Affichage des articles dont le libellé est Charles Van De Vet. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Charles Van De Vet. Afficher tous les articles

17 décembre, 2025

Galaxie (2eme série) n°010 – Février 1965

Premier opus de la "Geste des Princes-Démons" de Jack Vance, et c'est tout son panache romanesque que l'on y retrouve déjà. Mais les meilleures surprises ne viennent pas d'un inédit de Van Vogt, qu'on pourra en effet laisser dans les tiroirs (bien qu'il connaîtra une suite), mais bien d'un autre inédit, de Floyd L. Wallace celui-ci, un bon cran au-dessus de ses autres nouvelles - qui étaient tout de même d'un niveau correct, rappelons-le.

Cliquez sur cette célèbre couverture
de Ed EMSH pour y jeter un oeil !

Comme pour toutes nos publications, un clic droit sur la couverture

vous invitera à télécharger le livre au format epub.
("Enregistrer la cible du lien sous...")
Un simple clic suffit sur les liseuses.

Sommaire du Numéro 10 :


1 - Jack VANCE, Le Prince des étoiles (The Star King, 1963), pages 2 à 69, roman, trad. Pierre BILLON, illustré par Ed EMSH

2 - Floyd L. WALLACE, Le Grand ancêtre (Big Ancestor, 1954), pages 70 à 95, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par Ed EMSH *

3 - Jack SHARKEY, Les Dons du Twerlik (The Twerlik, 1964), pages 96 à 102, nouvelle, trad. Marcel BATTIN & Martine CHRISTIAENS *

4 - Damon KNIGHT, Autodafé (Auto-da-Fe, 1961), pages 103 à 110, nouvelle, trad. Michel DEMUTH, illustré par Bob RITTER

5 - Charles VAN DE VET, Métamorphose (Metamorphosis, 1960), pages 111 à 123, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par Bob RITTER *

6 - Alfred Elton VAN VOGT, Le Silkie (The Silkie, 1964), pages 124 à 151, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH, illustré par Gray MORROW *

7 - (non mentionné), Nouvelles des auteurs de ce numéro parues dans l'ancien "Galaxie", pages 153 à 153, bibliographie

8 - (non mentionné), Référendum sur le n° 8, pages 155 à 155, notes


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.



Certains aspects du Prince des étoiles rappelleront la récente nouvelle de Jack Sharkey, "Une question de protocole", par la description de seconde main d'une planète où le règne du vivant passe par les états végétaux, insectoïdes puis humanoïdes, avec la même fragilité dans leur cycle de vie. Mais l'enjeu qui court tout du long de ce roman de Jack Vance est tout autre, puisqu'il s'agit de la justice, du maintien de la justice dans un univers corrompu, et ainsi de la tentation de la justice sommaire.
Ce passage, par exemple, décrit assez bien les mécanismes de corruption qui menacent les Gardiens de la Paix dans leur exercice policier :

Allocution du Seigneur Jaiko Jaikoska, président du Conseil Exécutif, à l'Assemblée Législative Générale, Valhalla, Tau Gémini, 9 août 1028 :
« Je vous engage à ne pas souscrire à cette sinistre mesure. L'humanité a fait à maintes reprises la triste expérience de ces forces de police aux pouvoirs démesurés… Sitôt que cette police échappe au contrôle diligent d'une tribune locale pointilleuse, elle devient arbitraire, implacable, et constitue un état dans l'état. Ses membres ne se soucient plus de justice ; ils ne pensent plus qu'à se donner le statut d'une élite privilégiée et enviée. Ils prennent pour de l'admiration et du respect l'attitude de méfiance et d'incertitude que la population adopte à leur égard, et on les voit bientôt jouer les matamores en brandissant des armes avec ostentation dans une mégalomanie euphorique. Le peuple, de maître, se transforme en esclave…
» Une telle force de police n'est bientôt plus qu'un agrégat de criminels en uniformes, d'autant plus redoutables que leur position est garantie par la loi. Ils ne considèrent plus l'être humain que sous la forme d'un objet qu'il convient de pressurer et d'exploiter avec le maximum d'efficacité. Le bien public perd toute signification. Les prérogatives de la police assument le statut de droit divin. Une entière soumission est exigée de chacun. S'il advient qu'un policier tue un civil, on considère cela comme un incident regrettable, le policier en question aurait fait preuve d'un excès de zèle. Si du contraire c'est un civil qui tue un policier, l'enfer se déchaîne dans toute sa violence. La police entière écume de rage. On se lance aux trousses du coupable, toutes affaires cessantes. Et lorsque l'abominable auteur du sacrilège est enfin arrêté, on commence, en guise d'introduction, par lui administrer une mémorable correction ou tout autre genre de torture, pour lui apprendre ce qu'il en coûte de commettre un crime de lèse-majesté aussi intolérable…
» La police se plaint d'être trop souvent impuissante et de voir des criminels lui glisser entre les mains. Mieux vaut cent criminels impunis que le despotisme sans frein d'une force unique de police. Je vous avertis encore une fois. Ne souscrivez pas à cette mesure. Et si vous le faites, j'opposerai sûrement mon veto. »

Et Vance va plus loin lorsque, prenant en considération la question du "maintien de l'ordre" dans un Empire à l'échelle galactique, il soumet la galaxie et une organisation globale des lois à un questionnement sur la libre-circulation des individus entre les astres - ce qui assurerait une relative impunité à tout criminel en fuite, quand la nécessité d'une police unique finit toujours par se comporter en élite au-dessus des lois. Cherchant un entre-deux avec l'expression d'une agence privée d'enquêteurs, Vance en déduit avec humour qu'un contre-pouvoir s'érige toujours face à une libéralisation policière, dusse-t-elle être mafieuse.

Des digressions comme l'extrait proposé ci-dessus agrémentent joyeusement l'ouverture de chaque chapitre. Et l'on sent que Vance s'amuse à parodier ses pairs, comme cette citation d'un certain, Freb Hankbert, et l'allusion transparente à Frank Herbert qui y est faite. (Une autre de ces mises en contexte décrit les Sarkovys, "qui étaient des empoisonneurs accomplis". Comme l'écrit Julien Raymond dans sa critique publiée sur Noosfere : "ce n'est pas tombé loin" !)

Faire justice, soi-même, au nom d'une définition du bien individuellement élaborée, pour venger tout un peuple et extirper les pires engeances du mal de cet univers. Voilà le projet du héros de Jack Vance dans Le Prince des étoiles, premier volume du cycle dit des "Princes démons". Vance aime son héros et facilite l'identification que peut en faire le lecteur. Du panache, un univers grand ouvert sur la diversité et l'exotisme de forme mêlé à quelque chose d'un peu médiéval, donnent cette impression de Fantasy dont Vance sera l'un des fers de lance. Le second volume du cycle, "La machine à tuer", ne paraîtra en France qu'en octobre 1969 dans la collection Galaxie-bis.

A partir de l'hypothèse un peu infantile d'une origine commune à toutes les espèces humanoïdes de notre galaxie, Le grand ancêtreFloyd L. Wallace nous embarque dans un voyage en compagnie de quelques représentants de ces espèces cousines, vers le présumé berceau des espèces. La révélation sera de taille, et même cyclopéenne pour reprendre un terme lovecraftien tant le schéma narratif peut rappeler "Les montagnes hallucinées" de Lovecraft. Un récit bien surprenant et très sarcastique.


Pavé de bonne intention, le Twerlik représente une planète piège d'un type peu commun. Court et efficace - on repensera à bien d'autres traquenards que renferment les galaxies - Les dons du Twerlik de Jack Sharkey se lit avec plaisir.


L'homme ressentit brusquement une douleur qui nouait sa poitrine. Il imaginait parfaitement les petits chiots avec leur grosse tête rassemblés autour du feu, le soir, écoutant leurs aînés tandis qu'ils leur parlaient de l'Homme. Il imaginait leurs grognements de désespoir en apprenant qu'il n'existait plus aucun homme dans le monde.
Non, il ne s'agit pas d'un extrait de "Demain les chiens" de Clifford D. Simak, daté de 1952. Mais Damon Knight ne saurait nullement ignorer ce classique lorsqu'il écrit Autodafé en 1961, pour prendre le contrepied de Simak avec cette histoire du dernier homme vivant et des derniers chiens pour serviteurs. L'humanisme y prend un coup, mais après tout, les autodafés aussi sont une invention humaine…


Un symbiote qui, comme on aimerait l'imaginer, développe les capacités physiques et intellectuelles de l'humain qui en est porteur ; voilà un point de vue de départ un peu simpliste et idéaliste. Charles Van De Vet ajoute une clause : l'effet ne dure pas. Là où un Daniel Keyes ou un Robert Silverberg aurait usé d'introspections et de tentatives de se mettre en empathie avec les parasites (on se rappellera aussi "Les mondes intérieurs" de William Morrison, in Fiction n°13) nous avons là finalement une histoire plutôt policière bien menée, mais Métamorphose reste un peu en deçà de son potentiel.


Monde étrange que le monde de la logique ! Pendant la plus grande partie de sa longue histoire, l'homme avait obéi à des mécanismes cérébraux et nerveux qu'il ne soupçonnait pas. Un centre de sommeil le faisait dormir. Un centre de veille le réveillait. Un mécanisme de colère le mobilisait pour l'attaque. Un complexe de peur le faisait fuir. Il y avait plus d'une centaine de mécanismes, dont chacun avait un rôle précis, dont chacun était parfait, mais que l'aveugle soumission de l'homme avait dégradés, avait réduits à ne plus être que des commandes se déclenchant au hasard.  
Tout au long de cette période, la civilisation consistait en codes d'honneur et de comportement, en tentatives, nobles ou viles, de rationaliser la simplicité de ces éléments sous-jacents et ignorés. Finalement, l'homme était arrivé à appréhender et à contrôler tour à tour chacun de ces mécanismes nerveux. 
Le véritable âge de raison était venu. 
Et, s'appuyant sur cette raison, Cemp se demanda si les Kibmadines se trouvaient à un niveau supérieur ou inférieur à celui du requin, par exemple.
Et l'on se demande de notre côté si Van Vogt considère son métier d'écrivain comme un simple exercice d'application mécanique de la logique, auquel cas on s'interroge  sur sa capacité à avoir dépassé le stade capricieux d'un enfant de cinq ans. Car à l'échelle de la nouvelle, les séduisantes extrapolations mentales des super-héros de Van Vogt ne fonctionnent plus, n'ont plus d'espace où déployer leur système tautologiques. S'ensuit un récit sans enjeu autre que sauver la terre d'une invasion, soit un sujet si surfait qu'il donne l'impression d'être parodique. Et son inévitable mutant est insupportable de suffisance. Un récit inepte.

08 janvier, 2025

Fiction n°093 – Août 1961

Outre une courte nouvelle de Poul Anderson introuvable par ailleurs (comme la quasi totalité des nouvelles de ce numéro - ce qui le rend assez exceptionnel), on appréciera les débuts d'un cycle de Fritz Leiber (qui se pose en antithèse de Poul Anderson sur les voies impénétrables du temps), et la continuité d'un autre ensemble de Nathalie Henneberg, le tout sous le parrainage du toujours appréciable Philip Jose Farmer.

Un clic droit entre la belle et la bête...

Sommaire du Numéro 93 :

NOUVELLES

 

1 - Philip José FARMER, Ouvre-moi, ô ma sœur… (Open to me, my sister / My sister's brother, 1960), pages 3 à 45, nouvelle, trad. François VALORBE

2 - Poul ANDERSON, Bienvenue (Welcome, 1960), pages 46 à 53, nouvelle, trad. P. J. IZABELLE *

3 - Fritz LEIBER, L'Homme de guerre (The Oldest Soldier, 1960), pages 54 à 69, nouvelle, trad. René LATHIÈRE

4 - Charles VAN DE VET, Voyage de retour (Return Journey, 1961), pages 70 à 77, nouvelle, trad. Elisabeth GILLE *

5 - Nathalie HENNEBERG, Monstre à voix de sirène, pages 78 à 94, nouvelle

6 - Jay WILLIAMS, Le Hanneton (The Beetle, 1961), pages 95 à 100, nouvelle, trad. Elisabeth GILLE *

7 - Kit REED, L'Attente (The wait, 1958), pages 101 à 117, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *

8 - Suzanne MALAVAL, La Bête de la rande, pages 118 à 119, nouvelle *

9 - Michel EHRWEIN, Le Couple, pages 120 à 128, nouvelle *

 

CHRONIQUES


10 - (non mentionné), Le Prix Jules Verne 1961, pages 129 à 129, article

11 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 130 à 140, critique(s)

12 - COLLECTIF, Tribune libre, pages 141 à 144, article

* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Avec Ouvre-moi, ô ma sœur… , la rédaction de Fiction permet une fois de plus à Philip Jose Farmer de publier une novella, ici un récit d'observation sur une et plusieurs espèces extra-terrestres, aux physiologies plausibles tout en étant exotiques et un peu répugnantes… C'est d'ailleurs sur cette corde tendue entre la répulsion et l'attirance que joue Farmer avec talent. 

 Bienvenue est une courte et efficace nouvelle de Poul Anderson sur les effets à venir de la surpopulation. Les cheminement le long des voies du temps sont ici accessoires, et permettent un récit de découverte à la Montesquieu.

Beaucoup de suspens, toujours de l'humour, dans L’homme de guerre… Bonne petite nouvelle de SF de Fritz Leiber sur les affrontements entre voyageurs du temps de camps et d'intérêts opposés. La nouvelle, placée dans une perspective plus large, sera reprise dans le recueil "Le grand jeu du temps" (Le masque science-fiction - 1978) en complément au roman "La guerre des modifications" (que l'on pourra découvrir en deux parties dans Galaxie-2ème série n° 04 et 05 en août et septembre 1964 sous le titre "Guerre dans le néant").

" La Terre a pour politique de respecter la volonté des indigènes. Il est vrai que nous ne pouvons coloniser un monde sans l'autorisation de ses habitants, et j'admets qu'ici nous avons pris certains engagements. Mais cela date de treize ans, et il est trop tard pour reculer."

On ne saurait mieux observer comment les colons se donnent bonne conscience en se dédouanant de leurs responsabilités, une fois que les engagements promis ont été bafoués. Voyage de retour, par Charles Van de Vet, est ainsi une intéressante nouvelle sur la soif de territoires qui pourrait enfiévrer des explorateurs galactiques en quête d'une nouvelle Terre d'élection. Il s'agit aussi et par conséquent d'une rencontre avec une autre espèce qui n'a pas choisi la voie de la technologie pour développer sa civilisation.

Le Jaate parut chercher ses mots, comme s'il désirait ne pas passer pour déraisonnable. « L'enfant agit sans penser à l'avenir, » dit-il. « Les races jeunes font de même. Vous, les humains, vous procréez sans frein, sans vous préoccuper des bornes qu'impose la nature. Vous êtes des spoliateurs. Vous exploitez vos ressources et vous les gâchez, vous épuisez le sol, vous vous multipliez inconsidérément. Jusqu'à ce qu'il n'y ait plus assez de place pour tous. Alors, il ne vous reste plus qu'à trouver d'autres terres, sous peine de souffrir de la faim et de la misère. Sont-ce là les actes d'une race parvenue à maturité ? »

Telle est l'accusation des Jaates envers les colons terriens. On ne pourrait mieux dire.

A partir des épisodes de la vie de Catherine Sforza, femme de tête de la Renaissance italienne, Nathalie Henneberg imagine dans Monstre à voix de sirène des causes surnaturelles - voire extraterrestres - à la déchéance de son personnage. Une nouvelle toujours bien écrite mais qui demande peut-être un peu d'érudition pour être pleinement appréciée. On notera que ce texte est lié à la nouvelle "Les non-humains", parue dans le n°56 de Fiction, et reprise en 1977 dans le recueil "D'or et de nuit" (Le Masque Fantastique n°13), alors qu'elle aurait plutôt eu sa place dans le recueil "Les anges de la colère" (Le Masque science-fiction n°72 - 1978).

Le hanneton est une petite histoire de justice post-mortem comme on peut en trouver dans Mystère Magazine. Jay Williams a du métier et avance ses éléments sur un tempo croissant, et bien qu'on le sente venir, on s'y laisse prendre.

Entrée de Kit Reed au panthéon des baroudeuses du PReFeG. La majorité de ses nouvelles publiées dans Fiction ne seront jamais reprises et demeureront inédites ensuite en recueil.

L'attente est présentée par la rédaction de Fiction comme une incursion dans une sorte de monde parallèle, mais en réalité, il s'agit plutôt d'une allégorie mettant en scène le destin tout tracé des jeunes filles de la société moderne (américaine entre autres), auxquelles on fait miroiter des espoirs d'émancipation si elles s'instruisent et restent bien sages, mais qui sont vouées en réalité au monde du caprice des hommes. Une nouvelle qui débute sur un ton ironique et narquois, qui peu à peu nous entraîne dans un cauchemar absurde.

MISE A JOUR DU 28 mars 2025Dans la Tribune Libre du n°106 de Fiction, un lecteur attentif et érudit viendra préciser avec bonheur la source d'inspiration qu'a très certainement suivie Kit Reed pour l'élaboration de cette nouvelle. Pour ne pas en trop divulgacher la lecture, nous reproduisons ce courrier en fin d'article.

La bête de la rande est un court conte dans l'esprit campagnard propre à Suzanne Malaval, toujours un peu simple et enfantin, ici avec des figures en forme de personnages recouvrant leurs fêlures. 

Un peu comme dans la nouvelle "Le masque" de Jacqueline Osterrath (in Fiction n°77), les apparats superficiels volent à ceux qui les portent un peu de leur vie. Le couple de Michel Erhwein est un peu creux toutefois, il manque à l'ensemble peut-être un peu de cruauté. 

Un prix Jules Verne en bonus !

Côté rubrique, on notera que Michel Deutsch, d'habitude traducteur et travailleur de l'ombre, donne ici son avis éclairé sur le Prix Jules Verne 1961, décerné à Jérôme Sériel pour son roman "Le sub-espace" (dont nous vous proposons ci-contre la version numérique issue de sa réédition au Masque Science-Fiction en 1975). 

A propos de l'auteur, on lira bien plus tard la note suivante :

Sous le nom de Jérôme Sériel, Jacques Vallée participa des débuts balbutiants de la SF en France, dans les années cinquante. "Sub-espace" et "Le satellite sombre" parurent en 1960 et 1961, et le premier lui valut un prix Jules Verne. Leur auteur était, fait assez rare en France, un scientifique bon teint (on retrouve aujourd'hui dans la liste de ses publications des ouvrages d'informatique). Depuis vingt ans, Vallée avait abandonné la fiction pour s'intéresser de près à des manifestations de ce que Versins rassembla sous le vocable d'Hétéroclites : sociétés secrètes, Agartha, pouvoirs surhumains,... OVNI ! Toujours sous l'angle rationnel, sa passion et sa connaissance des OVNI en firent le modèle du savant français joué par Truffaut dans "Rencontres du 3ème Type" de Spielberg. 
(Dominique Warfa in Fiction n°378 - septembre 1986)

La page Wikipedia qui lui est consacrée rapporte aussi qu'il a travaillé à Stanford sur les prémices d'internet, le réseau Arpanet.

Sériel fera l'objet d'une publication (plutôt médiocre, et ce sera souvent le cas avec cet auteur) dans le numéro 94 de Fiction, et sera à cette occasion rapproché du style space-opéra de "l'âge d'or", celui plus précisément de la bande-dessinée de science-fiction.

A ce propos, Jean-Claude Forest se propose en Tribune Libre de compléter l'article de Pierre Strinati paru dans le numéro précédent ; sans pointer les approximations du critique, Forest y ajoute sa propre culture en la matière, sur un ton délicat fort appréciable - et l'on devine déjà l'auteur de talent qui se cache sous l'illustrateur tant apprécié (au dessin et au scénario pour Barbarella, au scénario dans Ici-même avec Tardi au dessin…).

Pour terminer, comme annoncé plus haut, nous vous proposons la lettre de Mr André Gérard, lecteur d'Epinal, qui resitue avec bonheur les inspirations (très probables) de Kit Reed pour sa nouvelle L'attente : Hérodote !

TRIBUNE LIBRE.
Retour aux sources. 
D'après vous (« Fiction » n° 105, page 81) » un seul récit de Kit Reed : « L'attente », « a suffi à classer cet auteur féminin dans le rang des maîtres de la littérature insolite ».
Laissez-moi vous dire que le maître n'est en aucune façon Kit Reed, mais Hérodote en personne.
Je suis sûr que vous vous souvenez de « L'attente », et maintenant je cite Hérodote :
 
Livre I, Clio. 
§ CXCIX. Les Babyloniens ont une loi bien honteuse, celle qui regarde les malades. Comme ils n'ont point de médecins, ils transportent les malades à la place publique, chacun s'en approche ; et, s'il a eu la même maladie, ou s'il a vu quelqu'un qui l'ait eue, il aide le malade de ses conseils et l'exhorte à faire ce qu'il a fait lui-même, ou ce qu'il a vu pratiquer à d'autres pour se tirer d'une semblable maladie. Il n'est pas permis de passer auprès d'un malade sans lui demander quel est son mal. 
 
§ CXCIX. Les Babyloniens ont une loi bien honteuse. Toute femme née dans le pays est obligée, une fois dans sa vie, de se rendre au temple de Vénus, pour s'y livrer à un étranger. Plusieurs d'entre elles, dédaignant de se voir confondues avec les autres, à cause de l'orgueil que leur inspirent leurs richesses, se font porter devant le temple dans des chars couverts. Là elles se tiennent assises, ayant derrière elles un grand nombre de domestiques qui les ont accompagnées ; mais la plupart des autres s'asseyent dans la pièce de terre dépendante du temple de Vénus avec une couronne de ficelles autour de la tête. Les unes arrivent les autres se retirent. On voit en tous sens des allées séparées par des cordages tendus : les étrangers se promènent dans ces allées, et choisissent les femmes qui leur plaisent le plus. Quand une femme a pris place en ce lieu, elle ne peut plus retourner chez elle avant que quelque étranger ne lui ait jeté de l'argent sur les genoux, et n'ait eu commerce avec elle hors du lieu sacré. Il faut que l'étranger, en lui jetant de l'argent, lui dise : « J'invoque la déesse Mylitta. » Or, les Assyriens donnent à Vénus le nom de Mylitta. Quelque modique que soit la somme, il n'éprouvera point de refus, la loi le défend ; car cet argent devient sacré. Elle suit le premier qui lui jette de l'argent et il ne lui est permis de repousser personne. Enfin, quand elle c'est acquittée de ce qu'elle devait ci la déesse, en s'abandonnant à un étranger, elle retourne chez elle. Après cela quelque somme qu'on lui donne, il n'est pas possible de la séduire. Celles qui ont en partage une taille élégante et de la beauté ne font pas un long séjour dans le temple ; mais les laides y restent davantage, parce qu'elles ne peuvent satisfaire à la loi : il y en a même qui y demeurent trois ou quatre ans. Une coutume à peu près semblable s'observe en quelques endroits de l'île de Cypre. 
 
Cette traduction est tirée de « Histoires d'Hérodote », publié par l'Ambassade du Livre, 12, Rue de Presbourg, Paris (pages 131 et 132).
La différence essentielle entre ce texte et le récit de Kit Reed est que les faits cités sont authentiques et que ceux-ci se déroulaient en l'an 536 avant Jésus-Christ. Quand à Hérodote, il a écrit son histoire vers 450 avant Jésus-Christ.
André Gérard (Épinal).

MISE A JOUR DU 27 septembre 2025 :  Blogger nous signale le 25 septembre 2025 que cet article a été placé sous message d'avertissement, "car il comporte du contenu qualifié de sensible dans le règlement de la communauté de Blogger". Après une note à peu près similaire à celle-ci de notre part, le message d'avertissement a été retiré, puis de nouveau remis.

Eau froide, eau chaude, eau froide...

Après réexamen de cet article de notre part, hormis peut-être la citation d'Hérodote somme toute assez prude et tourné de façon suffisamment évasive pour ne pas choquer, à notre avis, de plus chastes lectrices et lecteurs, nous réitérons sur notre incompréhension quant à cette décision.

Nous ignorons en fait si Hérodote, ou Kit Reed, ou si la couverture de Forest illustrant P. J. Farmer pourraient y être tenus pour responsables. Nous ne pensons pas diffuser de contenu licencieux, et dans l'absence de plus nets reproches de la part de blogger, nous ne voyons pas, en toute bonne foi, ce que nous devrions censurer par nous-même dans le contenu de cet article.

A moins, en effet, de censurer Hérodote lui-même ? A cette allure, Pasolini fera bientôt le petit bois de sombres bûchers, où cuiront dans les flammes de l'enfer Platon, Héraclite, Aristophane, Plaute, Virgile, Dante, Shakespeare, Molière, Beaumarchais ... la liste est si longue que nous verrons brûler les flammes d'un côté de l'Atlantique à l'autre, comme dans le final du "Troupeau aveugle" de John Brunner. Mais ce dernier aura même peut-être servi d'allume-barbecue.

Nous continuons de déclarer que cette décision nous est incompréhensible tant qu'elle sera générée par une "intelligence artificielle" qui aura peut-être débusqué un mot-clé de trop. Nous demandons une explication moins évasive, et estimons raisonnable de savoir de quoi précisément nous sommes accusés et sur quel propos particulier nous sommes contraints de nous justifier.

20 décembre, 2023

Galaxie (1ère série) n°051 – Février 1958

Florilège de têtes d'affiches pour ce numéro 51 de Galaxie : outre l'inévitable Robert Sheckley, on retrouve William Tenn, Clifford D. Simak, Evelyn E. Smith, et toujours ce sacré Jimmy !

 

On clique droit sur ce Virgil Finlay en couleurs !

 Sommaire du Numéro 51 :

 

1 - William TENN, La Gloire refusée (The Dark Star, 1957), pages 3 à 12, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par DILLON *

2 - Charles VAN DE VET, Mutations sur la planète boueuse (Growing Up on Big Muddy, 1957), pages 13 à 23, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Laurent TURPIN *

3 - Evelyn E. SMITH, Menace du futur (The Man Outside, 1957), pages 24 à 36, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par DILLON

4 - Daniel F. GALOUYE, L'Amour est aveugle (Share Alike, 1957), pages 37 à 47, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par DILLON *

5 - John WYNDHAM, Voyage dans les siècles (Pillar to Post, 1951), pages 48 à 60, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Richard POWERS

6 - COLLECTIF, Votre courrier, pages 61 à 62, courrier

7 - Walter S. TEVIS, L'Ixe de l'i grec (The Ifth of Oofth, 1957), pages 63 à 70, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Jack GAUGHAN *

8 - Julia VERLANGER, La Nuit de Martha, pages 71 à 77, nouvelle

9 - Clifford Donald SIMAK, Le Martien se trompe de plan (Carbon Copy, 1957), pages 79 à 114, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par KRUGE

10 - Jimmy GUIEU, Les Soucoupes volantes, pages 115 à 116, chronique

11 - Robert SHECKLEY, Les Morts de Ben Baxter (The Deaths of Ben Baxter, 1957), pages 117 à 138, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Dick FRANCIS

12 - Damon KNIGHT, À rebours (This Way to the Regress / Backward, O Time, 1956), pages 139 à 144, nouvelle, trad. (non mentionné)


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

Malgré une phallocratie sans doute inconsciente, William Tenn nous narre avec humanité  dans La gloire refusée la malheureuse esquive d'un homme à qui aurait pu échoir un destin exceptionnel.

Charles Van De Vet nous présente une planète piège plutôt accueillante, et le récit de ses effets dans la durée, pour une conclusion tout de même un peu attendue. Mutations sur la planète Boueuse demeure honorable toutefois.

Changement de ton pour Menace du futur d'Evelyn E. Smith, qui délaisse son humour juvénile pour un traitement plus sérieux. Elle y gagne en force et en portée dans une histoire de réécriture du présent orchestrée par ceux du futur.

L'amour est aveugle, par Daniel F. Galouye, est une romance un peu légère, si ce n'était le concept de plans d'existence différents qui permettent de gagner de l'espace en faisant vivre plusieurs êtres dans des plans parallèles.

Dans Voyage dans les siècles, par John Wyndham, la loi d'équivalence pour les voyages temporels présentée par Poul Anderson (dans "Un travail de romain" in Fiction n°52) et reprise par William Tenn (dans "Winthrop aimait trop le XXVème Siècle", in Galaxie n°50) trouve ici un précédent (la nouvelle date de 1951 contre 1957 pour celle d'Anderson) et un développement plein d'adversité. Les aspects du monde futur feront aussi penser aux spéculations de Stapledon. Wyndham avait ici de quoi développer certains aspects d'un récit qui finit par tourner un peu court - et c'est en partie dû à la traduction et aux coupes exercées par la revue (une introduction et une conclusion d'un soignant d'asile encadrent initialement le récit). Une version plus complète de cette nouvelle est parue dans le recueil "Le temps cassé" dans la collection Présence du futur chez Denoël.

L'ixe de l'i grec, par Walter S. Tevis, évoque les affres des quatrième et cinquième dimensions, théoriques, qui deviennent des mécanismes cosmiques auxquels il convient de ne pas toucher. On repensera à "La fin d'un monde" de Alan E. Nourse (in Galaxie n°17) et au "Problème du carré pointu" de Hervé Callixte (in Fiction n°49). 

A propos de Walter S. Tevis, il est l'auteur de "L'arnaqueur", adapté au cinéma et devenu le classique que l'on sait, ainsi que de "L'homme qui venait d'ailleurs", qui verra son adaptation cinématographique honorée par la présence de David Bowie.

Effet cocktail entre substances de planètes différentes et histoire d'épouvante un peu gore avec La nuit de Martha, par Julia VerlangerOn aura toutefois connu Verlanger plus subtile.

Dans la rubrique Les soucoupes volantes, par le "chef" Jimy Guieu, ce sacré Jimmy fait dire à des observations, à la façon d'un Charles Fort, ce qu'il veut bien en tirer comme conclusion. Un joli exemple d'écriture de légende urbaine.

Dans Les morts de Ben Baxter, Robert Sheckley s'amuse avec les couloirs du temps comme le ferait Poul Anderson, à la différence que là où il n'existe qu'une seule ligne temporelle - même malléable - chez Anderson, Sheckley, lui, fait coexister plusieurs trames de probabilités - mais de fait beaucoup plus rigides. Les similitudes et les différences dans leurs récits comparatifs en fait une nouvelle plaisante à parcourir.

A contrario, on comprend vite le procédé de À rebours, par Damon Knight, qui sera repris par Martin Amis dans "La flèche du temps", et par Kurt Vonnegut dans un passage de son "Abattoir5". Passé l'effet de surprise, il n'en reste pas grand chose...

On évoquait encore l'ADN sous son nom anglo-saxon en 1958. En témoigne ce courrier des lecteurs :

Qu’est-ce que le D.N.A. dont on a tant parlé au sujet d’une nouvelle race de canards créée par des savants ?

M. J. CARRIER, - Lodève.

LES initiales D.N.A. désignent l’acide désoxyribonucléique, qui est l’un des composants du noyau cellulaire, avec l’acide ribonucléique et la protéine, ainsi que l’a défini le biochimiste allemand Friedrich Miescher en 1874.

De multiples expériences effectuées depuis 1928 sur des bactéries par des savants de différents pays ont prouvé l’identité du D.N.A. et de ce qu’on appelle en génétique le « facteur héréditaire », c’est-à-dire les gènes.

La teneur en D.N.A. des noyaux de toutes les cellules d’un même individu est la même. Elle est de l’ordre de quelques milliardièmes de milligramme. Cependant, chaque spermatozoïde n’en renferme que la moitié de la quantité contenue dans les autres cellules.

Le principe de base des procédés de préparation du D.N.A. est de séparer les nucléoprotéines de la matière cytoplasmique, de scinder ensuite ces nucléoprotéines en protéine et acide nucléique, enfin de précipiter un sel alcalin de D.N.A. C’est ainsi que le docteur et la doctoresse Vendrely, du Centre de Recherches sur les Macromolécules, à Strasbourg, ont procédé, à partir des glandes sexuelles et du sang de canards Khakis (il est à noter que le sang des oiseaux, contrairement à celui des mammifères, contient une proportion appréciable de D.N.A.).

C’est avec ce produit, qui se présente sous l’aspect fibreux de l’amiante, que le professeur Benoît a réussi ses étonnantes et audacieuses expériences sur les canards Pékin. Expériences qui, selon certains savants, marquent une ère nouvelle de la génétique.

26 octobre, 2022

Galaxie (1ère série) n°021 – Août 1955

Des planètes-pièges et des motifs d'esclavage dans ce numéro d'été 1955 de Galaxie.

 

Pas de filet pour celui-ci,

un clic suffit !

 

Sommaire du Numéro 21 :

1 - Roger DEE, Les Papillons anthropophages (Pet Farm, 1954), pages 2 à 14, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Dick FRANCIS

2 - Robert SHECKLEY, Une race de guerriers (Warrior Race, 1952), pages 15 à 25, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Ed EMSH

3 - William TENN, Votre tout-puissant serviteur (The Servant Problem, 1955), pages 26 à 41, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Ed EMSH

4 - Mark CLIFTON, Une femme à bord (A Woman's Place, 1955), pages 42 à 63, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Ed EMSH

5 - COLLECTIF, Votre courrier, pages 61 à 63, courrier

6 - Charles VAN DE VET, Un crime bien préparé (Delayed Action, 1953), pages 64 à 81, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Dick FRANCIS

7 - WilliamL. BADE, Le Sortilège des étoiles (Ambition / Lodestar, 1951), pages 82 à 92, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par WOROMAY

8 - Frederik POHL, L'Abominable résurrection (Target One, 1955), pages 93 à 103, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Dick FRANCIS

9 - Murray LEINSTER, Allô, Sam ? Ici, toi-même ! (Sam, This Is You !, 1955), pages 104 à 121, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Mel HUNTER

10 - Damon KNIGHT, Quatre personnes en un monstre (Four in One, 1953), pages 122 à 144, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par ASHMAN

 

Une "Planète-piège" dans Les papillons anthropophages, par Roger Dee, nouvelle au suspens malheureusement atténué par un titre français trop évocateur... (le titre original, "Pet farm", évoque un élevage de petits animaux domestiques.)

A Rome fais comme les romains, dit le dicton, voire mieux qu'eux, quand il s'agit d'Une race de guerriers, une jolie farce par Robert Sheckley.

Approcher l'oreille du Prince, comme l'explicite La Boétie dans son "Discours de la servitude volontaire", devient ici aborder Son entendement, et même : s'assurer un ascendant sur Lui. L'ascendance par le bas ouvre les portes du pouvoir absolu dans Votre tout-puissant serviteur par William Tenn.

Une femme à bord, par Mark Clifton, pèche par une phallocratie bercée de l'illusion d'un couple originel, et d'un bon sens féminin qui ne fait qu'isoler la femme dans des fonctions domestiques. De quoi sommes-nous les esclaves ?

Encore une "Planète-piège" avec Un crime bien préparé par Charles Van De Vet. On joue ici avec une boucle temporelle.

Échapper à l'esclavage du temps n'implique pas de pouvoir échapper à son destin. De plus, il n'existe nul Unique Fléau dans la marche tragique vers une destinée fatale. Mais sans se résigner pour autant, Frederik Pohl, en bon auteur d'anticipation dans L'abominable résurrection, nous invite à prendre soin du présent plutôt que de tenter de refaire le passé pour modifier l'avenir.

Si l'avenir doit communiquer avec notre présent, cela est inscrit dans le présent même. Là encore un destin auquel on n'échappe pas, dans Allo, Sam ? Ici. Toi-même ! par Murray Leinster. Léger et distrayant.

Être à plusieurs esclave d'un seul corps étranger... Quatre personnes en un monstre par Damon Knight, ou la symbiose vécue de l'intérieur. On repense à la nouvelle Vertes pensées… de John Collier (in Fiction n°19).


Nous poursuivons notre petite exploration sur le thème des satellites artificiels (voir les extraits parus au PReFeG des Fiction 24 et 25), avec un extrait du courrier des lecteurs. Rappelons que Spoutnik 1, premier satellite artificiel, ne sera lancé que deux ans plus tard, en Octobre 1957 (et ouvrira pour de bon l'ère de la Conquête Spatiale).

Le projet d’envoi dans l’espace d’un satellite artificiel de la Terre est-il abandonné ? On en parlait beaucoup, mais il semble qu’il n’en soit plus question. Il serait catastrophique de voir cette initiative, due, je crois, aux États-Unis, reprise par une autre nation, dans un dessein belliqueux. [A. Duguyon (Courbevoie).]

Ce fut, en effet, M. Forestal, alors Secrétaire à la Défense des États-Unis, qui révéla, en 1948, l’existence d’une série d’études pour la création d’un « véhicule-satellite » de la Terre. Depuis lors, on n’a cessé d’y penser, sinon d’en parler, non seulement aux États-Unis, mais un peu dans tous les pays. Un « Congrès international de l’Astronautique », réuni à Londres, sous les auspices de la « British Interplanetary Society » convia des physiciens, des astronomes, des techniciens spécialistes de la question des fusées, à examiner le problème.

Ce congrès aboutit à une conclusion selon laquelle on avait le droit de concevoir, pour un avenir proche (une dizaine d’années) la fabrication et l’envol d’un véhicule de cinquante tonnes, qui graviterait autour de la Terre, à une distance de cinq cents kilomètres environ. Ce véhicule serait nécessairement une fusée, qui pourrait reprendre contact avec la Terre, lorsqu’elle aurait besoin de renouveler sa provision d’air respirable.

Depuis, l’idée fait son chemin et les travaux se poursuivent.

On étudie, dans des laboratoires appropriés, les conditions à remplir au point de vue des équipages : vivres, air, vêtements, équipements des futurs voyageurs de l’espace.

Des cerveaux électroniques calculent les données mathématiques…

Mais il y a beaucoup a faire et la « dizaine d’années » prévue pourrait bien ne pas être le terme des préparatifs.

Le PReFeG vous propose également