09 août, 2023

Galaxie (1ère série) n°042 – Mai 1957

Quelques nouveaux venus pour des nouvelles très « années 50 », certaines fort audacieuses pour leur époque ! 

Un clic droit sur ce pionnier en jeans ?

Sommaire du Numéro 42 :

1 - Maurice LIMAT, Une créature dangereuse..., pages 3 à 14, nouvelle *

2 - Daniel F. GALOUYE, Que la lumière soit !... (Seeing-Eye Dog, 1956), pages 15 à 28, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par CAL *

3 - COLLECTIF, Votre courrier, pages 29 à 31, courrier

4 - Evelyn E. SMITH, À votre service ! (Helpfully Yours, 1955), pages 32 à 56, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Ed EMSH

5 - Robert SHECKLEY, Le Créateur (Proof of the Pudding, 1952), pages 57 à 66, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par WILLER

6 - Poul ANDERSON, La Vierge aux rochers (The Light, 1957), pages 67 à 75, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par DILLON

7 - Harry Jr. WARNER, Fâcheuse rectification (Rattle OK, 1956), pages 76 à 90, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Virgil FINLAY *

8 - Jimmy GUIEU, Les Soucoupes volantes, pages 91 à 93, chronique

9 - J. F. BONE, Un homme qui revient de loin (Survival type, 1957), pages 95 à 118, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Fred KIRBERGER *

10 - (non mentionné), Saviez-vous que..., pages 119 à 119, notes

11 - Christopher ANVIL, L'Espion au manteau bleu céleste (Advance Agent, 1957), pages 120 à 144, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Virgil FINLAY *

 

* Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.

 

« La fille de la Terre disait ce qu’étaient les femmes de sa planète, épouses dévouées et fidèles, sœurs charmantes, mères sublimes, symbolisées par une Vierge immortelle offrant au monde le cœur d’un Enfant Divin. »

Maurice Limat, auteur de ces lignes dans Une créature dangereuse, demeure serti à l'idéologie phallocrate qui fait de la femme un doux objet de mère ou d'épouse dévouée. Bien qu’on y retrouve les figures mythologiques de la belle étrangère (Hélène de Troie, Médée…) qui suscite la jalousie, Limat ne fait que décaler ces figures sur des mondes étrangers - mais cela n'en fait pas de la S.F. pour autant.

La ligne est mince, d’ailleurs. Dans Que la lumière soit !, Daniel F. Galouye part d’une belle idée de base pour déboucher sur un développement policier. L’ambiance de cette bonne nouvelle reste cependant celle du XXème Siècle occidental.

Dans À votre service, par Evelyn E. Smith, la « bulle de présent » est encore plus assumée : nous voici au coeur de la rédaction d’une rubrique du courrier d'une espèce extraterrestre considérant avec un peu de condescendance les terriens gentiment colonisés. C’est finalement l’enjeu qui en fait une nouvelle de Science-Fiction : faire pour chacune des espèces son chemin vers l'autre, tant qu'il n'est pas trop tard, voilà ce que préconise E. E. Smith.

Avec Le Créateur, par Robert Sheckley, la question du genre littéraire ne se pose décidément pas. Solitude du créateur de toute chose, insoluble débat ontologique que de déterminer ce qui existe ou non. Du Sheckley tendre et philosophique.

La Vierge aux rochers est une nouvelle un peu idéologique de Poul Anderson, sur les premiers pas sur la Lune et la nécessité de sortir de la Guerre Froide… gagnée par les "hommes libres" - encore faudrait-il remettre en question la position coloniale du "premier arrivé, premier possesseur".

Dans Fâcheuse rectification, un récit un peu léger de livraison de marchandises dans le passé, par Harry Warner Jr., tout n'y est pas si explicite. On appréciera les très belles illustrations de Virgil Finlay.

Un homme qui revient de loin, de J. F. Bone, ne nous propose pas tout à fait de la pantropie, mais bien une chance de s'adapter à la nature d'un monde plutôt que de le faire mécaniquement à sa main. Une belle nouvelle bien menée et d'un optimisme rafraîchissant. On pourra notamment y lire :

« Du fait de son climat chaud et de ses pluies perpétuelles, Niobé était l’endroit rêvé pour cultiver une plante de marécage, la viscaya. Cette plante, originaire d’Algon IV, contenait un combiné d’alcaloïdes, le gérontin, qui avait la propriété de doubler, de tripler, et parfois même de quadrupler la durée normale de la vie des mammifères. Il était donc évident que la culture intensive de la viscaya présentait un intérêt considérable pour la Confédération des Mondes. Aussi, dès sa découverte, s’était-on efforcé de la transplanter sur toutes les planètes où elle pouvait s’acclimater. »

On retrouvera cette idée d'une plante très convoitée reposant au cœur de la construction de toute la civilisation galactique dans le célèbre Dune de Frank Herbert (1965).

Imaginer une sélection sous forme de jeu compétitif, comme dans nos actuels jeux de "télé-réalité", aurait été jugée comme une S.F. bien audacieuse dans les années 50. Christopher Anvil s'en approche avec L’espion au manteau bleu céleste, une histoire d'espionnage et d'enjeux industriels sur une planète hors norme. 



Le numéro 43 de Fiction en parlera à son tour le mois suivant, un procédé semblait avoir été mis au point pour l’apprentissage « hypnopédique », « subliminal », dirions-nous maintenant, de savoir factuel. Voyons cette petite lettre adressée à la rédaction de Galaxie et sa réponse :

VOTRE COURRIER

« … Mon fils de quatorze ans est grand amateur d’anticipation. Il me soutient qu’il existe un système d’enseignement pendant le sommeil. Je me demande s’il n’a pas lu cela dans une des nouvelles que vous publiez.

M. CARTAUD, Limoges.

Ces méthodes, décrites il y a vingt-cinq ans, par Aldous Huxley, sont bel et bien appliquées depuis 1955 dans l’armée américaine pour l’enseignement des langues, de l’alphabet Morse, des codes de chiffrage. Des recherches à ce sujet se poursuivent également en France. 

L’élève enregistre lui-même son texte, puis il en écoute plusieurs répétitions à l’état de veille. Il n’a plus, alors, qu’à s’endormir tranquillement. Au bout de quatre heures et demie d’un sommeil normal, le « répétiteur », déclenché automatiquement, lui redira quinze fois de suite sa leçon à l’oreille, sans l’éveiller, ce qui représente environ une heure et demie d’étude inconsciente. Ensuite, la voix se taira pendant deux heures, au cours desquelles le subconscient assimilera. Puis, la nuit s’achèvera par une heure encore de répétition, suivie d’une heure de repos et d’assimilation. Enfin, après le lever, une dernière audition permettra de parfaire le travail. Un travail pour lequel l’effort mental est réduit, parait-il, de 80 %. L’état de détente physique et de concentration mentale d’un dormeur le rendrait particulièrement sensible à la « suggestion auditive ».

Naturellement, la méthode hypnopédique ne peut être utilisée que pour des matières faisant appel uniquement à la mémoire : dates historiques, formules algébriques, vocabulaires, etc… Mais n’est-ce pas justement ce qu’il y a de plus fastidieux à apprendre ? Souvenez-vous ?… »

02 août, 2023

Galaxie (1ère série) n°041 – Avril 1957

Un récit inédit de Frederik Pohl, ça n’est pas si courant ! Plusieurs autres sont restés sans publication depuis, malgré leurs bonnes qualités.

 

Livraison de symboles phalliques Poil au clic !

Sommaire du Numéro 41 :
 

1 - Jimmy GUIEU, Vacances spatiales, pages 3 à 28, nouvelle

2 - Katherine MacLEAN, Contagion (Contagion, 1950), pages 29 à 41, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par (non mentionné)

3 - Arthur SELLINGS, Accord verbal (Verbal Agreement, 1956), pages 42 à 57, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Dick FRANCIS *

4 - Winston K. MARKS, Mariage en deux temps (Mate in Two Moves, 1954), pages 58 à 70, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par ASHMAN *

5 - Jimmy GUIEU, Les Soucoupes volantes, pages 71 à 73, chronique

6 - Frederik POHL, La Dame aux manches vertes (My Lady Greensleeves, 1957), pages 75 à 100, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Jack GAUGHAN *

7 - Richard DEMING, La Vie future de Reilly (The afterlife of Reilly, 1954), pages 101 à 114, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Dick FRANCIS *

8 - COLLECTIF, Votre courrier, pages 115 à 116, courrier

9 - William TENN, Le Choix d'un monde (It Ends with a Flicker / Of All Possible Worlds, 1956), pages 117 à 128, nouvelle, trad. (non mentionné), illustré par Jack GAUGHAN *

10 - Robert SHECKLEY, Tout ce que nous sommes (All the Things You Are, 1956), pages 129 à 138, nouvelle, trad. (non mentionné)

11 - (non mentionné), Saviez-vous que..., pages 139 à 139, notes

12 - Willy LEY, Si la Terre chavirait..., pages 141 à 144, article, trad. (non mentionné)

 * Nouvelle restée sans publication ultérieure à ce numéro.


Vacances spatiales, de Jimmy Guieu, ouvre ce numéro. Guieu est bon dans la péripétie et l'aventure, et cette nouvelle ne pourra pas prétendre aller plus loin. Pour illustrer nos retenues, on pourra y lire par exemple :

 

On quittait la Terre le samedi à 14 heures et l’on se posait, vers 14 h 30, sur Mars ou sur le « Continent Rouge » de Jupiter, d’où l’on repartait le dimanche soir ou le lundi matin, afin d’être rentré à temps pour reprendre ses occupations.

Guieu fait ici la démonstration involontaire de ce que les théoriciens universitaires de la S.F. appellent la "bulle de présent", à savoir la limite de l'imagination à penser les changements profonds et radicaux des temps à venir. Ici, par exemple, il serait inconcevable de se figurer une société organisée dans une géographie urbaine ou concentrée de la société humaine quand la notion même de territoire ou de zone de circulation est à ce point étendu et le temps de déplacement réduit à l'extrême. Bien entendu, il est aisé pour le lecteur du 21eme siècle de détecter de tels bulles de présent dans la littérature des années 50. Mais tout de même, il est un peu infantile de poser des postulats aussi révolutionnaires que le voyage à la vitesse de la lumière et de n'en faire qu'une possibilité d’escapade touristique. Allez, ça n'est pas grave Jimmy. Sans rancune !

 

Dans Contagion, de Katherine MacLean, On retrouve bien formulé le débat pantropie / terraformation (voir Fiction n°45) :

 

Alexandre Mead, le chef de notre famille, était un biologiste de grande valeur et, par ailleurs, un personnage avec lequel il valait mieux ne pas discuter. Il s’opposait à ce que nous changions complètement la face de Minos en y introduisant nos propres cultures. Il préférait modifier nos propres gènes pour sauvegarder l’équilibre de la planète ; et c’est ce qu’il fit.

 

On verra comment la pantropie s’impose pour cette planète piège. Une bonne nouvelle.

 

Accord verbal, de Arthur Sellings, est une belle nouvelle qui décrit les carences langagières des sociétés de télépathes… Et le triomphe de Calliope.

 

Et si l'amour était épidémique ? Mariage en deux temps, par Winston K. Marks, est une bluette dont le titre prend tout son sens à la chute, mais Marks aurait eu là matière à développer davantage les effets sociaux, voire moraux. Sympathique au demeurant.

 

Aujourd’hui, c’est la saint Jimmy ! Dans sa chroniques Les soucoupes volantes, Jimmy Guieu pose une étape de plus dans l’élaboration de son complotisme : nommer pour faire communauté. (Ouraniens : nom générique donné par la C.I.E.O. aux occupants des S.V.). Une fois n’est pas coutume, reconnaissons-lui le mérite de savoir inventer de bons scénarii :

 

« (…) nous pensons que les Ouraniens sont susceptibles de reculer la prise de contact jusqu’à ce que les Terriens aient mis au point et lancé leurs premiers astronefs à destination de la Lune. À ce moment, l’homo sapiens, ouvrant l’ère de l’Astronautique, sera « mûr » pour être contacté par ceux qui, depuis des siècles ou des millénaires, l’ont devancé sur les voies de l’espace cosmique… »

 

Oui, c'est bien l'idée qui sera reprise par A. C. Clarke dix ans plus tars dans sa nouvelle "La sentinelle", qui deviendra "2001 l'Odyssée de l'espace" (le livre ET le film).

 

Pour La dame aux manches vertes, une nouvelle inédite de Frederik Pohl, rappelons que le contexte de ségrégation aux USA est encore bien prégnant en 1957 (les ségrégations entre blancs et noirs dans les bus n’ont été levées qu’en novembre 1956). Décaler celui-ci sur les différences de classe, et plus encore de métiers, prouve bien par l’absurde son illégitimité sociale. Du Pohl un peu léger littérairement, mais bien mené au niveau des péripéties.

 

La vie future de Reilly, par Richard Deming, est une bonne nouvelle qui joue habilement sur la duperie. La chute est très bien amenée.

 

 

Les classiques ingrédients de Le Choix D’un Monde : paradoxe temporel et peur de la bombe ; William Tenn s'en tire avec son humour sardonique habituel.

 

Une bonne nouvelle d'un Robert Sheckley presque tendre cette fois-ci, sur les difficultés des premiers contacts interespèces : Tout ce que nous sommes.

 


 

Pour l’énergie atomique encore en balbutiements quant à son développement, on connaissait déjà en 1957 les risques avant même de les avoir créés... En témoigne cet extrait de la rubrique Saviez-vous que :

 

SAVIEZ-VOUS QUE… l’utilisation de l’énergie atomique à des fins industrielles pose un grave problème quant à l’enlèvement des déchets radioactifs.

 

ON compte qu’il faudra stocker ces déchets en lieu sûr pendant une période de dix à vingt ans avant de les noyer dans les grands fonds océaniques. Ce n’est qu’ainsi qu’on s’assurera de leur dispersion – de même que de l’affaiblissement de leur activité – sans risque de contamination excessive de l’eau des mers. En tout cas, la transformation de l’industrie ne se fera pas d’un seul coup, et les sources d’énergie « traditionnelles » – eau, charbon et pétrole – joueront encore pendant longtemps un rôle essentiel dans l’économie mondiale.

26 juillet, 2023

Fiction n°045 – Août 1957

Petit traité de pantropie appliquée à l’ouverture de ce numéro de l’été 1957 de Fiction, avec James Blish comme ingénieur du concept, le tout assaisonné de nombreux textes restés sans publication depuis, et d’auteurs filant comme des comètes.

Sommaire du Numéro 45 :


NOUVELLES

 

1 - James BLISH, Survivance (Seeding Program / A Time to Survive, 1956), pages 3 à 51, nouvelle, trad. Régine VIVIER

2 - Cecil Scott FORESTER, Destin anticipé (Payment anticipated, 1956), pages 52 à 61, nouvelle, trad. Roger DURAND *

3 - Gérard KLEIN, Le Bord du chemin, pages 62 à 66, nouvelle

4 - Robert BLOCH, Cher fantôme ! (The Proper Spirit, 1957), pages 67 à 73, nouvelle, trad. Evelyne GEORGES

5 - Guy DeANGELIS, Porte à porte (Door to door, 1953), pages 74 à 85, nouvelle, trad. Bruno MARTIN *

6 - Gali NOSEK, Fée, pages 86 à 88, nouvelle *

7 - Tom GODWIN, Opération Opéra (Operation Opera, 1956), pages 89 à 99, nouvelle, trad. Evelyne GEORGES *

8 - Rodger LOWE, Qui est à la porte ? (Who's counting, 1955), pages 100 à 101, nouvelle, trad. Alex DIEUMORAIN *

9 - MichelCARROUGES, Une vache indomptable, pages 102 à 116, nouvelle *

 

CHRONIQUES


10 - Marcel BRION, En marge du récent festival de Bordeaux : L'Art Fantastique, pages 117 à 125, article *

11 - F. HODA, L'Homme rétréci, Maurice Renard et Richard Matheson, pages 127 à 129, article

12 - COLLECTIF, A propos de l'affaire Renard-Matheson. Enquête en forme de débat, pages 131 à 134, notes *

13 - Jacques BERGIER & Gérard KLEIN & Igor B. MASLOWSKI, Ici, on désintègre !, pages 135 à 138, critique(s)

14 - (non mentionné), Service Bibliographique Etranger, pages 139 à 141, article

 

* Texte  resté sans publication ultérieure à ce numéro.

Première nouvelle (et seule prépublication) du recueil "Semailles humaines" (qui paraîtra retraduite par Michel Deutsch dans la collection Galaxie Bis en 1968), Survivance, par James Blish, est une novella très "hard science" qui mérite qu'on s'y accroche. James Blish y pose le concept de pantropie, en l'opposant à celui de terraformation, et ébauche les problématiques que cela soulève. L'introduction à la nouvelle fait état de ce concept de "pantropie".

« Il paraît certain maintenant que les planètes du système solaire ne seront pas habitables par l'homme tel que nous le connaissons. Mais l'homme peut être modifié. Les plus grands biologistes, Jean Rostand en particulier, sont d'accord sur ce point. Ce sont les conséquences extraordinaires de la création d'une nouvelle espèce humaine qui nous sont décrites dans ce court roman. James Blish a exploré dans d'autres histoires le concept imaginé par lui de la « pantropie », c'est-à-dire de la science tendant à adapter génétiquement l'homme aux planètes. C'est l'origine même et le premier succès de la méthode pantropique qu'il a entrepris de relater ici. Il le fait en mêlant de façon passionnante les idées scientifiques, l'étude des caractères et l'aventure. »

En rendant à César ce qui revient à César, Blish s'offre même le luxe de citer l'auteur et philosophe Olaf Stapledon, le premier théoricien de la pantropie (1930 "Last and firts men" – VF en 1972 dans la collection Présence du futur n°155 : « Les derniers et les premiers », que nous vous proposons en bonus ici). Voici ce qu’en dit Blish :

" L'idée de modifier génétiquement le matériel humain de manière qu'il pût vivre sur les planètes telles quelles, plutôt que de procéder à une transformation des planètes pour les accommoder aux gens, remontait à Olaf Stapledon. Nombreux avaient été les écrivains à reprendre ce thème après lui. En fait, l'origine en était aussi vieille que Protée, et aussi profondément enfouie dans la mémoire humaine que le loup-garou, le vampire, les substitutions magiques d'enfants, la transmigration des âmes."

Nous verrons dans la suite des articles de ce numéro 45 posé le problème de la paternité des idées des auteurs de Science-Fiction, avec la polémique autour de Richard Matheson ayant pu plagier Maurice Renard.



MISE A JOUR du 08 Juillet 2024 : 

Dans un article de fond sur James Blish qui paraîtra dans le numéro 70 de Fiction, Gérard Klein écrira, à propos de la "pantropie" :

"Blish a inventé un terme pour qualifier une tentative prodigieuse : la pantropie. Deux thèses s’affrontent en ce qui concerne la colonisation des autres mondes. Les tenants de la première défendent le « terraforming », c’est-à-dire l’adaptation des mondes colonisés à l’homme, ou encore la vie sous d’immenses globes protecteurs. Mais d’autres, plus hardis, préconisent l’adaptation de l’homme aux mondes neufs. Ils estiment que le temps est venu pour l’espèce humaine de devenir aussi multiple que l’univers, et d’assumer ici et là des formes différentes recouvrant toutes la même qualité humaine. Les oppositions sont nombreuses, violentes, mais la pantropie, parce qu’elle est réaliste, en triomphera.

On voit le lien avec la mythologie de Stapledon. L’humanité pour Stapledon englobait toutes ces espèces étalées sur des millions d’années. L’humanité pour Blish, c’est ce grouillement de races différentes répandues sur des millions de mondes. Dans une perspective comme dans l’autre, la notion de forme humaine, de nature humaine, de canons prescrits de toute éternité, cède, éclate et se perd dans l’abîme réservé aux concepts dépassés. Et dans une œuvre comme dans l’autre, on retrouve au fond la même confiance dans la plasticité presque infinie de la vie, et de notre espèce. Et c’est cette confiance même qui donne aux deux écrivains le plus de chance de survivre dans la mémoire des hommes, de ceux au moins qui n’attachent pas une valeur finale à la courbe d’un front ou à la couleur d’une peau."

JAMES BLISH, L’INTELLECTUEL DE LA S. F. - Gérard Klein, in Fiction n°70 (septembre 1959) 


Destin anticipé, par Cecil Scott Forester, est une bonne petite nouvelle très bien construite, fantastique de ton mais SF par son thème. Un bon cocktail sur un ton faussement détaché plutôt plaisant.

On retrouve le goût de Gérard Klein pour le décalage des perceptions, et entrevoir une autre façon d'appréhender le monde, dans Le bord du chemin. Et que celui qui n’aime pas lui jette la première pierre !

Petite nouvelle moins surprenante que les précédentes de Robert Bloch, Cher fantôme ! reste sympathique, au demeurant.

Fée, de Gali Nosek, est par contre une plainte un peu mièvre. Dommage.

Dans Qui est à la porte ? de Rodger Lowe, nous voilà avec un nouveau traducteur (Alex Dieumorain) mais une nouvelle bien trop courte pour qu'on adhère à l'enjeu. Dommage là aussi.

Confrontations d'esthètes avec Opération Opéra, de Tom Godwin ; ou : quand la morale terrienne se mêle d'art extraterrestre. Un débat sans fond et insoluble…

Porte à porte, de Guy DeAngelis, propose une variation dans le style de « L'invasion des profanateurs » (Jack Finney), mais ici l'ambigüité sur la folie paranoïaque de la protagoniste principale est pleinement conservée, pour un résultat assez terrifiant.

Cocorico ! Dans Une vache indomptable, Michel Carrouges émet une distinction très intéressante entre voyager dans le temps et le côtoyer. Une règle qui rappelle "L'invention de Morel" de Bioy Casarès.

Suit un très bon article de l’érudit Marcel Brion, L'art fantastique, dont la suite paraîtra dans le n°46 du mois suivant. Ce sera décidemment la mode des articles en épisodes, avec une polémique rapportée par F. Hoda dans sa rubrique L'écran à quatre dimensions, ou comme nous l’indiquions en début de cet article, Richard Matheson est accusé par le fils de Maurice Renard d’avoir plagié « Un homme chez les microbes » dans son « Homme qui rétrécit ». En effet, cette polémique rebondira dans deux numéros suivants de Fiction (47 et 48).

Dans Ici, on désintègre !, la revue des livres qui clôt généralement la revue, Gérard Klein écrit, au détour d’une recension d’un ouvrage de Jacques Bergier :

« Jacques Bergier signale la possibilité présente de détruire sélectivement certaines plantes en en épargnant d'autres, et de transformer par exemple les jungles de l'Amazonie en grenier à riz ou à maïs de la terre entière, éliminant ainsi la faim qui ravage une moitié du monde et dont le spectre hante l'autre. »

Cela nous éclaire sur la mentalité et les urgences des années 1950, avec cette tragique méprise qui pose comme inutile pour la planète la forêt amazonienne en l'état. Le spectre de la faim occulte toute lucidité. Mais plus loin, Klein écrit :

« L'écologie enseigne que l'on ne détruit pas impunément les équilibres existants. »

Ah ! Tout de même !



Sans aucun rapport avec la contribution au réchauffement climatique lié aux "Bigs Datas", le PReFeG est heureux de constater avoir dépassé les 25 000 vues le 20 juillet 2023 ce qui double sa visibilité de l'année passée en deux fois moins de temps. Attention au décollage !!!

19 juillet, 2023

Fiction n°044 – Juillet 1957

Les brumes de la folie sont explorées dans tous leurs aspects, des plus déroutants aux plus psychanalytiques, pour un numéro de Fiction aujourd’hui tout juste âgé de 66 ans – et pas une ride !

Please right-clic me !

Sommaire du Numéro 44 :

NOUVELLES

 

1 - André COYPEL, Le Brouillard blanc, pages 3 à 6, nouvelle *

2 - Julia VERLANGER, Brouillard qui tue, pages 6 à 18, nouvelle *

3 - Daniel F. GALOUYE, L'Asile (Sanctuary, 1954), pages 19 à 47, nouvelle, trad. Bruno MARTIN

4 - Theodore STURGEON, Et voici les nouvelles... (And Now the News..., 1956), pages 48 à 65, nouvelle, trad. Bruno MARTIN

5 - Robert F. YOUNG, Poète, prends ton luth... (Emily and the Bards Sublime, 1956), pages 66 à 75, nouvelle, trad. Evelyne GEORGES

6 - Michel JANSEN, Weerwolf, pages 76 à 81, nouvelle

7 - Alan Edward NOURSE, Le Cobaye (The Expert Touch, 1955), pages 82 à 95, nouvelle, trad. Roger DURAND *

8 - Robert BLOCH, Ève au pays des merveilles (All on a Golden Afternoon, 1956), pages 96 à 118, nouvelle, trad. Jacqueline PERRIN & Michel PERRIN

 

CHRONIQUES


9 - Gérard KLEIN, Lewis Carroll, l'explorateur, ou les voies de l'imaginaire, pages 119 à 125, article *

10 - Alexandre KAZANTZEV, Préface à "Fahrenheit 451" de Ray Bradbury, pages 126 à 127, préface, trad. Jacques BERGIER

11 - Jacques BERGIER & Alain DORÉMIEUX & Igor B. MASLOWSKI, Ici, on désintègre !, pages 128 à 131, critique(s)

12 - Jacques BERGIER, La Critique des revues, pages 131 à 131, critique(s)

13 - (non mentionné), Service bibliographique étranger, pages 134 à 137, article

14 - F. HODA, Le Vingt-troisième siècle, pages 138 à 141, article

 

* Texte resté sans publication ultérieure à ce numéro.

On pense inévitablement au "Nuage pourpre" de M. P. Shiel en lisant Le brouillard blanc, de André Coypel. Ici, le récit est fait "de l'intérieur". Une nouvelle courte et efficace.

Fiction annonce son doublon : Brouillard qui tue, de Julia Verlanger est une bonne nouvelle d'épouvante, dans une ambiance provinciale bien rendue, mais peut-être un peu creuse quant à son contenu.

Et voici les nouvelles... Theodore Sturgeon décline son thème de l'inadapté social, en le confrontant au « réadaptateur » par essence : le psychiatre. Effet garanti pour une nouvelle à chute qu'on ne voit pas arriver.

Dans Poète, prends ton luth..., Robert F. Young, fin et cultivé, nous propose non seulement un regard avisé sur la modernité en marche, mais encore une alternative subtile à la déculturation. Ravissement de la démonstration que la poésie soit la vraie loi.

Avec Weerwolf, de Michel Jansen - Fiction nous annonce qu’il s’agit d’un pseudonyme de Jacques Van Herp – l’auteur belge nous propose un condensé d'enquête à la Harry Dickson. Van Herp sait recycler ses maîtres...

Le cobaye, par Alan E. Nourse, nous propose une bonne ambiance psychiatrique, mais il y manque un peu de l'expérience intérieure du cobaye pour faire décoller le tout. Appréciable tout de même.

Dans Ève au pays des merveilles Robert Bloch pose une riche idée qui ouvrirait sur une infinité de possibilités, et cette intuition déjà croisée chez James E. Gunn que les mathématiques pourraient être l'écriture de la magie. Du Robert Bloch pour une fois sans suspens ni épouvante, mais de l'humour et de l'inspiration.

« Le rêve individuel est faible. Mais couchez-le sur le papier, partagez-le avec d'autres et vous verrez son potentiel s'accroître considérablement. En se combinant, les charges d'électricité tendent à créer un plan permanent, un continuum de rêve, si vous le voulez bien. » 

On pourra retrouver cette idée dans la B.D. Providence de Alan Moore et Jacen Burrows (oú il est question de faire advenir l'univers de Lovecraft).

Côté articles et chroniques, Jacques Bergier propose une traduction d’une Préface à « Fahrenheit 451 » parue en URSS. On ne comprend toutefois pas bien la retenue de Bergier dans sa présentation . Cette préface est honnête mais n'a rien d'exceptionnel non plus.

Deux extraits pour finir de vous allécher. Dans la revue des livres, on lira :

« M. René Poirier raconte l'histoire d'un prophète moderne, un évangéliste américain nommé John Hendricks, mort en 1903 et qui, un jour, prêchant à l'emplacement de la future cité d'Oakridge la décrivit dans tous les détails. Il annonça même qu'on y fabriquerait une bombe qui mettrait fin à la plus grande guerre qu'il y ait jamais eue… »

Outre qu'on puisse se demander ce qu'un prêcheur pouvait bien faire à l'emplacement d'une future ville (dans le désert ?), encore une fois, évoquons Alan Moore et son étonnant roman « Jerusalem ». Moore y postule la possibilité d'entrevoir les temps passés et futurs d'un lieu à condition de ne pas en bouger spatialement.

Un gros morceau à présent : Lewis Carroll, l'explorateur, ou les voies de l'imaginaire, signé Gérard Klein. L’intégralité de cet article est aussi reproduit sur le site (malheureusement sur pause) quarante-deux.org (ici), mais l’introduction à elle seule est très intéressante sur un plan structuraliste, et replace la S.F.dans cette quête d'un monde où prévaut "l'infinité des possibles ".

Ce fut pour une large part la faute de Christophe Colomb. N'essayez pas de croire qu'il avait des circonstances atténuantes ou qu'un hasard malheureux le poussa dans cette direction désastreuse. Non. Ce fut bien sa façon de penser qui fut fautive. Ce fut bien Colomb qui déclencha l'effondrement du premier monde imaginaire. Honnie soit sa mémoire pour le meurtre des chimères.

Deux mille cinq cents ans plus tôt, le réel vivait de plain-pied avec l'imaginaire. L'inconnu commençait au-delà de la ligne des collines. Des êtres de feu dansaient juste en deçà de la grande rivière et à deux jours de marche, vers le nord, s'étendait le pays blanc des licornes. On pouvait y croire, somme toute. Personne n'avait été y voir. L'homme peuplait un immense damier où tout était possible. L'étrangeté était habituelle. Pourquoi la distance n'aurait-elle pas renforcé la différence et finalement sécrété le surnaturel ?

Du reste, les meilleurs témoignages concordaient. L'océanographe bien connu, Ulysse, nous a transmis par la plume de son biographe, Homère, bon nombre d'observations du plus haut intérêt scientifique. Il existait alors assez d'îles dans la Méditerranée pour abriter quelques dieux, quelques sirènes et quelques monstres. La surpopulation n'était pas telle qu'on dut les nier pour s'installer à leur place. On pouvait faire bon voisinage avec les gorgones et, le cas échéant, conclure de fructueux traités commerciaux avec le Minotaure. La volonté d'émerveillement faisait déjà place à la volonté d'effroi. Dans les premiers temps, l'homme en savait trop peu sur son habitat pour chercher à s'y accrocher et pour ne pas ménager ses voisins, même imaginaires ; une bonne façon de ne pas se faire d'illusions est de prévoir le pire. Mais le pire cesse rapidement de l'être, à moins qu'il ne se réfugie perpétuellement dans l'inconnu. Heureusement pour la curiosité et l'effroi, la Terre était, en ce temps, illimitée. Et sa connaissance était assez brumeuse pour que le fantastique puisse cohabiter avec le réel à la faveur de l'imagination.

Vinrent les Romains. Ils n'aimaient pas le fantastique. Ils étaient trop superstitieux pour y prendre goût. Ils voulaient bien croire aux fantômes, mais non à d'autres êtres capables de leur ravir l'empire du monde. Ils avaient surtout la manie de dresser des cartes et de découper la Terre en districts. Il n'y eut plus bientôt de place nulle part sur les bords de leur mer tiède pour le moindre petit être inquiétant né d'une cervelle égyptienne ou crétoise.

Mais la Terre était vaste encore. Le fantastique se réfugia dans le nord. Des populations nouvelles et mythiques surgirent. Des légions de nains sortirent des grandes forêts, où il restait assez de brouillard pour abriter une population inquiétante et croissante.

Puis ce furent les grandes années. Tandis que les forêts tombaient et que s'évanouissaient les nixes, les regards se portaient vers l'ouest et l'océan, et vers l'est et les terres tout aussi indéfinies de l'orient. On racontait d'étranges choses. Tout était probable. La Terre, plate, s'étendait au-delà de tout ce que l'esprit pouvait rêver. Et sous d'innombrables et variées constellations, des cités de verre s'élevaient, peuplées d'hommes bigarrés dont l'œil unique brillait d'un éclat fixe et insoutenable ; dans ce pays lointain, très au-delà des montagnes d'émeraude dont parle Hérodote et que cite Pline en se référant à une tradition presque oubliée des Égyptiens eux-mêmes, poussait l'arbre de vie ; en cet autre les plantes portaient en guise de fruit des gemmes. Tous les souhaits du corps et de l'esprit se trouvaient réalisés en quelque endroit lointain. Ce devait être une étrange et excitante sensation que de percevoir la Terre vaste à l'infini autour de soi, et le mouvement de ces peuples lointains et différents, et la houle anonyme de vaisseaux inconnus transmise après des siècles de voyage aux rivages aquitains par un océan plan, ainsi que nous arrive la lumière portée par les flots et l'écume du temps ; et les maléfices de ces êtres plus puissants que l'homme et l'avisant de ne point pénétrer en leur domaine, et dont on pouvait tout juste brûler les émissaires humains ; et l'immense rectitude de ces routes imaginaires conduisant, en une progression sans borne, à un ailleurs toujours reculé. Les Romains avaient éprouvé le besoin du monde fermé, enclos, protégé. Mais jamais, ils n'avaient pu éliminer la vague angoisse de l'inattendu qui peut surgir aux frontières. Et voilà que les murailles explosaient. Il était temps de tout craindre et de tout espérer. Il suffisait de se déplacer un peu pour découvrir les pays impensables.

Vint Colomb, qui se déplaça. Lorsqu'il toucha l'autre rive océane, des palais de cristal s'effondrèrent en silence. Lorsqu'il revint, les légendes sur le bout de la Terre devinrent de simples souvenirs. La Terre était ronde, c'était une chose entendue. Elle était limitée, on pouvait l'explorer, la parcourir pas à pas, éliminant les moindres traces, les derniers relents de cette longue cohabitation de l'homme et des êtres nés de son esprit. On ne pouvait plus croire au fantastique. Un monde limité n'engendre qu'une capacité limitée d'étonnement. Pendant plusieurs siècles, la Terre fut le paradis des géographes et des naturalistes. Les écrivains ne s'occupèrent plus que d'eux-mêmes. C'était une façon de perdre confiance en la richesse du possible. On sait le triste état de choses qui en résulta. Seuls les mathématiciens faisaient encore preuve, avec un courage inchangé par des événements qu'ils ignoraient, d'un reste de fantaisie.

Il n'était guère qu'un esprit aventureux qui pût tirer l'humanité de ce pot au noir. À l'explosion intellectuelle qu'avait entraînée la découverte d'immenses continents, succédait lentement l'industrieuse monotonie des pays sans illusions. Colomb et ses successeurs avaient démontré qu'il n'y avait nulle part sur la Terre de place pour le fantastique. Du moins l'avaient-ils fait croire. Quelques tentatives timides avaient bien eu pour objet de réintroduire des êtres étrangers au monde humain au sein de celui-ci. Mais les ficelles des Märchen allemands, du conte de fées français, puis du roman noir anglais étaient trop apparentes ; les véritables rêveurs n'ont pas l'humour de se dire : tout cela n'est rien, je vais me réveiller dans un instant.

Que pouvait-on donc introduire dans un monde supposé entièrement connu ? Rien, sinon quelques variations dans le détail. L'esprit piétinait, aussi sûrement emprisonné à l'extérieur d'une sphère qu'il l'eût été à l'intérieur. La situation était sans issue. On avait dérobé à la planète l'une de ses dimensions nécessaires, celle de l'infinité des possibles.

Plus avant, on pourra lire aussi :

Ce monde fantastique abstrait, résultat d'une longue évolution qui conduisit de l'Odyssée au Wonderland, a si bien pénétré notre manière de penser et excité notre curiosité qu'il a fini par modeler certaines de nos attitudes scientifiques.

Voilà bien le débat sur la responsabilité de la fiction. Mais à vouloir y voir la source unique des idéologies, on l'expose aussi à son éradication (voir les polémiques autour de la cancel culture). Kurt Vonnegut pose bien le problème dans son Breakfast des champions : il n'y a guère qu'un déséquilibre de l'esprit pour faire prendre la fiction pour la réalité, et l'imaginaire pour un dogme.

Un très bon texte de Gérard Klein, donc, qui par le biais de Lewis Carroll renvoie les littératures de l'imaginaire à leur capacité à nous surprendre (et notre ouverture d'esprit à celle d'accepter être surpris).

Une dernière note, à propos de ce passage :

Lewis Padgett lui a emprunté les éléments de son étonnante nouvelle « Tout smouales étaient les borogoves », où il exprime l'idée que dans la première strophe du « Jabberwocky » se cache la clé de portes béant sur d'autres dimensions, que seuls les enfants peuvent atteindre.

La nouvelle en question, traduite par Boris Vian et signée par le pseudonyme collectif de Henry Kuttner et Catherine L. Moore, est publiée, entre autres, dans l'anthologie : "Histoires de la 4ème dimension" (Livre de poche). Au cinéma ou à la télévision, une adaptation française de 1970, sur le site (payant) de l'INA est visible ICI, et une autre adaptation plus récente (2007) se retrouve chez nos insurpassables archivistes de l'UFSF ICI.

 

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