" Voici une satire de la technocratie et du bla-bla. Abordant les milieux scientifiques, industriels et officiels avec la parfaite absence de préjugés que seule peut conférer une totale ignorance, le héros du roman de Robert Escarpit fera une carrière brillante et rémunératrice. S'il ne tire pas profit de son littératron, les derniers paragraphes du roman suggèrent du moins que sa tentative suivante, celle d'un téléoléotron, se couronne d'un succès sans réserve. Le roman est somme toute hautement moral. Au milieu de personnages dont la prétention et l'ignorance sont les caractéristiques principales, le protagoniste fait du moins figure d'homme méthodique et décidé, ce qui le rend sympathique par comparaison. Cette progression dans la considération de l'auteur est d'ailleurs assez clairement suggérée par l'intérêt que prend le récit après des débuts conventionnels et vacillants.Qu'il soit indiqué ici, pour qu'on n'ait plus besoin d'y revenir, que le littératron est un calculateur électronique permettant d'analyser le langage et de le synthétiser ensuite en fonction de la consommation prévue pour le texte à produire. Le roman raconte comment l'ingénieux narrateur tire cette notion d'obscures publications scientifiques, et réussit à se faire prendre au sérieux en en proposant la réalisation.
Comment ne le prendrait-on pas au sérieux, d'ailleurs ? Il explique qu'il lui faut plusieurs millions de nouveaux francs pour mener à bien cette réalisation, et prévoit un nombre suffisant de conférences et de réunions dites de travail pour que les administrateurs de carrière le respectent et le suivent.
Ceux qui ont lu la Loi de Parkinson se souviennent sans doute du chapitre intitulé Haute Finance. On y voit en action un de ces comités qui se prennent si délicieusement au sérieux. Le comité en question décide en deux minutes et demie la construction d'un réacteur atomique dont le coût est évalué à 10 millions de livres. L'auteur précise que le comité (onze membres) peut être décomposé comme suit : quatre personnes, dont le Président, ignorent ce qu'est un réacteur ; de ceux qui restent, trois ignorent ce à quoi il peut servir ; et, parmi ceux qui savent, il n'en est que deux qui ont quelque vague notion de ce que devrait en être le coût. Parkinson montre ensuite comment la discussion s'anime lorsqu'il s'agit de voter la construction d'un garage à vélos qui coûtera 350 livres, et comment elle devient franchement passionnée lorsqu'on passe au problème de savoir s'il faut ou non servir du café lors des réunions d'un comité (ce qui met en jeu une somme de 21 livres par an). Escarpit s'est souvenu de Parkinson, et raconte comment son héros, après de telles réunions, finit par effectivement produire un littératron qui gagne des campagnes électorales et qui rédige des best-sellers selon les goûts, les désirs et l'attente du public.
Le quatrième de couverture de l'édition originale (Flammarion - 1964) :La charge est moins dirigée vers la science que vers ceux qui, alors qu'ils en ignorent presque tout, s'en servent pour se rendre importants. Les fantoches qui gravitent autour du protagoniste n'ont guère d'importance en eux-mêmes ; ils en ont parce qu'ils appartiennent à la catégorie de gens qui se laissent impressionner par un titre tel que celui que le héros se fait attribuer, approximativement à mi-course : aide contractuel adjoint faisant fonction de maître de conférences à titre temporaire à l'Université Hypnopédique Nationale. S'ils manquent de relief, ces personnages ne sont en revanche pas absolument dépourvus de vraisemblance.En les faisant agir selon leur intérêt et leur opportunisme, l'auteur exprime au passage quelques aphorismes qui font rire par leur apparente impertinence avant de donner à réfléchir par leur justesse. Qu'il soit permis, en guise de conclusion, d'en soumettre quelques-uns aux esprits critiques, frondeurs – ou simplement ambitieux.« Ratel, qui somnolait à la présidence, leur donnait du liant par des commentaires d'une teneur si générale qu'ils auraient pu servir tout aussi bien pour la distribution des prix d'une école maternelle, l'inauguration d'un cyclotron géant ou le lancement d'un transatlantique. » (p. 115).« On mesure la réussite d'un homme qui fait carrière au nombre de millions qu'il gaspille, comme on mesure celle d'un général au nombre de soldats qu'il fait tuer. » (p. 87).« D'ailleurs, j'avais et j'ai encore pour l'armée beaucoup de considération. Certes, son importance militaire est maintenant négligeable et nul ne songerait à se servir d'elle pour faire la guerre. Mais elle conserve un grand prestige politique et une incalculable puissance administrative. Quand on songe qu'un simple avion à réaction brûle en quelques sorties hygiéniques un hôpital, trois lycées ou dix écoles, il y a de quoi inspirer le respect aux plus sceptiques. » (p. 102).L'amateur de science-fiction n'éprouve à aucun moment l'impression que Robert Escarpit décrit un univers imaginaire…
Couverture de l'édition originale
(Flammarion - 1964).
L'ouvrage d'Escarpit
est le seul représentant
de cette tentative de collection SF.Un jour dans le train je rencontrai Jean Duché et Henri Flammarion. Ils me suggérèrent d'écrire un livre où je me défoulerais d'une de mes exécrations favorites. Je me trouvais à cette époque avoir les pieds singulièrement cassés par cette variété d'arrivistes particulièrement nocive qui pratique l'esbrouffe à la technologie.Je sautai sur l'occasion et choisis comme arme le roman picaresque renouvelé des Espagnols du Siècle d'Or.La picaresque se joue comme le poker avec une tête de bois. On s'installe à l'intérieur du personnage et l'on abat ses cartes comme elles se présentent. Quoi que dise ou fasse le bonhomme, il ne faut ni sourire, ni froncer les sourcils. La morale se rafle à la fin de la partie comme un tas de jetons et Dieu n'y reconnait pas toujours les siens.L'ennui c'est qu'à force de vivre avec le picaro, on use sa colère et il arrive même parfois qu'on se laisse tenter par la sympathie. C'est un peu ce qui m'est arrivé. L'impassibilité me donne des crampes.Cela dit, ce livre n'est pas tendre. Ceux qui ont lu le manuscrit m'ont dit que j'allais me faire des ennemis. J'espère que non. Cela voudrait dire que certains se reconnaissent dans mes personnages. L'avouer serait de leur part bien imprudent car je n'ai visé personne en particulier et tous mes portraits sont imaginaires.Force m'est pourtant de convenir après m'être relu qu'ils ont un air inquiétant de vraisemblance.
Quatrième de couverture de l'édition J'ai Lu (1967) :
Directeur de l'Institut de Littérature de l'Université de Bordeaux, Robert Escarpit est aussi l'auteur des billets qui, chaque jour, paraissent en première page du Monde ainsi que de nombreux ouvrages, tantôt savants tantôt humoristiques. Le Littératron est de ceux-ci. C'est une satire féroce et picaresque des élites, qu'elles soient gouvernementales, littéraires, militaires, affairistes ou sorbonnardes. « Je n'ai visé personne en particulier et tous mes portraits sont imaginaires », proclame Escarpit, qui ajoute toutefois : « Force m'est pourtant de convenir après m'être relu qu'ils ont un air inquiétant de vraisemblance. »« — Remarquez que le mieux, c'est encore un suffixe. Et de tous les suffixes, mon ami, le meilleur, c'est tron. Cyclotron, bétatron, positron… vous voyez ce que je veux dire… Du tonnerre. Avec un tron bien placé, vous raflez des millions… Il y a longtemps que j'ai pensé à une machine automatique à voter, mais il faudrait l'appeler électron, et c'est déjà pris. Dommage ! Là-dessus, mon jeune ami, j'ai bien l'honneur de vous saluer. Et souvenez-vous : tron, tron … c'est le secret de la réussite. »II mit son chapeau et sortit, me laissant ce cadeau royal : la syllabe magique qui devait devenir pour moi le sésame du succès.
Quelques jours plus tard, mettant de l'ordre dans mes papiers, je tombai sur la brochure que Bolduc m'avait prêtée à Lausanne un an plus tôt et que je n 'avais pas pris le temps de lire. Je la feuilletai machinalement avant de la jeter. Le titre parlait de langage et de style littéraire, ce qui n'avait rien d'attirant pour moi dans la disposition d'esprit où je me trouvais. Or, soudain, au hasard des pages, quelques mots accrochèrent mon regard : punched cards, electronic computer, electric brain... Fébrilement, je me mis à lire. Si étrange que cela pût paraître, cette communication à un congrès littéraire parlait presque uniquement d'électronique. Elle décrivait à grands traits une machine capable, après avoir mâché un texte pendant quelques secondes, de déclarer : « C'est du Shakespeare 1603 avec une pincée de Marlowe dosée à 0,08 % et des traces de Bacon. Toutefois, j'y décèle une virgule mal placée à la vingt-troisième ligne de la cent-deuxième page ».
(Extrait du Chapitre 9 : Où le Littératron naît en Poldavie)
Le Littératron n'avait pas besoin d'être inventé. Ce qui lui manquait, c'était une personnalité, un état civil, une raison sociale, mais il y a longtemps qu'on le connaissait. En somme, il s'agit d'un simple ordinateur capable de trier et de combiner très rapidement un grand nombre de données sur le vocabulaire, le style, la pensée des textes qu'on lui soumet, puis de les comparer aux données qu'on a préalablement placées dans sa mémoire et à celles qu'il a recueillies au cours de ses expériences successives. Tout cela n'a rien de sorcier. A condition de s'en servir judicieusement, on peut demander à une telle machine d'identifier un texte quelconque, de l'analyser, de le juger et même de le corriger. On peut aussi, en inversant l'ordre des opérations, lui demander d'associer elle-même les mots, les idées, les structures grammaticales, c'est-à-dire d'écrire, de composer des textes littéraires. Tout cela a été essayé, vérifié et reconnu possible bien des années avant que vous m'ayez fait l'honneur d'être mon étudiant. Il a même existé une machine à poésie qui faisait des vers tout à fait acceptables…
– Elle s'appelait Calliope.
– Exact. C'était plus joli que Littératron, mais, je l'avoue, moins rentable. Car le défaut de toutes ces machines, c'est qu'elles coûtent trop cher pour ce qu'elles font. Le jeu n'en vaut pas la chandelle. Pensez : il serait absurde de dépenser une fortune pour produire des vers à la machine, quand il y a des poètes de génie qui vous font ça pour un quignon de pain et l'air du temps ! Alors, on laisse tomber… L'intérêt de votre Littératron, c'est qu'il parle à l'esprit. On va savoir pourquoi on dépense l'argent, ou du moins, on va faire semblant. Le Littératron, c'est un but, une motivation, comme disent les psychologues. Naturellement, c'est de la foutaise, mais ça ne fait rien. Les meilleures hypothèses de travail, celles qui ouvrent les écluses à finances, ne sont ni les plus vraies ni les plus honnêtes.
Renaissance de l’Âme par la Machine : "Fontainebleau, berceau de la Renaissance française, devient le creuset d’une Renaissance augmentée. Les muses synthétiques, comme Calliope et Misia, prolongent la plume des poètes et la main des peintres. La tradition dialogue avec l’expérimentation, comme jadis Marot avec les modèles grecs, dans une cour où le code devient lyrique et l’art révèle l’âme humaine."
[L'effet narcisse : ] C'est un mélange de satisfaction intime et de surprise. Les neurologues ont montré qu'il s'agit d'un phénomène de résonance comparable à l'effet Larsen en électro-acoustique. Les propres pensées profondes du sujet lui étant réinjectées provoquent dans les neurones des centres supérieurs le déclenchement d'oscillations hypnogéniques et euphorisantes. En un mot, sans avoir conscience de se reconnaître dans ce qu'on lit ou ce qu'on entend, on se trouve plongé dans un état de béatitude réceptive qui élimine provisoirement le sens critique.
(Extrait du Chapitre 25 : Où le Littératron triomphe, mais où la perfidie redouble)
" Rien n'est plus sérieux qu'un enfant qui s'amuse. Ce n'est pas déconsidérer l'esprit scientifique que d'y voir une forme de l'infantilisme. Notre psychologie est tout à fait simple : c'est ce qui fait notre force. Il suffit de comprendre que la recherche est un jeu. On s'amuse avec un nouveau laboratoire comme avec un train électrique. On se dispute les microscopes à contraste de phase ou les piles atomiques comme des billes ou des caramels. On collectionne les cartes perforées comme des timbres ou des étiquettes de boîtes de fromage. On se chipe mutuellement ce qu'on a dans les poches ou dans le cerveau, on copie les uns sur les autres, on se chamaille dans les congrès comme dans des cours de récréation, on fait de grosses colères en tapant du pied, on boude… "
T'as l'appli ?
En plus de nous laisser déplorer le pharaonesque gâchis financier et les luttes de pouvoir qui dévoient la Recherche, Escarpit, en bon fictionnaire, sait tirer les sonnettes d'alarme, ou tout du moins nous les désigner pour notre usage futur.
(…) on se concentra sur le Projet 500. Le Littératron Caméléon en était au stade des premières expériences. On lui fit extraire le vocabulaire basique de plusieurs discours d'hommes politiques d'opinions opposées. Chose étrange, de chacun de ces textes, il ne retint que cinq mots, toujours les mêmes : Je, moi, France, peuple, avenir. Pour élargir la sélection, on abaissa le seuil de fréquence et d'intensité sémantique, au-dessous duquel les mots étaient éliminés. On vit alors apparaître : prospérité, paix, justice, et un peu plus tard, liberté.
Le Projet 500 (c'était son nom) sortait tout droit, j'en étais convaincu, du cerveau de Gédéon Denier. Il s'agissait de délimiter un vocabulaire basique de cinq cents mots assorti de quelques règles de grammaire simples, qui constituerait désormais le seul langage autorisé dans la presse, à la radio ou à la télévision pour l'expression des idées. Mots et règles de grammaire seraient choisis de façon à ne pouvoir se combiner que selon un certain nombre de schémas bien déterminés et conformes en tout état de cause aux idées gouvernementales.
(Extrait du Chapitre 27 : Où je fais contre mauvaise fortune bon cœur)
Le Littératron de poche :
On y vit notamment le prototype du Littératron de poche, dont seraient dotés tous les établissements scolaires à la rentrée suivante. Un censeur favorable à l'entreprise fut interviewé et déclara qu'à son avis, le seul danger de l'expérience, puisque le Littératron pouvait fonctionner dans les deux sens et écrire des copies aussi bien qu'en corriger, était qu'il y eût des fuites et qu'il s'établît un marché noir des devoirs littératroniques à l'usage des mauvais élèves. Il convenait donc que les appareils fussent confiés aux mains expertes et sages du personnel enseignant qualifié. Mme Larruscade le rabroua gentiment pour cette prétention, lui rappelant que ce serait là le domaine exclusif des littératroniciens scolaires diplômés de l'institut Littératronique National. Elle laissa entrevoir le moment où les cours eux-mêmes seraient donnés dans toute la France par un Littératron géant muni d'un réseau d'intercommunication vocale. « Le rôle du professeur, conclut-elle, se limitera alors à l'essentiel : une présence humaine dans la classe. Tout le reste relève de la littératronique. »
La Télé-Université :
on pensait, grâce à l'hypnopédie, économiser le coût de la construction d'amphithéâtres. Mais il aurait fallu construire des cités universitaires munies de dortoirs spécialement équipés, ce qui aurait coûté encore plus cher. Au contraire, grâce à la Télé-université, on n'aura plus à se soucier de loger les étudiants ni pendant les heures de cours ni pendant leur sommeil. Pour faire ses études, il suffira de disposer d'un transistor et d'une place sous un pont. Elle ajoutait que afin de favoriser la décentralisation, il était question de construire pour les Universités de province des télé-recteurs à télécommande.
En libre-service :
Un des participants, chef du rayon livres d'un grand magasin, suggéra la construction d'un appareil muni d'un cadran de type téléphonique, sur lequel le lecteur éventuel pourrait marquer ses goûts au moyen d'un code simple. Une pièce de monnaie insérée dans la fente ad hoc lui permettrait d'obtenir en quelques minutes un ouvrage original, exactement conforme à ses désirs. « En somme, conclut-il, ce serait le Photomaton de la littérature. » Boussingot nota l'idée.
Concernant la science-fiction, Escarpit dira, dans la préface d'un roman ultérieur, Honorius pape (Flammarion - 1968): "... si l'on classe mon roman dans la science-fiction, j'accepte la catégorie, mais refuse toute parenté avec les bêtifications attristées sur le règne des robots et des cerveaux mécaniques, qui expriment ce que les intellectuels de mon temps croient être un humanisme."
" Il le dit un peu avant : « [les] ordinateurs sont de bonnes bêtes de labour intellectuel. ». Bref, il se méfie comme Asimov du complexe de Frankenstein, et ne veut pas pratiquer la SF technophobe.Et qui sont ces « intellectuels qui se croient humanistes » ? En 1967, il n'y a sans doute pas encore d'école de SF française qui exprime cette tendance (quoiqu'il y ait sûrement pas mal d'œuvres d'anticipation technophobe de la part d'auteurs français hors du milieu SF), et, en ce qui concerne les œuvres de langue française, Escarpit semble plus au fait de ce qui paraît au Fleuve noir - Anticipation (à cause de Carsac, et pas seulement, on le verra ci-dessous). Par contre, dès le paragraphe suivant, il égratigne à la fois François Truffaut et Ray Bradbury sans les nommer : « À l'époque où j'écrivais ce livre un metteur en scène cherchait à remuer les foules en montrant dans quelque cité future des pompiers spécialistes de la destruction des livres par le feu. Comme on le verra, c'est un problème qui s'est posé aussi à Honorius. Il l'a résolu à sa façon. Je ne suis pas sûr qu'elle plaira à tout le monde. » (p. 8).
Escarpit le dit, il a lu de la Science-Fiction depuis son plus jeune âge, au point de vouloir l'imiter étant adolescent. A-t-il continué d'en lire ? Certainement, au point d'écrire en 1954, époque à laquelle le terme n'était pas encore trop populaire, un article titré "le Science-fiction est-il un genre littéraire ?" (sic, le Monde, 31 août 1954). Roger Bozzetto cite cet article en 1980 dans "Littérature et paralittérature : le cas de la Science-Fiction" à l'appui de ses considérations sur le regard porté sur la SF : « à vouloir faire basculer l'ensemble du genre dans le circuit long, au nom de ses supposées qualités intrinsèques, on prend le risque de provoquer une réaction de rejet par les instances de légitimation, qui prendront prétexte des productions les plus médiocres pour repousser dans les ténèbres extérieures tout ce qui se présentera sous ce label. Danger que signale dès 1954 Robert Escarpit, mettant en avant la possibilité d'un ghetto où l'on risquait d'enfermer le genre ». Il semble en tout cas que l'équipe de Fiction de l'époque n'ait pas apprécié les critiques qu'il faisait sur une revue dont Escarpit trouvait qu'elle était un peu trop le porte-voix d'une chapelle, puisqu'on y trouve une réponse peu amène à l'article du Monde. Ce qui n'empêche pas Escarpit d'organiser en novembre 1954 un colloque sur Aventure et anticipation.
Par la suite, selon Gérard Klein, « Il a plusieurs fois dit grand bien de la Science-Fiction dans Le Monde et il est possible qu'il ait pesé dans la décision du Monde d'accueillir des articles de Jacques Goimard, Philippe Curval et moi-même puis Michel Jeury et Emmanuel Jouanne sur le domaine. ».
trop d'humour tue la crédibilité de la SF, sa capacité à impressionner, à mimer la terreur mystique avec ses moyens mécaniques. Escarpit avait trop d'humour pour se plonger à fond dans le jeu de la SF ; touche-à-tout irrépressible, il est passé par le genre avec brio, mais d'une certaine façon, trop vite et trop léger. Ce qui ne doit pas nous empêcher de faire le très agréable effort de se plonger dans une œuvre souvent pionnière et jamais ennuyeuse.
Rapport du PReFeG (Avril 2026)
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- Rares corrections orthographiques et grammaticales
- Mise à jour des métadonnées (auteurs, résumé, date d'édition, série, collection, étiquettes)


bonjour, serait-il possible de mettre des liens https au lieu de http ?
RépondreSupprimerBonjour Anonyme.
SupprimerLe protocole https demande à être hébergé sur des serveurs payant ; pour continuer à vous proposer gratuitement nos publications, nous avons opté pour les "Pages perso free" (qui requièrent un abonnement personnel, tout de même), mais leur proposition d'héberger des pages perso en https est un "serpent de mer" qui perdure depuis plusieurs années et n'est toujours pas proposé par leurs services.
Nous avons toutefois corrigé le lien de la couverture (celui de la légende était le bon).
Lors de nos tests, nous obtenons en effet, et cela de façon générale, un avertissement de sécurité, mais celui-ci peut tout à fait être détourné ; la vraie question étant celle de la confiance, envers nos publications et envers votre anti-virus personnel.
Ces choses-là ne se jugent pas et ne se discutent pas, nous n'imposons rien et vous laissons le choix et le discernement. Nous tâchons toujours d'être vigilants sur nos fichiers, mais vous n'êtes pas tenu de vous fier à notre bonne foi.
La procédure générale pour télécharger nos fichiers et décider - vous plutôt que la machine - si vous voulez en obtenir une copie, est de faire un clic droit sur le lien et de choisir l'option "enregistrer la cible du lien sous...".
Nous espérons que vous pourrez tout de même profiter de ce Littératron ; sachez toutefois que notre réponse n'a pas été générée par un tel appareil et qu'aucun animal n'a souffert de maltraitance durant la séance de réflexion (à part peut-être un ours polaire qui a vu fondre son coin de banquise...)
Merci pour votre visite et votre intérêt !
Quel billet copieux sur ce roman que vous nous aviez proposé il y a quelques temps ! Merci !
RépondreSupprimerLe peu de retour que je vous en avais fait correspond assez avec ce qu'en dit l'auteur lui-même sur l'aspect picaresque de son récit.
Ouf ! J'en avais bien perçu l'intention.
Après complète lecture (puisque qu'alors je ne l'avais pas encore totalement lu), j'aurais tendance à dire qu'hélas il ne tient pas son cap et que cet aspect s'effiloche au fil du périple de son "héros".
L'aspect SF (espéré) finit même par se noyer dans une question d'ordre plus politique et linguistique que prospective.
L'IA décrite (que l'on croit entrevoir aujourd'hui), n'étant qu'une machine à analyser le langage, ce qui n'était pas vraiment une nouveauté en soi à l'époque, l'auteur ne faisant que pousser un peu le bouchon.
Il s'attarde surtout sur des mécanismes d'entregent et d'ascension sociale mais n'invente pas tant que ça.
J'y ai trouvé souvent des passages qui m'ont fait penser au "Portrait de Dorian Gray" dans sa façon d'enfiler des suites d'aphorismes.
Au final c'est plus un conte philosophique à la manière de Voltaire ou de Swift, mais sans véritable enjeu science-fictionnel.
Il se lit sans déplaisir, mais selon moi l'objectif se perd en route, en même temps que la forme y perd de sa force et de son intérêt.
Merci beaucoup Thingmajig pour votre lecture et votre analyse très pertinente.
RépondreSupprimerJe partage votre impression sur l'enjeu qui n'y est pas véritablement science-fictionnel ; et j'ajouterai qu'Escarpit se montre même sans doute un peu méfiant envers le genre, "vieux" d'une dizaine d'année en France à l'époque où il écrit son roman. Sans doute y voit-il la un phénomène de mode qui perdurerait un peu et s'inscrirait dans cette veine "que les intellectuels [prennent pour un] humanisme", pour le paraphraser.
Il m'a semblé toutefois intéressant à lire (puis à proposer) pour deux raisons : tout d'abord qu'il soit l'un des (pas si nombreux) romans à nous proposer une prospective sur le langage et la machine, et ensuite qu'il se place en marge de la SF tout en en traitant l'un de ses grands sujets. Par cela, je n'entends pas montrer ce même intérêt pour des ouvrages qui, de nos jours, utilisent tous les codes de la SF mais sont écrits par des auteurs qui ignorent à peu près tout du genre (et formulent des redites ou des clichés qu'ils prennent parfois pour l'idée de génie de leur roman - je pense par exemple à "Chien 51" de Laurent Gaudé, qui est un auteur fort appréciable par ailleurs).
Ce serait plutôt le phénomène inverse avec Escarpit : il feint de se désintéresser d'un genre au moulin duquel il apporte de l'eau, à la meule duquel il donne du grain.
Escarpit nous dresse aussi dans son roman une sorte d'instantané du secteur de la Recherche dans la France du début des années soixante, une France qui réalisait les étonnants potentiels de la pétrochimie, par exemple, ou comme ici des calculateurs de grande envergure, mais aussi une France (une Europe, un Monde) qui usa de ces progrès sans discernement, mais simplement par appât du gain. Si Escarpit n'est pas tendre avec la Recherche, c'est qu'il sent l'esprit scientifique dévoyé par la séduction de la notoriété et l'impossibilité des financeurs de comprendre ou de contrer des experts autoproclamés.
Au regard du pouvoir accumulé depuis par certaines têtes d'affiche du secteur informatique, et de leur poids économique et - par financement interposé - politique, ce qu'Escarpit regardait avec ironie en 1964 a gagné ses "gallons" d'affaire sérieuse. Et la bouffonnade n'en est que plus grotesque encore.
C'est comme vous le disiez sa façon "swiftienne" de tirer la corde (et sur cette corde, les nœuds de ses aphorismes sont en effet assez proches de ceux de Wilde) qu'il m'a plu de retrouver aussi. Et la parodie de l'autofiction à la française, alors que ce genre n'était pas encore aussi développé que maintenant, m'a également grandement amusé.
Quoi qu'il en soit, le roman se lit rapidement. Je partage avec vous cette sensation qu'il ne tient pas (toutes) ses promesses. J'avais trouvé "La tentation cosmique" de Roger Sorez mieux construit à ce titre, bien qu'usant plus des ficelles du polar que de la SF - mais écrit dix ans plus tôt.
(https://leprefeg.blogspot.com/2022/04/cadeau-bonus-la-tentation-cosmique.html)
Me reste à vous remercier beaucoup, Thingamajig, pour votre commentaire. Cette maison est la vôtre.
J'ai un peu le même point de vue que vous sur "Chien 51", le type d'ouvrage opportuniste qui effectivement met en avant le manque de culture SF de son auteur.
RépondreSupprimerEscarpit est ailleurs, sur un autre registre, pour moi il est bien plus sur le terrain du roman de mœurs ou sociétal, dans un univers de fonctionnaires de l'état et d'une bourgeoisie affairiste et surtout calculatrice (comme l'est le symbolique Littératron), tout ça traité dans un registre satyrique.
Dommage qu'il n'ait pas su tenir le style picaresque jusqu'au bout.
Merci pour le conseil du Soren ! ( je ne vais jamais venir à bout de la PàL ! ^-^)