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22 janvier, 2025

Fiction n°095 – Octobre 1961

Pour ce 200ème billet du PReFeG, voici de très beaux morceaux de choix, tant en SF (un sommet de Clifford D. Simak) qu'en fantastique (Christopher Wood et sa mystérieuse Mrs Frost). Ces nouvelles agrémentent un numéro de bon niveau, qui révèle déjà par endroits le monde qui est le nôtre désormais. On notera aussi un article de Pierre Versins sur le "fandom", et sur son utilité pour la critique d'un genre en maturation.

Un clic droit, la photo cloque !

Sommaire du Numéro 95 :


NOUVELLES


1 - Clifford D. SIMAK, Le Dernier gentleman (Final Gentleman, 1960), pages 3 à 36, nouvelle, trad. Roger DURAND

2 - Michel EHRWEIN, Le Retour des cigognes, pages 37 à 41, nouvelle

3 - Richard WILSON, L'Ami de la famille (Friend of the Family, 1953), pages 42 à 56, nouvelle, trad. François VALORBE *

4 - Jean-Charles PICHON, Perfidies-blues, pages 57 à 73, nouvelle *

5 - Stephen BARR, Les Tortues en folie (Callahan and the Wheelies, 1960), pages 74 à 100, nouvelle, trad. Roger DURAND *

6 - Gérard KLEIN, Lettre à une ombre chère, pages 101 à 105, nouvelle

7 - Leslie BONNET, Le Moine et la déesse (Game with a goddess, 1959), pages 106 à 111, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *

8 - Christopher WOOD, Miss Frost (Miss Frost, 1951), pages 112 à 122, nouvelle, trad. Anne MERLIN *

CHRONIQUES


9 - Pierre VERSINS, Fandom français, pages 125 à 129, article

10 - Demètre IOAKIMIDIS & Roland STRAGLIATI & Jacques VAN HERP, Ici, on désintègre !, pages 131 à 136, critique(s)

11 - F. HODA, Un cinéma mythologique, pages 137 à 139, article

12 - Alain DORÉMIEUX, Note sur l'irréalisme de quelques films récents, pages 139 à 140, article

13 - COLLECTIF, Tribune libre, pages 141 à 144, article


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

La couverture, tout d'abord, a droit à un traitement particulier, du fait de sa nature : la reproduction d'une œuvre d'art exposée à Paris à cette époque, une composition photographique de Monasterio, intitulée « La cueva de la fuente del rey ».

" La couverture de « Fiction » ce mois-ci sort de l'ordinaire. Nous présentons ici son auteur, et sa singulière technique de « peinture photographique ».

« Ce n'est pas tous les jours que l'on découvre une étoile ou une planète nouvelle. J'ai juré que le prochain astre qui se présenterait à moi s'appellerait Monasterio. Et il est passé, lentement, devant moi, avec ses boules de neige et ses fleuves fixés comme de la pierre la plus dure. » Février 1960. C'est Man Ray qui parle, présentant en ces termes la première exposition à Paris de Monasterio. "

Suit un dithyrambe sur Alfredo Villa Monasterio, en page 2 et 3 de couverture, signé par François Garnier (sans doute le peintre né à Paris en 1914 et mort à Rennes en 1981).

" La race humaine est tout à fait capable, de son propre jugement, d'accepter ou de rejeter les prédictions de n'importe quel pontife humain. Mais notre société technologique a réussi à créer un réflexe conditionné selon lequel l'homme accepte l'infaillibilité des machines. "

Difficile d'en dire plus que ce court extrait sans dévoiler l'intrigue de Le dernier gentleman, qui commence comme un cauchemar kafkaïen où l'on reproche à un auteur fort apprécié d'avoir fait de sa vie une auto fiction - le problème étant qu'il ignore tout de cette démarche, et que ce qu'il croit réel n'existe pas, du moins pas tout à fait.
Nous avons là une excellente nouvelle qui manie gracieusement des motifs fantastiques et de science-fiction. Le lecteur sera peut-être troublé lorsque, habitué à la potentielle portée prophétique de la littérature d'anticipation, il réalisera celle de cette nouvelle en particulier. Car ce qui pouvait apparaître comme un exercice de fiction spéculative en 1961 nous donne plus de 50 ans après des arguments humains pour sortir de l'hypnose de masse qu'on appellerait "réseaux sociaux".
Quoi qu'il en soit, et tout complotisme mis à part, le véritable sujet de cette histoire est le Pouvoir, et ses corolaires : l'exercice du pouvoir et le langage en tant que modeleur de représentations. En bref : un sommet de Clifford D. Simak qui ne sera repris que dans son Livre d'or (Pocket - 1985), où l'on pourra lire à ce propos : "Il est d’ailleurs bizarre que nul n’ait songé à le rééditer depuis car il offre de Simak une image nouvelle et passablement inattendue. Pour tout dire, on croirait lire du Philip K. Dick ! Pourtant, c’est bien Simak qui tient la plume : une lecture attentive des signes qui jalonnent cette nouvelle aura tôt fait de vous le démontrer. Il n’empêche que l’on ne savait pas l’auteur de Demain les chiens sensible au charme très indiscret de la schizophrénie…"

Avec Le retour des cigognes, on aurait pu avoir un conte de relations inter espèces à la Dorémieux ou Farmer, mais le récit de Michel Ehrwein manque un peu sa cible, dirait-on, si tant est qu'il y en eût une. 

L’ami de la famille propose une petite histoire dystopique de Richard Wilson, qui pourra rappeler "Enfants sans âme" de W. M. Miller (in Galaxie n°14). Il y est aussi question de régulation des naissances, dans un style peut-être simple mais à travers des personnages attachants.

Dans Perfidie-BluesJean-Charles Pichon avance son récit et son univers par petites touches, et nous amène au seuil du Grand Soir, où le pouvoir en place - ici un matriarcat, mais l'inverse y est tout autant lisible - est affaibli par sa dépendance à la flatterie. On y retrouve aussi le rôle de pouvoir parallèle et secret de l'oracle, déjà évoqué dans la nouvelle de Simak.

" Mon intention est essentiellement de m'écarter d'une machine pourvue d'une série d'instructions prédéterminées et de les laisser s'éduquer par tâtonnements. C'est ce qu'on peut appeler le réflexe de survie. (…) Un calculateur reste assis sur sa grosse boîte et ne ressent jamais rien qui résulte de son activité ! On l'alimente avec une masse d'informations, mais ce n'est pas du tout la même chose. Ces grosses machines ne se déplacent pas et ne font rien ; si elles avaient un but, comme (mes) tortues qui cherchent à se recharger, elles penseraient au lieu de se contenter de calculer. La pensée véritable commence avec la réaction opérationnelle à l'environnement. " 

Dans Les tortues en folie, Stephen Barr imagine déjà nos "IA" actuelles qui fonctionnent ainsi par ajouts successifs mémorisés. L'environnement est sans doute ce qu'il leur manque encore, mais représente par contre le défi des sondes envoyées sur Mars ou dans l'espace. Dans cette histoire, la capacité d'apprentissage autonome de la machine l'amène ici au point de singularité de façon accélérée. Trépidant comme un thriller !

" Gérard Klein naguère avait transposé le mythe d'Ulysse. En guise de pendant, c'est ici du mythe de Thésée qu'il s'inspire. Hautaine dans sa forme et cryptographique dans son esprit, cette nouvelle n'est pas (ou plus) de la science-fiction. On peut y voir le reflet moral d'une angoisse très contemporaine. Chacun de nous, selon sa propre notion de cette angoisse, donnera le visage qu'il veut au Minotaure – le visage de l'un ou l'autre de tous les monstres modernes. Mais la philosophie de l'histoire n'est pas pessimiste, car le destin de Thésée n'est-il pas d'affronter le Minotaure ? Ce récit marque un achèvement. Cela veut dire qu'il est aussi l'aboutissement d'une voie et que Klein, par la suite, devra rompre avec son passé littéraire, quelle que soit l'orientation qu'il adoptera."

Telle est la curieuse note d'intro de Lettre à une ombre chère, note sans doute signée Alain Dorémieux. Nonobstant, la nouvelle suivante que Gérard Klein fera paraître dans Fiction ("Le dernier moustique de l'été", in Fiction n°106) ne sera pas pour autant du "Klein nouvelle manière" (ce sera même du Klein  "bradburyen", sous influence). La nouvelle présente est cependant bien travaillée - et l'on peut constater que l'adaptation des mythes aux échelles galactiques les rend plus épiques encore, sans les épuiser. C'est la démarche ici, qu'une Nathalie Henneberg transcende en hybridant ces mythes. Pendant ce temps, de l'autre côté de l'Atlantique, un Cordwainer Smith élabore déjà les formes mythiques nouvelles liées aux problématiques de l'avenir… 

Le moine et la déesse, par le Capitaine Leslie Bonnet, est un petit conte à l'orientale où les idoles de pierre s'animent pour le jeune moine chargé de les entretenir. Léger. 

 

Fort bien construite par Christopher Wood, Miss Frost est une histoire de réminiscences issues de l'enfance, avec une gouvernante un peu sorcière et des chiens pour familiers. Deuxième et dernière nouvelle traduite de cet auteur britannique, qu'il ne faut pas confondre avec Christopher Hovelle Wood, auteur de deux James Bond (source NooSFere).

« Dans la science fiction, la critique – et fréquemment d'une haute qualité – est apparue presque uniquement dans des publications d'amateurs ; certes la richesse du matériel critique, bibliographique et biographique qui a paru dans des fanzines, du Fantasy Commentator à Inside, est telle qu'une bibliothèque universitaire qui posséderait la totalité des fanzines publiés serait la Mecque des auteurs de thèses dans le XXIe siècle. »

Anthony Boucher,
Introduction à « In Search, of Wonder » de Damon Knight, 1956

C'est par cette exergue que Pierre Versins ouvre son article "Fandom français". La remarque de Boucher était déjà pertinente, quant à l'accession de la SF au monde universitaire - en France, des revues comme Res Futurae en sont une preuve somme toute assez récente au regard d'un travail similaire mais plus ancien sur le territoire américain.

Grand précurseur, Pierre Versins dresse ainsi très tôt un inventaire des fanzines francophones en 1961 (et c'est une chance que cet inventaire soit publié dans Fiction plutôt que dans un autre de ces fanzines difficiles à retrouver). On y retrouvera parmi d'autres les noms de Marcel Battin, Michel Ehrwein, et... Pierre Versins, qui avoue lui-même ne pas pouvoir juger de la qualité des fanzines, en publiant lui-même une imposante partie.

On se rappelle que Pierre Versins avait obtenu en décembre 1960 le premier Grand Prix International du roman d'Anticipation et de Science-fiction (voir Fiction n°82). Cependant, ce roman n'a jamais vu le jour, du moins semble n'avoir jamais été édité. Et voici ce que l'on découvre à la lecture de ce n° d'Octobre 1961 :

Pierre Versins nous prie de bien vouloir insérer le communiqué suivant :

" Un certain nombre de jeunes auteurs m'ayant demandé des renseignements sur le Grand Prix International du Roman d'Anticipation et de Science-Fiction, je crois utile d'attirer l'attention de ceux qui voudraient envoyer des manuscrits au Grand Prix en précisant certains points :

1. – Le fait d'être sélectionné par le jury ou d'obtenir un des prix (purement honorifiques) ne donnent à l'auteur aucun avantage de publication. En effet, les organisateurs du Prix ne sont pas en rapports avec une maison d'édition française et les lauréats devront trouver eux-mêmes un éditeur. Le fait d'avoir obtenu un prix étranger sur manuscrit rendra la chose plus difficile.

2. – Contrairement à ce qui a été publié dans la presse après la remise du Grand Prix 1960, j'ai renoncé à faire partie du jury du Grand Prix International du Roman d'Anticipation et de Science-Fiction, certaines clauses exigées des candidats me paraissant non conformes aux traditions commerciales de l'édition. "

On voudrait dénoncer poliment une arnaque qu'on ne s'y prendrait pas autrement. Versins reste très courtois, mais ne cache pas une certaine amertume. On n'ose pas imaginer les réactions d'un Alain Dorémieux ou d'un Gérard Klein s'ils avaient concouru et gagné ce Grand Prix…

Souvent échauffés dans la "Tribune Libre", les auteurs (et les éditeurs) vont de plus en plus, durant cette décennie, être amenés à défendre leur droit à politiser le propos de la science-fiction. Ce droit pourrait paraître évident, mais il reste à noter qu'un certain statuquo politique régnait dans la société française à la fin des années 50 ; les crispations de la Guerre Froide, les "événements" et la "pacification" en Algérie, la fin d'un concordat gaullistes-communistes issu des années 1945 et suivantes, tous ces éléments impliquaient qu'on ne parlait pas de politique si l'on voulait "avoir la paix".

Quelques mois après le coup d'état manqué dit "des généraux", et avec la parution de textes faisant du fascisme non pas une dépouille du passé mais une bête toujours à l'affut, la Tribune Libre de Fiction s'échauffe quelque peu. Et l'on y lira dans ce numéro 95 cette courte profession de foi :

" Faut-il répéter que notre revue n'est pas une revue engagée, mais que d'autre part la SF, étant une littérature adulte, a le droit de traiter de thèmes politiques quels qu'ils soient – ainsi que nous celui de publier les textes basés sur ces thèmes. "

C'est bien là sans doute la métamorphose principale à venir de ce genre à peine baptisé "science-fiction". Quittant des velléités de distraction pour la jeunesse, la science-fiction réintègre sa fonction spéculative de proposer des visions, des perspectives et de l'autrement - vecteurs éminemment politiques. Dans le secteur des publications préjugées "pour la jeunesse et la distraction", la bande dessinée ne sera pas en reste, mais opèrera son virage un peu plus tard.

16 août, 2023

Galaxie (1ère série) n°043 – Juin 1957

Entre les poissons d’Avril de Guieu et Le peuple des profondeurs d’Asimov, on aurait pu s’attendre à un numéro subaquatique pour ce numéro d’été 1957 de Galaxie. Plouf plouf ! Les profondeurs y sont plutôt sidérales, voire sidérantes !


Nous cliquons en paix !

Sommaire du Numéro 43 :


1 - Jimmy GUIEU, L'Effroyable poisson d'avril, pages 3 à 17, nouvelle

2 - Isaac ASIMOV, Le Peuple des profondeurs (The Deep, 1952), pages 18 à 40, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par ASHMAN

3 - Theodore STURGEON, L'Autre Célie (The Other Celia, 1957), pages 41 à 52, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par DILLON

4 - Richard WILSON, S'il n'y avait que vous... (If You Were the Only—, 1953), pages 53 à 61, nouvelle, trad. (non mentionné) *

5 - COLLECTIF, Votre courrier, pages 63 à 64, courrier

6 - D. V. GILDER, Ils (They, 1955), pages 65 à 71, nouvelle, trad. (non mentionné) *

7 - Stephen BARR, Dangereux d'être un noyau ! (I am a nucleus, 1957), pages 72 à 96, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Jack GAUGHAN *

8 - Jimmy GUIEU, Les Soucoupes volantes, pages 97 à 99, chronique

9 - Clifford Donald SIMAK, Opération Putois (Operation Stinky, 1957), pages 100 à 124, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Jack GAUGHAN

10 - Jean LEC, L'Invasion des boules, pages 125 à 134, nouvelle *

11 - Russ R. WINTERBOTHAM, Pour avoir quitté Junon... (The Man Who Left Paradise, 1956), pages 135 à 140, nouvelle, trad. (non mentionné) *

12 - Daniel MAUROC, Les Télécrates, pages 141 à 144, nouvelle *

 

* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Jimmy Guieu est bon dans la péripétie, mais prend hélas son sujet trop à cœur. Avec L’effroyable poisson d’Avril, on pourra penser que le véritable poisson d'avril - tout comme la vérité - est ailleurs.
 
On tourne un peu en rond dans Le peuple des profondeurs, par Isaac Asimov, au début pourtant prometteur, qui rappelle les univers souterrains et coupés du monde de "La machine s'arrête" de E. M. Forster, ou de "Surface de la planète" de Daniel Drode.

Dans L’autre Célie, Theodore Sturgeon pose son hypothèse fantastique à un phénomène paranormal réputé que nous ne dévoilerons pas ici, de façon ici bien cruelle, à travers la confrontation distante de deux êtres hors normes.

Un narrateur et son animal de compagnie très attachants, c’est l’Opération putois, avec la candeur toujours aussi appréciable de Clifford D. Simak.

S’il n’y avait que vous…, par Richard Wilson, est une histoire d'androïdes malheureusement un peu creuse, chose assez surprenante de la part d’un auteur habituellement plein de finesse.

Les dernières nouvelles, par des auteurs inconnus ou méconnus, jamais republiés, sont pourtant d’un très bon niveau. En témoigne Ils, par le mystérieux D. V. Gilder, qui n’a rien de S.F., mais demeure une sympathique petite histoire de fantôme à chute.

Dans Dangereux d’être un noyau !, Stephen Barr nous propose une bonne nouvelle bourrée de péripéties sur une bonne idée de base : les lois de la thermodynamique peuvent-elles obéir à une volonté consciente ? Au-delà du concept de divin, il est bien question de l'ordonnancement de la matière par elle-même.

On pense bien entendu au roman La sortie est au fond de l’espace de Jacques Sternberg en lisant L’invasion des boules de Jean Lec, bien que le pourquoi de l'affaire y soit très différent. Ici Jean Lec postule pour l'existence d'un niveau pangéen d'organisation de la vie, c'est à dire à celui de la planète elle-même. C'est surtout l'occasion d'un discours « œcologique » (comme on le balbutiait alors) encore assez rare à cette époque.

« L’UN de ces auteurs, un très grand écrivain, comme tous ceux de Junon, s’appelle Honzo. Un jour que son imagination lui permit de pondre un millier de mots à l’heure et que ces mots s’imbriquaient merveilleusement pour constituer de splendides expressions, Honzo inventa une histoire où le héros se conduisait mal. Il réalisa bientôt que ses pensées étaient imprégnées de péché et de méchanceté.

— C’est trop fantastique, vraiment ! se dit-il. Personne ne voudra lire semblable insanité.

Alors, il employa le procédé favori de tous les auteurs de science-fiction sur toutes les planètes, hormis sur Junon : ne pouvant mentir avec conviction, ils disent la vérité. Il édifia une œuvre véridique intitulée : Le péché existe-il ? » 

On pense inévitablement à Kilgore Trout, l’alter ego de Kurt Vonnegut, en lisant ces lignes extraites de Pour avoir quitté Junon…, de Russ Winterbotham. Voici une très bonne fable sur la morale innée plutôt qu'acquise, et le manque d'adversité propre aux utopies (apparement absente de l’Encyclopédie de Pierre Versins).

On termine ce numéro avec Les télécrates, de Daniel Mauroc (qui sera plus connu en sa qualité de traducteur de, entre autres, Jerome Charyn ou de Oscar Wilde, ou encore comme éditeur). Nous voilà en plein spectaculaire intégré et diffus, comme disent les situationnistes. Une très efficace nouvelle sur la fascination que ne manque pas d'exercer (de nos jours) les aventures sans fin de nos héros de séries télévisées interchangeables et conçues pour tous les goûts... Mauroc pose surtout en creux la question de l'assise du pouvoir sur un peuple passif. Pour le regard spéculatif que l’on peut y apporter aujourd’hui, il n’y manque que la gestion de la productivité.

Un Cocorico pour les ordinateurs français, et une technologie astronautique prometteuse, voilà ce que, entre autres, la rubrique Saviez-vous que… nous proposait de découvrir en 1957.

SAVIEZ-VOUS QUE…

… les techniciens français ont mis au point un calculateur électronique capable d’effectuer 100.000 opérations à la seconde ?

 

CE calculateur – le Gamma 60 – a été présenté, au début d’avril, à Paris. Il est composé d’un ensemble de machines électroniques qui constituent autant d’unités autonomes de calcul, d’enregistrement, de traduction et de confrontation des résultats obtenus. Le tout est commandé par un « cerveau » qui distribue et organise le travail. Enfin, une unité spéciale vérifie au fur et à mesure les calculs, ce qui permet d’éliminer pratiquement toute erreur. Les possibilités du Gamma 60 sont considérables. Il peut aussi bien résoudre des problèmes très particuliers – tels ceux posés par la technique scientifique – que d’autres, beaucoup plus vastes : établir les comptes d’une grande banque, les fiches de paye d’une grosse entreprise, calculer la vitesse critique d’un avion ou les cotes d’un transformateur à grande puissance, etc… Capable de faire 100.000 opérations à la seconde, cette extraordinaire machine soutient aisément la comparaison avec les mastodontes de calcul américains les plus perfectionnés. 

 

SAVIEZ-VOUS QUE…

… les Américains espèrent faire voler un engin à 300.000 km à la seconde ?

 

L’AVIATION américaine étudie actuellement deux modes de propulsion – l’un par photons ; l’autre, ionique – qui doivent aboutir au même résultat ; permettre à des engins volants d’atteindre la vitesse de la lumière ! Dans la propulsion par photons, l’énergie motrice est fournie par la lumière elle-même. La moindre parcelle d’énergie d’un rayon lumineux, si faible soit-il, sera captée dans le vide interstellaire et propulsera, à la vitesse même de la lumière, le « vaisseau de l’espace ». Celui-ci pourra ainsi atteindre en quinze jours la planète Mars.

La propulsion ionique paraît plus séduisante encore aux techniciens. On peut, en effet, l’utiliser dans un vide moins parfait que celui qui est nécessaire à la propulsion par photons. Le principe en est très simple : l’engin lâche dans l’espace des particules ionisées dont la poussée suffit à le propulser. Le problème de la construction d’un tel engin serait pratiquement résolu. Rester toutefois, à trouver le moyen de lui permettre de quitter l’atmosphère terrestre. Il finira bien, lui aussi par avoir sa solution… Ce jour-là, les anticipations les plus osées des auteurs de science-fiction seront bien près d’être dépassées !

La propulsion photonique, si elle ne permettrait finalement pas d’atteindre la vitesse de la lumière, pourrait être une source constante d’énergie. Voir à ce sujet les travaux de l’UP3, une association de chercheurs dédiée à ce mode de propulsion et la promotion des « voiliers solaires » (https://u3p.net/quelques-mots-sur-la-propulsion-photonique/) .

Quant à la propulsion ionique, avec les mêmes retenues sur les vitesses effectivement atteintes, elle a été utilisée dans les propulsion des sondes spatiales interplanétaires. (Voir https://fr.wikipedia.org/wiki/Moteur_ionique).

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