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| On avait dit : "Un clic droit !" |
Sommaire du Numéro 151 :
1 - (non mentionné) , Nouvelles déjà parues des auteurs de ce numéro, pages 8 à 8, bibliographie
2 - Roger ZELAZNY, Une rose pour l'Ecclésiaste (A Rose for Ecclesiastes, 1963), pages 9 à 51, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE
3 - Richard WILSON, Huit milliards d'hommes à Manhattan (The Eight Billion, 1965), pages 52 à 63, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE
4 - Miriam Allen DEFORD, La Corde au cou (Rope's End, 1960), pages 64 à 76, nouvelle, trad. René LATHIÈRE
5 - G. C. EDMONDSON, La Citrouille galactique (The Galactic Calabash, 1960), pages 77 à 86, nouvelle, trad. Paul ALPÉRINE *
6 - Georges KILIAN, Kaléidoscope à charge, pages 87 à 89, nouvelle *
7 - Jack SHARKEY, Pièce de collection (Collector's item, 1963), pages 90 à 96, nouvelle, trad. Arlette ROSENBLUM *
8 - Juliette RAABE, Le Troisième oeil, pages 97 à 104, nouvelle *
9 - Kit DENTON, La Lance de feu (Burning Spear, 1964), pages 105 à 110, nouvelle, trad. Christine RENARD *
10 - Jacqueline H. OSTERRATH, Tanaële, pages 111 à 117, nouvelle
11 - Daniel WALTHER, Retour dans l'île, pages 118 à 124, nouvelle *
CHRONIQUES
12 - COLLECTIF, Revue des livres, pages 127 à 142, critique(s)
13 - Roland STRAGLIATI, Lectures insolites, pages 143 à 147, critique(s)
14 - Pierre STRINATI, 1966, année Jules Verne, pages 148 à 149, article
15 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 150 à 153, courrier
16 - Anne TRONCHE, Revue des arts, pages 154 à 155, critique(s)
17 - (non mentionné) , En bref, pages 156 à 157, article
* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.
" (…) En cette soirée d’hiver de 1964, Le Cinémonde affiche Raptus. Nos deux étudiants se retrouvent à la même séance. À la sortie, ils discutent. Et quelques jours plus tard, ils se retrouvent chez le troisième larron. À eux trois, ils vont éditer un fanzine du nom de Mercury qui va très vite se démarquer considérablement des publications ronéotées d’alors. Nos trois mousquetaires se nomment Jacques Chambon, Gérard Terney et moi-même, Jean-Pierre Fontana.L’apport de Jacques Chambon à la rédaction de Mercury est très vite déterminant. D’une part en raison de la qualité des textes qu’il fournit, d’autre part en servant en quelque sorte d’étalon aux critiques et études qui parviennent à la revue.Dès le numéro 1-2 (double) daté de février 1965, il fournit une première critique consacrée au film de Jacques Baratier, La Poupée, ainsi qu’une nouvelle, La Sonate au désert, signée George Kilian, qui sera plébiscitée par les lecteurs.Quelques mois plus tard, profitant de son voyage de noces, il rédige une autre nouvelle, conséquente cette fois, La Colonne, qui va faire couler pas mal d’encre. Et parallèlement, ses articles comme ses notes d’humour continuent d’alimenter les pages du fanzine. Ce sont, au fil des numéros, des articles sur Boris Vian – l’une de ses passions d’alors –, Claude Seignolle, Jean-Louis Bouquet, la science-fiction italienne, et j’en passe, mais surtout à propos de Barbarella, Scarlett Dream, Jodelle… critiques qui vont lui ouvrir les pages de la revue Fiction à la demande d’Alain Dorémieux, le rédacteur en chef. Mais sa collaboration à Mercury ne s’arrête pas là. Jacques sait aussi mettre la main à la pâte et mouiller la chemise, en participant à l’assemblage des multiples feuilles du fanzine dans la buanderie qui sert d’atelier d’impression.À l’occasion de la publication des Maîtres des dragons de Jack Vance dans la revue Galaxie, une première opportunité se présente de rédiger un article ensemble. Un peu plus tard, un Statut de la Femme dans la bande dessinée d’avant-garde favorisera une nouvelle coopération, cette fois dans un exercice à trois mains, mais c’est Jack Vance qui nous réunira de nouveau, et à deux reprises : pour une Étude dans la revue Fiction, puis pour la préface de Tschaï au « Club du Livre d’Anticipation » sur proposition de Michel Demuth. À cette époque, nous avons même failli écrire une nouvelle qui s’intitulait provisoirement L’Indicible Secret des belles ténébreuses. Mais la chaleur d’un été torride a anéanti l’entreprise.En 1967, Jacques et Annick quittent Clermont-Ferrand pour Aubusson. Deux ans plus tard, Jacques prend la route de l’Angleterre dans le cadre de la coopération. Mercury a disparu malgré nos efforts conjugués pour lui donner une suite professionnelle. Désormais, nos routes ne cesseront de se croiser et de se décroiser. Mais – et c’était sans aucun doute inévitable – dès son retour définitif en France, et après de longues années passées à l’étranger, l’histoire nous réunira de nouveau au sein du jury du Grand Prix de l’Imaginaire. (...)"
Personne n'est vraiment simple ; sauf, peut-être, l'idiot de village. Encore faudrait-il le prouver… La recherche du temps perdu, l'amour fou et son somptueux et pitoyable simulacre, l'érotisme, se disputent le peu de temps que l'homme n'emploie pas à gagner – ou à perdre – sa vie. Il arrive aussi que le rêve s'en mêle, tant dans le sommeil qu'à l'état de veille. Quand, littérairement, tout cela s'imbrique et se confond peu ou prou, on a vite fait de parler d'insolite. Aussi est-ce sous cette étiquette commode, autant que contestable, que j'ai cru devoir grouper – faute de mieux – les quelques ouvrages qui font l'objet de ces notes de lecture.
Cadeau Bonus ! SOLARIS, par Stanislas Lem.Ce compte rendu pourrait se borner à une seule ligne : « Solaris est LE roman de SF de l'année. » Voici longtemps que ne nous avait pas été offert roman de cette qualité.Le sujet en est simple, et les monstres, les luttes galactiques, les accessoires obligés de la panoplie spatiale y font singulièrement défaut. N'empêche, les quelques anodines matérialisations qui se découvrent, se révèlent finalement plus terrifiante que les plus réussis des monstres galactiques.Solaris est une planète gravitant autour de deux soleils, connaissant un jour bleu et un jour rouge, que l'auteur ne se lasse pas de nous décrire, comme la base qui flotte dans les airs, au-dessus de cet océan monocellulaire, être gigantesque recouvrant toute la planète. Cet être inconcevable, les hommes l'étudient depuis près d'un siècle, et Kelvin, le héros, vient prendre son service dans la base.Il apprend que son ami Gibarían s'est suicidé… Tout semble à l'abandon, les deux autres savants semblent au bord de la folie, se barricadent et refusent tout contact avec le nouvel arrivant… Et le malaise, l'angoisse ne feront que croître ; tout est à la fois normal, banal et déroutant. Quelle est cette négresse circulant dans les couloirs, que Kelvin retrouve endormie contre le cadavre de Gibarían, dans un milieu qui devrait être mortel pour elle ? Que signifie cette expérience entreprise, ces sous-entendus, cet effroi que manifestent les survivants ?En quelques heures, Kelvin se retrouve au bord de l'hallucination et de la folie, il sent le réel le fuir, l'abandonner, pour l'isoler dans un monde de fantasmes aberrants. Mais ce qui l'entoure a-t-il une autre réalité que son cerveau enfiévré ? Comment Kelvin s'y prend pour redonner au monde qui l'entoure sa matérialité et sa netteté est proprement remarquable. Et c'est alors, quand le réel est revenu, que paraît Harey, la femme aimée, jadis bêtement poussée au suicide, et qui est là, aimante, réelle, vivante, se souvenant d'événements survenus après sa mort…Dès lors, le récit évolue sur deux plans. Il y a le roman de Kelvin, effrayé d'abord, puis qui recommence un amour gâché jadis par l'inexpérience, et qui finalement perdra Harey une seconde fois, sans espoir.En face, ses deux collègues qui, désespérément, veulent comprendre ce qui se passe. C'est le roman de la confrontation de deux pensées étrangères l'une à l'autre. C'était le thème déjà de La Cité des Sphères, mais l'ouvrage polonais souligne, cruellement, ce que le roman américain a de factice, de fabriqué, de demi-audaces, il ne s'agit pas ici d'une lutte contre la montre, de sauver la Terre, de se libérer d'un esclavage… Il s'agit de comprendre.Voici des décennies et des décennies que les hommes étudient Solaris et les manifestations de son océan vivant. Et les dizaines de pages où sont rapportées les approches, les observations, les essais, les erreurs d'interprétation, les théories qui se succèdent vainement, sont merveilleuses d'invention, d'imagination et de justesse de ton. Elles pourraient être extraites d'un ouvrage scientifique, d'un essai sur l'évolution et l'histoire de la pensée.Car le grand thème de l'œuvre est de rendre sensible à la fois l'incommunicabilité des expériences et des observations dès qu'il s'agit d'un monde totalement différent, et l'impossibilité où se trouvent les observateurs de mettre en commun leurs expériences, car le langage fait défaut qui s'est modelé au contact d'une autre réalité.Ensuite de nous faire partager la sensation de cette incommunicabilité, l'impuissance et la lassitude des hommes devant leurs efforts désespérés.Nous en arrivons à une qualité d'angoisse ou de malaise presque métaphysique, née de cette perception de l'incommunicabilité des esprits. Et si finalement les savants parviennent à détruire les créatures créées par l'océan, ils restent tout aussi ignorants de leurs fins, du motif de leur apparition, du pourquoi de leurs manifestations.Écrit d'une plume grise, un tel récit suffirait déjà à nous attacher, mais Lem l'éclaire d'images percutantes, secouant le lecteur, et s'imposant avec une évidence brutale.Jacques VAN HERP
Une dernière petite note : nous venons de dépasser le cap des 200 000 vues. Merci à tous nos lecteurs !



