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Sommaire du Numéro 147 :
1 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 8 à 8, bibliographie
2 - Gordon R. DICKSON, Fido (Fido, 1957), pages 9 à 27, nouvelle, trad. Michel DEUTSCH *
3 - Dean MacLAUGHLIN, Le Retour des pionniers (One Hundred Days from Home, 1964), pages 28 à 45, nouvelle, trad. Claude CARME *
4 - Jack SHARKEY, Escale sur la Glorieuse (The Glorious fourth, 1965), pages 46 à 63, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE *
5 - Ron GOULART, Les Vivres coupés (Nobody Starves, 1964), pages 64 à 77, nouvelle, trad. René LATHIÈRE *
6 - Fredric BROWN, Petite musique de nuit (Eine kleine Nachtmusik, 1965), pages 78 à 94, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE
7 - Thomas OWEN, Le Chasseur, pages 95 à 97, nouvelle
8 - Russell KIRK, Le Pays des souches (Behind the stumps, 1962), pages 98 à 115, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *
9 - Edgar PANGBORN, La Voglebête (Wogglebeast, 1965), pages 116 à 125, nouvelle, trad. Pierre BILLON *
10 - Guy SCOVEL, Meurtre : facteur infini, pages 126 à 127, nouvelle *
11 - Sophie DARIA, La Révolte des femmes, pages 127 à 130, nouvelle *
12 - Colette DRION, Rossalid, pages 130 à 132, nouvelle *
13 - Gabriel DEBLANDER, Les Murs, pages 132 à 134, nouvelle *
CHRONIQUES
14 - COLLECTIF, Ici, on désintègre !, pages 136 à 145, critique(s)
15 - Bertrand TAVERNIER, Faites vous-même votre scénario, pages 146 à 147, article
16 - COLLECTIF, L'Argus du Film étranger, pages 148 à 149, article
17 - Roland STRAGLIATI, Notes de lecture, pages 150 à 152, critique(s)
18 - (non mentionné) , En bref, pages 153 à 153, article
19 - Anne TRONCHE, Revue des arts, pages 154 à 156, critique(s)
20 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 157 à 158, courrier
* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.
" des armes (…) consistaient en pistolets dont la technologie terrienne avait modifié le rayon laser classique pour en faire une mortelle épée dévastatrice, véritable arme absolue. Avec un seul de ces engins un homme isolé pouvait pourfendre, abattre et même décapiter une horde d'assaillants ennemis en quelques secondes. "
Sans transition : la mécanisation des services de recherche d'emploi, et de ceux destinés aux minima sociaux, est censée les rendre infaillibles. Tous les habitués de ces services le savent : des complications peuvent survenir à tout moment, et les chaînes de conséquences fâcheuses durer au-delà du supportable. Il n'y a pas là d'injustice, car il n'y a pas de volonté propre, ni de juge humain, derrière cela, mais un simple dysfonctionnement peut bouleverser des destins déjà précaires. Voilà ce que Ron Goulart nous décrit dans Les vivres coupés - et malgré le rire provoqué par l'absurde, et par des androïdes servant leçons de morale et soupe populaire, il ne s'agit malheureusement pas de science-fiction. "Nul n'est affamé", son titre original, est bien la promesse difficilement tenue d'un état qui se veut protecteur ; et la faim de devenir le salaire de la marginalisation. Mais puisque la machine est infaillible, les marginaux doivent bien avoir mérité leur sort quelque part, n'est-ce pas ? Grinçant.
Avant-dernière parution du formidable Fredric Brown (dont la revue a souvent regretté qu'il délaissât la nouvelle pour le roman), et très bien construite comme cet auteur sait toujours le faire, Petite musique de nuit a le ton étonnant d'une nouvelle de Jean Ray, avec ses rues et ses maisons abandonnées et le parfum de soufre qui les accompagne. Jubilatoire.
Thomas Owen propose Le chasseur : une inversion des rôles de la proie et du chasseur dans une histoire de vampire courte et sans prétention.
On en dévoilerait presque trop si l'on comparait Le pays des souches avec L'abomination de Dunwich de H. P. Lovecraft. Même ambiance de coins reculés de Nouvelle Angleterre, même genre de famille encore plus isolée, et un agent de recrutement fédéral tenace et pragmatique pour pousser les portes interdites. L'épouvante y monte marche après marche vers un abrupt paroxysme signé Russell Kirk.
Bien construite, La Voglebête se rattache aux légendes du petit peuple, qui parfois s'empare des nourrissons. La confrontation avec le monde moderne et la morne vie de monsieur et madame tout-le-monde en fait une allégorie du désir, voire d'une amère mélancolie, comme souvent et toujours de façon appréciable chez Edgar Pangborn.
Sophie Daria, autrice d'un ouvrage sur Le Corbusier (Seghers, 1956), et d'un roman intitulé Adieu Docteur Petersen (Amiot-Dumont, 1956), déploie La révolte des femmes, et imagine un tournant social : celui du jour où les machines prennent (enfin !) le relai de toutes les tâches ménagères et offre une liberté totale aux femmes au foyer. Si l'enjeu est bien la femme libérée, Sophie Daria s'imagine, naïvement aussi, que ces femmes n'ont ni aspirations, ni désirs, ni imagination pour combler leur temps devenu loisir. Une victoire à la Pyrrhus, pourrait-on dire ; et l'époque allait encore signifiant qu'il y avait une place, et une seule, pour les femmes…
Rossalid, de l'inconnue Colette Drion, est une petite histoire conventionnelle de marche fatale vers un destin.
A l'occasion de la réédition de La cité de l'indicible peur de Jean Ray chez Marabout (qui poursuit son grand travail de réédition du maître gantois au format poche), c'est Francis Lacassin lui-même qui en fournit la recension, et nous éclaire sur le cas particulier de ce roman et sa filiation avec l'ensemble des aventures de Harry Dickson.
" (...) La cité de l'indicible peur a pour intérêt majeur de rassembler les thèmes, les décors, les archétypes et les obsessions qui font tout le charme de l'œuvre méconnue de Jean Ray œuvre contenue dans une centaine de brochures dont le héros, Harry Dickson, se meut dans un univers situé entre l'Olympique et le 221 B Baker Street. Ces cent brochures constituent autant d'esquisses ou d'arpèges de l'œuvre accessible de Jean Ray. (Peut-être s'apercevra-t-on que certaines esquisses s'affirment plus belles encore que l'œuvre achevée.)
Ainsi la mercerie et son déploiement de rubans, d'épingles, de chapeaux et de bonbons au miel, moderne caverne d'Ali Baba sur laquelle règnent de fausses vieilles filles aux instincts criminels, elle est apparue d'abord dans Le jardin des furies et Les yeux de la lune. La petite ville, la communauté paisible et respectable dont le calme est aussi trompeur que celui des eaux dormantes, Jean Ray les a déjà peintes dans Ce paradis de Flower Dale, Le monstre dans la neige, La statue assassinée, L'homme au masque d'argent, Les sept villas…
Quant aux personnages de La cité de l'indicible peur, M. Triggs s'est d'abord manifesté aux côtés de Harry Dickson dans Les idées de M. Triggs, et l'archiviste libertin et faux monnayeur ne sont pas sans ressemblance avec son confrère des Yeux de la lune. Quant aux vieilles filles meurtrières, leur première apparition s'est produite dans La cité de l'étrange peur qui, en dépit de son titre, est d'un sujet différent de La cité de l'indicible peur mais qui lui a prêté quelques personnages : Lady Honnybingle (prénommée Florence dans la première version) et déjà favorisée d'un fauteuil de velours rouge.
Si l'on doutait de la dette que ce roman doit à l'épopée de Harry Dickson, il suffirait de comparer quelques textes. La scène du dîner offert par les sœurs Pumpkins à MM Dopner et Triggs a été reprise mot pour mot dans La cité de l'étrange peur. On y retrouve la même servante Molly, le même menu (augmenté il est vrai d'un pâté de pigeon) et les mêmes convives (moins M Triggs) portant les mêmes noms. Seul un échange d'état civil s'est produit entre l'hôtesse, Deborah Hasslop, et une invitée, Miss Pumpkins. Enfin l'aventure de l'Ombre de minuit quarante-cinq a été reprise mot pour mot, ici encore, dans une aventure de Harry Dickson de même titre, au nom du célèbre détective a été substitué celui de Maple Repington.
On le voit, La cité de l'indicible peur s'avère féconde en exégèses. La nouvelle édition qu'en offre la collection Marabout possède un attrait supplémentaire en la postface de Jacques van Herp, à qui nous devons la meilleure étude de l'œuvre de Jean Ray et d'autres articles sur lui dans le numéro spécial de Fiction qui lui était consacré . On ne peut lire sans émotion ce texte de van Herp, car l'auteur, cédant la parole à Jean Ray, reproduit des confidences enregistrées au magnétophone peu avant sa disparition. Jusqu'ici peu loquace sur lui-même, Ray nous conte son enfance, ses fugues, son passé peu connu de dompteur de fauves, l'histoire de sa grand-mère, une indienne Sioux. Et comme si le sort avait voulu ménager la pudeur du vieil écrivain, ces révélations intimes nous parviennent maintenant qu'il est mort.Francis LACASSIN.
Cette postface, document précieux s'il en est puisqu'il reprend les propres dires du maître gantois, est repris à la fin de notre page dédiée à Jean Ray, et c'est ICI.

