Un festival d'auteurs de premier ordre pour ce premier Galaxie de l'année 1958, avec des nouvelles pour la plupart jamais reprises ailleurs - "Vive l'aventure !" de Robert Sheckley en tête.
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Sommaire du Numéro 50 :
1 - Raymond E. BANKS, Bohémiens de l'espace (Payload, 1957), pages 3 à 18, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Wallace (Wally) WOOD
2 - Robert ABERNATHY, Les Révoltés (One of Them?, 1956), pages 19 à 27, nouvelle, trad. (non mentionné)
3 - Daniel F. GALOUYE, « Prenez, je vous en prie !... » (If Money, 1957), pages 28 à 46, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Peter BOWMAN *
4 - COLLECTIF, Votre courrier, pages 47 à 48, courrier
5 - Gordon Rupert DICKSON, D'un danger à un pire... (Robots Are Nice?, 1957), pages 49 à 58, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Dick FRANCIS *
6 - Albert FERLIN, Un commando de Mars, pages 59 à 73, nouvelle *
7 - Robert SHECKLEY, Vive l'aventure ! (Morning After, 1957), pages 74 à 97, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Peter BOWMAN *
8 - Cyril M. KORNBLUTH & Frederik POHL, La Tribu des loups (2ème partie) (Wolfbane, 1957), pages 98 à 115, roman, trad. (non mentionné), illustré par Wallace (Wally) WOOD
9 - William TENN, Winthrop aimait trop le XXVe siècle (Winthrop Was Stubborn / Time Waits for Winthrop, 1957), pages 116 à 131, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Virgil FINLAY *
10 - Fredric BROWN, Le Dernier Martien (The Last Martian, 1950), pages 133 à 136, nouvelle, trad. (non mentionné)
11 - Jimmy GUIEU, Les Soucoupes volantes, pages 137 à 138, chronique
12 - Jacques SADOUL, Le Vieillard de nos rêves, pages 139 à 143, nouvelle *
* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.
Bohémiens de l’espace est une
nouvelle de Raymond E. Banks
malheureusement sans trop d'intérêt, où la SF n'est qu’un décor ; la dure
loi des affaires gouverne le récit sans vraiment d'imagination.
Il n’en est pas de même pour Les révoltés : Robert Abernathy y entretient sciemment la confusion entre androïde
et être vivant de synthèse, comme pour insister sur l'aspect mécanique de la
fabrication du vivant. Bien entendu, on sent qu’il y manque quelque chose ; sans doute Abernathy
qualifierait-il d'âme cette part sensible qui échappe à
l'ingénierie - comme l'atteste une très pertinente référence au livre de Job –
mais plutôt que de verser dans un catéchisme, il nous laisse plus subtilement entendre
que cette part d'humanité consiste finalement à donner une histoire à l'individu, à l’individuer par sa « fiction » personnelle.
Comment considérer la colonisation d'un
monde où tout est offert jusqu'à l'absurde ? Avec Prenez, je vous en prie !.., Daniel
F. Galouye reprend à son compte le style Sheckley : humoristique,
rusé, et déroutant pour ses protagonistes jusqu’à l’effarement.
Dans le roman "Erewhon" (1872),
Samuel Butler imaginait déjà un mouvement humain massif de révolte contre les
machines. Frank Herbert en reprendra la moelle pour adjoindre un "djihad
butlérien" au contexte galactique de "Dune". Nous en avons ici, avec
D'un danger à un pire, par Gordon R. Dickson, une vision un peu
candide, certes, mais qui pourrait en effet advenir si le sentiment
d'indépendance humaine tendait à être étouffé. N'est-ce pas ?
Depuis plus de quatre ans, combien en ai-je lu de ces entrefilets : « Les habitants de… ont aperçu vers minuit moins le quart une lueur se déplaçant au-dessus de l’horizon, à très grande vitesse. Étant donné le lieu d’apparition et le sens de déplacement du mobile, il ne pouvait s’agir d’un aérolithe…» etc…
De plus, toute une littérature s’est construite sur le sujet, et les gens s’y complaisent.
— Qu’est-ce que cela peut bien vous faire ? disait Torrie.
Évidemment ! Les gens ont le droit d’écrire des bouquins stupides, que d’autres ont le droit de lire.
Un philosophe n’a-t-il pas dit, au surplus, que cette histoire de soucoupes volantes était nécessaire pour remplacer les vieilles légendes impuissantes, de nos jours, à contenir l’angoisse métaphysique qui nous étreint. Tous les moyens sont bons pour y échapper : le whisky pour les uns ; pour d’autres, les histoires idiotes…
Outre ce sacré clin d'oeil à ce sacré
Jimmy (qui fait l’incipit de la nouvelle) - et tout en évoquant au passage un texte remarquable de Roland Barthes (publié dans sa rubrique "Petite mythologie du mois" dans les Lettres Nouvelles) - Albert
Ferlin, déjà remarqué dans le Galaxie
n°46, nous propose dans le jubilatoire Un
commando de Mars le récit d’une résistance à l'envahisseur, avec des cotés
"hard science" fort intéressants.
« À quoi bon
travailler quand il suffit de voter pour assurer sa subsistance ? ». Voilà le point de départ, vite dépassé, de Vive l’aventure ! On pensera ensuite et sans doute à « Planète
à gogos » de Pohl et Kornbluth, mais ici, Robert Sheckley brouille les lignes comme pour passer allègrement
d'un thème à l'autre, avec un foisonnement de situations qu’un écrivaillon
aurait délayé sans scrupule en romans.
A propos de Frederik Pohl et Cyril M.
Kornbluth, la seconde partie de La
tribu des loups va beaucoup trop vite en péripéties - là où tout un
contexte social et galactique avait été soigneusement élaboré dans la première. En réalité,
le roman initial a été sévèrement mutilé – « Galaxie » sera longtemps
critiquée pour avoir abusé de ces pratiques éditoriales.
Des lois d'équivalence pour les voyages
temporels : William Tenn emprunte à Poul Anderson (voir Fiction n° 52) ce pré requis tout à fait plausible, dont il donne dans Winthrop aimait trop le XXVe Siècle un
exemple a contrario. Il y a là de quoi développer toute une série de
nouvelles, à l'instar des "Robots" d'Asimov.
Toujours concis, Fredric Brown joue avec brio dans Le dernier martien sur les représentations et les ficelles
implicites du récit. Son histoire rappelle aussi celle de Louis-Auguste
Cyparis, l'unique survivant de l'éruption de la Montagne Pelée en 1902.
(…) il existe en France des milliers de personnes qui, sur la base des faits, croient aux S.V., et qui espèrent que des êtres venus d’autres planètes – peut-être d’autres systèmes solaires – ne surveillent point notre Terre pour l’asservir, mais pour la faire accéder à une civilisation supérieure, faite de plus de sagesse et de plus de bonté.
Ce sacré Jimmy (Guieu) n'imagine
rien tant qu'une politique de colonisation extraterrestre en donnant foi à
d'hypothétiques arguments civilisateurs (où seuls les naïfs donneraient dans le
panneau). Quand on se souvient de son passé de maquisard dans les réseaux de la
Résistance, on lui accordera l'excuse d'avoir un peu vieilli...
Jacques Sadoul, qui deviendra plus
tard Monsieur « J’ai Lu », mais ici tout jeune encore, pétrit son
récit Le vieillard de nos rêves tout en
mépris pour la suprématie de la tekné,
mais avec des mains par trop molles. Là où l'on aurait aimé un peu de cruauté façon
Leiber, Sadoul conclut sur une farce un peu mièvre. On reparlera de l’éditeur,
de l’anthologiste, du critique, on oubliera l’auteur…
La rubrique « Saviez-vous que… »
nous livre encore ses petites perles de candeur des années 50.
…SAVIEZ-VOUS QUE … aucune conversation secrète n’échappe aux micros électroniques ?
IL existe plusieurs sortes de ces appareils ultra-sensibles, dont l’usage commence à se répandre en Californie d’une façon fort préjudiciable aux confidences.
Le plus étonnant de tous est le « fusil microphonique ». Il suffit de le pointer dans la direction voulue pour entendre des conversations, même à voix basse, tenues à plusieurs centaines de mètres. La seule protection contre cette oreille indiscrète est de fermer soigneusement les fenêtres.
Mais il est d’autres « espions » qui s’introduisent à domicile et ne sont pas toujours faciles à déceler sans recherches approfondies. Ainsi, l’enregistreur de poche, qui peut tenir dans une serviette et recueillir une audition de cinq heures sur bande magnétique… ou le micro sans fil, muni d’un appareil émetteur, et plus minuscule encore, puisqu’il se dissimule dans un paquet de cigarettes. Par ce dernier système, il est possible de capter des paroles prononcées à voix basse dans une pièce de dimensions moyennes et de les retransmettre par radio à un poste d’écoute distant de plusieurs centaines de mètres.
D’ores et déjà, les micro-électroniques seraient utilisés par plusieurs grandes sociétés pour surprendre les entretiens privés entre les membres de leur personnel. Certains commerçants s’en serviraient pour connaître les impressions échangées par leurs acheteurs éventuels et prévenir ainsi leurs objections.
Les auteurs gais trouveront peut-être là une mine de gags, mais n’y a-t-il pas aussi de quoi vouer le monde entier au mutisme ?…
Quid de l’espionnage ? Qui n’y
avait pas pensé ?... "Gag à l'Ambassade" !
Dans la série « Alors là, mon cher, vous êtes en pleine science-fiction !»
…SAVIEZ-VOUS QUE… les Américains avaient inventé la publicité odorante ?
LE premier exemple de ce nouveau procédé de vente est un numéro de septembre du New York Post sur lequel s’étale une boite de fraises rutilantes… dont l’alléchant parfum, reproduit chimiquement, envahit les narines du lecteur.
D’autre part, on annonce que les rues new yorkaises seront bientôt embaumées par des pneus imprégnés d’essence de pins ; que l’encre prendra l’arôme de certains fruits, tandis que les robustes relents des engrais se « travestiront », à la campagne, en un frais parfum de menthe.
Dans un autre registre, la même rubrique
nous rappelle que les principes de datation au Carbone 14 ne sont pas si vieux :
…SAVIEZ-VOUS QUE…
…la détection du radiocarbone dans la nature était une source précieuse de découvertes archéologiques ?
LES recherches se basent sur le fait que le radiocarbone, ou C 14, est uniformément réparti dans le monde, et que sa production est toujours égale depuis des millénaires. Si bien que toute substance organique renferme, mêlée aux carbones 12 et 13 stables qui la constituent, une certaine proportion de ce carbone 14 radio-actif qui se désintègre très lentement pour se transformer en azote 14.
Si l’on sait que la « période » du radiocarbone, c’est-à-dire le temps qu’il met pour se détruire de moitié, est de 5.600 ans environ, et que le C 14 contenu dans un gramme de matière organique fraîche donne environ seize chocs à la minute au compteur de radiations atomiques, il est aisé de calculer l’âge de tout vestige animal ou végétal.
Bien entendu, de telles détections nécessitent un appareillage extrêmement sensible et une technique très approfondie. Une minutieuse purification chimique est nécessaire pour obtenir du carbone très pur. D’autre part, les rayons cosmiques et les corps radio-actifs naturels provoquent un brouillage gênant le comptage des chocs issus du C 14, qui deviennent plus faibles avec le temps. Aussi, ne peut-on, actuellement, déceler la présence du radiocarbone au-delà d’une période de 35.000 ans, ce qui n’est déjà pas mal !
Rapport du PreFeG
(Octobre 2023)
- Relecture
- Corrections
orthographiques et grammaticales
- Vérification
du sommaire
- Vérification
des casses et remise en forme des pages de titre
- Note
(0) ajoutée.
- Vérification
et mise à jour des liens internes
- Mise
au propre et noms des fichiers html
- Mise
à jour de la Table des matières
- Mise à jour des
métadonnées (auteurs, résumé, date
d'édition, série, collection, étiquettes)
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