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21 mai, 2025

Fiction n°112 – Mars 1963

Peu d'auteurs francophone mais beaucoup de valeurs montantes anglo-saxonnes de ces années 60 pour ce numéro : Ballard, Dickson ou Budrys, accompagnant un classique de Montague Rhodes James.

Cataclic cataclop !

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Sommaire du Numéro 112 :


1 - (non mentionné), Nouvelles des auteurs de ce numéro, pages 2 à 2, bibliographie


NOUVELLES


2 - Algis BUDRYS, Menace dans le ciel (Rogue Moon, 1960), pages 7 à 52, roman, trad. Elisabeth GILLE

3 - G. C. EDMONDSON, Le Porteur de germes (The Misfit, 1959), pages 53 à 61, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

4 - Ron GOULART, Dialogues avec Katy (The Katy Dialogues, 1958), pages 62 à 69, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE

5 - Michel DEMUTH, Les Huit fontaines, pages 70 à 74, nouvelle *

6 - Gordon R. DICKSON, Le Village hanté (The Haunted Village, 1961), pages 75 à 91, nouvelle, trad. Elisabeth GILLE *

7 - Evelyn E. SMITH, La Jeune fille et le vampire (Softly While You're Sleeping, 1961), pages 92 à 108, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

8 - J. G. BALLARD, Le Jardin du temps (The Garden of Time, 1962), pages 109 à 116, nouvelle, trad. Elisabeth GILLE

9 - Montague Rhodes JAMES, Le Comte Magnus (Count Magnus, 1904), pages 117 à 130, nouvelle, trad. Françoise MARTENON & Roland STRAGLIATI 

CHRONIQUES


10 - Gérard KLEIN, « Le navire-étoile » : une émission de télévision, pages 132 à 133, article

11 - Pierre BOIRON, Une nouvelle « cosmétique » : Bassard et Forest, pages 134 à 135, critique(s)

12 - Pierre VERSINS, Qui est parmi qui ?, pages 136 à 137, article

13 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 139 à 153, critique(s)

14 - Jacques GOIMARD & F. HODA, L'Écran à quatre dimensions, pages 155 à 169, article

15 - (non mentionné), En bref, pages 170 à 171, article

16 - COLLECTIF, Tribune libre, pages 172 à 175, article



* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Note éditoriale du n°112 :

Parmi les jeunes auteurs américains de science-fiction, Algis Budrys est l'un des plus prometteurs, et son talent s'est déjà vu consacré grâce à son roman « Rogue Moon », prix du meilleur roman de SF aux États-Unis en 1961. C'est de cet ouvrage (dans sa version écourtée, destinée à la publication en magazine) que nous vous offrons ce mois-ci la première partie, sous le titre « Menace dans le ciel ». Sur un sujet à la fois étonnamment simple et imprévisiblement complexe, les données technologiques et les réactions humaines y sont en même temps mises en jeu, dans une trame dont l'extrême réalisme fait mieux ressortir le fantastique de la situation de base.

« Le porteur de germes », de G. C. Edmondson, nous montre une fois de plus la faculté que posède cet auteur d'exposer de vastes thèmes en des raccourcis saisissants. On retrouve dans « Dialogues avec Katy » le sens de l'inattendu et du fantasque qui caractérise Ron Goulart. Et avec « Les huit fontaines », Michel Demuth ajoute une nouvelle corde à son arc, en s'orientant cette fois vers la fable poétique.

Dans le domaine du fantastique, « Le village hanté », de Gordon R. Dickson, est un récit marquant ; il faut le lire lentement, en se laissant gagner par son ambiance de long cauchemar peu à peu oppressant. Evelyn E. Smith, en revanche, ne désire guère nous faire prendre au sérieux « La jeune fille et le vampire » – ce qui nous repose de toutes les histoires de vampires trop sérieuses que nous avons pu lire dans le passé. 

« Le jardin du temps », de J. G. Ballard, est une nouvelle qu'on ne saurait définir de peur d'en ternir le charme ; peut-être, pour en apprécier le symbolisme, faut-il se souvenir d'avoir été jadis ému par les contes de fées.

Enfin, le classique du mois est un inédit en France de Montague James : « Le comte Magnus », où l'on rencontre tous les éléments qui ont fait la réputation de ce maître du surnaturel.


Si Fiction indique dans sa note éditoriale que "Menace dans le ciel" (en VO : Rogue Moon) a obtenu le "prix du meilleur roman de SF aux États-Unis en 1961", c'est sans doute pour justifier un peu sa parution dans ces pages. En réalité, le roman était en effet nominé, mais c'est "Un cantique pour Leibowitz" de W. M. Miller qui a emporté le Prix Hugo 1961.

"Rogue moon" bénéficiera d'une nouvelle traduction de l'incomparable Jean-Patrick Manchette en 1975, sous le titre "Lune fourbe" (n°4 de la collection Futurama aux Presses de la Cité). Loin de nous l'idée de fustiger le travail présent ici d'Elisabeth Gille, grande dame de la S.F. en France qui dirigera la collection "Présence du Futur" chez Denoël, de 1976 à 1986.

Une autre indication des notes éditoriales ne manquera pas de faire sursauter les lecteurs assidus de Fiction. En lisant "dans sa version écourtée, destinée à la publication en magazine", on ne peut se rappeler de la petite polémique qui agita Fiction et la collection Fleuve Noir Anticipation à propos de "Les triffides" (aka "La révolte des triffides") de John Wyndham. (Voir Fiction 32 et Fiction 35).

Pour introduire l'intrigue de cette Menace dans le ciel : un transmetteur de matière qui duplique le vivant et annihile l'original, et un artefact sur la Lune qui détruit ceux qui veulent percer son mystère, voilà les ingrédients qu'Algis Budrys met un temps un peu long à nous exposer, mais une fois qu'on y est, une fois que l'ingénieur en chef a trouvé le trompe-la-mort qui tentera la mission suicide, nous voilà bien embarqués dans cette novella dont l'artefact pourra rappeler la fameuse "Sentinelle" d'Arthur C. Clarke (1951) - nouvelle qui sera à la base du film "2001, l'Odyssée de l'espace" de Stanley Kubrick (1968).

Le porteur de germes propose une théorie sur les voyageurs qui apportent avec eux des germes d'épidémie... Surtout s'il s'agit de voyageurs temporels. On y retrouve bien le ton acerbe de G. C. Edmondson.

Dans Dialogues avec Katy, un naufragé a pour seule compagnie un automate résolument optimiste. Ron Goulart s'y amuse à nous proposer une petite astuce de variations autour de dialogues à sens unique, qui rappelleront la stratégie du mensonge consenti de "L'invention de Morel", mais rien de plus.

Les huit fontaines est un petit conte, qui manque peut-être d'un enjeu plus humaniste pour emporter l'adhésion du lecteur. Michel Demuth a du style cependant.

A l'instar d'une planète piège, un village coupé du reste du monde peut s'avérer redoutable pour qui y fouinerait un peu. Le village hanté de Gordon R. Dickson referme son étau peu à peu sur un protagoniste sujet à caution.

Encore une nouvelle un peu divulgâchée par son titre français, La jeune fille et le vampire, sans aucune poésie (quand en anglais il s'agit d'un vers d'une comptine). Quoi qu'il en soit, Evelyn E. Smith propose une nouvelle d'émancipation, l'inscrit encore une fois dans le tissu urbain, et semble avoir abandonné pour de bon le space-opera pour le fantastique.

J. G. Ballard, encore jeune auteur, s'essaie à une prose poétique dans Le jardin du tempset décline les effets de stase d'un temps presque à l'arrêt. Délicat.


"Le troisième et dernier cercueil qui, de toute évidence, était celui du comte Magnus montrait, lui, au lieu et place du crucifix, une effigie gravée de grandeur naturelle ; et les nombreux bandeaux qui décoraient ses bords représentaient des scènes variées. L'une d'elles figurait une bataille, avec des canons qui crachaient le feu, des villes fortifiées et des régiments de hallebardiers. Une autre montrait une exécution capitale. Et dans une troisième, un homme courait à perdre haleine entre des arbres, les cheveux au vent, les bras étendus devant lui. Une forme étrange le pourchassait ; et il aurait été difficile de démêler si l'artiste avait eu l'intention de représenter un homme, sans toutefois parvenir à la ressemblance désirée, ou bien s'il avait volontairement donné à son modèle l'aspect épouvantable et monstrueux qu'on lui voyait. Compte tenu de l'habileté avec laquelle avaient été gravées les autres scènes, Wraxall était plutôt enclin à admettre la seconde hypothèse. Le personnage était extraordinairement petit, et presque entièrement enveloppé dans une sorte de plaid à capuchon qui traînait jusqu'à terre. La seule partie de ce curieux individu qui émergeait de ce vêtement n'évoquait en rien ni main ni bras. Wraxall la compare au tentacule d'un poulpe infernal et poursuit : « C'est sûrement là une sorte de représentation allégorique – un démon pourchassant un damné – laquelle est sans aucun doute à l'origine de la légende du comte Magnus et de son mystérieux compagnon."

Voilà qui a dû impressionner Lovecraft, comme en témoigne sa note sur Le comte Magnus de Montague Rhodes James dans son essai "Épouvante et surnaturel en littérature" : "Count Magnus est l’un des meilleurs certainement, formant un véritable Golconda de suspense et d’insinuation."

Nous ajouterons que le thème très particulier de ce comte Magnus est la souillure. Apprécions le plaisir à lire ce style limpide à l'ancienne, et une angoisse du lecteur orchestrée peu à peu vers les mélodies de la répulsion et les contrepoints de la fascination, le tout dans une économie de moyens fort habile.

Côté rubriques, Gérard Klein se propose d'émettre un avis très constructif sur cette première émission française de pure science-fiction  : « Le navire-étoile », qui avait été évoquée "En bref" dans le numéro précédent. Nous vous proposons ici l'article complet :

Le mardi 11 décembre 1962, la science-fiction a fait son entrée à la télévision par la grande porte. Mais une porte qui finalement s'est juste entrebâillée, qui n'a guère dévoilé les grands horizons que l'on était en droit d'attendre. Il n'en demeure pas moins que « Le navire-étoile », en un sens, a fait date.

Adapté par Michel Subiela, réalisé par Alain Boudet, le roman de E.C. Tubb, précédemment publié par les éditions du Fleuve Noir, était un bon sujet pour la télévision. L'histoire, pleine de bruit et de fureur, de ce navire croisant entre les étoiles, où des hommes sont enfermés pour des générations, le temps que le voyage s'achève, où s'instaure un conformisme étouffant qu'il devient temps de rompre lorsque la croisière tire à sa fin, accordait aux réalisateurs de la télévision les avantages de l'unité de lieu et l'espèce d'intimité qui sied au petit écran. D'où vient-il que « Le navire-étoile » n'ait pas été la réussite qu'on pouvait espérer ?

Un premier défaut tient à l'adaptation. Trop compliquée, trop confuse, chargée de nombreux bavardages souvent mélodramatiques, elle rendait l'action difficile à suivre même pour un spectateur ayant lu le livre. Sa qualité dramatique, à l'exception de certaines scènes bien nouées, était discutable. Le dialogue eût pu être plus sobre, les explications avantageusement remplacées par des idées de mise en scène.

L'adaptation elle-même était mal servie par une réalisation pleine de bonne volonté mais très souvent d'une extrême naïveté. Les costumes n'étaient pas une réussite. Je retiendrai en particulier que les bonnets dont étaient affublés les acteurs, et qui les rendaient interchangeables, ajoutaient encore à la confusion d'une affaire peu claire. Le costume du capitaine survenant sur la fin frisait le meilleur grotesque de l'opéra fin de siècle. Les gadgets en général mal dessinés défiaient la vraisemblance : ainsi ces interphones composés d'un seul microphone et apparemment dépourvus d'écouteurs, mais dans lesquels le héros, sans doute télépathe, entretenait d'imperturbables conversations. Faut-il ajouter que les acteurs flottaient beaucoup dans leur texte, que les mouvements d'ensemble sentaient quelque peu la pagaille, et que les gardes à la porte de la salle du conseil, dont on eût attendu un comportement robotique, donnaient tous les signes d'une décontraction généralement réservée aux troupiers de comédie. Autre insuffisance, celle de la séquence filmée qui symbolise l'entraînement au combat du héros : elle se voulait brève et violente, elle ne fut guère que chaotique. De même, les scènes de lutte dans l'arène, qui auraient dû être réglées avec la précision d'un ballet, fleuraient singulièrement l'impromptu.

Il est certain qu'à l'origine de ces faiblesses qu'il ne convient certes pas d'exagérer, se trouve une absence de moyens. Mais tout aussi bien un défaut d'intention, une certaine incapacité à choisir, à trier, à éliminer, à ne conserver que l'essentiel, dont ont fait preuve réalisateur et adaptateur. Avec la meilleure volonté du monde, ils ont réuni les éléments d'un bric-à-brac de science-fiction, sans jamais se soucier de la nécessité de chacune de leurs inventions. Ils n'ont pas vu, semble-t-il, comment l'économie d'un monde clos, comme celui qu'ils se proposaient de décrire, devait être étroitement structurée, et partant étouffante. Ils ont sacrifié le mythe au superflu, l'essentiel à l'accessoire, mais sans parvenir au spectaculaire.

Ces sévères réserves faites, il convient de saluer le courage d'Alain Boudet, qui nous valut tout de même quelques belles images et une tentative insolite dans le cadre d'une télévision qui croule le plus souvent sous le poids du conformisme. Je retiendrai en particulier la séquence où les deux héros fuient entre les deux coques du navire, dans la soufflerie.

De cette tentative, on peut tirer quelques considérations générales. La plus nette est sans doute qu'une pièce de science-fiction ne peut pas tirer son intérêt, sa signification, sa réalité, du décor et des effets spéciaux, mais qu'au contraire il convient de recourir le moins possible au fantastique de l'apparence et de travailler le fantastique de situation. La seconde est que le genre ne souffre pas la médiocrité, fût-ce dans le plus infime des détails. Il est extrêmement vraisemblable que la réalisation d'une pièce de science-fiction à la télévision pose le même genre de problèmes qu'une pièce historique, et que seule une série assez longue permettrait à une équipe de se roder suffisamment pour nous offrir des spectacles indiscutables.

Gérard Klein.

On saluera la lucidité de Klein sur l'apparition de la SF à la télé française. Rappelons pour comparer que le premier épisode de la formidable série "Twillight Zone" (La quatrième dimension) date d'octobre 1959.

Côté avancées et innovations, après que Jean-Claude Forest ait "poussé le bouchon" pour faire parler de bande-dessinées dans Fiction, et alors qu'on peut se réjouir de lire dans la rubrique "En bref" : "Nous présenterons bientôt d'autres jeunes dessinateurs œuvrant dans de tels domaines : Topor, Lob et Gébé."nous noterons cette belle citation dans l'article Une nouvelle « cosméthique » : Bassard et Forest :

La spontanéité, écrit Dotremont, porte-parole du groupe, « relève des chocs originels, qui ont une harmonie, alors que l'époque, extrêmement organisatrice, aboutit à des chaos ».


Pour ajouter ensuite une pierre à l'édifice "ce que peut la science-fiction", citons Pierre Versins réagissant à la conférence "Ils sont parmi nous" déjà commentée par Fereydoun Hoveyda.

Qui est parmi qui ? (extrait)

Je pensais, dans ma candeur naïve, que nous allions traiter le sujet. J'avais été invité, parce que je suis, dit-on, un spécialiste, pour établir un schéma de l'apparition du thème « Ils sont parmi nous » dans la croyance et la fiction, et je pensais pouvoir aboutir assez vite à la question principale que posait le sujet : pourquoi diable, depuis qu'il existe des moyens d'expression, le thème « Ils sont parmi nous » existe-t-il et se perpétue-t-il, sous des formes diverses mais sans changer de fond ? J'avais même une hypothèse de travail à proposer : à savoir que penser qu'« Ils sont parmi nous » est une façon de refuser notre responsabilité dans ce qui nous arrive de désagréable : rappelez-vous simplement, pour prendre un exemple connu, « Guerre aux Invisibles » d'Eric Frank Russel (Rayon Fantastique) ; là, vous avez le thème à l'état pur : s'il y a des guerres, des accidents, des meurtres, etc., ce n'est pas parce que nous sommes des lâches, des inconscients, des brutes, mais parce que les Vitons se nourrissent d'émotions humaines, et donc sont la cause de ces guerres, accidents, meurtres, etc. ; en somme, ils cultivent leurs champs, ils élèvent leur bétail. Bon, c'est une fort belle idée : mais c'est aussi et surtout un exemple de refus de nos responsabilités. Hypothèse, bien entendu, je n'y tiens pas plus que cela, j'attends qu'on m'en propose une meilleure, mais n'était-ce pas plus intéressant et important de discuter cela que de dire que Bergier est un extra-terrestre (car il n'y a pas eu qu'Hoveyda pour le dire, s'il est celui qui l'a dit avec le plus d'humour), ou qu'on ne peut expliquer l'œuvre de Vinci ou de Boskowitch sans recourir au voyage dans le temps ou à la présence d'extra-terrestres parmi nous. On oublie trop que, des solutions de facilité semblables, il y en a toujours eu et que les dieux de toutes les religions sont parmi nous depuis bien longtemps, pour la même raison… 

Mais, pour en arriver là, et franchir ce point, il fallait d'abord poser la question ; or, la question n'a pas été posée, « Ils étaient parmi nous », un point, c'est tout. J'ai eu l'impression d'assister à l'une de ces séances organisées par des mages au petit pied comme il en existe un peu partout, où l'on est prié d'avaler ce qu'on vous dit ou de sortir.

La science-fiction, en bref, aujourd'hui, et de quelque façon qu'on la prenne, il n'y a pas plus bel organe d'aliénation, et dans tous les sens du mot. Si j'avais encore eu besoin de preuves, la soirée de l'UNESCO et l'article d'Hoveyda me les auraient fournies.

Pierre Versins.

(Pour faire une spéciale dédicace : Qui est parmi qui en ce mois de Mars 1963 ? Notre ami Ludo Le Hérisson est parmi nous depuis ce moment-là. Longue vie à toi !)


Pour terminer, la polémique au sujet de "la bergère Henneberg" comme l'avait surnommée Marcel Battin, et qui avait soulevé tant de tollé, semble trouver son mot de la fin avec cette réaction publiée en "Tribune libre" :

Moi, Marcel Battin,

— ancien terrassier,

— ancien docker,

— ancien matelot,

moi qui ai hanté tous les mauvais lieux du monde, et qui sais jurer en guarani, en volof, en thaï, en patahuek, en urdu et en serbocroate, j'ignorais jusqu'à la parution de la Tribune Libre de « Fiction » que deux mots de ma langue maternelle, « bergère » et « horripilante », étaient des termes grossiers. 

Je suis effondré !

Marcel Battin

23 avril, 2025

Fiction n°108 – Novembre 1962

Nouvelle formule pour Fiction qui passe de 144 à 176 pages (un volume de 32 pages supplémentaires assez considérable) : un numéro qui marque autant qu'un Fiction spécial tant les auteurs choisis font partie du haut du panier. Des nouvelles restées inédites depuis, une de Poul Anderson, une autre d'Idris Seabright, des récits qui se répondent, des recensions de qualité… Fiction marque ici, après son numéro 100, un de ses sommets.

Clic droit sur les stars !

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Sommaire du Numéro 108 :


1 - (non mentionné), Pourquoi une nouvelle formule ?, pages 5 à 5, article

2 - (non mentionné), Nouvelles des auteurs de ce numéro, pages 6 à 8, bibliographie


NOUVELLES

3 - Poul ANDERSON, Le Peuple de la mer (Progress, 1962), pages 9 à 52, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE *

4 - Fritz LEIBER, La Grande caravane (The Big Trek, 1957), pages 53 à 57, nouvelle, trad. Alain DORÉMIEUX

5 - Gérard KLEIN, Le Vieil homme et l'espace, pages 58 à 69, nouvelle

6 - Robert HEINLEIN, La Mère célibataire (All You Zombies—, 1959), pages 70 à 84, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH

7 - Arthur C. CLARKE, Quand Saturne se lève (Saturn Rising, 1961), pages 85 à 95, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE

8 - Jean RAY, Irish whisky, pages 96 à 106, nouvelle

9 - Idris SEABRIGHT, Eithné (Eithne, 1957), pages 107 à 117, nouvelle, trad. Alain DORÉMIEUX *

10 - Jorge Luis BORGES, Abenhacan el Bokhari mort dans son labyrinthe (Abenjacán el Bojarí, muerto en su laberinto, 1951), pages 118 à 126, nouvelle, trad. Roger CAILLOIS

11 - Fereydoun HOVEYDA, La Manne du ciel, pages 127 à 128, nouvelle *

12 - Richard MATHESON, Moutons de Panurge (Lemmings, 1958), pages 129 à 130, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE

13 - Montague Rhodes JAMES, La Chambre n° 13 (Number 13, 1904), pages 131 à 143, nouvelle, trad. Georgette CAMILLE

14 - Pat MALLET & Michel PELTIER, La Vie privée du vampire, pages 145 à 147, bande dessinée 

CHRONIQUES

15 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 148 à 162, critique(s)

16 - COLLECTIF, Le Conseil des spécialistes, pages 165 à 165, critique(s)

17 - (non mentionné), En bref, pages 166 à 167, article

18 - Jacques GOIMARD, Les Grands-Bretons en quête de péplums, pages 169 à 171, article

19 - F. HODA, Une Comédie de science-fiction, pages 171 à 173, article

20 - Jacques GOIMARD, Nouvelles du front de l'épouvante, pages 174 à 175, critique(s)


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

" (...) si l’industrialisation peut alimenter et habiller mieux les gens, ne mérite-t-elle pas de vaincre ? »

— « Qui dit qu’elle le peut ? » riposta-t-elle, « Elle peut nourrir et vêtir un plus grand nombre de gens, c’est vrai. Mais la quantité est-elle symbole de qualité, Lorn ? Ne souhaitez-vous pas conserver, sur Terre, des endroits où l’homme puisse se retirer dans la solitude ?

» Et puis, en supposant que l’industrialisation commence à se répandre : pensez à la période de transition. Un jour, je vous ai parlé des horreurs qui se sont déroulées (et c’est historique) lorsque les anciens Communistes ont voulu occidentaliser leurs pays en un jour. Eh bien, cela recommencerait. Pas du fait des Brahmards : ils sont foncièrement bons. Mais d’autres meneurs, partout ailleurs – à moitié barbares, puérilement avides de pouvoir et de prestige, détruisant dans leur impatience leurs propres cultures – de tels meneurs surgiraient.

Oui, vous avez bien reconnu l'idéologie un peu réactionnaire de Poul AndersonLe peuple de la mer propose une suite au "Peuple du Ciel", reprenant la description d'un futur post apocalyptique aux siècles de la cicatrisation et de la reconstruction, par la description de ses peuples et leurs interactions. Mais dans cet opus demeuré inédit ensuite, le procédé parait plus artificiel, surprend moins, et est aussi un peu déséquilibré en matière d'enjeux et de péripéties - un démarrage un peu poussif et parfois abstrus. On notera, comme pour le "Peuple du ciel", la présence d'un glossaire en fin de récit.

Fritz Leiber, dont on connait la potentielle cruauté à l'encontre des protagonistes de ses nouvelles, montre dans La grande caravane un attachement tendre pour une communauté hétéroclite d'extraterrestres, malgré un contexte sinistre mais finalement de peu d'importance.

Le vieil homme et l’espace, une intéressante introspection, faite de séquences diverses, où un vieil astronaute fait le bilan de ce qui l'a motivé à prendre les chemins de l'espace et entraîner l'espèce humaine avec lui. Du Gérard Klein "nouvelle manière" comme dirait Alain Dorémieux, sombre, un rien désespéré, mais questionnant.

"L'emberlificotage" des paradoxes temporels sert de scénario à un Robert Heinlein toujours efficace dans son style vif et ses personnages qui attirent la sympathie, dont La mère célibataire.

D'un thème similaire à la nouvelle de Klein, Arthur C. Clarke ajoute dans Quand Saturne se lève l'intuition qu'un pouvoir privé suffisamment riche financerait la route vers les planètes, ici le spectacle des anneaux de Saturne. On était alors en pleine science-fiction…

Dans Irish whiskynouvelle de jeunesse de Jean Ray, dont on reconnaît déjà l'univers morbide et pétri de vengeances surnaturelles, l'auteur semble toutefois hésiter ici entre deux formes de narration, petit défaut qu'il apprendra à maîtriser par la suite. On recommandera la nouvelle à tous ceux qui aiment frémir des histoires d'araignées.

S'émanciper pour une femme dans la société victorienne, c'est faire le choix d'une troisième voie par delà le bien et le mal. A travers une fable de petit peuple de la mer, Idris Seabright invite Eithnéson héroïne, à choisir cette troisième voie pour échapper à la soumission que le patriarcat appelle "devoir", sans risquer de se perdre dans le piège de l'isolement.

Comme chez Edgar Poe, l'enquête policière chez Jorge Luis Borges prend des atours métaphysique, et n'est pas l'opération d'un dévoilement de la vérité, mais l'établissement d'une explication acceptable et satisfaisante sur le plan symbolique. Dans Abenhacan el Bokhari mort dans son labyrinthe, on retrouve les constructions en cercles, qui nous invite à parcourir le texte de façon transversale, c'est à dire à le relire encore et encore.

Un peu gratuite, La manne du ciel de Fereydoun Hoveyda pose une confrontation d'échelle qui sous-entend qu'il n'y a pas de don pour Dieu, et qu'Il ne saurait nous considérer autrement que nous considérons les insectes.

Le comportement collectif nous rend semblables à des espèces animales agissant par instinct. Richard Matheson dépose en creux, avec Moutons de Panurge, la sensation que l'espèce humaine s'est affranchie de ses instincts. Mais est-ce bien sûr ?

On trouve peut-être dans La chambre N° 13 la source des espaces superposés qu'affectionne Jean Ray. Montague Rhodes James en dit peu sur les explications et multiplie les fausses pistes pour s'autoriser des sorties qui placent des contextes. Imbrications, enchevêtrements, le péril frôle les vivants l'espace d'un instant… Mais James nous met d'accord : ces manifestations surnaturelles désirent nous dire quelque chose.

Attention, fait rare : avec La vie privée du vampireFiction se risque à publier des dessins sur la durée (4 numéros)  !

On notera dans le sommaire l'apparition aux côtés des genres "Science-fiction" et "Fantastique", le troisième genre "Insolite". La rédaction s'en explique dans une petite note.

 " Le mois dernier, ne pouvant les attribuer à la science-fiction ni au fantastique, nous présentions des histoires sous une rubrique intitulée « Hors-série » dans notre sommaire. Notre ami Stephen Spriel nous suggère d’employer un terme commode pour qualifier de telles histoires – à savoir le terme : Insolite. Son défaut est d’être vague, donc de pouvoir recouvrir des notions variables ; sa qualité, en revanche, de marquer une distinction précise avec le fantastique qu’on appellera traditionnel. Maintes histoires présentées dans « Fiction » appartenaient en fait à cet insolite qui est, si l’on veut, un fantastique moderne. Exemples : divers textes de Sternberg, Buzzati, Mandiargues, Owen, Damonti, Béalu, Topor – sans parler de beaucoup de contes du Banc d’Essai. Caractéristique principale : substituer aux ressorts essentiels du fantastique classique (qui sont en principe de type surnaturel) des effets plus subjectifs, souvent sous-entendus, qui peuvent être axés vers le symbolisme, ou l’absurde, ou l’onirisme, ou la psychologie, mais qui de toute façon correspondent à une « intériorisation » très nette de la démarche de l’esprit vers le fantastique. Au point de développement où en est la revue, il nous semble utile de concrétiser maintenant cette catégorie. C’est pourquoi vous trouverez dorénavant à nos sommaires, en annexe à la séparation habituelle en deux genres, une troisième branche dite « insolite » – et ce mois-ci représentée par les trois textes qui suivent. "

On rappellera que Stephen Spriel est l'un des deux co-directeur de la collection "Le rayon fantastique" qui publie essentiellement des romans… de science-fiction.

On trouvera un sacré florilège pour les critiques de Ici, on désintègre ! dans ce numéro. Entre autres, La cité et les astres d'Arthur C. Clarke, que nous vous proposons en bonus en regard de la recension qu'en fait Demètre Ioakimidis.

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Arthur C. Clarke : La cité et les astres. 

Voilà enfin offert au lecteur de langue française un des plus grands chefs-d’œuvre de la science-fiction contemporaine, un récit dont les qualités de couleur, de poésie et d’architecture méritent qu’on lui applique cet adjectif dont on abuse souvent : inoubliable.

L’histoire de ce livre (c’est-à-dire la façon dont il vit le jour, et non l’action qu’il raconte) a été résumée par son auteur en une préface qui n’a pas été incluse dans cette version française. Arthur Clarke commença à l’écrire en 1937, alors qu’il était âgé d’une vingtaine d’années, et en acheva la première version en 1948. Celle-ci s’intitulait « Against the fait of night », et fut refusée, paraît-il, par John W. Campbell jr., ce qui ne parle guère en faveur de la clairvoyance du rédacteur en chef d’« Astounding Science Fiction ». Le récit fut publié en 1948 dans un autre magazine, « Startling Stories », et les lecteurs l’accueillirent avec enthousiasme. Cependant, le passage des années rendit l’auteur mécontent de son œuvre, et Clarke récrivit son récit, en augmentant ses dimensions : il en résulta « The city and the stars » qui parut en volume, aux États-Unis et en Angleterre, en 1956. 

Un milliard d’années a passé. Après avoir conquis les astres, l’humanité a progressivement oublié sa grandeur ancienne. Dans la cité de Diaspar, dont les habitants poursuivent des recherches esthétiques gratuites lorsqu’ils ne se laissent pas simplement vivre, vit un jeune non-conformiste, Alvin, qui cherche à savoir ce qu’il y a hors des limites de cette cité parfaite (ce n’est sans doute pas par hasard que le nom de Diaspar est un anagramme de paradis, même sans le e final du vocable anglais). Alvin découvre ainsi successivement l’autre cité vivante de la terre, Lys, et sa civilisation pastorale. Il explore ensuite l’ancienne forteresse de Shalmirane où, selon la légende, l’humanité livra son ultime combat contre les mystérieux envahisseurs venus du dehors. Non content de ce qu’il apprend, il cherche de plus en plus loin, dans le passé et dans l’espace… 

C’est, très simplement, cette quête que raconte le livre, cette quête et ses conséquences pour les habitants de Lys et de Diaspar. Il s’agit donc d’un récit à la structure linéaire, ne possédant aucune des contre-intrigues qui font le sel de nombre de romans science-fiction. Arthur Clarke raconte son histoire en la menant de son commencement à sa fin, ne s’accordant qu’à peine le luxe d’un coup de théâtre – d’ailleurs tout relatif – ou d’un « suspense » passager.

Cependant, s’il renonce à ces ressorts familiers, l’auteur apporte d’autre part une fraîcheur nouvelle aux éléments grâce auxquels il bâtit son récit et son décor. Pour apprécier cette qualité, il est sans doute bon de dire d’abord ce que « La cité et les astres » n’est pas.

Une civilisation en apparence idéale – ici, celle de Diaspar – et un protagoniste qui en découvre peu à peu les faiblesses : on reconnaît là l’intrigue utilisée par Cyril Kornbluth et Frederik Pohl dans « The space merchants »6 et ultérieurement exploitée, par les mêmes auteurs, dans un roman moins heureux, « Gladiator-at-law ». Cette idée centrale fournit encore le fond d’un autre ouvrage, plus récent et franchement médiocre, « Preferred risk »7 . Dans tous ces romans, le protagoniste est au départ un membre de l’« élite » au pouvoir et il en découvre progressivement la perversion ; il se joint au « maquis » qui lutte contre elle et contribue donc à l’établissement de ce qu’on peut appeler un ordre meilleur. Quelles que soient leurs autres qualités, tous ces récits ont une faiblesse fondamentale : la conversion du héros n’est jamais convaincante, car sa cécité à l’égard des défauts de la pseudo-élite est invariablement exagérée. Or, Clarke a entièrement évité cet écueil.

Parfaite, la cité de Diaspar ? Ses habitants la croient telle, et Alvin lui-même pense comme eux au début de l’action. Cependant, cette perfection toute relative n’est point le prétexte d’une opposition facile avec la culture fort différente de Lys : Alvin n’abandonne pas l’idéal de la première pour celui de la seconde, l’auteur ayant eu l’habileté de pourvoir chacune des deux cités de caractéristiques favorables. Même après la découverte de Lys, qui lui révèle beaucoup de valeurs qu’il ignorait, Alvin conserve de l’attachement à l’égard de Diaspar. Tout au plus se dit-il peut-être que sa ville à lui porte des marques plus profondes de son âge – en dépit de l’éternelle jeunesse de ses habitants.

Arthur Clarke ne cherche point à dépeindre une nouvelle Utopie. Il évite d’ailleurs le côté immobiliste des constructions utopiques en présentant chaque cité comme parvenue à une sorte d’aboutissement, qui pourrait bien être la sagesse de l’expérience. Ceux qui ont dressé les plans de Diaspar, il y a fort longtemps, n’ont-ils pas été jusqu’à prévoir l’existence d’un Bouffon, destiné à apporter de l’imprévu dans l’existence bien ordonnée de la cité ? La faiblesse de Diaspar et de Lys ne réside aucunement dans la forme de bonheur qu’elles proposent à leurs habitants ; elle est dans l’oubli que leurs structures ont permis : l’oubli de la grandeur passée de l’humanité. Et c’est pour cela que les habitants de l’une et l’autre villes seront également décontenancés par les révélations qu’Alvin et son compagnon – Hilvar, natif de Lys – rapporteront de leur voyage.

L’action progresse selon un rythme lent, qui ne manque pas de grandeur : le lecteur sent que les personnages ont une longue vie devant eux et que, pour être pleinement réalisées, leurs découvertes doivent être faites de façon progressive. Ainsi, le refus presque complet des artifices habituels de construction (coups de théâtre, renversements de situations, etc.) contribue au caractère majestueux de l’ensemble.

De la même façon, les personnages ne sont pas vigoureusement différenciés. Il serait naïf de s’en étonner : dans l’état atteint par la science en ce lointain avenir, la réalisation systématique d’un type jugé parfait serait souhaitée par les responsables de Diaspar (mais non par ceux de Lys : et, précisément, les personnages qu’Alvin rencontre dans la seconde cité possèdent des individualités plus marquées). Un reproche en apparence plus grave viserait l’évocation un peu floue de la cité de Diaspar. Cependant, là aussi, l’effet est de toute évidence voulu : il présente au lecteur la ville comme à travers une brume, qui en estompe les arêtes et en confond les détails. Car là n’est pas le vrai sujet du roman.

Ce vrai sujet, c’est l’immensité du temps et de l’espace, devant lequel l’importance de l’humanité peut paraître médiocre. Mais cette humanité a eu sa grandeur, et il suffit qu’un seul de ses représentants en retrouve le souvenir pour que tout puisse changer. En dépit des apparences, « La cité et les astres » comporte un message optimiste, exprimé par le paragraphe ultime du livre :

« Sur cet univers, la nuit tombait ; les ombres s’allongeaient vers un orient qui ne connaîtrait pas d’autre aurore. Mais partout ailleurs, les étoiles étaient encore jeunes et la lumière du matin s’attardait ; et sur le chemin qu’il avait autrefois suivi, l’homme, un jour, irait de nouveau. » 

L’oubli de la grandeur humaine ne saurait être que momentané. En dépit des habitudes, si confortables soient-elles ; en dépit des illusions d’optique dues à l’éloignement dans le temps ou dans l’espace, l’homme a en lui la faculté d’aller de l’avant : ce qu’il a su faire une fois dans son passé, il sera à même de le refaire, et de le continuer. Tel est le message qu’Arthur Clarke a choisi de placer au centre de son livre. Et il ne l’a pas exprimé par la vigueur d’une épopée, mais bien par le charme d’un récit dont le caractère poétique est sans égal dans la science-fiction contemporaine. 

La poésie du style de Clarke est très différente de celle qui fit la réputation d’un Bradbury, mais elle n’est pas moins réelle. Les notations extérieures et les sensations intérieures sont alternées avec une rare délicatesse, de sorte que le caractère vivant de l’ensemble s’en trouve souligné. Paradoxalement, la poésie du « scientifique » Clarke se révèle plus humaine que celle du « littéraire » Bradbury : elle dit davantage en insistant moins sur l’intérêt de son message.

C’est pour toutes ces raisons que « La cité et les astres » est un livre inoubliable ; il est d’ailleurs mieux que cela : il unit les qualités les plus hautes de la vraie science-fiction – idées, narration, style – en un tout dont on chercherait vainement ailleurs l’équivalent.

Demètre Ioakimidis.

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