen SILVER, Sous un autre soleil, pages 113 à 122, nouvelle

9 - Jim HARMON, Pas de substitutions (No substitutions, 1958), pages 123 à 134, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par JOHNSON *

11 - Richard WILSON, Mes deux conquêtes (Back to Julie, 1954), pages 139 à 142, nouvelle, trad. (non mentionné)

CHRONIQUES


4 - Willy LEY, Cette planète insolite, pages 61 à 66, article, trad. (non mentionné)

7 - COLLECTIF, Votre courrier, pages 111 à 112, courrier

10 - Jimmy GUIEU, La Rubrique de l'étrange, pages 135 à 138, chronique

12 - Maurice-Bernard ENDRÈBE, Livres d'aujourd'hui et de demain, pages 143 à 144, notes 


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

 

" Finalement, le robot tourna la dernière page. Lancing demanda :

— Eh bien, Bébé ?

Le robot répondit :

— C’est un livre très exact et je ne trouve que peu de choses à reprendre. À la ligne 22 de la page 27, le mot « positif » est épelé p-o-i-s-t-i-f. La virgule de la ligne 6, de la page 32, est superflue, alors qu’il devrait y en avoir une à la ligne 13 de la page 54. Le signe plus de l’équation XIV-2, à la page 337, devrait être un signe moins pour correspondre aux équations précédentes…

— Attendez ! Attendez ! s’écria le professeur. Que fait-il ?

— Hein ? fit Lancing, soudain en colère. Mais il a déjà fini ! Il a corrigé les épreuves du livre.

— Corrigé ?

— Oui. Dans le peu de temps qu’il a mis à en tourner les pages, il a relevé toutes les fautes d’orthographe, de grammaire et de ponctuation. Et il conservera indéfiniment le souvenir de ces renseignements, au pied de la lettre.

Le professeur était bouche bée."

A cette époque où les robots étaient imaginés comme des androïdes anthropomorphiques, Isaac Asimov appréhendait la résistance qu'ils pourraient soulever de la part d'une humanité qui pourrait se sentir spoliée. Nous savons qu'il n'en fut rien, et que c'est la fascination technologique qui l'a emporté. Pour ce qui est de cette nouvelle, Le Correcteur, le PReFeG est bien placé pour affirmer qu'une relecture humaine demeure irremplaçable… 

On ne peut pas dire que Il fallait un calculateur soit une nouvelle inintéressante. Mais cette histoire de mineurs sur un astéroïde, signée Horace L. Gold,  n'emporte pas vraiment le morceau.

Par contre, on reconnait bien l'imagination débridée de Robert Silverberg et sa bonne connaissance de la psychologie humaine dans cette très sympathique histoire de zoo galactique, Spécimens de galaxies.

Dérive dans l'espace est une enquête policière qui rebrousse chemin, par D. Walter Curling, un auteur sous pseudonyme, vieillot et franchouillard. On passera.

" Les cadavres ne devaient pas être forcés de répondre aux questions. La mort constituait un ancien privilège de l’homme, accordé à l’esclave aussi bien qu’à l’aristocrate. C’était la suprême consolation de chaque individu, son seul droit. Lui aurait-on retiré ce droit et la possibilité de s’évader de ses responsabilités en mourant ? "
Un démarrage sur des chapeaux de roues pour cette première partie d'un roman prometteur, habile et fort bien mené, Le temps meurtrier, que Robert Sheckley étoffera encore par la suite. Il y est question de la transmigration de l'esprit d'un corps vers un autre, scientifiquement et techniquement assistée - ce qui change le rapport à la mort de toute cette société humaine du futur. Le tout vécu par un contemporain de nos années 50. On y retrouve aussi un concept déjà décrit par Robert Chambers dans son célèbre recueil "Le roi en jaune" :
" Il remarqua une file de gens pauvrement vêtus, sales, pas rasés, ayant tous le même air de sombre désespoir.

Qu’attendaient-ils, ces mendiants ?

— Ils vont aux cabanes du suicide, lui apprit sa compagne en l’entraînant.

Blaine jugea le spectacle diablement désagréable pour son premier jour dans le futur. Les cabanes de suicide ! Il se jurait bien de ne jamais y pénétrer volontairement. Que penser d’un monde qui possédait une telle institution ? Et certainement gratuite, si l’on considérait la clientèle… "

Encore un pseudonyme d'auteur qui signera aussi dans la revue Satellite, en la personne de Sélen Silver. Sous un autre Soleil n'est pas d'un très haut niveau cependant, plutôt celui d'un Maurice Limat que d'un Philippe Curval que cette nouvelle sur une planète végétale pourra rappeler. On notera aussi que le trio "le savant, sa femme et son associé félon", rappellera celui - de meilleur cru - de "Une porte sur l'été" de Robert Heinlein (qui a été publiée à partir de Décembre 1958 dans la revue Fiction, soit un mois auparavant).

" Il m’annonçait à moi, superintendant du pays du Rêve, que ma propre vie en ce lieu n’était qu’une illusion pareille à celle dans laquelle j’entretenais mes prisonniers. "

Bien avant le film "Inception" (qui aura fait croire à un sujet original quand il n'était que rebattu depuis ces années 50), Jim Harmon  signe Pas de substitution ; la prison y devient psychique, soit une autre réalité conçue non pas comme châtiment mais comme lieu de détention. Ce sera l'un des concepts majeurs de Philip K. Dick. Une nouvelle fort intéressante, qui pourra aussi faire penser, par son jeu présumé de réalités gigognes, à "Simulacron 3" de Daniel F. Galouye.

On avait déjà remarqué, tant dans Fiction que dans Galaxie, la finesse et l'inventivité de Richard Wilson. Mes deux conquêtes est une petite histoire proche du synopsis sur les mondes parallèles et les talents que donnent la faculté d'y voyager. Une petite pique à la classe politique au passage.

Côté rubrique, dans la Rubrique de l'étrange, ce sacré Jimmy Guieu nous vide ses derniers cartons de fiches dans une interprétation pseudo ésotérique et embrouillée des statues de l'Île de Pâques. Bon sang de bois, Jimmy, fait donc plutôt voler les cailloux de ton imagination !

Dans la rubrique "Votre courrier", un lecteur interroge :

Qu’appelle-t-on exactement « astrométrie » ? (M.R. GÉNAIN, Port-Gentil.)


C’EST une branche de l’astronomie qui étudie systématiquement les variations périodiques de la position des étoiles par l’examen et la comparaison des « plaques de parallaxe » ou relevés photographiques exécutés à différentes époques de l’année.


Pour imaginer les difficultés d’une telle opération et la minutie qu’elle exige, il faut se rappeler que mesurer la parallaxe de Proxima Centauri, étoile la plus proche de la Terre, par exemple, revient à mesurer l’épaisseur d’un cheveu observé à la distance de 27 mètres. Pour Altaïr, autre étoile proche, le cheveu s’éloigne à 100 mètres. L’Américain Schlesinger, l’un des plus éminents spécialistes de ce genre d’investigations, est parvenu à calculer la parallaxe des 6.000 étoiles les plus proches, mesurant l’épaisseur du cheveu à 2.500 mètres !


L’astrométrie se propose, en outre, de rechercher si les déplacements relevés sont uniquement dus au mouvement de la Terre dans l’espace et s’ils ne révèlent pas des perturbations provoquées par des compagnons invisibles de l’étoile considérée. L’amplitude du tremblement, observé est souvent très inférieure à l’épaisseur du tracé, et sa périodicité peut s’étaler sur un an ou dix ans, ou même davantage.


C’est l’astronome suédois Holmberg qui donna, en 1938, la première impulsion à cette nouvelle forme de recherches.


En 1949, l’astronome français P. Baize dressait un premier bilan constatant que, sur les trente-huit étoiles les plus proches du soleil, on en connaissait déjà six ayant certainement des compagnons obscurs, dont trois de dimensions planétaires ou mégaplanétaires. Depuis, le nombre des découvertes du même genre a si bien augmenté qu’un autre astronome français, M. Jean-Claude Pecker, affirme que le compagnonnage planétaire doit être désormais tenu comme la règle générale en ce qui concerne les étoiles.


Ce procédé sera affiné à l'Observatoire de Genève et aboutira à la confirmation de l'existence des exoplanètes, en 1995.

Bien des jours (habituellement fêtés par des ouvrages bonus dans notre collection) sont "tombés" des mercredis. Ce fut le cas cette année du 14 février, du 1er mai et du 08 mai. Nous avons opté pour nos publications habituelles ces jours-ci.

Mais pour récompenser votre patience, votre lecture jusqu'à ce point de l'article, et pour illustrer l'extrait suivant de la rubrique "Livres d'aujourd'hui et de demain", nous vous proposons, en cliquant sur sa couverture comme à l'accoutumée, de télécharger une version au format pdf de l'anthologie présentée dans ce numéro 62 de Galaxie par Maurice-Bernard Endrèbe.

Nous tenons à préciser que cet exemplaire numérique n'a pas été numérisé par nos soins, ni corrigé. Nous remercions grandement le "scanneur" d'origine et détenteur de cet exemplaire n°1623.

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UNIVERS DE LA SCIENCE-FICTION (Club des Libraires de France). – Il s’agit d’une anthologie luxueusement présentée, avec des reproductions de Max Ernst, Miro, Henri Michaux, etc., en guise d’illustrations. Hubert Juin, qui l’a composée et dotée d’une très pertinente préface, ne s’est pas contenté de choisir seize nouvelles qu’il aimait : il a fait en sorte qu’elles englobent tous les grands thèmes de la science-fiction, lesquels composent les cinq parties de ce monde insolite : le temps, les éléments, les univers parallèles, les mutants, les ombres, monstres et robots.

La première partie est fortement illustrée par La patrouille du temps, de Poul Anderson. La seconde n’a pas grand éclat. La troisième est efficacement défendue par Ray Bradbury, Fredric Brown, et par deux auteurs français : Henneberg et Sternberg. Mais, en ce qui concerne Fredric Brown, pourquoi avoir détaché un chapitre de son roman l’Univers en folie, alors qu’il a écrit tant d’excellentes nouvelles ? Dans la quatrième partie, figure, notamment, Tout smouales étaient les borogoves, le célèbre texte de Lewis Padgett, qui eût gagné, peut-être, à ce que Boris Vian le traduise avec moins de laisser-aller. La dernière partie est la mieux fournie. On y trouve, notamment, l’obsédant Ruum, d’Arthur Porges ; la fameuse Couleur tombée du ciel, de Lovecraft, et ce Père truqué de Philip K. Dick, remarquablement traduit par Alain Dorémieux et que je considère, personnellement, comme un chef-d’œuvre de l’horrible.

20 mars, 2024

Galaxie (1ère série) n°59 – Octobre 1958

Fritz Leiber en vedette avec un couplé de publications, et deux très bonnes nouvelles ; un inédit de Frederic Pohl sous son pseudonyme de Paul Flehr ; Robert Sheckley et Vargo Statten tiennent compagnie au lauréat du Prix Hugo 1958 de la nouvelle, Avram Davidson. 

Un clic droit pour ordonner tout ça ?
 

Sommaire du Numéro 59 :
 

1 - Ray BRADBURY, Le Grand voyage (A Little Journey, 1951), pages 3 à 8, nouvelle, trad. (non mentionné)

2 - Robert SHECKLEY, Faillite de l'arme atomique (The Gun Without a Bang, 1958), pages 9 à 16, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Dick FRANCIS

3 - Richard WILSON, Nostalgie du temps passé (The Voice of the Diaphragm, 1958), pages 17 à 27, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par JOHNSON *

4 - Fritz LEIBER, Trop de dons... (Bullet With His Name, 1958), pages 28 à 59, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par DILLON

5 - Avram DAVIDSON, Régénération spontanée (Or All the Seas with Oysters, 1958), pages 60 à 67, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Gary FRIEDMAN

6 - Clyde BROWN, Une expédition sans gloire (First man, 1958), pages 68 à 86, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Wallace (Wally) WOOD *

7 - J. T. McINTOSH, En noir et blanc (In Black and White, 1958), pages 87 à 96, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par MARTINEZ *

8 - COLLECTIF, Votre courrier, pages 97 à 98, courrier

9 - Willy LEY, Du nouveau sur l'Atlantide, pages 99 à 105, article, trad. (non mentionné)

10 - Paul FLEHR, Pour conquérir la Terre (We Never Mention Aunt Nora, 1958), pages 106 à 118, nouvelle, trad. (non mentionné) *

11 - Max ELTON, Le Héros adoré (He Conquered Venus, 1940), pages 119 à 136, nouvelle, trad. (non mentionné)

12 - Claude VAUZIÈRE, Livres d'aujourd'hui et de demain, pages 137 à 138, notes

13 - Jean LEC, La Danseuse volante, pages 139 à 141, nouvelle *

14 - Fritz LEIBER, La Succession des races (Later Than Tou Think, 1950), pages 142 à 144, nouvelle, trad. (non mentionné)


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Petite note rapportée par Noosfere : "Pour "La succession des races", l'auteur indiqué (sommaire et page de titre de la nouvelle) est F. Lieber. Une ruse pour que les lecteurs ne se rendent pas compte que Fritz Leiber est déjà au sommaire avec "Trop de dons..." ?"

On ne croit jamais qu'en une représentation ; voilà l’enseignement de Le grand voyage, très courte nouvelle de Ray Bradbury entre humour et catéchisme.

Très bonne construction pour Faillite de l’arme atomique de Robert Sheckley sous son pseudonyme de Finn O’ Donnevan. L'effet psychologique fait aussi partie de l'efficacité d'une arme, ce dont pourrait être dépourvu un désintégrateur silencieux et trop efficace.

Richard Wilson, dans Nostalgie du temps passé,  fait du voyage dans le temps un phénomène fantastique, et élabore le concept de "duovers" qui est une sorte de temps bis, plus fantasmatique que réel. Notre époque, elle,  y verrait un "metaverse".

Un très humain et attachant personnage principal pour Trop de dons… , belle nouvelle de Fritz Leiber, où l'on suit un monsieur tout-le-monde dans la découverte de dons qui finalement embarrasse son humanité.

Pierre Desproges écrivait qu'on pouvait reconnaître une joconde d'un jocond... au cadre de leurs vélos. Régénération spontanée est une bien réjouissante nouvelle d'Avram Davidson, prix Hugo de la nouvelle en 1958.

Dans l'esprit de Verne ou du "Canard au ballon" de Poe, voici Une expédition sans gloire, de Clyde Brown, une sympathique nouvelle sur ces doux-dingues qui fabriquent des fusées archaïques dans leur jardin. Mais ceux de la nouvelle sont les "Premiers hommes" à...

En écho à "Trop de dons..." de Fritz Leiber, voilà encore une nouvelle où une espèce extraterrestre se mêle de dispenser à l'humanité un bienfait qui pourrait devenir embarrassant. C’est En noir et blanc, par J. T. McIntosh, efficace et concis, avec son lot de personnages bien campés.

L’inédit de Frederic Pohl, Pour conquérir la Terre, est une petite nouvelle sans prétention mais sans beaucoup d'intérêt non plus, sur une colonisation par métissage.

On imaginait encore en 1958 que les pionniers de l'exploration spatiale allaient être des particuliers, des athlètes travaillant à leur propre compte. Notre avenir nous le prouvera peut-être de nouveau, avec les initiatives privées d'une pincée de citoyens multi milliardaires. Quoi qu'il en soit, s'ils y parviennent, Un héros adoré de Vargo Statten (sous le nouveau pseudonyme de Max Elton) évoque l'inévitable arrogance de ceux qui reviendraient d'un voyage sur Mars ou Vénus, leurs égarements, ou leurs caprices. Mais rien de plus.

La rubrique « Livres d’aujourd’hui et de demain » s'oriente sans pudeur sur la promotion du Fleuve Noir et de ce sacré Jimmy. Après avoir évoqué les avanies d'un savant français découvrant la force d'anti gravitation, dans le dernier Guieu,  la nouvelle de Jean Lec, La danseuse volante,  en reprend sans le savoir le principe, mais la nouvelle demeure légère et pour le coup moins chauvine que le dernier roman un tantinet naïf de Guieu (« La force sans visage »).

Pour terminer, une excellente et très courte nouvelle à chute de Fritz Leiber (dit F. Lieber), le titre (La succession des races) en évoque tout le sujet.

Un système de propulsion économique et performant est décrit dans la rubrique « Saviez-vous que ». Il s’avère que cette modélisation retient de nos jours et de nouveau l’attention des ingénieurs pour l’exploration atmosphérique de Mars

SAVIEZ-VOUS QUE…

  …des savants étudieraient un avion qui volerait à 100 kilomètres d’altitude, en utilisant pour carburant l’air raréfié qu’il traverserait ?

  D’APRÈS ses deux inventeurs, M. S. Demetriades et le docteur Carl Kratschmer, cet appareil utiliserait l’énergie solaire en tirant parti du phénomène qui fait que si, dans les couches denses de l’atmosphère, l’oxygène se trouve sous forme de molécules groupant chacune deux atomes de ce gaz, à haute altitude les radiations solaires brisent le lien entre ces atomes. Quand deux des atomes ainsi séparés se réunissent pour former de nouveau une molécule, une importante quantité d’énergie se trouve libérée. C’est en fait, la restitution de l’énergie solaire précédemment mise en jeu pour les séparer.

Le moteur du nouvel engin affecterait la forme d’un entonnoir dans lequel l’air s’engouffrerait par l’ouverture la plus large, placée à l’avant. La pression augmentant dans la partie resserrée, les atomes d’oxygène se trouveraient suffisamment comprimés pour s’unir deux à deux en molécules. La chaleur libérée dilaterait le gaz dont la sortie par tanière, sous un volume accru, propulserait l’avion. Théoriquement, la durée du vol serait illimitée.

14 février, 2024

Fiction n°059 – Octobre 1958

Pas de bonus particulier pour la Saint-Valentin cette année, mais que ça ne nous empêche pas de souhaiter leur fête à tous les amoureux de cette Terre et d'Ailleurs. Nonobstant, la couverture de ce numéro d'automne 1958 de Fiction convient parfaitement à la Saint Valentin, comme quoi les augures s'alignent toujours en un point favorable, hier, aujourd'hui ou demain.

De ce numéro 59 de Fiction, la majorité des nouvelles ne seront jamais republiées ailleurs, notamment une nouvelle de Poul Anderson. Mais la grande surprise de ce numéro sera sans doute pour ses lecteurs "L'autre planète" de R. M. Albérès, critique littéraire qui avait défrayé les chroniques de Fiction dans ses numéros 50 et 52.

Clic - clic avec le nez, chérie ?

Sommaire du Numéro 59 :


NOUVELLES
 


1 - René-Marill ALBERES, L'Autre planète, pages 3 à 46, nouvelle

2 - Carol EMSHWILLER, Rencontre (The Coming, 1957), pages 47 à 52, nouvelle, trad. Bruno MARTIN *

3 - Ruth M. GOLDSMITH, Les Bouilleurs de cru (Moonshine, 1956), pages 53 à 61, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH *

4 - Gérard KLEIN, Le Monstre, pages 62 à 73, nouvelle

5 - Gordon Rupert DICKSON, Les Deux font la paire (Rescue Mission, 1957), pages 74 à 90, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH *

6 - Arthur OESTERREICHER, Rupture de circuit (Broken circuit, 1958), pages 91 à 94, nouvelle, trad. Bruno MARTIN *

7 - Ron GOULART, Conroy et consorts (Conroy's Public, 1952), pages 95 à 103, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

8 - Poul ANDERSON, Cycle génétique (Life Cycle, 1957), pages 104 à 120, nouvelle, trad. Bruno MARTIN *

9 - Richard WILSON, Le Dossier Vénus (The Venus Papers, 1958), pages 121 à 128, nouvelle, trad. Yves RIVIÈRE *


CHRONIQUES

10 - F. HODA, Roger Caillois et le Fantastique, pages 129 à 131, article

11 - Jacques BERGIER & Alain DORÉMIEUX & Gérard KLEIN, Ici, on désintègre !, pages 133 à 139, critique(s)

12 - Jacques BERGIER & Alain DORÉMIEUX, Aux frontières du possible, pages 141 à 143, chronique


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

Il y a du Poul Anderson dans cette Autre Terre uchronique, L'autre planète, atteinte par un procédé sur lequel se forgent les plus circonspectes spéculations scientifiques (le dépassement de la vitesse lumière). Il y a aussi du William Morris, dans cette description doucereusement anarchisante d'une Arcadie où le travail est pris pour une perversion. René-Marill Albéres relève haut-la-main le défi posé par sa critique de la science-fiction de son époque. Une très bonne novella qui rassemble style et philosophie matérialiste.

Ostracisés pour leur différence, tel est le sujet de Rencontrenouvelle ni SF, pas même fantastique, mais qui relève de l'étrange malgré tout - et qui ne le devrait pas. Une façon d'être au monde intéressante malgré tout.

A propos de son autrice, Carol Emshwiller, on lira dans le texte de présentation : "Carol Emshwiller est la femme de « Emsh ». Cette signature – composée des quatre premières lettres du nom de son mari – est connue dans le monde entier par tous ceux qui achètent des magazines de science-fiction. Ed Emshwiller est, en effet, un des plus populaires parmi les dessinateurs qui créent les couvertures de ces magazines. Ses couvertures ont paru sur de nombreux magazines américains, dont notre édition américaine, sur le magazine suédois « Papna », sur le magazine allemand « Utopia »."  Petit mépris : nulle mention n'est faite par la rédaction de Fiction des illustrations de Emsh que l'on retrouve très souvent dans Galaxie.

Les extraterrestres débarquent dans la vie rurale américaine, et rencontrent Les bouilleurs du cru. Comme dans "La soupe aux choux" de René Fallet, la gnôle locale sert de passerelle entre les espèces. Peut-être ici avec moins de poésie, toutefois, de la part de Ruth M. Goldsmith.

Le monstre est une allégorie puissante qui mêle le dégoût à la fascination. L'autrice hongroise Agota Kristof en a exploité le thème dans une pièce de théâtre concise et pertinente. Gérard Klein s'en tire très bien lui aussi, avec parfois des échos qu'on pourrait prêter au sens de l'absurde d'un Albert Camus.

Les deux font la paire est une sympathique nouvelle d'un ton proche de Evelyn Smith. Gordon R. Dickson étoffe son motif du dragon qu'il développera par la suite..

Dans la série "la nouveauté inspire le danger", Rupture de circuit est une petite nouvelle un peu angoissante et qui préserve toute sa part de mystère. Assez réussi de la part du poète Arthur Oesterreicher.

Pourrait-on vraiment croire que l'on est jamais si bien servi que par soi-même ? Ron Goulart semble vouloir s'en prendre à l'égocentrisme d'une partie de ses pairs écrivains, et peut-être les avertir que "plus dure sera la chute", dans Conroy et consorts.

Poul Anderson signe avec Cycle génétique une nouvelle plus conventionnelle qu'à l'accoutumée, et imagine un cycle de reproduction sur la planète Mercure, astre sans rotation qui présente toujours la même face au Soleil.

On y notera une référence à la pièce (subversive) d'Aristophane "Lysistrata", dans laquelle les femmes, pour mettre fin à la guerre où les hommes les entraînent toutes et tous, décident de faire la grève de l'amour.

L'amour interespèces restera de l'amour, mais encore faut-il veiller à partager les même valeurs morales.. Le dossier Vénus joue sur divers modes narratifs bien élaborés par Richard Wilson, bien que simples.

Côté "Chroniques", on notera l'apparition de "Aux frontières du possible", ensemble de faits divers compilés à l'origine par Pierre Versins. On peut avoir l'impression que Fiction fait un pas vers le lectorat (supposé) de Galaxie, avec ses incartades sur les Soucoupes Volantes, quand dans un mouvement similaire Galaxie s'approche du lectorat de Fiction en proposant une rubrique des parutions (dans son numéro 55 de juin 1958, qui publiait aussi Richard Wilson et Gordon R. Dickson au même sommaire). Je t'aime, moi non plus.

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