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Le Projet REvues Fiction et Galaxie (PReFeG) vous propose (après relectures et corrections), le partage et la mise en ligne des revues Fiction (éditions OPTA) et Galaxie (éditions Nuit&Jour, puis OPTA) au format epub.
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Fin de la novella en trois parties de Poul Anderson entamée avec "Corsaire de l'espace" ; profitons de cette publication exclusive avant de ranger ce récit dans les écrits mineurs de cet auteur de métier, et apprécions un défi littéraire lancé par Theodore Cogswell auquel répondront, rien de moins, Isaac Asimov et Miriam Allen "tout-terrain" deFord.
10 - Gérard KLEIN, "La maison de rendez-vous", un roman de science-fiction ?, pages 133 à 139, article
11 - COLLECTIF, L'Écran à quatre dimensions, pages 141 à 147, article
12 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 148 à 149, courrier
13 - Anne TRONCHE, Revue des arts, pages 151 à 151, critique(s)
14 - (non mentionné) , En bref, pages 153 à 155, article
15 - Gérard KLEIN, Chronique théâtrale : L'opéra du monde de Jacques Audiberti, pages 156 à 156, critique(s).
* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.
Poul Anderson commence Amirauté par résumer la situation sans évoquer du tout la 2ème partie (Arsenal in Fiction 146). Il commence cette 3ème partie après des événements (des batailles stellaires principalement) qui auraient fort bien pu être développés avant. Voici donc une dernière partie qui se veut plus riche en péripéties - mais de grandes plages bavardes freinent un peu l'action, et l'action elle-même est trop souvent bridée et éludée par des ellipses du récit. Poul Anderson semble pris entre deux feux : celui d'une belle inspiration qui le pousserait à développer son récit ainsi que la psychologie de ses personnages, et celui d'un temps court, tant dans l'écriture que dans celui alloué aux péripéties par une limitation du nombre de pages. En bref : un récit soit trop court, soit trop long pour le cadre difficile de la novella.
Les colons de Mars se comportent en envahisseurs aux velléités génocidaires. James Blish suit le modèle de l'histoire des Amériques, mais la fin abrupte de Les chats des dunes laisse un peu perplexe sur ce qu'il voudrait dire implicitement.
Le texte de présentation de la rédaction divulgâche un peu Conversation sous l'arbre de Marcel Battin, au ton plaisant et léger mais une nouvelle un peu trop creuse pour résister à la relecture qu'elle implique.
Un monstre à trois têtes pour suivre. Voici ce qu'en dit la rédaction :
" Cette nouvelle et les deux qui la suivent forment à elles trois un curieux triptyque – un phénomène unique dans le domaine de la collaboration entre plusieurs auteurs, ainsi que dans celui de l'exercice de virtuosité. Tout commença à la suite d'une remarque émise par Theodore Cogswell, auteur autrefois publié à plusieurs reprises dans Fiction, et qui est précisément le troisième à figurer dans notre triptyque. Cogswell, envoyant un jour à la rédaction de notre édition américaine une histoire de pacte avec le diable, l'accompagnait d'une lettre où il écrivait notamment : « J'adore le thème du pacte avec le diable, parce que c'est un poncif tellement éculé qu'il est toujours amusant d'essayer d'en tirer une astuce nouvelle. C'est la même chose pour la chambre close et le paradoxe temporel. Si un jour j'arrivais à combiner ces trois thèmes en une seule histoire en leur donnant une solution satisfaisante, je pourrais mourir heureux. » L'éditeur américain publia l'histoire de Cogswell, en citant cet extrait dans les commentaires de présentation. Il y avait là quelque chose comme un défi lancé à l'imagination des confrères de Cogswell. Défi tel qu'il fut relevé, presque simultanément, par Isaac Asimov et Miriam Allen DeFord, qui chacun écrivirent une nouvelle où ils combinaient, délibérément, les trois « poncifs » énumérés par Cogswell : le pacte avec le diable, la chambre close, le paradoxe temporel.
Pour commencer, Isaac Asimov se sort bien du défi dans La chambre d'airain, bien qu'il rende un peu accessoires certains éléments. Sa vision du pacte avec le démon, et surtout l'argument qu'il donne pour tenter d'y résister, vaut le détour.
" (il) était sur le point d'inventer une machine à voyager dans le temps et il avait signé un pacte avec le diable. » — « Curieuse combinaison : science-fiction contemporaine et superstition médiévale. » "
Miriam Allen deFord relève bien dans L'avenant le fond du défi de Cogswell : mélanger science-fiction et fantastique ; ajoutons que la chambre close est l'un des ingrédients les plus intéressant du polar. Les genres dits "mineurs" sont donc réunis par la proposition de Cogswell. Mais Miriam Allen deFord aussi accessoirise les éléments de ce défi, et se concentre surtout sur la façon d'éviter le pacte. On comprend bien toutefois avec elle combien mêler ces éléments revient à mêler les genres.
Theodore Cogswell, dont la nouvelle Noir sur noir fut la première écrite des trois, ne se contente pas, lui, d'une seule chambre close, mais de deux, tout comme il rappelle que le pacte contient deux partis et deux exigences, chacune l'un pour l'autre. C'est peut-être le paradoxe temporel qui serait le plus gratuit dans cette nouvelle, voire dans l'ensemble des trois, car sous ses aspects de voyage dans le temps, il ne fait que transformer le temps en espace, et sous ses principes d'inversion de la chaîne de la causalité, il ne fait que la renforcer comme un courant alternatif, alors que le paradoxe doit soulever la possibilité d'une impossibilité. Nous pouvons ainsi considérer que le défi reste ouvert : avis aux challengers !
" À l'époque, je travaillais chez un imprimeur. J'étais quelque chose comme correcteur. C'était un travail minutieux, exigeant une attention de tous les instants… "
Notre Centaurien a particulièrement apprécié cette nouvelle, qui entre dans son catalogue personnel des histoires de correcteurs. Mais Le coup du téléphone entre aussi dans une autre catégorie : "La peur des nouvelles technologies", série qui regroupe des histoires concernant les nouveaux usages techniques et domestiques, et qui extrapole sur les dérives possibles - graves ou meurtrières le plus souvent. On a pu lire par exemple des nouvelles sur l'entrée de la télévision dans les foyers. Toutes les histoires qui développent ce qu'on a ensuite appelé "la singularité", et qui traite du moment où la machine prend des initiatives pour gouverner le destin de l'espèce humaine, entrent aussi dans cette catégorie. Pour la nouvelle qui nous occupe actuellement, les plus jeunes d'entre nous ne peuvent se rappeler de l'entrée progressive du téléphone (fixe) dans les foyers, ni du bottin, qui n'était pas qu'une arme blanche à l'usage dans les commissariats. Roland Topor nous dresse un petit inventaire des dérives du téléphone : canulars, quiproquos sur l'interlocuteur qui se fait passer pour un autre, vente forcée ou sondage intrusif, informations capitales données par un interlocuteur à qui manque le courage de dire les choses déplaisantes en face, calomniateurs et maître chanteurs bien à l'abri sous le couvert de l'anonymat… Ce que le téléphone portable et internet ont apportés depuis n'ont pas rendu cette liste obsolète, et certains aspects s'y sont même développés, voire banalisés. C'est que la technologie implique un bon usage, du moins correct ou conforme, pour n'être pas dévoyée. Mais la recherche de la ruse, de la tromperie, de l'escroquerie semble avoir toujours été profondément enracinée dans l'être humain, et la technologie n'y peut mais. Ici et avec talent, Topor en rajoute même une couche psychopathologique qui réhausse Le coup du téléphone au niveau fantastique.
Un peu gratuite, La cendre de Fereydoun Hoveyda (de retour d'Iran, mais qui n'écrira plus dans Fiction par la suite) traite des pouvoirs de l'imagination et des rêveries d'un lecteur. Téléphoné, comme dirait Topor.
Plus de 10 000 vues sur ce site en moins d'un mois (nous venons de passer le cap des 150 000) - en concluerons-nous que nous avons plus de temps pour "surfer" en août ? Singapour, l'Allemagne et le Brésil (encore) tiennent le haut du pavé ; bonjour à vous, lecteurs non-francophones !
Aujourd'hui 12 août 2026, une éclipse presque totale va assombrir le crépuscule français. L'Espagne jouira, elle, du Soleil Noir. L'astre solaire ne va pas être le seul à s'éclipser, puisque quelques courtes semaines de vacances nous attendent à présent. Nous vous donnons rendez-vous le 02 septembre 2026 pour notre prochaine parution : le Fiction Spécial n°9, deuxième volume de l'anthologie "Astounding stories", avant d'ouvrir une nouvelle année de publications en partage qui couvrira la globalité des parutions de 1967 et entamera 1968 ! Ca va chauffer !
Mettons-nous à la place d'un autre, dusse-t-il être plus barbare, ou dans le temps des autres, celui de l'avenir tant qu'à faire. Les leçons sont bonnes à prendre, encore faut-il ne pas vendre sa peau ni son entendement pour autant. Un choix honnorable de nouvelles courtes agrémentent la fin de ce bon roman de Sheckley - L'Amérique utopique, qui n'en finira jamais d'utopiquer !
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Sommaire du Numéro 121 :
1 - (non mentionné), Nouvelles des auteurs de ce numéro, pages 2 à 2, bibliographie
NOUVELLES
2 - Robert SHECKLEY, L'Amérique utopique (suite et fin) (Journey Beyond Tomorrow / The Journey of Joenes, 1962), pages 4 à 64, nouvelle, trad. Elisabeth GILLE
4 - Gordon R. DICKSON, Les Toits d'argent (Roofs of Silver, 1962), pages 73 à 97, nouvelle, trad. Christine RENARD *
5 - André RUELLAN, Le Terme, pages 98 à 104, nouvelle
6 - William IRISH, Changement de peau (Somebody's Clothes - Somebody's Life, 1958), pages 105 à 121, théâtre, trad. René LATHIÈRE *
7 - Odette RAVEL, La Grande grève, pages 122 à 126, nouvelle *
CHRONIQUES
8 - Philippe CURVAL, Robert Sheckley ou l'enchanteur paranoïaque, pages 127 à 131, préface
9 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 132 à 149, critique(s)
10 - COLLECTIF, Le Conseil des spécialistes, pages 150 à 151, critique(s)
11 - F. HODA, Jerry Lewis à la puissance deux, pages 153 à 155, article
12 - (non mentionné), En bref, pages 156 à 157, article
13 - (non mentionné), Table des récits parus dans "Fiction". Onzième année (deuxième semestre 1963 : Nos 116 à 121), pages 158 à 159, index
* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.
Après les avanies locales, le voyage de Joenes le mène à l'international ; dans les réseaux de contre-espionnage tout d'abord (où le chapitre "L'explication du cartographe" fait fortement penser à l'ambiance et au propos de "Mémoires trouvées dans une baignoire" de Stanislas Lem), et ensuite chez les adversaires russes bien occupés à freiner l'expansion chinoise ; c'est enfin, la dernière guerre, absurde, qui précipite le retour de Joenes en Polynésie, où il assiste à la fin d'un monde et la naissance du suivant, plus pondéré. L'Amérique utopique est un roman très bien mené, drôle et profond, pas vraiment S.F., mais très captivant, et fidèle au métier de Robert Sheckley, qui gagne au passage sa page dédiée avec l'article de fond que Phillipe Curval lui consacre.
On pourra penser au Goncourt "L'anomalie" de Hervé Le Tellier avec cet histoire qui expliquerait la disparition des aviateurs Nungesser et Coli, tous deux disparus en vol au-dessus de l'Atlantique le 08 mai 1927. Nous voilà dans un 2021 qui a fini de conquérir le système solaire (et l'on sourira devant l'optimisme qu'inspirait la conquête spatiale). Un brin léger, tout de même, face à ce que les auteurs Marcel Battin et Michel Ehrwein auraient pu développer à quatre mains, surtout concernant des matières aussi fluides que La mer, le temps, et les étoiles.
Par le biais d'un appareil, le psychographe, Gordon R. Dickson imagine que l'on puisse mesurer le taux de civilisation des espèces autochtones colonisées. Bien évidemment, la mécanisation statistique ne laisse place à aucune nuance. Cela devient plus problématique quand la lecture d'un tel appareil décide ou non les colons à mettre en place un plan de stérilisation des populations colonisées, voire un génocide. Les toits d’argent est un récit émouvant sur les "transfuges d'espèces".
André Ruellan imagine les conséquences dramatiques de l'augmentation exponentielle des loyers, accompagnées d'une désertion totale de la loi, et surtout du code moral. Le jour de payer Le terme, la ville devient une jungle où même les alliances de couples sont aussi superficielles qu'intéressées. Sinistre.
L'aridité du ton de Changement de peau est celui d'un synopsis. Mais plus que le ton, l'histoire elle-même, signée du pourtant bon scénariste William Irish, manque d'épaisseur et ne fait qu'aligner les clichés. On passera.
Le sentiment d'étrangeté fait irruption dans le quotidien d'un homme qui se pense plus lucide que ses semblables, bien qu'il ne sache rien de La grande grève qui a l'air de paralyser ses pairs depuis des siècles. Peu à peu son sentiment bascule vers l'acceptation et le retour au troupeau. Un brin kafkaien, une nouvelle au style maîtrisé par Odette Ravel.
Côté rubriques, on notera dans la Revue des livres, à propos de la traduction de Denise Rousset de "Tous les pièges de la Terre" de Clifford D. Simak chez Denoël :
"Nous ne cessions de critiquer les méthodes en honneur à Galaxie au temps où cette revue existait ; depuis qu’elle a disparu, nous ne cessons de la regretter : ainsi va la vie. Quoi qu’il en soit de Galaxie, il est paradoxal que les traductions en revue soient plus soignées que les traductions en volume, mais le fait tend à devenir traditionnel, et semble prouver que la politique des éditeurs à cet égard est à revoir une bonne fois (notamment sous l’angle financier, mais aussi sous l’angle du choix des traducteurs et du contrôle du travail), sous peine de voir se perpétuer la cascade d’absurdités que nous avons essuyée depuis deux ans."
Ainsi parlait Jacques Goimard, rarement traducteur lui-même. Si les éditions Denoël et la collection "Présence du futur" se fait régulièrement désintégrer (on n'est sévère finalement qu'avec ce qu'on aime bien), on peut suppose que ce n'est pas Goimard qui supervise les traductions de la revue Fiction elle-même, surtout celles de René Lathière (orthographié d'ailleurs "Latière" à la fin de sa traduction de la nouvelle de William Irish). Appelons cela "le paradoxe de la paille et de la poutre", et laissons le temps balayer les seuils des chapelles, des hôpitaux, et de la charité.
Entrée de Christine Renard dans le panthéon du PReFeG, autrice fortement admirée par Jean-Pierre Andrevon, et Claude-François Cheinisse qui deviendra son mari, ou par Jacques Goimard qui quitte son strapontin de lecteur et animateur de la Tribune Libre pour gagner son grade de désintégrateur - en qualité d'expert ès van Vogt. Côté "météorites", on assistera au passage éclair de l'auteur de la nouvelle "La mouche" mondialement célèbre, le franco-britannique George Langelaan.
1 - José MOSELLI, La Fin d'Illa (2), pages 3 à 41, nouvelle
2 - Poul ANDERSON, Les Joyaux de la couronne martienne (The Martian Crown Jewels, 1958), pages 42 à 56, nouvelle, trad. Catherine GRÉGOIRE
3 - Theodore R. COGSWELL, Le Bûcher (The Burning, 1960), pages 57 à 61, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM
4 - Marcel BATTIN, Contes d'un autre temps, pages 62 à 66, nouvelle
5 - Robert ABERNATHY, Le Professeur et son phantasme (Professor Schlucker's Fallacy, 1953), pages 67 à 73, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE
6 - Evelyn E. SMITH, Vocation de reine (Send Her Victorious, 1960), pages 74 à 80, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *
7 - Jean RAY, Monsieur Wohlmut et Franz Benschneider, pages 81 à 87, nouvelle
8 - Henri DAMONTI, Zapotrott, pages 88 à 93, nouvelle *
9 - George LANGELAAN, La Dame d'outre-nulle part (The lady from nowhere), pages 94 à 111, nouvelle
10 - Colette GOUDARD, L'Homme au visage d'ambre, pages 112 à 112, nouvelle
11 - Christine RENARD, Le Signe des Gémeaux, pages 113 à 114, nouvelle
12 - Gil SARTÈNE, Les Antichambres, pages 114 à 116, nouvelle *
13 - Odette RAVEL, Aqua sacer, pages 116 à 117, nouvelle *
CHRONIQUES
14 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 119 à 135, critique(s)
15 - Alfred BESTER, Livres d'Amérique, pages 137 à 142, chronique, trad. Demètre IOAKIMIDIS
16 - F. HODA, Les Notaires de province, pages 143 à 144, article
* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.
Déchéance et vengeance du narrateur Xié pour cette deuxième partie de La fin d'Illa, de José Moselli. Une ambiance d'apocalypse et de tueries de masse, et un pouvoir rendu absurde par sa tyrannie, tel un bunker berlinois en 1945... Un récit bien sombre et de qualité, peut-être parfois encombré de péripéties gratuites, et qui échappe cependant à toute considération plus philosophique.
Les joyaux de la couronne martienne, par Poul Anderson, est une sympathique refonte de Sherlock Holmes sur Mars pour une histoire de vol de bijoux. On y appréciera les clins d'oeil (Baker Street devient "La rue de Ceux-qui-préparent-la-nourriture-dans-les-Fours", et tout le monde sur Mars connait un certain John Carter...). L'auteur étonne quoi qu'il en soit, car on dirait presque du Asimov quand il se mêle d'énigmes policières.
Le bûcher, concis, ce récit post-apocalyptique de Theodore Cogswell reste évasif et évoque plus un esprit de "ruche" qu'un matriarcat - comme l'annonce le texte de présentation.
Contes d'un autre temps de Marcel Battin sont des petits récits ultra-brefs, assez inégaux, mais certains valent le détour.
Un procédé de voyage dans le temps qui projette le chrononaute dans le corps passé qui lui correspond le mieux, et voilà qu'une entité multiple extraterrestre prend un certain pouvoir. Dans Vocation de reine, on peut s'attendre à la chute, mais Evelyn E. Smith sait agréablement ménager ses effets.
On pourra penser au piège qu'Yves Pagès avait tendu au philosophe Bernard-Henri Lévy en faisant croire à un corpus de textes critiques sur Kant signé d'un certain Botul, tant ces batailles intellectuelles au sein d'une prestigieuse université semblent sans merci : Le professeur et son phantasme est une drôle d'histoire absurde, où les sophismes ont autant d'existence et de personnalité que les professeurs d'université qui les forgent, où il suffit d'invalider une théorie jusqu'alors admise pour transformer la réalité autour de soi, bref : où la vision intellectuelle du monde en fait sa réalité - du moins celle qui est prise en compte. On a la sensation que Robert Abernathy règle des comptes avec le monde universitaire, mais l'ensemble reste agréablement fantaisiste, à la façon d'un Lewis Carroll. Ce sera malheureusement la dernière nouvelle de cet auteur à paraître dans Fiction ou Galaxie.
Monsieur Wohlmut et Franz Benschneider sont en proie à des sortilèges et des espaces intermédiaires entre le monde et... l'inconnu. On aurait presque pu espérer mettre Harry Dickson sur cette affaire de disparition en chambre close, malgré le déplorable antisémitisme latent de Jean Ray.
La Mort, c'est l'ennui. Mais quelle différence avec un monde des vivants ennuyeux ? L'immortalité en prime, ou la post-mortalité ? Pour une fois, à Zapotrott, Henri Damonti ne se perd pas dans un exercice de style creux.
La dame d'outre-nulle part est sous-titrée "The lady from nowhere", mais n'a pas de traducteur. Son auteur, George Langelaan, est franco-britannique, mais est connu pour écrire en français. L'homme est assez étonnant, avec sa carrière d'agent double pendant la Seconde Guerre Mondiale, pour le compte des services secrets du Royaume-Uni. Il est connu aussi pour être l'auteur de la nouvelle "La mouche", qui sera plusieurs fois adaptée au cinéma avec bonheur.
La dame d'outre-nulle part est une très bonne histoire, avec un téléviseur hanté sans être une histoire de fantômes, mais bien un récit de SF. La question de fond en est la réversibilité des états de la matière. Garderait-on notre identité intacte si nous devenions gazeux, liquide, ou à cinq dimensions ?
Cette nouvelle ainsi que "La mouche" sont extraites du recueil "Nouvelles de l'anti-monde" que nous vous proposons en bonus (un clic droit sur la couverture, puis "enregistrer la cible du lien sous" pour obtenir votre epub).
Pour en savoir plus sur l'auteur, un petit documentaire vous est proposé ici. Quant à La dame d'outre-nulle part, la Télévision Suisse Romande le propose dans son adaptation de 1965 en ligne à cet endroit.
Côté histoires courtes au Banc d'essai, dommage pour Colette Goudard que le titre de L'homme au visage d'ambre en dise déjà tout. Pour Le signe des gémeaux, on pourrait s'attendre aux mêmes processus, mais la nouvelle de Christine Renard ne s'arrête pas à la description d'une double personnalité, ou plutôt d'une personnalité dédoublée. Un brin psychotique,l'histoire trouble et laisse un arrière-goût d'homicide, dans un style bien maîtrisé.
Avec Les antichambres, on pourra rapprocher le style de Gil Sartène des divagations ciselées de Mandiargue, sans beaucoup plus d'intérêt. Et sur un beau jeu de mot, Aqua sacer d'Odette Ravel - Vanitas vanitatis ! - exprime la vacuité de l'existence dans un texte hors de la ligne éditoriale, comme l'exprimeen effet le texte de présentation de la revue, et qui n'a d'étrange que son style allégorique.
Côté rubriques, on saluera l'entrée de Jacques Goimard (lecteur érudit signalé in Fiction n°65 et n°66) dans le comité critique. Spécialiste de Van Vogt, il décortique ici "Le livre de Ptath", et produira un article publié en trois parties ("L'Œuvre exemplaire d'A. E. Van Vogt"), dans les prochains Fiction n°103, n°104 et n°105.
La revue Bifrost publiera un long entretien en avril 2012 entre Jacques Goimard et Richard Comballot. Nous vous en proposons quelques extraits ici, en commençant par la présentation du monsieur :
" Normalien et agrégé d'histoire, spécialiste du cinéma américain, créateur de la « Grande anthologie de la science-fiction » au Livre de Poche avec Gérard Klein et Demètre loakimidis, initiateur du « Livre d'or » et directeur de collection chez Pocket pendant plus de vingt-cinq ans (...), Jacques Goimard est à l'instar d'un Gérard Klein, d'un Philippe Curval ou d'un Michel Demuth, de ceux qui ont fait le genre en France au tournant des années 60 et 70, de ceux qui l'ont d'une certaine façon, cristallisé. "
Ce n'est rien de le dire. A propos de son entrée dans la rédaction de Fiction, Jacques Goimard raconte :
B. : Qu'est-ce qui t'a accroché dans Fiction (...) ?
J. G. : Au départ, c'est surtout le fantastique qui m'a plu, en fait, mais d'une façon générale je découvrais un univers culturel nouveau qui correspondait à certaines de mes vues. Un jour, je suis tombé dans les pages de Fiction sur un référendum demandant aux lecteurs ce qu'ils avaient aimé lire dans ce numéro. J'y ai répondu et, la semaine suivante, j'ai reçu une longue lettre du rédacteur en chef, Alain Dorémieux. Je ne m'y attendais pas. Du coup, je l'ai bombardé de lettres et il me répondait à la même vitesse. Cela a fait de moi un converti. J'ai ensuite participé au concours de lancement de la revue Satellite, dans le numéro un, et dans le numéro deux j'ai appris que j'étais récompensé par un abonnement à la revue. J'ai éprouvé une joie sans bornes, j'en ai parlé à L'Atome (La librairie spécialisée à l'époque, fréquentée par tous les grands noms de la SF parisienne - ndPReFeG), et j'ai eu l'impression d'entrer en science-fiction.
B. : Selon toi, qu'attendait Dorémieux de votre correspondance ?
J. G. On a souvent dit qu'il était un type secret, mais ce n'est pas ainsi que je l'ai perçu. Là, je crois qu'il voulait juste échanger avec quelqu'un de sa génération. Nous étions en 1958 et nous parlions des contenus de Fiction. Ce qui se dégageait de cette correspondance, c'est que les auteurs français n'étaient pas appréciés du public de la revue. Au bout d'un moment, il m'a demandé d'écrire un article de synthèse là-dessus, centré sur « Ceux d' Argos », une nouvelle de Pierre Versins et Martine Thomé, que je n'aimais pas trop. A mon extrême surprise, j'ai vu tous les gens de L'Atome se retourner contre moi avec des arguments du style : « Pierre Versins est un ancien déporté, on ne peut pas lui faire ça. » J'ai dû faire profil bas et j'ai fait la paix avec Versins, publiant même il y a quelques années un article intitulé « Retour à Argos », qu'il me faudra rééditer un de ces jours.
B. : Etais-tu heureux de ta correspondance avec lui ?
J. G. : Ravi car nous avions les mêmes idées. Il savait plus de choses que moi, mais ne me le faisait pas sentir. Ce qui était stimulant, par ailleurs, c'était de bouffer avec lui car nous étions l'un comme l'autre très sensibles à la gastronomie.
B. : Pendant combien de temps avez-vous correspondu ?
J. G.: Notre correspondance s'est interrompue lorsque nous nous sommes rencontrés physiquement, à un Déjeuner du lundi où quelqu'un de L'Atome, Klein ou Curval, m'avait emmené.
Un peu plus loin, nous voici en 1962... :
" B. : Pour revenir à tes débuts en science-fiction, tu as expliqué : «... Dorémieux me demanda si je voulais essayer de faire un article sur le dernier Van Vogt. Le mois suivant, il me proposait la rubrique cinéma. C'est aussi simplement que cela que je devins, grâce à Dorémieux, critique pour Fiction... »
J. G. : Ça s'est fait avec une simplicité incroyable et il va sans dire que j'étais drôlement content. J'ai essayé d'être à la hauteur de la situation, je ne sais pas si j'y suis parvenu.
B. : Plusieurs de tes articles de l'époque concernaient le péplum...
J. G. : Ce qui me plaisait là-dedans, c'est que j'étais le seul à aimer ça ! J'ai exagéré volontairement et je ne le regrette pas.
B. : Ta collaboration à Fiction s'est étalée de 1958 à 1971, c'est bien ça ?
J. G. : Oui, avec des années où je ne faisais pas grand-chose.
B. : As-tu travaillé pour d'autres revues des éditions Opta, au-delà de Fiction ?
J. G. : Pour la revue Histoire, oui. Le critique des livres historiques, c'était moi. Cela concerne à vue de nez la période 1965- 1970, si je me souviens bien. "
Nous reviendrons certainement sur cet entretien, mais il nous est déjà permis de constater combien le milieu de la science-fiction en France fut à la fois un tout petit milieu, toutefois très ouvert.
Fort de l'expérience de Pierre Versins avec ses traductions d'articles critiques de Damon Knight, Demètre Ioakimidis prend d'assaut la traduction des billets d'humeur d'Alfred Bester, qui ne se fera pas que des amis dans le milieu. Voyez plutôt :
" Nous recommandons à Mr. Blish, dans l'intérêt même de son immense talent, de négliger un peu l'« esprit » et de se consacrer à la boisson, aux drogues, aux femmes, au crime, à la politique, à n'importe quoi enfin qui lui permettra d'éprouver lui-même les émotions et les problèmes qui tourmentent les êtres humains. Ainsi, il pourra parler de ces derniers avec la même profondeur lucide qu'il consacre pour le moment à la seule science. "
Les occurrences de ces traductions seront un tout petit peu plus fournies que celles de Versins / Knight ; on retrouvera cette rubrique dans les Fiction n° 104, 106, 110, 114, 118 et 123.