07 octobre, 2026

Galaxie (2eme série) n°028 – Août 1966

Après le florilège de grosses pointures du numéro précédent, Galaxie nous propose cette fois des auteurs de moindre renommée (mais pas de moindre talent), à commencer par le très diversifié Gordon R. Dickson et le méconnu Jerome Bixby. Mais enfin, tout de même, et sans surprise aucune : "ils ont du Sheckley" comme dirait mon ami Gilbert.

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Sommaire du Numéro 28 :


1 - Gordon R. DICKSON, La Montagne du messager (On Messenger Mountain, 1964), pages 4 à 52, nouvelle, trad. Frank STRASCHITZ, illustré par Gray MORROW *

2 - Robert SHECKLEY, Voulez-vous parler avec moi ? (Shall We Have a Little Talk?, 1965), pages 53 à 75, nouvelle, trad. René LATHIÈRE

3 - Jerome BIXBY, Ancien testament (Old Testament, 1964), pages 76 à 83, nouvelle, trad. Frank STRASCHITZ

4 - Keith LAUMER, Le Prince et le pirate (The Prince and the Pirate, 1964), pages 84 à 109, nouvelle, trad. Pierre BILLON, illustré par Norman NODEL *

5 - Robert LORY, Débuts dans le monde (Coming Out Party, 1965), pages 110 à 113, nouvelle, trad. René LATHIÈRE, illustré par Norman NODEL *

6 - Bruce McALLISTER, Chasseurs d'hommes (We Hunters of Men, 1965), pages 114 à 139, nouvelle, trad. Yves HERSANT, illustré par John GIUNTA *

7 - Fred SABERHAGEN, La Vie contre la vie (The Peacemaker / The Life Hater, 1964), pages 140 à 148, nouvelle, trad. Michel DEMUTH

8 - COLLECTIF, Courrier des lecteurs, pages 157 à 159, courrier 


* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.



" (…) lorsque deux étrangers se rencontrent dans l’espace, rien n’est connu – et tout est à connaître. Le sort des deux races dépend peut-être de leur première rencontre : celui qui tuera l’autre le premier pour étudier sa carcasse aura peut-être sauvé les siens. Une fois que le contact est pris, il est impossible de revenir en arrière et il est trop tard pour réfléchir. Car ce n’est pas le hasard qui nous a conduits là-bas, pas plus qu’eux, et nos rencontres ne sont pas accidentelles."

A partir de ce contexte, qui rappelle fortement "Premier contact" de Murray Leinster, Gordon R. Dickson tend son ressort dramatique entre deux espèces : la nôtre et une autre très énigmatique quant à sa forme et ses capacités. Jusqu'à ce que des représentants de chacune de ces espèces se retrouvent naufragés sur une planète hostile…

Les amateurs d'escalade comme les alpinistes apprécieront La montagne du messager, où les naufragés doivent gagner les plus hauts sommets pour pouvoir lancer une balise de secours, d'un point situé suffisamment haut pour faciliter sa pénétration dans l'espace. Tout est bien justifié dans ce récit, qui propose une différence notable entre les physiologies des deux espèces en présence, non sans suspens ni adversité. Un bon moment.


Il ne faudrait pas avoir à " éliquer forsiquement les mushkées " dans cette nouvelle de Robert Sheckley intitulée "Voulez-vous parler avec moi ?". Et l'enjeu semble de taille pour ce représentant de l'espèce humaine avide de coloniser une nouvelle planète, et désireux pour cela d'établir un lien durable, voire un asservissement, avec (ou de) la population autochtone.

" On avait fait du chemin sur Terre, depuis l’époque révolue des guerres d’agression. Les livres d’Histoire vous apprenaient comment, jadis, un monarque pouvait tout simplement envoyer ses troupes s’emparer de ce qu’il convoitait. Et si quelqu’un poussait l’audace jusqu’à lui demander le motif de cette guerre, il le faisait décapiter, jeter au fond d’une oubliette, ou coudre dans un sac que l’on balançait ensuite à la mer. Et il n’en éprouvait pas le moindre remords, car il estimait être dans son droit le plus strict.

Ce système, appelé droit du seigneur, était une des principales caractéristiques du laissez-faire capitaliste que connaissaient les anciens.

Mais par la suite, dans la lente succession des siècles, des progrès culturels s’accomplirent. Une morale nouvelle s’imposa. Lentement – mais sûrement, le sens de la justice et de la loyauté fut inculqué à la race humaine. Les souverains, les dirigeants furent désignés par vote et durent respecter les désirs des électeurs. Justice, Clémence, Pitié vinrent au premier plan des pensées des hommes, supplantant l’antique droit du plus fort et la fruste brutalité des jours révolus.

Les temps anciens n’étaient plus qu’un triste souvenir. À présent, aucun dirigeant ne pouvait s’emparer purement et simplement d’un autre pays. Les électeurs n’y auraient pas consenti.

Il fallait, pour le faire, une raison valable.

Ainsi, quand un Terrien possédait en bonne et due forme une propriété sur quelque autre planète, il avait nécessairement besoin de l’intervention de l’armée pour protéger sa propre existence, sa maison et ses biens.

Toutefois, il lui fallait d’abord acheter la propriété. En devenir le légitime possesseur, pour se mettre à l’abri des sénateurs au cœur tendre et des journaux toujours prêts à prendre le parti des extraterrestres, lesdits journaux ouvrant invariablement une enquête lorsqu’on prenait une nouvelle planète sous protectorat.

Sheckley, conscient que le thème de la colonisation est un courant majeur de la SF, extrapole son concept et en donne, avec une illusoire assurance de civilisation respectable, une version modernisée. Nul progrès, puisqu'il est toujours question de s'emparer de la terre de l'autre, mais la guerre et la mort y sont simplement moins expéditifs.

C'est surtout l'occasion de mettre le langage au cœur de la machine à coloniser, et surtout d'en rire beaucoup. Pour ce qui est de la traduction, et étonnamment, René Lathière - dont les compétences de traducteur peuvent parfois se révéler limitées - s'amuse beaucoup avec les néologismes et les mots valises farfelus que propose Sheckley, dans cette nouvelle où démonstration est faite que le pouvoir s'exerce principalement à travers le langage. Construite comme une allégorie à la Swift, et d'un humour absurde bien tendu, on ne s'étonnera pas de retrouver ce texte dans les anthologies sur l'auteur qui suivront (Les univers de Robert Sheckley, C.L.A. 1972 ; Le livre d'or de Robert Sheckley, Pocket 1980).


Avec son Ancien testament, Jerome Bixby s'amuse à rendre aussi pragmatiques que possible les histoires que rapportent les textes sacrés. Le crépuscule des idoles et des anciens cultes pourrait n'être (naître) que la conséquence d'une visite extraterrestre impromptue.


Quant à la nouvelle de Keith Laumer Le Prince et le pirate, on y trouvera de l'aventure, certes ; des péripéties, sans doute ; mais pas de la S.F., malgré d'insipides extraterrestres et des vaisseaux qui servent de parloirs. Bref, un bon moment d'ennui.


Fort heureusement suit une bonne petite nouvelle à chute, Débuts dans le monde, où l'on retrouve le goût de Robert Lory pour les jeux de cache-cache avec le langage.



" N’y a-t-il pas place en vous pour le respect des lieux, des personnes et des époques ? "

Voici la question que pose le protagoniste principal de Chasseur d'hommes qui, comme c'était le cas pour "Une étoile pour trois", pourrait faire partie des récits de colonies terriennes dégénérées. Bien que le verbe y soit simple, et la situation initiale assez manichéenne, l'impression que les descriptions de l'intrigue sont tronquées d'une part des informations peut dérouter le lecteur (ceux qui ont lu "Le monde aveugle" de Daniel F. Galouye connaissent ce sentiment). Pour une colonie qui finirait par retrouver sa place dans l'Empire Galactique terrien, cette nouvelle ne lui offre que la perspective de devenir un haut lieu touristique… On se rappellera des propos de Donald Trump à propos de la bande de Gaza dévastée…


" Les berserkers haïssaient l’humanité. Mais contre ces machines de mort, l’homme gardait l’avantage de l’intelligence. " A la lecture de ce pitch, on comprend bien pourquoi les marchand de technologie de la Silicon Valley nous vendent de "l'Intelligence artificielle" - reste à conserver suffisamment d'intelligence naturelle pour n'être pas dupe de l'artifice, et ne pas se délester de son intellect pour devenir un mort-vivant. Dans La vie contre la vie, ainsi, un homme tente de convaincre un vaisseau de guerre berserker de la supériorité de la vie sur la machine. Mais la machine comme le vivant sont tous deux capables de ruse, et pas nécessairement grâce à l'intellect… Un second récit concis du cycle des berserkers par Fred Saberhagen.

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