24 janvier, 2023

Cadeau bonus : « Les survivants de l’infini » - Raymond F. Jones 1952 (VF 1956)

Le 24 Janvier 1994 disparaissait un auteur peu traduit en France, assez discret, mais emblématique des tendances philosophiques qu’abordait quelque peu la S.F. américaine dans les années d’après-guerre : Raymond F. JONES. En hommage à cet auteur, nous vous proposons le plus célèbre de ses romans, hélas resté ensuite dans les tiroirs, « Les survivants de l’infini », n°37 de la série Le Rayon Fantastique que se partageaient Hachette et Gallimard.

Cliquez sur la couverture pour votre epub.
Texte du 4ème de couverture : « L'Univers est déchiré depuis des siècles par une guerre implacable que se livrent les deux grandes confédérations de planètes : Llanan et Guarra, dont les savants et les ingénieurs sont parvenus à d'incroyables réalisations scientifiques et technologiques.

Bien que la Terre ne fasse partie d'aucune confédération universelle, elle est bien connue des Llanan et des Guarra. Les uns et les autres décident-ils de disséminer par toute la Terre des usines qui fabriqueront en secret les armements nécessaires à leur guerre, et singulièrement « l'Interocitor », prodigieuse machine de télécommunication et de transmission de pensée, de volonté et d'énergie. L'une de ces usines est située en Arizona et emploie un jeune électronicien, Cal Meacham, et sa femme Ruth en qualité de psychiatre. Lorsque les Guarra attaquent les installations Llanan sur la Terre, ceux-ci décident d'abandonner notre planète à leur adversaire acharné. Meacham s'est rendu avec sa femme, par avion interstellaire, au Quartier Général des Llanan ; il réussira à convaincre ceux-ci de défendre la Terre, et leur apportera des éléments de victoire que leur progrès scientifique incessant leur avait fait perdre peu à peu : l'imagination et l'enthousiasme. »

La Revue des livres du n°32 de Fiction en établit cette recension (sous la plume d’Igor B. Maslowski) :

Dans « Les survivants de l'infini » (This island Earth) (Rayon Fantastique-Gallimard), Raymond F. Jones nous apprend que la Terre n'est qu'un minuscule pion sur l'échiquier de la guerre que se livrent, depuis des générations, deux puissantes confédérations inter-galactiques, Llanan et Guarra. Notre planète, en fait, n'est que l'usine où se fabriquent certaines pièces de rechange pour des machines compliquées dont les Llananiens ont besoin pour se défendre. Ces derniers, comme leurs adversaires, ne font qu'appliquer, sur le plan militaire, les décisions de leurs computeurs électroniques. Mais alors que les généraux de Guarra font également intervenir le hasard, ceux de Llanan s'en rapportent totalement aux machines, ce qui les amène au bord de la catastrophe. Il faudra, pour rétablir la situation, l'intervention d'un élément humain, sous l'aspect d'un ingénieur terrien, Cal Meacham, et de sa femme, Ruth, qui expliqueront à leurs alliés llananiens les causes de leurs récentes défaites et, par là même, sauveront notre planète, menacée d'abandon et d'anéantissement. La morale de l'histoire, « Méfiez-vous d'une science trop absolue ! » n'apparaît que dans les derniers chapitres, mais le roman tout entier est fort intéressant. Véritable œuvre de suspense, il se lit avec un intérêt soutenu et, bien qu'on se doute d'avance de la fin, cet intérêt ne faiblit à aucun moment.

Si ne pas souscrire aveuglément aux attraits d’une science absolue fait partie de ses moralités possibles, l’ouvrage dépasse tout de même allègrement son sujet, qui rappellera celui de « Ombres sur le Soleil » de Chad Oliver évoqué dans nos pages le 1er janvier dernier. Il y est aussi question d’une race d’extraterrestres plus avancés technologiquement et secrètement basés sur notre bonne vieille Terre, et de l’intronisation d’un terrien dans le club très fermé de ceux qui savent.

Mais il est surtout question des problèmes éthiques soulevés par la colonisation : sentiment de supériorité des « espèces » colonisatrices sur les autochtones, rapports étroits entre Guerre de longue durée et Paix durable… Si les péripéties intergalactiques et l’exotisme extraterrestre ne manquent pas, elles ne font que rythmer un ensemble de réflexions qui continuent d’être profondes et actuelles.


On s’amusera aussi à découvrir la page de présentation de la collection « Le rayon Fantastique », intitulée : « Qu’est-ce que la Science-Fiction ? »

LE RAYON FANTASTIQUE vous présente LA SCIENCE-FICTION

QU’EST-CE QUE LA SCIENCE-FICTION ?

Comme son nom l’indique un mélange de réalité et imagination. C’est l’aventure de demain…

DEPUIS QUAND EXISTE LA SCIENCE-FICTION ?

Personne ne peut le dire. Elle est aussi ancienne que la fantaisie. Platon, Cyrano de Bergerac, Voltaire, Edgar Poe, Jules Verne en ont fait bien avant que le mot soit inventé en 1926, par l’Américain Hugo Gernsback.

À QUI S’ADRESSE LA SCIENCE-FICTION ?

À tous les lecteurs curieux de nouveau et d’évasion intelligente. Ce qui ne l’empêche pas de compter de grands savants parmi ses fidèles lecteurs.

LA SCIENCE-FICTION EST INSTRUCTIVE.

On peut même dire que c’est le plus instructif des genres littéraires. Ses lecteurs apprennent bien des choses qu’ils n’auraient jamais sues sans elle.

LA SCIENCE-FICTION DÉVELOPPE L’IMAGINATION.

En entraînant ses lecteurs dans un domaine sans limite où l’esprit peut vagabonder à travers l’espace, le temps et les dimensions. Elle ne connaît pas d’« impossible ». Elle prévoit la réalité toute proche, peut-être.

LA SCIENCE-FICTION EST DISTRAYANTE.

Elle ne manque jamais ni d’action, ni d’aventures, ni même d’émotions fortes. Plus que tout autre genre, elle absorbe le lecteur par ses récits si éloignés des choses de tous les jours et des événements conventionnels.

LA SCIENCE-FICTION EST VARIÉE.

L’une de ses principales vertus est son infinie variété, son renouvellement incessant. Alors que les autres genres sont limités à notre Monde, elle a l’Univers entier.

LA SCIENCE-FICTION est une fenêtre ouverte sur l’avenir.


Mais ce roman qui n'a plus été édité depuis 1956, est surtout connu pour son adaptation au cinéma : « This Island Earth », réalisé par Jack Arnold et Joseph Newman en 1955 (et l’on peut supposer que l’édition française a « surfé sur la vague » de cette diffusion de l’œuvre de Jones).

F. Hoda en parle en ces termes laconiques dans le Fiction n°31 :

« Les survivants de l'infini » est le titre choisi par Universal-International pour distribuer en France « This island Earth », qui fit pas mal de bruit lors de sa projection aux États-Unis, l'année dernière. Technicolor de budget normal, cette bande, tournée d'après un scénario de Franklin Coen et Edward G. O'Callaghan, adapte un roman célèbre de Raymond F. Jones. Je n'ai pas encore eu l'occasion de voir le film, mais si j'en crois mon ami Forrest J. Ackermann, critique de films de science-fiction à Hollywood, il s'agit d'une œuvre intéressante, très bien réalisée par Joseph Newman. Le sujet est quelque peu abracadabrant : un homme venu de la planète Metaluna tente d'enlever un savant nucléaire américain et une jeune terrienne. La suite de leurs aventures se déroule sur la planète précitée. J'attendrai de voir le film pour vous les raconter.

 Puis dans le n°36 deFiction (extraits choisis pour ne pas trop divulguer l’intrigue, ce que F. Hoda s’autorise allègrement !)

" Je me suis beaucoup amusé à la projection de « This island earth » (traduit par « Les survivants de l'infini »). Les décors de la planète Metaluna sont admirables et constituent ce qui a été fait de mieux jusqu'ici dans le genre. Malheureusement ils n'apparaissent que dans les dernières minutes du film. Un parti pris de représentation systématique du fantastique (l'intérieur de la soucoupe, la télévision, les laboratoires, l'appareil compliqué qui se désintègre, etc.) rend l'entreprise sympathique et insolite, malgré un côté infantile et assez linéaire dans le récit. Le film rappelle en même temps le cinéma allemand des années 20 et le « serial » des beaux jours. Le poste de pilotage de la soucoupe reproduit à quelques détails près certains décors de « Flash Gordon », ce fameux serial de 1936, qui avait jadis fait mon délice. Mais la désolation de la planète Métaluna, attaquée par des ennemis de l'espace, atteint à une réelle grandeur. Cependant les événements extraordinaires, les monstres, les guerres galactiques, les désintégrations sont multipliés comme dans les sérials. Pourquoi avoir affublé les Métaluniens de ces immenses fronts qui les confondent tous en en faisant des robots de série ?

(…) Ce qui manque au film, c'est un ton de fantaisie. Joseph Newman, qui apparemment n'aime guère la science-fiction, introduit sans arrêt, et dans les meilleurs moments, un sérieux grandiloquent. Le dialogue utilise les clichés habituels sortis sans doute du fameux « Memento du dialoguiste hollywoodien » traduit par Chabrol dans le numéro spécial des « Cahiers du Cinéma » consacré au cinéma américain. Ainsi, l'assistant du savant-héros dit à son patron : « Cet Exeter ne me dit rien qui vaille. » Toutes les conversations sont de cette veine. Les réparties incisives sont extrêmement rares. J'en ai relevé une seule. Dans la soucoupe qui les emporte vers Métaluna, le savant-héros reproche à Exeter de vouloir faire travailler des hommes de science pour la guerre. Exeter lui répond : « J'ai appris cela sur terre. »


Un seul moment on a vraiment peur : la jeune Faith montre à son amoureux de collègue le laboratoire qui va lui être réservé. Ils ouvrent tous deux la porte et dans la pénombre un cri déchirant glace le spectateur. La lumière nous montre un chat qui saute vers la porte. Curieux que le seul élément d'épouvante soit emprunté à l'arsenal classique du policier.
« This island earth » débute par le meilleur générique de science-fiction que je connaisse : les titres se déroulent sur un paysage galactique impressionnant. On assiste à un strip-tease étonnant qui nous conduit, comme me l'a dit l'ami Thirard, au-delà même du strip-tease. En effet, dans l'appareil de transformation du métabolisme, Faith Domergue et son ami le savant subissent des transformations qui rendent visibles non seulement leur peau, mais aussi l'intérieur de leur corps. Arrivé à ce point le spectateur constate avec étonnement que nos Terriens sont asexués et qu'aucun élément organique ne permet de différencier la femme de l'homme. Est-ce l'effet du voyage interplanétaire ? Ou bien la censure arrive-t-elle, par quelque effet de magie, à transformer le corps humain ? Voilà un problème que les savants seront appelés un jour à trancher. (…) Que dire de plus. Je ne me sens pas en mesure de juger définitivement un tel film. Il atteint par moments à une certaine grandeur. À d'autres, il sombre dans l'infantilisme. Mais ce qui est sûr, c'est qu'à aucun moment il n'ennuie."

Nous n’atténuerons pas la critique de F. Hoda en vous proposant la nôtre. Comme trop souvent dans le travail d’adaptation d’un roman à l’écran, certains choix se posent pour accélérer l’action ou rendre plus vivante à l’écran la force de la littérature qui est de pouvoir passer de la description à la réflexion en toute fluidité. De même, les héros de l’écran ont toujours dans leur cahier des charges d’être un tant soit peu exceptionnels, pour rehausser l’enjeu et forcer une identification béate chez le public. L'adaptation de « This island Earth » n’échappe bien entendu pas à ces règles.

Aussi, il n’est plus question ici d’un modeste chercheur en électronique, mais d’un savant réputé travaillant sur l’énergie contenue dans les matières inertes (comme le plomb). Il est attifé d’un assistant dans toute la première partie du film (la mise en place de « l’Interocitor »), procédé commode pour la mise en dialogue, mais ce sont là deux éléments, deux entorses au roman de Jones, qui font du secret entourant la base extraterrestre un mystère bien mal protégé – d’autant que l’assistant, certes faire-valoir, disparait de la suite de l’histoire.

Exit aussi le personnage du traitre (nous ne divulguerons pas son identité ici), tandis que Ruth, le personnage féminin, passe de la profession de psychiatre chez Jones à celle de chercheuse en physique nucléaire dans le film. Les « Ingénieurs de la Paix », à leur tour, n’y sont plus que de simples ingénieurs d’élite, ce qui fait de Carl Meachum, notre héros, l’équivalent d’une recrue potentielle de la Silicon Valley.

L’Ingénieur de la Paix en chef s’appelle ici Exeter, et transpire un paternalisme sympathique, là où son adjoint Brack est plus énigmatique (et donc plus intéressant).

On quitte définitivement le livre et ses péripéties lorsque les extraterrestres font sauter leur base terrienne, un peu dans l’urgence et dans un enjeu mal motivé par le scénario. Le film se termine par un aller-retour Terre-Metaluna, en proie à une destruction massive à coup de météorites ennemies – la planète évoque alors Hiroshima ou Berlin en 1945. Mais surtout, à défaut pour nos deux héros d’être les derniers humains, c’est Exeter qui devient le dernier de sa race ; il a été blessé par un « mutant », l’espèce de monstre à tête hypercéphale bien connu (voir notre photo), et qui sert ici d’élément de séquence à sensation plutôt que de réel élément de l’intrigue.

Bref, nous voilà loin du discours philosophique de Jones sur les rapports étroits entre la Paix et la Guerre, sur la colonisation et le sentiment de hiérarchisation des civilisations selon leurs avancées uniquement technologiques. On pressent surtout dans cette production hollywoodienne à fort budget une forme de propos pro-nucléaire et pro-électronique, alors mamelles du progrès à l’américaine. On pense finalement à l’essor japonais à venir – nul doute d’ailleurs que ce film aura grandement influencé le cinéma de genre nippon.

Les effets spéciaux sont très bons (et rappellent les solarisations du célèbre feuilleton « Les envahisseurs »), et ont sûrement été novateurs pour leur époque. Quelques séquences aussi, dans la base secrète des Ingénieurs de la Paix, donneront l’impression de se situer dans le Village de la série « Le prisonnier » - Sophia Antipolis avant l’heure !


Vous pouvez retrouver ce film en partage sur le site de nos fabuleux cinéphiles de l’Univers Étrange et Merveilleux du Fantastique et de la Science-Fiction, sur cette page !

Rapport du PReFeG :

  • Relecture
  • Rares corrections orthographiques
  • Mise au propre et noms des fichiers html
  • Mise à jour de la Table des matières
  • Mise à jour des métadonnées (date d'édition, série, collection, étiquettes)

·         Autres ouvrages de Raymond F. JONES

o   Renaissance (1944, Renaissance)

J'ai Lu, Science-fiction n° 957, 1979 (rééd. 1986, 1993)

o   Les Imaginox (1951, The Toymaker)

Éditions Métal, 1956.

Nouvelles Éditions Oswald, "Fantastique/Science-fiction/Aventures", 1980.

o   Risques calculés (1964, The Non-Statistical Man)

Le Masque SF n° 25, 1975.

o   J'ai d'autres brebis (1978, Weeping May Tarry) (avec Lester DEL REY)

Le Masque SF n° 101, 1980.

 

Pour les nouvelles de Raymond F. JONES parues dans les pages de Galaxie, c’est par ici !

Prochain bonus : Tamerlan des coeurs.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Merci pour votre commentaire, il sera publié une fois notre responsable revenu du Centaure (il arrive...)

Le PReFeG vous propose également