21 juin, 2026

Cadeau bonus : Fiction Spécial n °8 : L'Âge d'or de la science-fiction - Astounding 1ère série, 1940-1947 (Décembre 1965)

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Prévu pour le mois de Novembre 1965, et donc mentionné comme un numéro 144 bis, c'est avec un petit mois de retard que parait le Fiction Spécial n°8. Quelle n'est pas notre surprise de constater un revirement dans la politique éditoriale, qui s'était déclarée vouloir développer le champ de publication d'une science-fiction européenne (et forte de 4 anthologies consacrées aux auteurs français ainsi qu'une aux auteurs italiens).
Car c'est la science-fiction à l'américaine, et celle datée des années 1940 qui plus est !, qui est mise à l'honneur, à travers un choix des nouvelles les plus marquantes parues dans la revue "Astounding", pionnière du genre, sous le titre "L'Âge d'Or de la science fiction".

On ne saurait jamais assez questionner la notion "d'Âge d'Or", toujours acoquinée d'une appartenance à "l'originel" (la faute à Hésiode !), comme si tous les développements ne valaient jamais l'original, n'arrivaient jamais à le surpasser, ni même l'égaler. Le 4ème de couverture évoque même "La science fiction à son sommet", signifiant par-là que tout le reste depuis n'est que dégénérescence ou descente dans les bas-fonds (de la qualité, sous entendu).
Argument publicitaire sans aucun doute, mais qui ne manque pas de jeter le trouble dans le rôle que désire afficher la revue dans la promotion d'un genre encore peu admis en tant que tel, en France du moins, dans les rangs de la littérature générale (et chez les grands éditeurs français). Un tant soit peu "réactionnaire" dans son choix, donc, ce numéro Spécial sera même le premier d'une longue série d'anthologies consacrées aux auteurs outre-atlantiques d'antan.

En réalité, les huit nouvelles qui constituent cette anthologie ne reflètent pas entièrement le choix de l'équipe française de Fiction. Il s'agit de la traduction d'une anthologie américaine célébrant la revue de John W. Campbell : "The first Astounding S. F. anthology". L'ensemble est traduit par un Pierre Billon qui a dû travailler d'arrache-pied pour livrer (presque) à temps la matière que voilà, et qui, avouons-le tout de même, est de bonne, voire de très bonne qualité.

Sommaire du Fiction Spécial n°8 :
1 - (non mentionné) , Introduction, pages 5 à 6, introduction
2 - Robert HEINLEIN, Il arrive que ça saute (Blowups Happen, 1940), pages 9 à 55, nouvelle, trad. Pierre BILLON
3 - Jack WILLIAMSON, Le Renégat (Hindsight, 1940), pages 56 à 75, nouvelle, trad. Pierre BILLON
4 - Alfred Elton VAN VOGT, Le Caveau de la bête (Vault of the Beast, 1940), pages 77 à 103, nouvelle, trad. Pierre BILLON
5 - Lyon Sprague DE CAMP, L'Exalté (The exalted, 1940), pages 105 à 128, nouvelle, trad. Pierre BILLON *
6 - Lewis PADGETT, Point de rupture (When the Bough Breaks, 1944), pages 129 à 155, nouvelle, trad. Pierre BILLON *
7 - Henry KUTTNER, Combat de nuit (Clash by Night, 1943), pages 157 à 217, nouvelle, trad. Pierre BILLON *
8 - Murray LEINSTER, Premier contact (First contact, 1945), pages 219 à 252, nouvelle, trad. Pierre BILLON
9 - Eric Frank RUSSELL, Violon d'Ingres (Hobbyist, 1947), pages 253 à 286, nouvelle, trad. Pierre BILLON

* Nouvelle restée sans publication postérieure à celle présentée ici.

FICTION présente son nouveau numéro Spécial :

L'introduction tout d'abord ...

Dans l’histoire de la science-fiction américaine, 1937 est une date déterminante : c’est celle à laquelle John W. Campbell devint rédacteur en chef de la revue Astounding Science Fiction. Celle-ci existait déjà depuis sept ans, mais c’est seulement sous l'impulsion de Campbell qu'elle devait prendre une importance capitale, et occuper la place qui fut la sienne entre 1940 et 1955 : celle de la meilleure revue américaine dans ce domaine.

Avant Campbell, il n’existait pas de magazine de science-fiction sérieux digne de ce nom. Avec lui, le nom même de Astounding devint le symbole d'une science-fiction adulte, cohérente, scientifiquement vraisemblable, empreinte d’un souci de réalisme : caractéristiques qui firent prendre au genre un tournant décisif et le marquèrent durablement.

Parmi les auteurs découverts par Campbell à cette époque et publiés en vedette par Astounding, figurent la plupart des grands maîtres de la science-fiction : Robert Heinlein, Isaac Asimov, A. E. van Vogt, Clifford D. Simak, Theodore Sturgeon, Henry Kuttner, etc. Sans compter ceux qui, tels Jack Williamson ou Murray Leinster, avaient fait leurs débuts auparavant mais écrivirent dans Astounding leurs œuvres les plus achevées.
On peut donc bien, en se référant à la carrière de ce magazine prestigieux, parler d'un Age d'Or de la science-fiction : l’époque où celle-ci s'affirma pour la première fois comme un genre littéraire.

De cet Age d'Or, une image est offerte pour la première fois par cette anthologie, où sont groupés huit grands récits publiés dans Astounding entre 1940 et 1947. (Une seconde anthologie, à paraître l’année prochaine, regroupera des récits publiés de 1947 à 1951.)

... et le quatrième de couverture :

LA SCIENCE FICTION A SON SOMMET

La science-fiction nous entraîne
vers des planètes étranges,
vers les merveilles d'un lointain futur,
vers les horreurs possibles de la vie
sur Terre dans un siècle d'ici.
Les bases de la science-fiction moderne
furent jetées aux Etats-Unis
par le magazine Astounding
qui dans les années 1940
servit de tremplin à tous
les grands auteurs d'aujourd'hui.
Dans cette anthologie, vous trouverez
huit grands récits appartenant
à cet Age d'Or de la science-fiction,
huit récits dont les thèmes ont fait date.
Vingt années plus tard,
ces œuvres restent mémorables.

Un merveilleux stimulant de l'imagination !

L'avis du PReFeG :

Une chose frappe de prime abord : l'éblouissante distraction des auteurs américains de cet autoproclamé "Âge d'Or" envers un conflit qui ravageait l'Europe. Les quatre premiers récits datent de 1940, dont celui de Heinlein, qui, s'il parle d'énergie atomique, celle-ci ne semble dépendre que de la seule exploitation américaine de l'uranium ; s'il parle de bombe, ce n'est que pour décrire le moteur de la centrale atomique dont on redoute l'instabilité conceptuelle.
Jack Williamson quant à lui évoque peut-être, en cette même année 1940, le nazisme triomphant lorsqu'il met en scène des hordes de pirates devenus plus puissantes que les planètes-états, et donc inévitablement tentées par l'impérialisme, mais le héros qui leur désobéira ne le fera pas par idéologie, mais par patriotisme.
Les nouvelles de Van Vogt et de Sprague de Camp datant de cette même année renforcent cette impression que l'Amérique, alors, regardait ailleurs, et que la science-fiction de cet Âge d'Or n'avait pas pour mission d'extrapoler l'avenir à partir des éléments du présent, mais bien au contraire de distraire du présent avec des éléments imaginés pour l'avenir - soit toute la différence entre spéculation et fantasme.

Placer la nouvelle de Robert Heinlein Il arrive que ça saute en toute première position est sans doute ce qui induit le plus cette impression d'une Amérique distraite. Le choix du thème de la nouvelle de Heinlein - l'énergie atomique - est pourtant au cœur des préoccupations militaires de cette seconde Guerre Mondiale qui n'est, en 1940, pas encore arrivée au bout de ses atrocités. Nous avons là une étrange SF d'avant-guerre où la puissance atomique n'est pas déjà envisagée comme une arme, même dissuasive. Heinlein nous dépeint un futur (à travers les cabines de métro individuelle et les super véhicules qui transporte les protagonistes en un éclair) dispendieuse en énergie par sa technologie, mais qui n'a pas dépassé le stade de la recherche sur la fission de l'uranium. S'ensuit un récit sans doute un peu naïf sur les dangers réels d'une centrale atomique, mais dont le risque de panne ou d'explosion ne résulterait que d'un défaut de surveillance humaine, ou de la névrose qui toucherait les ingénieurs, surveillants eux-mêmes surveillés par des psychiatres toujours sur leurs talons. Pas vraiment de la SF donc, du moins de nos jours, mais bien plutôt du retrofuturisme un peu trop didactique pour parvenir à nous emmener très loin dans les anticipations.
On pourrait reprocher aussi la morgue et le grand sérieux un peu naïf avec lequel Heinlein aborde son récit (on le connait heureusement plus léger, notamment dans ses récits adressés à un plus jeune public). Le passage suivant, par exemple, qu'on pourrait juger humoristique, du moins satyrique, ne l'est en fait pas du tout  :

Il leur exposa le schéma d’un projet de campagne de propagande à l’échelle nationale, telle qu’une grande firme de publicité en pouvait entreprendre couramment. Elle était complète jusqu’au moindre détail : émissions radiophoniques, tracts, publicité dans les journaux et les magazines avec éditoriaux de commande, « comités de citoyens » factices et – chose importante entre toutes – une campagne de bouche à oreille et une organisation de lettres au Congrès. Chaque homme d’affaires présent savait d’expérience comment tout cela fonctionnait.
On retrouvera ce type de plan de propagande souvent joliment moqué par Frederik Pohl et Cyril Kornbluth - dans Planète à gogos, par exemple.
Quoi qu'il en soit, Heinlein, malgré un style ici très bavard, connait déjà son métier et arrive tout de même à produire un texte agréable à suivre.

Le fait de pouvoir changer depuis l'avenir le cours du passé et ainsi remodeler des batailles perdues en victoire, cela serait une arme redoutable. Mais n'y a-t-il pas des facteurs qui échappent au jeu des causes et des conséquences ? Voilà la question posée par Jack Williamson, dans Le renégat, et qui semble rendre inéluctable la marche des événements…

Dans Le caveau de la bête, A. E. Van Vogt reprend à son compte l'idée de Campbell (in La chose d'un autre monde) d'un envahisseur métamorphe extraterrestre, et place le lecteur en témoin de son intimité intérieure. Comme toujours chez cet auteur, les enjeux sont énormes, toujours trop, et un seul homme parvient à déjouer tous les pièges. On adhère ou pas.

Dans la série des nouvelles "Moquons allègrement la morgue des grandes universités et leurs pompeux professeurs", après les écrits de Reginald Bretnor ou de Robert Abernathy, par exemple, Lyon Sprague de Camp et L'exalté proposent une jolie collection d'inventions farfelues mais qui pourraient toutes se prétendre sujet d'une nouvelle chacune. Inepte, on jugera même certains aspects de la traduction - comme le langage de l'ours parlant - un peu déplacés, mais l'ensemble demeure cocasse.

" L’humour n’est pas un sens inné, mais il se développe essentiellement sur le fond de cruauté qui existe chez la plupart des individus. Plus un intellect est primitif, plus son sens de l’humour est élémentaire. Il est probable qu’un cannibale s’amuserait prodigieusement de voir sa victime se débattre dans la marmite. Un homme glisse sur une peau de banane et se rompt le cou. À ce moment, l’adulte cesse de rire ; l’enfant, pas. Une situation embarrassante est tout aussi pénible pour un individu civilisé que la douleur physique. Un bébé, un enfant, un crétin sont incapables de pratiquer l'altruisme. Aucun d’eux ne peut s’identifier avec un autre individu. Il manifeste un regrettable égotisme ; son comportement est régi par des règles entièrement arbitraires et le contenu de la poubelle, répandu à travers la chambre à coucher, ne semblait nullement comique aux yeux de Myra et de Calderon. "
De l'humour, certes ; mais on retrouve aussi deux des thèmes de prédilection du couple Lewis Padgett : les enfants qui s'adonnent aux dangereuses expériences que leur alloue une intelligence hors-norme, ainsi que la machine infernale de la fatalité dont le ressort est remonté à bloc, mais qui n'empêche pas l'audace humaine de tenter d'en enrayer la marche et d'atteindre le Point de rupture.

A noter : cette nouvelle datée de 1941 par la revue, a été publiée originellement en novembre 1944, dans le même numéro d'Astounding qui édite "Killdozer" de Theodore Sturgeon.

On croirait lire du Poul Anderson : même application à rendre crédible un monde - ici celui des bases sous-marines de Vénus, même sens des péripéties aux enjeux croisés dans des batailles qui font rage d'une part entre armées, et d'autre part aux fins fonds d'un protagoniste encerclé par ses contradictions... Mais dans Combat de nuit, la guerre n'est pas perçue comme un élan vital, la victoire a l'amertume des vanités, et le combat ne vaut que par l'absurdité de sa cause. Une bonne novella de Henry Kuttner demeurée introuvable depuis.

Premier contact : une première rencontre entre terriens et extraterrestres a lieu dans les circonstances particulières d'explorations spatiales. Or, chaque corps de vaisseau se doit de ne rien révéler de son berceau d'origine avant que ne puisse s'installer une confiance réciproque et inconditionnelle, conditions éminemment rares et périlleuses. La nouvelle tourne et retourne ce problème dans tous les sens pour chercher à éviter l'inévitable conflit, jusqu'à... Un bel hymne à l'amitié entre les peuples du vétéran du genre Murray Leinster.

Tel Robinson Crusoé, un explorateur patenté se retrouve naufragé sur une planète étrangère, loin de toutes routes galactiques, et sans pouvoir ni se localiser, ni repartir. Une première énigme s'impose à lui, puis une autre… Le récit suit des péripéties de raisonnements et de sang-froid extraordinaires, qui pourraient paraître un peu factuels et froids s'il n'y avait pas la présence cocasse de Laura, un beau perroquets ara au langage bien fleuri. Une belle nouvelle bien équilibrée d'Eric Frank Russell, dont la raison d'être du titre, Violon d’Ingres, ne se dévoile qu'à la toute fin.

On terminera sur une petite note de la rédaction à propos de cette nouvelle, écrite après-guerre, et qui semble faire état d'une science-fiction déjà différente de celle des années passées : " Son récit est l’un des plus curieux et des plus recherchés du présent numéro, et il annonce sans contredit un type nouveau de science-fiction à résonances psychologiques, tel qu’il commençait à se dessiner à la fin des années 1940. " Ceci annonce surtout le second volet de cette anthologie de la revue Astounding, et qui fera l'objet du Fiction Spécial n°9 (n°150 bis de mai 1966).

 

    Rapport du Centaurien pour le PReFeG (Juin 2026)
  • Relecture
  • Très rares corrections orthographiques et grammaticales
  • Ajout du sommaire, de la page d'annonce du Fiction Spécial 9, et du quatrième de couverture
  • Vérification des casses et remise en forme des pages de titre
  • Mise au propre et noms des fichiers html
  • Mise à jour de la Table des matières
  • Mise à jour des métadonnées (auteurs, résumé, date d'édition, série, collection, étiquettes)

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2 commentaires:

Merci pour votre commentaire, il sera rapidement publié après examen par notre Centaurien (promis !)

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